chapelle sainte Catherine Education de Mesdames de France, filles de Louis XV et Marie Leszczynska à Fontevrault (1727-1800)

Le couple royal, Louis XV et sa femme Marie Leszczynska, donne naissance, en une dizaine d’années, à dix enfants : huit filles, ainsi que le dauphin et un second fils qui ne survivra pas à la rougeole. Louise de France, la dernière, naît en 1737.

Les filles de Louis XV portent le titre de « Madame ». Au nombre de huit, elles ne sont pas toutes élevées à la Cour de Versailles car leur éducation est jugée trop coûteuse. Les quatre cadettes, Victoire, Sophie, Thérèse et Louise, sont donc placées à l’abbaye de Fontevraud tandis que les aînées, Louise-Elisabeth, Anne-Henriette, Marie-Louise et Marie-Adélaïde, restent aux côtés du roi.

Le départ de Mesdames Quatrième, Cinquième, Sixième et Septième, comme on disait alors, avait été fixé d'abord au 5 mai, mais il n'eut pas lieu avant le l6 juin. Tout fut réglé avec autant de minutie quant à l'étiquette pour le voyage, que d'économie dans la dépense.

Les quatre princesses montèrent dans le même carrosse, les deux aînées au fond, les deux cadettes devant, sur les genoux de madame de la Lande, sous-gouvernante désignée pour les accompagner, et d'une première femme de chambre : deux autres femmes de chambre étaient aux portières.

Madame de la Lande ne devait même pas coucher à l'abbaye : les princesses avaient pour, leur service deux premières femmes de chambre, huit femmes de chambre, un écuyer de bouche, avec un détachement de la bouche et quatre valets de pied (1) : l'abbaye recevait quinze mille livres de pension pour la nourriture et l'éducation de chacune de mesdames.

L'escorte devait se composer de douze gardes du corps, commandés par un exempt, M-. d'Autichamp. Le cardinal n'avait voulu d'abord accorder que huit gardes, et le duc de Luynes constate que M. de Béthune obtint avec bien de la peine qu'il y en aurait douze. Les Cent-Suisses réclamèrent, en vertu de leurs privilèges, l'honneur de fournir également une escorte, mais cette fois le cardinal fut intraitable.

Le roi était à Rambouillet, quand ses filles s'éloignèrent : il ne songea même pas à les venir embrasser avant leur départ, et il se contenta de lire une lettre de la duchesse de Tallard, annonçant cet événement, au cardinal de Fleury et que ce dernier lui remit au retour d'une chasse.

Les princesses mirent treize jours pour franchir les quatre-vingts lieues qui séparaient Versailles de Fontevrault.

Elles arrivèrent le 28 juin. Nous avons été assez heureux pour retrouver le récit de la réception de Mesdames à l'abbaye.

 On remarquera que le service d'honneur et l'escorte étaient beaucoup plus considérables que ne l'avait ordonné le cardinal de Fleury (2) :

« Mesdames sont arrivées ici sans cérémonie, comme par toutes les villes où elles ont passé, n'ayant été haranguées dans aucunes. Elles étoient cependant escortées par une partie de la maison du Roy : elles avoient un écuyer, cinq exempts, vingt-cinq gardes du corps, quatre pages, un maréchal des logis, huit carrosses attelés de huit chevaux, deux chaises, vingt fourgons, pour lès bagages.

« M. l'intendant de Tours, accompagné du prévôt d'Angers et de la maréchaussée de toute la province, furent, au-devant et joignirent la maison du Roy, tous à cheval, qui en arrivant dans l'abbaye se rangèrent des deux côtés de la cour, l'épée nue,

« Mesdames arrivèrent à une heure après midi, précédées de quatre hocquetons du Roi, habillés en cottes d'armes, le maréchal des logis devant le carrosse, après eux des pages à cheval à côté du carrosse.

« Mesdames entrèrent ; il n'y eut que trois carrosses qui entrèrent. La plupart des femmes descendirent dans la cour de l'Abbaye.

