Fontaine le Comte, l’abbaye Augustine des comtes du Poitou

Placé sur la voie de Tours ou Via Turonensis, Poitiers est un lieu de passage privilégié pour les pèlerins de Saint-Jacques venus du nord de la France et de l'Europe.

La première mention de ce site est un acte de 1080 environ qui parle de la "fontaine du comte" (fons Comitis).

L'origine de la commune remonte à un don de terres et de forêts fait entre 1127 et 1137 par Guillaume X, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, à Geoffroi de Loriol, archevêque de Bordeaux.

Guillaume VIII de Poitiers le Paladin ou le Toulousain (1099-1137), père d’Aliénor d'Aquitaine, comte de Poitou - duc d'Aquitaine, fonde vers 1130  l’abbatiale de Fontaine le comte, témoigne d’un mouvement de renouveau de la foi qui se traduit en haut Poitou par une véritable éclosion d’églises romanes.

Celui-ci confie à l'ordre des cisterciens le soin d'y fonder une abbaye, à proximité d'une source, d'où le nom de la commune. Ce don était motivé par l'excommunication subie par le comte-duc à cause de son soutien apporté au schisme d'Anaclet II.

Protégée par le comte de Poitou, puis par sa fille Aliénor d'Aquitaine et ensuite, le fils de celle-ci, Richard Cœur de Lion, l'abbaye Notre-Dame peut aussi compter sur la protection qui lui est accordée par les papes Anastase IV (1135) et Alexandre III (1165), et encore Clément V au début du XIVe siècle. C'est pour l'abbaye une période de calme et de prospérité.

Pendant la guerre de Cent Ans, les habitants incendient l'église (la voûte de la nef est détruite) pour éviter que l'ennemi ne s'y retranche, alors qu'elle n'était pas encore fortifiée.

 

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Le genre d’architecture qu’on observe dans l’église de Fontaine-le-Comte s’accorde assez avec le temps de la fondation ; il présente les mêmes caractères que plusieurs édifices du même siècle qu’on rencontre dans le département. C’est le style roman dans toute sa sévérité, malgré la présence des ogives bien prononcées des arcades du transept, qui dénotent l’époque de transition à laquelle se rapporte l’érection du monument. Si on compare cependant aux églises si richement décorées de Notre-Dame de Poitiers, de Civray, de Chauvigny, de Saint-Savin, on a peine à croire qu’il soit l’œuvre d’une époque identique. L’absence de bas-côtés, la pénurie d’ornements, l’aspect massif de toute sa construction, semble indiquer que l’art roman, naguère si florissant, avait déjà subi une grande altération, sans avoir été régénéré par le style ogival qui commençait à briller dans le nord de la France.

C’est bien moins pas ses ornements que par l’étendue et le bel effet de son ensemble que se recommande l’église de Fontaine-le-Comte. On y entre par une seule porte pratiquée dans la principale façade, et garnie sur chaque côté de trois petites colonnes sur lesquelles retombent les nervures de l’arcade. Les trois colonnes du côté gauche ont leurs chapiteaux garnis de feuillage, tandis que celles de droite n’offrent, au lieu de chapiteaux, qu’une simple moulure plate. Au- devant de la façade est une espèce de parvis ou l’on descend par cinq marches, et à l’intérieur on en trouve six autres ; ce qui fait assez voir combien le sol de l’église est maintenant profondément enfoncé dans la terre. Il paraitrait cependant que, dès l’origine, on aurait eu à descendre quelques marches, car la porte à cintre semble appartenir à la construction primitive, et elle se montre encore dans sa hauteur, ainsi qu’on peut en juger en voyant la base de ses colonnes latérales.

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Les reconstructions débutent en 1435, lorsque Guy Doucet est élu abbé. Pour protéger l'abbaye, il entreprend de la fortifier, une bretèche à mâchicoulis est ainsi construite au-dessus du portail du logis. Le mur sud est reconstruit, ainsi que le pignon de la façade. De cette époque sont conservés deux écus avec les armes de l'abbé, un sur le portail de l'abbatiale et l'autre sur celui de l'infirmerie.

 

On remarque au-dessus de la porte une niche vide avec arcade aiguë et trilobée, entourée de cette inscription  en caractère gothique : Guido Dousseti abbas huis loci. Guy Dousset, élu abbé en 1435, fit restaurer la façade et la muraille de la nef côté droit.

