Siège de La Rochelle, les fortifications du Maire Jean Guiton seront razez rez-pied, rez de terre sur ordre de Richelieu

Quand la Rochelle se rendit, il n'y restait plus de vivant, nous assure M. Callot (1), que 5,400 personnes, dont plus de mille moururent peu après, tant les avaient usées six mois de souffrances et de privations. Le chiffre de la population au moment de l'investissement n'est peut-être pas bien rigoureusement établi. Certains témoignages nous donneraient à penser qu'il ne dépassait pas 20,000 âmes. Invoquant un recensement fait au commencement du siège, M. Callot le porterait à 28,000. Jérusalem a-t-elle été aussi durement châtiée?

Buckingham, en évacuant l'ile de Ré, avait laissé aux Rochelais une garnison de cinq cents ou six cents Anglais. De ce renfort étranger soixante-deux soldats seulement, le jour de la reddition, se trouvèrent en mesure de profiter de la capitulation.

 (1) Jean Guiton, dernier maire de l'ancienne commune de la Rochelle. Paris et la Rochelle, 1847.

Le dimanche 29 octobre, douze députés sortirent de la ville par la porte Neuve. Le maréchal de Bassompierre les conduisit au roi. Le roi les reçut en présence du cardinal. Dès l'entrée de la porte, ils se mirent à genoux. L'un d'eux, nommé la Goutte, prit la parole et, au nom des habitants de la Rochelle, demanda pardon à Sa Majesté.

« Le respect et la crainte, nous assure la chronique du temps, rendaient sa voix tremblante ». Ne s'y mêlait-il pas quelque frémissement intérieur? Ce n'étaient pas de vulgaires factieux que la force des armes contraignait en ce jour à se prosterner : jamais depuis Vercingétorix plus mâles courages n'avaient honoré la race française. L'unité de la patrie menacée se vengeait, mais la gloire d'une aussi héroïque résistance ne rejaillissait-elle pas sur la France entière? Le triomphe de Richelieu ne parait pas le front de la mère commune d'une plus belle auréole que la défense prolongée de Guiton.

(Jean Guiton - Réouverture de l'Hôtel de Ville de la Rochelle 07 Décembre 2019)

Richelieu et Guiton! Ce sont deux noms qui passeront ensemble à la postérité la plus reculée. La Vendée n'a-t-elle pas, aussi bien qu'Austerlitz, sa place dans notre histoire? Napoléon n'aurait pas fait mettre — j'aime à le croire du moins — les héros de la Rochelle à genoux.

« Je prie Dieu, répondit Louis XIII, quand Daniel la Goutte eut terminé sa harangue, que ce soit de cœur que vous me portiez honneur, et que ce ne soit pas la nécessité où vous êtes réduits qui vous fasse tenir ces paroles. Je sais bien que vous avez toujours été malicieux, pleins d'artifice, et que vous avez fait tout ce qui vous a été possible pour secouer

Le joug de mon obéissance. Je vous pardonne vos rébellions. Si vous m'êtes bons et fidèles sujets, je vous serai bon prince ».

Malheureusement de ces sujets, il en manquait quatorze ou quinze mille. A qui la faute? Aux assassins d'Henri IV, avant tout. A Sully aussi, qui négligea de donner à la royauté une marine nationale.

Si le roi eût possédé une marine, il n'y aurait pas eu de révolte à la Rochelle.

L'acte qui assurait aux Rochelais le pardon du roi et le libre exercice de leur religion fut signé, pour le roi, par de Marillac, pour les Rochelais, par Jean de Berne, Pierre Vielle, Rifaut, de la Goutte, de la Coste et Moquet. Il fut fait et arrêté au château de la Sauzaye le 28 octobre 1628.

Après la reddition de la ville, Louis XIII déclara que : « Les murs, remparts, bastions et autres fortifications, fors les tours Saint-Nicolas, de la Chaîne et de la Lanterne et les murs sur la mer, depuis Saint-Nicolas jusqu'à la tour de la Lanterne seront razez rez-pied, rez de terre, et les fondements arrachez, les fossez comblez, en sorte que la charrue puisse y passer comme sur les terres de labour. »

Ainsi fut fait comme le roi l'avait ordonné et cette destruction s'opéra avec une extrême rapidité. Ce fut par la porte de Cougnes, le 11 novembre, que commença la démolition de l'enceinte de la ville.

