Quoique Philippe-le-Bel eût déjà obtenu d'amples concessions de la faveur ou de la dépendance de Clément V, il était loin d'être satisfait; l'église avait été en quelque sorte abandonnée à sa discrétion par l'élection de ce pontife.

Il voulait profiter de tous ses avantages, il voulait arracher à Clément V tout ce qu'un roi ambitieux, cupide et vindicatif pouvait demander à un pape, et il l'invita, pour le printemps de l'année 1307, à une conférence dans laquelle les plus importantes affaires de l'église devaient être réglées.

Un des principaux objets de la conférence de Poitiers était aussi d'affermir et consommer le traité de paix entre la France et l’Angleterre : ce qui fut fait nonobstant la mort du roi Edouard I qui arriva le vendredi septième de Juillet 1307.

 II avait vécu soixante- huit ans et en avait régné trente-quatre.

 Son fils Edouard II lui succéda. ==> La Rochelle sous Édouard II, roi d'Angleterre (1307-1327).

 

Clément V, qui depuis son couronnement avait passé plusieurs mois à Bordeaux, et qui y avait excité assez de mécontentement, par ses exactions sur les églises d'Aquitaine, chargées seules d'alimenter le luxe de la cour pontificale, consentit, selon la promesse qu'il avait faite à Philippe.

Philippe proposait Tours ou Poitiers, et comme époque le milieu d'avril ou le Ier mai.

Les cardinaux qui entouraient le pape préféraient Toulouse.

Clément insiste par des raisons de santé ; on lui a dit que le climat de Tours est malsain ; les traitements qu'il est obligé de suivre ne lui laissent pas la liberté de faire ce qu'il voudrait.

Poitiers finit par l'emporter ; le pape y donna rendez-vous au roi, et en effet l'entrevue eut lieu dans cette ville vers la Pentecôte de 1307 (1).

Cependant il n'y fut pas plus tôt arrivé qu'il commença à se reprocher son imprudence, de s'être livré entre les mains d'un monarque qui avait déjà abusé de son pouvoir sur lui, et qui se proposait d'en abuser davantage encore.

Il fit quelques tentatives pour échapper de cette espèce de captivité. « Le pape et les cardinaux qui étaient venus à Poitiers, y firent, dit un auteur contemporain , un plus long séjour qu'ils ne l'auraient voulu, car le roi de France, ses complices et ses ministres, les y retinrent, dit-on, en quelque sorte par violence; le pape en se déguisant, tenta à plus d'une reprise, de se mettre en route pour Bordeaux, accompagné de peu de domestiques, et précédé par quelques mulets chargés d'or et d'argent.

Mais, reconnu par les serviteurs du roi, il fut toujours forcé de revenir à Poitiers, avec les effets qu'il voulait emporter. » (2)

Renonçant alors à se dérober à une conférence qu'il avait de bonnes raisons de redouter, Clément V se résigna à gagner la faveur de son orgueilleux protecteur, par une extrême condescendance.

Philippe IV se rendit à Poitiers, au mois de juin, avec une cour très nombreuse.

 Il conduisait avec lui ses trois fils, dont l'aîné, nommé Louis, portait, depuis la mort de sa mère, le titre de roi de Navarre. Il amenait encore ses deux frères, Charles de Valois, son conseiller le plus habituel, et Louis, comte d'Évreux, fils de la seconde femme de son père.

 Il avait donné rendez-vous, à Poitiers, à Robert, comte de Flandre, qui s'y rendit avec ses enfants, et à Charles II, roi de Sicile : des ambassadeurs d'Edouard 1er, qui mourut seulement le mois suivant, s'y trouvèrent aussi (3).

Enfin, comme le pape et le roi avoient annoncé que ce congrès était destiné à pourvoir à la défense de la chrétienté et à la délivrance de la Terre-Sainte, on y vit arriver un envoyé du roi d'Arménie, nommé Aython , qui s'est fait un nom dans les lettres , en écrivant, à cette occasion , l'histoire de l'église d'Orient, et en signalant les mesures à prendre pour reconquérir la Judée et défendre l'Arménie. (4)

Plusieurs affaires importantes remplissaient alors l'esprit de Philippe-le-Bel, mais la guerre sacrée, ou le sort du royaume d'Arménie y avoient moins de part qu'aucune autre.

 Le projet qu'il avait le plus à coeur, était celui d'accomplir sa vengeance sur Boniface, et de faire condamner sa mémoire.

Il voulait que son adversaire fût pour jamais couvert d'infamie, sentant bien que, s'il n'y réussissait, il serait lui-même condamné pour son impiété.

Il s'était muni de tous les actes de l'accusation que Nogaret avait dressée de toutes les dépositions des témoins qu'il avait fait examiner; il offrait de prouver l'hérésie de Boniface sur quarante-trois chefs différents, et il demandait en conséquence que ses os fussent retirés du tombeau pour être brûlés, qu'il fût déclaré usurpateur du pontificat, et que tous ses actes fussent annulés.

Clément V s'était engagé, par serment, à faire pour lui toutes ces choses; mais ce n'est pas en vain que les papes ont le pouvoir de délier des serments prêtés, ils en ont plus d'une fois fait usage pour eux-mêmes.

L'église a même prononcé d'avance, et d'une manière générale, qu'ils ne sauraient être liés par les serments qu'ils prêtent à l'occasion de leur élection.

La peur, plus puissante que les serments, était, il est vrai, garante des engagements de Clément V; il avait vu ses deux prédécesseurs périr à Rome, pour avoir encouru la colère du roi de France; il était lui-même en France, et entre ses mains ; aussi il ne songea point à lui résister, il tenta seulement de le désarmer à force de soumission. (5)

Clément V sentait bien qu'il ne pouvait déclarer que Boniface VIII n'avait jamais été pape, sans annuler toutes les nominations que ce pontife avait faites, bouleverser ainsi le sacré collège, et entacher de nullité sa propre nomination.

