Dès l'année 1617, le clergé de Béarn avait présenté une requête tendant à obtenir le rétablissement de la religion catholique, abolie en 1569 dans cette province par Jeanne d'Albret.

Les protestants n'avaient pas manqué de s'élever contre cette réclamation, avec d'autant plus de force, qu'elle paraissait devoir être accueillie favorablement par le conseil d'État.

L'assemblée d'Orthez avait déclaré que mieux valait périr que céder ; des synodes tenus à la Rochelle et dans d'autres villes s'étaient montrés également disposés à une résistance énergique : si bien que Louis XIII, en 1619, se vit forcé de consentir à la convocation à Loudun d'une assemblée qui devait discuter et présenter les doléances du parti protestant.

Fabas fut l'un des députés de la Guyenne à cette dernière réunion.

Les protestants ne réclamaient pas seulement contre les prétentions du clergé de Béarn: ils voulaient, de plus, que le gouvernement de Lectoure fût confié à un des leurs, et le vicomte de Gastets désirait ardemment que son fils fût pourvu de cette charge.

Le roi, pour acquiescer à une demande fondée, remplaça à Lectoure le sieur de Fontrailles par le sieur de Blainville, gentilhomme protestant ; mais cette combinaison renversait les espérances de Fabas, qui résolut de faire payer cher à la cour cette déception : il dissimulait si peu les marques de son mécontentement, qu'il s'attira la méfiance de ses coreligionnaires eux-mêmes.

Néanmoins, il parvint à se faire choisir par le roi pour remplir, avec M. de Chalas, avocat au parlement de Nîmes, les fonctions de député des Églises réformées de France, persuadé que cette mission lui donnerait tout le crédit nécessaire pour satisfaire son ambition.

Aussitôt après, l'assemblée de Loudun se sépara, à l'instigation de MM. de Luynes, de Lesdiguières, de Châtillon et de Mornay; mais elle annonça que, si on n'avait pas égard à ses réclamations, une nouvelle assemblée générale serait convoquée à la Rochelle.

 

Aussitôt qu'on sut la réunion de l'assemblée de la Rochelle, qui avait tenu sa première séance le 25 décembre 1620, le roi, plein d'inquiétude, appela près de lui Jean de Fabas, pour qu'il eût à remplir les devoirs de sa charge de député général.

En passant à Niort, ce dernier rencontra un émissaire de Mornay, qui le suppliait de détourner l'orage en obtenant de l'assemblée qu'elle se séparat d'elle-même.

Le vicomte de Castets arriva à Paris le 8 janvier, et, conformément aux ordres de l'assemblée, demanda immédiatement une audience au roi, à l'effet de lui présenter les remontrances du synode national des Églises réformées de France et de Béarn : dans ce moment on peut dire qu'il était l'arbitre de la paix et de la guerre, son collègue Chalas étant retenu en province par une maladie; nous allons voir comment il joua la tragédie, selon l'expression de Mornay.

Louis XIII, irrité contre les protestants qui se trouvaient alors réunis à la Rochelle, répondit constamment qu'il était tout disposé à recevoir Fabas et Chalas comme députés généraux, mais qu'il ne voulait pas entendre parler de l'assemblée. De son côté, le vicomte de Castets faisait, pour son intérêt particulier, traîner les choses en longueur, bien qu'il eût obtenu du synode la direction des affaires et le pouvoir d'agir en son nom pour toutes les Églises : mais si ses démarches à Paris et à Saint-Germain avaient peu de résultat pour ses partisans, elles en avaient d'immenses pour lui-même.

 Il flattait les grands, se mettait bien en cour, en faisant poser les armes, sous prétexte d'accommodement, au duc de la Force ; il obtenait même du roi une pension de 26,000 livres, et ne pensait à rien moins qu'à devenir maréchal de France.

Voyant que cette dernière faveur lui était refusée, le vicomte de Castets excite secrètement à la révolte l'assemblée et les habitants de la Rochelle, qui prennent aussitôt les armes : lui-même quitte la cour sous prétexte d'aller étouffer la rébellion, dont il était le principal moteur

Jean de Fabas, premier Vicomte de Castets-en-Dorthe, arrive à la Rochelle  et annonce aussitôt que le roi se met en marche pour comprimer le mouvement des protestants et réduire par la force les communes de l'Ouest.

 

 

 (Philippe DUPLESSIS-MORNAY (1549-1623), Gouverneur de la place de Saumur)

 

1620, 16 août. Saumur. Du Plessis au vicomte de Favas.

 II regrette de ne l'avoir pas vu à Saumur, comme il l'espérait, il charge Villarnoul de lui expliquer plus particulièrement sa pensée ;  « on peut pescher en ce temps non moins par trop se desfier que par trop se fier. »

 Du Plessis est d'avis qu'il faut laisser les événements suivre leur cours, avoir toujours son nord devant les yeux, la gloire de Dieu et le bien de son Église ; avoir grande confiance dans les bonnes intentions du roi, et se confier en Lesdiguières pour solliciter le roi, M. le Prince et le duc de Luynes. Il termine en offrant ses services.

Lettres et Mémoires de M. du Plessis, éd. de 1651, T. II, p. 417.

 

14 octobre. Les maire, échevins, pairs, bourgeois et habitants de La Rochelle convoquent l'Assemblée en leurdite ville au 28e jour de novembre 1620.

Lettre adressée à MM. des conseils de la Basse-Guyenne.

Not. histor., Actes de l'Assemb. gén. de La Rochelle, p. XXIV.

 

4 janvier 1621. Saumur. M. Du Plessis à Messieurs de l'Assemblée de La Rochelle.

Messieurs, j'ay receu celles qu'il vous a pieu m'escrire du 28 du passé, et prie Dieu de toute mon affection qu'il luy plaise sous la conduite de son saint Esprit, faire réussir vos conseils et labeurs au bien, repos et salut de ses églises. Vous ne pouviez plus prudemment faire, que d'avoir pressé Messieurs les députés généraux de se rendre auprès de Sa Majesté à leur charge. Car c'estoit l'unique moyen, après une telle déclaration, pour renouer une négociation, et présenter en toute humilité vos remonstrances.

