time travel Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV par d’Artagnan et ses mousquetaires

Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV par d’Artagnan et ses mousquetaires.

Jean-Baptiste Colbert a organisé la chute de son rival motivée par la jalousie et la convoitise.

Pour le renverser, tous les moyens lui parurent légitimes, et il mit tant d’acharnement et d’âpreté a sa besogne, qu’il finit par rendre sa victime intéressante.

Chaque soir, Louis XIV communiquait à Colbert les états qu’il avait reçus le matin du surintendant.

Colbert lui démontrait alors les subterfuges et la perfide adresse avec laquelle le surintendant déguisait ses dilapidations.

Le lendemain, le roi renouvelait à Fouquet ses observation, lui demandait des éclaircissements et feignait de prêter l’oreille et de croire aux explications que lui fournissait le surintendant.

Cette épreuve durait depuis plusieurs mois : Fouquet trompant, Louis XIV paraissant trompé et Colbert l’empêchant de l’être.

Cette fête inouïe que le surintendant donna à son château de Vaux le Vicomte, à l’occasion du mariage du duc d’Orléans, frère du roi, avec Henriette d’Angleterre, sœur de Charles II, précipita sa disgrâce. Cette fête, ou de prodigieuses magnificences furent étalées, ne couta pas moins de trois millions.

Un instant Louis eut l’idée de faire arrêter Fouquet au milieu même de ses invités ; la reine-mère lui conseilla d’agir avec plus de prudence ; et Fouquet, secrètement averti par des amis fidèles du péril qu’il venait de courir, crut en conjurer le retour, en remettant entre les mains du roi un acte de donation du château de Vaux et de toutes ses dépendances, en faveur du futur dauphin de France.

Le château de Vaux lui avait couté près de vingt millions.

Ceux qui travaillaient à la perte de Fouquet l’avaient présenté à Louis XIV comme très dangereux, pas ses correspondances et ses projets. Ils affirmaient au roi qu’il comptait beaucoup de partisans en Bretagne, lie de sa naissance : partisans très-chauds, très-emportés, et capables de soulever cette province à la première nouvelle de son arrestation.

Il avait acquis et fortifié Belle-Isle. C’était, disait-on, pour se réfugier dans cette place de sureté, en cas de disgrâce, et pour la livrer aux Anglais, s’il était réduit à aller leur demander asile.

Le roi n’ignorait pas, aussi, que la moitié de la cour était vendue au surintendant, et que presque tous les gentilshommes avaient reçu de lui des pensions ou de riches présents.

Enfin, sa charge de procureur général au Parlement, qu’il cumulait avec la surintendance, était un rempart à l’abri duquel il semblait être en sureté.

A peine sortait-on des guerres civiles, ou la puissance de cette compagnie n’avait que trop éclaté. Il n’était donc pas prudent de lui fournir de nouveaux sujets de plaintes, et faisant faire, par des commissaires, le procès à l’un de ses principaux officiers.

Il fallait donc persuader à Fouquet de vendre sa charge de procureur général ; la chose n’était pas aisée.

Colbert s’en chargea et conseilla au roi d’y employer quelque ruse.

Louis XIV et son ministre Jean-Baptiste Colbert

Louis XIV feignit de rendre toute sa confiance au surintendant, et lui accorda coup sur coup plusieurs faveurs, tant pour lui que ceux de sa famille. Colbert, toutes les fois qu’il avait l’occasion de se trouver avec celui dont il voulait précipiter la ruine, ne manquait pas de faire valoir les bontés du maitre.

Fouquet, persuadé et attendri, jurait qu’il donnerait sa vie pour le roi.

- j’en ferais autant pour vous, lui dit Colbert ; mais à quoi lui servent toutes ces paroles ? il n’y a pas un sol dans l’épargne, et vous savez, monsieur, combien les moyens extraordinaires pour se procurer de l’argent sont difficiles et dangereux.

- Vous avez raison, répondit Fouquet ; je vendrais volontiers tout ce que j’ai au monde pour donner de l’argent au roi.

Colbert, pour le moment, ne voulut pas pousser les choses plus loin ; mais, dans la suite de leur conversation, en parlant de la charge de président à mortier, dont le conseiller Fieubet avait offert dix-huit cent mille livre, Fouquet vint à dire de lui-même que sa charge de procureur général ne valait pas moins, et que ce Fieubet lui avait offert aussi au bas mot quinze cent mille livres.

-Mais, monsieur, reprit Colbert, est-ce que vous la voudriez vendre ? il est vrai qu’elle vous est assez inutile ; un surintendant ministre n’a pas le temps de voir des procès.

La chose en demeura encore là ; mais ils en parlèrent si souvent, que Fouquet, se croyant enfin assuré de l’esprit et de la confiance du roi, lui déclara qu’il était décidé à se défaire de sa charge pour en faire un sacrifice à son maitre.

