TIME TRAVEL An 1090, le seigneur de Talmont Vassal de Guillaume IX, duc d’Aquitaine tranche un litige religieux dans le marais poitevin d’Angles

L’An 1098, Pépin seigneur de Talmont Vassal de Guillaume IX, duc d’Aquitaine tranche le litige opposant l'abbaye de Marmoutier à Pierre II, fils de Vitalis Cox, au sujet d'une terre dans le Marais Poitevin d’Angle proche de la tour de Moricq. La décision fut prise de donner le résultat par un duel du Jugement de Dieu.

La très intéressante charte dans laquelle les moines de Fontaines racontent comment ils ont ramené, vers 1090, les paysans d’Angles aux corvées dont le second prince de Talmond les avait affranchis. La traduction littérale que nous en avions faite a été imprimée dans Poitou et Vendée, à l’article d’ANGLES ET MORICQ, pages 2 et 3.

ABBAYE DE MARMOUTIER DUEL JUDICIAIRE ENTRE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES.

Le puissant monastère de Marmoutier se trouvait en contact avec ceux de Talmond et d’Angles, à cause du prieuré qu’il possédait à Fontaines en Talmondais. Ce prieuré avait été fondé, vers l’an 1030, par Guillaume II, prince et seigneur de Talmont, confirmé par Guillaume VII, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, ainsi que par son frère Guy-Geoffroy, consacré et pourvu d’importants privilèges par Isembert II,, évêque de Poitiers.

Parmi les biens que Fontaines avait reçus de son fondateur, figurait la terre d’Angles. Le seigneur de Talmond l’avait donnée en pleine propriété et sans aucune réserve, mais il n’avait pas énuméré les diverses parties dont elle se composait et indiqué ses limites, comme le faisaient ordinairement les bienfaiteurs des églises ; de là probablement est survenu le trouble qu’éprouvèrent plus tard dans leur possession les moines de Marmoutier.

Sous les premiers successeurs de Guillaume II, de Talmont, le prieuré de Fontaines avait, malgré les prétentions de quelques seigneurs voisins, joui de la terre d’Angles dans son entier, lorsque, vers l’an 1080, Pepin II, neveu de ce même Guillaume, s’empara des marais qui en était une dépendance. Afin de rendre inutile la revendication que l’abbaye de Marmoutier pourrait en faire contre lui, Pepin s’appliqua à dénaturer ce marais.

Il commença par en donner une portion aux chanoines d’Angles, les plus proches voisins du prieuré de Fontaines. Quant à la partie la plus considérable, qu’il avait pris soin de se réserver, il l’entoura de fossés, y creusa des canaux, et, la rendant ainsi propre à l’agriculture, en augmenta considérablement la valeur.

Cette usurpation aurait peut être passé inaperçue sans les résultats qu’obtinrent les travaux exécutés par l’ordre de Pepin.

A l’aspect des prairies et des terres labourables que présenta bientôt le marais d’Angles, les moines de Marmoutier se rappelèrent leurs anciens droits, et ils en réclamèrent la restitution. Comme on devait s’y attendre, ils n’obtinrent rien des chanoines d’Angles ; mais leurs démarches et leurs instances eurent plus de succès auprès de Pepin. Celui-ci reconnaissant la justice de la réclamation faite par le prieuré de Fontaines, lui céda la dime de l’enclos usurpé par lui, et il s’engagea en outre à ne jamais donner cet enclos à aucune abbaye autre que celle de Marmoutier.

Cette promesse reçut même dans la suite un commencement d’exécution, par un acte obtenu à raison de onze livres de deniers, et qui concédait à Fontaines la possession de tout le marais d’Angles. Néanmoins, le seigneur de Talmont oublia bien vite l’obligation qu’il venait de contracter. Pressé par les religieux de Sainte-Croix de faire à leur église quelques aumônes, pour le salut de son âme, Pepin, à son lit de mort, leur donne entre autres biens celui dont il aurait dû plutôt restituer l’entière propriété aux moines de Tours. La spoliation de ces derniers devient ainsi plus positive et plus cruelle, et la difficulté de recouvrer leur bien augment encore par l’emploi que  Pepin en a fait en faveur d’une autre abbaye. Cependant ils ne désespèrent pas de leur bon droit, et, ne pouvant obtenir amiablement aucune restitution de la part des moines de Sainte-Croix, ils portent leur plainte devant Guillaume IX, duc d’Aquitaine, et VIIe comte de Poitou de ce nom (1).

