Foulques Nerra Comte d'Anjou (Jérusalem Jérosolomitain)

Foulques-Nerra (ou le noir), fils de Geoffroi-Grise-Gonelle, comte d'Anjou, succéda à son père en 987. Il soutint, avec avantage, des guerres contre ses voisins : les comtes de Blois, de Rennes, le vicomte de Saumur, etc.

Il n'eut pas de querelles avec le duc d'Aquitaine; mais, pour conserver ce que son père avait conquis sur le Poitou : le Loudunais et le Mirebalais, il fit construire des forteresses dans notre contrée.

C'était un grand bâtisseur: il lit construire les châteaux de Montbazon, Montrichard, Château-Gontier, etc.

Extrêmement cruel, il commit beaucoup de crimes :

Lorsque le pape força le roi Robert de répudier sa première femme, Bertbe, Foulques lui fit épouser sa nièce, Constance.— Hugues de Beauvais ayant pris le parti de Berthe, il le fit tuer, sous ses yeux, par douze gentilshommes, ses émissaires.

Des deux épouses, qu'il eut successivement, l'une fut reléguée à Jérusalem, l'autre brûlée vive comme adultère.

Pour racheter ses crimes, il donnait de fortes sommes à Rome, faisait bâtir des monastères, se rendait en pèlerinage à Jérusalem.

« Le dernier pèlerinage du Comte est assez célèbre, par les curieux détails, des pratiques religieuses, au prix desquelles il croyait se réconcilier avec le Ciel.

«Cette fois il n'avait pas trouvé de meilleur moyen de réparer ^es crimes que de se faire traîner tout nu, et la corde au cou, sur une claie, à travers les rues de Jérusalem, en criant de toutes ses forces, pendant que deux valets le fouettaient jusqu'au sang: — Seigneur ayez pitié du traître et parjure Foulques.» (Michelet reproduit par Philippe-le-Bas)

Il revint à pied de ce dernier pèlerinage, et mourut de fatigue à Metz, en 1040, après avoir gouverné son Comté pendant 53 ans.

 

Pour faire connaître l'homme complètement et les anciennes moeurs féodales, je vais rapporter la chronique de St-Florent d'Angers et celle de Tours, où il est dit : Comment Foulques-Nerra se fit introduire dans l'église du St-Sépulcre, à Jérusalem.

«Lors le comte offrit grant somme d'or pour le laisser entrer; mais ne voulurent consentir (les musulmans) sinon que le comte feist ce qu'ils disoient faire faire aux autres princes chrétiens. Le comte, pour le désir qu'il avait d'y entrer leur proinist qu'il feroit ce qu'ils voudroient. Lors lui dirent les Sarrazins, que jamais ne souffreroient qu'il y entrast, s'il ne juroit de piser sur le Sépulchre de son Dieu.

«Le comte qui eust mieux aimé mourir mille morts (si possible fust) que l'avoir l'aist, voyant toute fois que autrement ne lui scroit permis de entrer à veoir le Sainct lieu, auquel il avoit si charitable affection, pour la Visitation duquel il estoit par tous par tant ' de périls et travaux, de lointain pays là arrivé, leur accorda ce faire; et fust convenu par entre eux qu'il y cntreroit le lendemain.

«Le soir se reposa le comte d'Anjou en son logis, et au lendemain matin print une petite fiole de verre assez plate, laquelle il remplit de pure, nette est redolente eaue rose (ou vin blanc suivant l'opinion d'auscuns), et la mil en la braye de ses chausses, et vint vers ceux qui l'enstrée lui avoicnt promise, et après avoir payé telles sommes que les pervers infidelles lui demandèrent fust mis au vénérable, de lui tant désiré, lieu du Sainct Sépulchre, auquel notre seigneur, après sa triumphante passion, reposa; il lui fust dict que accomplist sa promesse, ou qu'on le mosttroit dehors.

