1019 - 2019 Sur les pas de Saint Philibert Abbaye de Grand – Lieu et de Tournus (3)

Exposition illustrant les étapes de la vie de Saint Philibert et de la translation de ses reliques. Saint Philibert (ou Filibert) de Tournus ou de Jumièges ou de Noirmoutier, né en 617 ou 618 à Elusa, aujourd’hui Eauze dans le Gers et mort le 20 aout 684 à Noirmoutier, est moine et abbé franc du VIIe siècle. Il a fondé les monastères de Jumièges et de Noirmoutier. Ses reliques ont été apportées à Tournus où il fut l’objet d’une grande vénération.

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De Noirmoutier à Tournus, fuyant les incursions normandes, ses reliques accomplissent un grand périple raconté par Ermentaire de Noirmoutier, passant pas Cunault et Saint Pourçain sur Sioule ; cette translation par les moines de Noirmoutier est l’occasion de plusieurs fondations et nombreuses dotations carolingiennes, elle contribue à sa grande popularité. Les reliques sont conservées dans l’abbatiale de St Philibert de Tournus.

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La légende de Saint Philbert et les Vikings ou la véritable histoire des 1200 ans de l’abbaye de Déas

Bernier, successeur de Wago en 1008, répara les ruines causées par l'incendie et l'église fut consacrée le 29 août de l'année 1019.

Les réparations, ou plutôt les reconstructions faites par l'abbé Bernier, comprenaient la crypte, la coupole et peut-être la voûte de la grande nef : l'abbé sut conserver au monument son aspect simple et sévère, tout en ajoutant une coupole remarquable par son élégance et la pureté de ses lignes (I).

Sur l'emplacement de la chapelle Saint-Valérien, l'abbé Bernier fit bâtir, en 1020, une église destinée à perpétuer le nom du saint, attendu que le peuple donnait le nom de Saint-Philibert à l'abbaye, quand même il avait été convenu entre les moines de Saint-Valérien et de Saint-Philibert que l'abbaye conserverait son nom primitif de Saint-Valérien. La nouvelle église, en remplaçant la chapelle, servit également de paroisse aux habitants de Tournus.

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En 1056, mourut l'abbé Saint-Ardain qui, pour venir en aide aux malheureux pendant la famine de 1030 (1) à 1033, vendit les vases sacrés et les ornements de Saint-Philibert. Il fut enterré à l'extrémité de l'aile septentrionale du cloître, dans l'aile qui porte son nom et qui est attenante à l'église. Quatre-vingt-cinq ans après sa mort, sous l'abbé Pierre II, en 1141, les moines exhumèrent le corps du saint et le transportèrent derrière l'autel élevé en son honneur sous l'invocation de la Vierge, dans la chapelle de la croisée à droite du choeur. (Juénin, p. 119.)

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Il y eut un second concile d'évêques à Tournus, sous l'abbé François de Ronzay, en 1115. Ce concile, présidé par Guy, archevêque de Vienne et légat du pape, avait été convoqué pour mettre fin au différend qui existait entre les églises de la Sainte-Vierge et de Saint-Jean à Besançon, prétendant l'une et l'autre avoir le droit d'être la cathédrale.

Bérard, abbé de 1223 â 1245, a laissé un mémoire des faits les plus importants accomplis pendant son administration et relatifs au couvent. Dans celle pièce, il a constaté l'intervention de Louis IX dans la justice, concernant les prêtres et les ordres religieux, par la création d'un bailli royal à Mâcon : ce bailli était appelé à juger les cas des ecclésiastiques qui ne reconnaissaient pas la juridiction des comtes. Ces magistrats étaient soumis à un serment ; pendant leur administration dans la province, il leur était défendu d'y marier leurs enfants, de les pourvoir de bénéfices ecclésiastiques, d'y acheter des immeubles, d'y affermer des revenus publics et d'y contracter des emprunts. (Juénin, p. 153.)

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En 1231, l'abbé Bérard installa des moulins sur la Saône à l'usage des habitants et de leurs voisins : suivant le P. Chifflet, « personne n'avait osé entreprendre une pareille construction » (2).

Juénin a attribué à cet abbé, en 1239, la reconstruction du cloître, du chapitre, du dortoir et de la grande nef, sans préciser les changements apportés à l'oeuvre de Bernier ; on sait par le môme auteur que Bérard fut enterré dans la grande nef : des peintures murales, encore visibles par places, sur le mur de séparation entre cette nef et le narthex, représentaient les funérailles de cet abbé.