 (Guillaume IX d'Aquitaine ou Guillaume VII, comte de Poitou en occitan Guilhem IX d'Aquitania ou Guilhem de Peitieus)

 Guillaume venait d’arriver de la capitale du Poitou dans le pays de Talmont, pour obtenir du successeur de Pepin II la reconnaissance, et même l’augmentation, des droits que son père et lui s’étaient arrogés dans cette antique principauté.

Que les moines de Tours se soient adressés au duc d’Aquitaine plutôt qu’au nouveau seigneur du Talmondais, ce choix est facile à concevoir. Ce qu’il semble plus difficile d’expliquer, c’est que gens d’église et ayant à plaider contre des gens d’église, ils soumettent leur procès au juge laïque. N’y a-t-il pas lieu de s’étonner que les tribunaux ecclésiastiques, si jaloux à toutes les époques de leurs attributions, se soient laissé enlever une affaire qui leur appartenait, en vertu du principe du jugement par les pairs, et qui, par conséquent, aurait dû être soumise à l’évêque de Poitiers (2) ou aux juges délégués par la cour de Rome ?.

Si l’on ne tient compte que de la qualité des personnes, l’intervention des autorités religieuses parait seul régulière ; mais en considérant la nature de l’objet du litige, il est facile de voir que, sous ce rapport, la connaissance du procès appartient au suzerain féodal.

Bas Poitou - Château de Talmont

(Guillaume IX de Poitiers, troubadour et grand père d'Aliénor d'Aquitaine)

 La terre d’Angles, en  effet, relève du comté de Poitou ; l’assentiment du comte était donc indispensable pour que les moines de Marmoutier aient pu valablement la recevoir de Guillaume de Talmont, et personne ne saura mieux préciser l’étendue de cette donation que celui par qui elle a été confirmée et amortie, il en résulte que l’abbaye de Saint Martin, près de Tours, peut choisir celui qui lui offre le plus de garanties ; défenderesse comme demanderesse, elle n’en eut pas moins conservé cet avantage. Il n’en est pas ainsi des religieux de Ste Croix. Leurs prétentions sur le marais d’Angles sont fondées sur un titre impuissant en droit, puisqu’il n’a pas obtenu la confirmation du suzerain. Dans le cas même où l’on admettrait que l’occupation du marais d’Angles par Pepin II a annulé les droits antérieurs du prieuré de Fontaines, le legs qu’il en a fait aux religieux de Ste Croix ne devient valable que par le consentement formel du duc d’Aquitaine. Le jugement qu’un évêque ou tout autre dignitaire ecclésiastique prononcerait à cet égard serait de nulle valeur ; jusqu’à ce que la donation faite à Ste Croix ait été amortie, les questions de propriété auxquelles elle peut donner lieu ne relèvent que du juge féodal, et personne ne peut dépouiller le suzerain de son droit le plus légitime. Demandeurs, les moines de Talmond n’auraient pu citer leur partie adverse que devant le duc d’Aquitaine, défendeurs, ils doivent comparaitre devant le tribunal compètent pour examiner la plainte de celui qui les met en cause.

Le juge par-devant lequel ils sont appelés est précisément celui qui a une double compétence pour résoudre la question. Le choix que fait le prieur de Fontaines n’est cependant pas fondé sur ce motif, du reste si important, non plus que sur la garantie donnée par les prédécesseurs du duc Guillaume IX aux moines de Tours pour la possession de la terre d’Angles. Victime en plusieurs occasions de la partialité et de la jalousie des évêques, l’abbaye de Marmoutier ne veut pas s’en rapporter à leur jugement, puisqu’elle peut recourir à une autre juridiction. Les évêques, en effet, voyaient avec un vif mécontentement leur influence balancée, dans leur diocèse même, par l’abbé de Marmoutier.

Cette disposition d’esprit les avait amenés plus d’une fois à sacrifier les droits, bien évidents, de leur communauté aux prétentions élevées contre elle par divers monastères situé dans leur ressort et soumis à leur dépendance (3)

C’est ce dont le prieur de Fontaines a voulu éviter le retour en s’adressant à un juge qui, s’il ne lui est pas positivement favorable, n’est pas su moins prévenu contre la validité de sa demande. Du reste, le duc d’Aquitaine offre aussi aux moines de Talmond toutes garanties pour une bonne justice ; peut- être même devaient-ils plus compter sur le succès devant sa cour que devant un tribunal jugeant sur pièces et sur enquête.

