motte castrale du Faucon Noir - Foulques NERRA au Mont Glonne visite virtuelle

Foulques-Nerra était fils de Geoffroy-Grisegonelle, comte d'Anjou ==> Généalogie, Famille de Foulques III Nerra d'Anjou

Foulques III, surnommé Nerra on le Noir, fut ainsi appelé de la couleur de son teint. Quelques auteurs le nomment Jérosolymitain, à cause des voyages qu'il fit à Jérusalem, et d'autres le Palmier, parce qu'il en rapportait chaque fois des palmes dont il affectait de se montrer couvert. Dans quelques anciennes chartes il est aussi surnommé le Jeune, soit pour le distinguer de Foulques le Bon, son aïeul, soit parce qu'il succéda jeune encore à son père.

Il est considéré comme l'un des plus grands princes qu'ait eus l'Anjou. Il aimait la justice et la rendait lui-même à ses vassaux avec beaucoup d'exactitude; dans les cas douteux, il faisait pencher la balance en faveur du plus faible. Spirituel, généreux, grand capitaine, il se montra toujours supérieur aux évènements dans les circonstances les plus difficiles.

C'est en 987, à la mort de son père, que Foulques le Noir (Nerra), prit possession du comté d'Anjou, de celui de Gâtinais et des châteaux dont Geoffroy-Grisegonelle avait hérité ou qu'il avait acquis par les armes, dans la Touraine et le Poitou. Ces terres étaient belles, les places qui les couvraient étaient fortes pour la plupart; mais Foulques était environné d'ennemis puissants et ambitieux, qui avaient déjà profité de la vieillesse de Geoffroy pour entrer sur ses domaines, et qui comptaient bien profiter de l'inexpérience du nouveau comte pour le dépouiller.

Il fut belliqueux et rusé ; fit ses premières armes contre Landri, vicomte de Dunois, à qui son père avait donné une maison très-forte au midi du château d'Amboise, avec plusieurs autres habitations, et qui s'était uni avec Eudes Ier, comte de Blois, de Chartres et de Tours, et avec Gilduin, Seigneur de Saumur, pour lui ravir les places d'Amboise et de Loches, et le chasser ainsi de la Touraine.

Il se porta à leur rencontre au-delà de Blois, les défit près de Châteaudun, força Landri à la restitution des dons qu'il tenait de Geoffroi-Grisegonelle, fit raser sa forteresse, et le chassa entièrement d'Amboise, où il établit Lisoie de Bazougiers, petit-fils du vicomte de Sainte-Suzanne, auquel il confia en outre le gouvernement du château de Loches.

Il eut ensuite une autre guerre contre Conan, comte de Rennes, qui, bien qu'il fût son gendre ou beau-frère depuis dix ans, avait fait diversion en faveur de ses ennemis, en tentant de surprendre la ville d'Angers ; des mesures qu'il prit pour déjouer cette perfidie, résulta, en 991, une sanglante bataille, dans la lande de Conquereux, où la victoire fut vivement disputée.

De leur côté, les comtes de Blois possédaient sur la limite de l'Anjou, au sud-est d'Angers, et longeant la rive gauche de la Loire et de la Vienne, un territoire dont la topographie se rattachait étroitement à celle de l'Anjou, et, sur ce territoire, une place considérable, la ville de Saumur, avec son château bien situé et bien fortifié. Comment avaient-ils acquis cette position avancée ? L'histoire ne le dit pas. Tout ce que nous voyons, c’est que celui qui fut à la fois gendre de Robert le Fort et père de Thibault le Tricheur, premier comte héréditaire de Blois, Thiebaut ou Thibault, possédait déjà la ville de Saumur à sa mort, vers 927. (==> LES POSSESSIONS de Thibaut Ier de Blois (THIBAUD LE TRICHEUR)

Ce personnage, normand de naissance, au dire de Guillaume de Jumiége, et frère du fameux duc Rollon (le chef viking à l'origine du duché de Normandie), selon quelques historiens, avait dû s'en emparer par la force ou par la ruse, mais plus probablement par la ruse, son arme de prédilection. Après avoir fait beaucoup de ravages en France, il s'était fait donner, en effet, le comté de Tours par les rois Louis et Carloman, en traitant avec eux, et, plus tard, il avait trouvé moyen d'acheter Chartres et son territoire, du fameux Hasting, en lui persuadant que la fuite seule pouvait le soustraire au poignard des assassins acharnés à sa poursuite.

