Catherine de Parthenay, fille de Jean de Parthenay-Larchevêque, seigneur de SoubiseCatherine de Parthenay, fille de Jean de Parthenay-Larchevêque, seigneur de Soubise, et d'Antoinette d'Aubeterre, naquit au château du Parc-Soubise, près Mouchamp en Bas-Poitou, le 22 mars 1554.

 Dans son enfance, on l'avait fiancée avec Gaspard de Châtillon, fils de l'amiral Colligny; mais le futur mourut de la peste à Orléans, en 1568, avant la conclusion du mariage. Elle épousa, la même année, Charles de Quellenec, baron du Pont, en Bretagne.

Cette union ne tarda pas à être troublée par une demande en séparation pour cause d'impuissance. Tous les biographes de Catherine de Parthenay se sont efforcés de la disculper au sujet de ce procès. Il est peu probable en effet qu'une idée de ce genre ait pu venir à une femme si jeune, et il est plus rationnel d'en faire remonter la responsabilité à la douairière de Soubise.

Au moment où les protestants étaient persécutés, elle sentait qu'il était du plus grand intérêt de perpétuer les familles appartenant à la Réforme. Cette affaire, dont les débats auraient certainement été très scandaleux, n'était point terminée en 1572.

Le baron, qui était venu à cette époque à Paris, pour assister aux noces du roi de Navarre, fut arrêté dans la nuit de la Saint-Barthélemy, au moment où il courait au secours de l'amiral. Il fut massacré devant le Louvre; mais il ne succomba qu'après avoir vendu chèrement sa vie. Cet homme, accusé d'impuissance, se défendit avec un courage véritablement héroïque.. « Sa résistance fut si longue, dit un historien (1), que ceux qui ne le virent succomber qu'après avoir été percé comme un crible, lui rendirent le témoignage qu'il était plus qu'homme dans le combat, s'il ne l'étoit point assez dans le lit nuptial….. La mère de sa femme lui avoit fait intenter un procès en matière d'impuissance qui n'étoit point encore jugé. Son corps fut traîné jusques devant la porte du Louvre, où la pitié qu'il devoit n inspirer n'empêcha pas plusieurs dames de la cour de regarder curieusement s'il ne paroissoit aucune marque du défaut qu'on lui reprochoit. »

La jeune veuve se montra sensible à la perte qu'elle venait de faire. Elle composa une élégie à l'occasion de cette mort. Baillet a dit que l’on parloit de Mademoiselle de Parthenay, dame de Soubise, comme d’un auteur, avant qu’on eût connu dans le monde Madame de Rohan.

 La pièce de vers que nous venons d'indiquer ne prouve pas que Catherine ait eu une certaine célébrité littéraire avant son mariage, mais elle démontre qu'elle cultivait la poésie dès sa jeunesse.

Dans tous les cas, ce n'est qu'après son second mariage qu'elle acquit sa réputation en ce genre. Trois années après la Saint-Barthélemy, le 15 août 1575, elle épousa René de Rohan, II° du nom, comte de Porhoet. Il se couvrit de gloire lors du mémorable siège de Lusignan. Frontenay, comme on l'appelait alors, assiégé dans cette ville depuis le 15 octobre 1574 jusqu'au 25 janvier 1575, ne se rendit qu'à la dernière extrémité.

Il mourut à la Rochelle en 1586 (2), laissant cinq enfants de son mariage 1° Henriette, née en 1577; 2° Catherine, née en 1578 (3); 3° Henri, né en 1579 (4); 4° Benjamin, duc de Soubise, né en 1583 (5); et 5° Anne, née en 1584. Un sixième enfant, nommé René, était mort en 1581, peu de temps après sa naissance. Avec une si nombreuse famille, on voit qu’elles durent être les préoccupations de Madame de Rohan pendant un grand nombre d'années.

