Le siège de Royan en 1622 par le roi Louis XIII

Les grands événements dont la France fut successivement le théâtre, de 1562 à 1594, avaient réagi sur toutes les provinces à mesure qu’ils s’étaient développés. Nous avons vu ce que devint Royan pendant toutes ces luttes. Tour à tour au pouvoir des protestants et des catholiques, il souffrit bien des maux ; mais, sous le règne de Henri IV, la réconciliation des partis, par la promulgation de l’édit de Nantes, apporta le calme et la paix aux populations du littoral. Royan put se livrer à son commerce et à ses pêcheries, qu’il étendit au loin jusque sur les côtes d’Espagne et d’Angleterre. Mais ce bonheur ne put longtemps durer.

En 1620, « le duc de Rohan et son frère, le prince de Soubise, se mirent à la tête d’une nouvelle insurrection de protestants contre l’autorité royale.

Après la mort de Henri IV,  les anciennes haines parurent se réveiller, et, à la suite de sourdes provocations d’une part et d’actes de représailles de l’autre, les calvinistes recommencèrent la guerre, et proclamèrent enfin hautement le plan qu’ils avaient formé de diviser la France en une vaste confédération partagée en sept cercles,en laissant un fantôme de roi auquel l’autorité aurait été promptement retirée, et qu’auraient remplacé des institutions républicaines comme celles des Provinces-Unies de Hollande.

 La majorité de la noblesse avait fini par se railler à l’autorité royale, et le parti protestant était loin d’avoir la même puissance qu’au temps où il avait à sa tête le roi de Navarre, le prince de Condé et l’amiral de Coligny.

Le duc de Rohan et le prince de Soubise, pleins de courage et d’ardeur, ne purent cependant réunir qu’un petit nombre de soldats.

 

Ce fut précisément sur les bords de la Charente que la guerre fut la plus vive.

 L’ascendant de la Rochelle, ce formidable boulevard du calvinisme, dominait tout le pays. (1)

 Le duc de Rohan s’assura de La Rochelle, puis de la ville de Saint-Jean-d’Angély. Soubise, ayant investi le château de Royan, s’en empara par l’infidélité des bourgeois, qui, étant quasi tous de la religion réformée, 1’ introduisirent dans la place, après avoir appliqué des échelles aux murailles pour faire croire à une surprise.

Cette nouvelle fut apportée à Louis XIII le 12 décembre, jour de la prise de Monheur, ce qui l’allligea beaucoup, car la citadelle de Royan, par son assiette à l’embouchure de la Gironde, dont elle commandait la navigation, était une de places fortes les plus importantes de la Saintonge du Sud, et la saison était trop avancé pour tenter de la reprendre.

Le sieur de la Chesnaye, chassé de Royan, dont il était gouverneur, alla joindre le roi en Guienne, pour écarter de sa personne tout soupçon de complicité dans la défection de cette place (2).

 Soubise, ayant mis une garnison à Royan, s’occupa ensuite de mettre ses places fortes en état de défense.

Parcourant la Saintonge, il arriva le 21 avril 1622 à La Rochelle, où, suivant M. Massiou, il fut très mal accueilli du corps de ville et surtout de la multitude.

 Louis XIII assiégea et prit Saint-Jean-d’Angély au mois de juin 1621.

L’année suivante il vint assiéger Royan, et là il y a une contradiction dans l’histoire. M. Massiou prétend que cette ville fut attaquée avec tant de vivacité qu’elle se rendit au bout de six jours ; que Louis XIII y fit son entrée le 11 mai, veille de la Pentecôte, et y mit garnison.

Laissant alors en Saintonge le comte de Soissons pour continuer le blocus de La Rochelle, il passa la Gironde et reprit la campagne en Guienne, où l’avaient précédé le maréchal de Théménos et le duc d’Elbeuf.

 Voici les détails que donne à ce sujet M. Filleau, dans son Annuaire historique et statistique du département de la Charente-Inférieure pour l’année 1814 :

« Royan a soutenu, en 1622, un siège contre l’armée royale, commandée par Louis XIII en personne ; on montre encore la maison que le prince habita alors au hameau de Chatelars : ce siège fut marqué par la longue résiste tance des assiégés, commandés par le maire Gombaud, qui furent réduits à trente hommes. »

 M. Gautier énonce ainsi son opinion sur ce fait historique dans sa Statistique du département de la Charente-Inférieure, publiée en 1839:

« En 1622, Louis XIII vint assiéger Royan en personne : on montre encore la maison que ce prince habita alors au hameau de Chatelars ; ce siège fut marqué par la longue résistance des assiégés, commandés par le maire Gombaud. Cependant, réduits à la dernière extrémité, ils parlèrent de se rendre : le roi leur fit dire qu’il ne capitulait pas avec ses sujets, mais qu’il leur ferait savoir les conditions de leur grâce, conditions qui furent acceptées : la ville se rendit le 11 mai.

 On voit aussi qu’il y a loin de ces deux versions au siège qui, d’après l’auteur de l'Histoire de la Saintonge, n’aurait duré que six jours.

On reconnaît par cette divergence d’opinions, dit M. d’Aussy, combien la vérité historique a peine à percer les voiles de l'erreur. Comment les questions les plus importantes seraient-elles résolues sans hésitation, lorsque nous voyons que, dans notre pays même, au bout de deux cent vingt-sept ans seulement, des historiens de la localité ont des manières de voir diamétralement opposées sur le même fait?

 Pour moi, je me range de l’avis des deux derniers, et voilà les motifs sur lesquels je me fonde: Les protestants suppléaient à leur petit nombre par une grande exaltation ; la garnison laissée à Royan par le prince de Soubise était une troupe d’élite.

