Avril 1451- Olivier de Coetivy, grand sénéchal de Guyenne en visite au château de Fontenay le Comte

Olivier de Coëtivy (1450-1480) Gouverneur de Dieppe en 1433, fut nommé à la suite de différents faits d'armes où il se distingua, gouverneur de la Réole et des places voisines, préludant ainsi aux fonctions de Sénéchal de Guyenne, qu'il devait exercer plus tard.

 Mais il se distingua surtout à la journée de Formigny, le 15 avril 1450 et c'est pendant l'action qu'il fut nommé chevalier.

Le 20 juillet, suivant, la mort de son frère le faisait seigneur de Taillebourg, d'où à peine de retour de l'armée du nord, Olivier dut rejoindre celle que le roi venait d'envoyer dans le midi.

Charles VII, en effet, après s'être rendu maître de la Normandie, venait de tourner ses forces vers la Guyenne.

Déjà, en 1450, les Français s'étaient emparés des principales fortes places du Périgord, tandis que le sire d'Orval s'était avancé sur Bordeaux.

Mais en 1451, Jean de Dunois avait pris la direction des opérations pendant que le roi était venu s'établir à Taillebourg pour se reposer de ses fatigues, dans le manoir de son féal chambellan.

Le premier fait d'armes de cette seconde campagne fut la prise de Montguyon, Blaye, Jonzac, Bourg-sur-Gironde, Fronsac, Castillon, Saint-Emilion, Libourne et Dax tombèrent successivement au pouvoir du nouveau chef.

Bordeaux capitula le 12 et ouvrit ses portes le 23 juin 1451.

Bayonne seule opposa une résistance sérieuse et ne se soumit qu'après un, siège le 21 août 1451.

Ce fut alors qu'en récompense des services qu'il venait de rendre qu'Olivier de Coëtivy fut nommé grand Sénéchal de Guyenne.

Honneur redoutable qui devait bientôt lui coûter la liberté!

Un an plus tard, en effet, le 23 octobre 1452 les Anglais reprenaient la ville et le faisaient prisonnier. Emmené en Angleterre, il y resta deux ans et en partit sous rançon de 12.000 écus d'or de France.

Dans les premiers jours de 1455, Charles VII ayant reconquis la ville, il fut rétabli dans ses fonctions dont les gages furent doublés.

 (Mariage d'Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg et Marie de Valois seconde fille naturelle de Charles VII et d'Agnès Sorel)

 

A l'avènement de Louis XI, Olivier tomba en disgrâce et vint alors habiter son château de Taillebourg (il avait alors près de quarante ans) où il se maria avec Marie de Valois, fille naturelle de Charles VII, qui la reconnut à l'occasion de son mariage célébré le 18 décembre 1458 dans la chapelle du château de Taillebourg, où le roi et toute la cour se donnèrent rendez-vous, aussi, pendant quelques jours, la Vieille forteresse vit-elle se renouveler les fêtes qui, trois ans auparavant, avaient marqué le séjour de Charles VII.

En effet, pendant la première période de la guerre de Guyenne, en 1451, le roi avait fixé sa résidence au château de Taillebourg.

Il y séjourna trois mois, entouré des comtes du Maine, de Nevers, de Clermont, de Vendôme, de Trancaville Cette première expédition avait été heureuse; l'anglais était partout en fuite ; aussi, vit-on arriver en triomphateurs, à Taillebourg les lieutenants du roi. Dunois, Bureau, Louvain, accompagnés du comte de Foix, du sire d'Albret, du sire de Lohéac, des seigneurs Saintongeais Larochefoucault, Rochechouart, et d'autres preux chevaliers. Jamais la forteresse saintongeaise n'avait abrité des hôtes aussi illustres.

 

(Suite à la victoire d'Orléans, le 22 mai 1429 Jeanne d’Arc retrouve au logis royal de Loches le futur roi Charles VII)

Ainsi, la grande œuvre de pacification commencée par Jeanne d'Arc s'achevait; la nationalité, près de s'éteindre, se relevait forte et puissante et le premier cri d'allégresse qui avait salué cet heureux événement, était parti du château de Taillebourg !

C'est là, en effet, que les députés de Bordeaux, de Dax et des autres places de la Gascogne, vinrent jurer fidélité au roi de France et faire ratifier les droits et privilèges que leur avaient garantis les commandants des troupes royales. C'est là aussi, on ne saurait trop le redire pour l'honneur de la petite ville, que Charles VII rendit les ordonnances par lesquelles, en 1451, il organisait la commune de Bourg; en juillet, il confirmait les privilèges de Libourne et de Saint-Jean-d'Angély, et, le 5 août, il donnait les lettres patentes établissant le Parlement de Bordeaux.

 Faut-il ajouter que c'est encore à Taillebourg et au même moment que fut commencée l'instruction du procès de Jacques Cœur, accusé par Jeanne de Vendôme d'avoir fait empoisonner Agnès Sorel ?

Tant que vécut Charles VII, rien ne manqua au bonheur d'Olivier de Coëtivy. Il avait été rétabli dans ses charges de Sénéchal de Guyenne et de gouverneur de Marmande.