A peine saisi du procès, Guillaume IX parait se repentir d’en avoir accepté la connaissance. Les droits du prieuré de Fontaines sont bien positifs, l’abbaye de Marmoutier est justement puissante par sa sainteté comme par sa richesse ; mais le monastère de Talmont n’en mérite pas moins d’être ménagé, à cause de son Influence dans un pays où le pouvoir du suzerain a de redoutables adversaires (4). Aussi Guillaume cherche-t-il à ne pas se compromettre par une décision formelle et capable de lui aliéner la partie contre laquelle il se prononcerait. Profitant de la liberté que lui donne la coutume, il ne se déclare pas sur les plaidoiries qu’il vient d’entendre, et il se décharge de cette responsabilité sur celui des barons du pays que la cour féodale lui désigne comme le plus instruit et le plus sage. Othon, seigneur de la Roche-Sur Yon, est nommé par lui pour prononcer si le marais d’Angles, tel que le possédait Pepin II, doit appartenir à l’abbaye de Marmoutier ou à celle de Sainte-Croix. Ce seigneur ne parait pas moins désireux que le comte de se maintenir dans une stricte neutralité ; son intérêt d’ailleurs lui en fait une loi, puisqu’il a chaque jour des rapports de voisinage avec les moines de Talmond, et encore avec ceux de Tours qui possèdent un prieuré dans l’enceinte même de son château (5).

Aussi, au lieu de décider, comme il soumet la décision du procès au jugement de Dieu par le Duel, c’est-à-dire à la force et à l’adresse des combattants choisis par les deux abbayes. Marmoutier devra prouver en champ clos que le marais d’Angles lui a été donné par Guillaume II, lors de la fondation de l’église de Fontaines. Le duc d’aquitaine approuve cette sentence, peut-être inspirée par lui-même, et il ordonne que l’exécution en ait lieu aux Moutiers (6), en présence d’Othon et des principaux seigneurs du pays.

Dès le matin du jour fixé par le duc d’Aquitaine, la foule des curieux se presse autour de l’emplacement ou le duel doit se faire livrer. Par les soins du seigneur de la Roche, le champ de bataille a été aplani et dégagé de tous les obstacles qui pouvaient nuire aux combattants, des pieux réunis par des cordes forment

 An 1098, le seigneur de Talmont Vassal de Guillaume IX, duc d’Aquitaine tranche un litige religieux dans le marais poitevin d’Angles

L’enceinte circulaire ou la bataille aura lieu ; aux extrémités de cette arène se trouvent les barrières par lesquelles les champions doivent entrer ; entre ces deux barrières s’élève l’estrade ou siégerons les juges ; enfin, une palissade extérieure est destinée à contenir les spectateurs (7)

Un peu avant midi, les moines se rendent auprès des juges du combat, pour faire connaitre officiellement leur défenseur. Chacun des champions s’avance uniformément vêtu d’une tunique en drap rouge par –dessus un chemise d’étoupe. Tous deux ont le corps frotté d’huile, la tête découverte, les cheveux taillés circulairement et les pieds nus. A leur bras gauche pend un bouclier rond, en bois couvert de cuir rouge, et de la main droite ils tiennent un bâton de trois pieds de longueur. En compagnie du seigneur de la Roche et des autres barons, les parties se dirigent ensuite vers l’église, pour y entendre le service et y faire les serments qui doivent précéder le combat. Les juges du camp conduisent les champions dans le chœur ; après la célébration de la messe, ils amènent chacun d’eux devant le pupitre sur lequel est déposé le missel. Placé entre les deux combattants, Othon s’adresse d’abord à celui qui se présente pour les moines de Marmoutier, et, le prenant par la main :

 « Es-tu prêt à jurer, lui dit-il, que quand Guillaume le jeune, seigneur de Talmond, a donné à Saint Martin de Tours et à Saint Jean de Fontaines la terre d’Angles, il leur a donné aussi le marais d’Angles, par la même charte et par la même donation ? »

« oui, je le jure, répond celui-ci, en s’agenouillant et en étendant la main droite sur le missel ouvert à l’endroit des Evangiles ; et avec l’aide de Dieu, de tous les saints et de mon bon droits, je le prouverai de mon corps et par mes armes, comme je l’ai avancé, contre qui voudra soutenir le contraire. »

Le champion de Sainte-Croix de Talmond lui dit alors qu’il en a menti ; puis, s’agenouillant et levant la main sur le livre, il jure à son tour que le marais d’Angles n’a pas été donné aux moines de Fontaines, et qu’avec l’aide de Dieu, des saints et de son bon droit, il prouvera que cet homme, qui prétend le contraire, est un imposteur et un parjure.