« Madame l'abbesse reçut Mesdames à l'entrée d'une galerie proche leur appartement (3), qui lui furent présentées par madame de la Lande, sous-gouvernante des Enfants de France et qui l'a été du Roi.

«Madame l'abbesse en habit blanc, accompagnée seulement de madame la duchesse de Les diguières, sa soeur, et de quatre, religieuses, destinées pour estre auprès de Mesdames, aussi en habit blanc pour ne point leur faire peur, avec quatre petites filles à peu près de l'âge de Mesdames.

«La communauté étoit dispersée, les unes dans le jardin proche la galerie que nous nommons Bourbon, parce que c'est Madame, Éléonore de Bourbon, tante de Henri IV, qui l'a fait faire : les autres étoient aux fenêtres des appartements.

Le Roy n'a pas voulu que la communauté fût assemblée pour ne pas faire peur à Mesdames.

 « Lorsque Mesdames passèrent, elles : aperçurent qu'on les regardoit : elles mirent la tête à la portière pour faire le salut, en portant leurs petites mains à leur bouche et les présentant ensuite à la portière, Après être descendues de carrosse, elles entrèrent dans la galerie; on les conduisit dans leur appartement où on leur servit à dîner.

« M. l'intendant de la province fut au réfectoire, où on se mit à la table de madame l'abbesse, avec les principaux officiers de Mesdames. Comme la tablé de madame l'abbesse est trop petite, on en plaça une partie à celle de la mère grande-prieure, et de la mère-prieure du cloître, qui sont au même niveau que celle de madame l'abbesse, et des deux costés du réfectoire étoient les pages et autres officiers, gardes du corps, valets de pied, hocquetons du Roy et maréchaussée : le tout montoit à 250 personnes qui eurent à dîner. Après quoy on leur donna du caffé.

« Le soir, après que tout le monde fut sorti, on fit des illuminations et on tira autant de fusées que le soir précédent, n'ayant pu les tirer toutes la veille parce qu'il faisoit un trop grand vent. »

Contrairement à ce qui avait été convenu, madame de la Lande coucha une nuit à Fontevrault et servit même les princesses le soir.

Le lendemain l'abbesse commença à les servir à table : elle, était du reste investie du pouvoir le plus étendu pour l'éducation et l'instruction des royales élèves qui lui étaient confiées, mais pour lesquelles il y avait lieu de craindre que l'on ne trouvât pas de professeurs suffisants au fond de cette province reculée.

L'abbaye de Fontevrault a toujours joui d'une grande illustration : elle fut fondée vers l'an 1000, par le bienheureux Robert d'Arbrissel, aux environs de Saumur, pour donner un asile aux fidèles des deux sexes qui voulaient chercher la vérité sous sa direction.

Une magnifique église fut construite comme lien central entre les divers monastères qui composaient l'abbaye dont, par une exception unique, le gouvernement appartint toujours, après le bienheureux Robert, à une abbesse, On y compta jusqu'à trois mille religieuses avant la mort de son saint fondateur.

 Fontevrault demeura toujours le chef-lieu d'un ordre considérable par les larges privilèges que lui accordèrent sans cesse les souverains pontifes, par les aumônes de nos rois et des rois d'Angleterre qui, du temps des Plantagenets, y choisirent leur sépulture, et par les nombreuses abbayes qui furent filles de Fontevrault.

De 1477 à 1670, les abbesses furent sans, interruption des princesses de Bourbon et d'Orléans : la soeur de madame de Montespan fut nommée à Fontevrault à cette dernière date, et nous venons de voir que sa nièce lui avait succédé. Elisabeth de Mortemart était fille, du maréchal duc de Vivonne.

