La fin du Paganisme en Gaule, les Temples remplacés par les églises - Saint-Michel-Mont-Mercure

Pourquoi nos vieilles églises, pourquoi nos cathédrales s'élèvent-elles à l'endroit où nous les voyons ? Est-ce le hasard qui a déterminé leur place ? Est-ce une raison purement matérielle ou une idée plus profonde ?

Voilà le problème que nous voudrions essayer de résoudre en utilisant les données tous les jours plus nombreuses que l'archéologie nous apporte. Quelques exemples feront comprendre notre pensée;

Il y a en Vendée, sur une éminence, un village qui s'appelle Saint-Michel-Mont-Mercure

On ne peut expliquer ce nom étrange qu'en supposant qu'une église dédiée à saint Michel a pris la place d'un temple consacré à Mercure.

Rien n'est plus vraisemblable.

Dans la Gaule romaine, les temples de Mercure s'élevaient sur des sommets; ils couronnaient le Puy-de-Dôme aussi bien que le Donon.

D'autre part, saint Michel était l'archange des cimes et c'est sur le mont Gargano qu'avait eu lieu la plus célèbre de ses apparitions.

On comprend que le dieu ait pu céder la place à l'archange. Dans le Bourbonnais, un village, où s'élève une église du XII siècle, se nomme Beaune. Beaune c'est Bellenus, divinité celtique de la lumière dont le nom reparaît plusieurs fois en France (1).

On a le droit de supposer qu'un oratoire chrétien a remplacé de bonne heure, dans le village, un sanctuaire rustique de Bellenus.

 

Saint-Michel-Mont-Mercure La fin du Paganisme en Gaule, les Temples remplacés par les églises

Ce sont là des vraisemblances qui approchent fort de la certitude. Mais ces certitudes, les découvertes archéologiques nous les apportent.

Sous l'église Notre-Dame de la Major, à Arles, on a retrouvé les restes du temple de la Bonne Déesse et, parmi les décombres, un autel où une magnifique couronne de chêne est accompagnée de deux oreilles, prêtes à accueillir les prières adressées à la mère des Dieux (1).

Reconstitution (dessin) du temple romain d'Izernore in Saint-Didier, 1837

Il est évident que sur le temple détruit une église fut élevée en l'honneur de la Vierge.

Ces quelques exemples nous laissent conjecturer que, dans bien des cas, nos vieilles églises ont dû s'élever sur des fondations de sanctuaires païens. Si ces successions d'édifices, au même endroit, furent si fréquentes, c'est que telle fut, sans doute, la volonté des évêques gallo-romains des premiers siècles; leur sentiment était celui qu'exprimait le pape Grégoire-le-Grand, s'adressant aux missionnaires qui évangélisaient la Grande-Bretagne :

« Il faut, leur écrivait-il, que les sanctuaires voués au culte des faux dieux soient consacrés au culte véritable, pour que les païens convertis l'adorent dans les lieux mêmes où ils avaient l'habitude de venir. »

Essayons donc d'expliquer ce qui se produisit en Gaule après le triomphe de l'Eglise.

 

 (Lugdunum 177, La France avant les Francs (l’Histoire des Martyrs des trois Gaules - Sainte Blandine, Saint Valérien … de Lyon)

Malgré les exemples émouvants donnés à l'âge des persécutions, Par sainte Blandine et ses compagnons à Lyori, par saint Symphorien à Autun, par saint Saturnin à Toulouse, par les martyrs d'Agen, de Soissons, de Chalons, de Nantes, la conversion de la Gaule ne fut pas rapide.

Au IV siècle, dans les grandes villes, les communautés chrétiennes étaient encore peu nombreuses; dans les campagnes, à peine rencontrait-on quelques églises. Les paysans restaient païens, si bien que le mot « paganus » qui les désignait, signifiait à la fois les paysans et les païens.