 Installée au Parc-Soubise, elle employait tout son temps à l'éducation de ses enfants, à la culture des lettres, et, chose plus rare chez une femme, à l'étude des mathématiques.

Au moyen de la correspondance qui est entre nos mains, nous suivons Madame de Rohan à partir de 1609, pendant seize années de sa vie. Anne et Henriette, qui restèrent filles, ne la quittèrent pas. Assez souvent fiévreuse, elle avait besoin de leurs soins et de leur affection. Ses traîneries, suivant son expression, n'altéraient (sa correspondance en témoigne), ni son énergie, ni les grâces de son esprit.

 A cette époque de luttes passionnées, elle s'occupe avec la plus grande, fermeté, dans toutes les circonstances importantes, des intérêts de son parti et de ses co-religionnaires. Les affaires du Béarn et de la Hollande lui donnent bien des inquiétudes. Elle en parle souvent à Madame de la Trémoïlle, et, pour causer plus librement avec son amie, elle se sert parfois de noms supposés dont la signification, à défaut de la clef et du chiffre de leur correspondance confidentielle, nous échappe complètement (6).

Madame de Rohan avait pour résidences principales ses châteaux du Parc-Soubise en Bas-Poitou, de Soubise en Saintonge et de Fresnay en Bretagne, mais elle passait une partie de l'année à Paris. Sa santé la conduisait souvent aux eaux, où elle se rendait avec ses filles, et rencontrait parfois Madame de la Trémoille.

« Je voudrais, écrit le 8 juin 1619, Mademoiselle Anne, à celle-ci (7), que « les eaux de Forges vous fussent aussi bonnes comme celles de Spa, afin de vous y tenir compagnie. Cette fois nous n'en aurons point avec nous qui vous déplaise, car nous laissons nos chats en ces quartiers; Madame ma mère en a garni toutes ses maisons. »

Tallemant des Réaux dit que Madame de Rohan avoit de l'esprit, et que c'estoit une femme de vertu, mais un peu visionnaire. Il ne connaissait pas sa manie pour les chats, mais

Il raconte qu’elle avoit une fantaisie la plus plaisante du monde : il falloit que le dyner fust toujours prest sur table à midi ; puis, quand on le luy avoit dit, elle commençoit à escrire, si elle avoit à escrire, ou à parler d’affaires ; bref à faire quelque chose jusqu’à trois heures sonnées ; alors on reschauffoit tout ce qu’on avoit servy et on disnoit. Ses gens, faits à cela, alloient en ville après qu’on avoit servy sur table. C’estoit une grande rêveuse. (8)

 (1) Il ajoute qu'elle était si distraite que se trouvant un jour en visite chez M. des Landes, doyen du Parlement, elle invita celui-ci à dîner et fut sur le point de se mettre à table, se croyant chez elle.

Ces petits travers n'empêchaient pas Madame de Rohan d'être une femme très-distinguée et très-instruite.

 Le savant mathématicien, François Viète, de Fontenay, lui a dédié son ouvrage de l’Analyse mathématique restaurée, imprimé à Tours en 1591.

Il s'exprime en ces termes dans cette dédicace où l’éloge, il faut le reconnaître, est monté à son diapason le plus élevé;

« Ç’est à vous, auguste fille de Mélusine, que je dois surtout mes études de mathématiques, auxquelles m'ont poussé votre amour pour cette science, la très-grande connaissance que vous en possédez, et même ce savoir en toute science que l'on ne sauroit trop admirer dans une femme de race si royale et si noble (9). »

Viète après avoir littéralement porté aux nues les vertus de Madame de Rohan, que la postérité, dit-il, gratifiera du titre de déesse des déesses, parle dans les termes les plus reconnaissants des services qu'elle lui a rendus, avec sa belle-sœur Françoise de Rohan. « Les bien faits dont vous m’avez comblé dans des temps très« malheureux sont sans nombre. C'est vous qui m'avez arraché des chaînes des brigands et des abîmes de l'enfer. Votre sollicitude et votre munificence me sont venues en aide toutes les fois que vous avez eu connaissance de mes peines et de mes malheurs. Je vous dois la vie, et, si j'ai quelque chose de plus cher que la vie, je le dois entièrement à vous. »

Si la correspondance que nous publions n'en faisait pas foi, ce passage suturait pour démontrer que Madame de Rohan joignait les qualités du cœur à celles de l'esprit. La déloyauté de la cour jeta Madame de Rohan dans le parti des mécontents.