Tous deux étant retournés à la place qu’ils occupaient d’abord, Othon les appelle par leur nom et chacun à leur tour, se fait remettre le bâton et le bouclier dont ils doivent se servir, et les donne aux seigneurs de la cour, pour qu’ils s’assurent s’ils ont bien le même poids, la même dimension. Lorsque les barons ont certifié que les armes sont parfaitement égales, le seigneur de la Roche fait jurer sur l’évangile à chacun des champions qu’il n’a employé ni fraude, ni sorcellerie, ni maléfice quelconque pour s’assurer la victoire ; qu’il n’a sur lui aucune arme cachée, et qu’il fera usage seulement de celles qu’il vient de montrer en public, lesquelles lui seront rendues au moment du combat. Othon remet ensuite les bâtons et les boucliers au prêtre qui avait célébré la messe, pour qu’il les bénisse et les rende ainsi digne de servir au jugement de Dieu.

Ces formalités accomplies, on était sorti de l’église, et déjà l’on se précipitait vers le champ clos, lorsque survint un incident qui augmenta encore l’intérêt du duel. Détenteurs, comme nous l’avons dit plus haut, d’une partie du marais enlevé par Pepin II aux religieux de Marmoutier, les chanoines d’Angles avaient suivi avec attention pleine d’inquiétude le procès intenté par les moines de Tours à ceux de Talmont. Ils n’avaient pas eu de peine à reconnaitre que leur cause était intimement liée à celle de Sainte-Croix, et qu’ils devaient perdre ou gagner avec elle. Encouragés sans doute par l’attitude ferme et menaçante du champion de cette dernière abbaye, les chanoines s’approchent des moines Fontaines et leur demandent s’ils veulent soumettre leurs prétentions réciproques aux chances du combat qui va s’engager. Le prieur Ainulfe ne se borne pas à accepter avec empressement cette proposition ; il déclare en outre qu’il entend faire juger par cette épreuve tous les droits contraires aux siens pour la possession du marais d’Angle.

Sur ces entrefaites, on arrive au lieu du combat. Les champions sont placés en dehors des barrières, en attendant que les juges aient de nouveau examiné l’enceinte ; le crieur public parcourt l’espace compris entre les deux palissades, et menace des peines les plus sévères les personnes qui chercheraient à favoriser l’un des combattants par gestes ou par paroles ; tous les spectateurs reçoivent l’ordre de se tenir immobiles et silencieux en dehors de la lice. Enfin les juges font entrer les champions, leur partagent le soleil, leur restituent le bâton et le bouclier ; puis, au signal que donne le seigneur de la Roche, ils se retirent en leur disant : «  Allez, et faites du mieux que vous pourrez. »

A ces mots, les combattants s’élancent l’un contre l’autre et le duel commence.

L’issue n’en demeure pas longtemps douteuse. La cause de l’iniquité est bientôt divulguée, disent les moines de Fontaines ; le champion des usurpateurs tombe honteusement sous le bâton de celui qui défend les droits de Marmoutier, et les religieux de Talmont et d’Angles ne retirent que préjudice et déshonneur de la lutte suscitée par eux-mêmes.  Aussi les voit-on se soustraire en toute hâte aux regards des spectateurs, pour aller cacher dans la solitude leurs larmes et leur profonde désolation. Les moines de Tours, au contraire, traversant la foule avec orgueil, vont en grande pompe à l’église pur y rendre des milliers d’actions de grâces à Dieu tout-puissant, le juge par excellence, et à saint Martin, leur glorieux patron ; puis, joyeux, ils retournent à Fontaines annoncer à leurs frères et à leurs vassaux le triomphe qu’ils viennent de remporter.

Dans leur impatience de constater l’issue du combat, les moines de Tours n’ont eu garde d’en signaler les circonstances, et ils ne nomment même pas le champion qui a tant contribué à faire rendre les marais d’Angles. A les entendre, l’affaire n’a pas comporté la moindre incertitude, et le défenseur de leurs adversaire abattu  dès les premiers coups de bâton, a de suite avoué sa défaite. Il faut bien le croire, puisque trente-six signatures confirment leur assertion. Malgré l’autorité imposante d’un si grand nombre de témoins, on ne doit peut-être pas prendre à la lettre ce que disent les moines de Marmoutier. Ils nous représentent les religieux de Talmond et d’Angles accablés sous le poids de la honte et de la douleur, dolore ac verecundia depressi, se retirant consternés et le deuil sur le front, triste ac flebiles recesserunt ; mais ce sont là des richesses de style qu’admettaient les chancelleries du XIe siècle (8) et qui prouvent bien moins la consternation du vaincu que la joie du vainqueur.

