GOSCELIN II, seigneur de Parthenay l’archevêque de Bordeaux (1058-1086)

Goscelin de Parthenay, archevêque de Bordeaux, était issu de l'une de ces grandes maisons du moyen-âge qui vivaient presque de pair avec les ducs ou les rois et qui leur étaient souvent alliées.

Armoiries : Burelé d’argent et d’azur de 10 pièces à la bande de gueules brochant sur le tout

 

Il était de la noble Maison de Parthenay en Poitou, fils ainé de Guillaume Seigneur de Parthenay (1).

 

Par suite de la mort de son frère aîné, Josselin devint l'héritier légitime de la seigneurie de Parthenay.

Mais telle n'avait point été sa destinée première, car il s'était voué au sacerdoce, et depuis plus de dix ans il était trésorier de l'église de Saint-Hilaire de Poitiers, à la recommandation de Guy Geoffroy, autrement Guillaume VII, Duc d’Aquitaine, par la mort de Guillaume Evêque d’Angoulême.

 

Homme d'un esprit supérieur et doué d'un caractère énergique, Josselin était aussi digne que capable de parvenir aux plus hautes dignités ecclésiastiques.

Ayant été nommé archevêque de Bordeaux en 1059, il se vit contraint de renoncer à l'administration de son fief pour consacrer ses talents à des soins plus graves. Il n'en conserva pas moins le titre de seigneur de Parthenay, mais il en confia le gouvernement à son frère Simon, qui prit le nom de vidame ou vice-seigneur de Parthenay (2).

Toutefois, malgré ses nombreuses occupations, il intervint, en sa qualité souveraine, dans certains actes importants qui marquèrent l'administration de Simon.

Ainsi, peu de temps après son élévation au siège métropolitain de Bordeaux, nous le voyons revêtir de son sceau et confirmer une charte de donation octroyée par son frère à l'abbaye de Cormery.

Voici dans quelles circonstances.

Un ancien seigneur de Parthenay, très probablement Guillaume, père de notre Josselin, avait fondé l'église Saint-Paul, dès le commencement du XIe siècle ; puis il en avait fait don à l'abbaye de Cormery en Touraine (3).

Après la construction de Saint-Paul et son érection en prieuré, des habitants vinrent grouper leurs maisons près de ses murs, attirés sans doute par les bienfaits qu'un établissement religieux répand toujours autour de lui et par la sécurité que leur inspirait le voisinage du château.

En peu de temps la population augmenta; les rives du Thouet, les environs du prieuré se couvrirent d'habitations, et le faubourg Saint-Paul devint presque une autre petite ville, assise sur les deux bords de la rivière, au pied de la colline escarpée qui supporte la cité féodale.

 

Le monastère de Cormery, déjà propriétaire du prieuré, résolut d'acheter le faubourg tout entier; ce fut Guy, son abbé, qui lit cette importante acquisition vers l'année 1060.

 C'est alors que Simon, vidame de Parthenay, de concert avec son frère l'archevêque, désirant augmenter et compléter, pour ainsi dire, les droits de propriété que l'abbaye de Cormery avait déjà sur Saint-Paul, lui donna à perpétuité les impôts et redevances de toutes sortes que les seigneurs de Parthenay avaient coutume de lever sur les habitants du faubourg.

De plus, il octroya à tous ceux d'entre ces derniers, qui viendraient vendre sur le marché de la ville, le privilège de ne payer pour toute redevance que le droit de vente accoutumé. Il leur accorda également l'exemption de toute espèce de péage. En vertu d'un autre privilège non moins important, il fut interdit aux officiers seigneuriaux d'agir contre les habitants de Saint-Paul sans le consentement du prieur.

Par la même donation, le prieur reçut le droit de prendre dans les forêts seigneuriales tout le bois dont il aurait besoin pour construire des maisons, chauffer le four et entourer de palissades le faubourg Saint-Paul.

On lui concéda en même temps le droit de pêche dans le Thouet et dans l'étang de Secondigny.

 Enfin, le prieuré reçut encore de la libéralité de Simon une grande pièce de terre, exempte d'impôts, située entre le Thouet et le Palais, avec la permission de construire sur ce petit cours d'eau un moulin pour son -usage.

Ainsi, comme on peut s'en apercevoir, cette charte importante constituait en faveur du prieur une petite souveraineté sur le faubourg, et donnait aux habitants des privilèges fort avantageux.

La générosité de Simon et de Josselin n'était pas épuisée. Aux dons précédents, ils ajoutèrent l'église de la Ferrière, fondée probablement par leur père et récemment achevée.