Au début le régime de l'abbaye paraît avoir, médiocrement convenu aux jeunes princesses : «Madame Septième étoit si mal à Fontevrault, écrit le duc de Luynes, le 28 décembre 1738, que l'on croyoit à tout moment apprendre sa mort; elle étoit mieux hier, mais Madame Cinquième est mal : or, toutes les quatre, sont malades. »

Mais il ne parle plus du tout de Madame après cette mention, et il est facile de constater qu'on paraît s'en être très-faiblement préoccupé à la cour, d'où l'on ne songea pas même à envoyer à Fontevrault quelque personne de confiance, quelque médecin émérite. Les princesses guérirent heureusement.

Le 20 décembre, on procéda au baptême de Madame Louise qui eut pour parrain M. de Bussy, seigneur de Bizay et pour marraine, madame Baifly-Adenet,- sa première femme de chambre (4).

L'abbesse s'occupa de l'instruction des princesses qui lui étaient confiées : on s'en était remis à elle sans lui tracer aucun plan, sans lui fournir aucune indication. L'abbé de Piers, docteur en droit, fut choisi pour remplir les fonctions « d'instituteur de Mesdames, » mais il mourut le 15 novembre de la première année de leur séjour (5).

Je ne sais s'il fut remplacé, mais dans ce cas il vaut mieux laisser dans l'ombre le nom de son successeur, car plus tard Madame Louise disait elle-même qu'à douze ans elle n'avait pas encore parcouru la totalité de son alphabet, et qu'elle n'avait appris à lire couramment qu'après son retour à Versailles (6).

Deux religieuses furent spécialement chargées de Mesdames, la mère Mac-Carthy, qui ne sut que témoigner la plus fâcheuse condescendance à tous leurs caprices, et la mère de Soulanges qui, au contraire, montra une certaine sévérité tout en prodiguant aux princesses des preuves d'attachement dont elles lui conservèrent une vive reconnaissance (7).

Nous savons que M. de Caix, l'un des symphonistes de la musique du roi, donna des leçons à Madame Victoire à Fontevrault; elles avaient aussi un maître de danse amené pour elles de Versailles, et madame Campan raconte à ce sujet une assez plaisante anecdote. Le maître leur apprenait une danse alors fort à la mode, le menuet « couleur de rose. » Madame Victoire voulut qu'on le nommât le « menuet bleu. »

 

Le professeur résista à ce caprice en soutenant qu'on se moquerait infailliblement de lui à la cour si jamais la princesse y parlait d'un « menuet bleu. » La dispute s'échauffant; l'abbesse assembla, assuret-on, la communauté, laquelle décida, qu'il ne fallait pas contrarier Madame Victoire ; le menuet fut déclaré « menuet bleu » et la princesse dansa (8).

Les détails que nous possédons, encore, en très-petit nombre, sur le séjour à l'abbaye, ne sont pas de nature à nous édifier sur l'éducation donnée par les religieuses aux filles de Louis XV.

Madame Victoire racontait qu'on la rendait effroyablement peureuse par les pénitences qu'on lui imposait, comme d'aller réciter les prières des agonisants dans une chapelle voisine de la demeure du jardinier du monastère, qui mourait enragé en poussant des cris terribles; ou en la forçant à aller dire ses prières du soir, seule, dans le caveau où les religieuses étaient enterrées. Il y a lieu de croire que c'est cette éducation qui développa chez Madame Sophie une susceptibilité nerveuse qui la rendit pendant toute sa vie presque étrangère à ce qui se passait autour d'elle.  (9)

 « Madame Sophie était d'une laideur rare, dit madame Campan. Je n'ai jamais vu personne avoir l'air si effarouché ; elle marchait d'une vitesse extrême, et pour reconnaître, sans, les regarder, les gens qui se rangeaient sur son passage, elle avait pris l'habitude de les voir à la manière des lèvres.