C'est saint Martin qui fut alors le véritable apôtre de la Gaule. Sulpice-Sévère, son contemporain, nous assure, « que dans les régions où le nom du Christ avait à peine pénétré, son apostolat et son exemple l'avaient tellement propagé qu'il y restait bien peu d'endroits qui ne fussent couverts d'églises et de monastères »

Un siècle et demi après, l'œuvre apostolique de saint Martin, dont une foule d'églises conservaient la mémoire, apparaissait dans son ensemble, avec une telle grandeur qu'en 566 les Pères, du Concile de Tours allaient jusqu'à écrire, dans une lettre adressée à sainte Radegonde,

 « qu'avant saint Martin la foi apportée en Gaule, dès l'origine du christianisme, comptait peu d'adeptes, mais que sa seule prédication avait fait autant de conversions que celle des apôtres dans tout l'univers ».

Il est, regrettable que nous ayons si peu de détails précis sur les missions de saint Martin. Sulpice-Sévère nous apprend qu'il détruisait les temples et que sur leurs ruines il élevait des églises et des monastères.

Mais de ces destructions et de ces fondations, il nous donne à peine deux ou trois exemples, un temple en forme de tour détruit à Amboise, un sanctuaire païen démoli avec ses statues à Levroux, chez les Bituriges, un autre dans le pays des Eduens. Il ajoute que l'apôtre donnait lui-même l'exemple en attaquant les monuments et les statues avec le pic et les réduisait en poussière.

Ce grand évêque, qui n'était que bonté, douceur et charité, redevenait, en face du paganisme, un soldat; il retrouvait l'ardeur du légionnaire romain, qu'il avait été au temps de sa jeunesse. Sa vie fut parfois en danger.

Les conquêtes de saint Martin s'étendirent beaucoup plus loin que la vallée de la Loire, la Bourgogne et le Berry.

 Nous le voyons à Blaye où il vint en passant par Saintes, à Artonne, chez les Arvennes ; dans la vallée du Rhône, à Vienne, où il rencontra saint Victrica et saint Paulin; une inscription nous apprend qu'il y baptisa une païenne, nommée Fœdula.

D'autre part; il est plus que probable qu'il évangélisa les régions de l'Est, en revenant de Trèves, où l'avait appelé l'empereur Maxime.

Du côté du nord nous ne savons pas jusqu'où s'étendit son apostolat. Il revenait sans doute d'une mission dans la Gaule septentrionnale, quand il traversa Paris, où, suivant une antique tradition, il guérit un lépreux en lui donnant un baiser. (2)

 

L'histoire ne nous apprend donc pas grand-chose sur les courses apostoliques de saint Martin, mais il n'est peut-être pas impossible de suppléer à son silence.

Les fouilles, faites en France depuis plus d'un siècle, nous ont révélé beaucoup de faits intéressants dont quelques-uns paraissent se rapporter à l'apôtre des Gaules.

Il y avait, dans le pays des Eduens, un certain nombre de temples dont on a retrouvé les ruines; or ces temples semblent tous avoir été détruits à la même époque, c'est-à-dire au temps de saint Martin.

Le mont Beuvray, dans le Morvan, fut jadis une des cimes sacrées de la Gaule. A certains jours, le culte de la déesse Bibracte, divinité de la montagne, rassemblait la foule des pèlerins et des marchands sur le sommet où s'élevaient le temple et la petite ville. On a retrouvé les restes du temple en 1872, sous une chapelle dédiée à saint Martin.

 La légende rapportait que le temple avait été détruit par saint Martin lui-même, que la foule indignée de ce sacrilège l'avait poursuivi et était sur le point de l'atteindre lorsqu'un bond prodigieux de l'âne qui le portait le sauva. On montre encore les traces du pas de l'âne; les malades vinrent boire longtemps l'eau qui y demeurait après les pluies. N'y a-t-il là qu'une tradition populaire et peut-on découvrir quelque raison de croire que la légende contient une part de vérité ?

Les fouilles entreprises sous le temple ont révélé un fait curieux : elles ont amené la découverte d'un trésor de monnaies; offertes à la déesse par de nombreuses générations de pèlerins. Les plus récentes sont à l'effigie de l'empereur Valentinien 1er qui régna de 364 à 375.

Or, on admet généralement que les missions de saint Martin commencèrent en 375 ; la coïncidence, on le voit, est singulière.