A l'église était joint un terrain suffisamment étendu pour construire un bourg, et les futurs habitants furent affranchis de toute redevance ; ils ne devaient relever que de Saint-Paul.

La fondation de Secondigny suivit de près celle de la Ferrière.

Elle fut également l'œuvre commune de Josselin et de Simon.

 

 Goscelin ou Gotcelin fut le successeur d’Andron, encore du vivant d’Archimbaud, contre ce que porte la Chronique de Maillezais, qui fait successeur d’ Archambaud de Parthenay 1047-1059, Ostant Andron (1059 -1060) du nombre des Archevêques de Bordeaux.

Suivant un titre des Archives de l’église S. Seurin, il était Archevêque l’année 1060 (4).

 

C’est à sa prière que le même Duc, confirma un célèbre Décret, qu’à l’advenir aucun fils de Prêtre, de Diacre, ou de sous-Diacre, ou qui ne serait pas née d’un mariage légitime, ne serait admis aux Canonicats de S. Hilaire de Poitiers (5)

 

II

Comme ce fut de son temps que Berengadius (6)  après avoir révoqué son Hérésie, touchant la présence réelle du Corps de Jésus Christ au S. Sacrement de l’Autel, continuait néanmoins de l’insinuer en France ; nôtre Archevêque pour empêcher que ce venin ne se glissa dedans la Province, assembla un Concile de se Suffragant à Saint Maixent en Poitou (A Chronicon Maleac) ; ou Berengarius lui-même vint faire sa Profession de Foi (7), et l’erreur y fut condamnée l’an 1073. Non pas sur la fin juillet comme écrit de Lurbe, mais le 25 jour de juin.

 

 

III

Ayant été commis avec Amatus Legat du S. Siège, pour juger sur le divorce entre Guy Geoffroy ou Guillaume VII. Duc d’aquitaine, et Aldéarde de Bourgogne, et étant allez pour cet effet à Poitiers, avec plusieurs autre Prélats l’an 1074.

Ils y furent grandement excédez par Isembert, fut cité à Rome par le Pape Grégoire VII. Et ceux, par qui il avait fait faire ces excès, furent excommuniés, et Goscelin fut invité de faire le voyage, s’il le pouvait.

Isambert, ayant encore méprisé un interdit de Gerauld Evesque d’Hostie Légat du S. Siège, fut excommunié, jusqu’à ce qu’il fut représenté au Concile, que le Pape devait tenir à Rome la première semaine du Carême.

Tout ceci se tire de plusieurs Lettres de ce Pape, d’où il se tire pareillement, que Goscelin fut à Rome, non pas seulement après cette action, comme écrivent Messieur de Ste. Marthe, mais l’année auparavant, comme il conte d’une Lettre de ce Pape aux Chanoines de S. Hilaire de Poitiers, datée du Concile romain, l’Indiction 12.

Au mois de Mars, où il leur écrit, comment Goscelin Archevêque de Bordeaux, présent au Sinode, les avait favorisés : et les Lettres qu’il écrivit tant à Isembert qu’à Goscelin, au sujet de cette action, sont datées du mois de septembre, l’Indiction treizième.

Il semble néanmoins que Goscelin fut à Rome une seconde fois, parce que le Pape écrivant à Amatus son Legat l’an 1078.

Au mois de Mars, lui déclare, que Goscelin étant venu à Rome, l’avait fait souvenir du différent qui était entre les Abbayes de Sainte Croix et de S. Sever, pour l’église de Soulac, dont il lui renvoie la connaissance.

 

IV

Etant revenu de Bordeaux, il y tint un Concile le 15 d’Octobre l’an 1079, ou il confirma l’Abbé de Ste croix dans la possession de l’église de Soulac contre les prétentions de l’Abbé de S. Sever.

Il se justifie par Titre de l’Abbaye de la Grand Seauve que j’ai leu, et dont je rapporterai la date dans les preuves, qu’il se tint un second Concile à Bordeaux le 6 d’Octobre l’année suivante 1080 ou notre Archevêque avec les Legats du S. Siège, avec plusieurs Archevêque et évêques, en présence de Guillaume Duc d’Aquitaine, confirma S. Geraud et ses Religieux dans la possession du lieu de la Seauve, avec tous ses droits, et appartenances qui leur avaient été accordées.