Le maire avait un caractère énergique, et le souvenir de l’échec essuyé précédemment devant cette place par une armée du duc de Mayenne, devait enflammer le courage des assiégés  sans qu’on soit obligé de croire qu’ils ne se rendirent qu’après être réduits au petit nombre de trente.

Les trois historiens que j’ai cités ne s’accordent pas encore sur un fait de la plus haute  importance et que je vais faire connaître.

 « Lorsque Louis XIII eut mis garnison à Royan,  il se porta vers l’armée qui assiégeait La  Rochelle, et les calvinistes de Royan, probablement renforcés par leurs coreligionnaires des campagnes, de Marennes, de La Tremblade et de l’île d’Oléron, surprirent les soldats de l’armée royale, et, après un combat acharné, en firent un massacre général.

Cet acte de perfidie ne tarda pas à recevoir la plus terrible punition.

Le duc d’Epernon, dont le caractère inflexible était propre à exercer de cruelles représailles, parut sous les murs de Royan, peu de mois après cette trahison des habitants, et investit la place. Il avait huit mille hommes sous ses ordres et l’emporta d’assaut.

La ville fut pillée d’abord et livrée ensuite aux flammes ; presque tous les habitants furent impitoyablement égorgés, et on peut dire que ce port, célèbre dans les annales de Saintonge au moyen-âge, cessa d’exister, comme la malheureuse Thérouanne  après qu’elle fut tombée au pouvoir de Charles- Quint, en 1553 (3).

Ce dernier fait, c’est à savoir le massacre de la garnison par les Royanais, n’est mentionné ni par Dupleix, ni par Girard dans sa Vie du duc d'Epernon. On peut donc le regarder comme n’ayant jamais existé.

 

Le Château de Royan et son port

A La ville de Royan ; B la porte de la ville ; C Le Château ; D le Port ; E le lieu appelé Sarasin ; F le lieu appelé Fosillon ; G le Quay ; H le puits taillé dans le roc par lequel l’on descend dedans les barques qui viennent par un conduit qui est taillé dedans ledit roc ; I le fossé de la ville taillé dans le roc, large de quarante pieds, et profonds de vingt ; K les vieilles fortifications ; L le fossé dedans le roc large de 40 pieds, profond de12 ; M les nouvelles fortifications ; N le fossé taillé dans le roc large de 30 pieds, profond de 12 ; O Deux demi-lunes détachées ; le lieu où les assiégés faisaient leurs sorties pour aller dans le faux bourg ; Q le lieu de la main droite appelé fosillon ou les régiments des gardes, Navarre, et Castel bayart commencèrent leur attaque, et l’ouverture des tranchées ; R les tranchées et redoutes conduites à la pointe du bastion appelle Soubise, lequel fut attaqué par le régiment de Navarre, lequel se logea la nuit dedans le pas, et continuant d’abattre la terre, fit une ouverture à la pointe dudit bastion, où l’on logea des mousquetaires. Ce que voyant les ennemis, se retirèrent dedans un retranchement marqué E, qu’ils avaient fait à la gorge dudit bastion, ou ils ne firent pas long séjour, à cause d’une ouverture que l’on fit à l’opposée, ou se logèrent des mousquetaires qui firent quitter ledit retranchement et s’y logèrent : La mine que les ennemis y avaient fait fut aussi trouvée avec quantité de poudre, ledit bastion étant entièrement gagné, l’on y fit les logements nécessaires, et la nuit suivante les gardes entrants en garde se logèrent dedans le fossé ou est la palissade marquée C, Qui donna occasion aux assiégés de quitter les deux bastions marqué A ; S trois batteries ruinant les défenses ;  T le faux bourg ou étaient logez les régiments de Champagne et de Bury ; V le lieu où l’on commença l’ouverture des tranchées à la tête dudit faubourg ; X la plateforme ou l’on logea trois canons ; Y les lieux qui furent attaqués, et où se logea dedans le pan des bastions ; Z le lieu où les assiégés firent leur mine ; & la demi-lune abandonnée par les assiégés ; 2 deux batteries tirant dedans le port et aux défenses du Château ; 3 le village et son Eglise appelé Saint Pierre de Royan ; 4 le bois appelé la Garenne ; 5 la place d’armes ou l’on mettait cinq cents  hommes. Le même jour onzième mai 1622, à huit heures du matin, le roi étant venu vers les tranchées, et le bastion que l’on avait gagné, les ennemis envoyèrent supplier sa Majesté de leur pardonner, et permettre se retirer et sortir de la place, sa dite Majesté voulant sa clémence accoutumée leur accorda de s’en aller par la mer avec leur bagage dans les cinq heures du soir, avec serment de ne porter plus les armes contre son service ; 6 le Roi : 7 le tambour envoyé par le ennemis, pour demander pardon à sa Majesté.

 

 

 

 

 

Le siège lui- même est si peu connu, qu’il est nécessaire d’en donner ici une relation appuyée sur les documents.

« En avril 1622, le roi ayant dessein d’attaquer Royan, il dépêcha le duc d’Epernon avec une partie des troupes qui étaient devant La Rochelle, pour en aller commencer le siège.

Le duc, s’étant approché de Royan, monta à cheval pour aller reconnaitre la place.

 C’était une petite ville au bord de la mer, sur un rocher inaccessible du côté de l’eau ; l’élévation du rocher résistant à l’impétuosité des vents faisait au bas du précipice un petit  havre, lequel était défendu par un vieux château bâti sur 1’éminence du rocher, et au milieu du rocher on avait aplani un petit chemin qui conduisait au havre par une des portes de la ville.

Du côté de la terre, la place était en pays plus uni ; mais elle était par là si bien fortifiée, qu’au jugement de tous ceux qui la reconnurent pendant ou après le siège, c’était une des meilleures places pour sa grandeur qui fût en France. Elle avait encore cet avantage qu’on pouvait presque sans péril en entreprendre la défense, parce qu’après avoir perdu tout le terrain (ce qui ne se pouvait qu’après un long siège), la commodité de la mer et le voisinage de La Rochelle rendaient la retraite si facile et si assurée, qu’on pouvait s’y défendre jusques aux plus grandes extrémités.

