Les Mousquetaires de Richelieu, Brouage 1627 (3)

Buckingham s’installe dans un premier temps dans l’île de Ré, le 22 juillet 1627. Bien qu'étant elle aussi protestante, l'île n'a cependant pas rejoint la rébellion contre le roi.

Le 11 octobre, il commença  à faire porter sur ses vaisseaux les armes et les munitions qu'on avait débarquées. Puis il fit appeler un des serviteurs de Soubise et lui dit que son conseil le forçait à retourner en Angleterre, voyant fa citadelle pourvue de vivres , la saison avancée, l'armée affaiblie et les approvisionnements en grande partie épuisés. L'officier de Soubise s'efforça de détourner le duc d'une pareille résolution en lui remontrant que le rafraîchissement qui venait d'arriver aux assiégés ne pouvait les soutenir longtemps, que si la citadelle était serrée de près, elle serait promptement réduite à la même extrémité qu'auparavant; que, d'ailleurs, sa retraite allait entraîner la ruine des Rochelais, s'il les abandonnait à la colère du roi après les avoir déterminés à se déclarer pour l'Angleterre.

A toutes ces raisons Buckingham se contenta de répondre que ses capitaines ne voulaient pas demeurer plus longtemps dans l'ile de Ré. Voyant le duc résolu à déloger, l'officier se hâta d'en informer Soubise qui, depuis la mi-septembre, était à la Rochelle, malade d'une fâcheuse fièvre tierce et d'un grand dévoiement d'estomac. Le prince, malgré sa faiblesse, vint aussitôt en l'île de Ré, et fit tout ce qu'il put auprès de l'amiral anglais pour le faire changer de dessein, mais il le trouva inébranlable.

1 Mém. de Sull1, liv. XII, ap. Petitot, Coll., tom. V, p. 420 à 457.

 

Les Mousquetaires de Richelieu, Brouage 1627 (5)

Louis XIII ayant recouvré assez de forces pour venir prendre le commandement de l'armée devant la Rochelle, était parti de Paris le 24 septembre et s'acheminait à petites journées vers l'Aunis.

Il reçut à Niort, le 9 octobre, la nouvelle du grand et dernier secours qui venait de pénétrer dans le fort de Saint -Martin.

Le 11, Monsieur, duc d'Orléans, alla recevoir le roi à Surgères, d'où ils partirent ensemble le jour suivant, pour venir à l'armée, qu'ils trouvèrent rangée en bel ordre de bataille entre la Jarrie et Aytré. Le roi établit son quartier-général dans ce dernier bourg, où il se logea avec toute sa suite, décidé à ne plus quitter l'Aunis que la Rochelle ne fût en son pouvoir.

Peu de jours après l'arrivée du roi au camp, le duc d'Orléans lui demanda congé pour retourner à Paris. Tout en le laissant libre de rester ou de partir, Louis XIII ne lui cacha pas son mécontentement de le voir quiller l'armée au moment où sa présence allait devenir nécessaire, et lui fit observer que cette action témoignerait qu'il affectionnait peu les affaires de la guerre et que ses desseins ne favorisaient pas le bien de l'état. Malgré ces remontrances, le jeune prince persista dans sa résolution, piqué de ce que le roi lui ôtait le commandement sous prétexte de le prendre pour lui-même, mais en réalité pour le donner à un homme qui, par l'habit qu'il portail et le caractère dont il était revêtu, ne semblait pas destiné à commander des armées.

Mem. De Gaston, duc d’Orléans, ap. Petitot, coll, tom.

Les Mousquetaires de Richelieu, Brouage 1627 (1)

Cet homme était Armand Duplessis Richelieu ; ci-devant évêque de Luçon, alors cardinal et premier ministre de Louis XIII.

Le cardinal s'étant logé au Pont de Ia Pierre, maison isolée, située sur le rivage de Ia mer, entre Aytré et Angoulins, les Rochelais formèrent le projet de venir l'enlever pendant la nuit.

Louis XIII, averti de ce dessein par un de ceux qui devaient l'exécuter, fit partir le cardinal pour Brouage, et se rendit lui-même au Pont de la Pierre à l'entrée de la nuit fixée pour l’exécution de l'entreprise.

 Il fit cacher des hommes armés dans les dunes de sable qui bordent le rivage de la mer, plaça un corps de mousquetaires dans la maison et se tint à quelque distance avec de la cavalerie, prêt à tomber sur les Rochelais au moment où ils viendraient aborder. Mais il les attendit inutilement toute la nuit. Après s'être avancés jusques dans la rade d'Angoulins, ils n'osèrent débarquer, soupçonnant apparemment quelque trahison.

Le cardinal pourvut depuis à la sûreté de sa demeure en la faisant fortifier de retranchements à l'épreuve du canon.

Cinq jours après l'arrivé de Louis XIII au camp, le capitaine Andouyns, qui avait fait partie du grand convoi de vivres introduit dans le fort Saint-Martin, sortit du hâvre de celte citadelle et traversa l’escadre anglaise avec une partie des pinasses du convoi, chargées de malades et de blessés.

