Abbaye_de_Pontlevoy_dans_Monasticon_Gallicanum

L’abbaye de Pontlevoy est située dans une plaine assez fertile, sur les extrémités de la Sologne, entre les rivières de Loire et du Cher. Elle se trouve sur les confins de trois diocèses : Chartres, à présent Blois, Orléans et Tours. Elle a Blois à l’orient d’été, Montrichard à l'occident et Amboise au septentrion.

Il est parlé de ce lieu dans le testament que firent, sous Louis le Débonnaire, deux religieux de Saint-Martin de Tours; du moins, c’est de ce lieu de Pontlevoy, que l’explique le père Mabillon, dans ses Annales de St- Benoit.

Fredegise était alors abbé de cette ancienne et fameuse abbaye. Ce fut sous son gouvernement que les moines de St-Martin, qui depuis longtemps vivaient en chanoines, renonçants à la règle de St Benoit qu'ils professaient se sécularisèrent. Deux religieux donc de cette abbaye, nommés Aganon et Adjuteur, faisants leur testament l’an cinquième de Louis le Débonnaire, c’est à dire l'an de J.-C. 818, donnent à l'église de St- Martin : mansum suum indominicatum, la terre qui leur appartenait et qui ne relevait d’aucun seigneur, in condita Pontilapidensi, dans  le territoire de Pontlevoy.

Cette plaine de Pontlevoy devint célèbre dans la suite des temps par une victoire signalée que Foulques, comte d’Anjou, surnommé Nerra ou le Noir, gagna sur Odon, comte de Blois (1).

 

Le combat fut donné l'an 1016 de J.-C., le sixième jour du mois de juillet.

Il y a d’apparence que Gelduin (2), fondateur de cette abbaye, se trouva à ce combat.

Les auteurs n’en disent rien cependant; mais attaché comme il était aux intérêts d’Odon, son seigneur, on peut croire qu’il aura pris cette occasion pour signaler son zèle et son attachement pour un prince à qui il devait beaucoup. Son âge y convient assez, comme on le verra plus bas.

 On trouve dans un titre de l’abbaye, q’Hugues de Chaumont, petit fils de Gelduin, fondateur de cette abbaye, en faisant quelques donations aux religieux de la dite abbaye, stipula que l’on chanteroit le lundy de chaque semaine une messe et qu’on nourriroit et entretiendroit à perpétuité un pauvre, pour le repos de Foulques et Geoffroy, comte d’Anjou et de tous ceux qui furent tués à cette bataille de Pontlevoy.

Comme la donation n’a point eu de lieu et que les religieux n’ont jamais jouis des revenus attachés à cette fondation, il ne parait pas qu’elle ait jamais été exécutée.

Odon, comte de Blois, qui perdit la bataille, était Odon, second de ce nom, fis d’Odon premier et petit fis de Thibaut premier, surnommé le Vieux ou le Tricheur à cause de son addresse à faire des traités avantageux. Le comte Odon ou Eudes second avait succédé en la comté de Blois à son frère Thibaut second, mort sans héritier, en 1005.

Odon épousa Mahaut, fille de Richard premier, duc de Normandie; étant morte sans enfants, il épousa en 1020 Ermengarde d’Auvergne. Parmi les seigneurs attachés à la fortune d’Odon, un des plus illustres étoit Gelduin.

C’était un homme d’une naissance illustre et d’un grand courage. On ne trouve point le nom de ses père et mère. Il descendait des Danois, c’est à dire de Normands.

Il faut que ce Gelduin soit né au commencement de ce siècle, ou sur la fin du précédent; comme je suppose qu’il est mort après 1082, suivant la chartre dont il sera parlé en son lieu, on ne peut placer sa naissance plus tard; je ne la place point plus bas, parce que l’histoire le représente comme un homme d’un tempérament robuste, ce qui me fait croire qu’il aura vécu [près] de 80 ans.

 Il fallait qu’il eut déjà signalé son courage puisque Odon, comte de Blois, lui confia la garde du chateau de Saumur, que ses prédécesseurs avoient fait bâtir, afin de mettre une barrière à la puissance des comtes d’Anjou.

On ne pouvait mettre de dépôt en de meilleures mains. Sa fidélité aussi bien que son courage étaient à l’épreuve; toujours suivi et accompagné d’un grand nombre de barons et de chevaliers, il faisait du dégât dans le voisinage de Saumur, sur les terres du comte d’Anjou, et par sa seule renommée, il portait la terreur dans le cœur de ceux qui étaient les plus éloignés.