Comme il était dans cet embarras, le cardinal de Prato auquel il devait son élection, et qui avait dès lors conservé le plus de crédit sur lui, lui conseilla de gagner du temps, sans s'opposer ouvertement à Philippe, de représenter au roi qu'il ne fallait rien moins qu'un concile œcuménique pour condamner un pape, et de s'offrir à en convoquer un.

Cette proposition ayant été agréée, la ville de Vienne, qui, comme Lyon, faisait partie du royaume d'Arles, et qui était séparée par le cours seul du Rhône, d'avec le royaume de France, fut choisie pour le concile futur.

 En même temps Clément V, par une nouvelle bulle, abolit jusqu'aux dernières censures prononcées par son prédécesseur, contre Guillaume de Nogaret, et Reginald de Supino, à l'occasion de l'arrestation de Boniface, et du pillage de son trésor, (6)

Clément V, en entassant les faveurs sur Philippe et sa famille, cherchait à lui faire oublier ses projets impies et sa vengeance. Il voulut d'abord gagner Charles de Valois, qui avait le plus grand crédit sur son frère; Philippe, dès le commencement de son règne, avait voulu procurer à ce prince une couronne, mais malgré ses efforts, Charles, qui avait été roi titulaire d'Aragon, qui était alors empereur titulaire de Constantinople, à cause de son mariage avec Catherine, fille de Philippe de Courtenay, n'était le plus souvent désigné que par le nom de Charles sans terre.

Clément V essaya de lui faire recouvrer les étals dont il portait le titre.

Dès l'année précédente, il lui avait accordé, par une bulle du 14 janvier, deux années de décimes à lever sur le clergé de France, et les indulgences de la croisade en faveur de tous ceux qui l'aideraient à faire la guerre aux Grecs (7). Charles avait recueilli soigneusement l'argent, mais n'avait encore fait aucun préparatif de guerre.

Aux conférences de Poitiers, Clément montra plus d'empressement encore à l'élever sur le trône des Grecs. Ce trône était alors occupé par Andronic Paléologue, dont les états étaient envahis à la fois par les Turcs, les Alains et une compagnie d'aventuriers catalans, qui s'étaient d'abord engagés à son service.

Dans le désordre universel de la Grèce, et surtout de la Natolie, quelques seigneurs grecs s'étaient adressés à Charles de Valois; et, en lui demandant des secours contre les Barbares, lui avoient offert de le reconnaître pour leur monarque (8).

Clément V s'empressa de le déclarer chef d'une croisade nouvelle qui s'armerait pour conquérir Constantinople; il adressa des bulles à toute la chrétienté, pour engager les fidèles à s'enrôler sous les étendards de Charles de Valois, et à gagner avec lui les indulgences qui lui étaient offertes.

 « Le zèle de la foi, y disait-il, doit brûler dans vos coeurs comme une flamme, car si, et que Dieu détourne un pareil présage, les Turcs, les Sarrasins et les autres infidèles qui attaquent sans relâche Andronic, venaient à s'emparer de son empire, notre mère l'église et toute la religion chrétienne en éprouveraient le plus grand dommage (9).»

D'après ce motif, on aurait dû s'attendre à ce que le pape exhortât les Latins à secourir Andronic, et à conserver à la chrétienté, de concert avec lui, la capitale de l'Orient; au contraire , il ordonne de l'attaquer pour devancer les Turcs, il le déclare anathème, il interdit à tout prince chrétien de faire alliance avec lui, et il enveloppe dans sa condamnation tous ceux qui lui donneraient quelques secours. (10)

Philippe avait encore amené avec lui à Poitiers son fils Louis, auquel, par la mort de sa mère, appartenait le trône de Navarre.

On donnait à ce jeune prince le nom de Hutin, qui revient à celui de tumulte ou bagarre : on ne nous a point appris à quelle occasion ce surnom lui fut donné, mais il parle assez de lui-même.

Philippe voulait envoyer Louis à Pampelune, pour y être couronné, et pour réprimer l'ambition de son lieutenant clans ce royaume, qu'on accusait de songer à s'y rendre indépendant (11).

Clément, pour faciliter les projets du jeune prince, leva l'interdit que l'évêque de Pampelune avait mis sur cette ville, à l'occasion des discussions qu'il avait avec les Français (12).

Louis Hutin partit de Poitiers au mois de juillet, avec Gaulcher de Châtillon, connétable de France, à la prudence duquel son père l'a voit confié ; les sénéchaux des provinces qu'il devait traverser lui fournirent des soldats et l'accompagnèrent ; le vice-roi de Navarre, que les auteurs du temps nomment Fortunio, n'osa faire aucune résistance, et le jeune roi fut reçu avec pompe, et couronné à Pampelune. (13)

Philippe avait encore appelé à Poitiers l'archevêque d’Arles, ambassadeur de son cousin Charles II, roi de Naples et comte de Provence, pour faire profiter ce feudataire de l'église, de l'ascendant qu'il avait acquis sur le pape.

Charles II, qui avait eu beaucoup d'enfants, avait perdu les deux aînés. Charles Martel, l'aîné, avait laissé un fils nommé Charobert, ou Charles Robert, qui depuis long-temps faisait valoir ses droits à la couronne de Hongrie, avec l'assistance de l'église ; mais depuis la mort de Wenceslas, roi de Bohême, son concurrent, la fortune lui était devenue beaucoup plus favorable.

Clément V, toujours pour plaire à Philippe, prononça, le 10 août, à Poitiers, une sentence définitive, qui accordait le royaume de Hongrie à Charobert, et frappait d'anathème Othon, duc de Bavière, son nouveau compétiteur, s'il continuait à le lui disputer, (14)

Un second fils de Charles II de Naples, nommé Louis, était mort évêque de Toulouse, le 19 août 1298.

 Clément, toutefois, ne l'oublia point dans les faveurs qu'il voulait répandre sur toute la maison de France : il ordonna qu'une enquête fût instituée sur sa vie et ses moeurs, pour l'admettre ensuite au nombre des saints (15).

Le troisième fils, Robert, était destiné à succéder à son père.