 (Marais Poitevin d'Angles et Moricq)

A quelle époque ces faits se sont-ils passés ? Il n’est est pas question dans le document qui nous les a transmis. L’écriture de cette pièce appartient, il est vrai, à la fin du XIe siècle ou au commencement du XIIe ; mais une pareille indication est trop vague pour que nous nous en contentions sans chercher une date plus certaine et mieux précisée.

Le cartulaire de Sainte-Croix de Talmont nous fournit heureusement le texte d’une charte capable de nous conduire au résultat désiré. D’après ce document, Guillaume, duc d’Aquitaine, se serait trouvé à Talmont en 1098, et y aurait confirmé aux religieux de Sainte-Croix diverses donation que Pepin, son vassale, venait de leur faire au lit de mort. Ce Guillaume et ce Pepin sont précisément ceux dont il est question dans notre procès. La mort récente de l’un, la présence de l’autre à Talmont, l’établissement d’une manière plus que suffisante ; en outre, des cinq barons qui ont signé la charte de 1098, trois, Guillaume fils d’herbert, Bernard Bardo ou Bardeth, et Guillaume fils de Hugues, sont aussi nommés comme témoins du duel. Nous trouvons encore la preuve de cette identité dans la généalogie des princes de Talmont.

Deux seulement de ces seigneurs ont porté le nom de Pepin. Le premier, mort avant 1065, n’est certainement pas celui dont il est ici question, puisqu’il n’a pu être contemporain d’Ainulfe, prieur de Fontaines. Ainufle, en effet, n’obtint la direction de cette église qu’après Pierre II, signataire d’un acte daté de l’année 1078 (9). Son existence ne correspond donc  qu’avec celle de Pepin II, et tout concourt ainsi à établir que notre charte n15 du prieuré de Fontaines, comme celle de Talmont, appartient à l’année 1098.

 

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Convenientia inter Pipinum de Talamundo et Ainulfus Priorem, de Marisco Angulorum (Pépin de Talmont cède à l'abbaye de Marmoutier un marais aux Angliers.)

Solet plurimum prodesse eum facta multorum literis inseruntur. Igitur noverint presentes et posteri quod, postquam Pipinu de Talamundo quandam partem marisci de Angulis, dominatus sui invasione, clausit quam ei Ainulfus, tunc prior de Fontanis, modis omnibus quibus potuit, calumpniatus est (presertim quia candem terram Willelmus de Talmundo, per deprecationem matris suae Amelinae, monacis sancti Martini Majoris Monasterii cum ecclesia sancti Johannis Evangelistae de Fontanis, pro animae suae et patris sui Willelmi matris quoque suae Amelinae nex non et fratis sui Pipini, redemptione jure perpetuo possidendam concesserat, quantinus corum qui helemosinis incendii aeterni sententiam evaserunt, mercantur adjungi consortio) hac itaque calimpnia Pipinus misericorditer commotus, ab exterio Chadonis usque ad exterium Sanctae Mariae, totum mariscum, preter claudicium illud quod clauserat, hisem monachis sancti Martini et sancti Johannis Evangelistae de Fontanis ad arandum, seminandum atque metendum concessit. Et convenir illud idem predictum claudicium nulli unquam se daturum, neque in vita neque post obitum, nisi sancto Martino et sancto Johannis eisque srvirntibus monachis. Hac itaque conventione facta et corum jure cognito, dedit eis decimam terrae jam dicti sui claudicii, et de his fecit donum super altare sancti Johannis Evangelistae. Pro quibus omnibus predictus prior de Fontanis dedit eidem Pipino XVIII.

Libras denoriorum et unum aequum. Testes autem qui hoc viderun et audierunt hisunt :

Willelmus filius Petri, Willelmus filius Herberti, Achardus de Mota (Mothe-Achard), Bernadus Machinus, Petrus Maschinoth, Aschelinus Porcherius, Petrus de Alnisio (Pierre d'Aunis), Maschinus de Angulus.

De monachis : Ainulfus prior (Ainulfe, abbé  de  MARMOUTIER - FONTAINES), Rogerius, Sulpitius. De famulis : Geraldus Barbatus, Radulfus, Hilduinus, Mainardus.

Illud quoque noverint quibus opus est quoniam supram dicta claudiacia, eo tempore quo mariscalechia vel pasticium erant, hanc consuetudinem vel feouum sive donum habere monachos beati Martini et sancti Johannis Evangelistae de Fontanis, quos eorun boves cum aequis ad pascendum intrabant ; quod nemo audebat preter servientem Willelmi de Talamundo qui supradictam helemosinam fecerat. Et si auceps inibi volueres cepisset, par voluerum preposito monachorum, per consuetudinem, ressebat, videntibus et testimonium perhibenribus : Hebroino, Fulcone, Johanne de Angulis, Arnulfo Pagano, Rainaldo Claox, Vitale calox, Bertranno homine sancti Martini, Costancio aequonimo, Giraldo Barbato, Radulfo preposito, Martino.