« La Rochelle était naguère — dit un voyageur qui eut l'occasion de la visiter plusieurs années après le siège(1) — une ville des plus puissantes et des plus belles et des plus riches ; mais depuis le siège, auquel elle a succombé, il y a dix-huit ans, elle est tombée presque à rien. Il est déplorable qu'une aussi belle ville soit maintenant dans une aussi triste situation. Elle conserve à peine trace de ses beaux boulevards, de ses épaisses murailles, de ses profonds fossés, de ses redoutables remparts.

Cette place si forte n'est plus guère qu'un grand village, un grand bourg, et de toutes les rues on voit la campagne. Par endroits, il n'y a plus de vestiges de murailles et il ne reste plus debout que quelques portes, quelques tours antiques, qui font juger de ce qu'avaient dû être ces constructions si solides, qu'après la prise de la ville, on mit plus de quatre années entières à la démolir. »

Cependant, bien que les murailles aient été complètement rasées conformément à la volonté du roi, il semble que les différentes portes de ville, à part celle de Cougnes, furent en partie conservées. En effet, Bournaud, qui vivait en 1740, nous a laissé plusieurs dessins de ces portes démantelées.

Autour de ces vestiges devenus sans utilité au point de vue de la défense, les habitants y pratiquèrent des logements, sortes de verrues, venues s'incruster et enlaidir ces restes si précieux à la mémoire des Rochelais.

 

(1) Extrait du journal de voyage d'Elie Brackenhoffer, né à Strasbourg, traduit par M. Henry Lehr, pasteur à Chartres (10-13 mars 1645).

 

JEAN GUITON

Le siège de 1628 est inséparable du souvenir de celui qui fut l'incarnation même de la résistance.

Le maire Jean Guiton défendit sa ville avec un héroïsme sans égal, jusqu'à l'heure où la malheureuse cité dut succomber, plus par la famine que par la force des armes.

Guiton était né le 2 juillet 1585 et fut baptisé au temple Saint-Yon. (1) Il est inutile de retracer les différents épisodes de sa vie. Tout a été dit dans la savante biographie écrite par M. Callot. Le souvenir de ce chef énergique, de cet homme impassible au milieu des plus épouvantables catastrophes, provoqua une série de légendes dont l'authenticité peut être contestable, mais qui trouvèrent facilement crédit au près de ceux qui avaient fondé en lui leur dernière espérance. C'est ainsi qu'on montre encore, à l'Hôtel de Ville, une table de marbre sur laquelle se trouve une éraflure qu'on prétend avoir été faite d'un coup de poignard par Guiton, menaçant de percer ainsi le cœur de quiconque parlerait de se rendre.

Cet incident ainsi présenté n'est peut-être qu'une interprétation dénaturée du discours que Guiton prononça le jour de sa nomination à la mairie, le dimanche de la Quasimodo, 30 avril 1628, alors que les armées royales enserraient déjà la ville dans un cercle de feu. « Vous m'élevez — disait-il en tirant un poignard de sa ceinture — à la première « magistrature; j'accepte cet honneur, mais à la condition que, de la pointe de ce glaive, « je percerai le cœur de quiconque osera faire entendre des paroles de paix et parlera de « soumission. Si je m'abaisse à cette lâcheté, que mon sang expie mon crime ! Je consens « que tout citoyen devienne mon meurtrier ; l'amour de la patrie légitimera cet attentat.

« Cependant ce poignard restera sur la table du Conseil, objet de terreur pour un lâche « ou pour un perfide. (2) » Les propos suivants qu'on lui prête cadraient avec sa nature énergique : « Vous vous étonnez — disait-il à quelqu'un qui lui montrait un de ses amis mourant de faim; — il faudra bien que vous ou moi en venions là, si nous ne sommes pas secourus. » A la vue de tant de gens que la famine décimait, il déclarait qu'il suffisait qu'il en demeurât un pour fermer la porte; ou bien encore : « qu'il était prêt, si cela était nécessaire, à tirer au sort avec qui l'on voudrait, pour savoir lequel mangerait l'autre ».

(1) Jehan, fils de noble homme Jehan Guiton, échevin de cette ville, et de damoyselle Elisabeth Bodin. Perrain : noble homme Jehan Bodin, échevin de cette ville; méraine : damoyselle Françoise Henri. (Registre des protestants, au greffe du Tribunal civil.) (2) Registres du Corps de ville.

Malgré ces belles paroles, faites pour relever le courage de ceux qu'il sentait défaillir, il avait un esprit trop judicieux pour ne pas comprendre que l'heure devait venir où toute résistance serait inutile. Il fut le premier à reconnaître qu'il n'y avait plus à traiter, mais à obéir.