Le baron de Saint-Seurin, de la religion prétendue réformée, gentilhomme de grande condition et de grand mérite, mais jeune encore, avait, dès le commencement des troubles, surpris la place sur La Chesnaye, l’un des ordinaires du roi, de la même religion, mais attaché entièrement à son souverain.

La Chesnaye avait été mis dans le château de Royan par la grande faveur du duc de Luynes, qui le tenait pour un de ses plus zélés confidents. Il succédait dans cette charge au capitaine Candelé, de qui le roi l’avait rachetée pour dix mille écus.

 Les avantages de sa position n’étaient pas inconnus de Saint-Seurin. Il savait assez ce qu’il pouvait espérer, ou d’honneur dans son parti, ou de récompense du roi même, après une longue et opiniâtre résistance.

Mais la Mothe-Saint-Seurin, son frère, le comte de  Marennes, son beau-frère, et Navailles, son cousin, avaient été faits prisonniers en l’ile de Ré, et le roi, qui les menaçait d’un traitement autre que celui réservé ordinairement à des prisonniers de guerre, avait fait connaitre à Saint-Seurin que de sa résolution dépendait salut de ses proches.

Le duc d’Epernon ménageait cette affaire avec Saint- Seurin par ordre du roi; il avait même ajouté l’espérance de plusieurs avantages Saintes Seurin, touché du sort de ses proches et très mal satisfait des traitements crue recevaient les personnes de sa condition dans son parti,  avait promis de lui rendre la place.

Le jour en avait été convenu, l’heure prise, et, toutes se choses prêtes pour l’exécution, les troupes du roi s’étaient avancées vers la ville pour la recevoir, les gardes du duc étaient commandés pour en garder la porte, lorsque Saint-Seurin, se confiant plus qu’il ne devait en sa garnison, ne fit pas de difficulté de sortir dans le faubourg pour venir résoudre avec le duc quelques difficultés qui étaient suret venues.

 Il laissa à la vérité dans le château son lieutenant, qui avait les mêmes sentiments que lui.

Cette forteresse le rendait sans difficulté maître de la ville, ayant une porte de derrière par laquelle il pouvait introduire les troupes du roi, quelque obstacle que les habitants eussent voulu apporter à son dessein.

Mais Favas, Saint-Ravy, Moulines, et quelques autres personnes de commandement, sur le bruit qu’on avait eu à La Rochelle du traité, y accoururent en diligence.

Comme ils virent le gouverneur dehors, et son lieutenant, nommé d’Arnaudrie, assez simple, pour s’être avancé jusque sur le pont-levis du château pour leur parler à découvert, Saint-Ravy, assisté d’un nommé Poyanne, lui donna un coup de pistolet dans la tête et l’étendit sur le carreau.

Après ce coup, il fut crié aux armes, la ville fut révoltée contre Saint-Seurin, sa propre ganison prit l’exemple de la ville, et on entendit tout-à- coup un grand bruit qui ne marquait rien moins que la reddition qu’on en attendait.

 Le duc d’Epernon en approchant de Royan,  avait pris son logement dans une maison appelée Saint-Pierre-de-Royan, laquelle n’était pas hors de la portée du canon de la ville. Au- devant du logis il y avait un petit préau, dont la vue, qui s’étend d’aplomb sur la ville, avait attiré une infinité de personnes pour voir, comme d’un théâtre, la reddition de la place.

Le duc y était. M. d’Autry s’y était longuement entretenu avec lui et s’y promenait encore. Cette nombreuse réunion de personnes ayant obligé ceux du dedans de pointer promptement tout ce qu’ils avaient de canons, ou de fonte ou de bronze, il fut tiré, presque en un instant, un coup n’attendant pas  l’autre, 18 volées de leurs pièces qui donnèrent toutes en ce petit lieu.

 Il y a véritablement après cet exemple de quoi mépriser le bruit des canonnades; à peine, si on eût eu dessein de ne toucher personne, eût-on été adroit pour ajuster si bien, qu’on eut atteint quelqu’un dans une multitude si épaisse ;  néanmoins aucun n’en fut touché, et hormis  la peur qui fit mettre le ventre à terre à plusieurs des curieux, il n’y eut matière que de rire pour tous les autres.

Le duc se promena toujours, tandis qu’on tira de la ville, avec le même sang-froid que s’il n’eût pas entendu de bruit. Mais lorsque le tumulte fut fini,  jugeant bien que ce n’était pas canonnades de joie, et qu’il fallait, avant que les ennemis eussent le temps de se bien reconnaître, tirer tous les avantages qui se pourraient de leur confusion, il commanda à toutes les troupes de prendre les armes.

Lui-même, descendant promptement aux faubourgs, qui étaient fort bien retranchés et barricadés, mais mal gardés à cause du trouble, il les emporta presque sans résistance, ce qu’il n’eut pas su faire de plusieurs jours ni sans perdre beaucoup d’hommes de valeur, s’il eut différé à se prévaloir de l’occasion de ce désordre.

Saint-Seurin, surpris d’un changement si peu attendu, et ne pouvant pas croire ce qu’il voyait, s’approcha de la ville pour en demander la cause. Toute la réponse qui lui fut faite, ce fut de se retirer.

Les soldats gardèrent un peu de respect pour sa personne, et ne voulurent pas tirer sur lui, mais ils ne le voulurent pas recevoir aussi.

