L’existence d’une ville portant le nom d’Herbauges, d’Herbadilla, d’Herbadille est-elle constatée (1)

Ils fondèrent les villes de Mauges, Tiffauges, Herbauges et Pouzauges…

Oh ! Je vous en supplie, faites sonnez le tocsin, ouvrez votre chapelle, ouvrez votre donjon et ouvrez votre cœur, invoquez notre Saint, car ils ont quitté l’île très tôt dès ce matin, ils viennent par la Loire et la Sèvre, et les Mauges, ramant sans perdre haleine dans toutes nos rivières, au pays de Tiffauges, de Pouzauges et d’Herbauge. Aidez-nous à sauver notre Saint-Philibert ! Texte du spectacle des Vikings au Puy du Fou.

Où est la ville d’Herbadilla (Herbauges) ?

A trois kilomètres de Bouaye, le lac de Grand-Lieu recouvre la ville d’Herbadilla (Herbauge). Les habitants s’était livrés à tous les vices, Dieu, pour les punir, transforma subitement la vallée qu’ils habitaient en lac. On prétend même que les cloches de la vieille église d’Herbauges s’entendent chaque année, au jour de Noël.

Il est hors de doute que les Scythes ou Goths Teyphaliens, n’aient fondé dans le pays que la seule ville de Tiffauges ; mais il est certain aussi, qu’ils s’emparèrent de tout le pays qu’occupaient ces diverses villes ; cette dénomination en auges est d’autant plus remarquable, que, tous les historiens qui ont parlé de cette contrée affectent de citer presque toujours ces quatre villes à la fois et dans le même ordre, quand ils veulent  désigner la Teyphalie.

D’un côté, le peu de résistance que les Teyphales éprouvèrent en venant s’y établir entre les garnisons Romaines au nord, et les Agésinates à l’ouest ; d’un côté, la ligne géographique qu’occupent ces villes à la suite les unes des autres, tout nous fait croire que cette longue et large bande de territoire n’était qu’une ancienne marche qui couvrait les Pictes et les Agésinates du côté des Andegaves ou Angevins, et qu’elle n’était encore qu’à peine peuplée, lors de l’invasion des Teyphales.

Nous pensons même que ce fut vers cette époque qu’Herbilla déchue depuis son horrible catastrophe, perdit son nom primitif d’Herbadilla, pour prendre comme les autres bourgs ou villes de la républiques Teyphalienne, la terminaison en auges. Au reste, ce n’est ici qu’une simple conjecture.

Dom Lobineau pense qu’Herbauges n’a jamais été qu’une contrée et non une ville ; mais ce savant bénédictin ne donne ici que son opinion et ne l’était que sur l’étymologie du mot Herbauge qu’il soupçonne provenir par corruption de celui d’Arbatilicum.

Cette origine du nom d’Herbauges est trop vague, les deux noms sont trop différents pour nous en tenir à une pareille version.

Travers, de son côté, et M.Dufour du sien, semblent se réunir à l’opinion de Dom Lobineau, non par le motif d’une semblable étymologie, mais bien parce qu’ils ont senti, comme Dom Lobineau lui-même, l’impossibilité de voir dans le lac de Grand-Lieu l’emplacement de cette ville, et en effet  c’est une erreur qu’il est facile de détruire.

Si les Savants, qui ont discuté si longuement à cet égard, avaient avant tout bien étudié les localités, ils auraient bientôt été tous convaincus de l’impossibilité d’un pareil emplacement. Ils se seraient demandé comment il a pu se faire qu’Herbadilla, chef-lieu de la cité du pays d’Herbauges, ait été située dans une contrée qui n’en porte pas même le nom, tandis que celle qui le portait et le porte encore, se trouvait placée dans la Teyphalie, entre Tiffauges et Pouzauges ? Comment cette ville d’Herbadilla, engloutie sous les eaux au temps de Saint-Martin de Vertou, a-t-elle pu, quatre cents et quelques années après être prise et saccagée par Bougon, duc d’Aquitaine et petit-fils de Charlemagne ?

Comment ce même Bougon, parti du château qu’il avait fait bâtir au bord de la Loire, et qui porte encore nom, Bouguenais, a-t-il pu, en suivant la voie romaine qui conduisait à Durinum, passer par ce même Duranium pour aller attaquer une ville située à moitié de son chemin sur cette même route ? Comment a-t-il pu (en supposant toujours Herbauges dans le lac de Grand-Lieu) revenir à son château de Bouguenais, et être attaqué et tué au passage de la Boulogne qui n’est point sur cette route ? Comment enfin a-t-il pu être enterré à Durinum, à quatre lieues de l’autre côté de Grand-Lieu ?

Ces contradictions sont trop évidentes pour arrêter un seul moment l’historien ou l’antiquaire.

Tout l’embarras provient donc de la place assigné à Herbauges dans le lac de Grand-Lieu ; cependant, d’un autre côté, des historiens contemporains parlent d’Herbauges.

 

L’existence d’une ville portant le nom d’Herbauges, d’Herbadilla, d’Herbadille est-elle contatée (1)

Trois chroniques anciennes et recueillies par Dom Maurice, dans ses Preuves de l’Histoire de Bretagne, disent positivement qu’il exista une ville d’Herbauges et racontent les faits qui s’y sont passés.

Tous les légendaires qui ont écrit la vie de Saint-Martin de Vertou parlent d’Herbauges, et ils vivaient après les excursions des Normands, c’est-à-dire quatre siècle seulement après  Martin de Vertou ; d’autres Légendaires qui existaient sous les rois de la première race, c’est-à-dire au cinquième siècle, en écrivant la vie de Saint-Amand, le font naitre à Herbauges, ville d’Aquitaine ; enfin nous trouvons que Saint-Sénoch était né à Tiffauges bourg de la Teyphalie adjacent et limitrophe du territoire d’Herbauges.

