UNE SŒUR IGNORÉE DE RICHELIEU

L’Histoire réserve parfois des surprises effarantes que le lecteur est tenté de rejeter, au seul énoncé, comme une mystification grossière devant tout ce qu’elles présentent d’invraisemblable.

 L’existence d’une sœur de Richelieu ignorée est une de ces révélations surprenantes. On se demande comment un fait pareil a pu rester inconnu dans la vie du personnage qui a donné lieu sur lui et les siens à tant de travaux importants, consciencieux et poussés, passer inaperçu des généalogistes, chroniqueurs, anecdotiers, libellâtes, ne laisser aucune trace dans les correspondances du temps. Il en est ainsi, cependant.

Les documents authentiques en font rigoureusement foi.

En plus de ses deux sœurs connues, Françoise et Nicole, la première, mère de la duchesse d’Aiguillon, la seconde, marquise de Brézé, mère de l’infortunée princesse de Condé, Richelieu en a eu une troisième, Isabelle Pidoux de la Maduère dont la vie débuta par une aventure romanesque.

Nous l’esquisserons sous les auspices autorisés de M. Gabriel Hanotaux, qui a bien voulu réunir les deux auteurs de cette étude.

 

 ISABELLE DU PLESSIS

 Isabelle du Plessis était le troisième des enfants de François du Plessis de Richelieu, grand prévôt de France, et prévôt de l’Hôtel, et de Suzanne de la Porte, fille de l’avocat de ce  nom.

 Elle naissait à Paris, dans l’hôtel de Losse, rue du Boulouer, aujourd’hui, rue du Bouloi, fort probablement au cours du second semestre de l’année 1581. Son frère Alphonse la suivait, venant au monde près d’un an après. Armand et Nicole, les deux plus jeunes, naissaient en 1585 et 1586. Rythme régulier dans l’accroissement de la famille, formant comme une série de trois couples de sexe différent, réunis par la proximité d’âge.

 

 A la mort du grand-prévôt, survenue à Gonesse le 10 juin 1590, à l’armée de Henri IV, tous les siens étaient déjà revenus depuis quelques mois au château de Richelieu, après la vente de l’hôtel de Paris.

Les enfants étaient âgés : Françoise et Henri, de douze et d’environ dix ans; Isabelle et Alphonse, d’environ huit et sept ans ; les deux cadets, Armand et Nicole, de cinq et quatre ans. Peu de temps après, Henri, l’aîné des fils, parvenu à onze ans, l’âge normal des études, quittait le château, pour n’y plus revenir qu’accidentellement en visiteur ou en quémandeur, pendant la vie de sa mère.

Grâce à son intelligence vive, son savoir-faire, son caractère indépendant et ambitieux, il faisait vite son chemin à la cour, appuyé sur le souvenir de son père ; en 1608, il est inscrit pour 3 000 livres sur l’état des pensions du roi (1) ; en 1612, nous le trouvons avec les titres de « chevalier de l’Ordre du roy, conseiller en ses conseils d’État et privé, mestre de camp du régiment de Piémont (2) ».

Son départ faisait en quelque sorte du château une maison féminine, vu l’âge relativement bas de ses deux frères, Alphonse et Armand. L’on n’y voit circuler que des jupes : la vieille grand-mère Françoise de Rochechouart, qui vit encore le 14 juillet 1595 ; sa belle-fille, la maîtresse du logis, Suzanne de la Porte, absorbée par les préoccupations de la vie matérielle, toujours sous la menace des créanciers de feu son mari, le grand-prévôt; ses trois filles; enfin, deux tout jeunes garçons et une belle-sœur, la dame de Marconnay.

Milieu replié sur lui-même, sans relations, sans diversion de l’extérieur, réduit à vivre d’une existence quasi monastique, avec les heurts entre caractères différents, dans une cohabitation forcée; en proie aux amertumes de la déchéance, et aux angoisses d’une vie précaire ; toutes fenêtres fermées à des rêves d’avenir, les deux garçons seuls pouvant l’entrevoir avec quelques espérances réconfortantes.

La parité d’âge, avec la plus grande intimité qui en résultait dans une éducation commune, créait, entre les deux enfants de chaque couple, un lien que les années ne briseraient point. Le frère devenait le protecteur et comme le tuteur naturel de la sœur, tout porté, le temps venu, à s’intéresser à elle.

 

 C’est ce qui advenait d’abord pour les deux aînés. Sa sœur et compagne d’enfance étant devenue jeune fille, Henri invitait à Richelieu un de leurs voisins, jeune seigneur du Poitou, Jean de Beauvau, seigneur de Pimpeau et de Riveau.

La beauté de Françoise, sa fraîcheur (elle avait alors dix-neuf ans), sa douceur, sa grâce rehaussée du vernis de cour de ses premières années passées à Paris, produisaient leur effet ; « le beau cousin » faisait sa cour et était agréé.

 

 

 Le bonheur conjugal fut de courte durée.

L’année même de son mariage, en 1597, Françoise devenait veuve et regagnait le domicile maternel. Isabelle avait alors quinze ans.

 

Elle gagne à ce malheur de retrouver sa compagne et amie, de sortir un peu de son isolement, car Nicole n’a que six ans. Mais il y a maintenant une ombre de plus au tableau. Françoise remplit le château de sa douleur qui devient le centre des préoccupations de la famille, au détriment de sa cadette rejetée à l’arrière-plan.