 

Pour peu qu'on jette, en effet, les yeux sur une carte des anciennes provinces de France, on remarquera que la Touraine était resserrée dans la moitié de sa longueur, du nord au sud, entre l'Anjou, à l'ouest, et le Blaisois, à l'est. Un grand fleuve, la Loire, servait de route naturelle entre les capitales de ces trois comtés, Blois, Tours et Angers, situées dans le même bassin ,et jointes aussi entre elles par d'anciennes voies romaines dirigées parallèlement au fleuve, quoique presque toujours sur les hauteurs. (voir Construction de la levée de la Loire, la première « turcie » du Val de Loire d’Henri II Plantagenêt)

A ce grand fleuve de Loire qui coupait la Touraine de l'est à l'ouest en deux parties inégales, venaient se souder, au midi, comme de puissants rameaux, trois cours d'eau importants, le Cher, l'Indre et la Vienne, routes naturelles de trois grandes vallées débouchant dans la vallée de la Loire, la première en face de Tours, les deux autres dans la direction de l'Anjou, celle de la Vienne, même, sur son extrême limite; et d'autres vallées plus petites, s'embranchant avec leurs cours d'eau moins puissants, sur ces trois grandes artères, achevaient de découper en plateaux élevés les terres qui les séparaient.

 

En dehors de la Touraine, les comtes d'Anjou possédaient aussi d'autres positions fortifiées qui pouvaient appuyer leurs opérations et leur servir au besoin de place de refuge : c'était dans la haute vallée de l'Indre, Buzançais et Châtillon, qui avaient été donnés en dot à l'épouse d'Ingelger ; et, sur les bords d'un des affluents du Cher, Villentrois.

C'était aussi dans une autre direction. Loudun, que Geoffroy-Grisegonelle avait enlevé par les armes avec quelques autres châteaux, à Guillaume, comte de Poitiers. Cette dernière position qui surveillait les petites vallées du Poitou, ouvertes du côté des Marches angevines, permettait d'entreprendre sur Montsoreau et une partie de la vallée de la Vienne, gardée plus haut par la vallée de la Creuse, où se trouvait la forteresse la Haie.

Une autre bataille, engagée, le 27 juin 992, au même lieu, pour lui faire lever le siège de Nantes, dans laquelle Conan fut tué, termina cette seconde lutte.

Le prétexte qu’il prit fut de protéger le jeune Judicaël, fils naturel d’Hoël comte de Nantes qui avait été assassiné par les ordres de Conan, et dont le frère et successeur Guerech comte de Nantes était mort d’une saignée faite par les mêmes ordres avec une lancette envenimée. Ils étaient tous deux bâtards d’Alain, dit Barbetorte, comte de Bretagne. Le comte Foulques se présenta devant la ville de Nantes dans le dessein de s’en emparer, d’en investir le petit Judicaël qui était sous la tutelle d’Haymont, frère utérin d’Hoël et de Guerech, à condition qu’il tiendrait ce comté de lui. Après trois semaines d’attaque Conan s’avança pour faire lever le siège : l’Angevin marcha à lui et il se donna une seconde bataille dans la même lande de Conquereux, en laquelle le Breton fut tué le 17 juin 992.

Foulques Nerra, comte d'Anjou, réussi vers 1005 à mettre la main sur les terres des Mauges pour les intégrer au comté d'Anjou. Reste pour terminer cette intégration à s'approprier les terres de l'abbaye de Saint-Florent du Mont-Glonne, affiliée à Saint-Florent de Saumur, et donc alors sous l'influence des comtes de Blois qui possédaient Saumur.

Il eut une troisième guerre à soutenir contre Eudes II, de Blois-Champagne, fils d'Eudes Ier, comte de Blois, qu'il battit complètement à Pont-le-Voi, près la rivière du Cher, le 10 juillet 1016.

Ainsi que le marque la seconde chronique de Saint-Aubin d’Angers fut un manuscrit de la Trinité de Vendôme. Besly a fait un note dans les preuves de son histoire de Poitou pour dire que le combat s’était donné entre Foulques et le comte Hugues, et non pas Eudes, s’appuyant sur la chronique de Maillezais, ou plutôt de Saint-Maixent, qui le dit ainsi et qui datte l’action du 30 juin 1016.