 

Une autre tradition veut que saint Martin soit venu à Autun.

Au VIe siècle, on y racontait encore les épisodes de son passage et il faut reconnaître qu'il n'est pas invraisemblable qu'un récit ait pu se transmettre pendant deux cent cinquante ans, parmi les clercs, gardien des   traditions.      

Autun était, au VIe siècle, une ville où subsistait encore bien des restes du paganisme. On y voyait, à certains jours, les derniers prêtres de Cybèle, escortant au son des flûtes et des cymbales la statue de la déesse du Bérécynthe qui parcourait les rues sur un char traîné par des bœufs.

Mais les temples n'avaient déjà plus qu'un petit nombre de fidèles. Saint Martin, disait-on, pénétra dans l'un d'eux et, après avoir brisé la statue du dieu, commença à en détruire le fond. A ce moment, un-païen se précipita sur lui, l'épée à la main, mais, saisi d'une terreur religieuse, il tomba à genoux et supplia le saint de lui pardonner.

La solidité des parois de l'édifice invita saint Martin à l'utiliser, il fit remplacer le mur du fond par une abside et transforma le temple en église, après l'avoir purifié et consacré aux apôtres saint Pierre et saint Paul.

Voilà ce que l'on apprit, sans doute, à la reine Brunehaut quand elle vint à Autun, en 589.

Elle décida aussitôt de transformer magnifiquement l'église, de la dédier à saint Martin, et d'y annexer un monastère.

Ce fut l'abbaye de Saint-Martin, qui fut célèbre au moyen âge.

L'église n'a pas été rebâtie complètement par Brunehaut, car on y voyait des murs de grand appareil réunis par des crampons de fer comme ceux des portes romaines d'Autun. Il subsista donc quelques parties du temple antique. L'église, rajeunie deux fois au cours des siècles, fut entièrement reconstruite vers 1750 et détruite par la Révolution.

Pendant son séjour à Autun, Brunehaut imitant saint Martin fit construire l'église et l'hospice Saint-Andoche sui; le temple de Minerve et Sainte-Marie et Saint-Jean sur le temple de Cybèle du Bérécynthe.

Sulpice-Sévère nous apprend que saint Martin était entouré de disciples toujours prêts à le seconder ; c'étaient des moines de Ligugé et de Marmoutiers, ces deux monastères, les plus anciens de la Gaule, que le saint lui-même avait fondés.

Ils ont pu parcourir le pays sous ses ordres et, comme lui, élever des chapelles sur les sanctuaires détruits.

En 1822, en démolissant une ancienne église dédiée à Notre-Dame des Fontaines, qui s'élevait à la source même de la Seine, on découvrit, le temple de la déesse Sequana, car pour les Gallo-Romains les fleuves étaient des divinités bienfaisantes et leur source était adorée.

 La source jaillissait au milieu du sanctuaire et semblait en être le centre. Les traces d'une destruction violente étaient partout visibles; les statues avaient été brisées et le temple incendié. Toutefois, un trésor d'ex-voto, caché par les prêtres, était resté intact. Il contenait la représentation en métal doré ou argenté des membres dont les malades venaient demander la guérison à la déesse, un trésor de monnaies avait également échappé aux destructeurs. Une élégante statuette de bronze représentant une déesse debout dans une barque et une statuette de faune avaient été si bien enfouies qu’on ne les a découvertes que récemment.

La déesse était-elle la source personnifiée, la déesse Sequana? On l'a pensé et l'hypothèse n'est pas invraisemblable, mais on ne peut en apporter la preuve.

 

 A quelle époque le temple avait-il été détruit ?

L'incendie pouvait faire penser aux violences de la première incursion germanique qui désola la Gaule en 276 ou à celles des grandes invasions qui commencèrent en 410. Mais les monnaies donnaient une date précise : les dernières étaient à l'effigie de l'empereur Maxime, l'ami de saint Martin, qui régna de 383 à 388.

C'est donc pendant une période de paix, au temps des missions de saint Martin, que le temple fut incendié. Saint Martin vint-il lui-même détruire ce sanctuaire célèbre ? Y envoya-t-il ses disciples ? C'est une question à laquelle nous ne pouvons répondre.