Cette princesse était d'une si grande timidité qu'il était possible de la voir tous les jours, pendant des années, sans l'entendre prononcer un mot. On assurait cependant qu'elle montrait de l'esprit; et même de l'amabilité dans la société de quelques dames préférées ; elle s'instruisait beaucoup, mais elle lisait seule ; la présence d'une lectrice l'eût infiniment gênée. Il y avait pourtant des occasions où cette princesse si sauvage devenait tout à coup affable, gracieuse, et montrait la bonté la plus communicative; c'était lorsqu'il faisait de l'orage ; elle avait peur, et tel était son effroi, qu'alors elle s'approchait des personnes les moins considérables; elle leur faisait mule questions obligeantes; voyait-elle un éclair, elle leur serrait la main; pour un coup de tonnerre elle les eût embrassées. Mais le beau temps revenu, la princesse reprenait sa raideur, son silence, son air farouche, passait devant tout le monde sans faire attention à personne, jusqu'à ce qu'un nouvel orage vînt lui ramener sa peur et son affabilité. »

J'ai dit: que les renseignements manquent presque absolument sur le séjour de Mesdames à Fontevrault.

Le duc de Luynes n'écrit pas une seule fois leur nom jusqu'à la mort de Madame Sixième, arrivée le 28 septembre 1744. Madame de Montmorin avait alors-succédé à madame de Mortemart. Le 24 septembre, elle donnait une fête à l'occasion de la guérison du roi. Madame Félicité se trouva souffrante, mais, comme elle s'amusait, elle voulut demeurer, et, suivant la coutume, on céda à son caprice, malgré la fièvre, assez violente dont elle était atteinte. Le 27, le docteur Cosnard déclara qu'il y avait danger et on envoya immédiatement des courriers à Versailles et à Metz: malgré d'abondantes saignées, le mal empira rapidement et l'état devint si désespéré qu'à 3 heures de l'après-midi, on procéda au baptême in extremis de la pauvre enfant; son parrain fut le père Macé, curé de Vouvré et confesseur de Mesdames: la marraine, madame Tascher-Milsioh, nourrice de Madame Sophie, femme de chambre honoraire de Mesdames. « L'enfant gardoit sa tête, étoit gracieuse et embrassoit souvent le crucifix. A 6 heures du soir la léthargie commença, cessa à 4 heures du matin, assez même pour donner quelque espoir; l'agonie commença à 8 heures et demie du matin. Elle mourût un peu avant midi. A 4 heures toute la communauté vint saluer chacune de Mesdames ; le prieur vint ensuite avec ses; religieux.

Des religieuses gardèrent le corps en se relevant d'heure en heure. Le lendemain matin le corps fut levé à 8 heures du matin ; quatre diacres le portèrent, les quatre plus anciens religieux étant aux coins ; l'abbesse suivoit derrière, puis venoient les quatre sous-gouvernantes " Madame Félicité avait huit ans quand elle mourut; elle ressemblait beaucoup à son grand'père Stanislas : elle succomba à une petite vérole rentrée par suite de l'ignorance du médecin qui ne sut pas reconnaître la maladie.

La nouvelle de ce malheur parvint le 3 octobre seulement à la reine qui était à Lunéville. On s'explique difficilement par les devoirs de cour l'attitude de la mère en cette circonstance. Le duc de Luynes se contente de dire : « La reine qui de voit manger avec les dames, mangea seule dans un cabinet de l'appartement du roi son père ; » puis il ajoute que dans la journée elle alla voir « le rocher mouvant et la cascade; » elle soupa seule cependant, ne joua ni le soir, ni le lendemain, mais dîna comme à l'ordinaire avec ses dames : la musique fut supprimée pendant le repas. On peut dire que ce fut l'unique manifestation de deuil.

 Le roi de Pologne ne décommanda même pas les comédies qui étaient annoncées : lui et sa fille s'abstinrent seulement d'y paraître. Avant la fin de la semaine, la reine avait complétement repris sa vie habituelle. Quant au roi, il ne paraît pas qu'il ait interrompu un seul jour ses dîners ni son jeu.

Le 15 août suivant on baptisa Mesdames Victoire et Sophie. Toutes deux eurent pour parrain Mgr de Montmorin, évêque de Langres, et pour marraine l'abbesse. Mgr de Montmorin officia pour la première et Mgr de la Tour d'Auvergne pour la seconde.