Foulques lui- même, comte d’Anjou, quelque hardi qu’il fût, ne passait jamais dans le voisinage de Saumur qu’en courant et que saisi de frayeur. — « Fuyons, disait-il, ce démon qui demeure à Saumur : Jugiamus Salmuriense demonium ; il me semble que je le vois sans cesse devant mes yeux. »

Tant la crainte de Gelduin faisait impression sur les plus braves.

Mais les choses ne restèrent pas toujours dans le même état. Foulques eut sa revanche et Gelduin, pour vouloir trop entreprendre, se perdit par sa faute. Le comte d’Anjou, las de souffrir un voisin si belliqueux, pour resserrer Gelduin dans son chateau de Saumur, mit le siège devant Saumur.

Soit que Gelduin manquât des choses nécessaires pour soutenir le siège, il commença à s’adoucir à l’approche de Foulques; il envoya même un exprès pour le prier de vouloir faire une trêve. Foulques, que les historiens représenté comme prince fin et ruse, fit semblant d'accepter les offres de Gelduin.

Il parait même que le siège du château de Saumur fut levé, ou plutôt que le dit château ne fut pas même assiégé, mais se servant du grand nombre de soldats qu’il a voit ramassé dans le dessein de réprimer la férocité de Gelduin, il fit bâtir dans le village de Clemeney un château pour opposer à celui de Saumur.

Il lui donna le nom de Trêves (3), sans doute pour apprendre à Gelduin qu il n’avait d’autres trêves à espérer qu’une vigoureuse résistance.

 Foulques, peu content de cela, sur le haut de Mont du Bel (4), lit bâtir un autre château très fort du côté de Tours. Odon, comte de Blois, prévit que ccs châteaux nouvellement bâtis lui seraient funestes; résolu de s’en emparer, il assiégea Mont du Bel.

A la nouvelle de ce siège, Gelduin ramasse le plus de troupes qu’il peut, et vole au secours de son seigneur. Les troupes du comte Odon étaient nombreuses. Outre les François qui le servaient, les habitants de Chinon et de  l’Ile Bouchard étoient à sa solde.

Foulques était le plus faible; ainsi il usa d’adresse. Ayant appris que Gelduin n’était plus à Saumur et que le château du dit lieu était sans garnisons, il revint sur ses pas, et passant à la hâte la Loire et la Vienne, il se présenta devant le château dans le temps qu’on ne l’attendait point.

Ne trouvant aucune résistance, il s’empare de ce château qui lui avait été si fatal, il le fait brûler, afin que les Angevins n’eussent plus rien à craindre de ce côté-là.

C’est ainsi que Gelduin, en l’an 1026, perdit ce château qu’Odon lui avoir confié. Il parait que l’auteur du livre intitulé : Des actions des seigneurs d’Amboise rapporte dans le tome X du Spicilège, que le château de Saumur appartenait en propre à Gelduin, sans doute sous la souveraineté d’Odon, comte de Blois, au lieu que les modernes prétendent qu'il n’en était que le simple gouverneur.

Aussi Odon résolut de le récompenser amplement de la perte qu'il en avait fait.  Pour cela, Odon lui offrit diverses terres dans la Brie et dans la Champagne. Gelduin les refusa. Il demanda le château de Chaumont. Le comte de Blois ne pouvait se résoudre à lui donner si peu de chose. Cependant il céda à l’importunité de Gelduin, qui par la proximité de ce château aux terres des comtes d’Anjou, méditait de faire la guerre à Foulques et de se venger des pertes que ce puissant adversaire lui avait fait souffrir.

Chaumont est une seigneurie accompagnée d’un château très fort, placé sur la Loire, en une éminence entre Blois et Amboise, à deux lieues de Pontlevoy. Lecomte Odon qui avait fait bâtir ce château, le céda volontiers à Gelduin.

 Outre le chateau de Chaumont que Gelduin fit fortifier et rebâtir, Eudes lui donna d’autres biens à Blois. Il lui accorda la terre de Barolle qu’Odon augmenta considérablement avec un fief appelé le fief des Brellons. Il lui donna aussi divers droits à percevoir à Blois, entre autres, celui de Brennage et du Quartier.

 Le premier était un droit que les seigneurs exigeaient de leurs vassaux, en leur faisant donner du son ou autres espèces pour la nourriture de leurs chiens. Le second se payait aussi en espèces. Gelduin était aussi seigneur de Nanteuil et de Pontlevoy.