Et j'appris hier par lettres de M. de Rohan que le dernier du passé M. de Favas disnoit à Niort, s'acheminant à Paris, où il est souhailté et attendu de plusieurs gens de bien d'une et d'autre religion, amateurs de l'estat.

Pour ce qui est de moy, Messieurs, je vous supplie de croire de plus en plus que je ne plaindray jamais ny mon sang, ny ma vie pour le service de Dieu, et la conservation de nos églises sous le bénéfice des édits de nos rois; me voulant aussi promettre que S. M. reconnoistra que la manutention d'iceux ne fait pas la moindre partie de son service. Particulièrement, avec la grâce de Dieu, je n'oublieray rien vers tous ceux auxquels j'ay quelque accès, et vers Sa Majesté mesme, à ce que vos bonnes intentions soient reconnues, et vos remonstrances reçeues de bonne part, et respondues avec quelque contentement. Sur ce, Messieurs, je vous offre mes très-humbles services en qualité de vostre très humble et très afféctionné serviteur.

Du PLESSIS. DE Saumur, le 4e janvier.

Lettres et Mém., etc. II,505. Actes de l'Assemblée, p. 10.

 

1621, 4 janvier. Saumur. Du Plessis au président Jeannin.

L'Assemblée de La Rochelle s'est réunie le 24 décembre passé pour le service du roi et le désir des gens de bien, afin de calmer les appréhensions des provinces et de régler les mouvements déréglés ; Favas, chargé de ses remontrances, doit être arrivé à la Cour. Du Plessis offre ses services, et laisse voir qu'il est effrayé des bruits qui courent sur une disgrâce dont il serait menacé.

Lettres et Mém., etc., II, 506.

 

5 janvier. Saumur. Du Plessis au duc de Rohan.

Monsieur, j'ai receu celles qu'il vous a pleu m'escrire du dernier de l'an. Je suis de vostre advis, de traitter de loin. M. de Favas arrivera à propos, car les gens de bien l'attendent. M. le chancelier, M. le garde des sceaux, M. le président Jeannin et autres se sont donnés la main de la paix, et prendront volontiers ce bout de filet. M. de Mayenne peut estre maintenant à Paris le roy y doit aussi arriver aujourd'huy en poste, et a mandé de Calais à la roine qu'elle tinst son équipage prest, parce qu'il ne vouloit estre que huict jours à Paris.

L'arrivée de M. de Favas, et l'affàire du Parlement, qui persiste, pourront l'arrester davantage.

C'est pour venir à Tours, dont je ne suis pas en petite peine. Je n'oublie rien pour empescher la précipitation de ce costé-là. Mais de nostre part nous debvons aussy haster la résolution de l'assemblée. C'est d'attendre l'advis des grands, nous le pouvons bien présupposer, puisque M. de Bouillon et M. de Lesdiguières vont à la séparation, conformément à nous.

Et M. de La Trémouille a promis de s'en faire entendre à M. de Besseny et autres ses amis. Ce ne seroit pas peu gagner que de reculer les troupes. Le Sr de Montizet est arrivé en court delà part de M. de Lesdiguières. Il est gendre de madame sa femme. Par honneur et bienséance il n'accepte pas la connestablie; mais promet de venir trouver le roy au plustost, et alors qu'il fera tout ce qu'il luy plaira, je croy qu'il prétend par sa présence lever la condition. Il mande aussy qu'il a donné advis à l'assemblée de se séparer.

De Saumur, ce 5 janvier.

Lettres et Mém., t. II, p. 607.

 

1621, 6 janvier. Saumur. Du Plessis à l'Assemblée de La Rochelle.

Messieurs, je vous envoye ce porteur exprès sur une depesche que je reçues hier de Paris, de l'advis de nos plus confidens amis, en date du 4e du présent. Et ay pensé ne pouvoir mieux, afin que la suite vous y fasse voir plus clair, que de vous en communiquer la copie entière. Vous y reconnoistrez que les gens de bien, amateurs de l'Estat, désirent aller audevant des maux, et en recherchent les, voyes.

Ce qui leur a fait jetter les yeux sur M. de Rohan et sur moy nommément, pour entremetteurs d'un accommodement, parce que cy-devant nous nous estions ingérés d'escrire à S. M. en justification de vous, Messieurs, assemblés pour le bien de nos églises le tout, comme je croy, à faute de la présence des députés généraux, auxquels proprement cest office appartient.

J'estime donc que maintenant que M. de Favas doit estre arrivé par delà, ils auront accepté ce chemin, comme le plus naturel, pour par sa bouche entendre vos intentions et remonstrances. Toutesfois pour ne manquer à mon debvoir, j'ay creu estre à propos de recevoir vos bonnes instructions là-dessus, et jusques où vous aurez agréable que je concoure à une œuvre si nécessaire, pour le service de nos églises et vostre. Parce que, comme je ne voudrois pas y choquer en rien ceux à qui proprement ceste charge est commise, aussi aurois-je  à desplaisir qu'il me fust reproché d'avoir rien obmis de ce que j'y pounois contribuer.

Cependant, parce que les choses sont sur un mauvais penchant, et qu'il est à craindre qu'il y ait plus de force pour les pousser que pour les retenir, j'ay redepesché cejourd'huy le courrier qui m'estoit venu en toute diligence, avec les lettres dont vous verrez copie, pour estre communiquées à Messieurs les ministres de l'Estat, en espérance qu'ils les retiendront en balance. Le porteur vous dira le surplus, auquel vous pouvez avoir pleine confiance, qui me fera abréger celle-cy, en saluant très humblement vos bonnes grâces et priant Dieu, Messieurs, vous avoir en sa sainte garde.

De Saumur, le 6e de janvier.

Lettres et Mém., II, p. 613. Actes de l'Assemblée, p. 11.

 

 

1621, 6 janvier. Saumur. Du Plessis à M. de Rohan.

Monsieur, je vous depesche le porteur exprès, pour vous communiquer ce que j'eus hier de la Court du 4e, que je vous supplie vouloir bien considérer en tous ses points, selon vostre prudence.