Depuis, Foulques seconda toujours le roi Robert et la reine Constance, qui était sa nièce, contre le comte de Champagne ; mais, en 1025, ils firent leur paix à son insu, et lui laissèrent tout le fardeau d'une guerre qu'il n'avait entreprise que pour leur intérêt.

 Eudes ramassa toutes ses troupes, et fut assiéger le fort de Mont-Budel, que Foulques avait fait construire pour serrer la ville de Tours, qu'il espérait conquerir. Foulques, le laissant y perdre son temps, fut lui surprendre la ville de Saumur, qui se rendit en 1026, et feignit ensuite d'aller assiéger Montbazon; ce qui obligea Eudes à lever le siège de MontBudel. Foulques emporta aussi la ville de Tours pas l’assistance d’Audebert I. du nom comte de la marche, mais Eudes l'avait presque aussitôt recouvrée, à la faveur de ses intelligences dans la place.

 

La prise de Saumur par Foulques en 1025 permet d'intégrer Saint-Florent au comté.

 

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Il prêta, vers 1027, foi et hommage du Loudunois et du Mirebalais à Guillaume, dit le Grand, comte de Poitiers, qui lui fit don de la ville de Saintes.

 

Il y ternit sa gloire, en 1028, par un excès d'ingratitude et de rapacité envers Herbert-Eveille-Chien, comte du Mans , auquel il avait été redevable de son salut et de sa victoire à la bataille de Pont-le-Voi, en 1016, et qu'il retint prisonnier jusqu'en 1030.

Après la mort du roi Robert , Eudes II, de Blois-Champagne, reprit la guerre contre Henri Ier, fils de ce monarque, lequel demanda secours à Foulques qui était son oncle, et qui en effet marcha pour l'aider à reprendre la ville de Sens, dont Eudes s'était emparé ; mais, pendant ce temps, Foulques ayant appris que Geoffroi son fils, favorisé par sa mère, avait épousé Agnès de Bourgogne, il en fut tellement irrité, qu'il s'avança à la tête de son armée pour le punir, et commença ainsi, en 1032, une guerre civile qui dura peu, car ils eurent bientôt réuni leurs armes contre le duc d'Aquitaine, Guillaume IV et VI, surnommé le Gras, qu'ils défirent à la bataille livrée sur le mont Caerius, entre Saint-Jouin de Marnes et Montcontour, le 20 septembre 1033, et qu'ils firent prisonnier : ils ne lui tendirent la liberté qu'en 1037, moyennant une grosse rançon et la cession de l'ancien pays de Mauge et d'une portion de celui de Tiffauges.

Foulques fit deux voyages à Jérusalem; le premier, vers 1015, pendant lequel Eudes II ravagea ses états; insulte dont, à son retour, il prit sa revanche et fit bâtir le château de Montrichard, pour mettre ses terres du Cher à l'abri des incursions d'un voisin si dangereux. (L'abbé Eudes et Foulque Rechin disent qu'il n'y est allé que deux fois, Thomas de Loches affirme qu'il fit trois fois ce pèlerinage. èFoulques Nerra Comte d'Anjou Jérusalem Jérosolomitain)

 

Le second voyage eut lieu en 1039, et il mourut, après son retour, le 21 juin 1040, à Metz, d'où ses entrailles furent portées dans l'abbaye de Beaulieu, près Loches en Touraine, qu'il avait fondée.

Foulques-le-Réchin, son petit-fils, lui attribue encore la construction et réédification de Langeais, Chaumont, Montrésor, Ste-Maure, en Touraine ; les châteaux de Mirebeau, Montcontour, Faye - la-Vineuse, Montreuil-Bellay, Passavant et Maulévrier, en Poitou, Beaugé, Château-Gontier, en 1037, Duretal, etc.,

en Anjou. Il fut marié deux fois : I° avant 990, avec Elisabeth, fille de Bouchard Ier, comte de Vendôme, et d'Elisabeth, son épouse. Elle donna en 990, du consentement de son mari, quelques biens à l'abbaye de Marmoutier, près Tours, afin d'obtenir de Dieu des enfants.

Son époux la fit brûler en 999 ou 1000, à Angers, sous prévention d'adultère; et peu après la ville de Saumur fut incendiée.

