1019 - 2019 Millénaire de l'Abbaye Saint Philibert de Tournus, les Bâtiments claustraux 360°

L'antique et majestueuse basilique que Tournus a l'honneur de posséder est universellement connue des savants; sa description en a été faite par les plus érudits archéologues, et si ceux qui, au siècle dernier, étaient appelés les chercheurs et les curieux, désirent se rendre compte de ce qu'elle était au commencement du XVIIIe siècle, ils n'ont qu'à consulter l'œuvre si documentée du chanoine Juénin; de même ceux qui voudront la connaître, telle qu'elle est actuellement, n'auront qu'à lire la description qu'en a faite M. Meulien dans son Histoire de Tournus, ou M. X. dans les Richesses d'art de la France.

Fortifications de Tournus et son abbaye

Dans cette étude, je me bornerai à en indiquer les époques de construction et m'occuperai spécialement des différentes modifications apportées aux bâtiments claustraux, dont la plupart, désaffectés depuis plusieurs siècles de leur destination primitive et enfin vendus comme bien nationaux, tendent tous les jours à disparaître.

En 875, Geilon, à la tête de sa congrégation errante, obtint de Charles le Chauve, dans le territoire de Chalon-sur-Saône, l'abbaye de Saint-Valérien, où repose le corps de ce saint martyr, le château de Tournus (Castrum Trenorchium), qui dépendait de la même abbaye, avec tout ce qui avait été donné à saint Valérien, et la ville de Tournus (Turnucium villam), avec tous les habitants de l'un et l'autre sexe, et tout ce qui en dépend.

Nous pouvons croire qu'avant cette époque cette abbaye de Saint- Valérien avait déjà une certaine importance et entourait l'église primitive, que Grégoire de Tours (1), au VI siècle, désigne successivement sous le nom d'église, de temple et de basilique, et dont le prêtre recteur s'appelait alors Epiréchus (2).

 

Cette assertion est confirmée par les nombreux tombeaux, de toutes les époques, retrouvés autour de l'église et des bâtiments du monastère en 1898, lors des fouilles pratiquées pour l'établissement des égouts de la ville sarcophages en grès, tombes sous dalles brutes, sépultures en pleine terre marquées par une pierre et un vase en terre grisâtre près la tête du squelette, et enfin sépultures du Moyen Age, avec dalles en forme de tombeau ornées d'une croix fleuronnée.

Cette nécropole prouve bien que depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne et presque jusqu'à nos jours, les alentours du temple vénéré servirent de lieu d'inhumation.

Il est possible que cette abbaye de Saint-Valérien, florissante au VIIIe siècle, ait été, en 731-732, pillée et ruinée par les Sarrasins comme les abbayes de l'Isle-Barbe, de Saint-Marcel de Chalon et tant d'autres, aussi bien en Bourgogne qu'ailleurs.

 La Chronique d'Adon l'appelle à cette époque « permodicam cellam in raro monachorum agmine ibidem possideri ».

En 875, le monastère redevenant plus important par suite de la réunion des moines de Saint-Philibert à ceux de Saint-Valérien, le roi Charles le Chauve, à la prière du comte Bozon, ajouta à la donation faite à Geilon le prieuré de Saint-Romain, pour aider au rétablissement de l'abbaye.

En 878, le roi Louis le Bègue y ajouta le village d'Uchizy, pour exercer l'hospitalité envers les pauvres passants, et Louhans, pour l'entretien du luminaire de l'église.

 

 En 880-881, les moines de Saint-Florent-le-Vieux, en Anjou, obligés d'abandonner leur monastère de Glonne, puis le prieuré de Saint-Gondon en Berry, vinrent se réfugier à Tournus avec leurs reliques.

 De même que son prédécesseur, l'abbé Arnoux, avait fait, à Déas, en 829, en prenant possession (3), de même Geilon dut, en, arrivant, s'occuper de fortifier son abbaye en l'entourant de fossés et de murailles (4), d'y augmenter et réparer les bâtiments claustraux qui vraisemblablement devaient déjà occuper les emplacements que nous désignons encore aujourd'hui sous le nom de chapitre, réfectoire ou ballon et grandes caves.

 C'est vers cette époque (quoique aucune chronique ne vienne le préciser) que dut être commencée l'église Saint-Philibert actuelle, tout au moins le narthex.

En 937, Tournus fut pillé par les Hongrois qui, après avoir ravagé le Berry, saccagèrent la Bourgogne en s'en retournant par l'Italie « Les moines se retirèrent dans le château pour résister à cette invasion, le monastère n'étant pas encore bâti en façon de forteresse comme il le fut quarante ans plus tard (5). »

La partie supérieure du narthex, dont l'architecture massive et les fenêtres en forme de meurtrières en faisaient un vrai donjon de forteresse, paraît dater de cette époque.

L'église primitive a bien pu être en grande partie détruite par l'incendie de 937 elle n'était pas voûtée, ainsi que le constate la donation faite au VIe siècle par Gallus, comte de Chalon, d'une poutre avec ses liens de charpente pour réparer la toiture de l'église de Saint-Valérien où il venait d'obtenir sa guérison. Nous voyons que sous l'abbé Hervé (946-960), et après lui, de nombreux dons vinrent de tous côtés augmenter les revenus de l'abbaye.

Vers 960, l'abbé Étienne, qui lui succéda, reprit, nous dit une ancienne chronique de Tournus, « tous les fondements », c'est-à-dire, selon Juénin, les murailles qui font le cloître de l'abbaye et le réfectoire; Pierre de Saint-Julien ajoute l'église (6).

 Je crois avoir retrouvé l'année dernière, en fouillant le locutorium, les fondations et les restes des murs de cette époque qui devaient, comme d'ailleurs dans tous les anciens monastères, entourer une cour intérieure (le cloître).

« La huitième année du gouvernement de l'abbé Wago (qui doit être l'an 1006, selon l'ancienne chronique de l'abbaye), pendant que l'on célébrait la fête de saint Vital (le 16 octobre), le feu prit au monastère par la négligence des valets et consuma non seulement les bâtiments, mais encore presque tous les meubles, les ornements, dont on ne préserva que quelques parties qui furent jetées sous certaines voûtes souterraines; une partie des titres fut aussi brûlée; deux jeunes religieux, nommés Eudes et Morin, ne voulurent point sortir du sanctuaire et aimèrent mieux y périr que de survivre à un si grand malheur (7). »

Des traces d'incendie avec débris de couvert en tuiles ont été retrouvées en 1898 dans le cloître qui joint le côté méridional de l'église; proviendraient-elles de cet incendie? Ces débris m'ont paru antérieurs à la construction des voûtes de ce cloître qui ont bien pu être faites après cette époque avec celles de la grande nef de l'église, dont la partie supérieure des murs latéraux semble postérieure à la base.

1019 - 2019 Millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus (2)

L'abbé Bernier ayant réparé les ruines causées par l'incendie de 1006, l'église fut de nouveau consacrée, le 29 août 1019, par Geoffroy, évêque de Chalon, et Gauslien, évêque de Mâcon.

 Ce même abbé, avant de consacrer l'église de l'abbaye, fit bâtir en dehors de l'enceinte de l'abbaye, celle de Saint-Valérien afin de perpétuer le nom du saint martyr, conformément à la convention passée entre les religieux de Saint-Valérien (8) et l'abbé Geilon; mais peut-être aussi afin d'y faire exercer pour Tournus les fonctions curiales qui se faisaient auparavant dans l'église de l'abbaye, ce qui devait beaucoup déranger la communauté des moines (9).

 Saint Ardain succéda à l'abbé Bernier; dans la légende de la fête et translation de saint Ardain, contenue dans un vieux bréviaire (10), il est dit « qu'il prit soin de rétablir et d'augmenter les édifices de son monastère. »

L'abbé Pierre (1074-1106) a dû faire achever la reconstruction de la basilique, c'est-à-dire la crypte et le choeur, depuis le transept où il fut enterré; ces travaux ont même dû n'être terminés qu'après sa mort, et ce n'est qu'en 1120 que le pape Calixte II, à la prière de l'abbé Francon et de ses religieux, vint de Cluny à Tournus dont il consacra l'église et bénit le cimetière (11).

 Un peu plus tard, sous l'abbé Liébaud, en 1164, le monastère était chargé de dettes et si misérable que le pape ne trouva rien de mieux que de demander au roi d'en distribuer les moines dans d'autres monastères et de n'en garder à Tournus que deux ou trois, jusqu'à ce que la situation soit améliorée (12) : cette dispersion pourtant n'eut pas lieu.