 Réfugiée à La Rochelle en 1627, elle supporta malgré son grand âge les plus grandes privations, pendant le siège de cette ville. Saint-Simon dit que Mesdemoiselles Henriette et Anne se trouvaient avec leur mère, et que ces dames furent réduites à manger les cuirs de leurs carrosses.

Les autres historiens ne parlent que de Mademoiselle Anne; mais nous pensons que Saint-Simon est dans le vrai. Madame de Rohan déploya dans cette circonstance un courage et une énergie extraordinaires.

On sait que, malgré le maire, elle fit entrer dans la ville le duc de Soubise et le négociateur anglais. Richelieu ne voulut pas la comprendre dans la capitulation.

Le 2 novembre 1628, elle fut conduite à Niort et jetée avec ses filles dans les prisons du château. Quelques mois plus tard, le vainqueur fit mettre ces dames en liberté.

Madame de Rohan mourut au Parc, le 26 octobre 1631, âgée d’environ 77 ans

Il n'est parvenu jusqu'à nous qu'un petit nombre des ouvrages dû à la plume de cette femme célèbre, notamment une satire très-spirituelle et très-mordante, écrite en 1596 contre le roi Henri IV.

Mémoires de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres

 

 

Armoiries des ROHAN - SOUBISE

Armoiries des ROHAN - SOUBISE

Coupé d'un trait, parti de trois autres qui font huit quartiers : au 1 : d'azur semé de fleurs de lys d'or à la bande componée d'argent et de gueules (d'Évreux) ; au 2 : de gueules aux chaînes d'or posées en orle, en croix et en sautoir, chargées en cœur d'une émeraude au naturel (de Navarre) ; au 3 : d'or aux trois pals de gueules (d’Aragon ) ; au 4 : d'or, au lion de gueules, au double trescheur fleuronné et contre-fleuronné du même (d'Écosse) ; au 5 : d'hermine (de Bretagne) ; au 6 : d'argent, à une couleuvre ondoyante en pal d'azur, couronnée d'or, engloutissant un enfant de carnation, posé en fasce, les bras étendus (de Visconti - Milan) ; au 7 : d'argent à la fasce de gueules et à la bordure d'azur (de Saint Séverin) ; et au 8 : d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent (de Lorraine) ; sur le tout, parti : en 1 : de gueules à neuf macles d'or, posées 3, 3, 3 (de Rohan), et en 2 : d'hermine (de Bretagne)

 

 

 

 

 

 

Poitou : Parthenay - L'Archevêque, branche du parc – Soubise (Mouchamps et Charente-Maritime) <==

 

 

 

 


 

(1) Varillas. Passage cité par Bayle, Dictionnaire historique, t. III,p 601.

(2) Il fut enterré à Blain, en Bretagne. Voir à ce sujet une lettre de sa veuve dans les affiches du Poitou, 6 septembre 1781.

(3) La belle Catherine épousa Jean de Bavière, duc des Deux-Ponts.

(5) Henri, duc de Rohan, épousa, en 1605, Marguerite de Béthuno, fille de Sully. Il mourut le 16 avril 1638.

(5) Il ne se maria point.

(6) Lettres XXXI, XXXIII et XXXVI..

(7) Lettre XXXIX.

(8) Tallemant; t,III, p. 74 et 75.

(9) Introduction à l'art analytique, par François Viète, traduit par M. F. Ritter. Rome, impie des sciences, 1868.