Enfin la chronique nantaise affirme positivement que Bougon, crée duc d’Aquitaine après la mort de Raynald, surprit et pilla Herbauges. La chronique dite Briocheuse affirme la même chose, et une troisième sans nom d’auteur que nous soupçonnons être celle d’Albert de Morlais, raconte l’engloutissement de cette ville, fable grossière quant à ses détails, mais qui n’en constate pas moins l’existence et l’engloutissement d’une ville nommée Herbauges.

 

Le Légendaire qui rend compte de la translation du corps de Saint-Philibert parle aussi d’Herbauges. Ce qui donne plus de poids à tous ces témoignages, c’est que ces historiens ont écrit à diverses époques, dans des endroits différents, sur des événements qui n’ont aucun rapport entre-eux ; et, sans se connaitre, que tous sont d’accord sur l’existence d’Herbauges ou Herbadilla.

Quand un fait nous parvient à travers quatorze siècles par tant de voies différentes, il nous semble que vouloir révoquer ce fait en doute c’est vouloir renverser l’histoire de fond en comble et douter de tout.

 L’existence d’Herbauges est donc incontestable ; il ne reste plus qu’à trouver son emplacement.

 

Les plus anciennes chroniques, en citant les villes de la Teyphalie, placent toujours Herbauges entre Tiffauges et Pouzauges ; elles disent Mauges, Tiffauges, Herbauges et Pouzauges.

En suivant la ligne droite de latitude, cette série géographique est exacte : nous trouvons entre Tiffauges et Pouzauges, la ville des Herbiers, dont le nom est la traduction fidèle des mots Herbauges, Herbadilla, Ville de l’Herbe, les Herbiers, dont le territoire était adjacent et contigu du territoire de Tiffauges.

Si nous cherchons ensuite, dans la chronique de Saint-Martin, les traits distinctifs qui peuvent faire reconnaitre Herbauges, nous y verrons qu’on y adorait Vénus Aphrodite et Mercure.

Autour du Lac de Grand-Lieu, nous ne trouvons aucuns vestiges des temples de ces idoles ; aux Herbiers, au contraire, ils se trouvent tous.

 

La route romaine du Portus Namnetum à Bressuire sur la Faille tectonique du Centre-Ouest

La route venant du Portus Namnetum arrivant à St-Michel-Mont-Mercure (1), nom qui a été parfois corrompu et prononcé de Montmalchus.

Cette désignation indique l'ancien culte que l'on rendait là à celui qui était à la fois considéré comme le dieu du commerce, des voyageurs et des voleurs. Sans rien induire de cet amalgame si singulier, je dois dire que St-Michel-Montmercure est une des localités les plus élevées de cette chaîne de petites montagnes, qui traverse la Vendée militaire.

Or, ce nom seul de Saint-Michel indique par lui-même un lieu consacré à Mercure.

En effet, ce dieu était adoré sur les hauteurs, et quand on a substitué les églises chrétiennes aux temples païens, on a, afin de rendre la transition moins forte, mis sous le vocable de St-Michel les points où l'on adorait Mercure. De la même manière, St-Christophe a été relégué dans les terrains bas et aquatiques (2).

La voie romaine se dirige ensuite de St-Michel-Montmercure sur les Herbiers. Laissons parler ici un écrivain de cette dernière localité.

« ... En suivant la route qui, de ce même Montmercure, mène aux Herbiers, dit Massé-Isidore (3), on trouve la partie du chemin qui a été nouvellement réparée, beaucoup plus basse que l'ancienne route. On a creusé la nouvelle sur une partie de la première, en sorte que, pendant près d'un quart de lieue, on reconnaît, dans le flanc des montagnes qui s'élèvent à droite, de longues lignes de pierres en forme de pavés larges et carrés qui, dans des siècles très-reculés, ont évidemment été une voie ou chemin pavé. Le ciment qui paraît avoir été destiné à unir ce pavé se détache au -dessous et ressemble à un granit rougeâtre qu'on aurait à demi pilé. Ces longues lignes de pierres sont à quelques pieds sous le sol ; elles paraissent avoir été couvertes à la longue par l'éboulement des terres; et de vieux chênes d'une grosseur prodigieuse, des ronces, etc., forment au- dessus une haie touffue. Nous avons, entre autres choses, remarqué un chêne centenaire dont les racines gigantesques, après avoir pénétré entre les pierres, ont fini par embrasser un énorme bloc de cette maçonnerie, qu'elles tiennent encore enlacé. »

Il est difficile de voir une indication plus positive. On sait que beaucoup de voies romaines étaient dallées, c'est-à-dire faites avec du pavé plat et large. Un même chemin, ouvrage du peuple-roi, variait souvent par les matériaux employés dans ses diverses parties.

Mais là, après avoir pris ce qu'il y a de bon dans l'ouvrage pittoresque d'un homme qui a écrit sur les antiquités, avant de les avoir étudiées suffisamment, et ce que j'ai pris consiste en constatation de faits, je dois faire connaître la singulière idée de Massé Isidore, qui, frappé de la ressemblance de nom du lieu qu'il habitait, les Herbiers, avec l'ancienne ville d'Herbauges, prétendue engloutie dans le lac de Grand-Lieu, et dont l'existence est même déniée par plusieurs écrivains, veut que ce soit la même chose.