La principale cause de cet appauvrissement et de ces dettes était, paraît-il, la nécessité où le chapitre s'était trouvé d'emprunter des sommes considérables pour réparer l'église et la mettre en état d'être consacrée par Calixte II.

En 1245 (13), un incendie détruisit encore une partie du monastère, les moines eurent recours au pape qui accorda des indulgences aux bienfaiteurs; l'abbé de Cîteaux invita aussi les fidèles à contribuer aux réparations de l'église et des autres bâtiments de l'abbaye ci-devant détruits par le feu.

Depuis le XVe siècle, de nombreuses modifications ont été faites successivement dans l'administration du monastère et par suite dans les bâtiments claustraux.

Aux abbés réguliers succédèrent, en 1498, des abbés commendataires; puis, en 1575, des abbés titulaires séculiers. Les moines, « de moins en moins nombreux, ne tenaient plus à leur règle que par leurs vœux et un peu par leurs habits et quelques restes d'observances monastiques » ils se sécularisèrent en 1621 : cet ordre de choses dura jusqu'en 1786 où, à la mort du dernier abbé titulaire, Jean-Gilles du Coëtlosquet, les revenus de l'abbaye furent partagés entre l'évêque de Mâcon, l'évêque de Chalon et les Dames chanoinesses de Neuville quelques années plus tard, tout, sauf l'église, fut vendu comme biens nationaux.

Les nouveaux propriétaires en utilisèrent l'emplacement et les bâtiments soit comme logements, soit comme ateliers ou manufactures, et changèrent l'aspect de ce quartier de la ville de Tournus; aussi, nombre de nos concitoyens ne connaissent plus aujourd'hui, de ce qui fut l'un des plus grands monastères de la région, que ce que l'on appelle encore la cour du cloître, la place de l'abbaye et le logis abbatial.

Nous allons essayer, pour en conserver le souvenir, de reconstituer et suivre les modifications successives faites aux différents bâtiments de cette riche abbaye de Saint-Philibert, depuis leur origine jusqu'à nos jours.

Plan de l'Abbaye de Tournus 2

Plan de l’abbaye de Tournus

A Chapitre, Dortoir, Auditoire ; B réfectoire, Ballon ; C Grandes caves ; D1 Porte Orbe, Poterne ; D2 Porte des Champs, Porte de la Levée ; D3 porte Neuve ; D4 Porte de l’Avant-Cour ; D5 Porte du Parloir au Narthex ; D6 Porte de la Cour des Cloitres ; E Eglise ; F Ancienne Maitrise, Cour des Tilleuls ; G Prieuré, Maitrise, Ecuries de l’abbé ; H Ancien auditoire de la Justice ; I Chapelle Saint- Eutrope ; J Ancienne cuisine ; K1 Tour du Portier ; K2 Colombier ; K3 Prison ; L1 Logis abbatial de 1430 à 1470 ; L2 Logis abbatial ; M1 Substructions d’anciens bâtiments ; M2 Fondations de murs et passage souterrain ; M3 Anciens murs ; M4-5-6 Murs de clôture intérieure ; M7 Murs de clôture du jardin ; m Murs d’enceinte ; O1 Id ; P Parloir-Loges ; R Petite Cour des Cloitres ; S 1-2-3-4-5 Cloitres ; T Fontaine du Tromphoir ; U Grande Cour des Cloitres ; V Chapitre, Archives.

 

Plan fortification de Tournus

 

ENCEINTE

Murs, portes, tours. Voici la description de l'abbaye au Moyen Age

« Elle est située au nord, hors de l'enceinte de la ville, dans le lieu le plus élevé, et n'en est pourtant séparée, du côté qui la touche, que par ses propres murailles. Elle est bâtie en forme ronde avec ses murs m, ses tours, ses fossés et ressemble plutôt à un fort qu'à une abbaye. Il n'y avait qu'une grande porte D2 avec pont-levis et un ravelin du côté de la campagne, et du côté de la ville une petite porte D1 que l'on nommait la poterne et anciennement la porte Orbe. »

Nous avons vu que, en 960, l'abbé Étienne reprit les murs par les fondements ils devaient donc être déjà anciens, et dater en partie, de la fondation de l'abbaye de Saint-Valérien, attribuée, par certains auteurs, à Gontran, roi de Bourgogne le reste devait dater de Geilon et de ses religieux, au IXe et Xe siècles.

 C'est bien probablement à cette dernière époque que remonte la double enceinte fortifiée, formée par la partie supérieure du narthex de l'église et continuée à l'ouest par les murs de la grande cave C, et dont j'ai retrouvé les meurtrières derrière les constructions relativement très récentes, qui les masquent, du côté de la grande cour des cloîtres U.

Nous lisons dans la nouvelle Histoire, de Tournus, de Juénin, p. 78 « Pour ce qui est de la clôture de l'abbaye, j'ai vu derrière la maison du doyenné et la maison canoniale (14) qui est à l'orient, à 15 ou 20 pieds du mur d'à présent, les fondations M1 d'anciennes murailles, avec du charbon, reste de quelque incendie. »

Les murs d'enceinte étaient défendus par douze tours, et une treizième se trouvait à l'extrémité de celui qui se prolongeait jusqu'à la Saône (15); actuellement cinq de ses tours sont encore debout.

PORTES

La grande porte. Anciennement on entrait à l'abbaye par deux portes la principale D2, nommée la porte des Champs, se trouvait placée en face l'église et était défendue par deux tours, un fossé, un ravelin et un pont-levis.

Dans l'inventaire fait en 1645, après la mort du cardinal de La Rochefoucault, il est constaté « Que la grande porte de l'entrée de l'abbaye s'est trouvée fort ruynée, qu'il était nécessaire de la refaire ainsi que la bascule qui est au- delà, et le pont-levis (16) » néanmoins elle servait encore en 1654.

L'abbé Louis III de Rochechouard ayant su que Mgr de Neuchèze, évêque de Chalon, devait donner, sans son autorisation, la Confirmation à l'abbaye, fit fermer la grande porte et lever le pont afin qu'il ne pût y entrer.

En 1717, cette porte était démolie; nous lisons sur le procès-verbal des experts nommés pour procéder à l'inventaire fait après le décès du cardinal de Bouillon « La grande porte sortant de la grande cour de l'abbaye sur le chemin de Tournus à Chalon, à l'entrée de laquelle on nous a fait remarquer que cy-devant, il y avait un pont-levis et, pour lancer le pont une bascule garnie de barres de fer et de chaines, on nous a assuré que le tablier du pont, la bascule, les bandes et les chaines avaient été enlevées par ordre de feu le seigneur abbé et que, partie des chaines avaient été employées à l'usage des charrières et bateaux du port d'Uchizy qu'il en reste encore une chez M. le Trésorier de ladite église, et qu'une partie des bandes ont été employées au foyer de la grande cuisine et d'autres réparations de l'hostel abbatial et de la barque dudit Tournus les bois étaient entièrement pourris et le passage de la porte fut rétabli par le comblement des fossés (17)».

La Poterne ou Porte Orbe. Une autre porte D1 moins importante, nommée la Poterne et primitivement Porte Orbe, était placée du côté de la Saône, dans la rue appelée encore aujourd'hui rue de la Poterne, et servait aux habitants de la ville pour aller à l'abbaye.

La voie romaine dite d'Agrippa, de Lugdunum à Cabillonum, dont nous n'avons retrouvé les traces que sur la route nationale n° 6, à l'entrée sud de la ville et au nord de Tournus, au lieu- dit En Barraban (18), paraît avoir dû passer contre cette poterne, c'est-à-dire entre la Saône et le monastère; peut-être est-ce la raison qui fit primitivement nommer cette porte, porte Orbe.

En 1656, l'abbé Louis III de Rochechouart acquit des jardins près de la fontaine du Tromphoir T et, pour se clore entièrement, demanda au chapitre qu'il lui fût permis de faire murer la porte de la poterne et de s'approprier le chemin qui y conduisait le long du logis abbatial, du côté de l'orient, s'engageant à ouvrir une nouvelle porte du côté de la ville.

Cette nouvelle porte D3 fut bien ouverte, mais l'accord entre l'abbé et les chanoines ne paraît pas avoir été parfait.

L'abbé fit murer en 1656 la porte de la Poterne et combler le chemin qui y conduisait; les chanoines trouvant que la suppression de cette porte les incommodait beaucoup, la firent démurer le 13 août 1657, firent enlever les ferrures de celle par laquelle on entrait sur la terrasse qui y conduit (19), puis s'opposèrent, mante militari, à son remurement, malgré les officiers de justice et les arrêts rendus.