On croit que ce dernier s’appelait Pontlevoy, à cause qu'il y avait plusieurs pont-levis tout autour pour y entrer.

 Le lieu de sa résidence la plus ordinaire était le château de Chaumont. Là, dans la solitude, le courage de Gelduin tombant par le défaut d’occasions, les pensées de piété et de dévotion succédèrent à celles que l’exercice presque continuel de la guerre avait fait naître dans son esprit.

Il prit la résolution de bâtir une abbaye en l'honneur de la Sainte Vierge. La chose lui fut facile. Il y avait deux églises à Pontlevoy, l’une paroissiale sous le titre de St Pierre, qui subsiste encore; l'autre sous l’invocation de la Sainte Vierge ou de Notre Dame des Blanches ; ce n’était qu’une chapelle.

J’ai lu dans plusieurs mémoires, tous assez récents, que Gelduin se trouvant sur mer, dans un péril évident, ayant réclamé la protection de Marie, cette Vierge par excellence lui avait apparu revêtue d’un habit plus blanc que la neige, et que de là il avait pris occasion d’appeler Notre Dame des Neiges, la chapelle où l’on invoquait l’assistance de la Vierge.

Mais je croirais plutôt que ce nom lui est attaché à cause de la blancheur de la pierre dont est faite son image. Quoiqu'il en soit, Gelduin choisit cette chapelle pour en faire une abbaye, où de saints religieux loueraient le Seigneur jour et nuit.

Nous avons dans les archives l’original de cette fondation (5). « Personne, dit Gelduin, ne peut comprendre et encore moins exprimer par ses discours combien est grande la bonté du Seigneur à l’égard du genre humain. Il nous invite lui- même à revenir à lui, après les divers crimes que nous avons commis; il nous exhorte à nous servir des biens périssables et passagers, pour gagner les biens célestes et éternels. «

C’est l’avant-propos du titre de la fondation. Gelduin, touché de ces vérités, frappé par la crainte des jugements de Dieu, résolut de donner au Seigneur et à la Sainte Vierge une partie des biens qu’il tenait de ses ancêtres.

Cette donation fut faite conjointement par Adenors, femme de Gelduin, et leur fils Geoffroy, et cela en présence d’Ansbert, choisi pour être abbé de la nouvelle abbaye et des religieux qui étaient avec lui, ou qui, dans la suite, se joindraient a lui et qui suivraient la règle de St Benoît. Il les chargea de prier pour le repos des âmes de ses parents, pour lui Gelduin et toute sa famille.

Afin que la fondation fut stable, il demanda et obtint le consentement d’Odon II, comte de Blois, de son épouse Ermengarde et de leurs fils Thibaud et Etienne, reconnaissant que Pont- levoy était un fief qu’il possédait par la libéralité du comte de Blois.

Or voici ce que Gelduin donna pour l’entretien des nouveaux religieux.

Premièrement, l’église de St-Pierre. Il veut que comme celle-ci était alors le chef ou la matrice de Pontlevoy, caput Pontileviati, elle serait à l’avenir sujette à 1’église de la Sainte Vierge. Il donne tous les esclaves de l’un ou de l’autre sexe qu’il possédait dans la dite paraisse ; toutes les coutumes dont il jouissaif, vicariam, c’est à dire la justice, voierie qu’il exerçait; il donna aussi quatre fiefs possédés par ses vassaux; des biens qu'il possédait à Chaumont; il donna quatre arpents de vigne et la troisième partie du passage à prendre dans sa forêt de Chaumont, et le droit de faire paître des cochons dans la dite forêt; il donna aussi quatre arpents de près sur la rivière de la Cisse.

 Voilà les premiers bienfaits de Gelduin; je dis les premiers, il y en ajouta en effet de nouveaux dans la suite; on les verra suivant les dattes des titres.

 L’acte finit par les formules ordinaires, c’est à dire par un amas de malédictions fulminées contre tous ceux qui s’opposeraient à sa présente donation, soit parents ou étrangers. C’était le style du temps. Les rois même y étaient souvent enveloppés par leurs propres sujets.

 Il y a quelques observations à faire sur ce titre.

Premièrement, Gelduin assure qu’il avait hérité Pontlevoy de ses ancêtres. Il paraît par- là que s’il était Normand ou Danois d’origine, il était lui-même François de naissance.

 Les comtes de Blois avoient gratifié ses ancêtres du fief de Pontlevoy. Il relevait de ces comtes. C’est pour cela que dans le désir de se dessaisir de ce fief en faveur de l’église, il demande le consentement du seigneur du fief et de l’épouse du comte et de leurs enfants Thibaud et Etienne, afin qu’aucun des intéressés ne pût troubler les religieux dans la possession de ce fief.