En 1245, un incendie considérable détruisit une grande partie du monastère ; aussi, en 1207, sous l'abbé Renaud, le pape Alexandre IV exempta l'abbaye de toutes sortes de péages et la déchargea des pensions et provisions sur les bénéfices de sa dépendance, en considération des pertes éprouvées pendant l'incendie.

Renaud est classé parmi les bons abbés, parce qu'il augmenta la pitance des moines à partir du mois d'avril 1233. Chaque moine recevait du cellérier une portion de fromage, trois oeufs ou l'équivalent en poisson, pour dìner et souper ; mais le cellérier fut autorisé à donner à l'avenir un potage, un quarteron de fromage, cinq oeufs ou l'équivalent en poisson pour le dîner, et trois oeufs ou l'équivalent pour le soir, et encore de la chair en suffisance, aux moines qui obtiendraient la permission d'en manger à l'infirmerie ; l'usage de la viande s'introduisit, quelques années plus tard, pour les dimanche, mardi et jeudi. Ses funérailles avaient été peintes près de celles de l'abbé Bérard, mais elles furent couvertes de badigeon quand l'église fut blanchie sous le cardinal de Fleury.

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Louis de la Palu, cardinal de Varembon, abbé de 1413 à 1431, eut à subir les vicissitudes occasionnées par les guerres entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne ; il fit bâtir la chapelle de N.-D. de Consolation et érigea sur cet emplacement un superbe mausolée pour lui servir de sépulture ; mais il mourut à Rome et ses restes furent transportés à Varembon, dans le choeur de la collégiale : il avait quitté l'abbaye de Tournus et s'était fait remplacer par Hugues III de Fitigny. Sous ce même abbé de la Palu, la chapelle de Saint-Blaise fut érigée aux frais de Barthélémy de Monteil, médecin à Tournus, et de Nicole de Moncenis, son épouse.

Pendant les guerres de Louis XI et du duc de Bourgogne, l'abbé Hugues III de Fitigny se retira, en 1471. à Louhans, où il finit probablement ses jours. Suivant Juénin (p. 232), il aurait été enterré dans l'emplacement actuellement occupé par la chapelle de N.-D. de la Brune.

Jean IV de Toulonjon, nommé abbé par Sixte IV, en 1471. fit bâtir l'hôtel abbatial qui existe de nos jours ; il a été enterré dans l'église et fut le dernier des abbés réguliers.

Pendant la période de 875 à 1498, la discipline s'était maintenue dans le monastère et les papes avaient dirigé le choix des religieux pour l'élection des abbés ; quand, en 1498, Robert de Lenoncour fut élu abbé commendataire, et qu'un membre d'une famille influente put être nommé abbé sans être moine, le choix des religieux subit la pression des rois. La préférence fut accordée au candidat qui, par la naissance et la fortune, était bien en cour et pouvait protéger le couvent et augmenter son importance. Mais, comme les abbés commendataires vivaient souvent éloignés de l'abbaye, la discipline devint moins sévère et les religieux perdirent peu à peu les traditions de l'ordre de saint Benoît.

En 1533, Robert II de Lenoncour fit démolir l'ancien logis abbatial bâti par l'abbé de Fitigny et inoccupé ; il éleva sur cet emplacement un pressoir et des caves, à l'entrée desquelles on voyait ses armes ; c'est à lui que Juénin attribue la suppression de la fête des brandons, qui avait lieu le premier dimanche de Carême.

En 1562, SOUS l'abbé Louis II de Lorraine, cardinal de Guise, à l'approche des huguenots, les moines et les habitants de Tournus prirent la fuite ; les huguenots, maîtres de la ville, saccagèrent le monastère, dispersèrent les reliques, sauf celles de saint Philibert et de saint André, brûlèrent les documents et les titres de l'abbaye et se livrèrent à tous les excès qu'ils avaient l'habitude de commettre dans les lieux destinés au culte catholique.