Constitution du recueil des 40 chartes bénédictines des XIe et XIIe siècles

Le corpus des chartes conservées aux Archives de la Vendée compte quelques dizaines de pièces jusqu’au début du XIIe siècle. Certaines ont fait l’objet de transcription au XIXe siècle mais rarement de traduction, si bien qu’elles ont été peu, voire pas utilisées par les historiens, alors qu’il s’agit de sources fondamentales pour l’histoire du peuplement, de l’aménagement des territoires, de la justice, ainsi que pour la toponymie. 

Avec la collaboration d’un éminent médiéviste, M. Robert Durand, qu’elles tiennent à remercier chaleureusement, les Archives de la Vendée ont remédié à cet obstacle en débutant l’édition de leurs chartes médiévales par celles relevant de l’abbaye bénédictine de Marmoutier (Tours) qui possédait plusieurs prieurés en Bas-Poitou. 

Le projet est ambitieux mais réaliste ; il ne vise pas la publication d’une édition critique exhaustive, car cela nécessiterait un travail trop important pour pouvoir être réalisé rapidement. Les objectifs sont à court terme de proposer aux chercheurs un accès facile à des textes inédits et à plus long terme de favoriser des éditions critiques. 

Concrètement, les actes ont été numérisés en couleur, traduits par M. Durand, puis analysés et pourvus par les Archives d’un appareil critique minimum portant sur la datation, l’identification des personnes et des lieux, la bibliographie utile, etc. Les traductions et analyses ont ensuite été rapprochées des transcriptions réalisées par l’Institut de recherche et d'histoire des textes vers 2010 (base TELMA) ou parfois par Paul Marchegay au XIXe siècle (Cartulaires du Bas-Poitou, BIB B 1366). L’ensemble est interrogeable en plein texte. http://www.cn-telma.fr/originaux/charte1023/

Les chartes, une porte ouverte sur la société médiévale

 

Cartulaires du Bas Poitou (Département de la Vendée) / publiés par Paul Marchegay

http://www.archives.vendee.fr/Decouvrir/Pages-d-histoire/Documents-commentes/Seigneurs-et-seigneuries/Duel-judiciaire-entre-des-communautes-religieuses-en-1098

 

 

 LES JURIDICTIONS BAS – POITEVINES <==

An Mil Talmont Saint Hilaire - Les premiers Seigneurs du Poitou contre L’INVASION DES NORMANDS (Les Forteresses de la Mer) <==.... ....==> Voyage dans le Temps des Chevaliers du Poitou ; DESCRIPTION DE LA VILLE DE TALMONT SES CHATEAUX

 

 


 

Histoire du Golfe du Poitou - Paddle back in time - Castle Richard Cœur de Lion Talmont Saint Hilaire -
Au début du Xe siècle, une vaste baie marécageuse, couverte la plus grande partie de l'année par une eau saumâtre, se découpait dans le continent en face de l'île de Ré....

 

 (1)    Surnommé le jeune. Il était fils du duc Guillaume VIII (Guy-Geoffroy) et d’aldearde de Bourgogne, et régna de l’an 1086 ou 1087 au 10 février 1127.

 Une charte latine du Cartulaire de l’abbaye de Talmont, n° 198, datée du mois qui suivit sa mort, contient un brillant et curieux portrait de Guillaume IX.

 « Le consul Guillaume était le miroir de toute probité. Comme à Alexandre, à Philippe, au romain Pompée et aux autres hommes d’élite qui ont paru sur cette terre, ses vertus éminentes lui ont fait donner, par un public éclairé, le titre de Grand. Son activité dans les affaires d’Etat, sa libéralité dans la vie privée, étaient telles que personne ne peut l’avoir surpassé, d’autant plus que, selon les limites imposées à condition humaine, il connaissait les actions et les mœurs des hommes aussi bien que les passions et tous les sentiments de leurs esprits : aussi ne vit-on jamais s’emporter injustement contre personne ni se laisser aller à une clémence exagérée. Si le monde pouvait racheter ce prince par la mort d’autres hommes, les gens de bien donneraient volontiers le 10éme de tous les mortels qui vivent aujourd’hui ».

 (2)    L’évêque de Poitiers était alors Pierre II ; l’abbé de Marmoutier, Bernard de Saint-Venant, et celui de Talmont, Alexandre. Aucun d’eux n’est nommé dans notre charte.