Enfin, Clément déchargea Charles II de la dette énorme qu'il avait contractée envers l'église : elle montait à 360,000 onces d'or ; le pape lui en remit le tiers, et il voulut que les deux autres tiers fussent employés à la croisade de Charles de Valois, (16)

Mais avec quelque profusion que Clément V disposât en faveur de Philippe de toutes les grâces que l'église pouvait accorder, il sentait qu'elles ne pouvaient satisfaire ce monarque orgueilleux et vindicatif.

 Il regarda donc comme une bonne fortune la demande que lui fit le roi d'abolir l'ordre des Templiers, se figurant que la poursuite de cette nouvelle vengeance ferait quelque diversion, tout au moins, à sa rancune contre la mémoire de Boniface.

Il ne faut point espérer d'arriver à connaître les vrais motifs de la haine de Philippe-le-Bel contre les Templiers et contre leur grand-maître, ou le degré de vérité qui peut se trouver mêlé aux calomnies produites contre cet ordre.

Le siècle dont nous faisons l'histoire est celui de la plus grande corruption de l'ordre judiciaire; il n'y a pas un des procès intentés sous Philippe-le-Bel, qui ne porte des marques intrinsèques de faux témoignage ; on y trouve sans cesse des attestations solennelles de choses évidemment controuvées, et le sens commun se révolte contre la preuve écrite qu'on lui présente.

Quand on en est venu là, on ne peut plus espérer que des documents authentiques éclaircissent la vérité ; nous en avons déjà, nous en avons de reste, mais nous ne pouvons nous réduire à les croire : ce ne seront pas de nouveaux témoignages ou historiques ou juridiques, qui suffiront à confirmer ou à détruire ceux qui nous ont été conservés en si grand nombre. Toujours nous serons réduits à expliquer par des conjectures ce qui nous est présenté comme étant des faits.

Villani assure que le Prieur de Monlfalcon, de la langue de Toulouse, et le Florentin Noffo Dei, tous deux retenus dans les prisons pour leur mauvaise conduite, y ourdirent le complet qui causa la ruine des Templiers.

Ils avoient appris, par l'exemple du procès contre Boniface, pour lequel on avait demandé des dépositions aux êtres les plus vils, que plus une accusation serait infâme et effroyable, plus facilement elle serait crue.

Ils affirmèrent donc que ces moines armés, qui par zèle pour la religion s'étaient voués à la pauvreté, à l'obéissance et à des combats continuels contre les infidèles, reniaient Dieu à leur entrée dans leur ordre, crachaient sur le crucifix, adoraient une idole difforme, étaient initiés par une cérémonie dégoûtante, se soumettaient à une prostitution infâme, toutes les fois qu'ils en étaient requis, et trahissaient enfin la chrétienté au profit des infidèles (17).

Plus on entre dans le détail des accusations, plus on est rebuté par leur absurdité.

Philippe, cependant, qui avait sans doute éprouvé l'orgueil des Templiers; qui, par un grand nombre de ses actions avait pu mériter leur critique, et qui ne la supportait pas; qui croyait tous ses ennemis dignes du dernier supplice, et qui n'était jamais scrupuleux sur les moyens de s'emparer des biens de tous, admit l'accusation comme vraie, fit examiner par ses juges les deux dénonciateurs, et communiquant leurs dépositions à Clément V, lui demanda de sévir contre l'ordre tout entier.

Il est probable que Clément promit seulement de s'en occuper, et renvoya la décision de cette affaire au concile qu'il s'était engagé à convoquer.

Mais Philippe aimait les mesures promptes et générales; il savait par expérience que lors qu'il frappait une classe tout entière, la richesse des confiscations se proportionnait à l'universalité de ses ordres ; qu'un despote lorsqu'il demande à tous ses sujets, une part de leur fortune, court risque de les réunir contre lui dans une opposition commune, tandis que lorsqu'il isole ceux qu'il veut dépouiller, en les dénonçant à la société , il est secondé par l'égoïsme du plus grand nombre, qui se réjouit d'échapper sain et sauf à un grand désastre.

Trois fois durant son règne, il dépouilla une classe particulière de ses sujets, les Lombards d'abord, puis les juifs, et enfin les Templiers; chaque fois il résolut de faire périr ceux qu'il volait, et chaque fois il s'assura l'aide du clergé pour les noircir de crimes effroyables.

En 1291, les marchands italiens avoient été arrêtés en un même jour comme usuriers, en 1306, ce furent les juifs; en 1307 les chevaliers du Temple.

Ce fut le 14 septembre qu'il adressa des circulaires aux sénéchaux, et aux autres gouverneurs de ses provinces, dans lesquelles, après leur avoir exposé sommairement les accusations qui lui étaient parvenues contre les Templiers, il leur ordonnait de prendre leurs mesures, pour qu'ils fussent tous arrêtés dans la journée du 13 octobre, et de garder soigneusement le secret jusqu'à ce jour.

Les personnes des Templiers dévoient être réservées au jugement de 1307 l'église, et en particulier à celui de frère Guillaume Humbert de Paris, dominicain, grand-inquisiteur, et confesseur du roi, qu'il avait commis à cet effet ; mais les sénéchaux dévoient cependant commencer à les interroger après les avoir tenus au secret; ils dévoient les faire appliquer à la torture en présence du subdélégué de l'inquisition ; promettre le pardon à ceux qui avoueraient les crimes dont ils étaient chargés, et menacer du dernier supplice ceux qui les nieraient.

 En même temps, les sénéchaux avoient l'ordre de saisir le même jour tous les biens des Templiers, d'en dresser un inventaire, et de les retenir dans les mains du roi. (18)

Les ordres de Philippe furent exécutés avec autant de précision que de rigueur.

Aucun Templier n'avait le moindre soupçon du danger qui le menaçait, lorsque toutes leurs maisons furent entourées, dans toutes les provinces comme à Paris, le vendredi 13 octobre, à l'aube du jour.

Tous les chevaliers furent surpris avant d'avoir pu s'armer, et enfermés séparément dans des cachots ; tous leurs biens furent inventoriés et saisis par des commissaires royaux.