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François II, cardinal de Larochefoucauld, qui, à l'âge de onze ans, était vicaire général du cardinal de Guise à l'abbaye, fut nommé abbé en 1575. Il autorisa la sécularisation du monastère en 1627, et fut ainsi le dernier abbé commendataire. Le P. Chifflet, qui a écrit au XVIIe siècle, s'exprimait en ces ternies en résumant son histoire du monastère : « Enfin la quarantième année de leur sortie de l'ile de Noirmoutier, première sépulture de saint Philibert, ces nouveaux Hébreux trouvèrent à Tournus leur Palestine et une terre de promission, qui leur distribua le lait et le miel. Les biens y croissant à vue d'oeil, par la libéralité des rois et autres grands, et par la piété des peuples, plusieurs seigneurs et dames de haute extraction s'étudièrent à y loger aucuns de leurs enfants, auprès desquels ceux de moindre condition ne pouvant trouver place, ce monastère fut insensiblement changé en un hôpital de noblesse, ce qui n'avança pas la perfection. Ceux qui ont fait le plus d'honneur à l'état religieux n'ont pas toujours été tirés de l'écarlate des grandes maisons. »

L'état de la communauté, au commencement du XVIIe siècle, peut être encore parfaitement apprécié avec la proposition do sécularisation faite aux moines par leur grand prieur Mathieu Naturel. Le grand prieur rappelle que leurs privilèges, juridictions et autorités étaient énervés ; que l'abbaye avait été restreinte et que l'habitation, construite plutôt en forme de citadelle que de monastère, était incommode pour les religieux ; que pendant les guerres, elle avait été plus peuplée de soldats que de moines ; que l'ordre régulier avait été tellement perverti par la fréquentation des séculiers qu'il était impossible de le réformer ; que les relations avec les personnes étrangères étaient dues à la petitesse de l'enclos qui renferme l'église, l'auditoire, les prisons, et ne contient pas de préau ni de jardin pour la promenade des moines ; que cet enclos était envahi en temps de paix par les troupes de passage, et en temps de guerre qu'il était occupé par le guet, par des sentinelles et la garnison. On peut ajouter à cet exposé que la plupart des moines n'habitaient plus le monastère, qu'ils n'assistaient pas régulièrement aux offices, vivaient avec les laïques et recevaient dans les salles du couvent des dames auxquelles ils donnaient des fêtes. (Dépositions des témoins dans l'enquête.)

Ces reproches auraient pu être adressés à tous les moines et les prêtres qui, pendant le moyen-âge et la renaissance, avaient participé aux fêtes et amusements du peuple. Pour les fêtes de Pâques et de Noël, les hauts dignitaires se mêlaient aux chants et aux danses populaires : les moines faisaient danser dans les cloîtres les nonnes des couvents voisins. Ces danses furent condamnées au VIIe siècle par le concile de Chalon-sur-Saône, assemblé par Clovis II ; mais certaines réjouissances furent tantôt tolérées, tantôt supprimées par l'Eglise qui, s'appropriant les fêtes du paganisme et les dirigeant, conserva toujours une grande indulgence pour les traditions populaires d'origine païenne. Les fêtes des fous, des innocents, de l'âne, subsistèrent jusqu'au XVIIe siècle : Chalon avait la fête des fous, Autun la fête de la mère-folle et celle de l'âne. La fête de la mère-folle était célébrée par l'association des clercs ou commis de chancellerie ; au XVIIe siècle, cette fêle fut mise sous le patronage de saint Valentin, et les valentins promenaient le char de la mère-folle le 14 février, le même jour que celui de la fête des lupercales dans le calendrier antique. Cette promenade du char fut supprimée en 1648 par l'influence du P. Eude, missionnaire (3). Quant à la fète de l'àne, elle était célébrée comme à Beauvais et fut supprimée au XVIe siècle (4).

Tournus avait la cérémonie des brandons, supprimée au milieu du XVIe siècle par l'abbé Robert II de Lenoncour. Le premier dimanche de Carême, on avait la coutume en Bourgogne, coutume conservée encore dans quelques cantons, d'allumer des feux le soir, en dehors de la ville, à la jonction de plusieurs chemins. Hommes et femmes dansaient autour des feux en chantant, puis rentraient dans leurs demeures au milieu de la nuit.

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Probablement pour éviter de laisser la ville ouverte pendant la nuit, les abbés avaient décidé que la fête aurait lieu dans la ville même : aussi le dimanche des brandons était-il célébré à Tournus d'une façon toute particulière. Le capitaine de la ville, escorté par la milice en armes et accompagné de porteurs de torches, se rendait, le soir, à l'abbaye où il était reçu par l'abbé ; le grand prieur recevait les clefs de la ville, se joignait au cortège avec ses moines et allait fermer chaque porte.