« Des fouilles, dit-il, faites autour des ruines et dans la vaste prairie qui sépare les deux églises, ont révélé l'origine des Herbiers et prouvé jusqu'à l'évidence que cette ville n'est autre que l'ancienne Herbadilla. »

Trouve-t-on dans les notes de Massé-Isidore cette évidence qu'il allègue?

 Non, sans doute; et d'abord, après avoir rapporté ce que les principaux auteurs bretons ont dit d'Herbadilla; après avoir soutenu l'existence de cette ville, cherché à prouver qu'elle ne pouvait être sur le lac de Grand-Lieu, et s'être appuyé des contradictions des auteurs, il continue ainsi:

 Essayons maintenant de découvrir, d'après ces données, l'emplacement véritable de cette ville.

 

Délimitation du Pays des Mauges avant le XIe Siècle (carte)

Jusqu'au IXe siècle, le diocèse de Poitiers avait au nord- ouest la même limite que le pays des Pictons, c'est à dire la Loire, depuis son embouchure jusqu'à son confluent avec le Layon (1). Ce sont les conquêtes des rois bretons qui portèrent atteinte à l'intégrité de cette vaste circonscription.

 

Les plus anciennes chroniques, en citant les villes de la Theyphalie, placent toujours Herbauges entre Tiffauges et Pouzauges: elles disent Mauges, Tiffauges, Herbauges et Pouzauges.

En suivant la ligne droite de latitude, cette série géographique est exacte: nous trouvons entre Tiffauges et Pouzauges la ville des Herbiers, dont le nom est la traduction fidèle des mots Herbauges, Herbadilla, ville de l'herbe, les Herbiers, dont le territoire était adjacent et contigu du territoire de Tiffauges.

Si nous cherchons ensuite dans la chronique de St Martin les traits distinctifs qui peuvent faire reconnaître Herbauges, nous y verrons qu'on y adorait Vénus Aphrodite et Mercure.

Autour du lac de Grand-Lieu nous ne trouvons aucuns vestiges des temples de ces idoles; aux Herbiers, au contraire, ils se trouvent tous. La tradition seule y parle de Vénus-Aphrodite; mais le temple de Mercure y est encore, et la montagne sur laquelle il est situé porte son nom, et s'appelle St-Michel-Mont-Mercure, Herbadilla ne fut point engloutie en entier, puisqu'elle existait encore du temps de Bougon, sous le règne de Charles le Chauve; il n'y eut de submergé qu'un quartier de la ville seulement.

Si c'eût été dans le lac de Grand-Lieu, la ville eût été entièrement détruite, car il n'en reste aucun vestige. L'auteur de la Vie des Saints de Bretagne dit également qu'il n'y eut qu'une partie de la ville d'engloutie ; ceci se retrouve à point nommé aux Herbiers.

Entre la ville actuelle et le faubourg appelé le Petit-Bourg, s'étend une prairie vaste, profonde et marécageuse, qui, dans le XVII° siècle, était encore un lac; ses eaux bourbeuses exhalaient une odeur insalubre; il fut desséché, et la prairie actuelle, dont le sol n'est qu'un composé de sédiments, de rouches et de roseaux, est encore rempli de fondrières; la boue y bouillonne et présente, en plusieurs endroits, l'aspect de cratères ou gouffres souterrains. Sur les deux côtés de cet immense affaissement, deux églises dont l'architecture remonte aux premiers siècles de la monarchie ont été construites en face l'une de l'autre; et, par les déchirures du sol et les maisons groupées autour de chacune d'elles, il est facile de voir que le Petit-Bourg et la ville n'en formaient qu'une seule, et que, dans des temps très-reculés, une violente secousse ou tremblement de terre a dû les séparer, en engloutissant tout le cœur de la ville.

Au XIVe siècle, les Herbiers étaient encore fortifiés. Scévole de Saint-Martin les désigne sous le nom d'oppidum (ville forte); et, dans le XVe, d'Aubigné décrit le siège qu'ils soutinrent contre les Ligueurs. Tout ce que les chroniques disent d'Herbadella convient donc parfaitement aux Herbiers, et nullement au lac de Grand-Lieu.

Nous ajoutons à ces preuves de l'engloutissement d'une partie des Herbiers, que le résultat des fouilles qui y ont eu lieu les ont pleinement confirmées. Il y a quelque temps, en creusant au bord de la prairie, qui naguère était un lac, on a découvert un grand nombre de tombeaux faits en forme d'auges, et composés de chaux et de coquillages : tout le monde sait que ce genre de sépulture remonte à une antiquité très-reculée.

En continuant les fouilles dans la direction d'une église à l'autre, on a découvert une maison à deux étages, ensevelie à quatre pieds sous le niveau du sol. Chaque chambre était carrée, remplie d'une boue fine et noire, comme celle qui se forme par le dépôt des eaux. Chaque étage était carrelé en petits carreaux octogones d'une brique très-rouge. Dans l'étage qui devait être le rez-de-chaussée, on a trouvé une boutique complète de forgeron; des fourneaux,- tenailles et autres ustensiles. Ainsi, l'on ne peut plus maintenant douter qu'il y ait eu, dans l'emplacement des Herbiers, un effroyable engloutissement. »

Ces preuves alléguées, on le voit, sont loin d'être concluantes; et qui connaît la localité des Herbiers n'y verra jamais une ville engloutie... dans une prairie. Que penser aussi d'un antiquaire qui considère des édifices en style ogival comme remontant aux premiers siècles de la monarchie? Et ces tombeaux, en forme d'auges, et composés de chaux et de coquilles? « Tout le monde sait, dit-il, que ce genre de sépulture remonte à une antiquité très-reculée. » Quant à ces tombeaux de pierre coquillère, car ce n'est que cela, que peuvent-ils prouver pour un fait du VIe ou VIIe siècle?