Ce fut alors que Colbert donna un libre cours à l’administration que lui inspirai un tel dévouement, un désintéressement si rare, et le pauvre Fouquet, enivré de la belle action qu’il croyait accomplir, alla sur-le-champ l’annoncer au roi, qui le remercia et accepta l’offre sans balancer.

Le roi ne manqua pas de dire le même soir à Colbert :

-          Tout va bien ; il s’enferre de lui-même ; il est venu me dire qu’il apporterait à l’épargne tout l’argent de sa charge.

-          Le voyage de Nantes fut résolu, sous prétexte de presser les Etats de Bretagne d’accorder des subsides qu’on leur avait demandés ; mais, en réalité, pour mettre avec plus de sécurité à l’exécution le projet d’arrêter Fouquet, et Louis XIV fit filer dans cette province des troupes, afin d’y comprimer toute tentative de sédition.

 

De nouveaux avis étaient venus à Fouquet. Gourville, son ami particulier, lui avait rapporté ces paroles que Louis XIV aurait adressées à la reine-mère :

-          Ah ! madame, est-ce que nous ne ferons pas bientôt rendre gorge à tous ces trafiquants ?

Il ne pouvait cependant se dispenser de suivre le roi, qui emmenait à Nantes ses ministres et toute la cour.

Le roi fit le voyage en poste, accompagné d’une trentaine de gentilshommes et précédé de sa compagnie de mousquetaires, sous les ordres de d’Artagnan.

Arrivé à Nantes le 1er septembre 1661, il alla loger au château. Quand à Fouquet, il fit marquer son logis à l’autre bout de la ville ; on n’en devina pas le motif d’abord ; mais l’on sut plus tard qu’il avait dans cette maison un aqueduc souterrain, qui communiquait avec la rivière, et qu’il songeait à se sauver par -là, pour se réfugier à Belle-Isle, en cas qu’on vint pour l’arrêter.

Le 3 septembre, d’Artagnan fut appelé au château. Le roi se fit rendre compte par lui de l’état de la compagnie des mousquetaires, qu’il devait passer en revue au premier jour.

-          Sire, lui dit d’Artagnan, je crains que le désir de Votre Majesté ne reçoive quelque contrariété. A l’exception de M. de Saint-Mars, tous nos brigadiers et maréchaux sont malades.

-          C’est donc une épidémie, s’écria Louis XIV. On vient de m’apprendre que M. le surintendant est au lit, avec la fièvre tierce.

-          Je ferai tous mes efforts pour que le service de Votre Majesté n’en souffre pas.

-          J’y comte bien, monsieur d’Artagnan, car, avant qu’il soit longtemps, j’aurai  à vous donner des ordres de la plus haute importance. Pour assurer le service, vous vous adjoindrez MM. Du Clavaut et de Maupertuis.

Le soir même, un billet invitait d’Artagnan à se rendre le lendemain matin chez Colbert, qui avait à lui parler au nom du roi.

Le sous-lieutenant des mousquetaires, se rappelant ce que Louis XIV lui avait dit de cet ordre de la haute importance dont il aurait bientôt à le charger, commença à soupçonner qu’il pourrait bien s’agir du surintendant, sur le compte duquel de mauvais bruits couraient de nouveau.

Aussi n’éprouva-t-il pas une grande surprise lorsque Colbert, après un assez long préambule, finit par lui dire que le roi lui ordonnait d’arrêter Fouquet, lorsqu’il sortirait du conseil, et de le conduire au château d’Angers, ou il le garderait à vue, en attendant de nouvelles instructions.

-          Sa majesté me fait beaucoup d’honneur en me chargeant d’une mission comme celle-là, répliqua d’Artagnan ; je vous avoue, néanmoins, que je lui eusse été encore plus obligé, si elle eut jeté les yeux sur un autre que moi pour s’en acquitter.

-          Quest-ce à dire, monsieur § s’écria Colbert, seriez-vous par hasard, comme tant d’autres qui nous ont été signalés, un des pensionnaires du surintendant ?

-          Je n’ai jamais été et ne serai jamais que le pensionnaire du roi, monsieur, répliqua fièrement le sous – Lieutenant des mousquetaires, et c’est ce que j’ai répondu un jour à votre bienfaiteur, le cardinal Mazarin, qui, sur de faux rapports, croyait que j’avais accepté quelque présent de M.Fouquet.  Si Sa Majesté me le commande, je suis prêt à lui obéir, quoique je plaigne sincèrement le sort d’un homme qui n’a peut-être péché que par trop de générosité. Veuillez me remettre l’ordre en vertu duquel je dois agir.

-          Je n’ai pas d’ordre écrit, lui répondit Colbert ; le roi vous le donnera de sa propre bouche, à son lever, dans quelques instants.