« Alors le comte soi-disant prest de ce faire, destacha une esguillette de sa braye et feignans piser, espandit de cette claire et pure eaue rose sur le Sainct Sépulchre ; de quoi les payons cuidant pour vrai qu'il eust pisé dessus, se prinrent à rire et à moquer, disant l'avoir trompé et abusé; mais le dévot comte d'Anjou ne songeoit en leurs moqueries, étant en grands pleurs et larmes, proterné sur le Sainct Sépulchre. »

«A donc s'approcha le comte pour ce Sainct Sépulchre baiser, et alors la Clémence divine montra bien qu'elle avait le bon zèle du comte pour agréable, car la pierre du Sépulchre qui dure et solide estoit, au baiser du comte devint molle et flexible comme cyre chauffée au feu — si mordit le comte dedans et en apporta une grande pièce à la bouche sans que les infidelles s'en aperçussent, et puis après, tout à son aise visita les autres Saincts lieux.» {Extrait du dictionnaire encyclopédique de la France.)

 

La vie de Foulques Nerra est mieux connue que celles de ses prédécesseurs. Ne pouvant retracer ici avec détail l'histoire de ce personnage, ce qui serait sortir des limites qui nous sont imposées, nous nous contenterons d'en préciser certains points, qui n'ont pas été suffisamment éclaircis. Nous donnerons ensuite la liste des principaux actes, dans les quels Foulques Nerra figure comme auteur ou comme partie contractante.

C'est à tort que le prétendu Foulques IV le Réchin a dit que son aïeul s'était emparé du Maine et avait ajouté ce comté à l'Anjou.

Cette allégation, qui est contredite par les faits, devait probablement, dans la pensée de l'auteur, servir à justifier les projets ambitieux du Réchin.

On s'est demandé si Foulques Nerra était allé trois fois à Jérusalem, ou s'il n'avait fait que deux fois ce voyage.

L'abbé Eudes et Foulque Réchin disent qu'il n'y est allé que deux fois, Thomas de Loches affirme qu'il fit trois fois ce pèlerinage. C'est au récit de ce dernier qu'il faut ajouter foi. On peut établir, à l'aide des chartes, que Foulque partit une première fois pour la Terre Sainte en 1003. En allant, il s'arrêta à Rome où il se fit absoudre par le pape des peines qu'il croyait avoir encourues par suite de la bataille de Conquereux, où, comme il le dit lui-même, dans une charte, il périt une si grande quantité de chrétiens. A son retour il fonda l'abbaye de Beaulieu, près Loches.

Son second voyage eut lieu vers l'année 1010. C'est à la suite de ce second pèlerinage qu'il jeta les fondations de Saint-Nicolas d'Angers, dont la dédicace eut lieu en 1020.

Il entreprit le dernier en 1038 ou 1039 et mourut à Metz en revenant, le 21 juin 1040.

Il avait été marié deux fois ; de sa première femme, Élisabeth, fille de Bouchard, comte de Vendôme, il n'eut qu'une fille nommée Adèle, mère de Bouchard II et de Foulque l'Oison, comtes de Vendôme. D'Hildegarde, sa seconde femme, il eut Geoffroi Martel, né le 14 octobre 1006, et deux filles, Adèle et Ermengarde, qui fut mariée à Geoffroi de Châteaulandon.

De ce mariage est sortie la seconde maison des comtes héréditaires d'Anjou, celles des Plantagenet.

Voici l'indication des chartes qui se rapportent à l'histoire de Foulques Nerra :

 Année 990.— Foulque, comte d'Anjou, à la prière de Thibaut, religieux, son parent, donne à l'abbé Guillebert et aux religieux de Marmoutier, pour le repos des âmes de ses parents, de sa femme Élisabeth et de lui-même, le droit de pêche dans l'étang de Bessai en Anjou. — Charte curieuse qui constate qu'il n'avait pas de fils de la comtesse Élisabeth et qu'il en désirait ardemment. Marchegay, Archives d'Anjou, II, 60.

Vers 995. — Charte de Foulque confirmant l'élection de Girard, abbé de Saint-Aubin. Cartul. de Saint-Aubin, charte 24.

Vers l'an 1000.- Diplôme du roi Robert qui confirme et garantit la promesse faite par Foulque, comte d'Anjou, aux religieux de Cormeri, que les châteaux de Montbazon et de Mirebeau, construits par le dit Foulque, ne seront pas nuisibles aux biens et possessions des religieux situés dans leur voisinage. Cartul. de Cormeri, n° XLV.