Ce saint y avait été appelé quelque temps auparavant, et y vécu avec une très grand Sainteté, tellement que depuis sa mort, on lui a toujours rendu honneurs d’un bien-heureux, et les peuples y viennent en foule pour y révérer son corps, qui repose derrière le grand Autel dans une église que les religieux de S. Benoit, depuis la réforme, c’est-à-dire, depuis 10 ans, ont rendu un édifice des plus beaux, aussi qu’un Monastère des plus agréables de leur Ordre dans ce royaume, ainsi qu’il l’était anciennement (8).

 

Trois mois après au mois de janvier, il se tint un Concile à Saintes, auquel présidèrent Amatus évêque d’Oloron et Hugues évêque de Die, Légats du S. Siège (9) Goscelin y assista, et y souscrivit après eux, et après lui, Gartmond Archevêque de Vienne, Richard Archevêque de Bourges, et Rodulphe Archevêque de Tours, Aimar évêque d’Angoulême, Hugues de Langres, et Raimond de Bazas (10).

 

 

V

Nous avons rapporté au ch.11 de la première partie le jugement qu’il prononça l’an 1081 entre le Chapitre Métropolitain et celui de S. Seurin touchant le droit de cimetière (11).

 Il était encore archevêque, l’année 1085, comme il consente du règlement qu’il fit touchant les oblations de l’église de Comprian, daté de cette année, dont nous avons parlé au ch.8 de la première partie de ce traité.

 

 

Au zèle qu’il déployait dans 1’administration de sa métropole, Josselin joignait des qualités supérieures et des vertus trop rares parmi les prélats de ce siècle.

Il était digne de la confiance dont l'honora le pape Grégoire VII, et le surnom de Grand Archevêque, dont le décore la chronique de Maillezais, ne fut point un titre usurpé.

 

 

Il mourut le 19 jour de juin, et l’an 1086 selon la chronique de Maillezais, et fut enseveli dans l’église notre dame de Luçon.

 

 

 

L'église métropolitaine et primatiale Sainct André de Bourdeaux,.... T. 2 / par M. Me Hiérosme Lopes,... ; rééd. annotée et complétée par M. l'abbé Callen,...

 

 

 

 

==> 1092 - Histoire et légendes de la Fondation de l’église de Parthenay le Vieux (Mélusine et les seigneurs de Parthenay)

 

 


 

(1)    Guillaume 1er, dit M. Léon Palustre (Hist. De Guil. IX, t I p80, note), eut pour successeur nominal son fils ainé Josselin, deuxième du nom, archevêque de Bordeaux, homme illustre, tellement vénéré de sa famille, que, pour honorer sa mémoire, elle prit le nom de l’Archevêque, mais en réalité, Simon, sous le titre de vidame, était le véritable seigneur de Parthenay » Lopes ne s’arrête pas à la fable du prétendu mariage de Goscelin.. Le Gallia chris.

 

 

 (t. II, col 805-806) en fait voir l’invraisemblance. Du Temp –op cit. t. II p 196, note) se borne à dire : «  il est faux que cet archevêque ait été marié et que le Pape donna en conséquence à ses descendants le surnom de Parthenay-l’Archevêque. Ce surnom parait leur être venu de ce que Goscelin, comme l’ainé de sa famille, portait le nom de la terre de Parthenay, au nom de laquelle on a ajouté, pour cette raison, celui d’Archevêque » (V. aussi J. Besly, op, cit, p 160)

(2) Notice sur les Larchevêque par Marchegay.

(3) Extrait de dom Etiennot dans dom Fonteneau, t. 73. -

(4). D’après le Gallia, il assista comme archevêque à l’assemblée de la noblesse d’Aquitaine de l’an 1059.

(5). Malgré sa promotion à l'archevêché de Bordeaux, Josselin avait conservé ses fonctions de trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers.

C'est à ce titre qu'il provoqua une mesure réformatrice, tout à fait conforme aux vues de Grégoire VII, par laquelle il fut arrêté que nul fils de prêtre, de diacre, sous-diacre ou autre clerc, et nul bâtard, ne pourrait être nommé chanoine de Saint-Hilaire.

Ce règlement avait pour but de combattre les tristes résultats du mariage des prêtres, l'un des plus grands maux de l'Église à cette époque, et à l'extirpation duquel Grégoire VII travailla avec tant d'énergie. Il fut rendu en 1078, sur les instances de Josselin., par Guillaume VII, comte de Poitiers.

On sait que les comtes de Poitou portaient en même temps le titre d'abbés de Saint-Hilaire.

