Voyage dans le Temps des Chevaliers du Poitou ; DESCRIPTION DE LA VILLE DE TALMOND SES CHATEAUX

Avant d'entrer dans le vif de ce récit, il nous a paru nécessaire de décrire, aussi exactement que possible, les lieux où vont se dérouler les événements qui ont tenu une des principales places dans notre modeste histoire locale. Aussi allons-nous entrer dans quelques détails sur ce que fut Talmont au moyen âge, et aussi pendant les derniers jours de sa prospérité.

voyage dans le temps des chevaliers du Poitou au château de Talmont 2

Le château de Talmont n’était, il faut bien le dire, qu’une véritable forteresse. Ce serait donc en vain qu'on viendrait y chercher tores ou astragales, lambris dorés ou vernissés. Rien n'a été, dans ce manoir, consacré au luxe ou au confortable, et toute amélioration ou augmentation n'eut qu'un but, apporter une plus grande somme de résistance à l'ensemble de la place forte.

On ne peut cependant, malgré l'opinion émise par l'abbé Suger, qui vit cette citadelle en 1138 (1), la considérer comme un point inexpugnable, et même la comparer à d'autres places de la contrée beaucoup mieux fortifiées (2). Si nous ne pouvons citer, même pendant les beaux jours de sa domination, un seul siège qui ait eu le pouvoir de retarder longtemps les opérations d'un corps d'armée un peu nombreux et bien équipé, en revanche, nous connaissons plusieurs attaques qui ont été couronnées de succès, sans exiger, de la part des assaillants, de grandes pertes d'hommes ou de temps.

fin moyen age de l'océan au château de Talmont (3)

La place résista souvent aux surprises d'un coup de main dirigé par une bande de pillards ou de soldats levés à la hâte, mais toute troupe un peu hardie et bien dirigée, sût en amener la capitulation, dans un laps de temps assez restreint. Quoi qu'il en soit, Talmont, eut la réputation d'être, et fut un des postes les moins négligeables du Bas-Poitou, et toutes les fois qu'un chef voulut tenter une opération dans le pays, il s'empressa tout d'abord, de se rendre maître, par trahison ou autrement, de la forteresse des seigneurs du Talmondais (3).

fin moyen age de l'océan au château de Talmont (2)

Les deux principales raisons qui poussèrent le premier sire de Talmont à choisir, pour assiette de son château, le rocher que nous connaissons, sont assurément, d'abord l’admirable position du lieu facile à mettre en état de défense, à peu de frais ; ensuite la présence d'une église déjà bâtie, et probablement lui appartenant déjà, dont il était possible d'utiliser les premières structures.

Le clocher carré, plus tard englobé dans de massives murailles, voilà le point initial de la forteresse; Guillaume l'exhausse et l'entoure d'ouvrages protecteurs ; ses successeurs y ajoutent plusieurs enceintes, des tours, des fossés, des palissades, mais tout cela n 'a qu'un but, protéger l'ancien clocher de Saint-Pierre (4), devenu donjon, et le transformer en refuge suprême pour les défenseurs de la place.

fin moyen age de l'océan au château de Talmont (4)

Essayons donc de démêler le chaos des ruines actuelles, abandonné jusqu'à ce jour, à l'imagination plus ou moins capricieuse ou sentimentale des Talmondais, qui n'ont jamais éprouvé la moindre hésitation, dès leur plus tendre enfance, pour expliquer les plus petits détails de ces importantes constructions.

 

 

 

Il est vrai de dire que Richard Cœur-de-Lion, Jacques de Beaumont (5), ou même les seigneurs de la Trémoille, auraient peut-être quelque peine, s’il leur était donné d’entendre ces récits, à reconnaitre leurs oeuvres ou retrouver la configuration des lieux, dans les quelques pages qui ont reçu jusqu'à ce jour, l'honneur de l'impression.

De quoi se composait au XIe siècle le château de Talmont ?

le premier château de Talmont Saint Hilaire (4)

La réponse à cette question, ne nous paraît pas facile à donner, avec toute la précision que nous voudrions y apporter. Nous écarterons tout d'abord des diverses suppositions émises à ce jour, la question du monastère de Sainte-Croix, dont on a, fort à tort, placé les bâtiments à l'intérieur de l'enceinte ; nous avons démontré ailleurs (6), que cette tradition était absolument fausse, et nous n'y reviendrons plus. Puis nous prierons le lecteur de montrer un peu d'indulgence, si nous oublions dans la nomenclature, quelques pans de murailles, car nous préférons de beaucoup en négliger quelques-uns, plutôt que de laisser tant soit peu s'égarer, dans les détours de nos nombreuses fouilles, notre pauvre imagination qui aurait bien voulu trouver beaucoup plus encore, et tenter de vous décrire, avec l'enthousiasme d'un Viollet-le-Duc, les curieuses merveilles architecturales du moyen âge, sans oublier, ce qui est de rigueur, les oubliettes et puits mystérieux, entourage obligatoire des manoirs de tout seigneur féodal qui se respectait un peu. La triste réalité nous force à restreindre considérablement notre enthousiasme.

le premier château de Talmont Saint Hilaire (3)