 Les princesses offrirent à cette occasion à l'église paroissiale les vaisseaux du Saint-Chrême, deux burettes, et le custode en argent à leurs armes; l'abbesse donna un ostensoir également en argent (10).

Les années s'écoulaient sans qu'on songeât à faire revenir les princesses à Versailles.

Madame Victoire avait quatorze ans et Madame Sophie treize, quand on paraît s'être souvenu d'elles.

Au mois d'août 1747, le roi, pour la première fois, pensa que ses filles pourraient avoir le désir de se promener et qu'elles étaient dans l'impossibilité matérielle de le faire convenablement.

Il leur envoya alors deux carrosses et une gondole avec cochers, postillons, palefreniers, valets de pied et trente-deux chevaux, le tout sous la direction d'un piqueur de la petite écurie ; on y ajouta " quatre ânes tout harnachés pour se promener. »

En même temps Louis XV alloua trois mille livres par mois à Madame Victoire pour ses menus plaisirs et deux mille à chacune de ses soeurs. « Il avoit aussi fait faire leurs portraits et les offrit en surprise à la reine. »

Celle-ci écrivit à madame de Luynes que le roi lui avait montré les portraits de Mesdames qui sont à Fontevrault; « que ç'avoit été une surprise agréable pour elle, ne sachant pas qu'elles fussent peintes. » La reine entrait ensuite dans quelques détails sur la figure de ses filles (11) et finissait par ces mots : « Vous trouverez peut-être cette lettre longue, mais prenez-vous-en à la tendresse d'une mère et à la confiance d'une amie. »

Madame Victoire cependant s'ennuyait beaucoup à l'abbaye et elle pressait vivement son père de la rappeler auprès de lui : Louis XV, qu'on veut toujours nous montrer animé d'une si grande affection pour ses filles, y mit au moins peu d'empressement. « Ce n'est que d'hier ou d'avant-hier que l'on parle publiquement du retour de Madame Victoire; elle avoit une grande impatience de revenir, enfin le roi y a consenti (12).»

On choisit comme dame de confiance auprès de la princesse, sans avoir le titre de sous-gouvèrnante, mademoiselle de Charleval qui se trouvait à la fois la protégée de la duchesse de Duras, alors dame d'honneur de Madame, et de la duchesse de Luynes.

Mademoiselle de Charleval n'avait aucune fortune, elle était parente du duc de Brancas, sourd et presque aveugle, auprès duquel elle demeurait depuis plusieurs années pour lui prodiguer les soins les plus dévoués. M. de Brancas avait donné à ses parents des témoignages constants d'affection et de générosité, et mademoiselle de Charleval avait tenu à lui prouver sa reconnaissance « par les soins qu'elle a de son amusement et de faire les honneurs de sa maison. »

Le 10 mars, la maréchale de Duras prit les ordres du roi, et le 14, elle quitta Paris avec la comtesse de Civrac, l'une des dames de Madame, et mademoiselle de Charleval.

Elle arriva à Fontevrault le 18 et en repartit le surlendemain avec madame Victoire, en couchant à Langeais, à Amboise, à Cléry et à Étampes.

« Le roi partit hier 24, sur les quatre heures, dans un carrosse à quatre places où il étoit seul avec M. le Dauphin. Il avoit envoyé dire à madame la maréchale de Duras de ne point s'arrêter à Sceaux et de continuer à marcher. Il trouva Madame Victoire qui sortoit du village de Sceaux. L'entrevue fut vive et tendre.

Le roi remonta dans son carrosse avec M. le Dauphin, Madame Victoire et madame la maréchale de Duras et arriva à Versailles environ à six heures et demie. Il vint dans le moment chez la reine, précédé de M. le Dauphin et de Madame Victoire. L'antichambre de la reine, le grand cabinet, la chambre et même presque le salon étoient remplis d'un monde si prodigieux que le roi en fut surpris. La reine s'avança avec empressement au-devant de sa fille; l'embrassade fut tendre à tirer des larmes des yeux; la conversation se fit debout devant tout le monde et fut assez longue.