Après cette cérémonie, la milice formant le guet, au lieu de rester aux portes, se répandait avec les habitants dans les auberges et les cabarets. La fête, ou plutôt l'orgie, se passait en famille, car les étrangers ne pouvaient plus entrer dans Tournus. On dansait le branle des brandons, on buvait à pleins verres le bon vin du pays ; les rires et les cris des buveurs et des ribaudes résonnaient à la Tête-Noire, à la Corne de Cerf, à l'Écu de France et à l'Auberge de la Mal-Assise ; la grande rue était sillonnée par la ronde des danseurs et des danseuses, se tenant tous par la main cl sautant de leur mieux aux sons des muselles et des cornemuses. Saint-Julien de Balleure, en rappelant que celte folâtrerie a été interdite au XVIe siècle par le cardinal de Lenoncour, ajoute : « Ce soir-là se faisaient maintes « choses qu'ils est plus expédient de taire que trop exprimer, « soulz timbre d'un guet plus solennel. » Comme Rome, dans l'antiquité, accordait aux esclaves un jour de saturnales, de même l'Église, au moyen-âge, permettait à ses fidèles une fête annuelle qui dégénérait souvent en orgie, mais qui néanmoins restait entre les mains et sous l'influence des moines et des évêques (5).

La conduite des moines de Tournus était excusable dans une certaine mesure ; mais les évêques tenaient à faire disparaître ces couvents riches et en dehors de la juridiction épiscopale ; ils voulaient les remplacer par des ordres pauvres ; c'était du reste la mission donnée par le pape au cardinal de Larochefoucauld qui, après avoir supprimé en France plusieurs couvents indépendants, sécularisa l'abbaye et fonda l'établissement des récollets à Tournus.

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Plusieurs conflits s'étaient produits entre les moines de Tournus et les évêques de Chalon. Ainsi, en 1306, des habitants de la ville, après avoir fait prendre la tonsure cléricale à leurs enfants, les mariaient, les laissaient vivre en laïques, et prétendaient que leurs enfants n'étaient plus sous la juridiction de l'abbé, mais sous celle de l'évêque de Chalon qui soutenait leurs prétentions. Le pape Clément VI déclara, par un bref, que l'abbé avait le pouvoir d'exercer sa juridiction sur les clercs qui ne vivaient pas cléricalement. De 1436 à 1458, le monastère soutint un procès contre Jean Germain, évêque de Chalon, qui avait ordonné une information au sujet d'un meurtre commis dans le cimetière situé à l'intérieur de l'abbaye.

Jusqu'au XIIIe siècle, la puissance ecclésiastique s'était maintenue chez les abbés qui, à l'abri de la justice par leurs privilèges, bravaient impunément les évêques ; mais, à partir de celle époque, les conflits furent fréquents et les hostilités ouvertement déclarées entre les couvents et les cathédrales. Les édifices religieux conservent encore des souvenirs curieux des moyens employés par les combattants pour se venger les uns des autres. Les moines faisaient représenter, dans les peintures des vitraux et dans les sculptures des cloîtres, des évêques enchaînés et entraînés en enfer par le diable ; de leur côté, les évêques ornaient les boiseries de leurs stalles de sculptures représentant des moines dans des positions honteuses et ridicules. Comme la publicité n'existait pas au moyen-âge, les sculptures et les peintures servaient à faire connaître les défauts et les vices que les deux ennemis se reprochaient mutuellement.

Les monastères purent cependant conserver leur indépendance jusqu'au commencement du XVIe siècle ; mais à cette époque ils tombèrent entièrement, sous la domination de François Ier, qui, par le concordat de 1516 avec Léon X, eut le pouvoir de donner les bénéfices et de nommer les abbés et les évêques : singulier traité, dans lequel les deux souverains se donnèrent ce qui ne leur appartenait pas : le pape accorda au roi la collation des bénéfices, propriété des chapitres et des communautés ; le roi céda au pape le revenu de l'année du bénéfice qu'il conférait et qui appartenait aux fondations pieuses. Le remplacement des abbés réguliers par des abbés commendataires avait déjà sensiblement amoindri l'influence des anciens bénédictins de Tournus, mais la sécularisation supprima complètement l'ordre monastique.

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Pour entrer dans l'ordre, il fallait être gentilhomme, issu de noble race, apporter un riche trousseau et déposer une somme de cent écus sol chez un marchand de Tournus pour constituer une rente au profit du novice. Les dignitaires étaient nombreux parmi les moines : ainsi il y avait l'abbé, le grand prieur aumônier, le sous-prieur, l'hôtelier et cellérier, le chambrier vicaire général, le sacristain, l'infirmier, le réfecturier, le chantre et le receveur. (P. 294, Preuves, Juénin.)