Les journées s’écoulent dans un morne ennui. Six ans après, en 1603, la main d’Henri se fait sentir à nouveau en faveur de sa grande sœur alors âgée de vingt- cinq ans. Cette fois, il est vrai, ce n’était plus un jeune et beau cousin qui passait à son doigt un nouvel anneau nuptial : c’est un quasi vieux barbon, qui aurait pu être son père, ancien compagnon d’armes du sien, un déjà vieux soudard, René Vignerot, seigneur de Pont-Courlay, de Glenay et de Brenil, de Geay.

En revanche, au point de vue des alliances, Françoise pouvait être reconnaissante à son frère. A la célébration du mariage dont il signait le contrat, le parrain n’était autre, en effet, que le roi qui payait ainsi royalement sa dette envers le grand-prévôt.

En plus, il nommait le nouvel époux capitaine de ses gardes et lui donnait 6 000 livres (l).

Cette charge imposait à du Pont-Courlay la résidence à la cour.

C’était désormais pour Françoise la vie à Paris. Elle lui préférait cependant le séjour de Glenay d’où elle ne sortait que pour faire quelques rares apparitions dans la capitale auprès de son mari. Dégoût de la vie frivole de la cour?... Plutôt sympathie fort modérée pour son mari, semble-t-il ; sentiment fortifié encore par le souvenir du premier mari défunt. Isabelle reçut-elle à ce sujet, de sa sœur, des confidences qui lui donnèrent à réfléchir ?

La proximité de Richelieu et de Glenay facilitait et provoquait des visites fréquentes, sollicitées certainement par Françoise dans sa pénible solitude.

 

 

LOUIS PIDOUX DE LA MADUÈRE

 Est-ce alors qu’un jeune voisin, Louis Pidoux, d’une vieille famille du Poitou, dont le père possédait à Glenay le fief de Beaumont, et un peu plus loin la terre de la Maduère, vint au château et y fit la connaissance d’Isabelle dont il s’éprenait ?

Les deux jeunes gens avaient lui vingt et un, elle, de vingt-six à vingt-sept ans. Le nouveau venu qui entrait ainsi dans la vie d’Isabelle du Plessis n’avait pas seulement pour lui, avec la jeunesse, un physique séduisant, à en juger par une miniature du temps malheureusement un peu dégradée, conservée dans la famille, de beaux traits énergiques, une belle prestance, de l’allure.

Son nom était célèbre à plus d’un titre.

 Avant de se fixer à Poitiers, au XV e siècle, sa famille, venue d’Italie suivant quelques historiens, avait joué un rôle considérable dans l’histoire de la ville de Paris.

Dès le XII e siècle, elle avait figuré au premier plan dans l’oligarchie bourgeoise de cette ville. Elle avait compté notamment, entre autres charges, des prévôts des marchands, des maîtres de comptes, avant de recevoir du roi, en 1346, des lettres de noblesse héréditaire.

 

 

 Plus tard, à la suite des luttes entre Armagnacs et Bourguignons, Régnault Pidoux, dépouillé de ses biens par ces derniers, s’était réfugié en Poitou, où il se fixa, semble-t-il, au petit pays de Secondigny.

Un lien de parenté existait entre les Pidoux et la famille de la Porte à laquelle appartenait la mère du futur Cardinal.

En outre les Richelieu avaient contracté envers les Pidoux une dette de reconnaissance.

François Pidoux, grand-père de Louis Pidoux, docteur en médecine, professeur et doyen de la Faculté de médecine de Poitiers, médecin des rois Henri II, François II et Charles IX, avait jadis usé de sa faveur auprès de Catherine de Médicis pour faire recevoir le jeune François du Plessis comme « enfant du Roi », protection qui venait seconder celles de La Force et même des Montpensier.

Enfin, Jean Pidoux, son fils, médecin de Henri III, était l’ami de ce même François du Plessis, devenu grand prévôt de France.

La mort de Henri III et les perturbations politiques et sociales qui la suivirent pour les habitants de Paris menacés de la famine, avaient eu la même répercussion sur les deux familles de Pidoux et du grand-prévôt : ce dernier, séparé des siens par ses fonctions absorbantes auprès du nouveau roi, ne pouvant plus subvenir à leurs besoins, et ne voulant pas les laisser exposés aux horreurs de la faim et de la Ligue, envoyait toute sa famille à Richelieu où elle se fixait, après la mort du père.

 

 

Jean Pidoux faisait de même. Le jeune Louis, son fils, âgé d’un an à peine, était envoyé à Poitiers. Après ses humanités, il commençait dans cette ville ses études de médecine. Plus tard, quand il fut docteur, Richelieu, devenu évêque résident de Luçon et qui s’intéressait vivement à la science médicale, recherchait sa compagnie.

La curiosité du prélat toujours en éveil aimait à l’entretenir de l’art médical, à en pénétrer les arcanes, à recueillir de sa bouche les enseignements nouveaux de la Faculté. Une certaine intimité s’établit entre eux (3).

De là des visites plus ou moins fréquentes du médecin et des siens au château de Richelieu.

Peut-être la mort du père de Louis, survenue le 25 août 1610, a-t-elle été pour l’évêque une occasion de témoigner sa sympathie à l’orphelin et d’offrir une diversion à sa douleur.

