11 mai 1793 Saumur Cara et Auguis représentants du Comité de salut public envoyés en Vendée et Deux Sèvres.
Jean-Louis Carra (1742-1793) et Pierre-Augustin Auguis (ou Augustin, 1756-1831) étaient deux figures de la Révolution française, tous deux représentants en mission à La Rochelle et dans les régions environnantes en 1793, pendant la guerre de Vendée.
Leur présence à La Rochelle s’inscrit dans le contexte des efforts républicains pour organiser la lutte contre les insurgés vendéens et gérer les troubles dans l’Ouest de la France.
Le 17 mars 1793, Auguis et Carra, députés de la Convention, étaient arrivés, munis de pleins pouvoirs sur les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres. Il était temps d'agir avec vigueur ; les républicains avaient été battus le à la première bataille de Coron; les autorités du district de Bressuire avaient dû reculer jusqu'à Thouars et diriger sur Parthenay les femmes, les enfants, les papiers, la caisse du receveur, toute l'administration.
Deux comités sont formés à la hâte : Chauvin-Hersant, Jard et Chauveau composent le comité de sûreté générale; Morisset, Guilhaud et Delaroy composent le comité de surveillance. Morisset est délégué à la Convention et aux administrations des départements de la Vienne, d'Indre-et-Loire, de Loir-et-Cher et du Loiret ; Jard est délégué à Bordeaux et à Marseille ; Charpentier-Delaurière, à Angers et à Saumur.
Bordeaux envoie deux bataillons de gardes nationaux, de six cents hommes chacun ; cent canonniers, trois cents cavaliers, quatre cents hommes d'infanterie.
La Charente envoie quinze cents fantassins, trois cents cavaliers, quatre canons.
Limoges annonce deux mille hommes ; un curé offre quatorze cents pierres à fusil. Sept compagnies de canonniers sont organisées à la hâte.
Carra et Auguis destituent le général Louis de Marcé à La Rochelle après sa défaite à la première bataille de Challans au Pont-Charrault (13 avril 1793), le remplaçant par le lieutenant-colonel Henri de Boulard, qui est nommé général par acclamation. Cette décision s’inscrit dans leur mission de réorganiser les forces républicaines pour défendre des villes clés comme Fontenay-le-Comte et Les Sables-d’Olonne.
Contexte de leur mission à La Rochelle
- Guerre de Vendée : En 1793, La Rochelle est un port stratégique sur la côte atlantique, servant de base arrière pour l’armée républicaine face à l’insurrection vendéenne. La ville est un point clé pour organiser la logistique, le recrutement et la défense contre les rebelles royalistes.
- Bataille de Challans : Lors de la première bataille de Challans (13 avril 1793), Carra et Auguis jouent un rôle déterminant en destituant Marcé, jugé incompétent après sa défaite, et en nommant Boulard pour reprendre le contrôle de la situation. Cette victoire républicaine renforce temporairement la position de La Rochelle comme bastion républicain.
- Rôle de La Rochelle : La ville, avec son port et ses fortifications, est cruciale pour le ravitaillement et la coordination militaire.
La Rochelle, en 1793, est un centre républicain dans une région troublée par la guerre civile. Les actions de Carra et Auguis visent à stabiliser la situation, mais leur impact est limité par les désaccords internes et la complexité du conflit vendéen.
Carra et Auguis y supervisent l’organisation des troupes et des ressources pour contrer les Vendéens, bien que leurs actions soient marquées par des tensions avec d’autres représentants en mission.
9 mai 1793 CARRA Représentant en mission près l'armée des côtes de la Rochelle.
Réquisition aux administrateurs et au chef de légion du district de la Flèche de faire marcher sur Saumur les hommes dont ils pourraient disposer. Indiqué par H. Chardon, Les Vendéens dans la Sarthe, t. I, p. 27.
Saumur, 11 mai Citoyens mes collègues.
Je vous préviens qu'hier, sur les dix heures du matin, le général Quétineau, échappé des mains des brigands, n'a rien eu de plus pressé que de se présenter au général Leigonyer, qui a cru devoir le faire mettre aux arrêts pour sa propre sûreté. Cette mesure naturelle était parfaitement dans les règles; mais, les deux commissaires du département d'Indre-et-Loire étant survenus, ils ont dénoncé, sans aucune espèce de preuves, Quétineau comme un traître, et ont requis le général Leigonyer de le mettre en état d'arrestation.