Enfin une maison au -dessous du niveau du sol, à carreaux octogones, et une boutique complète de forgeron trouvée au rez-de-chaussée... Peut-on de tout cela raisonnablement induire l'existence de la ville d'Herbauges aux Herbiers? Du reste, dans un instant, je reviendrai encore sur ce point, à l'occasion du tracé de la voie de communication que je suis ici.

Mais ce n'est pas la démonstration que la ville d'Herbauges n'a pas existé au lieu où sont actuellement les Herbiers, qu'il entre particulièrement dans mon but de prouver : c'est une voie romaine que je veux faire connaître.

Je l'ai conduite jusqu'aux Herbiers, et il faut la suivre plus loin. A ce sujet, je prendrai dans l'auteur que j'attaque, une nouvelle indication.

« Il était impossible que cette voie, dit Massé-Isidore, se dirigeât ailleurs que vers les Herbiers. Effectivement, la tradition rapporte qu'il existait un chemin pavé qui passait au midi de cette ville, derrière les ruines du château de l'étang du Hère, qui delà traversait les Bois-Verts, passait au bourg ou castel de la Barotière, venait aboutir au passage dangereux de la Forte-Cuillière, où périt Bougon, duc d'Aquitaine ( ainsi que nous le verrons plus tard ), franchissait à cet endroit le ruisseau du Bléson, qu'on a maladroitement confondu avec la Boulogne, se dirigeait sur Saint-Georges-de-Montaigu, de là au monastère de Deas, et remontant au nord, arrivait à Ratiate ou Nantes.

 

Nous avons encore reconnu des traces évidentes de l'existence de cette voie à St-Georges; nous en parlerons, en rendant compte des fouilles faites dans les ruines de cette ancienne ville ; il suffit de dire ici que le peu de largeur de cette voie nous a fait penser qu'elle n'était point une voie romaine, mais simplement une route gauloise ferrée à l'instar de celle des Romains. »

Je ne m'arrêterai pas à la conclusion de l'auteur, d'autant mieux que j'ai établi, en commençant ce travail, que certains chemins gaulois avaient été, par les conquérants, convertis en voies romaines.

 A ce point donné, je vais reproduire les autres raisons données à la fois par l'écrivain des Herbiers, pour faire de ce point l'ancienne Herbauges, et pour diriger de là la voie de communication qui nous occupe, dans la direction que j'ai adoptée, de conformité avec lui.

« Comment cette ville d'Herbadilla, se demande Massé-Isidore dans la Vendée poétique et pittoresque, engloutie sous les eaux du temps de St-Martin de Vertou, a-t-elle pu, quatre cents ans après, être prise et saccagée par Bougon, duc d'Aquitaine et petit-fils de Charlemagne?

Comment ce même Bougon, parti du château qu'il avait fait bâtir au bord de la Loire, et qui porte encore son nom, Bouguenais, a-t-il pu, en suivant la voie romaine qui conduisait à Durinum, passer par ce même Durinum, pour aller attaquer une ville située à moitié de son chemin, sur cette même route?

Comment a-t-il pu (en supposant toujours Herbauges dans le lac de Grand-Lieu) revenir au château de Bouguenais, et être attaqué et tué au passage de la Boulogne, qui n'est point sur cette route?

Comment enfin a-t-il pu être enterré à Durinum, à quatre lieues de l'autre côté de Grand-Lieu?... Ces contradictions sont trop évidentes pour arrêter un seul instant l'historien ou l'antiquaire.

 Tout l'embarras provient donc de la place assignée à Herbauges dans le lac de Grand-Lieu.

...Ici l'auteur cherche encore à établir que la ville d'Herbauges ne se trouvait pas au lieu où on l'a placée jusqu'à présent, puis il continue ainsi:

« La chronique nantaise, celle de St-Brieuc, etc., et tous les autres auteurs, s'accordent à dire que cette ville était placée sur la rive gauche de la Loire, à une journée de marche de Bouguenais, château bâti par Bougon, au bord de la Loire, et auquel il avait donné son nom; que pour aller à Herbauges, il fallait passer le gué du Bleson; qu'Herbauges n'avait pas été détruite entièrement au temps de St Martin, c'est-à-dire au cinquième siècle, puisque, 400 ans plus tard, Bougon s'en empara et la pilla; que le Bleson se trouvait entre St-Georgcs-de-Montaigu (Durinum) et Herbauges, parce que le duc d'Aquitaine ayant été tué au passage de ce torrent, ses soldats l'enterrèrent à la hâte à Durinum, avant que Gaiffre, qui les poursuivait, y fût arrivé.

En plaçant cette ville (Herbauges) aux Herbiers, tout, dit-il ensuite, vase concilier.

Bougon part de Bouguenais; il prend la voie romaine au monastère de Deas ( St-Philbert-de-Grand-Lieu ), la suit jusqu'à Durinum où il fait reposer ses troupes, continue ensuite sa marche sur la même voie qui conduisait, non comme aujourd'hui aux Quatre-Chemins, mais en ligne droite aux Herbiers.

Rendu au passage que la chronique appelle Blesonis, du Bleson, qui n'est pas la Boulogne, mais bien le torrent de Bleson, aujourd'hui Blévron ou Bévron, entre St-Georges et les Herbiers, il le franchit avec peine.