 

 UN PRÉTENDANT ÉVINCÉ

Le jeune visiteur ne pouvait, d’ailleurs, recevoir au château qu’un accueil de curiosité sympathique, dans ce milieu féminin où sa présence réveillait de chers souvenirs. Effusions de la part de la maîtresse de maison qui avait connu à Paris sa mère et les siens. Évocation pour Isabelle de quelques moments heureux à Glenay si elle retrouvait maintenant l’aimable camarade de son enfance.

 Le jeune homme arrivait au moment psychologique dans la vie d’Isabelle. Sa sœur, Françoise, était mariée et mère de deux enfants ; son frère, Henri, s’était également loin d’elle créé un foyer, il y avait près d’un an. Son contemporain Alphonse était retiré du monde chez les Chartreux.

Restait Armand, l’évêque de Luçon; mais celui-là était presque aussi éloigné que ses frères et plus distant encore, en raison de ses occupations pastorales, de ses préoccupations personnelles, de ses visées ambitieuses, de son caractère réservé, sans expansion et d’un sérieux au-dessus de son âge.

Isabelle allait atteindre sa trentième année, sans dot et sans épouseur en perspective. Impossible pour elle de se faire, à ce sujet, aucune illusion. Un triste avenir s’ouvrait devant elle. Ajoutez la mort récente de sa tante Marconnay, sœur cadette de son père. Cette perte avait certainement accru sa détresse avec sa solitude; car elle la privait, sinon d’une amie, tout au moins d’une compagne et d’une conseillère précieuse.

Bref, Isabelle était prête pour l’aventure, le je ne sais quoi qui ne serait pas le train-train quotidien. Fut-ce entre les deux jeunes gens le coup de foudre se manifestant subitement? Ou bien assiduités reçues avec une bienveillance non dissimulée, intimité dangereuse et mal surveillée? Y eut-il quelque explication orageuse?

Louis Pidoux demanda-t-il la main d’Isabelle en termes estimés blessants? Sa prétention sembla-t-elle monstrueuse? Quoi qu’il en soit, la situation apparaissait comme assez grave pour donner lieu à un conseil de famille.

Dans le mois de septembre de l’année 1612 les trois frères se réunissent au château de Richelieu.

 En ce temps-là, l’autorisation des parents au mariage était nécessaire pour les fils jusqu’à trente ans, pour les filles jusqu’à vingt-cinq, et encore étaient-ils tenus, les uns et les autres, même au-dessus de trente ans, de requérir l’avis familial par écrit. La conservation de l’autorité du père de famille dominait la législation, opposée à la liberté des unions.

 En un mot, d’après la coutume, « l’avis des parents » était obligatoire.

La délibération, comme il était à prévoir, aboutit à un refus formel. Qu’était, aux yeux de ce tribunal, le candidat à la main d’Isabelle? Un jeune homme, un docteur en médecine; il est vrai distingué malgré son âge, — vingt-quatre ans environ,— et ayant acquis son grade peut-être depuis un an ou même deux.

Son nom avait été illustré, au point de vue professionnel, par son père et par son aïeul. D’autre part, dans les annales de la cité de Paris et de la ville de Poitiers, une longue chaîne de services, de dévouements et de sacrifices à la chose publique avait valu à ses ascendants des lettres d’anoblissement plusieurs fois confirmées.

Mais tout cela était comme inexistant pour les Richelieu.

 La noblesse de sang, ou noblesse d’épée à laquelle ils appartiennent se targue d’être seule à compter, à cette époque de féodalité expirante et elle ne se raidit que davantage dans ses prétentions et son isolement.

Une union matrimoniale, c’est l’alliance de deux maisons ; et qui dit alors « maison », dit noblesse d’épée. Ce jeune Pidoux est un médecin ; or le corps médical est en dehors de la noblesse, malgré une certaine considération attachée à ses services.

 L’ordre de préséance individuelle le place, suivant l’arrêt du grand Conseil du 23 juin 1637, sur le même rang que les recteurs, doyens et docteurs-régents de l’Université de Paris, après les gentilshommes ordinaires de la chambre du roi, avant les trésoriers de l’épargne.

Dans la maison du cardinal de Richelieu, où le rang social est soigneusement observé, vient le médecin sur l’état des gages, à la suite de sa domesticité d’honneur, avant les organes du rouage matériel de la maison (4). Les bourgeois, même anoblis, ne pénètrent pas dans le monde fermé de la noblesse de race, et si, d’aventure, ils parviennent à s’y immiscer par quelque caprice féminin, une haine féroce s’empare de la famille outragée par une telle union.

Malgré son jeune âge, l’évêque de Luçon détenait dès lors dans la famille l’autorité du chef.

Le prestige de sa haute charge ecclésiastique, de son ascension rapide, de ses relations, de sa prodigieuse facilité d’adaptation l’explique assez. Aussi n’y aurait-il rien d’invraisemblable à ce qu’il eût fortifié sa mère dans son refus, ou même qu’il se soit prononcé lui-même le premier dans ce sens.