(3)     Notamment dans un procès contre cette même abbaye de Talmond, et dans un autre contre St Cyprien de Poitiers, Voyez Cartul. De Talmond, n°66 et 162 ; Cartul. De St Cyprien de Poitiers, n0 589, 590.

(4)    Le comte de Bretagne et le vicomte de Thouars.

(5)    Voir les chartes de Saint Lienne de la Roche sur Yon.

(6)    Il s’agit peut –être ici du lieu nommé alors Monesterie, et depuis le Bourg sous la Roche, situé dans le fief de la Roche sur Yon ; mais nous serions plus dispensés à voir dans cette désignation les Moutiers les Mauxfaits, théâtre ordinaire des duels ordonnés par la cour de Talmond.

(7)    Nous avons compléter le récit du duel à l’aide des renseignements que fournissent les capitulaires et les chartes, comme aussi les coutumes les plus anciennes.

 (8)    Voici comment les moines de Talmond parlent, vers la même époque, des chanoines d’Angles, alors leurs alliés contre le prieuré de Fontaines. «  Ils étaient nos ennemis déclarés, et après plusieurs excommunications publiques, furent convaincu, selon leur propre aveu, d’avoir nuitamment pillé et brûlé notre église de Longueville, ainsi que ses maisons et ses biens. La cause fut examinée avec un soin tel que, sans pouvoir trouver désormais aucun sujet de déployer leur mauvaise foi, les chanoines qui nous avaient si  souvent lésés par de faux témoignages n’eurent plus de prétexte pour renouveler leurs contestations. » Cart. De Saint-Croix de Talmond, n°196.

(9)    Les premiers prieurs de Fontaines ont été : Sanzon ou Samson, Gaubert, Pierre Ier, Thibaut, Aimery, Pierre II et Ainulfe. Ch. De Fontaines, n°2,4 et suivants.

 



 

CHAPITRE VI , pages 132-137.

Composé de sept pièces, de 1055 à 1118 , il contient les deux chartes originales de Marmoutier exposant ses droits sur les églises de l’Ile d’Yeu (1), et les cinq du Cartulaire de St Cyprien de Poitiers, servant de titre à cette abbaye pour la propriété des même églises. Débattu devant trois conciles, tenus à Bordeaux, Poitiers et Saintes de 1079 à 1089, le procès fut gagné par les moines de St Cyprien. Le Cartulaire original de cette dernière abbaye vient d’être publié, par mon confrère et ami M. Rédet, archiviste honoraire de la Vienne, dans les Archives historiques du Poitou, tome III. outre les cinq chartes ci-dessus désignées, on y trouvera beaucoup de renseignements sur d’autres localités su Bas-Poitou. il est à désirer que le volume complétant le Cartulaire de St Cyprien ne se fasse pas indéfiniment attendre.

CHAPITRE VII, pages 138 à 140, et 350.

On ne possède aucun document sur la fondation et sur la dotation du prieuré de Puybéliard, qui n’est même pas nommé par dom Martène dans son Histoire de Marmoutier. La charte par laquelle Pierre II, évêque de Poitiers, le confirme aux moines de Tours, en 1105 (chap. II, n°2) prouve qu’il existait dès la seconde moitié du XIe siècle. Son fondateur est probablement un des vicomtes de Thouars ; nous n’avons trouvé aucune mention du Beliardus, ou de la Beliardis, qui a donné son nom au Podium ou Mons dominant les vallées qui s’étendent l’une vers St Germain de Prinçay et l’autre vers Chantonnay. Le château qui englobait le prieuré et l’église, n°3, doit être moins ancien qu’eux. Sa construction parait remonter aux guerres que les vicomtes

 

(1)    Histoire de Marmoutier, vol1, p321, 528 ; vol II, p6,7,729.

De Thouars soutinrent contre les comtes d’Anjou, pendant le XIIe siècle. Une charte du monastère de St Laon de Thouars, publiée par M.Imbert (1) , nous montre, vers 1160, Gaufridus, vicecomes Toarcensis, apud Podium Beliart adhuc manens echaereditatus. Environ vingt-cinq ans plus tard, les exactions du vicomte (Aimery VII) attirèrent sur lui les foudres du Saint-Siège. La bulle du pape Urbain III, dont on lira le texte page 350, a été traduite et commentée dans l’Annuaire de la Société d’Emulation de la Vende pour 1858, p.223 à 225.