Ce général n'a pas cru devoir prendre sur lui une pareille démarché, et il m'a adressé à Saumur le citoyen Quétineau, qui m'a donné tous les détails de la malheureuse affaire de Thouars, et qui, par le rapprochement de tous ces détails avec ceux que j'avais déjà eus auparavant, m'a prouvé que la véritable cause de la défaite de nos troupes, dans cette occasion, était d'une part la lâcheté habituelle des gardes nationales des campagnes non exercées, et de l'autre l'entêtement de la plus grande partie de son armée à vouloir s'enfermer dans les murailles de Thouars, au lieu de faire une retraite sûre vers Doué, Montreuil ou Loudun.
D'après ces circonstances, et aussi d'après la loyauté connue du citoyen Quétineau, dont le courage et le caractère patriotique n'ont jamais varié, je me suis contenté de lui donner pour prison la ville de Saumur, où il attendra les inculpations qu'on pourra faire contre lui, pour y répondre.
Les deux commissaires civils du département d'Indre-et-Loire ont paru étonnés et choqués de ce que je ne faisais pas mettre au cachot le général Quétineau; mais vous savez, mes chers collègues, ainsi que toute la France, que je ne me dirige point par des principes violents et irréfléchis, ni par la fougue des mouvements des autres. On m'a dit que les deux commissaires civils écrivaient à la Convention nationale, pour m'accuser sans doute de n'avoir pas obéi à leurs mouvements d'irréflexion et à coup sûr d'injustice; car ils n'ont aucune preuve, si ce n'est des calomnies et des absurdités, comme on en débite tant sans examen, contre le citoyen Quétineau. Ce général, ayant appris la trahison de Dumouriez, dont on lui faisait un crime d'avoir été le protégé, fil débaptiser sur-le-champ son enfant qui avait eu le malheur de prendre le nom de Dumouriez, dans le temps que ce traître passait pour un républicain.
Vous sentez, mes chers collègues, qu'ayant un tact assez exercé et une assez longue expérience des hommes, j'ai mieux jugé de ce qu'il fallait faire que les deux commissaires d'Indre-et-Loire. Aussi donnerais-je des raisons triomphantes, si j'étais obligé de parler sur ces circonstances, et peut-être démontrerais-je clairement que, sans les commissaires de la Convention nationale, les commissaires civils des départements, dont la plupart affectent le despotisme le plus singulier, auraient à coup sûr gâté nos affaires. Au reste, il s'agit en ce moment de requérir l'administration du département d'Indre-et-Loire, de renvoyer à Saumur la citoyenne femme de Quétineau, qui n'a été arrêtée à Tours que par une mesure de sûreté générale, et qui doit être présente ici pour tout ce qui pourrait concerner une suite d'informations, en cas qu'il y ait des dénonciations positives contre son mari.
Il ne faut pas punir d'avance des personnes qui n'ont pas même contre elles la moindre apparence de tort, si ce n'est peut-être l'ignorance en tactique militaire, et qui sont venues se jeter dans les bras de leurs frères après le désastre de Thouars.
J'ai la preuve en main que le citoyen Quétineau n'a point fait de serment contraire aux principes d'un vrai républicain et qu'il a seulement promis par écrit de ne point porter les armes contre ceux qui l'ont fait prisonnier, à moins qu'un échange ou autre arrangement de droit (ce sont les propres termes) ne l'ait délivré de sa captivité. J'ajoute que ceux qui sont venus débiter des calomnies contre lui sont précisément ceux-là, suivant le noble usage des lâches, qui ont déchiré eux-mêmes leurs habits de garde nationale, crié vive le roi et se sont mis à genoux pour demander leur grâce.
Je vous salue fraternellement, CARRA.
P. S. J'ai fait mettre en état d'arrestation chez lui le secrétaire de Quétineau, et, s'il ose sortir, il sera emprisonné au château de Saumur. Cette précaution m'a paru nécessaire pour la suite des éclaircissements à prendre relativement au nombre des brigands, sur lequel le secrétaire de Quétineau semble exagérer prodigieusement.
Je vous envoie copie de l'engagement par écrit fait par Quétineau
[Ministère de la guerre; Armée des côtes de la Rochelle. — Cette lettre a été insérée dans le Recueil Legros. ]
(1) Ces derniers mots sont de la main de Carra. La pièce annoncée manque.
Le Château de la Roche des Aubiers (privé) : Château médiéval en ruines. Les rainures du pont-levis sont encore visibles. Il fut incendié en 1759 et 1793.