Transportons-nous au temps de Guillaume-le-Chauve, à l'année 1020 environ, devant une église de date récente, dédiée à Saint-Pierre, flanquée d'une tour carrée A (7), à deux étages d'ouvertures encadrées de nombreux arceaux de claveaux que l'on a superposés en encorbellement, les uns au-dessus des autres. « Les murs en sont parementés à grandes et petites assises qui alternent entre elles, comme dans certaines constructions gallo-romaines signalées par les archéologues, et les fenêtres sont en plein cintre, comme dans la période romane (8). »

le premier château de Talmont Saint Hilaire (1)

Pour transformer au plus vite ce clocher, car ce n'est encore que cela, de façon à pouvoir résister aux Normands, il suffit de lui adjoindre quelques protections et un mur d'enceinte. Guillaume comprend de suite le parti qu'il peut tirer des lieux ; il exhausse sa tour, qu'il munit d'un escalier et qu'il surmonte de créneaux et de hourds ; il fait passer à quelques mètres de là, un mur épais bloqué avec des galets de mer, noyés dans un mortier inconnu de nos maçons modernes.

Réfugié derrière cette muraille, qu'isolent de larges et profonds fossés, il se sent plus en sûreté et peut vaquer à l'aise, à l'installation d'une habitation conforme aux usages de l'époque. Ses fils et petits-fils continueront son œuvre, et, de cette première période datent évidemment les vestiges que nous avons retrouvés enfouis dans la partie B.

C'est encore à la fin du XIe siècle, qu'il faut attribuer la construction de la deuxième enceinte C G D E F, destinée à protéger la première et à augmenter l'assiette d'une défense primitivement, déjà difficile à franchir.

le premier château de Talmont Saint Hilaire (2)

La porte principale du manoir féodal initial fut en G, au-dessous et en face du donjon ; pour pénétrer à l'intérieur, il s'agissait tout d'abord de montrer patte blanche et d'éviter les ouvrages accumulés en ce point ; la chose ne devenait pas trop facile, quand la garnison était nombreuse, car en face du pont-levis communiquant, par-dessus un large fossé, avec la haute ville, les défenseurs avaient construit deux tours H, réunies entre elles par une arcade, et munies de tous les impedimenta, alors en usage : créneaux, barbacanes, meurtrières, herses, etc...

 Les preuves de l'existence de cette entrée sont indiscutables : on trouvera les unes écrites dans un long document publié plus loin ; les autres construites sur place même, pour ainsi dire, à chaux et à sable, puisque la tête du pont, du côté de la contrescarpe du fossé existe encore et que le jardin qui lui est adjacent porte toujours le nom de Château-Gaillard (9) ; ce terme indique suffisamment qu'il y eut là une demi-lune ou autre ouvrage avancé, destiné à disputer aux intrus l'approche de ce pont, entrée unique du château.

Cet état des lieux resta à peu près stationnaire, dans ses grandes lignes du moins, pendant la majeure partie du XIIe siècle, jusqu'à l'avènement de Richard Cœur-de-Lion.

 

  An Mil Talmont Saint Hilaire - Les premiers Seigneurs du Poitou contre L’INVASION DES NORMANDS (Les Forteresses de la Mer) <==.... ....==> Les premiers seigneurs de Talmont Saint Hilaire

 

 

 ==> L’abbaye Sainte Croix de Talmond - Les Monastères, les Cures et Paroisses du Talmondais.

==> 2021-Talmont-Saint-Hilaire, fouilles archéologiques sur l’ancien port médiéval (Portu castellanus Thalemundi)


 

 

(1) Voir dans la suite la destruction du château de Talmont par Louis VU, à l'époque des seigneurs de la famille de Lezay.

(2) Par exemple Montaigu, Mortagne, Tiffauges, etc...

(3) Le fait est à constater, surtout pendant l'occupation anglaise et les guerres de religion.

(4) L’ancienne destination de la grande Tour du donjon ne peut être discutée. On voit parfaitement encore dans la voûte du premier étage, l’ouverture par laquelle on montait les cloches, et celles par lesquelles pendaient les cordes à sonner. La voûte du rez-de-chaussée est postérieure à la fondation, et vient couper, presque par le milieu, les grandes arcades destinées à éclairer l'intérieur, aujourd'hui complètement obscur.

(5) Jacques de Beaumont, seigneur de Bressuire, qui fut chargé, par le roi Louis XI et Philippe de Commines, de faire exécuter des travaux au château de Talmond.

(6) Voir chapitre Ier, de l'Histoire de l'Abbaye de Talmont.

(7) Cette tour était encore appelée au commencement du siècle, Tour de Gargalleau ou Gargallia. C'est précisément, en compensation de la réunion de ce clocher à son château et de la désaffectation de l'église Saint-Pierre, que Guillaume construisit l'abbaye de Sainte-Croix, qu'il remit entre les mains des moines de l'ordre de saint Benoît.

(8) Notice de M. Léon Ballereau (1873.)

(9) Le jardin, appelé Château-Gaillard, appartenait à la famille Gilaizeau de Talmont ; il est actuellement en la possession de Mme veuve Batiot.