Nos pièces, au nombre de 4, découvertes dans les archives de Maine-et-Loire, qui les ont envoyées aux Archives de la Vendée, ne remontent pas au-delà de 1186 et s’arrêtent à 1267. Elles indiquent notamment les ressources et charges du prieuré. Celles-ci ne se montent, en argent, qu’a 3 livres 5sols, pour sa part contributive dans les dépenses de l’abbaye de Marmoutier, et de ses offices claustraux ; mais, outre l’entretien de son église, su servie divin et de ses deux moines, le prieuré du Puybéliard avait de grands frais à faire, pour héberger, lors de leurs visites réglementaires, non seulement son abbé, mais l’évêque du diocèse plus les doyen, archidiacre et archiprêtre de sa circonscription. Aussi, au bout de chaque année devait-il rester peu de chose des 28 livres 18 sous auxquelles les recettes étaient évaluées. Les antiques et riches foires, aujourd’hui si déchues, ne contribuaient pas pour un seul denier au susdit revenu ; mais il était payé annuellement, sur le produit des halles, la somme de 4 livres au chapitre de St Hilaire de Poitiers.

CHAPITRE VIII, pages 140-149

Le lieu dont il est question dans ce chapitre devait s’appeler Quemequiers et non Commequiers (2). Cette modification défectueuse du nom ancien fait que l’ordre alphabétique n’est pas le

 

 

(1) Cartulaire de Saint-Laon, n°73, dans les Mémoire de la Société de statistique des deux Sèvres pour l’année 1876.

(2) Hist. De Marmoutier, vol II, P176, 177, 189, 197, 731. Il y est nommé Quiquiers.

 

Même, en français et en latin, pour le prieuré qui compte 10 chartes, la plus récente de l’année 1291.

Vers 1080, n°1, fut vendu à Marmoutier, moyennant 8 livres, l’église de St Pierre de Cristol, Christolium, par Herbert Ranuce. A sa mort, son fils Guillaume prétend la vente faite à condition de lui prêter un cheval, pour ses courses dans les châteaux du voisinage, plus du bled et de l’argent moyennant caution. Il ne renonce à cette réclamation qu’en recevant des moines la somme de 15 sous. Un siècle plus tard, n°5, on retrouve le nom de Cristol dans la charte par laquelle les religieux tourangeaux sont chargés de célébrer le service divin dans la léproserie de Mahonne. Partout ailleurs, notre prieuré est nommé par les chartes Kimicherii, Quemeiquers, Quemiquerii et même Quid Mihi Quaeris. Ce dernier nom est seul employé, dès 1105, dans les chartes épiscopales confirmant à Marmoutier les deux églises qui avaient pour patron St Pierre, l’une servant, il est probable, à la paroisse et l’autre au prieuré. Ainsi une dénomination qui parait contemporaine de l’établissement du christianisme dans notre pays a été remplacée, au XIIe siècle, soit par le nom latinisé d’une ancienne colonie Kymrique, soit par une locution, probablement très usitée entre les rivières du Ligneron et de la Vie, qui serait devenue une sorte de surnom pour ses habitants.

Ver 1145, la moitié des offrandes de l’église de St Pierre de Commequiers fut abandonnée, n °2, par l’évêque de Poitiers aux moines de Tours, lorsqu’il leur accorda le droit de présentation de l’église de Notre-Dame de Monts. En 1185, n°3 et 4, un traité fait par ceux-ci avec le doyen de Poitiers et le chapelain de St Nicolas, près de Commequies, régla la célébration du culte dans l’église de St Pierre et le partage de ses offrandes. Par la charte 6, le seigneur féodal fait d’importantes donations, en 1202, pour le salut de son âme ainsi que celles de ses parents, et aussi pour qu’on ajoutât trois moines à ceux du prieuré et deux lépreux à ceux recueillis dans ladrerie de Marmoutier. Au °7, le prieur de Commequiers fait un échange avec les lépreux de Mahonne, en 1202 ; aux n°8 et 9, il reçoit en don une vigne et un bois, enfin en 1291, nouveau style, à raison de 40 sous, il obtient l’amortissement de ses nouveaux acquets de la part du roi de France, devenu comte de Poitou par la mort de son grand-oncle Alphonse, frère de Saint Louis.

Du prieuré dépendait, avec l’église de l’Ile de Monts, celle de St Christophe dite anciennement de Chèvre Pendue et aujourd’hui du Ligneron, ruisseau qui traverse le bourg. Nous croyons que M de Sourdeval s’est trompé en confondant cette église de St Christophe avec St Pierre de Christol (1), dont le nom a disparu sous celui de Commequiers. Il résulte de nos chartes que la baronnie de Montaigu a été momentanément soumise aux seigneurs de Commequiers.

 

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