13 octobre 1307 arrestation des templiers, le Grand Maître Jacques de Molay et 4 dignitaires sont emprisonnés dans la forteresse de Chinon 2

Le 13 octobre 1307, les Templiers sont arrêtés sur ordre du roi Philippe le Bel. L’ordre du Temple est notamment accusé d’hérésie et de simonie.  Philippe-le-Bel enferme des captifs de marque dans une tour dite du Coudray, la partie du château la plus difficilement accessible….==>Mille ans de l’Histoire de Chinon (tour du Coudray de la forteresse Royale)

Condamnation des Templiers (1307). Confiscation de leurs biens.

Abolition de l'ordre (1312).

C'était une redoutable puissance que celle des Templiers. Tant que dura la croisade, ces soldats-moines rendirent les plus grands services. « Quel bonheur n'était-ce pas pour le pèlerin qui voyageait sur la route poudreuse de Jaffa à Jérusalem, et qui croyait à tous moments voir fondre sur lui les brigands arabes, de rencontrer un chevalier, de reconnaître la secourable croix rouge sur le manteau blanc de l'ordre du Temple » (Michelet.)

Mais depuis la perte de la Terre Sainte les ordres religieux n'avaient plus d'objet; bien plus, les Templiers pouvaient de venir pour la féodalité un auxiliaire puissant contre le roi.

 Ils possédaient, dit-on, plus de neuf mille manoirs répandus en Europe; dans une seule province d'Espagne, ils avaient dix-sept places fortes. Ils étaient quinze mille chevaliers, sans compter les frères servants. Enfin, ils avaient rapporté de Palestine un trésor de cent cinquante mille florins d'or, et en argent la charge de dix mulets.

Aussi tous les rois les regardaient-ils d'un oeil d'envie. «La maison de France, particulièrement, croyait avoir à se plaindre d'eux ils avaient tué Robert de Brienne à Athènes; ils avaient refusé d'aider à la rançon de saint Louis; en dernier lieu, ils s'étaient déclarés pour la maison d'Aragon contre celle d'Anjou.

 Philippe le Bel résolut d'abolir l'ordre. On accusait ses membres d'être hérétiques; on leur reprochait leurs cérémonies symboliques, leurs rites mystérieux. Ils reniaient la Christ, disait-on, ils crachaient sur la croix, ils adoraient des idoles; on prétendait qu'ils avaient des moeurs infâmes.

Vrais ou supposés, quels que soient les forfaits qu'on reproche aux Templiers, leur véritable crime aux yeux de Philippe le Bel était leur immense fortune. Les trésors déposés dans le Temple de Paris avaient tenté sa cupidité, lorsque cette forteresse lui servit d'asile contre une émeute populaire (1306).

Aussi accueillit-il avec joie toutes les dénonciations, et comme le pape hésitait à seconder ses mesures, il résolut d'agir seul.

 Le 14 septembre 1307, le roi expédia à tous les sénéchaux et baillis du royaume l'avis de se tenir prêts et en armes pour le 4 octobre suivant, avec des lettres closes qu'ils ne devaient ouvrir, à peine de la vie, que dans la nuit du 12 au 13 octobre.

L'ordre que contenaient ces lettres d'arrêter les Templiers fut exécuté au point du jour dans toute l'étendue du royaume. Philippe le Bel lui-même entama le procès et commença l'interrogatoire de soixante et douze accusés.

 Lorsqu'il leur eut arraché par la torture l'aveu de3 crimes qui leur étaient imputés, il voulut donner le caractère de la légalité à l'attentat qu'il méditait, et, après avoir dénoncé les coupables devant une commission d'inquisiteurs, il porta leur cause devant les états généraux assemblés à Tours (1308).

Ébranlés par les aveux dont on reproduisait devant eux la lecture, les juges comme les députés reconnurent la culpabilité et approuvèrent le procès. Cependant il traîna en longueur, grâce aux indécisions calculées de Clément V, qui voulait sauver les anciens défenseurs du saint sépulcre.

Philippe lui en ôta les moyens après une enquête de deux ans, on arracha des prisons cinq cent soixante-six chevaliers, qui souffraient dans les tortures, pour les entasser au Temple; et, à la suite d'une procédure inique, on prononça sur leur sort.

Tous ceux qui persistèrent dans leurs aveux furent condamnés à la prison et à de rudes pénitences mais ceux qui eurent le courage de se rétracter et de soutenir l'honneur de l'ordre furent envoyés au bûcher.

Cinquante-quatre furent brûlés à Paris (1310), neuf à Senlis; tous périrent en protestant de leur innocence.

Deux ans plus tard, l'affaire fut portée au concile de Vienne, qui prononça l'abolition entière des Templiers en présence du pape et du roi de France (3 avril 1312).

Ainsi fut détruit cet ordre illustre, qui avait combattu glorieusement pendant près de deux siècles pour la défense du saint sépulcre. Ses biens furent donnés aux chevaliers de Saint-Jean; mais le fisc garda tout l'argent qu'il avait saisi et réclama en outre d'énormes droits de séquestre.

Clément V s'était réservé de statuer sur le sort du grand maître Jacques Molay, qui depuis six ans languissait dans les fers; Philippe le lui enleva. Le 11 mars 1314, à la nuit tombante, il le fit conduire, avec le commandeur de Normandie, dans une petite lie de la Seine et les fit brûler tous les deux.

Ferreti de Vicence prétend que Jacques Molay, du haut de son bûcher, assigna Philippe à comparaître dans l'année devant le tribunal de Dieu. Cette tradition fut sans doute arrangée après l'événement mais Philippe mourut en effet le 29 novembre 1344, après vingt-neuf ans du règne le plus oppressif qui eût pesé sur la France.

 

Précis d'histoire de l'Europe de 1270 à 1610... (Cinquième édition) / par H. Chevallier,.