A ce moment, il s’aperçut de la faute que sa jeunesse et le manque d’expérience lui avaient fait faire. Il vint trouver le duc d’Epernon pour lui faire ses excuses ; celui-ci, ayant plus de compassion de son déplaisir que de ressentiment du mauvais succès de son dessein, le reçut favorablement et le consola : il le retint même auprès de lui, et lui donna moyen d’effacer,  par les services qu’il rendit durant ce siège, tout le blâme qu’on pouvait donner à sa conduite, et de faire hautement paraître sa vaillance et son courage (4). 

Saint-Seurin, ayant ainsi perdu le gouvernement de la ville, toute l’autorité fut déférée a Favas pour y commander.

Saint-Ravy, s’étant assuré du château, exhorta ses soldats à la fidélité envers le parti contre les traîtres ; il sortit dans la ville, et se saisit aussi des tours et portes.

Le duc d’Epernon, ayant fait donner jusqu’aux murailles, fut contraint de se retirer dans le faubourg pour commencer le siège, attendant le roi, qui était à Saintes.

Pendant les pourparlers entre Saint-Seurin et le sieur de la Calonge, frère du baron d’Au- thon, envoyé par le duc pour traiter de la reddition de la place, l’artillerie royale était arrivée.

Louis XIII, qui désirait être en personne à ce siège, partit de Saintes avec le reste de son armée, et vint camper devant Royan.

Il prit logis au Châtelars. Pour établir un bon ordre en ce siège, le roi commença par reconnaître la place, accompagné du maréchal de Schomberg, du sieur du Rallier et de deux autres gentils-hommes.

Après cette reconnaissance, il fit ouvrir les tranchées, fit dresser deux batteries, l’une du côté de Foncillon et l’autre du côté du faubourg, où le duc d’Epernon s’était logé avant l’arrivée de l’armée.

Les tranchées ouvertes, le roi fit attaquer deux bastions de dehors, l’un du côté des régiments des Gardes et de Navarre, et l’autre du côté des régiments de Champagne et de Burie.

 La brèche faite par la première batterie paraissant suffisante, l’assaut fut donné contre un des bastions, lequel ayant été soudain abandonné par les ennemis, donna lieu de supposer aux troupes royales qu’il y avait là quelque mine, et de fait il y en eut deux qui jouèrent, mais les soldats ayant été ainsi prévenus, elles ne leur firent point beaucoup de mal : de sorte que, le péril passé, ils se logèrent sur le bastion.

La noblesse, ayant voulu participer à cette glorieuse affaire, s’élança si avant qu’il en demeura quatre ou cinq sur la place avec quelques soldats.

Le maréchal de Praslin, Bassompierre, le sieur de Biron, maréchaux de camp, le Plessis-Boissonnière, leur aide de camp, et le comte de Palluau, qui conduisait le régiment de Navarre, firent très bien leur devoir en cette attaque.

Et même Biron et le sieur de Refuge, petit-fils du chancelier de Bellièvre, y furent blessés, mais la plaie de celui-ci ayant été empoisonnée par un chirurgien religionnaire, qui le pansait, il mourut peu après de sa blessure.

Le même stratagème étant pratiqué par les ennemis devant l’autre batterie, une mine y joua si avantageusement pour eux, que le roi y perdit plus de quarante gentilshommes et un grand nombre de soldats, outre les  blessés.

La noblesse volontaire étant allée à l’assaut contre ce bastion avec beaucoup de témérité et peu d’ordre, le duc d’Epernon y  perdit quasi tous ses gardes, et même le lieutenant et l’enseigne.

Les barons de Vassé et de Matha, les sieurs de Burge, Lingondais et Saint-Martin, y finirent leurs jours sans avoir joint les autres détachements royaux. Le marquis de Senecy, le jeune Montigny, fils du maréchal, Humières, Marcillac-Tillou, capitaine des gardes du duc d’Epernon, Ramès, Sancy-Pallemor, Boyer, provençal, et autres, y furent blessés.

Le commandeur de  Souvré, emporté en l’air par 1’effet de la mine, se trouva enterré après sa chute et fut déterré et retiré vivant comme du sépulcre ;  mais le marquis de Senecy et le sieur d’Humières y furent portés, étant décédés peu après de leurs blessures.

 Le malheur de ceux-là n’empêcha pas que les autres ne retinssent encore leur avantage, prêts à donner plus avant, et, en se rendant maîtres du bastion, à forcer ensuite la place. Si bien que les assiégés, admirant leur résolution, et ne voulant pas attendre un second assaut, demandèrent à capituler.

La résistance avait été tellement grande de la part des assiégés au deuxième bastion, qu’une compagnie des gardes du duc d’Epernon, composée de quarante-cinq hommes, n’en eut que deux qui s’échappèrent sans blessures.

Quatorze y furent tués, et tous les autres blessés, les uns dangereusement, les autres moins, mais les trois chefs, Marcillac-Tillou, la Roche et Larcan, qui avaient donné à la tête de leurs troupes, le furent si fort, qu’ils en faillirent mourir.

Le baron de Matha, qui avait accompagné le duc en cette occasion, fut tué d’un coup de couleuvrine sur le haut du bastion ; plusieurs gentils- hommes de la maison du duc furent aussi tués.

Le maréchal de Vitry, qui était à cette attaque, et qui servait, comme dans toutes les autres occasions où il s'est trouvé, avec une valeur extraordinaire, leur en donna le principal honneur.

Ainsi, la bonne direction donnée à cette attaque par le duc d’Epernon et la valeur des siens, mirent fin à ce siège, en moins de semaines qu’on ne lui avait destiné de mois, s’il eût été conduit avec moins de prudence.

Car, depuis la Ligue, alors que le baron de  Saujon s’en empara, Royan avait été toujours a depuis tenue et fortifiée par les religionnaires, tant afin de lever des contributions sur les vaisseaux allant vers Bordeaux, que pour recevoir en son port les pirates de La Rochelle.