1001, 17 janvier. — Foulque, à la prière de Rainaud, évêque d'Angers, abandonne au chapitre de Saint-Maurice d'Angers la moitié du droit de passage sur le pont de la Mayenne et des novales des terres de Saint-Maurice. Cartul. noir de Saint-Maurice d'Angers, D. Houss., n° 319.

1001, 3 septembre. — Charte de Foulque confirmant la nomination d'Hubert comme abbé de Saint-Aubin. Cartul. de SaintAubin, ch. 25.

Vers 1001. — Accord conclu entre les religieux de Saint-Florent de Saumur et Rainaud Torench, chevalier, du temps que le comte Eudes possédait le château de Saumur, afin que ce chevalier défendît les terres des religieux contre les déprédations du comte Foulque, toutes les fois que celui-ci viendrait faire des incursions dans le Saumurois. Achives de St-Florent de Saumur.

Entre le 24 octobre 1002 et le 24 octobre 1003. — Acte de la dédicace de l'église de Saint-Aubin des Ponts de Cé, faite par Rainaud, évêque d'Angers, passé à Angers en présence de Foulque Nerra et de Maurice son frère, l'année même du départ du comte

Foulque pour Jérusalem. Archives de Saint-Aubin, dom Housseau, n° 331.

1004, mars. — Foulque en vue de racheter, autant qu'il est en lui, le massacre des chrétiens qui avait eu lieu à la bataille de Conquereux (en 992), exempte de certains droits les hommes et les choses du chapitre de Saint-Maurice d'Angers. Cartul. noir de Saint-Maurice. Dom Houss., n° 333.

Vers 1004. Rainaud, évêque d'Angers, fils de Rainaud Torrench, est accusé par le comte Foulque et par Maurice son frère, d'avoir donné à Geoffroi Grisegonelle, comme pacte, une terre, pour obtenir l'évêché. Le prélat crie à la calomnie, et pour se purger, il se soumet au jugement de Dieu. Cartul de Saint-Maurice. Dom Houss., n° 211.

Vers 1007. — Foulque fonde l'abbaye de la Trinité de Beaulieu près Loches. Gallia Christ., 1re édit., IV, 149.

1007 et 1037. Charte-notice contenant l'histoire delà fondation d'un château fort dans le domaine de Basouges, nommé Château-Gontier, et l'accord conclu entre le comte Foulque et les religieux de Saint-Aubin au sujet de ce château. Cartul. de Saint-Aubin, f. 2.

Vers 1010. — Foulque, à la prière de Gérard, abbé de Saint-Jouin de Marnes, fonde le prieuré de Vihiers. Collect. Moreau, t. XIX, f. 101.

Vers 1010. — Foulque, comte d'Anjou, partant pour Jérusalem, fut reçu le jour de son départ dans l'abbaye de Saint-Maur avec Hildegarde, sa femme et son fils Geoffroi. Il donne aux religieux ce qui lui appartenait en propre auprès de l'abbaye (1). Cartul. de Saint-Maur, n° 8.

1012. — Bulle du pape Sergius IV qui repousse la réclamation de Hugue, archevêque de Tours, contre l'acte de consécration du monastère de Beaulieu, faite contre sa volonté et dans son diocèse. Dom Rousseau, n° 357.

Vers 1020. — Foulque Nerra, comte d'Anjou, et sa femme Hildegarde restaurent l'abbaye de Saint-Martin d'Angers et y instituent un chapitre de treize chanoines. Dom Housseau, n° 407.

(1) Geoffroi Martel étant né le 14 octobre 1006, cette charte est postérieure à cette époque, il ne peut donc être ici question du premier voyage de Foulque à Jérusalem qui eut lieu en 1093.

1020 et 1033. — Charte de Foulque Nerra dotant l'abbaye de Saint-Nicolas et en nommant le premier abbé. Breviculum Sancti Nicholai.

1020-1038 ou 1040. — Notice tirée du Bréviaire de Saint-Nicolas d'Angers contenant le récit du deuxième et du troisième voyage de Foulque Nerra à Jérusalem et la fondation de Saint-Nicolas. Breviculum; p. 1. Epitome fundationis S. Nicolai, p. 1.