L'abbaye, après la sécularisation, ne fut plus qu'un chapitre de chanoines avec le doyen comme premier dignitaire. Le collège abbatial comprenait douze chanoines, six demi-chanoines et six enfants de choeur ; les revenus des offices avec ce qui était dû en nature et en argent par l'abbé furent mis en masse pour former les prébendes (6). La masse capitulaire des chanoines s'élevait à 35.941 livres 14 sols ; chaque chanoine recevait annuellement 1.621 livres 17 sous ; chaque demi-chanoine 937 livres ; le doyen avait droit à deux parts de chanoine ; les deux autres dignitaires, le chantre et le trésorier, avaient également un traitement supérieur à celui des simples chanoines.

L'abbaye rentra dans le domaine du roi qui nomma les abbés et leur donna les revenus attachés à l'abbaye, avec la sanction du pape.

Les abbés séculiers firent de grandes largesses dans Tournus. Le cardinal de Larochefoucauld créa, en 1613, le couvent des récollets ; le cardinal de Bouillon fit organiser l'hôpital pour recevoir les malades pauvres au lieu d'être réservé seulement aux passants malades ; il soutint par ses largesses les soeurs de Saint-Benoit et leur donna l'usage de l'église Saint-Valérien à partir de 1686.

Le nom du cardinal abbé de Fleury est toujours resté à l'hospice de la Charité, fondé par lui en 1720 ; le même cardinal fit bâtir les casernes, en 1736, et restaurer l'église abbatiale, l'hôpital, l'église de la Madeleine ; il fit des dons considérables à l'église Saint-André, aux religieuses de Saint-Benoît et aux récollets. Les abbés eurent de fréquents débats avec le chapitre, débats qui finirent toujours par des augmentations de traitement en faveur des membres du collège abbatial (7).

 

Après les guerres de la Ligue ; les relations des abbés avec les habitants restèrent toujours excellentes, attendu que les gens de la ville avaient une administration communale indépendante ; et quand, au décès de Mgr du Coëtlosquet, l'abbaye fut supprimée en 1785, les Tournusiens employèrent tous leurs efforts pour lutter contre le partage des biens du monastère entre les évêques de Macon, de Chalon et le chapitre des Dames de Neuville : c'est la plus grande preuve que l'on puisse donner de rattachement de Tournus pour ses anciens abbés qui, tout en sachant faire respecter leurs droits, avaient certainement, par leurs dons, dépassé les revenus affectés à la seigneurie.

La justice fut alors rendue au nom du chapitre des Dames de Neuville.

Le logis abbatial, les jardins, le cloître et les habitations qui formaient le monastère, ont disparu ou changé de destination, de telle sorte qu'on reconnait à peine quelques vestiges indiquant leur origine ; l'église seule a résisté aux incendies et aux révolutions, et reste comme un dernier témoignage de l'ancienne splendeur du couvent des bénédictins.

 

 1019 - 2019 Sur les pas de Saint Philibert Abbaye de Grand – Lieu et de Tournus (14)

Histoire de la ville & du canton de Tournus : contenant les documents inédits des manuscrits de M. Bompar, ancien notaire / par E. Meulien ; publiée par la Société des amis des arts et des sciences de Tournus

 

 

L’Histoire millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus<==.... ....==>

 

 

 

 


 

(I) On a attribué la coupole à Bernier, en s'appuyant sur le texte de Juénin ; mais cette opinion est discutable, surtout si on compare cette coupole avec les travaux exécutés sous Bernier dans l'église de Saint-Valérien.

(2) Ces moulins furent détruits en 1729. (Juénin, p. 150.)

(3) Edme Thomas, Autun antique.

(4) Voir Champfleury, Caricature au moyen-âge.

(5) Actuellement, la foire des Bordes, pour le louage des domestiques, remplace la fête des brandons. C'est une occasion de réjouissance pour les gens de la campagne, et chaque valet de ferme offre à son maître une carpe pour le festin du dimanche ; de son côté, le maître offre une blouse à son valet.

(6) En 1725, le chapitre était composé d'un doyen, d'un chantre, d'un trésorier, de neuf chanoines et six demi-chanoines ; il y avait dix-sept prébendes, savoir : deux pour le doyen, une pour le trésorier, une pour le chantre, neuf pour les chanoines et trois pour les demi-chanoines, et une pour la maîtrise ; chaque prébende consistait en dix tonneaux de vin, huit bichets de froment et environ 200 livres d'argent monnayé. (Archives de Saône-et-Loire, B 1940.)

(7) Il y eut cependant entre les chanoines et Louis III de Rochechouart un long procès raconté dans le chapitre contenant la description du monastère.