Il prit une seconde alliance vers l'an 1004 avec Hildegarde, morte le Ier avril 1046, à Jérusalem. Il eut de son premier mariage Adèle d'Anjou, mariée par Renaud, évêque de Paris, et comte de Vendôme, son oncle maternel, avec Eudes de Nevers, souche de la deuxième dynastie des comtes de Vendôme.

Sa seconde femme le rendit père de Geoffroi, qui suit, et d'Hermengarde, qui épousa Geoffroi, comte de Château-Landon, en Gatinais, et souche de la troisième race des comtes d'Anjou.

 

 

 

 

Pendant son règne, Foulques Nerra construisit une forteresse au mont Glonne de Saint Florent, sur le promontoire dominant la Loire. Il fait ériger une motte surmontée d'un donjon. Cette motte est encore visible sur le promontoire et sert aujourd'hui de support à la colonne de la duchesse d'Angoulême. Le successeur de Foulques Nerra, Geoffroy Martel, fait fortifier l'abbaye et le bourg attenant par une enceinte, en confiant la garde de la place aux moines. Geoffroy III confirme le droit des moines, sous condition de ne pas remettre la place à un tiers. En 1130, Geoffroy Plantagenêt s'engage à ne pas établir de communes sur le territoire de l'abbaye.

 

Mais, si le génie de Foulques Nerra, son courage et ses biens dans l'art de la guerre l'ont mis au premier rang des grands hommes de son siècle, il faut convenir qu'il eut aussi les vices et les défauts de ce siècle demi barbare ; il fut cruel et superstitieux. Il croyait expier, par des voyages de dévotion, par de longs pèlerinages et par des fondations en faveur des églises et des moines, les crimes dont il se souillait.

Il avait, à l'exemple de ses prédécesseurs, beaucoup de dévotion à Saint Martin.

Un jour qu'il se rendit à Tours, accompagné d'une suite nombreuse, pour demander à Dieu, par l'intercession du Saint, le pardon de quelque nouveau forfait, il trouva l'église fermée; peut-être l'était-elle ordinairement à cette heure, ou peut-être les chanoines avaient-ils donné l'ordre de lui en refuser l'entrée, parce qu'ils ne le voyaient qu'avec peine arriver ainsi escorté pour faire une action religieuse. Quoi qu'il en soit, Foulques, impatient d'attendre qu'on ouvrît la porte, la fit enfoncer, et pénétra jusque dans le cloître avec ses soldats et dans son équipage militaire.

L'église, dans ce temps-là, permettait à peine aux souverains de se montrer armés dans les temples. Les chanoines, alarmés de cette profanation, surent cependant la mettre à profit, et en tirèrent bientôt la satisfaction la plus éclatante. La croix, les châsses des saints, furent descendues et mises à terre ; on les couvrit de cendres et de ronces, en signe de deuil, ainsi que le tombeau de Saint Martin; l'office divin fut suspendu dans l'église, qui ne resta ouverte qu'aux seuls pèlerins.

Il en fallait moins, dans ces siècles superstitieux, pour décider le comte d’Anjou à satisfaire les chanoines jaloux d'obtenir la réparation de ce qu'ils appelaient un horrible scandale. Le dévot Foulques, reconnaissant sa faute, se rendit quelque temps après, nu pieds, ne église, où il protesta de son respect et de sa vénération pour Saint Martin, en lui demandant publiquement pardon de son irrévérence. Il termina cette espèce d'amende honorable, en faisant au chapitre plusieurs dons considérables, ce qui acheva de le réconcilier avec les chanoines.

Le caractère violent et féroce de ce prince se manifesta d'une manière terrible à l'égard d'Élisabeth, sa cousine germaine et son épouse.

La chronique de l'Abbaye de Saint-Florent dit que peu de après que la comtesse eût été sauvée d'un précipice, où des embûches, dressées par un ordre secret de son époux, l'avaient fait tomber, il la fit brûler vive à Angers, après l'avoir accusée et fait condamner comme adultère. Le ciel, dit cette chronique, parut venger la mort de cette malheureuse princesse, par l'incendie d'un grand nombre de maisons voisines du bûcher allumé pour son supplice.

Furieux dans ses emportements, Foulques se montrait souvent extrême dans les témoignages de son repentir. C'est à ces dispositions de son âme que l'on doit attribuer ses fréquents pèlerinages à Jérusalem ; et telle était la dévotion des chrétiens de son siècle, que, voyages exposaient aux dangers d'une marche fatigante ou d’une navigation périlleuse, plus la foi simple et peu éclairée des fidèles y attachait de mérite et d'expiation.