Le roi apprit par lui que l'armée de Buckingham souffrait beaucoup des incommodités de la saison et des pluies qui commençaient à tomber en abondance. Mais le mal des Anglais ne soulageait pas celui de la garnison de Saint-Martin, et le 25 octobre, le sieur de Saint-Preuil vint, de la part de Toiras, annoncer à Louis XIII que cette garnison pouvait tenir encore jusqu'au 13 novembre, mais qu'après ce terme elle serait forcée de se rendre si elle n'était secourue auparavant.

Les Mousquetaires de Richelieu, Brouage 1627 (4)

Cette nouvelle fit reprendre avec activité l'exécution du projet formé le mois précédent, de faire passer dans l'ile de Ré , à la faveur du petit fort de la Prée, un corps de six mille hommes de pied et trois cents chevaux pour faire lever le blocus de Saint-Martin et chasser les Anglais de l'île.

 Le maréchal de Schomberg avait été particulièrement chargé de préparer cette entreprise; mais il s'en était peu occupé, persuadé que les pluies et les incommodités de l'hiver où l'on entrait suffiraient pour affaiblir l'armée anglaise et la forcer à la retraite.

Le cardinal s'employa dès-lors activement à rassembler des pataches pour faire embarquer les troupes à Brouage et à Oleron.

Dès le 17 octobre il avait expédié aux régiments de Beaumont et de Duplessis-Praslin , cantonnés; le premier au village du Plomb , le second dans l’île d'Oleron, l'ordre de faire une descente en l'île de Ré, et d'y tirer une ligne de retranchements depuis le fort de la Prée jusques vers Saint-Martin, afin de faciliter le débarquement des troupes.

Huit cents hommes choisis dans ces deux régiments s'étaient embarqués le 25; mais une moitié seulement avait gagné l'ile : le reste, repoussé par le vent contraire, avait relâché dans la Charente pour attendre un temps plus favorable.

Le 25, jour où le sieur de Saint-Preuil apporta au camp des nouvelles de Toiras; le cardinal partit pour Brouage et Oleron afin de hâter l'embarquement des troupes. En même temps, Louis XIII envoya huit cents hommes de ses Gardes au port du Plomb, sous le commandement de Charles de Créqui, sieur de Canaple, pour s'y embarquer avec quatre cents hommes qui restaient du régiment de Beaumont et trente gendarmes de la compagnie de la reine.

Le maréchal de Schomherg eut ordre de s'y rendre aussi avec les mousquetaires du roi et cinquante chevaux de la Garde, afin de s'embarquer aussitôt après le retour des barques qui auraient transporté la première division.

Enfin, Marsillac fut expédié à Oleron pour passer dans l'île de Ré avec ce que le cardinal aurait pu rassembler de troupes et d'approvisionnements.

« Sa Majesté ne se contenta pas de ces armes; elle eut principalement recours à Dieu, et commanda que chacun se mit en bon état, particulièrement ses mousquetaires qu'elle fit confesser et communier t avant de partir. »

Mém. Du cardinal de Richelieu, liv. XVIII, ap Petitot, coll tom. XXIII p 314 à 416

Les Mousquetaires de Richelieu, Brouage 1627 (2)

Le cardinal avait fait une telle diligence à Brouage et à Oleron, bien qu'il n'eût pas trouvé trois barques prêtes dans les ports, qu'à l'arrivée de Marsillac, le régiment de Navarre, ce qui restait du régiment du Plessis-Praslin, celui de la Meilleraie, six cents hommes des régiments de Piémont et de Rambure, quatre-vingts hommes de la compagnie de la reine, cinquante chevau-légers du roi , cinquante de Bussi-Lamet et soixante gentilshommes étaient prêts à mettre à la voile avec une ample provision de vivres et de munitions de guerre.

Mais un incident pensa déranger toutes les combinaisons du cardinal. Le maréchal de Schomberg qui, ainsi qu'on l'a dit, avait ordre de s'embarquer au Plomb, ayant appris que le passage était difficile de ce côté, avait obtenu de Louis XIII de venir s'embarquer à Oleron avec le gros des troupes royales. Arrivé le 30 octobre à Marennes, avec les mousquetaires du roi, cinquante chevaux de la Garde et une nombreuse noblesse, il écrivit à Richelieu de lui envoyer des barques pour faire passer ses troupes à Oleron.

Ce surcroit de monde, auquel le cardinal ne s'était pas attendu, le mit dans un grand embarras : mais son génie fécond en ressources pourvut à tout et rembarquement se fit sans confusion. Toute cette flotte appareilla dans la nuit de la Toussaint et gagna en bon ordre les saumonnars d'Oleron, pour prendre le vent et de là cingler vers l'ile de Ré.

Mém. du cardinal de Richelieu, liv.XVIII, ap. Petitot., Coll. 1om. XXIII, p. 314 à 416.