 

 Dans cette attaque, on y remarqua, comme c’est l’ordinaire, des blessures si étranges, que la guérison, surpassant toutes les règles de la médecine, les fit tenir pour miraculeuses.

Un soldat des gardes du duc, nommé Favre, reçut un coup de canon dans le ventre qui avait entrée et issue, et dont l’ouverture était  plus grande que n’est le fond d’un chapeau.  Les chirurgiens ne pouvaient croire que les boyaux n’en seraient pas attaqués, que la  nature fût capable de réparer une si grande brèche ; elle le fit pourtant, et avec tant d’adresse qu’il n’en ressentit aucune incommodité.

Un autre soldat, nommé la Ramée et du même lieu (car ils étaient tous deux le Saint- Jean-d’Angely), reçut une mousquetade qui lui entrait par la bouche et lui sortait à la nuque ; il en guérit aussi bien que son compagnon, et leurs blessures extraordinaires l’ayant été rapportées au roi, Louis XIII les attacha à son service, disant que c’étaient des hommes qui ne devaient pas mourir.» (5)

 

Le sieur de Favas, examinant le peu d’apparence qu’il y avait de tenir longuement contre les armes du roi, songea à la conservation tant de lui que des siens, et se résolut de chercher leur salut et le sien dans la miséricorde du prince, en remettant humblement entre ses mains la ville de Royan et son château, ce qu’il a fait, ayant envoyé au-devant de sa majesté quelques personnes de sa part, avec les clefs de la ville, qu’ils lui ont offertes (6).

Le roi, ayant accepté leur soumission, permit aux gens de guerre de sortir avec armes et bagages, et aux habitants de demeurer en leurs maisons, avec l’exercice libre de leur religion, en lui faisant serment de fidélité, ordonnant aussi que les meubles et équipage du sieur de Saint-Seurin lui seraient rendus.

Et d’autant que les vaincus avaient envoyé prisonniers à La Rochelle deux des habitants, soupçonnés d’être bons serviteurs du roi, il en retint deux autres jusqu’à ce que ceux-là fussent remis en pleine liberté.

Il en sortit près de mille hommes de guerre, qui n’avaient plus que bien peu de munitions et de vivres. Drouer, encore capitaine au régiment des gardes, fut pourvu par le roi du gouvernement de la place (7).

 

Royan se rendit le 11 mai 1622, deux jours après la prise des deux bastions.

Comme il ne restait plus rien en Saintonge qui fût capable d’y arrêter les armées du roi, ce prince partit de Royan le 16 du même mois pour s'acheminer en Guienne, où les religionnaires étaient encore en armes.

Telle est la principale page d’histoire de Royan, au temps du calvinisme.

Il parait que le baron le Saint-Seurin, qui s’en était emparé à l’induction des Rochelais et du sieur de Soubise, en 1621, l’avait fortifiée en prélevant un impôt d’une pistole par tonneau sur chaque navire de passage.

M. Pelletan dit que le seul fait notable du siège c’est que l’ingénieur italien Pompeïo Targone plaça une pièce de canon sur un moulin.

C’est une tradition du pays sans doute, car nous n’avons trouvé le fait mentionné dans aucun écrit du temps.

 P. de Lacroix.

 

Par la capitulation, les vaincus de Royan avaient obtenu la vie sauve ; mais Favas, commandant de la Rocheloise, mouillée devant la place, refusa de recevoir à son bord ses coreligionnaires, qu’il accusait de lâcheté ; il fallut que Louis XIII leur fournit des navires et des vivres.

II est vrai que Favas, si pointilleux sur les capitulations, fut lui-même forcé de se rendre peu de temps après, et avec lui la tour de Cordouan tomba aux mains des royalistes.

Ainsi finit cette guerre, par la prise d’un point très important, puisqu’il reliait Bordeaux, Bergerac, le Béarn et le Médoc à La Rochelle, qui était, comme on sait, le quartier général du protestantisme.

 Depuis lors, Royan entra dans l’obscurité et ne fut plus qu’une ville maritime, dont la pêche constitua longtemps l’unique industrie.

Au dix-huitième siècle, cette pêche occupait sur toute la côte vingt mille personnes.

 

Le siège de Royan en 1622 le roi Louis XIII (6)

 

 

LA PRISE DE LA VILLE DE ROYAN PAR SA MAJESTÉ SUR LES REBELLES et ce qui s’est passé au Siégé d’icelle.

SA MAJESTÉ ayant heureusement commencé son voyage par la deffaicte des troupes rebelles et ennemies, qui sembloient menacer le Poictou d'une ruine totale, séjourna quelque peu de temps à Aspremond (8) pour faire monstre à son armée, et de là commanda à ses trouppes de s’acheminer au plustost vers Royan (9), ville qui servoit d’azile à nos rebelles, qui, courans aux environs de Xaintes (10), endommageoient beaucoup cette contrée, prenans prisonniers et fourrageans toute la campaigne, et servoit mesme grandement cette ville aux Rochelois, pouvans se rafraîchir et tirer forces vivres de ce costé la ; c’est ce qui les a portés à faire tout ce qu’ils ont peu pour se la conserver, jusque là qu’à se venter que, si le Roy l’attaquoit, il en auroit bien pour huict mois, tant ils l’avoient bien munie et fortifiée d’hommes et de toutes choses nécessaires à un long siège; cela seroit bon si Dieu estoit pour eux, mais abhorrant tout à faict leurs desseins, puisque se contraires à ses commandemens, et si pernicieux et temeraires aux yeux de tous les gens de bien, ils travaillent en vain pour la deffence de leur cités; cecy paroist fort clairement en la prise de cette ville qui, en moins de quatre jours, s’est veue réduitte à rechercher la miséricorde de son Roy.