On constate, en 1717, que « la muraille du côté du matin, soutenant la terrasse, est recouverte de cadettes (20) ; à l'angle du côté du nord est une porte pour descendre du jardin à la rivière de Saône par un escalier en pierre de taille une porte de sortie par l'allée de marronniers (21) ; une autre porte visant la rue de la pauterne du côté de vent ».

La Porte Neuve. L'abbé Louis III de Rochechouart avait proposé aux chanoines de consentir à ce qu'il ouvrît une grande porte D 3 avec un chemin pavé, soutenu de murailles, pour conduire à la rue Saint-Valérien et faire communiquer plus facilement la ville avec l'abbaye (22) ; il proposa encore d'abattre les vieilles cuisines J qui se trouvaient à l'ouest du réfectoire afin de rendre libre le parcours de cette nouvelle porte à la grande cour de l'abbaye (aujourd'hui nommée rue du Concordat), tout ceci pour être autorisé à supprimer le chemin et la porte de la poterne.

Ces conventions furent passées le 23 septembre 1656, les travaux poussés avec tant d'activité que, dans la même année, la porte neuve fut faite, le fossé comblé, mais non pavé, une chambre, dans la tour ronde KI près de cette porte, aménagée pour le portier, la poterne murée et les murailles M7- qui renfermaient les jardins nouvellement acquis achevées.

Porte de l'avant-cour. Le même abbé avait aussi fait construire, du côté sud de l'ancien réfectoire, une muraille dans laquelle il avait ménagé une grande porte en pierre de taille D4 et une autre petite porte de cette manière il s'était fait une grande avant-cour.

Louis III de Rochechouard avait promis aux chanoines que s'il ne s'accommodait pas avec eux, tant pour leur dortoir que pour leur réfectoire et pour les autres difficultés qu'ils avaient ensemble, il retirerait sa nouvelle muraille de manière qu'elle n'occuperait aucune partie du réfectoire; elle était construite à vingt mètres à l'est de la nouvelle grande porte, et à l'extrémité sud, contre le mur d'enceinte, se trouvait une guérite.

 

LE COLOMBIER

A l'est de la nouvelle porte, sur le mur d'enceinte, on voit encore aujourd'hui une grosse tour hexagonale K 2 qui, anciennement, était désignée sous le nom de Colombier.

Lors de la visite faite en 1717, les experts y trouvèrent une cave, une chambre au rez-de-chaussée, et, au-dessus, les échelles tournantes, mais aucun pigeon.

Entre cette tour et le logis abbatial, les murs étaient tombés de vétusté; ce n'est qu'au commencement du XIXe siècle que cette partie de murs m2 fut démolie et que l'on ouvrit la rue primitivement appelée rue du Mont-Thabor et aujourd'hui des Tonneliers.

 

LE PARLOIR

Contiguë au mur du côté sud du narthex de l'église se trouve une salle rectangulaire P de 10m 45 de longueur sur une largeur de 6 m 50, et dont la voûte en plein cintre repose sur des pilastres en maçonnerie reliés entre eux par des arcs doubleaux. C'est l'endroit que le père Chifflet nommait, dans son Histoire de Tournus, « le petit cloître voûté », et que le chanoine Juénin croit être plutôt un chauffoir qu'un cloître.

Des fouilles faites en 1899 nous en ont fait découvrir l'origine ainsi que l'emplacement de la porte D5 qui primitivement faisait communiquer cette salle avec la basilique  (23).

Ce parloir ou locutorium paraît dater de la plus haute antiquité et avoir servi primitivement de passage aux divers bâtiments claustraux, dortoir, réfectoire et cloître, pour communiquer avec l'église.

La voûte et les pilastres qui la soutiennent ont dû être construits du XIIe au XIIIe siècle.

C'est probablement dans cette salle que se réunissaient les pauvres passants pour recevoir de l'aumônier de l'abbaye la livre de pain et la « bonne tasse de vin » qu'avant la sécularisation il était tenu de leur distribuer à chacun, en ajoutant 4 sols aux religieux et ecclésiastiques de passage (24).

En 1724, le cardinal de Fleury ayant fait construire, dans un des côtés du cloître S4, six petits logements pour les demi-chanoines, le parloir fut divisé en six caves ou loges (25), avec un passage au milieu pour aller de la grande cour de l'abbaye à la cour des cloîtres.

Ces caves ou loges furent démolies lors des grandes réparations de l'église, vers 1846; et en 1898, en abaissant le niveau de cette salle, j'en ai retrouvé les substructions fondées sur un carrelage de gros carreaux en terre rouge, paraissant dater de l'époque de la construction de la voûte.

 

LES CLOÎTRES

En 1062, saint Ardain, quoique abbé, fut enterré à l'extrémité occidentale du cloître S1 qui nous reste actuellement et qui est dénommé dans le livre des usages de l'abbaye : le cloître du côté de l'église, du côté de bise ou de Saint-Ardain.

La première des autres ailes, celle qui était à l'est S2, était nommée cloître du chapitre ou du dortoir; la deuxième, au midi S3, cloître des enfants (les enfants de la maîtrise ayant coutume d'y étudier) la troisième partie S4, à l'ouest, prenait de la grande cave, à laquelle elle était adossée, le nom de cloître de la grande cave.

En 1239, l'abbé Bérard, à son retour de Rome, fit rebâtir le cloître, le chapitre et le dortoir qui menaçaient ruine (26).

La toiture en comble du dortoir A construit sur le Chapitre abritait en même temps une galerie S3 pratiquée sur la partie est des cloîtres, servant de passage aux religieux pour monter de l'église au dortoir et à la maîtrise G, primitivement le prieuré, qui se trouvait à l'extrémité méridionale.

Le dessous de cette galerie n'était pas voûté, son plancher reposait sur une série d'arcs doubleaux en pierre de taille élevés sur des piliers en maçonnerie un escalier de sept marches en descendait pour entrer à l'église.

De semblables galeries couvertes devaient primitivement se prolonger sur les deux autres cloître et permettre aux moines de se rendre du dortoir au réfectoire, et du réfectoire à l'église, en redescendant contre le parloir.

L'abbé de Toulonjon (1471-1498) fit réparer « le cloître où il est représenté en peinture, sur une muraille, et partout on voit ses armoiries (27)». Nous ne retrouvons aucune trace de la peinture ni des armoiries précitées, cependant on peut attribuer à cette époque les restes des sculptures qui décoraient une salle V construite dans la partie méridionale, S3 contre le mur du réfectoire.

Dès la fin du XVIe et au XVIIe siècle, les cloîtres durent être délaissés, le nombre des religieux diminuant de plus en plus aussi les inventaires faits en 1645 et en 1660 nous les montrent en assez mauvais état (28).

La chute de la charpente du dortoir, en 1654, rendit impraticable la galerie qu'il abritait. Ce passage a dû pourtant être rétabli quand on refit cette toiture. Sur le chapitre, on refit aussi un couvert jusqu'au bâtiment de la maîtrise (29).

En 1702, le cardinal de Bouillon utilisa le cloître du côté de l'église pour en faire une sacristie. Son successeur, le cardinal de Fleury, à la place de celui dit de la grande cave, fit bâtir six logements pour les demi-chanoines et, dans la partie méridionale, un lieu pour tenir le chapitre et servir d'archives et de bibliothèque.

Les cloîtres et les bâtiments circonvoisins furent vendus comme biens nationaux, en 1795. La porte d'entrée de la cour D6 n'avait que 1m 30 de largeur; on y arrivait d'une cour F appelée cour des tilleuls, par sept marches d'escalier. Sur la demande des nouveaux propriétaires (30), cette entrée fut élargie, puis, par un arrangement du 8 vendémiaire an VII, les bâtiments qui obstruaient cette entrée furent retirés à l'alignement où nous les voyons aujourd'hui (31).

 

RÉFECTOIRE

L'an 960, l'abbé Étienne fit reprendre, par les fondations, les gros bâtiments, c'est-à-dire les murailles et le réfectoire.

L'édifice B appelé depuis plusieurs siècles le ballon, quoique très ancien, n'est sans doute plus celui que refit l'abbé Étienne : tout ce que nous en savons, c'est qu'en 1621, lors de la sécularisation de l'abbaye, les témoins déposèrent que « depuis longtemps et hors de mémoire d'homme les moines ne vivaient plus en commun et que le réfectoire servait de jeu de tripot et de ballon où ils jouaient avec les jeunes gens et où les dames de la ville allaient les voir jouer (32) ».

L'abbé Louis III de Rochechouart, en 1656, fit démolir l'ancienne cuisine J qui y était adossée à l'ouest (33).