La reine descendit ensuite chez madame la Dauphine avec Madame Victoire; elle n'y resta pas longtemps et remonta chez elle avec Madame pour jouer à cavagnole. Madame Victoire monta dans son appartement (13) où elle reçut des présentations; elle étoit en robe de chambre, ainsi que les deux dames qui l'ont suivie. Elle ne soupa pas au grand couvert; elle soupa chez elle avec Madame. Aujourd'hui elle est en grand habit et soupera ce soir au grand couvert (14). »

« La figure de Madame Victoire est agréable; elle a un beau teint de brune, les yeux assez grands et fort beaux, une forme de visage à peu près comme Madame Henriette. Elle ressemble au roi, à M. le Dauphin, à Madame Infante, même un peu à Madame Adélaïde, et a cependant un visage différent de tous ceux-là. On lui trouve une ressemblance, on ne sait pas pourquoi, mais elle est assez juste, avec M. le duc d'Orléans, régent. On prétend aussi qu'elle a un peu de ressemblance avec madame de Givrac; en quoi elle lui ressemble davantage, c'est par le son de sa voix. Jusqu'à présent elle se tient mal; elle ne sait pas bien faire la révérence; elle marche encore plus mal. On prétend que sa démarche est dans le goût de celle de madame de Modène. Elle est bien faite, mais un peu grasse ; on dit que son caractère est charmant (15). » ; Ainsi, on ne cherche point à savoir si la princesse est instruite, si elle a été bien élevée : elle se tient mal, ne sait pas fane la révérence et marche encore plus mal, voilà ce qui préoccupe les familiers de la Cour.

 Les premières heures de l'arrivée de la princesse furent absorbées par les présentations faites  par madame de Duras: elles continuèrent le lendemain ; elles avaient lieu soit dans la chambre de Madame Victoire, soit dans celle de Mesdames, qui passaient alors dans leur cabinet et se mettaient à la fenêtre « pour ne pas paraître être présentes.» Tous les hommes et toutes les femmes portant régulièrement un titre «ont eu l'honneur de saluer et baiser Madame Victoire. »

 Le mardi le corps diplomatique fut reçu : le nonce adressa un compliment en français au nom de tous à Madame. Le duc de Luynes enregistre ensuite tous les faits et gestes de la jeune princesse pendant les premiers jours.

 Le lundi suivant elle s'habilla pour la première fois et fut au sermon ; le mardi, elle alla à la comédie avec sa mère, et ne parut pas, faire grande attention au spectacle ; le 30 mars, elle parut avec ses deux aînées à la revue de la maison du roi dans la plaine des Sablons.

Les deux dernières filles de Louis XV durent passer encore près de deux ans et demi à Fontevrault.

On ne commença à parler à Versailles de leur retour que vers le mois de décembre 1749, et elles ne rentrèrent auprès de leurs parents qu'au mois d'octobre suivant, après une séparation de plus de douze ans, sans que ni Louis XV, ni Marie Léckzinsha, aient pu une seule fois aller les embrasser et voir par eux-mêmes comment leur éducation était dirigée.

 Les souverains ne peuvent prétendre à une liberté assez grande pour remplir les plus impérieux devoirs de famille, ni satisfaire un besoin d'affection que la reine cependant ressentait vivement, d'après ce qu'assurent tous les contemporains.

(Fontaine Saint-Maimboeuf -Louise-Françoise de Rochechouart de Mortemart, 33ème abbesse de Fontevraud de 1704 à 1742)

Or, le duc de Luynes, qui n'a malheureusement rien recueilli au sujet de l'aînée, nous donne sur l'éducation de ces deux princesses de tristes renseignements. Madame de Montmorin qui avait succédé à Madame de Rochechouart, comme abbesse de Fontevrault, était une femme d'esprit, « et peut-être très capable de donner une bonne éducation. »

Mais sa santé était détestable, et son appartement se trouvait assez éloigné de celui de Mesdames, pour que « ce fût un voyage pénible et fatigant d'y aller » : elle était le plus souvent hors d'état de s'y transporter.