Vous y estes conviée et moy indigne avec vous, pour rechercher l'accommodement de l'assemblée, avec quelque apparence d'y réussir, veu la bonne inclination de la pluspart des ministres de l'Estat; et ce, comme j'estime, au défaut des députés-généraux, que nous avions proposés pour instrumens de renouer la négociation.

Mais puisque M. de Favas doit estre maintenant arrivé, je pense qu'on aura repris la voye ordinaire, comme la plus naturelle, et moins subjette à la jalouzie. Cependant cela ne nous doit point empescher de procurer par tous moyens, que nostre entremise y soit fructueuse, concurrant avec l'industrie de M. de Favas, et de son collègue, s'il y est.

Car je ne croy pas qu'il y ait moins à travailler à La Rochelle qu'à la Court, pour les raisons que vous pouvez assez juger.

C'est pourquoy je fay passer le porteur jusques-là, avec mes lettres, tant à Messieurs de l'assemblée qu'à nos députés d'Anjou, pour leur donner pareille communication des choses cy-dessus, et entendre par leur response jusques à quôy ils trouveront bon que nous intervenions, pour ne rien faire qui choque leurs bonnes intentions, et ne rien obmettre qui les puisse advancer. Ce que je ne doute point que desjà vous n'ayez fait pour vostre regard.. Et parce que je vov que la chose presse, et qu'entre deux, sur le retour du roy, le moindre accident pourroit nous précipiter, j'ai redepesché mon homme avec la lettre à M. Marbaut dont je vous envoie copie, pour estre icelle par luy communiquée à Messieurs les Ministres et autres qui peuvent le plus auprès de Sa Majesté, afin qu'en ceste attente de voir réussir nos labeurs à bonne fin, ils retiennent les choses dans les termes. De vostre costé. Monsieur, je croy que vous n'oublierez pas d'escrire en mesme sens et à mesme fin; aussi de faire entendre de vos nouvelles à M. de Favas, à ce qu'il n'interprète point ceste concurrence à entreprise sur sa charge, laquelle il a autre but que de destourner ce grand orage, qui menace infailliblement nos églises..

Particulièrement j'estimerois à propos que vous requissiez M. de Rouvray, comme je fay, de ne partir point de Paris que cette partie ne fust bien liée; parce que sa dextérité par delà, et sa créance vers ceux à qui nous avons affaire, peuvent estre grandement utiles. Le porteur vous dira le surplus, auquel vous pourrez parler confidemment de tout ce qu'il vous plaira me faire part. Et sur ce. Monsieur, je vous baise très-humblement les mains.

De Saumur, le 6e de janvier.

Lettres et Mém., t. II, p. 511.

 

1621, janvier. Requeste présentée au Roy par le sieur de Favas (le sr Chalas n'estant encore de retour du synode d'Alez).

Au. Roy.

SIRE,

Les depputez généraux de vos sujetz de la relligion aiant apris de la bouche de Vostre Majesté qu'elle n'avoit agréable d'ouir n'y recevoir aucune chose venant de la part de vos très-humbles, très-obéissants et très-fidelles sujetz en vostre ville de La Rochelle, mais qu'elle trouveroit bon de nous ouïr surtoutes les choses qui concernent leurs affaires, pour à quoi obéir ilz vous remonstrent en toute humilité que vosditz sujetz aiant esté cy devant assemblés en la ville de Loudun soubz la permission et auctorité de Vostre Majesté pour faire leurs plainctes et procurer la réparation de tant de griefz par lesquelz leur liberté et seureté sont blessées et l'auctorité de vos édictz de jour en jour affoiblie, les feirent lors insister six moys entiers pour obtenir de Vostre Majesté quelleque effect de sa bonne vollonté envers eux ; enfin après cette longue instance elle trouva bon, en leur commandant de nommer les députtez et de se séparer, que Monseigneur le Prince et Monsieur le duc de Luynes donnassent leur parolle à Messieurs le duc des Diguières et de Chastillon et par eulx asseurance à l'assemblée que, se séparant selon vostre commandement, Vostre Majesté feroit exécutter de bonne foy dans six mois pour terme préfix quelques principaux poincts de leurs demandes, et respondroit favorablement leurs cahiers présentez et à présenter; et en outre qu'un mois après l'exécution desdites choses les deputtez de Béarn seroient ouis en leurs remonstrances et qu'avenant manquement desdites promesses ilz se pourroient assembler de rechef en mesmes personnes ou subdéléguez, dont Monseigneur le Prince et Monsieur de Luynes donnèrent dès lors leurs parolles en termes fort spécieux ; à quoy l'on adjousta de plus, qu'estant la première parolle que Vostre Majesté avoit donnée à à sesditz sujetz de la relligion que l'on la devoit croire inviolable, et ceste considération ne trouva point de résistance en leur consentement, et feist voir leur obéissance toute prompte; aussy aprez la nomination des deputtez Vostre Majesté confirma de bouche à ceux qui luy en aportèrent les noms qu'elle effectueroit les parolles que Monseigneur le Prince et Monsieur de Luynes leur avoient données; à l'instant l'assemblée fust séparée aprez avoir dressé un acte de son obéissance, qui contenoit les choses susdittes, suivant lequelles deputez d'es provinces en l'assemblée de chacune d'icelles auroient nommé. ceux qui sont à présent assemblez en vostre ville de La Rochelle pour dresser leurs plainctes sur 1'inexécution des poincts qui avoient esté accordez.

Or nulle des choses promises n'ayant esté exécuttées dans les six moys, l'on a néanmoings poussé Vostre Majesté à s'acheminer en Béarn avant le septiesme contre la response au cahier de la lettre escrite au Parlement de Pau le xxne jour de septembre, et au préjudice des choses sy expresses l'on n'a laissé de passer outre et d'anticiper l'exécution de la main levée des biens ecclésiastiques qui a esté suivie d'un très grand changement dans le pays et d'une entière ruyne de la seureté et liberté de ceux qui y font profession de la mesme relligion que vosditz sujets.