Cette haute situation lui donnait une influence considérable qu'augmentait encore son titre de gendre du roi, et il en profita pour faire bâtir à Bordeaux la fameuse forteresse appelée le « Château-trompette ».

 

Sous le règne de Charles VII nous sommes bien renseignés sur les voyages des bourgeois de Poitiers, les archives de la commune étant alors particulièrement riches.

 Comme voyage d'un grand seigneur, on peut suivre Olivier de Coëtivy, en mars-avril 1451, lorsque, partant de sa seigneurie de Taillebourg, il se rend à Fontenay-le-Comte.

Olivier de Coétivy vint au commencement d'avril 1451 passer trois jours à Fontenay, où il devait avoir une entrevue avec André de Laval, maréchal de France, relativement au projet de mariage de ce dernier avec Marie de Rays, dame de Pouzauges et de Tiffauges, veuve sans enfant de l'amiral Prégent de Coétivy, frère aîné d'Olivier. (30)

 

 Il passe par Saint-Jean-d'Angély, dîne à Villeneuve-la-Comtesse, soupe et couche à Niort. Après être resté trois jours et demi à Fontenay il regagne Taillebourg par la même route.

Sa suite est de vingt-neuf puis trente chevaux.

Le seigneur de Taillebourg et sa suite ont donc fait une « journée » de 60 km en deux demi-étapes presque égales, puis une demijournée de 31 km. L'itinéraire adopté n'était pas le plus court, mais était sans doute celui qu'imposaient les nécessités du logis.

A Niort la trentaine de personnes que comprenait cette suite put loger dans deux hôtelleries seulement ; à Fontenay-le-Comte il fallut prendre quartier en trois logis.

 Le comptable distingue toujours les achats de pain, de vin, de poisson — nous sommes en carême —, de fruits — figues, pommes —, d'épices, de beurre, d'huile, de rares légumes, et les frais de « belle chère » payés à l'hôtelier.

Aucune mention n'est faite du coucher. Celui-ci doit être compris dans la « belle chère », qui, pour le repas du soir, est deux fois et demie plus élevée que pour le repas du matin. Il est difficile d'être très précis sur le coût d'une « journée » pour le voyageur.

Les dépenses peuvent varier dans des proportions considérables selon les jours, et il est sans doute arbitraire de faire une moyenne qui comprend aussi bien le seigneur que le valet. Sous ces deux réserves il a été dépensé au cours de ce voyage, en frais d'hôtellerie, 4 s. ou un peu moins par jour et par personne.

 On notera qu'à Fontenay-le-Comte les frais de vin — vin blanc, clair, vermeil entrent pour 20 dans le coût du séjour.

 

Il est plus sûr d'examiner les dépenses faites pour les montures.

En effet les prix apparaissent ici relativement constants. Pour le dîner on compte 10 d. par bête, pour le souper et sans doute pour l'étable 20 d., pour la mesure d'avoine donnée à chaque cheval le matin 5 d.

 Le prix est moins élevé lorsque le cheval est au repos puisqu'à Fontenay on ne compte que 30 d. de « livrée » par jour au lieu de 35.

A ces frais il faut ajouter le vinaigre et la graisse pour soigner les chevaux le soir, à l'occasion quelque droguerie, et les dépenses pour les selles, les étriers, le harnais, et surtout pour les fers qu'il faut souvent remplacer — 1 sol par fer.

 Pendant les trois jours et demi passés à Fontenay-le-Comte les dépenses pour les trente chevaux furent de 39 des frais généraux de nourriture et de logis, et c'est à une proportion très proche qu'on aboutit pour les frais engagés au cours de la journée de voyage entre Taillebourg et Niort : 31,6 des frais vont aux chevaux pour le dîner à Villeneuve-la-Comtesse, 48 pour le souper et le coucher à Niort.

 

 

Le jeudi 1er jour d'avril, dîner et souper, à Fontenay

 

Sous

Deniers

En quatre douzaines de pain, de 2 deniers la pièce........................
En gros pain et échaudés .............................................................
Sept pots de vin blanc, de 12 deniers le pot..................................
Six merlus frais, de 2 sols 6 deniers la pièce .................................
Moules........................................................................................
Huit sèches .................................................................................
Une douzaine de harengs..............................................................
Deux livres de raisiné....................................................................
Une livre d'amandes ....................................................................
Cinq livres et un quarteron d'huile d'olive.......................................
Une livre de gingembre moulu.......................................................
Une livre de sucre ........................................................................
Une livre de confitures...................................................................
Deux torches................................................................................
Demi-pipe de vin blanc pour celui du jour......................................
En la livrée de 30 chevaux; compris celui de Collinet, à 2 sols 6 deniers chacun .............................................................................