La Judée, cette terre si  longtemps célèbre par les merveilles dont elle fut le théâtre, si opulente par les soins actifs et industrieux de ses anciens habitants, ait passé de la domination des Empereurs grecs sous celle des Arabes Mahométans. Ces derniers ne voyaient qu'avec inquiétude le concours  nombreux des pèlerins qui s'y rendaient de tous les pays de la chrétienté.

 Ils les rançonnaient : tous les passages, surtout portes des villes, et ne leur ouvraient celles de Jérusalem qu’après leur avoir fait payer chèrement l'entrée. (Chaque pèlerin payait un ducat d’or pour entrer à Jérusalem. Chronique de Normandie, page 64)

 Souvent les voyageurs n'en sortaient qu'accablés de vexations et d'outrages. Mais rien ne pouvait arrêter le comte, dont les idées et les projets de pénitence semblaient se fortifier à la vue des dangers et des obstacles.

Il partit en effet, dirigea sa route vers Constantinople, d'où il se rendit à Jérusalem, et de là au tombeau de Jésus-Christ. Animé, dans ce saint lien, d'un transport de dévotion, il saisit avec les dents un des bords de la pierre du sépulcre, et réussit à en détacher un morceau qu'il déroba aux regards de ceux qui veillaient à sa garde. Ce fut encore là que, cédant aux remords qui l'agitaient, il se frappa la poitrine, s'arracha les cheveux, et se répandit en regrets et en sanglots sur ses crimes, dont le souvenir le tourmentait sans cesse.

Après quelques mois de séjour à Jérusalem, il revint en Europe et passa à Rome, où les instances du Pape Sergius le décidèrent à rester quelque temps pour chasser de l'État de l'Église les brigands qui l'infestaient.

Après cette expédition, qui fut couronnée d'un plein succès, il revint en Anjou.            

Foulques Nerra avait eu d'Hildegarde, sa troisième femme, un fils, Géofroi surnommé Martel, à cause de sa force extraordinaire. Ce prince, jeune encore, laissa bientôt entrevoir ce qu'il pourrait faire un jour pour la gloire et la grandeur de sa maison. Mais l'indomptable fierté de son caractère et son inflexible opiniâtreté annonçaient à son père les chagrins qui troubleraient ses derniers jours, et faisaient craindre à ses vassaux de l'avoir trop tôt pour maître.

Cependant Foulques s'était démis, en sa faveur, de Saumur et de son territoire. Il comptait se reposer sur lui du soin de gouverner ses autres domaines ; soit que, fatigué de ses travaux, il songeât à se procurer un repos que les approches de la vieillesse lui rendaient nécessaire; soit qu'il voulût s'éclairer par lui-même sur les talents de son fils pour l'administration.

D'ailleurs il se proposait de faire un nouveau voyage à Jérusalem, et, en effet, il partit bientôt après pour s'y rendre [1035]. Il passa d'abord en Italie, visita Rome, où il trouva Robert, duc de Normandie, qui se disposait comme lui à ce voyage (26). Tous deux s'embarquèrent pour Constantinople, où l'empereur Michel les reçut les fit accompagner jusqu'à Antioche.

Robert, qu'on vœu plus qu'imprudent obligeait à marcher les pieds nus, ne put se rendre ainsi jusqu'au terme de son pèlerinage, et fut obligé de se faire porter. An retour de Jérusalem, il tomba malade de fatigue dans la route, et mourut à Nicée. Foulques, plus heureux, revint en Europe, et rentra la même année dans l'Anjou.

La conduite de son fils pendant son absence avait excité contre lui les murmures et les reproches de ses sujets. Foulques, touché de leurs cris, et persuadé que leurs plaintes étaient fondées, voulut qu'il lui remît le gouvernement de ses domaines, et qu'il ne gardât que celui de Saumur. Mais Géofroi, déjà trop accoutumé au commandement, refusa de s'en dépouiller, et prit les armes pour se le conserver.