C'est pourquoy, suivant l'ordre pris entr'eux et sur les dites asseurances données de la part de vostre dicte Majesté (le cas estant escheu) ilz ont été convoquez en vostre ville de La Rochelle, en intention de procurer par leurs très-humbles supplications vers Vostre Majesté l'accomplissement des choses promises, la réparation des griefz importans survenus depuis, et l'effet de vos bonnes inclinations à leur protection contre les menaces et les alarmes qu'on excite de toutes parts, qui tendent à leur entière dissipation.

 Sur quoy ils disent et protestent en bonne conscience qu'ilz n'ont jamais pensé de desplaire à Vostre Majesté ny de toucher son auctorité, mais au contraire qu'ilz ont creu que la cause de leur dite convocation est légitime et leur procédé sans crime, puisqu'il est auctorizé et appuyé de vostre parolle sacrée; que sy leurs ennemis ont tant faict que d'obtenir une déclaration contr'eux par laquelle l'on révoque en doubte la parolle qui leur a esté donnée de la part de Vostre Majesté, et on les rend criminels, ils la supplient très humblement de reconnoistre qu'ilz ne le peuvent estre que pour avoir creu à la parolle du premier Prince de vostre sang et d'un seigneur que Vostre Majesté chérit uniquement,et pour renouveller leurs plainctes que l'évidance de tant de griefz a rendues sy publiques.

Plaira donc à Vostre Majesté, Sire, mettre en considération leur innocence et qu'ilz ne sont oprimez devant elle par leurs ennemis, qui les calomnient de violer son auctorité, que pour ce qu'ilz poursuivent avec respect et révérance l'exécution de vos édictz, la réparation de tant d'infractions et les moiens de leur conservation ce n'est pas cela, Sire, qui blesse Vostre Majesté, mais ce seroit plustost qu'après de sy solemnelles promesses l'on n'a peu obtenir la dellivrance de l'estat des places du Dauphiné dont le desny ne tend qu'à les leur faire perdre ou du moins les principalles.

L'on a aussy promis la réception de deux conseillers en vostre Parlement de Paris et la remise de Lectoure entre les mains d'un de voz sujetz de ladite religion; si l'un et l'autre est accompli ç'a esté depuis la convocation de ladite assemblée en vostre ville de La Rochelle, et cette réception desditz conseillers semble estre éludée parce que vostre Parlement a arresté que le sieur Lecocq, conseiller en ycelle, ne poura résigner qu'à un catholique, qui est une oppression que vos dictz subjetz de la relligion reçoivent sy grande qu'il n'y en peut avoir de semblable ny de sy contraire à vos édictz, d'autant que la liberté qui est donnée à vosdictz subjetz d'entrer et possedder indifféremment les charges publiques leur est ostée; mais leur imputant à crime qu'aprez la séparation dernière qui s'est faicte soubz la foy et promesse sy solemnelle avecq droit de se rassembler en cas de manquement pour reprendre leurs supplications et remonstrances vers Vostre Majesté, au lieu de les ouïr on les déclare criminelz, on les menace, et la ville où ils sont, de siège et de ruine qui seroit pourchasser beaucoup de malheurs en vostre Estat.

 Il y a tant d'autres chefz de vostre édict enfreintz depuis vostre advènement à la couronne dont les plainctes ont esté faictes en vostre Conseil sans fruict..

L'on a faict de grandes instances pour le rasement du fort de Grèse, pour la remise de Privatz et restablissement du fort de Gergeau, que l'on continue encore à présent de razer, et de ce qu'on a donné des provisions à quelques gouverneurs de places de sureté sans l'attestation requise par les brevetz de Vostre Majesté, et pour raison duquel faict (ceux) de Clermont ayant obténu quelques arrestz de vostre Conseil, au mépris d'iceulx, leurs ennemis ont empesché l'exécution et repoussé les commissaires que Vostre Majesté y a envoiez pour réparer ce qui avoit esté faiet contre vos édictz, et cependant la relligion est bannie de ladite place qui leur a esté consignée pour en affermir la seureté; et affin que les autres places que Vostre Majesté leur a (sic) données inutilles les deniers des garnisons comme aussy ceux des pasteurs n'ont pas esté payez depuis longtemps.

Enfin contre la volonté de Vostre Majesté et au préjudice du repos et de la tranquilité publique l'on presche partout sédicieusement, l'on publie des livretz à mesme fin, dont il est arrivé depuis peu en divers lieux qu'on déterre les mortz, on brusle et ruine leurs temples, on chasse leurs pasteurs des villes, et l'on ne veult souffrir que les lieux qui ont esté donnez près des villes pour l'exercice de leur relligion leur demeurent, comme à Bourg-en-Bresse, à Laval proche Guysé, Moulins, Bourges, Baux en Provence, Lyon, Dijon et autres lieux-, l'on n'adjouste pas icytant d'autres griefz dont les cahiers sont chargés lesqueis sont sans response ou respondus contre l'intention et le texte de vostre édit, et dont l'on ne tient compte depuis tant de temps de le réparer.

Les prédicateurs crient la guerre et asseurent le peuple que Vostre. Majesté y est portée, disent que le dé en est jeté, que les aprestz en sont faictz de toutes parts en Poictou et Guyenne.

Ces alarmes, Sire, et ces funestes accidens sont les principalles causes qui nous font supplier très-humblement Vostre Majesté de discerner la justice de vosdictz subjets d'avec la calomnie et la haine qu'on leur porte, et, les traictant favorablement, faire lever la déclaration publiée contre ladicte assemblée et vostre ville de La Rochelle, leur donner aux-uns et aux autres un libre accès vers elle, afin qu'elle puisse escouter leurs plainctes et très-humbles supplications et qu'ilz puissent emporter un actuel tesmoignage de vostre bonne volonté et qu'eux et nous puissions espandre dans les cœurs de tous quelque semence d'un meilleur espoir.