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Le vendredi 2e jour du dit mois d'avril, diner et souper, audit lieu de Fontenay

 

Sous

Deniers

En quatre douzaines de pain, de 2 deniers la pièce ..................................
En gros pain et échaudés.................................................................................
Vin blanc de la provision du jour devant.....................................................
Sept pots de vin clairet, de 12 deniers le pot .............................................
Trois pots et demi de vin vermeil, de 20 deniers le pot ..........................
Trois merlus frais................................................................................................
Deux rayes ..........................................................................................................
Six sèches fralches..............................................................................................
Six plies, six mulets, cinq soles.........................................................................
Six livres de beurre, de 15 deniers la livre.....................................................
Deux livres de raisiné........................................................................................
Une livre de riz...................................................................................................
Deux livres d'amandes.....................................................................................
En la livrée de 30 chevaux, au prix dessus dit.............................................
Au dit lieu de Fontenay, pour une paire de bottines à Monseigneur....
Pour une paire de souliers à Yvonet...............................................................
Pour une paire de souliers à Piétrequin ........................................................
Pour une paire de souliers à messire Guillaume..........................................

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Le samedi, 3e jour du dit mois, dîner et souper, au dit lieu de Fontenay

 

Sous

Deniers

En quatre douzaines de pain, 2 deniers la pièce...................................
En gros pain et échaudés.......................................................
Vin blanc de la provision devant dite.............................................
Neuf pots de vin clairet, de, 12 deniers le pot..................................
Deux pots de vin vermeil, u prix dessus dit....................................
Un congre et trois merlus frais..............................................
Quatres sèches, une plie et deux douzaines de soles.......................
Deux aloses achetées le jour devant...................................
Quatre aloses achetées le dit jour..........................................
Saumon....................................................................
Cinq beschetones...............................................
Une livre de raisiné..................................................................
Six livres de beurre..................................................................
Epinards, persil et vinette............................................................
Pommes.......................................................................................
En la livrée des dits 30 chevaux, au prix dessus dit....................................
En droguerie pour les chevaux........................................................
En déaculou (1) pour Monseigneur....................................................
En l'ambourrure de cinq selles, deux lacets à trousser les faux-étriers et bander la selle de Monseigneur et appareiller les harnais
A Jean de Villaines, serviteur de Monseigneur de Puy-Jarreau,2 sols 6 deniers, qu'il disait avoir payé pour appareiller lesselles de son dit maître, pour ce
En cinq fers et demi aux chevaux de Bracquemont
En cinq fers aux chevaux de Monseigneur de Puy-Jarreau
En deux fers aux chevaux de Me Jehan Burdelot
En deux fers aux chevaux de Me Guy Burdelot
En treize fers aux autres chevaux

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Sous

Deniers

En deux douzaines de pain au prix dessus dit
En échaudés
Vin blanc, de la provision devant dite
Six pots de vin clairet, au prix dessus dit
Deux pots de vin vermeil
Six soles et un turbot
Deux livres de beurre
Une livre de raisiné
Un quarteron de sucre
En la dinée des dits 30 chevaux
En 30 mesures d'avoine, le dit jour au matin
En sucras, pour les trois jours dessus dits
Pour la belle-chère, les dits trois jours et demi, au logis de Monseigneur
Pour la belle-chère, au logis de Monseigneur de Puy-Jarreau etle lieutenant de Saint-Jean, demi-écu, pour ce
Pour la belle-chère, au logis de Braquemont, Jean Conou, JeanTaule et Guiou Renou
Pour graisse et vinaigre, pris au dit logis, pour les chevaux
Pour la façon d'un pâté de lamproie et trois de saumon

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Si l'on tient compte du rapport existant entre la valeur de l'argent à cette époque et à la nôtre, on arrive à cette conclusion que le dîner et le souper de Olivier de Coétivy, pendant le carême 1451, coûtaient en moyenne 600 francs de notre monnaie actuelle.

 

Mais à la mort de Charles VII, le 22 juillet 1461, Louis XI, son fils, ennemi déclaré des anciens serviteurs de son père, vint lui-même passer quinze jours au château de Taillebourg, en février 1432, que sous un prétexte faux il réunit au domaine royal, forçant ainsi son beau-frère et sa sœur à quitter Taillebourg.

Olivier de Coëtivy et sa femme réclamèrent. Ce fut en vain; il fallut recourir au parlement, et ce ne fut que le 31 janvier 1465 que le roi restitua Taillebourg à ses légitimes propriétaires.

Olivier de Coëtivy, rentré en grâce, fut chargé par le roi de veiller à ses intérêts dans la construction du clocher de Saint-Eutrope à Saintes, auquel le prieur s'était adressé pour l'intéresser à la restauration de son église.

 Il mourut le 10 juillet 1480, laissant quatre enfants, dont trois filles.

 

 

 

 

Histoire de Taillebourg / Abbé P. Billy,

 

 

==> 1458 Rémission par Charles VII octroyée à Pierre Berchou, de la Rochénard, coupable du meurtre d'un nommé Pierre Gazeau d’Usseau

==>11 décembre 1484 LETTRES DU ROI CHARLES VIII RELATIVES AUX FORTIFICATIONS DES PORTES DE SAINTES

 


 

(30) P MARCHEGAY, op. cit., pp. 351-358. Ce compte de voyage est extrait du chartrier de Thouars.