 C’est pour assurer ces sortes de donations que l’on faisait signer les enfants. S’ils étaient incapables d’écrire, en leur tenant la main, ils formaient le signe de la croix; ensuite une main étrangère ajoute leur nom.

 Adenors, son épouse, et son fils Geoffroy, furent à ce dessein invités par Gelduin à signer la donation. Il est surprenant que sa fille Chane n’aie pas signé; peut-être était-elle absente.

Gelduin donne aux religieux l’église paroissiale de St-Pierre. C’était le malheur des temps qui avait rendu les personnes séculières les maîtres des églises.

Depuis les temps où les rois, pour attacher à leur service les grands du royaume s’étaient vu obligés de leur donner les abbayes, les autres séculiers qui n’étaient pas si puissants s’emparèrent des églises paroissiales. Ils recevaient les dimes, les oblations qui étaient considérables dans ces temps- là, se contentants de donner aux curés qui desservaient une pension annuelle; ainsi lorsque Gelduin donne aux religieux l'église paroissiale de Pontlevoy, il entend par là non seulement la collation de la cure, mais aussi les dimes, les offrandes et tous les autres droits dont il jouissait, suivant l’usage du siècle.

Il remarque que cette église était le chef de Pontlevoy, caput Eontileviati, c'est à dire la première église du lieu. En effet, les paroisses ont le premier rang sur les simples chapelles, celles- ci n’étant regardées que comme succursales de la paroisse. Mais il veut qu'à l’avenir cette église soit assujettie à celle de la Vierge, devenue église abbatiale; parce que celles-ci suivant le droit et un usage universel ont le premier rang sur les églises paroissiales.

Celle de St - Pierre subsiste toujours. Il paraît par un titre de l’an 1347 qu’elle était renfermée dans l’enclos de l’abbaye; à présent elle touche l’enclos ou l’enceinte de l’abbaye du côté du couchant. C'était l’usage de nos abbayes d’avoir dans leur enceinte diverses chapelles ou oratoires, afin que suivant la règle de St Benoit, ceux qui voudraient vaquer plus particulièrement à la prière pussent le faire sans distractions ; et tel était l’usage de l’abbaye de Pontlevoy.

 Il subsiste encore derrière la grande église une chapelle assez grande sous le nom de St Michel.

 A l'entrée de l’abbaye, il y avait autrefois une chapelle dédiée à St Christophle. Elle subsistait sur la fin du quinzième siècle. François de Brilhac, abbé de cette abbaye, la conféra le 20 juin de l’an 1471 à Denys Chastellain. Ainsi c'était un titre qui a été depuis éteint.

Je pense que cette chapelle avait été bâtie dans son origine, afin que les séculiers, du moins les femmes, pussent entendre la messe; d’où j’infère que suivant la coutume de l'Ordre, les femmes n'avoient point d’entrée dans l’église de l'abbaye. Il serait à souboitter que l’on vit revivre le même usage dans nos abbayes.

 Gelduin donne encore aux religieux tous les esclaves de l’un ou de l’autre sexe qu'il possédait à Pontlevoy; dans ces temps- là il y en avait un grand nombre en France. Ce n’est que peu à peu que les roys et les seigneurs ont affranchis leurs vassaux. Eux seuls cultivaient les terres et les faisaient valoir. Les seigneurs avoient de grands droits sur eux et sur leurs biens. C’est pour cela que Gelduin donne à l'abbaye les coutumes, c’est à dire les redevances qu'il exigeait de ses vassaux dans sa terre.

Remarquez que Gelduin appelle le lieu de Pontlevoy burgum, bourg, amas de quelques maisons, qui n’est point environné de murs. Anciennement même on appellait bourg le lieu où il y avait un simple château.

 Que ceci soit dit en passant pour détruire les préjugés de ceux qui prétendent que Pontlevoy était autrefois une grande ville et bien peuplé. On n'en trouve aucune trace dans les titres. Partout Pontlevoy est représenté comme un bourg tel à peu près qu’il l’est encore. Gelduin donne aux religieux vicariam, c'est à dire la voerie, ou comme on dit encore en France, dans le terme de droit, vigerie. On appelait anciennement vicaire celui qui, dans les bourgs et les petites villes, exerçait la justice au nom du comte. La juridiction de ces vicaires était resserrée dans ces commencements ; elle s'étendait dans les affaires de peu de conséquence.