Par convention passée entre le cardinal de Bouillon et le Chapitre, en date du 29 septembre 1693, l'ancien réfectoire lui fut donné pour lui et ses successeurs; précédemment, le Chapitre l'affermait une douzaine d'écus.

Quelques années plus tard, les fermiers de l'abbaye y déposaient leur foin et leur bois (34).

Ce bâtiment vendu, comme bien national, pour 1.800 francs, au citoyen Piot, avec 16 cuves et 2 pressoirs, est, sauf un plancher qui le divise en deux sur la hauteur, dans le même état que lors de la sécularisation c'est une immense salle voûtée en plein cintre; au milieu du mur méridional, et dans l'épaisseur du mur, se trouve une chaire en pierre avec l'escalier pour y monter.

 

DORTOIR

De l'emplacement des dortoirs nous ne connaissons sûrement que celui que rebâtit l'abbé Bérard, en 1239, sur le Chapitre A et qui s'étendait au midi F jusqu'à l'alignement de l'ancien réfectoire.

Ce dortoir avait 33 pieds de largeur (11 mètres) sur six-vingts pieds de longueur (40 mètres); on y arrivait, de l'église, par un escalier appuyé contre le mur du transept, aboutissant à une galerie couverte située au-dessus du cloître et du Chapitre.

Ce dortoir ne paraît pas avoir été longtemps habité après la sécularisation; il ne l'était plus en 1645, lors de la visite faite après la mort du cardinal de La Rochefoucaud (35), et la toiture qui ne fut pas consolidée tomba le 15 mai 1656 (36).

L'abbé de Rochechouart qui avait fait ouvrir une porte D7 dans ce dortoir pour se rendre plus commodément à l'église, au lieu de rétablir la toiture ainsi que le demandait le Chapitre, fit mener une partie des bois à Uchizy et fit mettre le reste dans le réfectoire pourtant, en 1660, le couvert du dortoir était rétabli sur l'ancien Chapitre seulement (37).

Le 13 septembre 1666, M. le duc d'Albret, abbé de Tournus, proposa aux chanoines de lui céder tous les droits qu'ils avaient ou pouvaient avoir dans la place du dortoir depuis l'ancien Chapitre jusqu'aux écuries G de l'hôtel abbatial (38), vu que le rez-de-chaussée avait toujours appartenu aux abbés et que le haut étant entièrement ruiné il ne pouvait leur servir à rien ils convinrent de lui céder cette place à la condition qu'il ferait murer les portes qui étaient du côté du cloître ou de la maîtrise (39), réparer le plancher qui est sur l'écurie et achever le mur M4 commencé par l'abbé de Chandenier (40) pour séparer cette place d'avec l'ancien Chapitre et en soutenir le couvert que le même abbé avait fait rétablir (41).

Après ces conventions, en 1668, le cardinal de Bouillon fit faire dans ce grenier un passage Q.1 pour aller à l'église; plus tard on y établit la bibliothèque que nous y retrouvons lors de la vente comme biens nationaux du dortoir et de l'auditoire qui était au-dessous (42).

 

LA GRANDE CAVE

Les bâtiments C connus aujourd'hui sous le nom de la grande cave, bordant l'emplacement désigné anciennement sous le nom de la grande cour du cloître, servaient depuis plusieurs siècles à emmagasiner le produit des dîmes, soit en grains, soit en vins; mais, primitivement, à l'époque florissante de l'abbaye, celle où les moines de Saint-Valérien et de Saint-Philibert réunis s'augmentèrent encore de ceux de Saint-Florent, la partie supérieure de ces bâtiments parait avoir servi de dortoir, et son entrée, alors, se serait trouvée du côté du petit cloître sur la cour la plus intérieure du monastère.

Des substructions de constructions primitives, détruites sans doute par un des incendies que nous avons signalés au commencement de cette étude, se retrouvent derrière un revêtement de maçonnerie de 50 centimètres d'épaisseur, servant de base aux voûtes semi-elliptiques sur lesquelles est établi le premier étage de ladite grande cave. Sur les murs extérieurs de ce premier étage, du côté de la grande cour de l'abbaye, derrière les constructions nouvellement adossées à ce mur, nous venons de constater qu'au lieu de fenêtres il y avait des meurtrières qui, avec celles de l'église supérieure, constituaient, pour le monastère, une seconde défense en cas d'attaque.

Les bâtiments de la grande cave étaient limités au nord par le parloir et l'église ; au midi, par le réfectoire et les cuisines; à l'est, par le petit cloître à l'ouest, par la grande cour du cloître ou de l'abbaye : de ce côté y était adossé un appentis ou cloître S5 qui du réfectoire se prolongeait jusqu'à l'église (43).

Anciennement, la cour R des cloîtres était souvent appelée cour des petits cloîtres, et nous voyons, en 1484, Jean de Toulonjon faire donation d'une maison sise à l'intérieur du cloître, à Jacques de la Roche, chantre, et à tous ceux qui lui succéderont en son office de la Chantrerie (44) : la maison de la chantrerie se trouvait en face la porte de l'église, là où est actuellement la cure.

 

SALLE DU CHAPITRE. AUDITOIRE

La belle salle A adossée au transept méridional de la basilique et dont les trois travées de voûtes à arêtes reposent sur quatre colonnes ornées de curieux chapiteaux à feuillages est bien celle qui fut bâtie en 1239 par l'abbé Bérard, sur l'emplacement de l'ancien Chapitre. Si l'histoire ne nous en avait pas conservé la date exacte, les architectes et les archéologues seraient tentés de la croire postérieure au moins de 5o ans. C'est à l'étage au-dessus, nous l'avons dit, que fut installée une partie de l'ancien dortoir.

 En 1666, notre fastueux abbé, Mgr le cardinal de Bouillon, proposa aux chanoines de lui céder tout ce bâtiment; il transforma la salle du Chapitre en une vaste cuisine (45) et leur en paya la jouissance 40 livres par an.

En 1693, après cet accord fait, il continua le mur M5 commencé par son prédécesseur, l'abbé de Rochechouart, de l'angle de l'ancien Chapitre à la tour du Colombier, pour clore la cour de son hôtel abbatial, et fit, de la partie démolie de l'ancien dortoir F une petite place, complantée de deux rangs d'arbres.

Ce n'est qu'en 1727 que le cardinal de Fleury répara la salle de l'ancien Chapitre, fit percer une porte au midi, du côté de l'allée de tilleuls F et affecta ce monument il l'auditoire de la justice (46).  A la même époque il fit construire ou réparer, dans l'aile méridionale des cloîtres, une nouvelle salle capitulaire V dans laquelle étaient déposées les archives.

Malgré les revendications faites en 1789 par le conseil municipal qui tenait à conserver ce local comme salle d'audience et dans ce but fit distraire de la vente du bâtiment de la maîtrise la petite place nommée l'allée des tilleuls, qui y conduisait et lui servait en quelque sorte de vestibule, ce bâtiment fut vendu au citoyen Duther, menuisier/qui divisa cette salle en trois par des murs et en fit des caves (47). Heureusement ces murs purent être démolis vers 1880, par M. l'abbé Danjou, et cette magnifique salle put être alors restaurée et rétablie en son état primitif.

Elle appartient aujourd'hui à une société laïque et sert de salle de conférence et de théâtre au cercle catholique.

L'allée de tilleuls ayant été ultérieurement vendue au sieur Fayot, celui-ci, après la démolition du mur de clôture de la cour d'honneur de l'hôtel abbatial, y construisit des maisons, et une rue étroite fut réservée devant l'auditoire, pour desservir ce bâtiment et la cour des petits cloîtres; elle porte le nom de rue des Cloîtres.

 

L'ANCIEN auditoire

Le Chapitre A, connu au XVme siècle sous le nom d'auditoire de la justice, a-t-il été utilisé comme tel avant le cardinal de Fleury ?. ..Nous l'ignorons en tous cas, ce n'aurait été qu'après que l'abbé de Toulonjon, au XVe siècle, eut fait construire, dans le cloître méridional, cette salle V dont on retrouve aujourd'hui encore en place quelques pilastres moulurés.

En 1657, les échevins de la Ville, par requête, refusèrent de s'assembler au parquet de l'auditoire, ainsi que voulaient les y obliger les abbés, seigneurs de la ville : or, c'est cette même année que s'effondra le toit du dortoir dont la charpente menaçait ruine depuis de longues années; il n'est guère probable que dans ces conditions, à cette époque, il fût utilisé.

Sous le cardinal de Bouillon, l'auditoire de la justice se trouvait dans une salle H dont nous trouvons la description dans l'inventaire de 1717 (48) et était situé en face la porte principale de l'église, joignant la tour du côté nord de la grande porte de l'Abbaye, cette tour K3 servait de prison.