Aussi, bien loin de les voir tous les jours, à peine pouvait-elle les visiter une fois, dans un mois quand elle était malade. Il est vrai que Mesdames avaient chacune auprès d'elle une religieuse qui leur tenait lieu de sous-gouvernante, mais quelque soin que l'on prît de bien choisir ces religieuses, elles n'avaient point l'usage du monde, et « souvent les femmes de chambre de Mesdames étoient les premières à s'en moquer. »

Ainsi ces pauvres jeunes filles furent littéralement pendant douze années abandonnées à elles-mêmes, sans surveillance, à la merci de personnages subalternes qui les gâtaient pour s'en faire bien venir, n'apprenant rien, n'ayant auprès d'elles que des religieuses ignorantes le plus souvent et des femmes de chambre, sans que personne vînt de temps en temps les voir, et leur parler au moins de leur père et de leur mère (16). On s'en préoccupait si peu à Versailles, que le duc de Luynes n'enregistra même pas la date de leur première communion.

Quand le retour de Mesdames Sophie et Louise eut été décidé, le roi nomma près de la première mademoiselle de Welderen, Hollandaise de très noble famille et femme de grand mérite, dit-on; près de la cadette, mademoiselle de Braque, sans: fortune et très-liée avec mademoiselle de Charleval.

Madame de Duras partit, le 8 octobre 1750, pour Fontevrault avec ces deux demoiselles, mademoiselle de Clermont, mesdames de Coigny et de Gastellane, dames de Mesdames.

Les princesses quittèrent l'abbaye le 14 : un détachement de seize gardes du corps, commandé par M. de Veillère, exempt, quatre pages de la petite écurie, avec MM. d'Allard et de la Vallette, écuyers, les accompagnèrent; Le 18, elles rencontrèrent le roi à Bourron, avec le Dauphin et Madame Victoire, « Mesdames aînées ne daignèrent jamais se déranger pour voir leurs soeurs cadettes ; » elles arrivèrent à 5 heures et demie à Versailles : (17) « Madame Sophie est plus grande que Madame Adélaïde, fort blanche, Pair de beauté.

 Le roi trouve qu'elle ressemble à madame de Surgères ; tout le haut du visage a la forme de celui du roi; elle a fort bonne grâce.. Madame Louise est fort petite, mais elle a beaucoup de physionomie et paroît vive, mais la tête est un peu grosse pour sa taille. La reine a été au-devant d'elles dans la galerie des Réformés, et, après les premiers embrassements, le roi est venu avec elle et toute sa famille dans la chambre de la reine, où il y avoit un inonde prodigieux, princes, princesses, ambassadeurs, etc. Cela a duré trois quarts d'heure.

Le roi s'en est allé et tous ses enfants l'ont suivi. La reine a fait commencer le jeu, et a retourné dans les Cabinets où ses enfants sont revenues. » La reine y resta assez longtemps. Le soir, les nouvelles arrivées soupèrent chez Madame Victoire.

 Le lendemain elles reçurent toute, la cour, comme avait fait Madame Victoire à son arrivée. « On leur a baisé le bas de la robe et elles ont salué toutes les personnes titrées, écrit la duchesse de Luynes. Madame la maréchale de Duras, en nommant, avoit soin de les avertir de la différence Elles sont "venues à Vêpres et au Salut, et les trois jeunes se sont misses dans la niche à gauche ; et de là elles sont venues reconduire la reine, et puisse sont allées reposer chez elles jusqu'au grand couvert. Madame Sophie étoit mal habillée: Il est vrai qu'elle ressemble un peu au roi, surtout de profil ; le bas du visage n'est pas fort agréable ; elle à la bouche plate et le menton un peu long; c'est cependant en tout une belle figure.... (18) »