Les affaires criminelles en étaient exceptées. Les vicaires, soit-par usurpation, soit par la concession des comtes étendirent leur juridiction du temps de Gelduin. La voierie renfermait les droits de connaître des homicides, larcins, rapts et incendie. C’est cette justice dont Gelduin se dessaisit en faveur des religieux et dont ils ont toujours jouis.

Dans la terre de Pontlevoy il y avait quatre fiefs, possédés par quatre vassaux de Gelduin. On ne sait où ils sont situés, Gelduin ne les ayant point nommés; il indique seulement les noms de ses écuyers : Aymeric Pyranus, Thibaut leroy, Gautier ou Wauthier Belsarius et Othelin, fis d’Adelelme de Sivray.

Gelduin donne ces quatre fiefs à l’abbaye. J’entends par là que ces écuyers gardant chacun leur terre, payaient un cens et vente à l’abbaye avec l’hommage. Sans doute même que ces fiefs étaient réversibles aux religieux par la mort de leurs possesseurs.

 Il est bon de remarquer que dans ce onzième siècle les surnoms qui distinguent les familles commençaient à s’établir.

Des quatre vassaux que Gelduin nomme, trois ont un surnom. L’autre est appelé fils d’un tel. Tel est le premier usage qu’on peut remarquer dans l’Ecriture Sainte. Pour se distinguer après le nom dont on était appelé, on ajoutait fils d'un tel. On peut voir cela parmi les souscriptions de cet acte même de la fondation de Pontlevoy dont je parle actuellement. La plupart des souscripteurs se disent fils d’un tel ; et quoique le nombre des souscripteurs soit assez .grand, trois seulement des témoins ont un surnom. Ce Thibaut roy qui possédait un fief dépendant de la terre de Pontlevoy, est sans doute le même que celui qui a souscrit l'acte de cette donation.

J’ai dit plus haut que Gelduin était seigneur de Chaumont. Après avoir donné toute la terre de Pontlevoy aux nouveaux religieux, il voulut leur donner quelque portion de sa nouvelle possession. Il leur donna donc quatre arpents de vignes à Chaumont, avec la troisième partie du droit de pasnage. Pasnage est le droit de glandée.

Les seigneurs don noient à leurs vassaux et autres le droit de faire paître dans leurs forêts et bois. Ce pasnage portait un grand revenu aux seigneurs. Gelduin donne la troisième partie à l’abbaye de Pontlevoy. Outre cela il permet aux religieux de faire paître leurs propres cochons durant tout le temps que durerait la dite glandée.

Il ne faut pas être surpris de voir que les religieux de Pont-Levoy eussent à eux des cochons, quoiqu’ils fissent abstinence de viande. Ces sortes d’animaux leur étaient nécessaires, parce qu'à certains temps de l’année, au lieu d’huile et de beurre, ils préparaient les herbes et le poisson avec de la graisse.

Voyez le Concile d’Aix-la-Chapelle, assemblé en 817, par les soins de St Benoît d'Aniane, sous l’autorité de Louis le Débonnaire, qui régla le temps auquel les religieux de St Benoit dévoient s’abstenir de graisse.

Gelduin, outre cela, donne à l’abbaye quatre arpens de près situés sur les bords de la rivière de Scissc ; cette rivière tombe dans la Loire, entre Amboise et Blois.

 Les religieux jouissent encore de plusieurs arpents de près sur les bords de la Scissc à Onzain. Ce n’est là qu’une partie de ce que Gelduin a donné à l’abbaye. Son humeur bienfaisante coula avec le sang dans le cœur de ses descendants. Il y en a peu qui n’ait fait quelque donation à l’abbaye. …..

 

 

Le Directeur-gérant : R. PORCHER Le Loir-et-Cher historique, archéologique, scientifique, artistique et littéraire

 

 

 

  En Mil, Foulques Nerra s'empare de la forteresse du Diable de Saumur <==

Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry) <==

 


 

(1) Eudes II, né vers 983, fils d’Eudes Ier e t de Berthe de Bourgogne.

(2) Ou mieux Gédouin, Gelduinus.

 

(3) Village en face de Saumur (Maine-et-Loire).

(4) Montboel ou Montboyau, château bâti au confluent de la Loire et de la Choisille, sur la hauteur qui domine le pont de la Motte, à une lieue au-dessous de Tours. Il n’en reste plus rien aujourd'hui.

(5) Nous donnerons les chartes, à la fin, dans les pièces justificatives.