Dans son exil à Avignon, qui lui laissait assez de loisirs pour repasser sa vie, l’aventure de sa sœur Isabelle revenait plus tard à sa mémoire, et il exhalait sa rancœur et son indignation, quand il écrivait dans l’Instruction du Chrétien : «Celui qui épouse une femme non de sa condition contre la volonté de son père pèche mortellement ; si elle est de sa condition, il ne pèche que véniellement (5). »

Enfin, le même souvenir semble l’obséder à ses derniers jours dans cette injonction inscrite à la fin de son testament où la répétition des noms de ses deux sœurs Françoise et Nicole souligne l’omission volontaire de la troisième. « Je défends à mes héritiers de faire alliance en des maisons qui ne soient pas vraiment nobles, les laissant assez à leur aise pour avoir plus d’égard à la naissance et à la vertu qu’aux commodités et aux biens. »

De même le coup de griffe final : « Et d’autant que l’expérience nous fait connaître que les héritiers ne suivent pas toujours les traces de ceux dont ils sont successeurs (6)... » Après les mots, des actes.

Dans son pauvre évêché de Luçon, où, tout gueux qu’il se dise, il a apporté sa fierté, Richelieu prend comme maître d’hôtel un gentilhomme, et se plaît à le faire savoir. Plus tard, il manifeste assez clairement ses idées et le prix qu’il attache au choix des alliances pour sa maison, lorsqu’il cherche un époux pour sa sœur Nicole, après la mort de leur mère.

 Elle avait alors trente ans, l’âge d’Isabelle, et une dot assurée par lui. Que lui trouvait-il? Un jeune homme de vingt ans, un cavalier, richissime surtout de dettes, vivant avec sa mère à peu près uniquement du produit de sa chasse, mais qui s’appelait le marquis Maillé de Brézé, apparenté à tout ce que la France comptait de vieille race, un nom remontant aux Croisades.

Réplique muette à l’aventure d’Isabelle, et qui aura toute sa portée quand l’autre nièce épousera le fils du prince de Condé !

 

 

Enlèvement et fuite

Il y eut donc conseil de famille et sans aucun doute avis défavorable ; mais les deux amoureux, qui en connaissaient d’avance le résultat, n’avaient-ils pas pris les devants pour assurer leur bonheur par la fuite ?

Leur passion avait dû recourir à toutes les précautions et envisager les sacrifices qu’elle leur coûterait : pour Pidoux, c’était la perte d’un bel avenir professionnel, assuré par son nom dans un milieu où il était hautement admiré et respecté : pour elle, c’était la rupture à jamais et avec les siens et avec les prérogatives qui s’attachaient à son rang.

De quel côté le jeune couple dirigea-t-il ses pas ?

Ce fut d'abord sans doute vers Paris, où ils pouvaient cacher leur bonheur. Ils étaient sûrs aussi d’y trouver l’accueil bienveillant d’un parent bon, riche et généreux qui avait bien connu leurs familles, René Pidoux de la Rochefaton, abbé de la Valence, chanoine de Notre-Dame de Paris depuis 1611.

De là, ils gagnent Coulommiers, le berceau des Pidoux où ses parents s’étaient mariés et avaient passé une partie de leur vie. Des parentés les y attendaient : une sœur Françoise, alors mariée à Louis de Jouy, marchand de Coulommiers, qui sera la mère de Jean de la Fontaine, le fabuliste; un frère aîné, Valentin, licencié ès lois, avocat au parlement, bailli civil et criminel du bailliage de Coulommiers (7).

Mais c’est probablement au chanoine plutôt qu’à ce dernier qu’ils ont eu recours pour mettre fin à une situation anormale et même scandaleuse.

L’abbé de la Valence est, en effet, non seulement un casuiste averti, mais une personnalité ecclésiastique marquante, dont la recommandation peut leur ouvrir les portes des milieux catholiques les plus fermés.

Tout près de là, en Franche-Comté, pays alors indépendant de la France, malgré l’opposition des parents, ils pourraient faire consacrer leur union devant l’Église.

Le Concile de Trente, qui le permettait, y avait toute sa vigueur, alors qu’il n’était pas encore reçu en France. Les fiancés arrivaient à Dole, capitale de la Franche- Comté et s’y logeaient à l’auberge du Soleil d’or (8).

 Le 2 juin 1613, à neuf heures, à l’issue de la grand-messe, dix mois environ après leur départ du Poitou, ils se présentaient au chanoine Outhenin, doyen du chapitre de la Collégiale Notre-Dame, conseiller clerc au parlement, aumônier des archiducs.

Ils ne célaient rien de leur situation, car l’acte mentionne l’absence et l’opposition des parents. On a trouvé deux témoins, le chanoine Claude Clerc, professeur de droit canonique à l’Université de Dole, considéré par les magistrats comme une lumière, et un familier, Antoine Boyvin ; le doyen lui-même, sans doute par égard à la qualité des familles, leur conféra le sacrement de mariage.

Ce document capital est resté, par une copie de l’original, certifiée conforme, faite en 1749 par M. Pourcheresse, doyen du chapitre de Dole, docteur en Sorbonne, conseiller d’honneur à la Chambre des comptes de Dole, abbé de Clairefontaine (9).

 Il présente tous les caractères d’authenticité, tant par la qualité des célébrant et témoins que par la précision des indications.

D’abord, les noms et titres des parents des intéressés : d’une part, feu Jean Pidoux, chevalier, seigneur de Pierrefitte et de Teilloux, médecin du roi très chrétien, doyen de la Faculté de médecine de Poitiers et de dame Françoise Bobe ; de l’autre, feu François du Plessis, chevalier, seigneur de Richelieu, Beçay et autres lieux, chevalier des Ordres du roi, conseiller en son conseil privé, grand-prévôt de France et de dame Suzanne de la Porte.