Quand, en 1727, le cardinal de Fleury transporta l'auditoire dans la salle de l'ancien Chapitre, on divisa l'ancienne salle en trois logements que nous voyons en 1790 affectés aux chanoines Penet, Durand, trésorier, et Delavaivre.

 

MAÎTRISE

Le bâtiment de la maîtrise G, actuellement enclavé dans un pâté de maisons, était anciennement borné au nord, par le petit cloître à l'est, par le dortoir; au couchant, par l'ancien réfectoire; au midi, sur sa façade, par la grande cour de l'abbaye il servait de demeure au grand prieur de l'abbaye.

C'est là qu'en 1561 les Huguenots découvrirent les châsses de saint Valérien et de saint Vital qu'on avait enterrées avec d'autres reliques dans la cave du grand prieuré (49).

Primitivement, les jouvenceaux durent loger et étudier au rez-de-chaussée au-dessous du dortoir F, depuis le Chapitre jusqu'à la maison du prieur, et prendre leurs récréations dans le cloître S3 dit des enfants, qui y était contigu.

Et ce n'est sans doute que vers la fin du XVIe siècle, quand ces locaux devinrent inhabitables par suite de leur vétusté que l'on dut installer les enfants de chœur au premier étage de la maison de la maîtrise G, et faire du rez-de-chaussée une des écuries du seigneur abbé (50).

Au commencement du XVIIIe siècle, l'entrée de la maîtrise se trouvait du côté du cloître (51), dans une galerie couverte S2 qui, longeant l'ancien dortoir, descendait à la sacristie.

 

CHAPELLE SAINT-EUTROPE

La chapelle Saint- Eutrope ou chapelle particulière de l'abbé était située à 9 mètres au nord du palais abbatial et séparée de celui-ci par une petite cour sur laquelle donnait la porte de la cuisine et la porte de la grande galerie du rez-de-chaussée.

Le titre le plus ancien où nous la voyons signalée est de 1501-1530 : provision de la chapelle Saint-Eutrope fondée en l'église abbatiale de Tournus (52).

Cependant nous lisons dans le Journal de l'abbé Bérard, (1223 à 1245) : « II acheva la chapelle ou tour de Saint-Denis avec les autres constructions de la nouvelle cour, avec les vestibules (53). »

L'historien Juénin déclare qu'il ne sait ce que l'on doit entendre par cela; je serais, quant à moi, porté à croire que cette tour, appelée au XIIIe siècle tour de Saint-Denis et contenant une chapelle, est notre chapelle Saint-Eutrope, presque quadrangulaire et au-dessus de laquelle se trouvait la salle du Trésor, le tout en forme de tour; la nouvelle cour serait la cour de l'abbé, et les vestibules seraient les porches ou appentis qu'à cette époque on établissait si communément devant les façades et les escaliers. Au faîte du mur, du côté est, on retrouve encore aujourd'hui les tailles d'une fenêtre géminée, avec arc trilobé, ayant antérieurement servi à éclairer la salle du Trésor, et pouvant bien remonter à cette ancienneté.

La chapelle Saint-Eutrope, en 1624, se trouvait en très mauvais état; ses cinq ogives (arcs doubleaux) menaçaient ruine.

Après la mort de l'abbé Louis III de Rochechouart, en 1660, au contraire, elle fut trouvée en fort bon état, « y ayant été fait depuis peu des réparations considérables (54) »

Le cardinal de Bouillon ayant fait construire une tribune à l'église, dans la chapelle du Saint-Sacrement, délaissa cette chapelle Saint-Eutrope au point qu'en 1711 les vitraux en étaient brisés et qu'on dut même les enlever et les déposer dans le grenier du logis abbatial, pour empêcher les enfants de les casser totalement ; puis, sous le cardinal de Fleury, la chapelle fut désaffectée et devint le bûcher d'un chanoine.

 

LA SALLE DU TRÉSOR

Au-dessus de la chapelle Saint-Eutrope se trouvait la salle du Trésor, où l'on entrait par un escalier tournant placé du côté du midi. Cet étage était divisé en trois chambres contenant des bahuts et des armoires (55)

Nous retrouvons, en 1790, dans la vente des biens nationaux ce bâtiment I ainsi désigné : « Une maison occupée par le chanoine Tournier, ensemble un bûcher appelé autrefois la chapelle Saint-Eutrope », estimé 1.500 francs; acheté par M. Laurent, menuisier, 2.400 francs, le 28 floréal an VI (56).

 

HÔTEL ABBATIAL

L'histoire est muette sur l'emplacement et l'érection du primitif palais de nos abbés ; ce monument devait se trouver entièrement ruiné par vétusté lorsque l'abbé de Fitigny (1431-1471) « fit bastir un beau logis abbatial L1 en la partie de l'abbaye qui est devers l'occident, lequel, laissé en désuétude et par faute de l'entretenir, tombait en grande ruyne quand Robert, cardinal de Lenoncour, abbé de Tournus, le fit abattre du tout, et en sa place fit construire une belle vinée en laquelle sont les pressoirs et les cuves ou tinnes à mettre la vendange (57) ».

Puisque les successeurs immédiats de l'abbé de Fitigny (58) abandonnèrent ce nouvel hôtel, il est présumable que, trouvant la situation L2 de l'ancien bien préférable, ils eurent soin de le faire rebâtir dans son emplacement primitif, là même où nous le voyons encore actuellement.

Des fouilles faites de 1880 à 1885, par M. Guerre, alors propriétaire, firent retrouver d'anciennes fondations, des substructions assez considérables, et même un passage souterrain M2 de 2 mètres de hauteur sur 2 mètres de largeur et pavé, paraissant se diriger du côté de l'ancien réfectoire et en dehors des constructions actuelles on y découvrit même des fibules en bronze de l'époque romaine.

Son possesseur actuel, M. Galland-Belet, retrouva plusieurs fragments de colonnes romanes, et nous lisons à ce sujet dans l'inventaire de 1717 le passage suivant : « En entrant dans la grande cour du côté du vent, les murs de clôture de laquelle cour du côté du matin nous ont paru fort vieux et paraissent être les restes de quelques édifices dont la destruction est démontrée (59)»

C'est précisément à cet endroit qu'une occasion fortuite m'a fait découvrir, il y a une quinzaine d'années, le passage souterrain précité, et l'on voit encore, à l'extrémité sud-est du palais abbatial, un reste de construction M 3 très ancienne.

L'abbé Jean de Toulonjon (1471-1498) fit reconstruire le palais L 2 que nous voyons encore aujourd'hui, et y dépensa des sommes considérables. Bâti sur un monticule qui domine la vallée de la Saône et les plaines de la Bresse, la vue n'en est bornée que par les montagnes du Jura à l'horizon; des rampes d'escalier descendant successivement sur deux terrasses superposées et séparées par d'immenses jardins conduisaient à la rivière de Saône.

La façade principale du palais était tournée à l'ouest et regardait le monastère on y arrivait par une cour d'honneur deux portes pratiquées dans une tourelle octogonale servaient d'entrée l'une à l'escalier d'honneur qui conduisait au premier étage, aux appartements du seigneur abbé et à ceux de ses hôtes l'autre à une galerie voûtée, percée de quatorze fenêtres cloisonnées, s'étendant de l'escalier d'honneur à l'extrémité nord du bâtiment où se trouvait une porte s'ouvrant près de la chapelle Saint-Eutrope (60).

Derrière cette galerie, au rez-de-chaussée, deux chambres, la cuisine et ses dépendances donnent sur une petite cour extérieure, au nord et à l'est du logis; en face l'escalier principal, un couloir traversait perpendiculairement la maison et se terminait par une petite tourelle contenant l'escalier par lequel on descendait sur la première terrasse des jardins. Tout près de cet escalier, toujours au rez-de-chaussée se trouvait la bibliothèque, et du côté du midi la chambre des communs et les logements des domestiques; en sous-sol, au niveau de la première terrasse des jardins, le bûcher, les caves et le logement du jardinier.

Au premier étage, au nord de l'escalier d'honneur, une autre galerie, de même dimension et construite sur la précédente, servait de vestibules aux appartements particuliers de l'abbé. De l'extrémité nord de cette galerie, au moins depuis l'abbé Louis III de Rochechouart (1647- 1660), un passage couvert 0, suivant le mur de la cour d'honneur, conduisait au-dessus du Chapitre, dans l'ancien dortoir, et de là un second passage Q.1 communiquait avec l'intérieur de l'église.

Le côté au midi du premier étage du logis abbatial contenait les appartements destinés aux hôtes étrangers (61).