 Et cependant pour commancer à rassurer les espritz. de vosditctz subjets et prévenir les inconvéniens que la deffiance où ilz sont peult produire, qu'il plaise à Vostre Majesté retirer les troupes de vos provinces de Poictou, Guienne et Béarn, affin que Vostre Majesté nous recognoissans pour ses très-humbles, très-obéissans et très-fidelles sujects nous vueille aussy protéger contre tous les desseings et entreprises de ceux qui nous haïssent, et qu'ainsi nostre liberté, noz biens et noz vies nous estans asseurés, nous les puissions emploier au service de Vostre Majesté; protestant saintement devant Dieu, au nom de tous voz sujectz de la relligion, que nous ne désirons la liberté de noz consciences pour servir à Dieu avecq autre intention que de demeurer inséparablement attachez à vostre obéissance et à l'affection du bien et advancement de vostre estat et couronne, et du règne long et heureux de Vostre Majesté, la prospérité duquel. recommandant de tous nos vœuz à Dieu, nous le prions qu'il nous face trouver grâce vers Vostre Majesté, et qu'il inspire en son esprit que ceux de la relligion de ce royaume ne seront jamais autres que ses très-humbles, très-fidelles et très-obéissans serviteurs et sujectz.

Signé FABAS, député général.

 

Response faicte de la part du roy par la bouche de Monseigneur de Pontchartrain audit sieur de Favas, sur la précédente requeste.

Cette requeste aiant esté leue au roy en son conseil, Monseigneur de Pontchartrain a eu commandement de dire à Monsieur de Favas pour response; qu'à peine Sa Majesté a peu prendre la patience de l'ouir lire jusques à la fin, à cause des impostures et faulses positions qui y sont contenues, lesquelles offensent et sont du tout contraires à ses bonnes intentions; que pour ce qui touche l'assemblée de La Rochelle Sa Majesté a faict expédier les lettres de déclaration dont l'exposition est très-véritable que puisque ceux qui y sont assemblez ont sy avant mesprisé ses deffences, elle fera effectuer le contenu en icelles.

A quoy elle se portera d'autant plus volontiers qu'elle scait qu'elle n'est composée que d’un nombre particullier de factieux et séditieux qui se sont portez là pour l'espérance qu'ilz y ont de profiter et s'avantager dans le trouble, et que le corps général de ceux de la religion prétendue refformée n'y trempe point, ainsy qu'elle connoist par ce qui luy est chacun jour dit, raporté et escrit par plusieurs personnages de toutes qualitez de ladicte relligion; aussy l'intention de Sa Majesté est toujours de faire soigneusement observer l'édit à l'endroit du général et de tous ceux qui par leur obéissance s'en rendront dignes; que si ledict sieur de Favas comme depputé a quelque chose à désirer pour l'observation desdictz édictz, qu'il en présente ses requestes et mémoires, et qu'il ne mette en iceux que discours véritables et respectueux. Sa Majesté y fera respondre et pourvoir, et luy fera connoistre sa bonté et ses bonnes intentions à l'endroict de ceux de ladite relligion qui se contiennent en leur devoir.

Actes de l'Assemblée, p. 15.

 

 

 

La France protestante: ou, Vies des protestants français qui se ...De Eugène Haag

Les deux Fabas. 1569-1654. Anatole Barthélémy

Bibliothèque de l'Ecole des Chartes: revue d'érudition,De École Nationale des Chartes (Paris)

 

 

 

Bataille du Pont de Cé -Château de Brissac, Louis XIII, Marie de Médicis et Richelieu  <==

 

Philippe DUPLESSIS-MORNAY (1549-1623), Gouverneur de la place de Saumur <==.... .... ==>Le régiment Royal-Niort créé par Louis XIII par lettres patentes prises au Siège de Saint-Jean-d'Angély le 26 juin 1621.


 


 

Jean II de Favas ou Fabas, capitaine huguenot, était fils de Jean de Fabas et de Marie d’Arriès. Quoique catholique, Favas embrassa le parti de la reine de Navarre.

A la tête de 120 cavaliers et de 100 fantassins, il se jeta, en 1569, dans Mont-de-Marsan, disposé à défendre vigoureusement cette place contre Montluc qui la menaçait; mais il avait affaire à un adversaire d'une activité merveilleuse, qui, dans un moment où sa vigilance s'était relâchée, lui enleva la ville et le forca à se renfermer dans le château.

Quelques jours après, Favas fut réduit à capituler. «Pour ce que je voyois, raconte Montluc, que M. de Savignac et le capitaine Fabien vouloient faire sauver Favas, et qu'ils vouloient lui faire bonne guerre, parce qu'il étoit en réputation d'estre bon soldat, je leur dis qu'ils allassent capituler, comme bon leur sembleroit, je signerois leur capitulation, combien que j'eusse bonne envie d'en faire une depesche. Voilà pourquoy, quand ils se furent departis de moy, je fis partir après eux un gentilhomme, pour aller parler secrettement aux soldats et à quelques capitaines, que comme on parlementeroit, qu'ils regardassent d'entrer par un costé ou autre et qu'ils tuassent tout.»

Cet ordre, digne de celui qui le donnait, fut si bien exécuté que vingt-cinq gentilshommes seulement échapperent au massacre. Favas fut du nombre.

Désespéré de cet échec, il quitta la France et alla combattre les Turcs sous les drapeaux de don Juan d'Autriche.

Après la bataille de Lépante, il rentra dans sa patrie, et, l'année suivante, en 1572, il épousa Louise de Chassaigne, veuve de Gaston d’Arzac, seigneur de Castels.

Quatre ans plus tard, nous trouvons Favas commandant à Bazas pour le roi Henri III.

Un de ses cousins, le sieur de Gasc, de Bordeaux, recherchait en mariage une jeune fille de cette ville. Le beau-père de cette demoiselle s'opposant à une alliance que la mère approuvait, Favas le fit assassiner; puis, pour se soustraire au châtiment de son crime, il s'empara de la ville, se déclara huguenot et se soumit à l'autorité du roi de Navarre, à qui il rendit de très-grands services, en reconnaissance desquels ce prince lui fit accorder une abolition spéciale par l'art. XXVIII du traité de Fleix (Voy. Pièces justif. N. XLV).

En 1577, Favas, de concert avec Sully, prit La Réole par escalade, le 6 janv., et la livra au pillage. Nommé gouverneur de cette place, il ne ces­sait, raconta d'Aubigné, de courir les environs, tenant les Catholiques en haleine, prenant une part active à toutes les entreprises ou il y avait un danger à affronter , et incommodant fort Bor­deaux.