 Si le mariage apparaissait au doyen célébrant comme absolument licite, quant à la déclaration de non-consentement des parents, il n’en avait pas moins quelque scrupule quant à la publication.

De là, la non-inscription de l’acte au registre paroissial et sa passation sur une simple feuille volante. Une remarque sur un point de cet acte : la mariée y est appelée Françoise, alors qu’en réalité, son véritable prénom complet était Isabelle-Françoise.

 

ÉTABLISSEMENT EN FRANCHE-COMTÉ

Pourquoi Louis Pidoux ne se fixait-il pas à Dole pour y exercer? L’un des trois professeurs de la Faculté de médecine de cette ville, Pierre Verne, était spécialisé dans l’étude de la peste qui désolait la contrée sans répit ; à ce titre, il ne pouvait que réserver un accueil sympathique au fils du confrère au nom connu qui avait découvert le polychreste de Poitiers. Mais il y avait à compter avec le collège de Saint-Cosme et Saint-Damien de Dole qui ne comprenait pas moins d’une trentaine de membres, entre médecins, apothicaires et chirurgiens. Ne vit-il pas de mauvais œil un étranger, venant de France et précédé de quelque réputation, arriver pour leur faire concurrence? La malveillance n’avait-elle pas exploité son aventure? Il n’en serait pas de même dans une petite localité privée de médecin ou délaissée, faute d’éléments suffisants ou de commodités.

Quittant Dole où il venait de se marier, Louis Pidoux dut, par conséquent, chercher un coin où il pût s’établir. Poligny, qu’il rencontra sur son chemin, était alors une petite cité très vivante où pullulaient les hommes de valeur. Plus haut, Champagnole n’était encore qu’un gros bourg.

Nozeroy retint d’abord l’attention des fugitifs. A cette époque de l’année, la neige n’y est point abondante comme en hiver, et la petite cité apparaissait toute gaie sur le promontoire verdoyant où elle semble émerger comme un îlot dans une mer de pâturages gras et coquets.

Une forte ceinture de murailles défendues par huit grosses tours que des murs crénelés réunissent aux fortifications de la ville, et dominées par un énorme château, devait donner confiance au fugitif, à cette époque où le souvenir des excursions et des pilleries d’Henri IV n’était point éteint en Franche-Comté.

 L’agglomération était suffisante pour l’activité professionnelle de Louis Pidoux : 133 familles et 750 personnes environ, d’après un recensement de 1614 (10).

Un trait commun avec les habitants lui en garantissait d’avance les sympathies, c’était les convictions religieuses qu’il avait héritées de ses ancêtres, ardents ligueurs, et qui étaient aussi celles d’une population qui avait chassé Calvin en menaçant de le lapider.

En fait, ce fut d’abord à Mièges que le docteur errant s’établit, — car il y paie l’impôt en 1614 (11) ; — donc le voilà installé, provisoirement du moins- au pied de la ville, au centre d’une grosse paroisse rurale, dont l’importance servira ses visées professionnelles, bien qu’elle soit fort inférieure à celle de Nozeroy, où, dans la suite, il viendra se fixer.

Nous connaissons la maison qu’il a acquise dans la grande rue, et qui a été la « librairie » du grand humaniste Gilbert Cousin ; c’est dans ce siècle seulement qu’on a détruit les meneaux des fenêtres, masqué celles-ci par des persiennes, et élevé d’un étage le bâtiment de « l’aule», qui joint cette maison aux halles.

Elle comprenait un rez-de-chaussée et deux étages, « joignant du côté bise » la maison de Claude Belot, chef d’une des plus illustres familles de la ville, « du côté vent » l’aule de Nozeroy, halles et auditoire de la justice du prévôt.

C’est dire que Louis Pidoux habite au cœur de la ville, à deux pas de la place dite des Annonciades où les marchés et foires font affluer les habitants, les ruraux et les forains. Ces jours-là, la belle salle du rez-de-chaussée, qui subsiste encore, voit devant ses fenêtres les groupes de clients qui attendent en devisant leur tour d’entrer.

Mais la maison est connue d’autres façons. Les vagabonds, miséreux de passage, n’ont jamais frappé à la porte sans recevoir de la maîtresse du logis, avec un bon sourire, quelque menue monnaie ou le quignon de pain destiné à alléger la route.

 

UN ADVERSAIRE QUI GRANDIT

Louis Pidoux n’avait cependant rompu ni avec la France, ni avec les siens.

 Le 13 avril 1614, on le trouve à Coulommiers tenant sur les fonts baptismaux son neveu, un fils de son frère Valentin le bailli.

Deux ans plus tard, nouveau voyage, cette fois à Poitiers, où, le 8 septembre 1616, il est parrain de sa nièce Marie, fille d’un autre de ses frères, François Pidoux.

L’année suivante, il revient encore deux fois à Poitiers, appelé par des événements de famille.

Cependant le frère, le grand frère de la fugitive, Armand du Plessis, évêque de Luçon, occupe maintenant la situation privilégiée de conseiller et de favori de la reine-mère. Son rôle de médiateur entre elle et le roi, ses intrigues politiques en ont fait un personnage important, mystérieux, redoutable. On commence à trembler à son ombre.

Louis Pidoux va ressentir les effets de cette atmosphère de terreur qui se manifeste autour de l’homme implacable et qui n’ira qu’en s’épaississant. Elle se compliquera, en plus, de la crainte inspirée par l’autre beau-frère, le marquis de Brézé, connu pour sa brutalité féroce et dont l’astre se lève à l’horizon.