La même question se pose pour d'autres édifices de ces régions. On a découvert dans le voisinage d'Avallon, sur un sommet qu'on nomme Mont-Martre, les restes d'un sanctuaire gallo-romain, consacré à Mercure.

Le lieu était bien choisi, car du temple, on embrassait de vastes espaces et le dieu semblait étendre sa protection jusqu'aux limites de l'horizon. Le plan de l'édifice est très clair et nous fait parfaitement comprendre en quoi les édifices religieux de la Gaule différaient de ceux du monde méditerranéen, car le temple gallo-romain avait son originalité.

Ce n'est pas un long rectangle comme le temple grec ou le temple romain, mais un carré entouré de portiques. Tel est le plan du grand temple du Puy-de-Dôme aussi bien que celui des petits temples rustiques découverts en Normandie, il y a quelques années. Il y eut aussi celui du sanctuaire du Mont-Martre, avec cette différence toutefois, que le portique quadrangulaire destiné aux fidèles est à l'intérieur du carré, au lieu d'être à l'extérieur. Sous ces portiques, on trouva une quinzaine de statues mutilées où l'on surprend encore un dernier reflet de l'art hellénistique: Un Apollon, dont une main devait tenir l'arc, pendant que l'autre retirait une flèche du carquois, gardait de son ancien modèle le rythme des lignes.

Toutes ces statues étaient brisées et souvent martelées; ce n'était pas l'œuvre du temps, mais celle des hommes. Les monnaies, dont les dernières portaient l'effigie  de Valentinien 1er (861-875), indiquaient que la destruction du temple remontait au temps des premières missions de saint Martin et de ses disciples.

 

Ces ruines, ces statues mutilées, dont la découverte attira à peine l'attention, offrent pourtant un vif intérêt; Elles nous montrent comment le vieux monde a fini, elles mettent sous nos yeux un grand événement de l'histoire.

Le sanctuaire du Mont-Martre resta abandonné et aucune église ne fut élevée sur son emplacement, exemple qui d'ailleurs est loin d'être unique.        

Les dates données par les trésors de monnaies nous laissent conjecturer que les missions de saint Martin et de ses disciples se sont étendues à la région voisine de Paris et à la région normande.

Le sanctuaire de la forêt d'Halatte, au nord de Senlis, et trois des petits temples découverts en Normandie ont été détruits, comme le prouvent les monnaies, sous Valentinien 1er, sous Valens et sous Maxime, c'est-à-dire dans les années où saint Martin parcourait la Gaule, pour y faire disparaître le paganisme.

Saint Martin eut d'ailleurs, presque aussitôt et dans les siècles suivants, de nombreux imitateurs parmi lesquels il faut citer saint Germain, évêque d'Auxerre, et saint Victrice, évêque de Rouen.

Il n'est guère de province où l'on n'ait retrouvé sous des églises anciennes des restes de temple.

C'est presque toujours la nécessité de réparations qui a amené ces découvertes; les recherches méthodiques ont été rares et on peut croire que le jour où elles seront tentées on verra se multiplier les exemples.

 

 

 L’existence d’une ville portant le nom d’Herbauges, d’Herbadilla, d’Herbadille est-elle constatée ? <==

==> Les chemins de Saint-Martin – Via Sancti Martini

Quel était l'état de la Gaule à la fin du IIIe siècle ap. J. C quand HILAIRE était l’évêque de POITIERS ? <==

 


 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) -
Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers. Avant l'occupation romaine, la région est peuplée par les Pictaves ou Pictons qui nous ont laissé des grottes préhistoriques, menhirs, dolmens, etc. que nous retrouvons un peu partout, tant dans la Vienne que dans les Deux-Sèvres.

 

(1)   Beaune (Côte-d'Or), Beaune-la-Rolande,

(2)   Lecoy de la Marche, dans son Saint Martin, Tours 1881, a essayé de refaire, non sans bien des conjonctures, l’itinéraire de l’apostolat de saint Martin en Gaule.