Mais, pour parler plus particulièrement de cette prise, je vous diray que, au premier jour, les approches se firent aux fauxbourgs où l’on mit en battrie six pièces de canon, et y alla t’on avec tant de courage que, dès le lendemain, on se logea sur la contrescarpe du fossé; et dès ce mesme jour le Roy voulut voir les batteries.

Le deuxieme jour de l’approche, deux pièces de canon furent posées sur le bord de la mer pour empescher le secours qu’eussent peu envoyer ceux de la Rochelle (11).

Le troisiesme, on fit encore une batterie de 3 pièces de canon qui endommageoient fort les courtines de la ville, s’y qu’en peu de temps elles furent réduites en pouciere.

Le 4 jour, fut mise la batterie de Mr de la Jaille (12), composée de trois pièces de canon, qui espouventa fort les rebelles.

Le 6 jour, l’assaut se donna sur les six heures du soir: les enfans perdus se coulèrent le long de la mer et montèrent sur un bastion, sur lequel un sergent du régiment de Navarre avoit monté un peu auparavant, ayant dit tout haut qu’il estoit bon de donner; et donna t’on des deux costés si vivement que peu s’en falut que la place ne fut emportée d’assaut; en un mot, ce bastion fut si courageusement attaqué que les ennemis, la plus part Holendois, ont esté contraincts d’advouer qu’aux guerres de Flandre et des Pays bas, on n’attaquoit point les places si vivement qu’en France; ce mesme jour, une mine joua qui endommagea quelque peu les nostres; mais les rebelles assiégés, se voyans proches de leur ruine, commencèrent à songer à leur conscience, et ainsi demandèrent à parlementer, ce que leur ayant esté accordé, on les mena vers sa Majesté, de laquelle ils obtindrent les articles suivans :

 Le Roy donne la vie et la liberté à ses subiects, de quelque qualité et conditions qu’ils soyent, estant à presant dans Royan.

Sa Majesté leur permet de se retirer par mer ou par terre, en toute seureté, là part où il voudront excepté en l’Isle d’Argenton et Médoc (13), et emporter ce qui pourront charger de leurs armes et bagage, excepté les canons et munitions de guerre et vivres.

Rendront tout ce qui appartient au sieur S. Seurin (14) et à ceux qui sont sortis avec luy, mesme les navires ou valleur d’iceux; voullant aussi Sa Majesté, qu’ils remettent en liberté les sieurs de Pousac, et autres prisonniers prins dans Royan, en quelque lieu qu’ils auroient esté conduicts, et pour seureté de ceste parole donneront des ostages.

 Sa Majesté permet à tous ceux qui se voudront retirer à eux d’y vivre soubs le bénéfice de ses Edicts, apres avoir faict la déclaration necessaire; et pour ce leur sera donné pasport, à ceux qui ne voudront ce servir de ceste grâce promettant de ne porter point les armes contre le Roy.

Remettront la place, dans cinq heures du soir, entre les mains de ceux à qui plaira au Roy ordonner pour ce subject, et, des à ceste heure, en donneront des ostages.

Faict au camp devant Royan, ce 11 may 1622.

 

Les rebelles ayant quitté la place, le Roy a mis dedans bonne garnison pour tenir en bride les Rochelois.

En ce siégé, se sont faict signaler plusieurs seigneurs, quelques uns desquels y ont perdu la vie; cest de quoy il ne se faut etonner, car les vaillans et courageux meurent ordinairement de cette sorte; entr’autres a paru la valeur de Monsieur le Mareschal de Vitry (15), qui a esté blessé d’un coup de pierre; Monsieur le Comte de Pongiro a reçu un coup de mousquet qui luy a couppé son baudrier; Monsieur du Mier, Monsieur le Baron de Vasse (16), le Baron de Matha (17), et quelques autres seigneurs y sont morts; au grand regret des bons François; à la vérité, il seroit à desirer que tant de braves seigneurs s’espargnassent un peu : Mais quoy, ils sont si plains de zele et d’ardeur de servir le Roy qu’ils se mocquent de tous les hazards, comme s’ils estoyent composés de quelque matière invulnérable ; reste à nous eslancer nos prières vers la Divine Majesté, affin qu’elle veille conserver notre bon Roy, qui prand tant de peine pour nous donner la paix.

 

la ville de Royan est en grande partie détruite seulement en 1631, sur ordre de Richelieu, conseillé en cela par l'intendant de Saintonge La Thuillerie, qui ordonne le « razement et démolition entière des fortifications, tours et murailles, châteaux et maisons qui sont dans l’enceinte de la ville de Royan » ; la citadelle est totalement démantelée, les fossés sont comblés, la digue du port, qui le protégeait des assauts océaniques, est démantelée, le rendant impraticable (voir le texte de la commission envoyée à Coignet de la Thuillerie pour le Razement des fortifications de la Rochelle )

 

Documents sur la ville de Royan et la tour de Cordouan.... 1-2 / recueillis par Gustave Labat,...

 

 

 

 

Le couvent des Récollets de Royan

Louis XIII ayant accordé aux habitants le libre exercice de la religion réformée, le ministre Chessay ne fut pas obligé de quitter le pays.

Mais le roi fonda, en cette même année 1622, un couvent de Récollets à Royan.

 On trouve aux Archives de la Charente-Inférieure un seul document concernant cette communauté. Il est adressé à M. Amelot de Chaillou, intendant à La Rochelle.

 

Le voici :

« RÉCOLLETS DE ROYAN.

A Royan, ce 2e décembre 1723.

« Monseigneur,

Conformément à vos ordres, je vous envoyé ce que vous me demandez touchant la communauté de Royan ; elle a été fondée par Louis treize en l’an mil six cent-vingt et deux, nous avons les lettres-patentes.