 Louis Pidoux est devenu un parent gênant et compromettant. Il n’est qu’un moyen de s’en débarrasser : lui enlever tout prétexte de revenir en France en écartant de lui toute bienveillance et en lui faisant comprendre qu’il est de trop dans le règlement des affaires de famille. Et c’est d’autant plus nécessaire qu’on le sait hardi, vaillant, homme à ne reculer devant rien. Hypothèse, mais si vraisemblable qu’elle s’impose.

Comment, en effet, expliquer autrement la volte-face des siens vis-à-vis de lui, lors du partage de la succession de leur père, Jean Pidoux, faite à Coulommiers, le 25 mai 1623, « à l’encontre » de l’aîné, Valentin, le bailli, qui avait émis sans doute des prétentions exagérées ?

Les actes prouvent qu’il est nettement désavantagé. Pour sa part, on lui attribue une série de petites rentes (643 livres 9 sols au total) et une somme de 2 310 livres 10 sols ; comme biens-fonds, des parcelles éparpillées insignifiantes, quelques terres et taillis en Brie. Aucun immeuble assez important pour lui créer un lien avec la famille et son terroir, pour justifier désormais son apparition en France.

Les biens du Poitou sont attribués, la terre noble de la Maduère avec ses bâtiments à Valentin, la maison paternelle de Poitiers, dans la rue Saint-Paul, à François, le médecin.

Des deux sœurs, l’aînée, Françoise, est alors mariée à Charles de la Fontaine, maître des eaux et forêts et capitaine des chasses à Châtillon-sur-Marne, union d’où naîtra le grand fabuliste.

Elle reçoit une maison à Coulommiers avec quelques terres; Jeanne, la plus jeune, femme de Léon Pignoneau, écuyer, sieur de Boisgigon, 167 livres de diverses rentes et une somme de 20 672 livres 9 sols (12).

En somme, Louis Pidoux du Poitou est mis hors de cause.

Est-ce pour protester et affirmer sa volonté, envers et contre tous, de ne pas déserter la province ?

 

toujours est-il que le 4 juin 1621, ayant sans doute eu vent de la teneur du jugement de liquidation de l’héritage paternel, il achetait la maison noble et seigneurie de Pouillé, paroisse de Vasles, près de Châtellerault, comprenant hôtel, maison, dépendances et quelques métairies.

Son intention était peut-être alors de revenir en France et de se fixer en Poitou pour y reprendre sa place. Que se passa-t-il ? Un mot, un geste de l’évêque de Luçon? Ou bien une mise en demeure des siens, à commencer par son frère François, son plus proche voisin, d’avoir à disparaître? Ou bien encore le sentiment apparu nettement de ne pouvoir se créer une situation au milieu d’un cercle d’hostilités?

En tout cas, il y eut rupture avec son frère. Louis lui signifie qu’il ne compte plus à ses yeux et il repart, en effet, sans donner suite à ses projets. Mais, auparavant, il a vendu à un tiers la seigneurie qu’il venait d’acquérir, et cela sans en informer son frère qui avait sur elle le droit de retrait- lignager.

Dix jours après la vente, celui-ci exerçait son droit. Louis Pidoux quittait dès lors définitivement le Poitou, rayé de la famille par les siens, comme jadis sa femme ; il la rejoignait à Nozeroy qu’il ne quittait plus jusqu’à sa mort survenue le 10 novembre 1640.

 

RENIÉ PAR SA FAMILLE

 Isabelle du Plessis ne revint probablement jamais en France.

Jusqu’à son décès, elle resta au foyer fondé par elle et son mari, élevant dignement et chrétiennement ses enfants. Trois d’entre eux nous sont connus de façon sûre, Gabriel, Antoine et une fille, en religion sœur Élisabeth, de la Compagnie de Sainte-Ursule.

 

Le premier, l’aîné, licencié ès lois, trouva la mort en 1639, à l’âge de vingt-cinq ans, sur les remparts de Nozeroy, lors de la prise de la ville par les troupes françaises du comte de Guébriant unies aux Suédois de Bernard de Saxe-Weimar. Étrangeté des choses humaines !

L’oncle, le cardinal de Richelieu, alors à Mézières, suivait avec passion, de cette ville, ces opérations militaires (13), et par une ironie macabre, l’épitaphe que faisait placer la sœur du cardinal sur la tombe de son fils, neveu du prélat, en 1641, célébrait la vaillance du jeune homme mort pour sa patrie ! Sa patrie ?

Autre détail qui ajoute au dramatique de cette situation. Dans les troupes d’assaut du comte de Guébriant, se trouvait le régiment du Poitou, et dans ce régiment, le capitaine Pidoux du Chailloux, cousin germain de Louis.

Antoine, le cadet, se fixa à Champagnole. Il continua la branche des Pidoux de la Maduère de Franche-Comté en s’unissant à Barbe Cousin, nièce du célèbre humaniste, Gilbert Cousin, dont les fables ont inspiré La Fontaine.

Sa fille, en religion sœur Élisabeth, était entrée dans un couvent d’Ursulines, probablement celui de Poligny, le plus voisin, de la congrégation des Ursulines cloîtrées de Sainte Angèle.