Ce passage, dominé par le château appelé aujourd'hui la Forte-Cuillère, est effectivement dangereux; il est hérissé de rochers escarpés, au travers desquels l'onde écume et se brise; il n'y a point de pont, et sur la rive nord, il faut gravir entre les rocs à pic, ce qui doit nécessairement occasionner du désordre dans une armée qui en effectue le passage.

Suivant toujours la voie romaine, Bougon dut effectivement arriver aux Herbiers, à nuit close. Il s'empare de la ville et s'y retranche, après l'avoir livrée au pillage. Guaiffre, lieutenant de Lambert, comte de Nantes, parvient à s'échapper à la faveur de la nuit, et se retire auprès de Giraud, qui, de son côté, commandait à Tiffauges.

 Ramire, autre lieutenant de Lambert, dans le pays de Mauges, se joint à ses compagnons d'armes, et tous trois, partant de Tiffauges, se dirigent en silence vers le passage de Bleson. Ce pays étant alors couvert de bois sombres et touffus, il leur est facile de s'y cacher en embuscade. Bougon, fier de sa victoire, revenait chargé de butin, et sans défiance. A l'aspect de ses troupes en désordre, ses ennemis laissent passer le torrent à une partie de son armée; ils l'attaquent ensuite à l'improviste et mettent ses soldats en fuite. Bougon lui-même est tué dans la mêlée; ses soldats l'emportent vers Durinum et l'enterrent à la hâte.

La tradition raconte qu'en cet endroit eut lieu, dans un temps très-reculé, un combat entre de grands seigneurs du pays; que l'un d'eux y fut tué. On dit qu'ayant été acculé jusque sur le bord du précipice, son cheval, sentant la terre lui manquer, donna en tombant un tel coup de pied sur la pente du rocher, qu'il y laissa l'empreinte de son fer; les paysans des environs la montrent encore aux étrangers.

Cette tradition est évidemment fabuleuse en ce qui concerne l'empreinte du pied du cheval de Bougon, mais elle n'en constate pas moins le genre de mort de ce chef; et, ce qu'il y a de plus concluant, c'est que, dans les fouilles faites à St-Georges, on a retrouvé Bougon enterré avec son cheval, ce qui prouve qu'ils avaient péri tous deux. Le squelette de Bougon avait encore ses éperons aux pieds.

Il paraît qu'à la mort de Begon, le comté d'Herbauge repassa à la famille de Raynald, son prédécesseur, et que Raynon en fut pourvu.

Après la mort de Begon, Guaifre se porta sur la ville et le château que celui-ci avait fait bâtir, et s'en empara, Ce fut là qu'il s'établit ; il s'y croyait bien en sûreté, et de là il étendait son autorité assez au loin.

De cette époque, les pays de Mauge,Tiffauge et Herbauge, furent à peu près perdus pour le Poitou, et momentanément joints au comté nantais.

Guaifre habitait depuis quelque temps le château de Begon. Lorsque les Northmans firent une nouvelle expédition par la Loire, ils détruisirent toutes les habitations sur les rives de ce fleuve, et vinrent assiéger lé château qu'occupait Guaifre. Ce chef se défendit bien, et le siège fut assez long. Enfin la place fut prise par les Northmans, qui la livrèrent aux flammes (Chron. Namn. — Fragm. hist. Brit. Arm).

Je me permettrai quelques observations sur les assertions de l'écrivain des Herbiers. D'abord peut-on bien croire que sa localité était précisément la ville d'Herbauges?

Je n'y trouve qu'une ressemblance de nom, et je ne puis croire à un engloutissement dans la prairie du Landreau.

De plus, le pays d'Herbauges, tel qu'il était constitué alors, ce qui s'entendrait du pays de Rais avec l'existence simultanée du pays de Mauge et du pays de Tiffauges, ou les marches communes de Poitou et Bretagne, les Herbiers se trouvaient hors du territoire d'Herbauges, et dès lors la ville de ce nom n'a pu y exister.

 Ensuite, quant à dire que le château de Begon était un lieu appelé à présent Bouguenais, c'est un point plus que douteux; aussi Travers, dans son Histoire des évéques de Nantes, dit-il : « On ne sait point où était le château de Begon. » Peut-on bien dire qu'il était sur la Loire, quand ce duc était chargé d'observer Lambert et ses trois lieutenants, et pouvait-il bien sûrement s'établir à l'extrémité de l'Aquitaine d'alors, ayant derrière lui toutes les forces de ses ennemis?

Je pense donc qu'il faut chercher le château de Begon plus avant dans le bas Poitou, où se trouvent plus d'un lieu appelé la Begonnière, la Bougonnière, la Bourgonnière (4) ou quelque chose d'approchant.

 Ainsi Begon, en venant de piller, non pas précisément la ville d'Herbauges, mais bien le pays d'Herbauges, a pu passer par le gué du Bleson, pour revenir sur le château édifié par lui. Plus que cela, en supposant ce château sur la Loire, ce qui est peu probable, le duc d'Aquitaine, en revenant de saccager le pays d'Herbauges, pouvait bien se diriger, non sur son château, mais se retirer vers le Poitou. Dans ce cas encore, rien que de rationnel dans cette marche et dans cet engagement près de la Forte-Ecuyère, où le duc d'Aquitaine aurait trouvé la mort. Ainsi le récit de la chronique de Nantes serait exact.

Je tiens donc que la voie romaine de Limonum au Portus-Namnetum dirigeait des Herbiers à l'ouest, inclinant très-peu au sud, pour traverser les Bois-Verds, afin d'arriver à la Barotière-Mesnard.