Cette guerre impie, dont les chroniques du temps nous laissent ignorer les détails, porta le ravage et l'incendie dans toute la province. Le ressentiment et l'indignation de Foulques furent extrêmes. Le fils, réduit, par les armes de son père, à implorer sa miséricorde, vint enfin se jeter à ses pieds. Le Comte, usant alors de tous les droits de la victoire, exigea qu'il se présentât devant lui, une selle sur le dos, et que, dans cet équipage humiliant, il lui demandât publiquement pardon (27). Il fallut obéir, et le fier Géofroi fut contraint de se courber devant Foulques, qui, le pied sur le dos de son fils , et le cœur frémissant d'un juste couroux , lui dit : « Par les âmes Dieu, vous voilà donc enfin dompté » ! Oui  répondit Géofroi , d'une voix étouffée par la douleur et la honte, « oui, mais par mon père, et non par tout autre. »

Le comte, délivré des alarmes que la révolte de son fils loi avait causées, et désarmé par sa soumission, lui rendit le gouvernement qu'il lui avait ôté, et ne parut plus s'occuper que du désir de passer ses derniers jours en paix.

Il n'était encore âgé que d'environ cinquante ans ; mais ses guerres avec ses voisins, et trois voyages qu'il avait faits à Jérusalem, avaient diminué ses forces, et lui annonçaient une vieillesse prématurée. Le souvenir de ses crimes, plus puissant sur loi que le sentiment de sa faiblesse, lui fit cependant oublier ses anciennes fatigues, ses infirmités et les dangers qu'il avait courus. Toujours persuadé que les lieux où s'était immolé le Dieu des chrétiens étaient ceux où le ciel l'appelait pour l'expiation du mal qu'il avait fait, il se mit pour la quatrième fois en voyage, et se rendit à Jérusalem [1039].

Arrivé dans la ville sainte, il s'y livra sans réserve à tous les remords de sa vie passée, et donna aux Mahométans un spectacle que les mœurs de notre siècle rendraient moins édifiant que singulier. Deux domestiques seulement l'avaient accompagné. Il les obligea de le conduire demi-nu au sépulcre, et de le frapper de verges à chaque pas. Le prince pénitent, les yeux baignés de larmes, s'écriait, pendant cette pieuse flagellation : « Seigneur, ayez pitié du malheureux. » Foulques, parjure, infidèle »,

Ce pèlerinage fut le dernier. Il revint par Constantinople, et se rendit à Metz par l'Allemagne. C'est là que la mort le surprit après une maladie de quelques jours.

Suivant ses dernières volontés, ses entrailles furent déposées dans le cimetière de l'une des églises de la ville, et son corps inhumé près de Loches, dans l'église du monastère de Beaulieu, qu'il avait fondé au retour de son premier voyage d'outre-mer.

Telle fut la fin de Foulques Nerra, dont l'histoire, ainsi que celle de la plupart des hommes connus de son temps , nous offre un assemblage singulier des passions les pins violentes et de la dévotion la plus superstitieuse, des vices les plus condamnables et des vertus religieuses, qui fixaient alors le plus sûrement la vénération des peuples, en même temps qu'elles flattaient l'amour-propre d'une espérance de gloire et d'immortalité.

Foulques, agité des fureurs de la jalousie, était époux chagrin et difficile, père dur, prince ambitieux et indifférent sur les moyens  de s'agrandir, voisin inquiet et incommode, ennemi redoutable, ami perfide ; il se montrait, suivant les occasions, dévot jusqu'à la superstition, et soigneux d'enrichir les églises d'Anjou des dépouilles de celles qu'il pillait ailleurs (Mémoires inédits pour servir à l’Histoire des Comtes et Ducs d’Anjou, par feu M. l’Abbé Rangeard, archiprêtre d’Angers et membre de l’Académie royale des Sciences de la même ville. Ces précieux mémoires ont été légués par leur auteur à M. Papin, alors professeur d’Histoire à l’Ecole centrale de Maine et Loire).

 

Recherche sur la ville de Saumur et de ses environs

 

 

Foulques Nerra comte d'Anjou dit le Faucon Noir (An Mil) <==........==> Foulques Nerra Comte d'Anjou (Jérusalem Jérosolomitain)

....==> En Mil, Foulques Nerra s'empare de la forteresse du Diable de Saumur

 


 

 

An Mil - Carte des Châteaux de l' Anjou sous Foulques Nerra

Le temps des Carolingiens s'achève. Le grand empire de Charlemagne n'existe plus. En Francie occidentale, le dernier souverain carolingien meurt et Hugues Capet devient roi des Francs. C'est le début d'une nouvelle ère, celle des Capétiens.