 

Guillaume de Nogaret fut chargé avec Réginald de Roye, de se rendre maître de la maison du Temple à Paris.

Il y trouva cent quarante chevaliers avec leur grand-maître Jacques de Molay, qui était arrivé de Chypre, sur l'invitation de Philippe, pour se trouver aux conférences de Poitiers, et qui y avait été reçu d'une manière flatteuse par les deux souverains, secrètement conjurés pour sa perte (19).

Soixante Templiers furent arrêtés dans la sénéchaussée de Beaucaire; d'entre ceux-ci, quarante-cinq furent enfermés dans les prisons d'Aigues-Mortes, et quinze à Nîmes ; trente-trois autres furent renfermés dans le château royal d'Alais.

Nous n'avons pas le détail des autres sénéchaussées ; mais dans toutes, ces champions de la croix furent traités avec la même rigueur. (20)

Le dimanche 15 octobre 1307, Philippe fit proclamer dans la chapelle de son palais et dans les autres églises, les accusations infâmes dont les Templiers étaient chargés; immédiatement après, ses juges commencèrent à chercher tous les moyens d'arracher aux prisonniers l'aveu de ces crimes divers.

Tantôt ils employaient les promesses de toute la faveur et de toutes les récompenses du roi, tantôt la menace des supplices, tantôt la faim, à laquelle on laissait les captifs en proie dans leurs cachots, tantôt des tortures si cruelles et si prolongées, que plusieurs Templiers moururent entre les mains de leurs bourreaux.

Par ces moyens divers, on arracha à plusieurs d'entre eux des confessions quelquefois entières, quelquefois partielles, mais le plus souvent contradictoires, et qui presque toutes étaient révoquées, dès que les tourments étaient suspendus, (21)

Les ministres royaux avoient annoncé que l'arrestation des Templiers était faite avec l'autorité de l'église, et du consentement du pape.

Cependant Clément V ne s'était point attendu à ce que les immunités religieuses fussent si ouvertement violées envers un ordre qui jouissait de tous les privilèges du clergé. Il en témoigna son mécontentement; il chargea deux cardinaux de se rendre auprès de Philippe, avec une bulle assez énergique, dans laquelle il lui reprochait son manque de déférence envers le Saint-Siège.

Il suspendait en même temps le pouvoir des archevêques, évêques et inquisiteurs de France, et il évoquait à lui-même toute l'affaire des Templiers.

Cette bulle est datée de Poitiers, le 27 octobre. (22)

Mais Clément V, toujours tremblant devant Philippe, n'osa pas persister dans son opposition. Après avoir entendu un certain nombre de Templiers, qui lui furent conduits à Poitiers pour répéter leurs aveux, il révoqua la suspension qu'il avait prononcée ; il permit aux ordinaires de procéder dans leurs diocèses contre les Templiers, et il se réserva seulement le jugement du grand-maître de l'ordre, des maîtres et des précepteurs de France, de terre d'outremer, de Normandie, de Poitou et de Provence. (23)

La destruction d'un ordre religieux que la chrétienté avait jusqu'alors regardé comme armé pour sa défense, pouvait aussi causer quelque fermentation parmi le peuple, accoutumé à respecter la naissance, le pouvoir, les richesses des frères du Temple, et à croire à leur zèle pour la foi : aussi le roi et l'inquisiteur Guillaume Humbert jugèrent convenable de faire preuve de leur impartialité, en livrant à leurs bourreaux quelques juifs en même temps que les Templiers.

Le supplice de deux juifs très riches qu'on avait engagés à se convertir au moment où tous leurs compatriotes étaient chassés de France, et que l'inquisition condamna comme relaps, fit diversion à Paris à la pitié que plusieurs éprouvaient pour des victimes plus illustres (Contin. Nangii. p. 60)

D'ailleurs les supplices accoutument le peuple à en demander d'autres, et sa crédulité est d'autant plus empressée d'adopter toutes les fables qu'on lui présente, qu'il a déjà éprouvé de plus fortes émotions.

Les cruautés que Philippe exerçait contre les Templiers n'avaient pas tardé à prendre à ses yeux un caractère de justice, soit que son indignation se fût enflammée contre eux pour quelque résistance qu'ils avoient apportée à son autorité, pour quelque plainte trop amère sur l'altération des monnaies, pour quelque moquerie qu'ils s'étaient permise sur sa personne, ou sur son courage; soit que la détresse où se trou voient toujours ses finances lui inspirât le désir d'en combler le déficit avec les grands biens d'un ordre qui passait pour aussi avare qu'il était riche; soit qu'il prêtât réellement foi aux dénonciations qui lui avoient été faites par des hommes qui sortaient des cachots pour spéculer sur le malheur de leurs semblables.

 

  

Mai 1307 ORDONNANCE DU SÉNÉCHAL DE POITOU FIXANT LE PRIX DE LA MAIN-D'ŒUVRE, DES DENRÉES ET DES MARCHANDISES LES PLUS USUELLES, POUR LE TEMPS DU SÉJOUR DE CLÉMENT V ET DE PHILIPPE LE BEL A POITIERS.

(Arch. Nat. J. 190 B, n° 64.)

 

 Le sénéchal de Poitou, en établissant ce tarif, peu de jours avant l'arrivée des deux Cours, paraît avoir eu pour objets principaux d'assurer, tant par des prix rémunérateurs que par la sécurité des transports et celle du payement, l'approvisionnement de la ville; d'y attirer et retenir les ouvriers les plus utiles, et de prévenir toutes difficultés entre ceux-ci et leurs patrons, toutes contestations entre les marchands et les gens de la Cour du Pape, ceux de la suite du Roi et les serviteurs des seigneurs et prélats qui devaient assister aux conférences de Poitiers, enfin, d'empêcher tout accaparement de marchandises.

S'il faut ajouter foi à deux documents anglais publiés par M. Hippeau dans la Revue des Sociétés savantes des départements, 1867, 2e semestre, p. 416, Philippe-le-Bel serait arrivé à Poitiers le dimanche après l'Ascension (7 mai), en compagnie de ses frères et de ses fils puînés.