Elle est composée de six prêtres, de deux frères et d’un valet pour le jardin et un petit garçon pour servir les messes. Elle n’a n’y rentes n’y aucun bien ; elle subsiste que par les aumônes qu’on lui donne.

Voilà, Monseigneur, l’état de la communauté des Récollets de Royan. C’est ce que je puis assurer et que je suis avec un très profond respect, Mon seigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

F. Olivier,  gardien des Récollets de Royan.

 

A cette époque de 1723, l’intendant demandait à chaque communauté un état de ses revenus et de ses dépenses, afin d’asseoir équitablement l’impôt des décimes sur les revenus de la terre.

Le calvinisme avait détruit jusqu’au dernier vestige d’église.

La population allait entendre la messe au village de Saint-Pierre de Royan, à un quart d’heure de distance.

 On dit que Fenélon vint y prêcher.

Vint la révocation de l’édit de Nantes. La population émigra en Hollande. Ce fait fut autant préjudiciable à la ville que le siège de 1622.

Mais il n’est pas juste de dire, comme l’a écrit M. Gautier dans sa Statistique, que la ruine de Royan fut entièrement due au massacre de la garnison royale et à la vengeance de Louis XIII contre les habitants.

M. Filleau est bien plus près de la vérité quand il dit : Après la prise de Royan le roi fit détruire les fortifications et le château ; la jetée, qui abritait un port vaste dont il reste des vestiges, et le port même, furent détruits ; il parait que les restes de la population abandonnèrent alors ce pays, qui devint à peu près désert, sauf quelques maisonnettes situées dans un faubourg qui s’est successivement grandi jusqu’à son état actuel.

 Il parait même que Louis XIII ne fit pas démolir entièrement le château de Royan, puisqu’au dix-huitième siècle une partie du bâtiment existait encore.

Mais le donjon perchait sur la corniche de la falaise, et, à force de « creuser sous la fondation, la mer avait fini par jeter â bas la falaise et le château.

Ce n’était qu’un rocher de plus au milieu des rochers. (l8)

Malgré la révocation de ledit de Nantes, la population garda le culte proscrit au fond de sa conscience. Elle lisait la Bible en famille, sous le manteau de la cheminée.

L’exercice de la religion réformée fut interdit à Royan dès 1682, et à Mornac le 9 mars 1685.

 On montre encore sur les bords de l'Océan un creux de rocher qui servait de temple. Aussi, du premier au dernier jour du dix-huitième siècle, la population de Royan resta dans l’attente.

Sous le règne de Louis XVI, les protestants, qui savaient que le roi penchait vers la tolérance, ne suspendirent point leurs assemblées et continuèrent à se réunir dans leur local accoutumé. Le pasteur Jarousseau avait planté sa tenté à une lieue de Royan, et entretenait soigneusement ce qu’il appelait l’esprit d’Israël dans toute la province.

Le 29 janvier 1783, le roi rendit un édit qui restituait aux non catholiques de son royaume l’usage des droits civils. Les protestants rentrèrent dès-lors dans la grande famille des Français, dont ils n’ont plus cessé de faire partie.

En 1789, le titre de marquis de Royan était porté par M .Charles Sigismond de Montmorency, duc de Piney-Luxembourg, pair de France, lieutenant-général des armées du roi.

Il était petit-fils de Charles-Paul de Montmorency, duc de Châtillon, pair de Bouteville, marquis de Royan, et de Angélique de Vertilly.

Son bisaïeul, Paul Sigismond de Montmorency- Luxembourg, duc de Châtillon, avait épousé Marie-Anne de la Trémouille, marquise de Royan, comtesse d’Olonne, fille de François de la Trémouille, sénéchal et gouverneur de Poitiers, et petite-fille de Philippe de la Trémouille, né en 1596, second marquis de Royan, et de Madeleine Champrond, dont il est parlé dans les Mémoires de la minorité de Louis XIV.

Lorsque la Révolution refit la carte politise que de la France, elle éleva Royan à la dignité de chef-lieu de canton.

A partir de ce moment, elle posséda, à ce titre, une justice de paix, un bureau de perception, un bureau de poste, un bureau d’enregistrement et deux études de notaire.

Comme Royan pouvait passer à la rigueur pour un port de mer, la munificence de l’Etat lui accorda en outre un commissaire de marine, un bureau de douane, une compagnie de douane, un gendarme de marine, le premier et longtemps le seul gendarme du canton.

 Le Consulat ajouta plus tard à tout cela un curé et un pasteur.

La Convention avait envoyé le représentant du peuple Isabeau pour fermer aux Anglais l'entrée de la Gironde. Isabeau fit construire à Royan un fort parfaitement conçu, admirablement muni de lunes et demi-lunes, de tours à boulets, de pièces de quarante, de mortiers, de bombes et d'obus.

Une frégate anglaise prit le fort, en 1815, d’un coup de canon. Le vainqueur jeta l’artillerie à la mer, démolit les tours, emporta les boulets, et rasa la caserne.

 Le fort, totalement ruiné, continua néanmoins d’avoir une existence légale sous la Restauration. II possédait encore deux vieux canons de fonte, renversés de leurs affûts, encloués et gisants au milieu des orties.

 L’ingénieur Lessore avait ébauché, l’ingénieur Botton développa la nouvelle cité.

Le premier avait remblayé la conche du port pour la relier par une pente carrossable à la portion de Royan bâtie sur le rocher. Jusqu alors Royan avait tourné le dos à la mer, ce qui était de sa part un manque de politesse, mais, en jetant un boulevard sur sa couche, 1’ingénieur Botton força Royan à faire volte-face et à regarder dans le sens de la poésie.