Le souvenir de ces réparations est consacré par une autre inscription en français, qui entoure carrément un écusson placé à droite de la niche ; elle consiste en quatre vers comme suit :

Guy Doucet abbé de ce lieu

Fit iadis en loueur de Dieu

Moult réparer c’est église

En gloire soit son ame mise. Amen.

Les armes de cet abbé, gravées sur l’écusson, sont effacées ; on ne distingue plus que la crosse qui le surmontait. Tout le mur qui s’élève au-dessus de la niche, et qui est percé d’une grande fenêtre en plein cintre dans un encadrement ogival, date sans doute de la restauration de Guy Dousset ;  mais on y retoucha encore par la suite, car, sur le plein cintre du vitrage, on lit le millésime 1718, époque où l’on refit, en les abaissant, les combles de la net, et où, selon toute apparence, on boucha la partie supérieure et ogivale de la fenêtre. On aperçoit encore au sommet du pignon l’écusson aux armes de France qu’y firent placer les génovéfains, et qui n’a dû sans doute qu’à sa position élevée d’échapper aux atteintes du vandalisme.

La nef, longue, nue et sans bas-côtés, reçoit le jour par neuf fenêtre en plein cintre, quatre sur la droite et cinq sur la gauche ; elles ne correspondent pas les unes aux autres, et celles du côté gauche sont plus hautes et plus étroites que celles du côté opposé. Ces ouvertures qui, par leur nombre et leur exiguïté, sont peu en harmonie avec l’étendue de la nef, n’y laisseraient pénétrer qu’une clarté insuffisante sans la grande fenêtre pratiquée dans la façade. La voute ayant été ruinées pendant l’invasion anglaise, lorsque les habitants de la contrée incendièrent l’abbaye, la nef resta en ruine et sans couverture plusieurs siècle de suite : on l’avait isolée du reste de l’église par un mur qui fermait à son extrémité.

 

 

François Ardillon, qui fut abbé en 1471 à 1502, fit réparer la voute du clocher et celles des transepts ; on y voit à droite l’écusson qui portait ses armes (trois ardillons). La voute du transept gauche s’étant écroulée il y a quelques années par la suite du mauvais état de la toiture, on l’a remplacée par un plancher concave semblable à celui de la nef ; quant à la voute du côté droit, exposée aux même dégradations et déjà lézardée, elle éprouverait le même sort que l’autre si l’on ne se hâtait d’y remédier. Dans chaque transept, à droite et à gauche de l’abside principale, s’ouvre, comme dans plusieurs autres églises romanes, telles que St-Hilaire, St-Savin, une petite abside également tournée vers l’orient, de 12 pieds d’ouverture et de 10 pieds de profondeur ; elles sont percées l’une et l’autre d’une petite fenêtre flanquée d’une colonne à chaque angle. . Il crée également un chemin de ronde sur le chevet qui sera détruit en 1980, car il fragilisait, par son poids, la voûte de l'abside.

On monte par trois marches dans le chœur, fermé d’une belle grille en fer à hauteur d’appui. Cette partie de l’église est bien éclairée : sept fenêtres en plein cintre, ornées de colonnes, y font pénétrer une lumière abondante. Au-dessous règne une rangée de stalles au nombre de seize, sans y comprendre celle de l’abbé placée au milieu.

L’extérieur de l’édifice est tout-à-fait en rapport avec l’aspect qu’il présente à l’intérieur ; les parties ornées au-dedans le sont aussi au dehors. De petites colonnes garnissent les fenêtres des absides latérales ; une bordure dentelée de diverses manières et d’un effet agréable entoure l’archivolte des fenêtres de l’abside principale. Les murs sont construits en belles pierres d’un assez grand appareil ; ceux de la nef ont quatre pieds d’épaisseur. Néanmoins l’humidité occasionnée par l’exhaussement du terrain à l’extérieur les a déjà fort endommagés ; ils sont tapissés d’une couche épaisse de moisissure à leur partie inférieure, de même que le pavé de la net, et il serait urgent de les dégager, du côté du midi surtout, des terres qui se sont amoncelées et qui chaque jour tendent à les enfouir d’avantage.

 

Ce ne fut qu’en 1716 que les chanoines réguliers de la congrégation de France commencèrent à faire rétablir les combles, la charpente fut posée l’année suivante, et, en 1718, la nef fut recouverte d’un plancher en forme de voute. Il est à remarquer qu’elle est moins large à l’entrée qu’a l’autre extrémité : près de la porte elle a 26 pieds 5 pouces de large, près du transept 27 pieds 2 pouces ; ce qui fait près de dix pouces de différence. La hauteur des murs jusqu’à la naissance de la voute est d’environ 30 pieds.