 

Quand le roi Philippe-le-Bel vint à Poitiers, pour traiter avec le pape Clément V la grave affaire de la suppression des Templiers, ce fut au couvent des Jacobins qu'il élut domicile, tandis que le pape avait fixé sa résidence au couvent voisin des Cordeliers.

Ce dernier couvent occupait en grande partie tout l'espace compris entre la rue des Cordeliers, la rue des Grandes-Ecoles, et la rue du Marché Notre-Dame.

La chapelle se trouvait derrière la librairie Bonamy et une partie des magasins Vannier. Il en reste encore quelques vestiges.

Comme la chapelle des Jacobins, elle servit également d'hypogée mortuaire aux infortunés héros de la bataille de Maupertuis.

Parmi ceux qui y furent inhumés, nous citerons le duc d'Athènes, connétable de France, Renaud de Chauveau, évêque de Chàlons, Louis de Brosse, Robert de Chalus, Guillaume de Linières, Guillaume du Rétail, Geoffroy de Charny, qui portait à Maupertuis la bannière royale, et beaucoup d'autres chevaliers. ==> Le SOUPER, Tel fut le dernier épisode de la bataille de Poitiers 1356 - Où sont les morts ?

De tous ces nobles seigneurs, les armoiries furent peintes, comme aux Jacobins, à fin de perpétuelle mémoire, sur les murailles de l'édifice, et tout cela, depuis longtemps, n'est plus qu'un souvenir.

N'est plus qu'un souvenir aussi, le magnifique tombeau de marbre noir, surmonté de deux statues, qu'on voyait, avant la Révolution, au milieu du choeur. C'était le monument du comte et de la comtesse de Mortemart. Le dessin en est conservé à la Bibliothèque Publique.

 

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, durant les pourparlers relatifs à l'affaire des Templiers, le pape Clément V habita le couvent des Cordeliers, près du Palais Royal, où se tinrent les consistoires, et y séjourna pendant près de seize mois.

 « Mais, aucunes fois, pour sa récréation, il se tenait au prieuré de Ligugé, qui estoit un très beau lieu, première cellule de sainct Martin » (Annales d'Aquitaine).

Ce fut dans celui du mercredi 10 mai que furent portées devant le Pape et les deux Cours assemblées les accusations contre les Templiers par Guillaume de Pelian au nom du Roi.

Quelques jours après son arrivée à Poitiers, Philippe-le-Bel y avait été rejoint par son fils aîné, Louis, roi de Navarre, du chef de Jeanne, sa mère, par le roi d'Espagne, probablement Alphonse de la Cerda, qui venait de renoncer au trône de Castille, et qui était alors réfugié en France, et par le comte de Provence, Charles II, roi détrôné de Sicile.

Les conférences se poursuivirent jusqu'au commencement de juillet, et le roi de France, qui n'avait pu encore vaincre la résistance du Pape à la condamnation des Templiers, partit le 8 de ce mois, jour de la fête de sainte Marguerite de son côté, le Pape se rendit à Viilandrau, son lieu de naissance, au delà de Bordeaux, et le roi de Navarre alla se faire couronner à Pampelune.

 

C'est au séjour du pape Clément à Poitiers que se rapporte une dramatique légende, dont notre vieil annaliste Jean Bouchet nous a transmis les curieux détails.

Alors que Clément V, avant d'être pape, était archevêque de Bordeaux, sous le nom de Bertrand de Goth, il advint qu'il eut procès, au sujet des droits de sa prélature, avec l'évêque de Poitiers, Gauthier de Bruges, qui avait appartenu à l'Ordre des Cordeliers ou Frères Mineurs.

Devenu pape, Bertrand de Goth n'oublia point les griefs de l'archevêque, et déposa, par esprit de vengeance, le pieux évêque de Poitiers, qu'il relégua en son ancien cloître des Frères Mineurs.

« L'an après sa déposition (1306), Gauthier de Bruges alla de vie à trépas, et fut son corps mis en l'église du couvent des Cordeliers, devant le grand autel, et, à son trépas, furent faicts de grands miracles.

 « Il ordonna que la cédule appellatoire, qu'il avait interjettée dudit pape Clément au futur Concile, fût mise entre ses mains, avec son corps, en sa sépulture : ce qui fut faict.

« Le pape, l'ayant appris, fut curieux de voir ladite cédule, et commanda qu'on fit ouverture de ladite sépulture, pour avoir la cédule. Mais ne fut lors possible de retirer de la main dudit évesque ladite cédule, sans la rompre. Ce qui fut rapporté au pape.

« Lequel enjoignit aux messagers de faire injonction audit évesque trépassé, sur peine d'inobédience, de lâcher ladite cédule, avec promesse de la remettre après icelle lue, en sa main.

« On fit le commandement du pape, et, incontinent, par miracle, ledit évesque entr'ouvrit la main, et lâcha ladite cédule : laquelle fut vue et lue par le pape, et tantôt après, remise en ladite main dudit évesque, qui la resserra comme elle était auparavant.

« Dont ledit pape fut fort esbahy, et non sans cause ; et dès lors fit faire une plus honorable sépulture audit évesque qu'elle n'était, et se repentit bien de luy avoir osté son évesché ».

Telle est la naïve et intéressante narration de l'auteur des Annales d'Aquitaine.

 

L'ordonnance du sénéchal de Poitou a été connue de Dupré de Saint-Maur, qui l'a publiée d'une manière incomplète et défectueuse dans son Essai sur les monnaies, ou Réflexions sur le rapport entre l'argent et les denrées (24).

La copie de Dupré de Saint-Maur a été reproduite dans le tirage à part de mon Essai sur les monnaies du Poitous (25).

Le texte suivant est donné par une copie ancienne existant aux archives de l'Etat. Au dos de cette pièce on lit les mots: Pro victualibus deferendis Pictavis de villis circumadjacentibus curid Romanâ ibi existente, qui sont loin de donner une idée exacte de ce précieux document.