Il enleva en leur logis six en­seignes de Basques dans le pays de Be­nauges, battit à Targon les troupes du sénéchal du Quercy, détruisit les ban­des du sieur de Landimalie, appelé par d'Aubigné Largemarie, qui avait inuti­lement tenté de s'emparer de Bazas, emporta en plein jour et incendia Pont­-daurat, se rendit maitre de Langon, at­tira Lardimalie dans une embuscade, le tailla en pièces. et se saisit d'Ambarez.

L'histoire ne nous apprend pas quel­le part Favas prit à la ridicule guerre des Amoureux à laquelle il s'était vai­nement opposé dans le conseil du roi de Navarre.

 Nous ne le retrouvons qu'en 1586. En cette année, le parle­ment de Bordeaux qui le haïssait autant qu'il le redoutait, supplia Matignon et Mayenne de mettre le siège devant Castets.   On avait déjà tiré quatre couts coups de canon contre les murailles, lorsque la nouvelle que Fabas s'avan­çait à la tête de 400 arquebusiers pour secourir son château,décida les Catho­liques à entrer en négociation. La gar­nison sortit vie et bagues sauves, Cas­tets fut remis à Mayenne, et Favas re­çut12,000 écus d'or à titre d’indemni­té.

 Le vaillant capitaine continua à guerroyer sous Turenne et Vivans contre l'armée des Ligueurs qu'il har­cela sans relache sur les deux rives de la Dordogne.

 L'année suivante, il as­sista il assista à la bataille de Coutras où il se comporta bravement. On raconte que voyant l'escadron du comte de Sois­sons tourner bride, il rallia les fuyards en leur criant: « Vous vous égaré, l'en­nemi est de ce côté. Prenez donc le chemin le plus court pour aller à lui.»

 Quelque temps après, au retour de l'Assemblé de la Rochelle, où il avait accompagné le roi de Navarre, il en­leva aux Ligueurs Vic-Fezensac et No­garo; puis il alla rejoindre Henri IV qu'il suivit dans toutes ses campagnes jusqu'à la reddition de Paris, en 1594.

Quelques mois après, il fut renvoyé dans le Midi avec La Force.

En 1594, il prit part aux travaux de l'assemblée de Sainte-Foy qui le nomma membre du Conseil élu conformément au Règlement de Saumur (Arch. génér. Tr. 313).

La même année, il emporta Agen par escalade; mais ses soldats s’étant dispersés pour le pillage, il fut attaqué et obligé de se retirer toujours combattant jusqu’à Lésignan.

En récompense de ses services, Fa­vas avait ét nommé gentilhomme or­dinaire de la chambre du roi, maréchal de camp, capitaine de 50 hommes d'ar­mes. gouverneur du Condomois et de l'Albret.

En1605, Henri IV érigea en vicomté sa terre de Castets.

Il mourut en 1614, ne laissant qu'un fils, nommé JEAN comme son père.

Ce fils a joué un rôle considérable, mais fatal, dans le parti protestant.

Député par la Basse-Guienne à l'As­semblée politique de Grenoble, Jean de Favas, vicomte de CASTETS, s'y montra un des plus exaltés. Il fut chargé par ses collègues d'une mission dans la Guienne et le Béarn.

Du Pléssis-Mornay affirme qu'il s'agissait seulement de recommander la vigilance et la prudence aux Huguenots de ce pays, et d'exhorter les gouverneurs des places de sûreté à les mettre en état de défense. Si tel était le but de la mission du vicomte de Castets, il fut dépassé,

Dans une assemblée tenue à Villefran­che, on résolut d'armer pour s'opposer aux mariages espagnols, et Favas s'em­pressa de rassembler des troupes à Cas­teljaloux, dont il était gouverneur.

In­struit de l'arrivée de la reine-mère, il se mil en campagne pour lui disputer le passage ; mais, raconte Fontenay-Ma­reuil. Guise avant fait marcher toute sa cavalerie contre lui, «  il en eust tant de peur qu'il tourna visage avec toute sa compagnie, et rentrant dans la ville, ne parust plus despuis. »

Député de nouveau à l'Assemblée politique de Loudun, Favas fut porté, avec Châteauneuf, Vérac, Monnereau, Chalas et Malleray, sur la liste des candidats à la députation générale, et malheureusement le choix du gouver­nement se fixa sur lui.

Au rapport du même Fontenay-Ma­reuil, Favas, comme député général des églises réformées, se trouvait en grande considération à la Cour et tirait beau­coup d'argent du roi.

Une position aus­si brillante ne satisfit pas son ambition; il demanda pour son fils le gouverne­ment de Lectoure, et, les ministres ne semblant pas disposés à le lui donner, il s'imagina qu'il vaincrait leur résis­tance en leur suscitant des embarras.

Il écrivit donc à La Rochelle que la Cour n'avait nullement l'intention de tenir les promesses faites à l'Assemblée de Loudun (Voy. II, p. 382t) et que le moment était venu pour elle de convo­quer l'assemblée générale, suivant le pouvoir qu'elle en avait reçu.

Les ma­gistrats de La Rochelle, sentant la gra­vité de la responsabilité qu'ils allaient assumer, ne voulurent rien précipiter.

Ils consultèrent Du Plessis-Mornay qui leur conseilla sagement de s'adresser d'abord à Lesdiguières et à Châtillon pour les inviter à réclamer du Prince et de Luynes l'exécution de leurs promes­ses. Rohan donna le même conseil; malheureusement ils ne furent pas é­coutés, et Favas, qui n'était dirigé en toute celle affaire que par son intérêt personnel, l'emporta sur les seigneurs les plus prudents du parti.

L'assemblée fut donc convoquée, quoique la Cour eut, dans l'intervalle, donné satisfaction aux griefs légitimes des Protes­tants, en remettant un gouverneur pro­testant dans la ville de Lectoure, en nommant deux conseillers de la Reli­gion à la Chambre de l'édit de Paris et en confirmant pour quatre ans aux Ré­formés la garde des places de sureté.