 

 

 

Mesdames de France, filles de Louis XV, par Édouad de Barthélemy

https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grands-personnages/mesdames

 

 

 

 La chapelle funéraire à Fontevraud l’Abbaye, lanterne des morts (1225 Charte de Berthe, abbesse) <==

 


 

(1) Les officiers de la bouche et les valets de pied revinrent avec madame de la Lande; seul l'écuyer de bouche demeura, mais ce fut un maître d'hôtel, nommé par l'abbesse, qui fut chargé de la dépense de la table.

(2) La dépense était bien faible cependant; l'extraordinaire consistait par jour en dix sols par homme et cinq livres à l'officier.

(3) Le duc de Luynes dit que l'abbesse : « ne voulut être accompagnée d'aucune de ses religieuses, ni même mettre son grand habit pour ne point présenter à Mesdames un appareil qui auroit pu les effrayer. »

(4) de Maine-et-Loire. ....

(5) de Maine-et-Loire.

(6) Mémoires de madame Campan.

(7) Madame Campan dit qu'elles en gardèrent rancune à la mère Mac-Carthy, et laissèrent ses neveux vieillir parmi les gardes du' corps, tandis qu'elles procurèrent plus tard l'abbaye de Royal-Lieu à la mère de Soulange.

(8) Madame Campan se trompe en donnant le principal rôle dans cette historiette à Madame Adélaïde; cette princesse n'est jamais venue à Fontevrault ; l'aînée présente était Madame Victoire.

(9) Fontevraud où la chapelle, consacrée à sainte Catherine, se compose d'un lanternon octogonal (La chapelle funéraire à Fontevraud l’Abbaye, lanterne des morts (1225 Charte de Berthe, abbesse), percé de petites fenêtres tréflées, sommant la chapelle carrée — qui, entre parenthèses, servit de mairie aux habitants de Fontevrault après la Révolution, et de prison, dit-on, à l'une des filles de Louis XV, élevées, vous le savez, à Fontevrault, dans une demeure voisine et dépendant de l'abbaye.

D'après Mme Campan, lorsque Mme Victoire avait commis quelque sottise — et cela lui arrivait souvent, en raison de son détestable caractère — on l'enfermait dans un caveau servant de sépulture (qui devait être vraisemblablement cette lanterne des morts). C'est de là que naquirent ces terreurs paniques dont la princesse fut victime toute sa vie. Cette lanterne remonte au début du XIIIe siècle. On y voit encore, à l'intérieur, des crampons de fer qui servaient à placer la lampe.

 

(10) Archives de Maine-et-Loire. — Les pièces données par Mesdames valaient 374 livres. Tous ces documents relatifs à Fontevrault proviennent des archives départementales, et sont consignés à la fin de l'inventaire des titres de l'abbaye, dressé par P. Lardière ; nous les devons à l'obligeance de M. C. Port, archiviste de ce dépôt.

(11) Luynes, 13 octobre 1747 : « Les deux aînées, écrit la reine, sont belles réellement, mais je n'ai jamais rien vu de si agréable que la petite : elle a la physionomie attendrissante et très-éloignée de la tristesse, je n'en ai pas vu une si singulière; elle est touchante, douce et spirituelle. ».

(12) Mem. de Luynes, 30 janvier 1748.

(13) Cet appartement consistait seulement alors en une chambre à coucher, servant auparavant de seconde antichambre à la Dauphine, placée entre la chambre de madame de Duras et le grand salon de la Dauphine.

(14) Mém. du duc de Luynes VIII, 481.

(15) Lettre du duc de Gesvres au duc de Luynes citée dans les Mémoires de celui-ci.

(16) Seule de toutes les princesses, madame de Penthièvre passa un jour par Fontevrault, et vit Mesdames.

(17). Mém. du duc de Luynes, X, p. 355.

(18) Luynes,. X, p. 353,