Le texte du diplôme se lit aux Instrumenta du Gallia (t. II, col. 271, VIII) ; il porte formellement que Goscelin fut le principal instigateur du décret de réforme.- Ex petitione canonicorum praefatae ecclesiae, et praecipue domini Gosleni, venerabilis Burdegalensis archiepiscopie. – voir en particulier dans le recueil des Hist. Des Gaules (t. XI) plusieurs ordonnances des papes et des évêques, des décrets de conciles, des lois émanant de l’autorité civil contre les profanateurs du célibat ecclésiastique.

(6)    Béranger, l’archidiacre d'Angers,  natif de Tours, niait le dogme de la présence réelle. Il ne cessa durent trente ans d’abjurer son erreur  et d’y revenir.

Le concile de Saint Maixent, auquel présida Goscelin, eut lieu, d’après la Chronique de Maillezais, dont le Gallia partage l’opinion, non pas en 1073, comme l’écrit Lopès, mais en 1075.

On sait que Bérenger retomba dans l’hérésie et ne se rétracta définitivement qu’en 1080, dans un concile tenu à Bordeaux, dans l’église Saint André, le 9 octobre 1080 (Voir L. Palustre, op, cit, p 156)

Ce fait est l’un des plus glorieux et peut être le plus consolant de nos annales. Comment Lopès et le Gallia ne le mentionnent-ils ni l’un de l’autre à la date de 1080, comme le veut la Chronique de Maillezais, ou bien à celle de 1079 que le préfèrent les Observationes praeviae in.. concili de multiplici Berengarii damnatione, etc. ? (voir Rec. Des Hist. Des Gaules, t XI, p 530)

 

(7)    « Hildebrand donc, dit Grégoire VII, entreprit la connaissance du divorce, et donna la commission à Aymé, évêque d’Oléron -Sainte-Marie, et à Goscelin de Parthenay, archevêque de Bordeaux, successeur d’Archambaud de Saint Maixent, et trésorier de Saint Hilaire de Poitiers, où ils s’assemblèrent l’an 1074, indict.12 ; la Chronique de Maillezais dit 1075.

 

Isembert II évêque de Poitiers, soit qu’il fut induit par le duc, soit pour son intérêt particulier, fit forcer les portes de l’abbaye par ses gens, qui maltraitèrent si bien les commissaires et ceux de l’assemblée qu’ils furent contraints de fuir hâtivement pour mettre leur vie en assurance. » (J Besly op. cit. p 152)

(8)   Géraud (Gérard), natif de Corbie, était arrivé dans les bois de la Grande Sauve (Silva Major), en 1079 ; l’année suivante il obtint de Goslelin et des légats apostoliques la permission de foonder un monastère. (voi pour les chartes relatives à cette fondation, Gall. Christ, t.II, inst, col 314. 315 et suiv.)- pour l’histoire de saint Gérard et de notre célèbre abbaye de l’Entre deux Mers, consulter : le cartulaire de la Grande Sauve ; - Lisiard, Vit. S. Arnulf., c. XVIII ; Chronique Maillezais ; Mabill, obs, praev. Ad vit. S. Ger. Mgr Cirot, Hist. De l’abbaye et congrégation de N-D de la Grande Sauve en Guienne, 2 vol.

 

L’histoire de cette abbaye, par Mgr Cirot, présente un vif intérêt. Lire tout spécialement la légende du couteau de saint Gérard, la description de l’église, de l’abbaye, l’inventaire des reliques, l’état des confréries, la nécrologe, les détails relatifs à la bibliothèque, aux manuscrits, la description de la ville qui formait autrefois deux paroisses, Saint Jean et Saint Pierre ; enfin, l’énumération des églises ou prieurés qui relevaient de La Sauve, soit dans notre diocèse soit dans le diocèse d’Agen, de Périgueux, de La rochelle, d’Aire……

(9) Le Concile de Saintes mit le monastère de Saint Pierre de la Réole, que revendiquait l’évêque de Bazas, sous la juridiction de l’abbaye de Fleury sur Loire (V. Gall. Christ. T II, col 805)

(10)Charta cujusdam census solvendi S. Severino ab ecclesia Berbezillensis…….

 

(11) Le Gallia rapporte sous les dates suivantes 1060, 1068, 1077, 1078, 1081, un certain nombre de faits qui ne se retrouvent pas dans Lopès. Signalons en passant l’acte par lequel Goscelin (circ. 1068, fors, 1080) se fit céder l’église de saint Emilion par Olivier, vicomte de Castillon, en chassa les moines, et établit à leur place des chanoines réguliers (v Gall. Christ. T II, col 323, inst.- Guinodie Histoire de Libourne, tII, p 280).