Le jour même où Schomherg était arrivé à Oleron, le sieur de Canaple s'était embarqué au Plomb avec huit cents hommes du régiment des Gardes, quatre cents du régiment de Beaumont et trente gendarmes de la compagnie de la reine. Il vint prendre terre, le 1er novembre, à onze heures de la nuit, près du fort de la Prée, avec ses munitions et trois pièces de canon.

A cette nouvelle, le duc de Buckingham se réveilla, et se mettant à la tête de tout ce qu'il avait de monde dans le bourg de Saint-Martin, au nombre de deux mille hommes de pied et cent vingt chevaux, marcha vers le fort de la Prée pour s'opposer au débarquement.

Saint-Preuil ayant eu avis de son approche, conseilla à Canaple, qui commandait en qualité de mestre-de-camp du régiment des Gardes, d'attendre le jour pour opérer sa descente dans l'ile, sous la protection du fort de la Prée. Mais Canaple ne s'arrêta point à cet avis.

Le sieur de Fourilles, dont la barque toucha la première au rivage, ayant formé un bataillon serré de ses gens au nombre de quatre-vingts, tous les chefs qui abordèrent après lui suivirent son exemple, et la descente s'opéra ainsi en bon ordre. Alors Fourilles, à la tête de son bataillon, ayant Tilladet à sa droite. Porcheux à sa gauche,  s'avança, précédé d'un corps d'enfans-perdus, vers les Anglais qu'il rencontra à deux heures du rivage.

Les éclaireurs ayant fait une décharge de leurs armes, Fourilles put, à la lueur du feu des mousquets, distinguer l'ordre de l'ennemi, et jugea qu'il était plus prudent de fondre sur lui que de l'attendre.

Il commanda la charge aussitôt : mais soit que la terreur se fût emparée de ses gens ou qu'ils ne fussent pas encore suffisamment remis des fatigues de la traversée, aucun ne marcha, à l'exception de Manseau et de son enseigne, de Barillos et de Peusamont.

Toutefois ces cinq hommes tombèrent avec tant d'impétuosité sur le front de l'avant-garde ennemie, qu'ils jetèrent un moment le désordre dans ses rangs ; mais Fourilles vit avec douleur Manseau et Pensamont périr victimes de leur intrépidité, l'un d'un coup de mousquet, l' autre de quatre coups de piques.

Pendant ce temps, Canaple et ses gens s'étaient formés en bataille à quelque distance du rivage. On se tint, le reste de la nuit, sur le qui-vive : mais le lendemain, 2 novembre, à la pointe du jour, la cavalerie de Buckingham s'étant avancée à une portée de mousquet, les gendarmes du roi montèrent à cheval et fondirent sur elle.

Quelques engagements partiels eurent lieu, dans cette journée, entre le village de la Flotte et le fort de la Prée , mais sans aucun résultat sérieux.

Les Mousquetaires de Richelieu, Brouage 1627 (calida costa)

 

L'assurance d'un secours prochain rendit la sécurité aux garnisons de l'île. Buckingham se trouva dès-lors dans la nécessité de vaincre ou de fuir honteusement. Plus que jamais décidé à évacuer l'île de Ré, ce général voulut, avant de partir, pour faire voir qu’il avait essayé toutes choses possibles, faire au moins un effort pour se rendre maitre de la citadelle, bien qu'il n'eût aucun espoir de succès. Il pensait toutefois, sur le rapport de quelques transfuges, que Toiras n'avait pas huit cents hommes avec lui, que du côté de la mer la courtine n'avait ni rempart ni fossé, et qu'en dressant des échelles contre cette partie de la place, on parviendrait peut-être à s'y introduire. Il résolut donc, sans autre reconnaissance, de faire donner un assaut général.

Le samedi, 6 novembre, au lever du jour, les tranchées se remplirent de soldats. Toiras comprit soudain qu'on s'apprêtait à attaquer la citadelle. En effet, vers huit heures, Buckingham fit tirer trois coups de canon, signal ordinaire de l'attaque.

 Il ordonna aux Anglais et aux Irlandais de donner du côté du bourg, et aux Français, mêlés de quelques Anglais, du côté de la mer. La place fut soudain assaillie avec vigueur : mais le plus fort de l'action fut dirigé sur le bastion de Toiras, du côté du bourg, et le moins avancé des quatre qui flanquaient la citadelle.

 

Le duc en est chassé par Henri de Schomberg et Toiras puis est battu en mer le 17 novembre. Il finit par rentrer sans gloire en Angleterre. Pour empêcher le ravitaillement par mer, Richelieu entreprend le 30 novembre la construction par 4 000 ouvriers d’une digue longue de 1 500 mètres et haute de vingt. Les fondations reposent sur des navires coulés et remblayés. Des canons pointés vers le large sont disposés en renfort.


La flotte française, sous le commandement de l'amiral Marino Torre a bloqué le port.

Richelieu Siège de La Rochelle (1627-1628) <==.... ....==> siège de La Rochelle (1627) Lettre Richelieu A MONSIEUR Henri d'Escoubleau de Sourdis L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS, EN OLERON.

 


 

Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge ..., Volume 3,Numéro 2 De Daniel Massiou