De ce point, elle allait au nord-ouest, par les bois de Puy-Greffier, et passant près de l'étang du Brulleau, pour franchir le passage de la Forte-Écuyère, comme le dit Massé-Isidore, don tj'adopie le récit, en cette partie. Puis la voie arrivait à St-Georges-de-Montaigu, l'ancienne localité de Durinum ou Durivum (5).

Durinum, depuis appelé St-Georges-de-Montaigu, a eu de l'importance dans les temps anciens. Je ne prétendrai pas, comme l'écrivain de la Vendée (6), déjà cité et réfuté, que ce lieu fut, au temps des Gaulois et sous la domination romaine, le point central de tout le commerce de l'Aquitaine et de l'Armorique, et que l'on y fabriquait des toiles d'ombre.

Mais ce qu'il y a de positif, c'est qu'au VIe siècle, St Martin-de-Vertou vint dans cette localité, pour gagner des âmes à Jésus-Christ (7), et y bâtit deux monastères, l'un pour les hommes et l'autre pour les femmes; que St Martin mourut dans cet établissement qui était d'une grande importance, lors d'une visite qu'il y fil vers l'an 600; et qu'après sa mort il y eut, entre les moines de Vertou, premier monastère fondé par le saint, et les religieux de Durinum, le même débat, pour avoir le corps de leur fondateur, que celui qui exista à Candes, entre les Tourangeaux et les Poitevins, à raison des restes du grand saint Martin de Tours.

 

Or, dans cette querelle, les Fertuviens, comme les Tourangeaux, recoururent à la ruse. «Ils profitent de la nuit, se glissent dans l'église, enlèvent la châsse qui renferme le corps de Martin et l'emportent en silence. Quand l'aurore se lève au- dessus des monts d'alentour, déjà le corlége funèbre entre, au chant de l'hymne des morts, sous les rameaux solitaires de la forêt du Silence (8). Ce fut ainsi que la paix fut rétablie, et que Durimm perdit pour jamais les os de son apôtre. »

Autre fait rapporté par la chronique de Nantes, et qui constate encore l'importance de Dun'numvers le milieu du IXe siècle. Lambert, comte de Nantes, avait confié ce qu'il possédait outre Loire à ses trois neveux, afin de les conserver à son parti. Guaiffre eut le pays d'Herbauges, Raynier le pays de Mauge, et Girard le pays de Tiffauges.

Begon, gendre de Ludwig-Débonnaire, et établi duc d'Aquitaine, avec mission de conquérir l'extrémité nord de cetle contrée, résolut d'attaquer successivement chacun des lieutenants du comte Lambert. En conséquence, il marcha contre Guaiffre, qui, apprenant la marche de son ennemi, abandonna son pays, qui fut livré au pillage par le duc d'Aquitaine. Celui-ci revenait sur ses pas, satisfait d'un avantage non disputé, lorsqu'il fut attaqué au gué de Bleson (9) par les trois frères qui y avaient placé leurs forces en embuscade. Attaqué à l'improvisie dans ce passage dangereux, il chercha inutilement à se défendre; ses troupes furent battues, et obligé de prendre la fuite, il fut tué probablement peu loin de Durimm. Ce qui doit le faire croire, c'est que, porté dans cette localité, il y fut inhumé (10).

 

Nous ne tenons guère à l'ouvrage de l'écrivain pittoresque des Herbiers, que pour les faits matériels qu'il constate. Or, il a visité St-Georges-de-Montaigu , à une époque où on pouvait, mieux qu'aujourd'hui, découvrir des restes d'antiquités et les traces de la voie romaine. C'est donc le cas de le citer ici, en transcrivant son texte (11):

«... En entrant à St-Georges-de-Montaigu, dit-il, nous demandâmes où passait l'ancienne voie romaine, le tombeau de Bougon, les restes de l'ancien Pomerium ou enceinte de la vieille ville... On nous enseigna cependant un homme qui cultivait les lettres et qui, depuis trente ans, habitait au milieu de ces ruines... Nous y courûmes... M. Montaut... nous communiqua le fruit de ses recherches et le produit des fouilles qu'il avait fait faire.

Nous visitâmes ensemble l'emplacement où Bougon avait été inhumé: il l'avait retrouvé enterré avec son cheval; ses éperons étaient encore à ses pieds, et ses ossements gigantesques annonçaient un homme d'une stature colossale... Nous suivîmes également l'ancienne voie romaine; elle est encore apparente en quelques endroits, quoiqu'elle ait été labourée et soit maintenant couverte de moissons. Elle aboutissait au confluent des deux ruisseaux, à quelques pas du pont actuel.

Nous longeâmes la rivière jusqu'au pied du château de Montaigu, et nous reconnûmes, aux vestiges des vieux murs qui s'y trouvent encore, que ce quartier de la ville était celui qui conduisait à la citadelle; elle n'est plus aujourd'hui que le château de Montaigu.

Revenons ensuite à St-Georges : nous explorâmes les vestiges qui pouvaient nous indiquer l'enceinte de Durinum, il nous fut facile de les reconnaître. Cette ville était située sur le coteau où se trouve aujourd'hui St-Georges ; mais elle s'étendait encore de chaque côté, sur le flanc des deux collines latérales, et le centre de la cité se trouvait partagé en trois portions égales, par les deux rivières qui se réunissent au- dessous de la ville, et qui lui ont fait donner le nom de Durivum (deux ruisseaux), dont on a fait depuis le nom de Durinum, et enfin celui de Durin.

» ... Je ne vous parlerai, ni de l'existence en ce lieu d'un ancienne mansio romaine, ni des vases et autres produits des fouilles faites par M. Montaut; toutes constatent le séjour de nos pères en ce lieu... »

Donnons actuellement un passage des notes du même écrivain qui valent, ainsi que cela arrive pour beaucoup d'ouvrages, beaucoup mieux que le texte.