La valeur intrinsèque du denier tournois de 1307 est de cinq centimes quatre-vingt-quinze centièmes; par suite, celle du sou est de soixante-onze centimes quarante centièmes, et celle de la livre, de quatorze francs vingt-huit centimes.

 

 

 

C'est l'ordinacion des vivres establie à Poyters par le sen[eschal] le Roy de France en Poytou, don conseyl de sages e pour le comun proffet par le temps que nostre père le pape sera et serra à Poyters (26).

Il est ordrené et fait asavoir par toutes les bonnes villes, là où il a marché, et ès autres là où il n'a marche, dit est ès yglises, que par le temps que la cort nostre père le pape serra et sera à Poyters, il a et aura chascun jour faire (27) et marchié en la vile de Poyters et que chascuns et chascune aportent vendre et facent venir à Poyters, chascun jour dès ores mes en avant, toutes manières de vivres et de derrées, sauf venir et sauf aler, sanz payne ne arester aux (28), lour bestes et lour derrëes, et sera chascuns tantost payez et sanz delay de tout ce que il aura vendu, selon ce que il porra miex vendre.

Et se il avenoit que il ne fussent si tost paiez cumme nous disons, il demorroit aus couz et aus despens de celui à qui il auroit vendu, et les contraindrons à ce faire les deffaillanz de payer et à l'amender.

Et à ce faire, tenir et garder fermement, et pour les diz vendeors garder de tort et de force, sunt establiz dous prodomes, c'est asavoir li uns de par nostre père le pape pour ses cortisiaux, et li autres de par le Roy; et sauront et conestront cil duy conbien coste une beste grosse, et grelle (29) sera vendue, pour la chose avenabler, à ce que li bocher ou li regrater ne puissent prenre outragens gaing ne faire chierté tant de chars grosses et menues, cumme d'autres vivres quex qu'il soyent.

E ce meymes entendons des regratiers des fains, des aveynes, de buche pour ardoir et de touz autres vivres, quels que il soyent.

Et se il les voyent par iceus regraters estre trop chyers vendus, que il y puissent mestre remede et avenablement, si cumme il est dit dessus, e aux contraindre au faire.

Tuit bolenger, tuit forner e autres feseors de pain dorront à lour vallez; à celuy qui enforne II. souz, VI. deners et es autres vallez II. souz pour semaine e lours despens; e feront pain au pois acostumé é le vendront selont le feur (30) double en chascun marchié.

Nuls ne nule cortisiaus ne autres ne metent pris ou feur de vin ou assise sur vin, de quesque creu ou solage que il soit, duques à tant que IIII. prodommes, II. de par nostre pere le pape pour ses cortisiaus, et dous de par le Roy, qui à ceu sont establiz, ayent veu e esgardé à quel teur icils vins porroit estre vendu à taverne ; e le pris ou l'asise qui i sera mis par eux nous volons que à cet feur soit venduz, et en descendant, selont ce que li vins enpirroit.

Bons charpenters et bons machons de taille auront par jour d'ici aus meissons XII. deners et lours despens, du XVIII. deners sanz despens, e meaus charpenters et'mâchons VIII. deners pour jour et lour despens, ou XII. deners senz despens.

Autre menu ovrer de bras (31), c'est asavoir vignerons, hoters et autres auront senz despens IX. deners ou VIII. duques aus meissons.

Nuls cordoaners ne donra pourjourà vallet que VI. deners en descendant es autres valiez, selont ce que il saura e que il fera, e compagnage en avantage.

Sollers de cordoan bons et fins pour home, les mellors pour XXXII. deners.

Sollers de vache bons et fins pour home pour II. souz

Heuseaux ou estiveaux de cordoan bons et fins pour homme, les mellors XII. souz.

Heuses de cordoan bones e fines, les mellors XV. souz.

Robe de bon drap, quote et sorcot, forré et botonné pour fayçon IIII. Souz, e se il y a III. garnemenz, V. souz.

Robe simple de dous gar nemens senz botoner, II. souz.

Robe à fame III. garnemenz, VII. souz.

Tondeor de drap, l'aune une foiz tondue II. deners e pour t[ondre] II. foiz III. deners.

Chauces de drap por fasçons, IIII. deners, et pour chaperon III. deners.

Pannes blanches d'engneas mantelées, les mellors XV. Souz, et celles faites en guise de peliçon de bons engneas (32) notrez XVIII. souz.

Une penne de ventre de conins (33) notrez à sorcot XVI. souz.

Somme de grosse buche, le fès de cheval quemun, en bois où l'en peut aler une foiz pour jour VIII. deners, et de fornille (34), V deners.

E le feys à grant beste si comme de mule ou de mulet, X. deners la somme de grosse buche, e de fornille VI. d.

 Item en boys là ou l'en peut aler II. foiz ou III. par jour la somme de grosse buche, à cheval quemun, X. deners et de fornille VII. deners.

E à grant bestes, si cumme dessus est dit, XII. deners, e de fornille IX. deners.

Tuit ovrer en boys de cognée e de sarpe n'auront par jour que X. deners senz buchage (35), ou VIII. deners e buchage.

 Et tuit charbonner e faiseor de charbon par jour XII. deners senz buchage ou X. deners et buchage.

Tuit charbons seront baillé e livré en bois e es forez, à la mesure ancienne qui est apellée levée, dont les II. levées font un chargeor (36), ou à la pouche qui bien fait le chargeor, se il est fait à son point e à son droit; e est la poche ronde d'une aune de teyle.

La levée de charbon ès bois ou l'on puet aller une foiz par jour, II. deners, e le chargeor IIII. deners.

Item la levée de charbon ès boys, où l'en peut aler II. foiz par jour, III. deners, e le chargée VI. deners; et le sac peytevin e le beneau (37), au feur dou chargeor, selonc ce que il tenra de charbon ; et ès bois ou l'en ne puel aler en II. jors que une foiz, selont la distance dou leu, li charbon sera venduz à l'estimacion, et selont l'esgart de ceste ordenance.

Vallez à mareschaux, c'est assavoir forgeor panront par jour IIII. deners e lors despens, e li bateors III. deners par jour e lour despens.