N'eût-il rendu que ce service à la population royanaise, il mériterait l’inscription de son nom sur une plaque de marbre à l’entrée du boulevard (19)

 L’ancienne église de St-Pierre de Royan, dont le droit de patronage du XI au XVIIIe siècle était exercé par le prieur de St-Vivien de Saintes, fut rebâtie un peu plus loin. Les protestants restaurèrent leur temple et y mirent des orgues.

Royan occupe une place de premier ordre parmi les villes de bains. Elle acquiert tous les jours une nouvelle importance et revêt une nouvelle physionomie.

La côte que la Gironde baigne est bordée de rochers inaccessibles dans beaucoup d’endroits, dit M.  Gautier dans sa Statistique de la Charente- Inférieure. Il y a quelques baies ou couches  dont les plus considérables sont celles de Royan, de Foncillon et de Pontaillac.

La « première forme un demi-cercle d’une circonférence de quatre kilomètres ; plus de deux  cents hectares y sont envahis par les sables, qu’il serait bien urgent de fixer sur toute cette côte. Ces sables sont aujourd’hui fixés, et cette conche est un but de promenade pour les habitants de la ville.

C’est une des plages de Royan où, pendant l’été, plusieurs milliers de visiteurs se réunissent pour prendre des bains de mer.

 Royan, dit M. Adolphe Joanne, attire les baigneurs par la commodité, le nombre et la variété des hôtels, l’approvisionnement abondant de ses marchés, et surtout par la variété de ses plages, ou plutôt de ses conches, pour employer une expression du pays.

Toutes ces plages, plus ou moins en pente douce, et d’un sable fin comme l’ambre, chauffé à  mer basse par le soleil, offrent aux baigneurs des bains de différentes qualités.

 La lame expire doucement dans la conche de Royan, tandis qu’elle déferle avec brutalité dans la conche de Pontaillac.

Les moyens de transport sont aujourd’hui plus nombreux et plus commodes que jamais. Aux voitures des petites villes de la région et aux bateaux à vapeur de la Gironde est venue s’ajouter une ligne de fer qui fait de Royan un faubourg de Bordeaux et met cette station balnéaire, dont les attraits sont innombrables et bien supérieurs à ceux des autres plages de l’Océan, en communication rapide avec le centre.

La population de Royan, qui n’était, en 1814, que de 2,132 habitants, puis, en 1839, de 2,761, est aujourd’hui de 5,445. On y compte 1,236 maisons, et 1,391 ménages.

P. de Lacroix, L'Écho de Jarnac 1882

 

 

 

 

Le régiment Royal-Niort créé par Louis XIII par lettres patentes prises au Siège de Saint-Jean-d'Angély le 26 juin 1621. <==.... ....==> 1622 Louis XIII et la défaite de Soubise - Prise du Château de la Chaume (bataille de l'île de Rié)

....==> ROHAN-SOUBISE perd l’ile de Ré le 15 septembre 1625


 

 

(1) Chroniques Saintongeaises et Aunisiennes, par M. d’Àussy, p. 186.

(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, liv. XII et XIII.

(3) Chroniques Saintongeaises, par M. d’Aussy, p. 187.

(4) Vie du duc d'Epernon, par Girard.

(5) Vie du duc d'Epernon, par Girard.

(6) La Réduction de la ville de Royan à l'obéissance du Roy, 1622, pièce.

(7) Histoire de France, par Dupleix, 1644.

(8) Aspremont, petite ville de Poitou avec titre de marquisat, possédée par une branche de la maison de Rochechouart.

(9) Royan, petite ville de Saintonge, prise par les protestants en 1586; —elle fut assiégée en vain par le duc d’Épernon en 1621, mais prise par Louis XIII en 1622.

La terre et seigneurie de Royan, érigée d’abord en marquisat, octobre 1592, en faveur de Gilbert de La Trémoille, puis la ville et le marquisat en duché par lettres d’avril 1707, en faveur d’Ant.-Fr. de La Trémoille.

Saintonge (Santonia), province avec titre de comté, capitale Saintes.

Elle était divisée en haute Saintonge, capitale Saintes, et basse Saintonge, capitale Saint-Jean-d’Angély.

(10) Xaintes. Saintes, capitale des Santones, puis de la Saintonge. Pendant les guerres de religion, elle fut tour à tour au pouvoir des protestants et des catholiques; livrée à ces derniers en 1569, elle fut prise par Soubise l’année suivante; Coudé s’en empara en 1651.

(11) La Rochelle, capitale de l’Aunis. En 1568, la ville se donna aux protestants, dont elle devint le refuge et le boulevard jusqu’à sa prise, le 29 octobre 1628, après un siège mémorable, par Louis XIII et Richelieu.

(12) La Jaille (de), d’une ancienne famille bretonne, qui s’est distinguée jusqu’à nos jours dans la carrière des armes. (

(13) Médoc. Tout le pays compris entre les marais de Bruges et de Blanquefort, dits marais de Bordeaux, et la pointe de Graves.

(14). Saint-Seurin, gentilhomme qui a joué un rôle à l’époque des guerres de religion ; ses descendants ont habité dans le château de Saint-Seurin-d’Uzet, entre Mortagne et Royan, sur la côte de Saintonge.

(15) Vitry (maréchal de), Nicolas de L’Hospital, marquis, puis duc de Vitry, maréchal de France, né en 1581. Il prit part sans éclat aux guerres de religion et, dans une querelle avec le cardinal de Sourdis, s'étant emporté jusqu’à le frapper de son bâton, il fut arrêté le 27 octobre 1627 et enfermé à la Bastille, d’où il ne sortit qu’en janvier 1643. Il mourut l’année suivante 1644.

 (16) Vassé (baron de), d’une ancienne maison du Maine.

(17) Matha (baron de), ou Mastas, branche de la maison de Montberon en Angoumois.

(18) La Naissance d'une Ville, par M. Eugène Pelletan.

(19) La Naissance d'une Ville, par Eug. Pelletan.