Les choses ne tardèrent pas à être por­tées à l'extrême, et Favas y contribua plus que personne par ses imprudences et ses faux avis, comme l'assemblée elle-même le lui reprocha plus tard.

Pendant quelques mois encore, Fa­vas resta à la Cour « pour trouver le moyen de faire ses affaires »; ce fut seulement quand les hostilités s'ouvri­rent, que ne s'y croyant plus en suretés, il partit pour La Rochelle où on le vit arriver, le 22 avril 1621, nous ra­conte Castelnaut;« tout malade et mé­lancolique, et avec cela bien étonné.»

Il avait promis au roi d'employer toute son influence pour amener l'assemblée à se séparer, et il ne négligea rien, au contraire, pour aigrir les esprits et le porter à la guerre.

Il y réussit si bien qu'il fit rejeter d'une manière presque offensante la médiation offerte par Du Plessis-Mornay, Rohan et la Trémoille.

Pour le consoler de la perle d'une pension de 26,000 livres, qui rnt naturellement supprimée, l'assemblée lui maintint ses appointements de dé­puté général et lui Ill obtenir la charge de lieutenant du maire de la ville.

Pendant quelques mois, les députés des églises et le vicomte de Castels marchèrent en parfait accord.

S'il as­sistait rarement aux séances de l'assem­blée qui l'avait nommé avec Lescun, Clémenceau, Menuau et La Taulle, membre d'une commission chargée de recevoir les avis secrets, Favas, par contre, déployait une grande activité dans la direction des opérations militai­res.

Au mois de juin 1621, pendant le siège de Saint-Jean-d'Angely, il tenta avec La Noue et Bessay une diversion dans le Bas-Poitou, à la tête de 1200 hommes ; mais il fut battu par Praslin et se retira précipitamment après avoir pillé ou rançonné quelques bourgades.

 Il ne fut pas plus heureux dans deux autres entreprises, l'une sur le château de La Gremenaudière, l’autre de Nouaillé.

Ces revers constants étaient bien propres à calmer l'étrange engouement dont l'assemblée s'était prise pour lui; cependant, ce qui commença à altérer la bonne harmonie, ce fut la nouvelle apportée sur ces entrefaites, que, par ordre de son père, le jeune Favas avait rendu sans résistance Castets et Casteljaloux où il commandait, quoique ces deux places de sûreté ne fussent nullement menacées, éloignées qu'elles étaient de plus de douze lieues de la route que le roi devait prendre pour marcher contre Montauban.

L'indignation de l'assemblée était d'autant plus légitime que, très-peu de temps auparavant, Favas s'était engagé à retenir l'armée royale au moins un mois devant Castets, si les églises consentaient à l'indemniser de la ruine probable de son château, et une convention avait été signée à cet effet.

Dès lors de graves soupçons s'élevèrent contre lui; on se persuada qu'il n'attendait qu'une occasion propice pour faire sa soumission en laissant l'assemblée se tirer comme elle pourrait du péril où il l'avait précipitée.

Cependant la conquête de l'île d'Oléron qu'il fit, au mois de nov, de concert avec Soubise et Saint-Surin, dissipèrent pour un instant tes méfiances.

Afin d'éviter une collision entre Soubise et Favas, l'assemblée nomma ce dernier lieutenant-général dans la Basse-Guienne et l'envoya dans le Médoc avec des troupes, au mois de janv. 1622.

Aussitôt le parlement de Bordeaux rendit un arrêt qui le condamnait à perdre la tête sur l'échafaud et à la confiscation de ses biens; mais cette sentence n'empêcha pas Favas de se saisir de Soulac et de l'île d'Argenton, de ravager tout le Médoc et de brûler jusque sous les murs de Bordeaux les maisons des conseillers qui venaient de le condamner. Cependant la fortune l'abandonna bientôt. Battu à Saint-Vivien, il s'enferma dans Soulac qu'il travailla activement à fortifier, et écrivit à l'assemblée pour demander des secours. Comme on ne pouvait lui en envoyer, on le rappela.

 Irrité de cette espèce de destitution et plus irrité encore de l'accueil hostile de la populace de La Rochelle qui lui lança de la boue et des pierres, Favas, d'une humeur fière et impérieuse, affecta de ne plus paraître aux séances ; bien plus, il somma l'assemblée lui payer ses appointements de député général avec les arrérages, quoiqu'il sût parfaitement - combien grands étaient ses embarras pécuniaires. La Compagnie répondit, le 14 avr., qu'elle n'avait pas entendu précisément s'obliger à lui payer son traitement, mais seulement s'employer à le lui faire payer ; que cependant, « dans le désir de le gratifier », elle le comprendrait dans les distributions des députés de l'ordre de la noblesse. En même temps, elle l'invita à venir rendre compte de sa conduite dans le Médoc-

Au lieu d'obéir, comme son devoir l'y obligeait, Favas partit le lendemain pour l'île d'Oléron.

Quelques jours après, instruit du danger que Roy an courait, il vola à son secours avec quelques hommes et s'opposa à la capitulation que Saint-Surin voulait signer, ce qui retarda, mais de quelques jours seulement, la reddition de cette ville.

 Il retourna ensuite à La Rochelle où la lutte ne tarda pas à s'engager de nouveau entre lui et l'assemblée, plus vive et plus passionnée que jamais. A l'attaque de Favas qui avait fait assigner au présidial le président de l'Assemblée pour se voir condamner à lui payer ses appointements de député général, la Compagnie répondit en faisant dresser contre lui un acte d'accusation en forme.

Elle lui reprocha d'avoir poussé les affaires à l'extrême dans son intérêt, et depuis son arrivée à la Rochelle, de s'être montre « froid et retenu aux affaires les plus importantes », refusant de manifester son opinion, se plaignant sans cesse du préjudice que lui causait son absence de la Cour, et pressant l'assemblée de le dédommager de la perte de ses pensions.

Dans l'espoir de le satisfaire, l'assemblée lui avait conféré la lieutenance du maire de La Rochelle et lui avait continué son traitement de député général. On lui avait donc donné le doublé des appointements des députés de la noblesse.