« En visitant St-Georges-de-Montaigu, noire unique but était d'y chercher les vestiges de l'autre voie romaine ou plutôt gallo-romaine qui devait y passer autrefois; mais les localités ont été tellement changées depuis les premiers temps de la monarchie française, qu'il nous eût été presque impossible de réussir, sans l'assistance de noire estimable compatriote M. Montaut. Ce fut ce savant modeste qui nous confirma la vérité de l'existence d'une ancienne mansio romaine en ce lieu; ce fut lui qui nous donna des renseignements précis sur l'emplacement qu'occupait la voie ou chemin pavé (via regia quam stratam sive calciatam dicunt. Charte du 16 mars 829, octroyée par Louis le Débonnaire), et ce fut également lui qui nous indiqua l'endroit où Bougon, duc d'Aquitaine, avait été inhumé, après sa défaite au passage du Bléson.

» Nous commençâmes d'abord par reconnaître l'ancien pomerium, c'est-à-dire l'ancienne enceinte de la ville;'il nous fut aisé d'en suivre les traces ; elles se trouvent encore sur les deux collines latérales, et bien que devenues presque invisibles sous les ronces et les lierres qui les couvrent, elles n'en servent pas moins aujourd'hui de murs de clôture à divers champs labourés. Nous suivîmes ensuite l'ancien chemin qui a été remplacé par la grande route actuelle ; nous le trouvâmes cultivé, couvert de moissons et d'arbres fruitiers, et conservant cependant encore une partie de sa forme primitive. Il descendait de St-Georges, en longeant les murs du jardin du prieuré, et venant en droite ligne aboutir au pont actuel; sa largeur primitive était méconnaissable, vu la quantité de terre rapportée sur la partie nord. Nous pensâmes néanmoins que jamais cette voie n'avait été d'une largeur suffisante pour mériter la dénomination de voie royale que lui donne la charte de Louis le Débonnaire. M. Montaut, qui l'avait vu dépaver et livrer à la culture, nous assura avoir parfaitement reconnu le genre de pavage usité sous les empereurs romains, et que c'était bien une voie dite strata ou calciata. Il devait également y avoir un pont primitif à la jonction des deux ruisseaux, comme il en existe encore un aujourd'hui; mais la voie, au lieu de monter la colline opposée , devait tourner autour de cette même colline, en suivant le cours de la rivière,, jusqu'au pied du château de Montaigu, qui ne devait être autre chose que la citadelle de Dtirinum], Montaigu n'existant point encore à cette époque. De l'autre côté de St-Georges, la voie devait suivre, pendant près d'une demi-lieue, la même direction que la grande route actuelle. Nous avons remarqué que cette dernière sort de St-Georges, précisément parle même endroit où se trouvait une des principales portes de la ville. Nous y avons reconnu la base d'une des anciennes tourelles qui défendaient celte porte. On avait construit un calvaire sur cet antique fragment de maçonnerie, mais il est aujourd'hui abandonné; et, comme la vieille masure qu'il recouvre, il n'est plus lui-même qu'une ruine.

»... Dans les fouilles que les déblaiements ont occasionnées, on a retrouvé plusieurs indices certains de l'existence en ce lieu d'une ancienne mansio, et même de la splendeur passée de Durinum. Parmi un grand nombre de débris de vases romains d'un travail remarquable, il s'en est trouvé plusieurs encore entiers; l'un a été emporté chez un docteur-médecin des environs (M. d'Amour, à la Richerie), où on l'y voit, dit-on, encore; on a trouvé quelques médailles qui ont été dispersées ; des débris d'armes romaines qui ont eu le même sort ; des tombeaux antiques qui ont été brisés; des lacrymatoires ou petites fioles allongées servant à contenir les larmes des amis des défunts; des petits pots ou urnes pleins de charbon, symbole de l'immortalité; et enfin une multitude prodigieuse de petits poids en plomb que l'on présume avoir servi aux tisserands qui fabriquaient ici tantôt ces tissus serrés et épais que le glaive ne pouvait couper, tantôt ces toiles de lin si fines et si transparentes que les Pères de l'Eglise reprochaient aux dames de s'en servir, non pour voiler leurs charmes, mais bien pour exciter à la volupté. M. Montaut a fait transporter et vendre à Nantes plusieurs charretées de ces poids; ils y ont été fondus. Enfin, en démolissant un fragment de maçonnerie, tellement défiguré qu'il n'était plus guère possible de reconnaître à quel usage il avait été destiné, et situé au pied de l'angle nord-ouest de sa maison, M. Montaut découvrit, il y a quelques années, le tombeau de Bougon, duc d'Aquitaine. Les pierres en avaient été assemblées à la hâte, et jetées presque pêle-mêle avec le ciment; le squelette du héros avait près de sept pieds de long; celui de son cheval se trouvait étendu à côté du squelette de son maître, et les éperons, restés aux pieds du guerrier, se trouvaient tellement rongés de rouille, qu'en y touchant, ils tombaient en morceaux. Il y avait, avant la dernière guerre, plusieurs inscriptions funèbres, tant en cet endroit que dans l'église; elles étaient sur des pierres de granit. On les avait enlevées de leurs places et réunies toutes ensemble; les républicains les firent briser; les fragments en furent dispersés et ont été depuis employés à diverses constructions : seulement M. Montaut se rappelle parfaitement avoir vu, sur l'un de ces fragments, une partie du nom de Bogopus; mais les caractères en étaient tellement effacés par l'usure et les siècles, qu'on ne pouvait distinguer que les quatre lettres Ogop. »

Il y aurait, sans nul doute, beaucoup à dire , relativement aux restes du duc Begon et au squelette de son cheval ; mais une digression pareille me conduirait bien loin de mon sujet. Je me bornerai à dire que c'était une coutume germanique d'enterrer à la fois et le guerrier et le coursier, son véritable compagnon d'armes.

