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PHystorique- Les Portes du Temps
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7 mai 2025

Angers 7 mai 1793 Le citoyen Carra, commissaire envoyé par la Convention auprès de l'armée de la Vendée, arrive à Saumur le 9 mai.

(Reçu le 19 mai). Citoyens nos collègues, Apprêtez-vous à entendre des nouvelles désastreuses, et, sans désespérer de la chose publique, calculez bien les circonstances où nous sommes, et dont je vais vous donner le précis pour ce qui concerne les contrées où je me trouve en ce moment.

En arrivant à Saumur, le 5 de ce mois, nous avons appris que les brigands, après s'être emparés d'Argenton-le-Château et de Bressuire, attaquaient la ville de Thouars au nombre de 10 ou 12,000 hommes.

Dans la nuit du 5 au 6, la nouvelle de la prise de cette place s'est confirmée, et en même temps on annonçait, mais sans aucun détail positif, que l'armée de Quetineau, au nombre de 3,500 à à 4,000 hommes, dont une partie avait pris la fuite, se trouvait prise par les brigands, avec le général Quetineau lui-même et toute son artillerie.

Depuis ce moment jusqu'à celui où j'écris, toutes les nouvelles confirment celle de la prise de Quetineau; on annonce même que la ville de Loudun, sans attendre les brigands, a jeté l'arbre de la liberté par terre et arboré la cocarde blanche. On dit en outre que les brigands se disposent à se porter par Loudun, soit à Saumur, soit à Tours, en suivant la forêt de Chinon.

Vous voyez que ce sont là des progrès qui doivent arrêter net toutes les querelles et les divisions personnelles dans le sein de la Convention nationale et provoquer des mesures grandes, promptes et décisives, si l'on ne veut pas que dans un mois tous les départements de l'intérieur jusqu'à Paris soient en feu.

Vous allez juger, mes chers collègues, de l'urgence de ces mesures, quand vous apprendrez que l'insubordination, la désertion et l'audace la plus coupable règnent ici dans plusieurs corps de troupes, entre autres dans la légion de Rosenthal, qui, sans attendre aucun ordre, a abandonné le poste de Montreuil pour se replier à Saumur, et a exposé par là cette ville et le corps de Leigonyer, qui est à Doué, au Puy-Notre-Dame, à être surpris par les brigands.

D'un autre côté, la ville de Saumur, au moment où j'écris, est dans une grande agitation, qui me paraît causée non seulement par la terreur dont les esprits sont si aisément frappés dans les pays-ci, mais par les manœuvres de ceux qu'on soupçonne avoir proposé sourdement aux femmes et aux parents des 150 prisonniers faits à Cholet de favoriser l'entrée des brigands dans Saumur pour sauver la vie à ces mêmes prisonniers; car vous savez que les brigands ont eu l'adresse d'envoyer deux de ces prisonniers, sur leur parole, pour entrer en négociation à Saumur avec les parents des 168 autres. Vous verrez par là combien la chose devient sérieuse et pressante.

Pour parer aux premiers événements, je me suis transporté à Angers pour conférer avec mes collègues Choudieu et Richard, et pour faire porter vers Saumur une partie de la très petite armée que le brave général Menou (quoi qu'en dise le prêtre Chales) commande et dirige très bien aux Ponts-de-Cé.

12,000 hommes sont partis ce matin, et nous attendons d'ici au 15 l'arrivée de 6 bataillons et de 250 chevaux qui seront dirigés, autant qu'il sera possible, pour couvrir Saumur et Tours. Mais l'état de désorganisation de toutes ces troupes, le peu d'activité et d'intelligence que paraît mettre le ministre de la guerre, ou ses bureaux, pour la disposition de cette guerre, ne nous donnent pas de grandes espérances, et nous forcent non seulement à rester en ce moment sur la défensive, mais même à nous replier tous les jours. Personne ne connaît le mouvement général des troupes qui doivent composer l'armée; point d'état-major, point d'adjudants généraux, point d'employés des vivres, fourrages, hôpitaux, etc.

Demandez, citoyens nos collègues, au ministre de la guerre et à ses adjoints, s'ils croient que cette guerre contre des brigands fanatiques est une bagatelle, et s'ils veulent, oui ou non, s'en occuper très sérieusement. Je ne dois pas vous le dissimuler : il faut organiser cette armée comme celle de nos frontières, avec tous ses effets de campement, et le plus promptement possible.

Il nous faut tous ces moyens pour attaquer et combattre les brigands avec avantage et pour espérer de terminer cette guerre dans la campagne actuelle. Nos troupes, ne pouvant marcher qu'en prenant des cantonnements devant des brigands actifs et qui connaissent le pays, se trouvent continuellement harcelées et se livrent à des désordres qui détruisent toute espèce de discipline et de surveillance.

Mon premier objet en venant à Saumur a été de voir l'état des choses dans le département de Mayenne-et-Loire; je viens de vous en rendre compte. Mon second objet a été de conférer avec nos collègues Choudieu et Richard, sur la formation d'une commission centrale pour surveiller les opérations militaires. Choudieu paraît ne point vouloir s'occuper de cette commission et désire retourner à la Convention nationale. Richard, dont l'activité et les talents seraient infiniment précieux pour cette commission, n'y est point nommé, à mon grand regret. J'ignore si Garnier (de Saintes), qui a été nommé, est parti de Paris. Ainsi me voilà seul pour veiller à tout dans ces départements.

Mon troisième objet a été de me transporter à Fontenay-le-Peuple, où les choses vont toujours assez bien et où j'ai cru que la commission centrale devait s'établir; mais les derniers événements dans Mayenne-et-Loire et la prise de Thouars, qui coupe le chemin de Saumur à Fontenay-le-Peuple, me forceront de retourner à Tours, si Saumur continue à être menacé par les brigands.

Faites demander, je vous prie, au ministre de la guerre qu'il m'adresse à Tours, au bureau de l'administration, l'état des troupes qu'il envoie et où il les envoie, la marche du général en chef Biron et enfin tout ce qui peut me mettre au fait des opérations combinées pour cette guerre dans les départements d'Indre-et-Loire, de la Loire-Inférieure, de la Vendée et des Deux-Sèvres.

Le Comité de sûreté générale n'a donc pas voulu prendre les mesures que je lui ai proposées contre les banquiers correspondants de puissances étrangères? Il veut donc laisser périr la République par la main de ces sangsues, les plus terribles fléaux de la liberté et de la prospérité des peuples?

Le général de brigade citoyen Berthier part exprès porter cette lettre au Comité de salut public et conférer avec lui sur les mesures à prendre.

Il vous rendra compte de tous les détails, car il a vu les objets de près, et son intelligence, son activité, son zèle, qu'on peut dire très patriotique, puisqu'il nous a été infiniment précieux, n'ont pas peu contribué à remettre un peu d'ordre dans ce qui n'était que désordre et chaos. Je le recommande au Comité de salut public pour le renvoyer promptement ici avec les notes positives des opérations du ministre de la guerre.

Je suis très fraternellement, mes chers collègues, votre collègue et ami, CARRA.

P. S. — Saumur, 9 mai. Arrivé hier au soir à Saumur, je vois avec plaisir le calme et l'espérance renaître. De la patience et des troupes de ligne, et surtout des armes, des armes, des armes, et tout reprendra une face consolante.

[Ministère de la guerre; Armée de l'Ouest. — De la main de Carra. — Cette lettre a été insérée, à l'exception du post-scriptum, dans le Recueil Legros.]

 

 

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <== ==> 11 mai Saumur Cara et Auguis représentants du Comité de salut public envoyés en Vendée et Deux Sèvres.

 

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