M. Hanotaux a bien voulu nous faire connaître le contrat d’échange d’une terre à Magnanville près de Mantes, passé le 2 avril 1631 entre un certain Marin Le Pelletier, sieur de Château-Poissy, et Martin de Saint-Aulbin, sieur de Vaulpereux, et demoiselle Renée de Richelieu, sa femme.

Dans un reçu de l’année 1619, celui-ci est qualifié conseiller du roi et contrôleur des rentes, demeurant à Paris, rue Saint-Denis (14).

Le fait est troublant. Cette Renée de Richelieu n’était-elle pas une fille d’Isabelle du Plessis, née ou tout au moins baptisée en France, avant la célébration du mariage de ses parents? Le nom peu banal, visant l’origine, qui lui était donné, doit attirer l’attention, celui de la mère, Du Plessis, étant un patronymique dont elle ne pouvait ou n’avait pas voulu disposer. Le prénom donné à l’enfant ajoute quelque force à cette supposition. C’est, en effet, celui de René Pidoux de la Rochefaton, chanoine de Notre-Dame de Paris, que l’on a vu conseiller et protéger le jeune couple. Il est vraisemblable qu’après avoir servi de parrain à la jeune enfant, il s’intéressait à elle, la faisait élever et l’établissait.

Isabelle fut rayée du monde par la famille de son mari, comme elle l’avait été par la sienne propre.

Après que Louis Pidoux fut mort, l’on ne s’inquiéta ni de sa veuve ni des orphelins. Frères et sœurs se partagèrent deux terres que Louis n’avait pu liquider. Son nom ne fut même pas prononcé, pas plus que celui de sa femme.

Isabelle mourait le 5 juin 1648, à l’âge de soixante-six ans. Elle était inhumée dans la sépulture de son mari dont elle avait partagé et adouci le rude exil. Son affection pour lui avait frappé assez fortement leur entourage pour qu’on la rappelât en termes d’une émouvante simplicité dans l’épitaphe placée sur leur tombe commune dans la grande nef de l’église de Nozeroy.

On pouvait la lire encore au XVIII e siècle, surmontée de leurs armes, d’or à 3 frettes losangées de sable:

« Ci-gyst noble homme messire Loys Pidoux, escuyer D r de la Vble Univ. de Poictiers, qui trépassa le 10 me du moys de nov. l’an 1640, et damoiselle Ysabel-Françoise du Plessis qui trépassa le 5 e de juin an 1648. Sr, recevez-les dans votre Paix éternellement avec l’époux qu’elle a tant aimé (15).

 

SILENCE ET SECRET

A partir du jour où Isabelle franchit pour la dernière fois la porte du château ancestral, son nom n’y fut plus prononcé.

Elle était rayée du nombre des vivants. L’épaisse et lourde dalle de l’oubli était cimentée sur elle. Jamais conspiration du silence n’eut plus de force dans une unanimité solennelle qui a quelque chose à la fois d’émouvant et de presque terrible.

Tous courbèrent la tête devant le verdict de la famille. La mère en souffrit cruellement. Malgré son énergie implacable, Richelieu n’a pu s’empêcher d’en dire un mot dans la lettre qu’il écrivait à son frère Alphonse pour lui annoncer la mort de leur mère. L’évocation qu’il faisait des « traverses, afflictions et amertumes » (16) dont elle avait souffert est une trop claire allusion à de grandes souffrances morales.

Richelieu avait pour axiome que le secret est l’âme des affaires ; dans ce mot, il comprenait les affaires domestiques : car, dans sa volumineuse correspondance, on ne trouve rien qui puisse se rapporter à l’aventure de sa sœur, sauf l’allusion vague qui vient d’être citée et qui, s’adressant à son frère au courant de tout, un prêtre comme lui, lui a certainement échappé dans un rare moment d’attendrissement.

Ce secret, il l’a imposé non seulement aux siens comme à lui- même, mais à toute sa génération après laquelle l’oubli devait forcément se faire. Douce, aimante, sensible et expansive comme elle l’était, Nicole, plus que tout autre, aurait pu se laisser aller à quelque mouvement d’émotion au souvenir de sa sœur. Rien de cela ; même chez elle, les lèvres sont closes.

Parvenue à l’âge d’Isabelle, restée seule et désemparée après la mort de sa mère, elle se rappelle au souvenir d’Armand, son unique protecteur, pour qu’il lui procure un époux. On sent sa détresse ; elle laisse deviner dans son esprit un rapprochement entre sa destinée et celle de sa sœur, mais aucune allusion précise.

 Il en est de même dans les réponses du frère. Mystérieuse complicité d’un même mutisme. Ceci n’explique pas le mutisme des pamphlets du temps. Et cela semble étrange, quand les polémistes ont recherché tout ce qui pouvait toucher à vif Richelieu et surtout lui nuire soit dans l’esprit du roi, soit dans l’opinion publique.

Le silence tient à plusieurs causes. La première est que cet incident de famille se produisait alors que l’évêque de Luçon n’était qu’un personnage effacé, n’ayant encore joué aucun rôle politique.

En outre, cela se passait au lendemain de la mort de Henri IV, alors que la guerre des princes, les revendications des protestants secouaient les provinces, accaparaient l’attention des esprits et rejetaient dans l’ombre de simples faits-divers comme celui-là, monnaie courante sans intérêt.