Pendant les guerres de religion, les protestants pillèrent le palais; aussi, en 1595, l'abbé de La Rochefoucauld ascensa aux habitants la garenne de l'abbé, moyennant 5 livres par an et cinquante écus pour réparer le logis abbatial ruiné par les guerres.

 C'est dans cet hôtel que le cardinal de Bouillon, à son retour de Rome, reçut en 1705 l'abbé de Coulanges et lui fit les honneurs de son abbaye; puis, l'arrachant aux délices de Tournus il l'emmena à Cluny, par Cormatin et le beau château d'Uxelles, « dans son bon carrosse à six chevaux, à travers des prairies que la saison rend très trottables (62) ».

Notre grand cardinal ne trouvant sans doute pas son palais assez vaste pour y loger les illustres personnages qu'il recevait, loua aux chanoines leur ancien Chapitre et en fit une cuisine, transforma le rez-de-chaussée de la maison du grand prieur G en une vaste écurie pouvant contenir quatorze chevaux puis il fit splendidement décorer par le peintre Sarrabas, une chapelle de l'église, y fit construire une tribune et, pour se rendre à cette tribune, une galerie QI passant par l'ancien dortoir (63), et, vu cette commodité, négligea entièrement l'ancienne chapelle particulière de ses prédécesseurs, la chapelle Saint-Eutrope.

Son successeur, le cardinal de Fleury, fit le contraire il ne voulut pas habiter le palais abbatial, et se contenta de la maison de la chantrerie où, le 15 juillet 1716, il recevait le maréchal de Villars.

Mgr du Coëtlosquet, pendant son court séjour à Tournus, dut habiter le palais abbatial qui, après sa mort, arrivée en 1785, ne fut plus utilisé.

Estimés comme biens nationaux, le 10 novembre 1790, par le commissaire Thuriot (64), à la somme de 14.000 livres, ces bâtiments ne furent pas mis en vente en même temps que les autres biens de l'abbaye. Un arrêté du Directoire du département, en date du 27 février 1792, en ordonne l'affermage pour six années en donnant, pour déguerpir, un délai de quinzaine aux sieurs Perrier, Thiers, Jounier, Magnin Chagrin et veuve Bontemps qui y étaient logés gratuitement (65).

L'administration centrale revint encore ultérieurement sur cette décision, et la vente par adjudication aux enchères en fut faite le 12 mars 1792, au sieur Ceyssel, pour la modique somme de 150 livres.

Depuis cette époque, le palais abbatial fut occupé par une filature et fabrique de couvertures de coton pendant près d'un siècle à la suite de la suppression de cette industrie à Tournus, il fut vendu 12.000 francs. Le nouvel acquéreur le débarrassa des constructions industrielles qui l'encombraient et en masquaient presque complètement la façade, aujourd'hui restaurée. Sous le cardinal de Fleury, la salle A de l'ancien Chapitre, débarrassée de sa cheminée et de ses fourneaux, devint l'auditoire de la justice.

L'ancien auditoire H qui se trouvait près des prisons fut transformé en logements pour trois chanoines; en 1723, les six demichanoines furent logés S4 dans les maisons bâties dans la cour du petit cloître, et le Chapitre fut installé dans une des chapelles absidiaires de l'église, la chapelle Saint-Laurent, aujourd'hui la sacristie.

Depuis la sécularisation, des immeubles situés dans l'intérieur de l'enceinte de l'abbaye avaient été cédés par les abbés aux différents dignitaires et aux chanoines.

En 1790, à la vente des biens nationaux, les maisons placées autour de l'église, en commençant par la tour de l'ancienne prison K3 et en suivant à droite, étaient occupées par les chanoines : Pernet, chantre; Durand, trésorier Delavaivre, de Montgirod, doyen; Parthenay, Meunier, Lappe, Thurot, Vivien; le chanoine Tournier occupait la chapelle Saint-Eutrope, et enfin le chanoine Bernard de la Vernette occupait la maison en face l'église, aujourd'hui la cure.

J. MARTIN,

Membre titulaire de l'Académie de Mâcon.

 

 

 

 

LA COULEUR DE L'HABIT DE SAINT FILIBERT ET DE SES MOINES

Une intéressante question doit se poser ici quelle couleur saint Filibert avait-il choisie pour l'habit de ses moines ?

On sait qu'au moins jusqu'aux sixième et septième siècles, les moines se vêtaient, comme les pauvres, d'une bure grossière, celle qui était commune dans la région où ils vivaient, que leur robe, retenue autour des reins par une lanière de cuir ou par une corde, était recouverte d'un manteau à capuchon, et qu'ils se contentaient de la couleur naturelle rie la laine.

Saint Césaire paraît-il, avait même défendu, dans sa Règle, l'usage des vêtements noirs ou de toute autre couleur prononcée ; on devait s'accommoder de teintes laiteuse. Saint Donat, au septième siècle, adopta cette prescription. Saint Benoît, au sixième siècle, n'avait rien fixé sur la couleur de l’habit monastique. « Au sujet de la qualité commune et de la couleur de l'habit (de colore et grossitudine) dit-il, il faut laisser les moines libres de prendre ce qu’ils trouveront dans la contrée où ils sont, et de préférence ce qu'il y a de plus pauvre. »

Saint Colomban, à la fin du sixième siècle et au commencement du septième, faisait porter à ses moines un vêtement de couleur blanche. Longueval, dans son Histoire de France, à l'année 678 du Christ, t. IV, p. 126, affirme que les disciples de saint Colomban furent d'abord vêtus de blanc et qu’ils ne prirent l'habit noir que plus tard.

En cela, il a suivi Mabillon, qui, dans ses Annales Bénédictines, à l'année 590, n° 3, parlant de saint Patrice, de saint Colomba et de saint Colomban, dit ce qui suit :

« Patrice, au témoignage de Probus, auteur de ses Actes, prenait une coule blanche (cuculla) sur ses autres vêtements, et l'auteur de la Vie de saint Colomban (abbas Hiiensis) dit qu'il portait une tunique blanche (66). »

Ordéric Vital, qui écrivait au douzième siècle, a conclu de ceci que saint Colomban arriva d'Irlande en France avec l'habit blanc, et que plus tard, après sa mort, ses disciples, changeant de costume, lorsqu'ils combinèrent la Règle de saint Benoît avec celle de leur Maître, revêtirent l’habit noir bénédictin, introduit en France par saint Maur (67)..

D'après un récent historien de saint Colomban, traitant de l’iconographie de ce saint, en Franche-Comté, on lui prête des vêtements blancs ; à Brégenz, Saint-Gall et Bobbio, les couleurs bénédictines (68). On peut toutefois regarder comme acquis à l'histoire le fait du vêtement blanc de saint Colomban et de ses premiers disciples.

Quant à saint Filibert, on est réduit aux conjectures. Il semble bien qu’à Rebais, les moines, sous saint Agile, l'un des premiers et fervents disciples de saint Colomban, l'habit blanc devait être encore en honneur ; on peut supposer qu'a Luxeuil et dans les autres monastères colombanistes de cette époque, la fusion des deux Règles de saint Benoît et de saint Colomban, n'avait pas eu jusque-là pour conséquence le changement d'habit.

Filibert put tenir encore, à Jumièges et à Hério, à ce premier vêtement de sa jeunesse monastique. Un fait nous porte à croire qu'il en fut ainsi, et que c’est seulement plus tard, à une époque indéterminée, mais probablement vers l’époque de Charlemagne, ou toute trace des habitudes colombanistes avait disparu, que l’habit noir devint, pour un certain temps, l’uniforme commun des religieux (69)

Le fait en question est raconté par Ermentaire, au second lieu des Translations, et arriva vers 847 dans une attaque des Normands contre l’ile d’Hério, un moine de Corbie, pendant son sommeil, eut la vision de Saint Filibert vêtu de blanc, suivi de nombreux moines habillés de même ; et s’élançant de leurs tombeaux au secours des insulaires, qui taillèrent en pièces leurs ennemis (70). Le moine visionnaire donnerait-il la couleur historique de l’habit du Saint ? Aurait-il vu saint Filibert et ses religieux revêtus de l’habit qu’il savait avoir été en usage de leur temps (71) ? On ne peut évidemment pas tirer de là un argument péremptoire

 

 

 

 

 

  1019 - 2019 Sur les pas de Saint Philibert : Abbaye de Grand – Lieu et de Tournus<==.... ....==> Archéologie Abbaye Saint Philibert de Tournus - Prosper Mérimée

 

 


 

DIPLOME DE CHARLES LE CHAUVE POUR SAINT-PHILIBERT DE TOURNUS (19 MARS 875) - 

Arrivé à Saint-Denis vers la mi-février de l'année 875, Charles le Chauve y passa le carême et s'y trouvait encore le 27 mars, jour de Pâques (1)......