Quatre grandes arcades ogivales sur lesquelles s’appuie le clocher mettent en communication la nef, le chœur et les transepts. Les quatre piliers qui les supportent sont garnis sur chaque côté de deux colonnes engagées, dont les chapiteaux n’ont jamais été travaillés, à l’exception de celles qui s’élèvent près de l’angle de la nef à droite ; les chapiteaux de celles-ci sont ornés de feuillage. Les mêmes colonnes, du côté de la nef, se terminent par le bas en console à environ sept pieds du sol ; sur le côté opposé elles ont été supprimées jusqu’à une assez grande hauteur pour y placer la chaire.

1756 - ils doivent abandonner l'abbaye faute de moyens. La communauté est alors rattachée à celle de Saint-Hilaire-de-la-Celle à Poitiers.

 

 

 

L’état de délabrement ou se trouve réduite l’église de Fontaine-le Comte par la suite de son abandon pendant la révolution, excita vivement la sollicitude de M. l’abbé Gibault, conservateur des antiquités du département de la Vienne.

Avec l’aide du gouvernement, qui lui accorda une subvention de trois mille francs, il fit faire en 1825 de grandes réparations. La partie supérieure des murs de l’abside et la voute du chœur furent reconstruites ; on recouvrit en planches le transept gauche dont les combles s’étaient écroulés, et l’on rétablit la couverture de la nef. Malgré ces nombreuses réparations dues au zèle éclairé de M. l’abbé Gibault et aux efforts des habitants de Fontaine-le-Comte qui y contribuèrent par de généreux sacrifices, il reste encore, comme on a pu en juger par ce qui précède, beaucoup à faire pour achever la restauration de ce monument. Aussi la société des Antiquaires de l’Ouest a-t-elle saisi avec empressement l’occasion de le recommander de nouveau à la sollicitude du gouvernement, après avoir reçu la circulaire de M. le ministre de l’intérieur qui l’invitait à lui faire connaitre les monuments les plus remarquables du département, et ceux surtout qui réclamaient les plus prompts secours pour leur conservation. Celui-ci doit d’autant plus exciter l’intérêt qu’il serait à craindre qu’un délai prolongé ne rendit inutiles les dépenses considérables qu’on a faites depuis une douzaine d’années pour le préserver de la destruction.

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Fontaine-le-Comte, maintenant si désert, était à certaines fêtes de l’année visité par un grand nombre de personnes ; le mois de mai était surtout l’époque de la plus grande affluence ; on s’y rendait en procession des paroisses voisines pour y honorer la patronne du lieu. Ce concours de monde y attirait en même temps une foule de marchands qui s’installaient le long des murs de l’église, sous le porche et devant la croix dressé au milieu de la place. La fière église abbatiale n’est plus aujourd’hui qu’une simple et pauvre église de village, ses fêtes sont oubliées, la foule ne remplit plus sa vaste nef. Isolée au fond d’un vallon silencieux, c’est à peine si elle attire les regards du voyageur qui passe dans son voisinage. Cependant, vue du haut de la colline qu’on descend en y arrivant de Poitiers, elle se présente d’une manière pittoresque au milieu de prairies verdoyantes, et ombragée des bois touffus qui durent être plus d’une fois le théâtre des chasses aventureuses des comtes de Poitou ses fondateurs. A peu de distance jaillit la fontaine qui a donné son nom à l’abbaye, et qui dans des temps reculés fournissait le tribut de ses eaux limpides à la capitale de la province, ainsi que l’attestent les beaux restes de l’aqueduc qui longeait la vallée, et qui, passant au-dessus de Croutelle, puis aux arcs de Parigny, arrivait au faubourg de la Tranchée, ou l’on en voit encore des vestiges. Il est connu à Fontaine-le-Comte et à Croutelle sous le nom bizarre de Mère-Lusine et l’on devine aisément combien d’histoires merveilleuses se débitent sur son origine et sur sa destination. Ces débris de la grandeur romaine mêlés à ceux du moyen-âge offrent un attrait de plus à l’observateur, et ajoutent un nouvel intérêt au monument qui nous retrace le souvenir de la pieuse libéralité des comtes de POITOU.

 

En 1840, l 'abbaye est classée monument historique.

 

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https://www.hades-archeologie.com/operation/abbaye-notre-dame-2/