Peu de temps après, Favas se disant appelé dans la Basse-Guienne, on lui avait accordé te titre de lieutenant-général en cette province. L'assemblée s'était même engagée, à l'indemniser de la ruine de Castets, si cette ville tenait non pas deux mois, comme il le promettait, mais un mois seulement, et il l'avait rendue sans résistance, ainsi que Casteljaloux. On l'accusa, en outre, de s'être approprié tout le butin de Soulac, d'avoir affecté des allures d'indépendance, d'avoir refusé, à son retour, de rendre compte de sa mission.

Plus tard, il est vrai, il s'était présenté devant l'assemblée, mais pour lui réclamer de l'argent, et, comme elle ne pouvait lui en donner, il l'avait fait assigner en la personne de son président par devant l'assesseur et lieutenant criminel de la ville. On lui reprocha ensuite d'avoir cherché à décourager les défenseurs de Royan (ce qui n'était pas exact), et d'avoir fait saisir les deniers destinés au secours de cette ville.

En conséquence, l'assemblée le déposa de sa charge de député général, le 17 mai 1622, et révoqua tous les pouvoirs qui lui avaient été accordés (Fonds de Brienne, N° 225).

La nouvelle de la mort du jeune vicomte de Castets, qui arriva à La Rochelle sur ces entrefaites, fit suspendre la publication du décret de destitution. Ce reste d'égards toucha Favas qui promit, le 8 juin, de donner satisfaction à l'assemblée ; mais il revint bientôt sur sa résolution, en sorte que, tell juillet, l'assemblée fit signifier le décret de déposition aux magistrats de La Rochelle par trois de ses membres, Saint-Simon, Hespérien et La Milletiere de Paris.

Ce fut alors que la municipalité rochelloise, qui avait jusque-là témoigné la plus grande déférence à Favas, intervint dans la lutte. Le corps de ville, sans tenir compte du décret de l'assemblée et comme pour la braver, le maintint dans ses fonctions de lieutenant du maire, et les troupes refusèrent d'obéir à La Noue que l'assemblée lui avait donné pour successeur.

 De son côté, l'assemblée irritée aggrava la peine du réfractaire, en le déclarant « déserteur de l'union des églises» et en exhortant « tous ceux qui désiraient demeurer en ladite union de ne luy adhérer en façon que ce soyt, ains de rejetter toutes propositions qui leur pourraient estre faictes de sa part. »

Ce décret fut envoyé aux provinces et aux consistoires, qui furent invités en même temps à procéder contre lui selon la Discipline ecclésiastique et les arrêts des synodes nationaux.

Dès qu'il en reçut communication, le consistoire de La Rochelle se hâta d'y obéir en frappant Favas d'excommunication.

Energiquement soutenu par le corps de ville, Favas aurait pu prolonger ce dangereux conflit ; mais on doit le dire à son honneur, il ne le voulut pas, et, malgré les instances de la municipalité, il donna volontairement sa démission de lieutenant du maire, comme nous l'apprend M. A. Barthélémy dans un savant article publié dans la Biblio. de l'Ecole des Chartres.

N'ayant pu l'en dissuader, les magistrats rochellois le firent remercier de sa fidélité et de son zèle, en le priant de ne pas priver la ville de son assistance bienveillante. Favas continua donc à assister au conseil. L'assemblée s'en étant plainte, on lui répondit sèchement que le maire était, libre de convoquer qui il Voulait.

Quelque temps après cependant, le conseil de ville lui ayant accordé les certificats les plus honorables et la promesse d'une protection efficace pendant la guerre et après la paix, il alla s'établir avec quelques troupes dans la Tour de Cordouan d'où il levait des contributions sur le littoral et inquiétait Royan.

Lorsque la paix fut conclue, le conseil de ville lui envoya Jean Bernon pour lui annoncer qu'il pouvait revenir, à La Rochelle, où il se rendit, après avoir fait sa soumission au roi.

 Malgré les démarches des Rochellois, il ne fut pas rétabli dans sa charge de député général ; mais il reçut en échange le brevet de conseiller d'État.

Dès lors il se retira des affaires publiques et passa le reste de ses jours dans ses terres où il mourut, le 29 juillet 1654.

Beaucoup d'ambition et un peu d'avarice l'avaient entraîné dans des fautes, que le parti protestant expia durement. Il est impossible de ne pas blâmer sévèrement sa conduite; mais sa vie prouve qu'il ne se rendit au moins pas coupable de trahison, comme on l'en accusa.

Jean de Favas avait épousé, le 2 avr. 1597, Catherine de Gauthier, fille de François Gauthier, sieur de Camiran, maître des requêtes, et de Bertrande de. Gasc.

Outre deux filles, nommées MARIE et BERTRANDE, et mariées, la première à Jean de Gontaut, comte de Cabrerès, puis au sieur de Vicose, et la seconde au comte Olivier de Poudenac, il en eut un fils, JEAN, vicomte de Castets, qui se signala, en 1621, par la défense de Monheurt et de Nérac, et en 1622, au siège de Tonneins-Dessus. « Par suite de la mauvaise nourriture et de la fatigue qu'il avoit soufferte, lit-on dans les Mémoires de Castelnaut, il tomba malade à Clairac et mourut quelques jours après son ami et compagnon d'armes Monpouillan. »

Resté veuf, Jean de Favas contracta, en 1614, un second mariage avec Marthe de Pierre-Buffière, fille du gouverneur du Limousin, et il en eut JEANNE, femme de Pierre de Canmont, baron d'Aymet.

Le pasteur de Morlas du nom de Fabas ou Favas, dont il est parlé dans les actes de plusieurs synodes nationaux, appartenait-il à la même famille ? Supplanté dans son église par Rival, il eut beaucoup de peine à s'y faire rétablir, malgré les décrets des Synodes de Charenton et d'Alençon, qui censurèrent fortement Rival, La Fite, Gillot et Bellard à cause des bruits calomnieux qu'ils avaient répandus sur son compte, et blamèrent sévèrement le consistoire de Morlas d'avoir souffert un schisme qu'il pouvait éviter par la douceur.