 

 Bulletin des antiquaires de l'Ouest

Saint-Philbert-de-Grand-Lieu : D’ Herdabilla à la naissance du monastère de Déas.<==.... ....==>

 

 

 


 

 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) -

Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers. Avant l'occupation romaine, la région est peuplée par les Pictaves ou Pictons qui nous ont laissé des grottes préhistoriques, menhirs, dolmens, etc. que nous retrouvons un peu partout, tant dans la Vienne que dans les Deux-Sèvres.

(1) De Monte Mercurii, 1123, 1158 ((Ms. Dom Fonteneau) ==> La fin du Paganisme en Gaule, les Temples remplacés par les églises. (Saint Martin de Tours)

De Monte Mercurii, XIVe s. (GG)

De Monte Mercurii, 1533 (Ms. de Luçon)

Saint Michel Mont-Malcus, 1648 (Pouillé d'Alliot)

Ecclesia de Monte Mercurii de Malo Leone (Mauléon), XVIIIe s. (Livre Rouge)

Mons Mercurii vers 1300

Saint Michel de Mont Malcus, XVIIIe s.

(2) Voir ce que j'ai dit, à ce sujet, dans la Revue anglo-française, 1" série , t. I, p. 356 et s.

(3) La Vendée poétique et pittoresque.

(4) Le château de la Bourgonnière est un des plus curieux de l'Anjou. Bâti entre deux collines, l'époque de sa fondation est incertaine. Presque détruit pendant les guerres de la Vendée, le bâtiment principal a été reconstruit dans le style moderne; deux édifices qu'on aperçoit à ses côtés ont seuls échappé aux ravages des temps et des hommes ; l'un est une tour dont les murs épais, les créneaux, le donjon qui la surmonte, rappelle le génie guerrier de nos pères; l'autre, est une chapelle du plus beau gothique, qui, jadis fortifiée, semble avoir traversé les siècles pour nous redire l'ancienne alliance du glaive et de la croix. Ce dernier monument est surtout remarquable ; à l'extérieur, ses tours, ses ogives, ses murs couverts de croix de templiers ; au dedans, ses vitraux où se retrouve le même signe de cet ordre célèbre, avec la coquille de pélerin et le cimetiere arabe, lui donnent un aspect tout à la fois religieux et guerrier. Sous la voûte formée de nombreux arceaux, et qui brille d'or et d'azur, les souverains des Louis, de Villehardouin et de Joinville. Une statue, de proportions colossales, attire particulièrement les regards; elle représente un Christ singulier, attaché par des liens à une croix, vêtu d'une longue robe d'or bouclée à la ceinture, sa tête, d'une expression noble et imposante, porte une couronne de comte; aux deux côtés, sur le plein du mur, sont peints Charlemagne et saint Louis. Une multitude d'arabesques, d'un fini précieux, tout sculptés à l'entour. — (Giraud et Saint-Fargeau. — Port. — Actes.) Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme

(5) A ce point il faut prendre la carte de Cassini, n° 151, f. H , t.

(6) Masse-Isidore, La Vendée poétique et pittoresque.

(7) Consulter la vie de Marlin-de-Vertou, écrite par deux auteurs anonymes, l'un du IXe et l'autre du Xe siècle, et consignée dans Manillon, Act. ss. ord. s. Rened.

(8) C'est ainsi que Massé Isidore, dont j'emprunte ici le récit, appelle la forêt de Vertou en tirant son étymologie de l'ancien mot Wertaw.

(9) Comme on l'a déjà fait connaître, l'abbé Travers et d'autres auteurs placent mal à propos cet engagement au passage de la Boulogne, rivière qui se jette dans le lac de Grand-Lieu.

(10) « Lambertus aulem, qui haec omnia qae perpetrarat comitalumNanneticum invadens militibus suis distribuit, scilicet Gunferio nepoti suo regionem Herbadillam, Rainerio Metallium, Giraldo Theophalgiam, quae omnia illis jure haereditario concessil. Adversus quos Bego post interitum Renaldi dux Aquitanise faclus, qui suprà ripam Ligeris recenter non longe ab urbe Namnelis castellum construxerat et nomen suum imposuerat, insurgens, ab his regionibus voluit eos omnino abigere. Qui ex improviso primum Herbadillam cum mulliludine militum aggrediens, Gunferium minime invenire potuit. Res elenim illa bene sibi innotuorat post cujus reddilum Gunfcrius advocatis sociis suis Rainerio et Gerardo sibi in auxilium, furtive equitans consecutus est illum juxtà vada Blesonis fluminis transeuntem.

 Et cum media jam pars militum vada transierat, cucurrit Gunferius cum impetu magno super ultimam aciem et plurimis in illo certamine interfectis, fugavit omnes inter quos Bego, dux Aquitanorum, fugientes cecidit interfectus , cujus corpus sepultum est apud idurenum Theophalgiae vicum. Gunferius venions ad castrum Begonis cepit illud et habitavit ibi donec Normanni nec post multo tempore.. iterum per Ligerim remeantes, ad urbes ripis finitimas devaslandas longâ station castrorum captlum violenter concremaverunt.... (Chronic. Namnet.)

(11) La Vendée poétique et pittoresque.