Bien que les Rochelais eussent cherché auprès de l'Angleterre un appui, d'ailleurs illusoire, Richelieu put se convaincre, en consultant les registres du Corps de ville, que La Rochelle n'avait jamais voulu cesser d'appartenir au royaume de France.

Armoirie de Jean Guiton dernier maire de La Rochelle

ARMOIRIES DE JEAN GUITON.

La déclaration de Guiton au Cardinal en est la meilleure preuve : « Mieux vaut — disait-il — se rendre à un roi qui a su prendre La Rochelle, qu'à celui qui n'a pas su la défendre. » Après la capitulation, Guiton dut partir en exil; il accepta, plus tard, un comman- dement dans les flottes royales.

En 1647, sa fille Suzanne épousa Jacob Du Quesne de Malbroc, gentilhomme breton, capitaine des vaisseaux du roi, et frère du célèbre Du Quesne. (1) Au décès de la fille de Guiton, en 1672, son testament déposé chez le notaire Rabusson, (2) était scellé des armes de son père. Ce cachet est ainsi composé : « Un chevron, sommé d'une étoile, accompagné de trois larmes, deux en chef et une en pointe ; l'écu timbré du casque ou heaume orné de lambrequins de profil à deux griffes. (3) » (1) Registre des protestants, au greffe du Tribunal civil.

(2) Etude de Me Princé, notaire, successeur de Me Maubaillarcq. (3) Mémoire de Jourdan sur les armes de Guiton, Revue de l'Aunis et de la Saintonge, 1866-1867.

Guiton n'avait donc point pour blason, comme on s'est plu à le présenter, des armes parlantes composées d'un arbuste et d'un poisson (un gui et un thon). Les armes de la famille consistaient en trois merlettes.

Après une existence tourmentée, Guiton revint mourir à La Rochelle, et le registre des décès des protestants porte cette simple mention : « Le 15 mars 1654, Jehan Guiton, escuyer, sieur de Repose-Pucelle, âgé de 69 ans ou environ, a été enterré. » (Ce qui ne concorde pas avec la date de sa naissance.) Son inhumation eut lieu dans un petit cimetière situé près du rempart du front ouest, à côté de l'endroit où fut ouverte, depuis, la large voie qui mène au port de La Pallice. Par une heureuse coïncidence et sans qu'on l'eût cherchée, c'est presque sur le lieu même de sa sépulture que passe la belle avenue qui porte son nom.

Ainsi disparut, obscur et sans qu'on attirât sur lui l'attention de ses concitoyens, l'homme dont la vaillante énergie et la farouche intrépidité personnifient encore la résistance opiniâtre que La Rochelle avait vainement opposée aux armes royales pour la défense de ses franchises et de ses libertés.

Dans cette lutte disproportionnée, la Ville, livrée à ses propres ressources, devait fatalement succomber sous les efforts d'un homme de génie et s'incliner devant le grand principe de l'unité nationale.

Lorsque le peuple ressent le besoin de ressaisir sa liberté, la grande personnalité du dernier maire de La Rochelle se dresse devant lui, prend une forme réelle, tangible, qui traduit et réalise inconsciemment sa pensée.

On peut dire que l'histoire héroïque de La Rochelle finit avec le héros du dernier siège, et que la vie municipale, ayant perdu toute autonomie, se continua jusqu'à nos jours, en restant désormais assujettie aux règlements administratifs émanant du pouvoir central.

 

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

 

 

 

 

les sieges de Ré et La Rochelle, digue de Richelieu <==.... ....==> Fortification de La Rochelle et construction de la porte Royale après le siège de Richelieu

 

 ==> Projet 1753 - Fortifications Vauban du système défensif des cotes de l’Atlantique au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

==> La Rochelle 1911: Inauguration de la statue de Jean Guiton – Noël de la Renaissance de l’hôtel de Ville