Lorsque Richelieu est au pouvoir, la première série de libelles qui l’attaquent vient surtout de l’étranger. Ils sont injurieux, mais de nulle précision. Les Résolutions, le plus direct de ces libelles, le font naître sur les bords de la Loire, lui reprochent d’avoir ruiné ses parents pour payer ses dettes, de s’être attiré la malédiction paternelle, alors qu’à la date dont il s’agit il n’avait que six ans...

A partir de 1631, et dans les années qui suivent, Mathieu de Morgues mène le branle des attaques contre Richelieu et les siens. Le pamphlétaire est mordant et mieux renseigné; mais il n’a été en rapport avec Richelieu qu’à la petite cour de la reine-mère à Angers, cinq ans après le départ d’Isabelle. Or, on n’en était pas à lui confier des secrets de famille ; on le connaissait.

La Conversation de M e Guillaume avec la Princesse de Conty, la plus agressive de ses « pièces », publiait la folie du frère Alphonse et de la sœur Nicole comme une preuve du dérangement d’esprit du cardinal, à titre d'héritage de famille ; aucune allusion n’était faite à Isabelle.

Autre détail de quelque valeur. Le pamphlet en question contait le voyage du duc d’Orléans à l’étranger et notamment à Dole, « où il est reçu par le gouverneur, le Parlement et le peuple avec tous les honneurs qui lui sont dus... » Quelle aubaine pour le pamphlétaire, s’il avait su qu’un des plus proches du cardinal, son propre beau-frère, aidait au triomphe de la réception faite à son ennemi! Il fallait bien qu’il l’ignorât, pour ne pas utiliser pareille sagette.

 En revanche, Richelieu, lui, ne l’ignorait pas. En lisant le nom de Dole (car il lisait tous les pamphlets), il a pensé sûrement à Isabelle, sa sœur, devenue quasi-espagnole d’adoption ; et, s’il n’a pas eu alors quelque remords de son intransigeance, son cœur s’est peut-être serré d’amertume, en évoquant du moins la douleur qui avait été celle de sa mère, Suzanne de la Porte. Qu’aurait-elle pensé en apprenant la mort du fils de sa fille tombé sous les coups des Français ?

Maximilien Deloche. PIDOUX DE LA MADUÈRE.

 

 

 

 Note sur la famille maternelle de Jean de La Fontaine, Les Pidoux du Poitou et d'alliance entre les Richelieu<==.... ....==>Voyage dans le Haut – Poitou de Jean de La Fontaine (Richelieu, Châtellerault, Poitiers, Chauvigny, Bellac)

 

 


 

Le Rivau History (Maison de Beauvau)

De la période antérieur à 1438, l'on dispose de peu de renseignements relatifs au Rivau. On prétend que cette maison de Beauvau descend d'Ingelger, Comte d'Anjou, qui vivait l'an 889, et que de lui la Branche cadette de ce Prince a duré jusqu'à Foulque d'Anjou, Chevalier, seigneur de Briolay, qui épousa Berthe de Mayenne, dont il eut Foulques II du nom, seigneur de Beauveau et de Jarsay, lequel mourut l'an 1000, trois jours après Pâques.

 

La Cathédrale Notre-Dame de Luçon et la famille de Richelieu

Avec René de SALLA (1579-1584) commence ce que l'on a appelé avec raison l'inféodation de l'évêché de Luçon à la puissante maison du Plessis-Richelieu (1). Dans ces temps troublés, le roi, qui ne pouvait payer autrement les services, distribuait les évêchés et les bénéfices à des seigneurs laïques; quelquefois même, les protestants avaient part à de pareilles largesses.

 

 

(1) G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, t. I, p. 59.

(2) Martineau, Histoire de Richelieu, Poitiers, 1866. (Pièces justil., Acte du 9 juin 1612.)

(3) Sur les relations du cardinal de Richelieu avec le corps médical de Poitiers, nous avons un témoignage curieux, c’est la dédicace que lui adresse François Citois, doyen de cette faculté, en tête de son livre : Opusculn medica (Sébastien Cramoisy, in-4, 1639). Dans la préface, le doyen indique que le cardinal s’intéressa, à la fois, à l’art médical et à l’art, militaire : arte et marte.

(4) Deloche, la Maison du cardinal de Richelieu, p. 201, 547, 548.

(5) G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, t. I, p. 109.

(6) Aubery, Histoire du cardinal de Richelieu, Paris, 1660, p. 622, 623.

(7) V. G. Hanotaux, La famille maternelle de La Fontaine. Sur les chemins de l’Histoire t. II, p. 157.

(8) A. Pidoux de la Maduère, le Vieux Dôle, Besançon, 1923, t. I, p. 126.

(9) Archives de la famille Pidoux de la Maduère. Cet acte a été publié dans un article du vicomte Oscar de Poli, Notice historique et généalogique sur la famille Pidoux (Rev. des Questions héraldiques, 1901).

(10) André Pidoux de la Maduère, Nozeroy, la vieille capitale des Chalon-Orange, Pontarlier, 1930, p. 55.

(11) Registre d’impôts de Mièges (Archives municipales de Nozeroy).

(12) Archives de M. le comte de Rouault.

(13) Avenel Lettres..,, t. VII, p. 240.

 (14) B. N., Pièces originales, 2743, n 46.

(15) Copie du xviii* siècle. Archives de la famille Pidoux de la Maduère.

 (16) A venel, Lettres..., t. I, p. 180. TOMx xxxvi, — 1936.