1022-1023 et 1024. — Foulque Nerra, étant à Vendôme, affranchit un serf, qui dépendait du domaine de l'abbaye de Marmoutier. Cartulaire des Serfs, c. 41.

1023 ou 1024. — Foulque, pour le salut des âmes de sa femme Hildegarde et de son fils Geoffroi, abandonne les droits que lui, Geoffroi son père et Foulque son grand-père levaient injustement sur les terres de Saint-Martin. Appendix à la Pancarte noire, n° 170.

1028. — Charte notice racontant comment Foulque Nerra enleva de force la sixième partie des revenus de Saint-Remy-sur-Loire aux religieux de St-Aubin, pour en gratifier les chanoines de Saint-Martin d'Angers. — Cette charte est intéressante, elle indique, avec date, la série des évêques et celle des comtes d'Anjou depuis Foulque le Bon jusqu'à Foulque Nerra. Cartulaire de Saint-Aubin.

 

[Recueil_Portraits_de_Foulques_Nerra_[

Nota : Nous venons de trouver dans les Hommes illustres, de André Thevet , un portrait de Foulque-Nerra que cet auteur assure avoir pris sur un original qui, de son temps, se trouvait dans l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Ce serait assurément le plus ancien portrait authentique du  comte d'Anjou.

Chroniques des comtes d'Anjou / recueillies et publiées... par MM. Marchegay et Salmon ;

 

Portrait de Foulques NERRA (Motte Castrale du Faucon Noir au Mont Glonne) <==

 

 


 

Pour faire connaître l'homme complètement et les anciennes moeurs féodales, je vais rapporter la chronique de St-Florent d'Angers et celle de Tours, où il est dit : Comment Foulques-Nerra se fit introduire dans l'église du St-Sépulcre, à Jérusalem.

«Lors le comte offrit grant somme d'or pour le laisser entrer; mais ne voulurent consentir (les musulmans) sinon que le comte feist ce qu'ils disoient faire faire aux autres princes chrétiens.

Le comte, pour le désir qu'il avait d'y entrer leur promist qu'il feroit ce qu'ils voudroient. Lors lui dirent les Sarrazins, que jamais ne souffreroient qu'il y entrast, s'il ne juroit de piser sur le Sépulchre de son Dieu.

«Le comte qui eust mieux aimé mourir mille morts (si possible fust) que l'avoir faist, voyant toute fois que autrement ne lui seroit permis de entrer à veoir le Sainct lieu, auquel il avoit si charitable affection, pour la Visitation duquel il estoit par tous par tant de périls et travaux, de lointain pays là arrivé, leur accorda ce faire; et fust convenu par entre eux qu'il y cntreroit le lendemain.

«Le soir se reposa le comte d'Anjou en son logis, et au lendemain matin print une petite fiole de verre assez plate, laquelle il remplit de pure, nette est redolente eaue rose (ou vin blanc suivant l'opinion d'auscuns), et la mil en la braye de ses chausses, et vint vers ceux qui l'enstrée lui avoient promise, et après avoir payé telles sommes que les pervers infidelles lui demandèrent fust mis au vénérable, de lui tant désiré, lieu du Sainct Sépulchre, auquel notre seigneur, après sa triumphante passion, reposa; il lui fust dict que accomplist sa promesse, ou qu'on le mesttroit dehors.

« Alors le comte soi-disant prest de ce faire, destacha une esguillette de sa braye et feignans piser, espandit de cette claire et pure eaue rose sur le Sainct Sépulchre ; de quoi les payons cuidant pour vrai qu'il eust pisé dessus, se prinrent à rire et à moquer, disant l'avoir trompé et abusé; mais le dévot comte d'Anjou ne songeoit en leurs moqueries, étant en grands pleurs et larmes, proterné sur le Sainct Sépulchre. »

«A donc s'approcha le comte pour ce Sainct Sépulchre baiser, et alors la Clémence divine montra bien qu'elle avait le bon zèle du comte pour agréable, car la pierre du Sépulchre qui dure et solide estoit, au baiser du comte devint molle et flexible comme cyre chauffée au feu — si mordit le comte dedans et en apporta une grande pièce à la bouche sans que les infidelles s'en aperçussent, et puis après, tout à son aise visita les autres Saincts lieux.»

 {Extrait du dictionnaire encyclopédique de la France.)