16 Novembre 1628. — Plusieurs membres du conseil du Roi étaient d'avis que, dans la déclaration par laquelle Louis XIII devait décider du sort de la Rochelle, il fut mentionné que non seulement les Rochelais avaient appelé les Anglais, mais même s'étaient donnés à eux. Le garde des sceaux , qui ne voyait là qu'une cause d'irritation inutile, soutenait qu'au moins fallait-il avoir la preuve de la vérité de cette double accusation. En conséquence, le 16 octobre, il se fit apporter les registres du corps de ville ; examina le traité passé entre les Rochelais et le Roi de la Grande-Bretagne, les mémoires et instructions donnés aux députés envoyés en Angleterre, et après la plus minutieuse enquête , acquit la certitude que, toujours et dans toutes leurs négociations, ils avaient fait réserve expresse de la fidélité qu'ils devaient au Roi et à la couronne de France. ( V. 14 oct. et 19 novembre.) Cette gratuite calomnie, dont on voulait flétrir la mémoire de nos pères, fut donc effacée de la déclaration royale, qui fut publiée deux jours après. ( V. 15 janvier. ) Mais en même temps, chose à jamais regrettable, le garde des sceaux donna l'ordre de transporter à Paris, pour être déposés à la cour des comptes, tous les registres, titres, privilèges et antiques parchemins de la commune, dans lesquels étaient écrits son histoire et son glorieux passé (1) : un siècle après, tout était consumé dans l'immense incendie qui, en 1737, dévora les bâtiments de la cour des comptes. (Mervault.)

 

 

 

 

 


 

. — Ce jour-là, dit Guillaudeau, « on commença d'abattre les fortifications du costé de Maubecq. » Louis XIII les avait condamnées à être rasées, moins le front de la place du côté de la mer et les tours de Saint-Nicolas, de la Chaîne et de la Lanterne.

Ce furent les soldats d'abord que l'on chargea de cette œuvre de destruction, et si l'on en croit le manuscrit des recherches curieuses, ils ne se bornèrent pas à démolir les ouvrages de fortification, ils détruisirent encore plus de douze cents maisons dans la ville, sans que le gouvernement ni l'intendant y missent ordre. On fit venir ensuite des travailleurs des villes voisines, qui furent taxées chacune à un certain nombre d'hommes, et on y employa jusqu'à deux ou trois mille personnes par jour. (Arch. de Fontenay.)

Le même jour, Louis XIII ordonna de conduire au château de Niort la duchesse de Rohan, qu'il n'avait pas voulu comprendre dans la capitulation, parce qu'elle avoit esté le flambeau qui avoit consummé ce peuple. (Guillaudeau. — Mém. de Richelieu.)

Il fit en même temps sortir de la ville le maire Guiton, le conseiller Tessereau (v. 10 septembre), le tribun Tharay, le ministre Salbert, Israël Torterue et plusieurs autres notables. (Colin. — Mervault.)

 1630. — « On a commencé à prescher au Temple neuf, en la Ville-neuve. » ( Guillaudeau. - Colin.) En expulsant les protestants du grand temple , qu'ils avaient construit sur la place, pour en conférer la jouissance aux paroissiens de Saint-Barthelémy, en attendant qu'il fut érigé en cathédrale ( V. 20 juin), Louis XIII avait concédé aux premiers un terrain dépendant des anciennes fortifications pour bâtir un nouveau temple, avec promesse d'une somme de 6,000 livres, pour ayder à faire les frais d'iceluy. Il les avait en même temps autorisés à continuer leurs exercices religieux dans la salle Saint-Yon , jusqu'à ce que le temple de la Ville-neuve fut terminé. Malgré leurs réclamations, l'allocation promise ne leur fut pas donnée ; le roi les autorisa seulement à faire une quête sur les habitants de la ville de la religion prétendue réformée.

C'est à l'aide des deniers ainsi recueillis qu'avait été élevé le prêche de la Villeneuve, dont l'une de nos rues porte encore le nom ; mais moins vaste et bien plus simple que le grand temple de la place du château. (Art. accordés par S. M. à ceux de la religion, etc.) V. 1er mars — 14 juillet — 12 septembre.

 

 

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle

Si nous sommes à peu près renseigné sur l'organisation administrative de la commune rochelaise à son origine ; si nous savons en quoi consistèrent ces privilèges que nos pères défendirent avec une ardeur que rien ne décourageait, il nous est presque impossible de dire en quoi consistait la Maison de Ville, où siégèrent les premières assemblées communales......

 

1) Cette mesure ne fut exécutée qu'eu 1631. La cour des comptes nomma à cette effet M. Bailly, l'un de ses membres , qui arriva à la Rochelle le 6 octobre. Effrayé de la quantité de titres renfermés dans la tour de Moureilles, où ne se trouvaient pas seulement les archives de la commune , mais encore les papiers les plus importants du parti protestant , il renonça à son premier projet d'en faire l'inventaire sur place , et en fit faire miles grands ballots qui furent expédiés à Paris. (Ms. de Barreau.) — V. ma XVIe Lettre Rochelaise.