Fer de cheval d'armes, le plus grant, VIII. deners.

Fer de roncin e de palefroy e de grant mulet, VI. deners.

Fer de roncinaylle et de mulet communs, IIII. deners.

Fer d'asne, III. deners.

Loer de roncin à chevauchier, XV. deners pour jour e sa pasture, et dou petit, XII. deners et sa pasture.

Seter de sel, V. souz VI. deners.

Jalon d'uyie, IIII. souz.

Livre de sef, VI. deners.

Livre de sain playe (38), VII. deners.

Livre de sain fondu, VI. deners.

Livre de chandeles de sef, de coston e de lemignon, VIII. deners.

Fes de fain aporté au marché à un home, XVIII. deners.

Fes de fain à un asne bon e grant, II. Souz juques aus noveaus.

Fes de fain bon e grant à un cheval, IIII. souz.

Fes de feurre à un cheval bon e grant, XVIII. deners.

Forche de fer de droit pois ancien, c'est assavoir de XII. livres, XV. deners. es forges et aus revendors XVIII. deners, e bouchan de fer don pays, de VIII. livres, dou plus ou dou mains, livre d'acier poytevin ou autre, III. deners e maylle.

Cuer de beuf vert de bon beuf marcheant XXV. souz, e si il estoit de grant beuf de Gascogne il sera avenable par les prisors.

Item de bon beuf tanné le cuer de bon et de marcheant, XXXIII. souz; li plus grant seront avènable par les priseors, et li petit en descendant seront vendu.

Peau de moton à toute la leyne, II. souz.

Bon frain pour roussin à escuier, IIII. souz.

Uns espérons, XII. deners.

Selle à escuier garnie de godemetin (?), d'extriex e de poytrax, XXVI. souz.

Une somme à somer garnie, XXXII. souz.

Une male, un bahu, selont ceu qui seront grand ou petit.

Chauces dessoy (39) noyr ou de bon plat noir, VI. souz les mellors, e les autres en descendant.

Item il est ordené que tuit tebler (40) facent teille de molle de la façon ancienne, c'est assavoir dou large e de l'espes que elle soloit estre X. anz a, e que il soit fait dedenz Pentecoste.

 Et qui de ce seroit trovez en deffaute, il seroit en la merci le Roy de cors et d'avoir.

Paires de ganz dalun bons, VIII. Deners, e li autres ganz, VI. deners.

Un cent de borre laneysse, XXVI. souz.

Un cent de borre moleisse, XVI. souz.

Et sera deffendui que cil des molins à foler dras ni autres qui la facent demorant en la chastelenie de Poyters ne la vendent à home qui la porte hors de la chatelenie de Poyters.

La paire des roes à charretes, les mellors pour XII. souz, e les autres en descendant.

Le charretil à XII. paumelles, VII. souz et l'autre V. souz.

Le miller de clos à chevet bons e à ploy, VII. souz. E qui les aportera en marché mauvays, brisanz ne mellez les bons avec les mauvès, il les perdra.

Miller de clos à late IIII. souz. VI. deners.

Miller de clos à gorde bons e fins, Vv. souz. VI. deners.

Miller de clos chaperez, VI. souz.

Peau de parchemin, la meyllour de chevrotin pu de veelin, X. deners.

Peau de parchemin de frontine (?) rese, la meillor VI. deners e les autres en descendant.

Nul hosteler ne penrra, pour la grant mesure d'avoyne seygnée au saing dou Roy, que XIII. deners, e pour fain jour e nuyt XII. deners.

Item il est ordené que tout grains, touz vins e totes autres choses qui choyent en poys e en mesure seront vendus, baillez et livrez à la mesure et au poys de Poyters.

 E i vendront toutes 'maneres de genz, cortiseaus et autres. E se il estoit autrement trové, il seroit en l’amende de LX. souz e seroit la chose encorue (41).

Nos deffendons à touz estreytement que nus ne soit si hardiz, cortiseaus ne autre, que il ayllent au davant de la bone gent qui aportent les vivres e les derrées à Poyters, aus portes ne dehors les portes, ne plus prés ne plus loing, pour achater ne pour marchander avec eux chose que il portent, juques à tant que il soyent ès places qui ordenées sont à vendre, à Poyters : c'est assavoir u viez marchié et en la place do Pilori.

 E commandons à touz que en icels leux soyent aportez tuit vivres et en apert vayent touz, et que nus riens ne vende que es diz leus sus paine de la chose perdre e de l'amende de Lx. souz, celuy qui autrement feroit que il dessus est dit.

Nous deffendons atoux regratiers, cortiseaus et autres quels que il soyent, que nus n'achate derrées ne vivres hors Poyters au plus près que de IIII. lieues. E entendons que pour ceste ordenance que la bonne gent puys IIII. lieues ença aportant à Poyters e facent venir au marché lours derrées lesquelles nous vollons que il puissent vendre selont ce que dit este declaré dessus; e le dit regratier outre lesdites IIII. lieues aillant là ou il porront marchander et achater.

Item que nus, quex que il soit, cortisiaus et autres n'issent de Poyters pour achater vivres e derrées pour cardinal ne pour grant home, se il ne porte avecques li les letres de reverent père en Dieu mon segneur le chambellenc nostre père le pape ou la letre au sen [eschal] de Poyto, ès quex letres il sera contenu le nombre des bestes, le nombre de volature e des autres choses qui commises lour seront à achater; et qui autrement le fera il sera en merci e en volunté dou cors et de l'avoir.

Item il est ordené que tuit bocher et tuit vendeors de chars à detail viengnent dire, si tost cumme il auront achaté, à ceus qui sus ceu sont establiz, si comme dessus est declairé u premier article, le feur que chascune beste lor costera, quex qu'elle soit, grosse ou grelle. E deffendons que nus ne prengne pour gaing de chascune livre que III. souz tant solement. Et se ti dessus establi i voyent sopeçon, il prendront le serementdou vendeors et de l'aehateor; et qui contre ceu feroit, il seroit en l'amende de Lx. souz et perdroit la beste.