 

1. De gloria mort., lib. 1, p. 54.

2. Epiréchus presbyter qui tunc ipsant regebat ecclesiam, vir virtutum et purae mentis homo, sicut ipsi oculi nostri inspeximus.

3. Léon Maître, Deas, ou l'église de Granlieu.

4. Ce qui, à cette époque, faisait preuve de noblesse et fut invoqué plus tard pour prendre le titre de ville, comme chef de grande seigneurie.

5. Juénin, Histoire de Tournus, p. 70.

6. Pierre de Saint-Julien, Antiquités de Tournus.

7. Juénin, Histoire de Tournus, p. 88.

8. Pierre de Saint-Julien, Antiquités de Tournus, p. 521.

9. On ne peut douter que cette église de Saint-Valérien ait été paroissiale jusqu'au milieu du XIIe siècle, époque où furent bâties les églises de Saint-André et de la Madeleine; c'est ce que soutenait Jean Germain, évêque de Chalon, en 1449, lors de son procès avec l'abbaye.

(10) Aujourd'hui introuvable.

(11). Probablement le cimetière qui se trouvait autour de l'église Saint-Valérien.

12. Juénin, Histoire de Tournus, p. 126.

(13) Les moines étaient au nombre de 48 en 1343 dans un Chapitre tenu le 18 mai 1493, nous n'en comptons que 32; nous n'en trouvons que 18 en 1562, et 17 en 1621, lors de la sécularisation.

14. Actuellement maison du Doyenné, maison Coste; maison canoniale, maison Thibaudet.

15. L'emplacement d'une tour hexagonale est encore visible par les basses eaux, au bas de l'abreuvoir du quai nord.

16. Archives départementales B. 1403.

17. Archives départementales B. 1301.

18. Dans la propriété appartenant actuellement à M. Lalouet-Bessard.

19. Cette porte se trouvait au nord-est du logis abbatial, derrière la chapelle Saint-Eutrope, et s'appelait la porte Saint-Eutrope.

20. Dalles minces taillées.

21. Actuellement extrémité du quai nord, prés l'usine à gaz.

22. « En 1660 ont été observées plusieurs belles réparations faites par ledit défunt sieur abbé de Rochechouart, entre autres un chemin pour aborder de la ville de Tournus à ladite abbaye, pour facilité duquel il a acheté partie des jardins joignant les murs de ladite abbaye de la largeur de trente pieds, et abattu quelques maisons opposées audit passage « (Archives départementales B. 1274).

23 Découvertes archéologiques dans les dépendances de l'ancienne abbaye de Tournus Congrès de la Société archéologique de France, tenu à Mâcon, en 1899.

24. Cette charge fut trouvée très assujétissante; aussi, en 1655, il fut résolu en Chapitre « que chaque religieux la remplirait à son tour, puis, lors de la reconstruction de l'hôpital par le cardinal de Bouillon, en 1685, les chanoines résolurent de remettre à l'hôpital les revenus de l'aumosnerie consistant en dixmes de blé à Baudrières, quinze poinçons de vin des dixmes de Tournus, huit bichets de seigle et huit coupes de fèves» (Juénin, Histoire de Tournus, p. 152).

25. Le thermidor an V, l'administration mit aux enchères l'amodiation de ces caveaux. Une pétition du citoyen Druet, acquéreur des maisons anciennement des demi-chanoines, en revendiqua la possession en ces termes : « Il est de toute notoriété, dans la commune de Tournus, que ces loges n'ont jamais cessé de faire partie des maisons dites des demi-chanoines. Un cy-devant abbé (Fleury) avait fourni une somme de 6.000 livres pour bâtir des logements aux prêtres demi-chanoines de son abbaye. On établit, par ce secours, trois petites maisons joignantes, que l'on distribua en six logements et, comme ces logements étaient fort étroits, on les augmenta de six loges propres à tenir au plus trois feuillettes de vin chacune, qui furent adossées au mur du cloître joignant ces maisons » (Archives de Tournus N 45).

26. Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 154.

27. Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 240.

28 « L'escalier entrant du cloître à l'ancien Chapitre est fort usé par la suite des temps, il manque une colonne à l'entrée dudit Chapitre; les carrelages sont en très mauvais état et l'escalier du côté du cloître à l'église rompu » (Archives départementales B 1403).

29. En 1660 il est constaté que le perron servant à monter de l'ancien logement des demi-chanoines à la maîtrise, composé de dix marches rondes, est entièrement usé (Archives départementales B. 1274).

30. « Il fut décidé que l'on démolira en sous-oeuvre le gros mur qui fait la séparation de cette cour avec celle des tilleuls, jusqu'à la hauteur de 4 m 50 à 5 mètres, et la largeur se trouve déterminée par le mur du citoyen Brémond (l'appendix de la maitrise) et celui du citoyen Duther (l'auditoire), de manière à ce que l'ouverture ait au moins 4 mètres de haut sur 3m 20 de largeur » (Archives de Tournus N 4).

(31) Voir au chapitre Maîtrise.

(32). Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 356.

(33)2. Les substructions de ces murs ont été retrouvées en 1898 en creusant pour les égouts.

(34). « Le vieux réfectoire qui est au bout d'un appendix donnant sur la cour des cloîtres et dont les fenêtres et porte d'entrée sont de côté de vent dans la grande cour de l'abbaye nous a paru n'avoir servi de réfectoire depuis longtemps. Les murs de la voûte, quoique très anciens, sont en bon état et les quatre ogives ou arcades battant du côté de bise; il n'en reste que deux, la destruction des deux autres nous avant paru de vétusté » (Inventaire de 1717 Archives départementales B. 1301).

(35) « La charpenterie du couvert du dortoir qui se trouve en fort mauvais état, la plupart des bois sont pourris, il est nécessaire de promptement démolir cette charpenterie (Archives départementales B. 1624).

(36). La toiture dans sa chute brisa les planchers dessous sur la moitié de leur longueur, le reste étant sur les voûtes de l'ancien Chapitre qui n'ont reçu aucun préjudice la partie endommagée se trouvait au midi, au-dessus de l'ancienne maîtrise.

(37). « Au lieu que ledit couvert qui était anciennement élevé en comble a été réédifié comme couvert en tuiles creuses, et les sieurs Vannelier et Guichenon, délégués de Chapitre, ont remontré que les réparations et le rétablissement dudit dortoir est absolument nécessaire audit Chapitre, tant pour le logement des demi-chanoines, qui sont contraints de loger en ville, comme aussi pour faciliter l'arrivée des enfants de choeur à leur logement et conserver aux ecclésiastiques la facilité d'aller à certains lieux communs qui étaient dans ledit dortoir » (Archives départementales B. 1274).

(38). Ces écuries étaient au rez-de-chaussée du bâtiment de la maîtrise.

(39). Porte communiquant de l'avant-cour à la cour des cloîtres.

(40) Entre la cour de l'abbé et celle qui fut appelée plus tard la cour des tilleuls. C'est après cette convention que ceux-ci furent plantés, et la place agrandie jusqu'à l'ancien Chapitre.

(41). On peut dire que par cet acte finit l'affaire du dortoir, quoique le Chapitre fût encore en procès avec les héritiers de l'abbé de Chandenier.

(42). « Au-dessus de la salle d'audience, sur la partie du côté du midi, est une pièce qui sert de bibliothèque de la cy-devant abbaye, sur la partie nord est un grenier qui s'étend sur une espèce de cave, laquelle est adossée au nord de la salle d'audience ledit grenier a 40 pieds de longueur sur 27 de largeur; ladite cave, 30 pieds de longueur sur 10 de largeur. Dans la partie au matin de la bibliothèque et du grenier, il y a un corridor de 6 pieds de largeur qui servait autrefois pour communiquer de la maison abbatiale .à l'église » (Archives de Tournus N 4).

(43). « Un grand appendix du côté de matin contre les murailles des caves, sous lequel premièrement est une petite maison servant pour la nourriture du dix- meur, dont la porte d'entrée est du côté de vent. Sous ledit appendix est la porte d'une grande cave voûtée, au-dessus de ladite cave voûtée est une autre cave aussi voûtée. Le vieux réfectoire est au bout dudit appendix. » (Visite des bâtiments de l'abbaye de 1717. » Archives départementales B. 1301).

(44). Archives départementales H. 185.

(45). «Il s'y trouvait en 1711 sous la cheminée une crémaillère et son crampon; la pierre du foyer était soutenue et garnie de quatre barres de fer et d'un vieux cendrier en fonte; à côté de la cheminée, un petit four, deux tables; le potager s'est trouvé garni de huit réchauds de fer enchâssés dans leurs trous et d'une barre en fer (Archives départementales B. 1301).