Item nous fesons asavoir que si aucuns des variés ordenés à servir ne veullent servir au feur e selont la forme dessus dite en aucuns articles, il sera mis ses cors en prison e se il deffuit, nous le feron banir dou reaume à toz jourz mays, e de la cort nostre père le pape aussi.

E pour ce que ceste ordenance, laquelle est faite pour le commun proofet, soit plus fermement gardée, il est ordené que cil qui à ceste ordenance sont establi a fere la tenir e garder, auront la tierce partie des amendes, et se il departent en ce cas nul, il encorront paine de cors. Et cil qui denunceront ou encuseront cens qui encontre mesprenront ou mefferont, il en auront la quinte partie.

 

 

Poitiers, ses monuments, son histoire  Jehan Pictave

Histoire ecclésiastique, par M. Fleury.

Études sur la politique religieuse du règne de Philippe le Bel par Ernest Renan

Histoire des français. IX. 1296-1328 par J. C. L. Simonde de Sismondi

 

 

 

Entrevue secrète dans la fôret d'Essouvert entre Philippe-le-Bel et conduisant l'anéantissement de l'ordre des Templiers. <== ... ....==> 13 octobre 1307 arrestation des templiers, le Grand Maître Jacques de Molay et 4 dignitaires sont emprisonnés à Chinon

LISTE DES BAILLIS ET DES SÉNÉCHAUX. LISTE DES GRANDS SÉNÉCHAUX DU POITOU.  <==

Liste des ÉVÊQUES DE POITIERS BARONS DE CHAUVIGNY. <==

 

 

 

 


 

(1). En 1307, Philippe demeura à Poitiers du 21 avril, au plus tard, jusqu'au 15 mai au moins. On peut même admettre qu'il y demeura jusqu'à la fin du mois (Histor. de la Fr., t. XXI, pp. m, 448 ; t. XXII, p. XLI). La Pentecôte, cette année, fut le 14 mai.

 En 1308, Philippe demeura à Poitiers du 26 mai, au plus tard, jusqu'au 20 juillet (Histor. de la Fr., t. XXI, pp. LH, 449-450; t. XXII, p. XLI). La Pentecôte, cette année, tomba le 26 mai. Les deux conférences de 1307 et de 1308 sont donc possibles.

(2) Clementis V Papoe Vita auctore Joanne Canonico Sancti Victoris Parisiensis à Baluzio edita Script. Ital. T. III, P. II, p. 452.

(3). Gio. Villani. L. VIII, c. 91 , p. 427. — Contin. Nangii. p. 60.

(4). Raynaldi Ann Eccles. 1007, § 2, 3.

(5). Villani. L. VIII, c. 91 , p. 427. — Ferreti Vicentini Histor. p. 1016.

(6). Giov. Villani. L. VIII , c. 91, p. 428. — Raynaldi Ann. Eccl. 1307, §. 10, 11.

(7). Raynaldi Annal. 1306, §. 2.

(8). Ducange, Hist. de Constantin, sous les emp. français. L. VI, c. 41, p. 110.

(9). Raynaldi Ann. Eccles. 1307, §. 6. — Dat. Burdegal. Martii 2°. Idus.

(10). Raynaldi Annal. 1307 , §. 7. — Dat. Pictavii 3 nonas Junii.

(11). Contin. Nangii. p. 60. — Joh. Canonici Sancti Victoris, p. 453.

(12). Raynaldi 1307, §. 14.

(13). Cont. Nangii. p. 60. — Joh. Canonici Sancti Victoris. p. 454. — Çurita Anales de Aragon. T. I, L. V, c. 69, f. 424.

(14). Raynaldi Ann. 1307 , §. 15-21.

(15). Raynaldi Ann. 1307, §. 22.

(16). Raynaldi Ann. 1307, §. 23.

(17). Villani. L. VIII, c. 92, p. 429. Le récit d'Amalricus Augerii de Beziers, auteur à peu près contemporain, se rapproche fort de celui de Villani ; mais il nomme différemment le dénonciateur : le Florentin Villani le nomme Noffo Dei, et dit qu'il étoit florentin; Amalric, qui lui-même est de Beziers, le nomme Squino de Florian, et le dit de Beziers , Amalrici Augerii vitoe Romanor. Pont. T. III. Rer. Ital. P. II, p. 443.

(18) Hist. de Languedoc, L. XXIX, c. 17, p. 138. Il cite Biblioth. du Roi , Baluze, rouleaux originaux , n. 7.

(19). Joh. Canon. Sancti Vctoris, Vita Clementis , p 453

(20). Hist. de Languedoc, L. XXIX, c. 17, p. 137.

(21) Contin. Nangii. p. 60. — Chron. de Saint-Denys , T. II, p. 138. — Gio. Villani. L. VIII, c. 92, p. 430. — Ferretus Vicentinus Hist. T. IX, p. 1017. — Raynaldi Ann. 1307, §. 12. — Amalricus Augerii Acta Roman. Pont, p. 445. — Jo. Canon. Sancti Victoris, p. 454.

(22). Dupuy, Condamnation des Templiers, p. 11; et Inventaire des chartres, ibid. p. 100 — Hist. de Languedoc, T. IV, note 14 , p. 559.

(23). Dupuy, Condamnation des Templ. p. 14 et 100, n. 3.

(24)..Paris, Coignard et de Bure, 1746, m.4:°, p. 198.

(25). P. 159. Pièces justificatives, n° X;

(26). Siégera.

(27). Foire.

(28). Leur venue et leur retour étant garantis sans inquiéter ni arrêter eux, etc.

(29). Petite.

(30). Cours.

(31). Ouvrier de bras.

(32). Agneaux de notre pays.

(33). Lapins.

(34). Bois de four.

(35). Copeaux.

(36). Chargement.

(37). Beneau, benel, tombereau. Les mots banneau et banne sont encore usités en Normandie.

(38). Lard à piquer et à barder.

(39). Chaussettes de soie.

(40). Tebler, teller, tisserand.

(41). Encourue, c'est-à-dire, forfaite, perdue.