(46) Lors de la vente des biens nationaux, dans la séance du conseil municipal du 14 pluviôse an III « Considérant que l'administration ayant réservé la salle d'audience qui n'a point d'autre desserte que l'allée de tilleuls qui lui est adjointe et qui n'a jamais fait partie de la maison cy-devant maîtrise; Considérant que cette allée tient lieu de vestibule à l'auditoire, que la proclamant en vente et réduisant cette allée à un simple chemin ce serait obstruer l'entrée de l'auditoire et par suite, dans le cas de construction de la part de l'acquéreur de la cy-devant maîtrise, rendre cet appartement impossible par insuffisance des jours; Considérant que le grenier régnant sur ladite salle d'audience se trouve divisé en trois parties par des galandages en briques à plat que la partie au midi joignant celle de bise est attenante sans séparation au grenier régnant sur la cave de Druhet et sur partie de l'auditoire. -Le conseil arrête qu'il sera demandé de suspendre la vente du deuxième lot, des biens nationaux provenant de ladite abbaye, comme aussi de distraire du premier lot l'allée de tilleuls. »

Par suite de cette délibération, le comité central consulta l'ingénieur du département dont voici le rapport : « Jacques Rivaud, ingénieur ordinaire des travaux publics du département, a reconnu que la salle où se tient les audiences est placée au rez-de-chaussée, dont l'entrée est au midy et en face d'une allée composée de deux rangs d'arbres où il y en a six de chaque rang, cette promenade a une superficie de 62 pieds de longueur sur 56 de largeur, elle n'est point fermée et ne tient nullement aux bâtiments dépendants de ladite cy-devant abbaye elle ne fait que partie des cours qui servent de desserte aux bâtiments environnants.

 -On estime que la petite promenade ne doit pas être vendue, qu'elle est très utile, tant pour la desserte de l'auditoire, que pour les maisons qui ont été vendues dans le cloitre » (Archives de Tournus N 4).

(47). Ces bâtiments, de 1845 à 1854, servirent de salle de classe à l'école communale des Frères de la Doctrine chrétienne ils appartenaient à M. Chaumont, curé de Saint-Philibert.

(48) « Ledit auditoire fermé par une balustrade de bois de noyer dans laquelle il y a une porte au-dessus du siège du bailly il y a un grand Christ avec son cadre doré cet auditoire est garni de ses bancs, d'une table en bois de noyer et d'une tenture de tapisserie bergame verte dans le vestibule de l'auditoire, un grand placard à quatre portes, et du côté de soir dudit vestibule sont les deux portes du cachot de la prison et un escalier montant à l'appartement du geôlier; la fenêtre de la chambre du geôlier voit du côté de matin sur l'église, à l'ouest de cette chambre est une tour au-dessus des cachots » (Archives départementales B. 1 301).

(49). Juénin, Nouvelle Histoire de Tournus, p. 267.

(50). En 1717, cette grande écurie, dont les deux parties s'ouvraient sur l'avant-cour de l'abbé, contenait treize piliers de bois pour la séparation des chevaux (Archives départementales B. 1301).

(51). Dans un rapport du 8 messidor an VIII, nous lisons « Avons reconnu une partie des bâtiments appartenant au citoyen Bremond, joignant au soir un autre bâtiment appartenant aussi au citoyen Brémond, servant de magasin et de chambre de four, faisant face sur la petite cour des petits cloîtres, joignant au midi le bâtiment de la cy-devant maîtrise, de matin la cour des tilleuls, au nord une rue servant de passage pour la desserte des bâtiments du petit cloître.

La partie sud du bâtiment faisant avant-corps sur la rue de huit pieds six pouces, sur une longueur de 21 pieds 6 pouces en suivant l'alignement du socle des ogives (arcades) dans la partie servant de magasin et de chambre de four. Pour parvenir à un alignement régulier, on prend au citoyen Bremond une superficie de 183 pieds de terrain, qu'en compensation, il convient de lui céder sur la cour une pareille quantité de terrain que nous fixions de huit pieds en avant sur la cour à partir de l'alignement du mur du socle des augives à l'équarri » (Archives de Tournus O. 6).

(52). Archives départementales H. 187.

(53). Chifflet, Histoire de Tournus, p. 460.

(54). A cette visite, les sieurs Bonnelier et Guichenon, chanoines, ayant remontré « que bien que ladite chapelle de Saint-Eutrope ait été réparée et embellie aux frais dudit défunt seigneur abbé, elle doit néanmoins être commune ainsi qu'elle l'a toujours été de tous temps, pour en donner l'entrée au grand nombre de personnes qui ne peuvent y faire leurs prières, quoiqu'ils y aient grande dévotion, trouvant la porte d'icelle ordinairement fermée, requièrent qu'il soit enjoint au sieur Lamy, aulmosnier dedit défunt sieur abbé, de leur en remettre la clef de laquelle il est saisi le sieur Colas, procureur, a soutenu que ladite chapelle étant sous le trésor des seigneurs abbés, elle leur appartenait en propre sans que lesdits sieurs du Chapitre n'y puissent prétendre aucun droit, ni usage, et conclut qu'il est ordinaire que les abbés aient leur chapelle particulière » (Archives départementales B. 1274).

(55). L'inventaire fait en 1711 mentionnait « dans la première chambre, trois grandes armoires en bois de sapin et trois bahuts fort vieux, dont un desquels fermait à clef; dans une autre chambre, deux grandes armoires jointes et attachées ensemble, ayant seize portes, bois de sapin; et dans une troisième chambre vide, on proposa d'y faire trois ou quatre armoires pour y déposer les papiers et titres qui se trouvent dans les trois chambres par terre et gisent dans la poussière et dont la plus grande partie ont été endommagés par les rats » (Archives départementales B. 1301).

(56). Archives de Tournus N 4.

(57). Saint-Julien de Balleure, Antiquités de Tournus, p. 336.

(58). « On voyait encore les armes de cet abbé sur le portail qui restait de cet ancien logis abbatial et qui fut démoli en 1722 ; on les avait remises sur la porte de la maison canoniale qui touchait à ce logis et qui, depuis cet abbé, a été la nouvelle pitancerie » (Juénin, Histoire de Tournus, p. 238).

(59). Archives départementales B. 1301.

(60). Chapelle particulière de l'abbé, dont nous avons donné la description.

(61) Après la mort de l'abbé de Rochechouart, « les quatre chambres ont été trouvées en bon état ayant été réparées par ledit abbé dès environ cinq ans » (Archives départementales B. 1403).

(62). Félix Reyssié, le Cardinal de Bouillon, p. 162.

(63) « Cette galerie a trois croisées du côté du matin dans la partie du matin de la bibliothèque et du grenier (l'ancien dortoir), il y a un corridor de six pieds de largeur qui servait autrefois pour communiquer de la maison abbatiale à l'église » (Inventaire de 1790. Archives de Tournus N 4).

(64). « L'hôtel abbatial a 105 pieds de longueur sur 86 pieds de largeur et consiste au rez-de-chaussée en une montée d'escalier qui va jusqu'au grenier, un vestibule à gauche en entrant, deux chambres et deux cabinets à droite, deux chambres, deux cabinets et corridor. Une cuisine et un petit jardin d'environ un quart d'ouvrée une partie sous le rez-de-chaussée est en caves non voûtées au premier étage, une antichambre, deux petites chambres donnent sur la cour et trois autres chambres donnent sur la rivière à droite est un vestibule et quatre chambres, dont une et le vestibule sont sur la cour, et les trois autres sur la rivière au deuxième étage, à droite, un vestibule, une chambre donnent sur la cour et des greniers donnent sut la rivière à gauche, une chambre et des greniers dessus » (Archives de Tournus N 1).

(65). Archives de Tournus N4.

(66) Préface de la Vita S. Filiberti, édition des Bollandistes, t. IV, d’aout.

(67) Ordéric Vital, Hist. eccl.,1. VIII, c. 27.

(68) Vie de saint Colomban, par l'abbé Eug. Martin, p. 197,

(69) Soeculo insequenti (octavo) sola superfuit sancti Benedicti regula, etc. (Annal. Ord. S. B. T. I, praefat. III, 24)

(70) De Translationibus, liber II,° 11.

(71) Sur l’habit religieux des anciens moines, voir: Dom Besse : Le moine bénédictin, p. 59, 72, 73 ; Les Moines de l’ancienne France, p. 25, 90, 467-469. Saint Wandrille, p. 46.

Quicherat : Histoire du vêtement en France, p. 104-106.