D’Artagnan, se rendit au lever du roi, qui le prit à part, et lui dit de manière à n’être entendu d’aucun des gentilshommes de la chambre qui se trouvaient présents :

-Avez-vous vu M. Colbert ?

- Je sors de son cabinet, Sire.

- Vous savez ce que vous avez à faire, dès à présent, veillez sur M. Fouquet ; que quelques-uns de vos mousquetaires se tiennent aux environs de son logis, pour prévenir toute tentative de fuite. Le conseil a lieu demain matin. Voici l’ordre : vous conduirez à Anger, songez à la responsabilité qui pèse sur vous, à partir de ce moment, mon cher d’Artagnan ; si vous me servez comme j’y comte, vous y gagnerez le brevet de capitaine lieutenant de ma compagnie, que vous aurez aussitôt que M. de Nevers, qui n’y tient guère et qui remplit si peu sa fonction, s’en sera démis.

- Votre Majesté peut-être certaine, répondit d’Artagnan, que l’espoir d’une si haute faveur n’est pas le seul mobile qui me fait agir.

- Je le sais, répliqua Louis XIV ; vous êtes un de mes plus fidèles serviteurs… Allez. Dès que vous vous serez assuré de M. Fouquet, vous m’enverrez Maupertuis pour m’en prévenir.

 

Cependant les fatigues du voyage aient redoublé les accès de la fièvre tierce dont Fouquet était déjà atteint, lorsqu’il avait quitté Fontainebleau, pour suivre le roi à Nantes.

Louis XIV, à qui l’on avait dit qu’il était assez mal ordonna au comte de Brienne d’aller prendre de ses nouvelles.

Le comte arriva chez lui à trois heures de l’après-midi, et trouva la surintendante avec Gourville, dans une salle où elle faisait danser devant elle des paysannes de Belle-Isle.

La surintendante lui dit que Fouquet, étant dans un de ses accès, ne pouvait voir personne.

Il répliqua qu’il fallait qu’il le vit, ayant à lui parler de la part du roi.

On le fit monter. Le surintendant était couché sur son lit, enveloppé de robes de chambre et tremblant de fièvre.

Brienne lui dit que le roi était en peine de sa santé, et qu’il l’envoyait prendre de ses nouvelles.

Fouquet reçut le compliment avec une grande joie, y voyant un retour de faveur, et s’écria :

-          Sa Majesté a bien de la bonté pour moi ! Elle me combe.

Il pria ensuite Brienne de faire connaitre au roi qu’il lui répondait des Etas de Bretagne ; que plusieurs députés étaient venus le voir ; qu’ils feraient tout ce que Sa Majesté souhaiterait, et au-delà.

-          Monsieur, ajout-il d’un air gai, vous êtes de mes amis, je puis donc m’ouvrir à vous : Colbert est perdu !

-          Ah ! fit le comte ; vous êtes sur ?

-          Oui….Ce sera le plus beau jour de ma vie.

Il y a le conseil, et je mettrai sous les yeux du roi des pièces qui lui prouveront ma fidélité et la rage de mes ennemis.

Il lui demande ensuite s’il n’y avait rien de nouveau à la cour.

Brienne lui dit que, depuis ce matin, on n’entrait plus chez le roi par le chemin ordinaire, et qu’il fallait passer par un petit corridor fort étroit ; que Roze, secrétaire du cabinet, écrivait sur une petite table, dans le corridor, et qu’il était obligé de se lever, à chaque personne qui se présentait pour arriver jusqu'au roi ; qui; M. de Gêvres, capitaine des gardes du corps en quartier, et Chamarante, premier valet de chambre, étaient seuls à la porte, du cabinet; que le roi s'y était tenu enfermé toute la matinée, et que, quand il y était entré, Sa Majesté avait jeté un grand morceau de taffetas vert sur une table, couverte de papiers, et que toutes ces circonstances, assez singulières étaient commentées de diverses manières par les courtisans.

Le 5 septembre 1661, le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, est arrêté sur ordre de Louis XIV

(Mousquetaires les Lames sur Seine - Château de Vaux le Vicomte)

Toutefois Brienne n'ajouta pas qu'il venait de voir dans la rue deux mousquetaires qui paraissaient y être par ordre, et qui l'avaient fort examiné en passant.

— Tout cela regarde Colbert et ne menace que lui, s'écria Fouquet, dont l'heureux caractère, à la plus petite éclaircie d'un ciel orageux, passait sans transition de la crainte à la plus entière confiance.

Le roi ayant ordonné au comte de Brienne de retourner le soir chez le surintendant, pour lui recommander d'être au conseil, le lendemain à sept heures du matin, il trouva cette fois Fouquet abattu de corps et d'esprit.

La fièvre l'avait repris, et il lui était venu tant d'avis et de tant de côtés, qu'enfin il avait ouvert les yeux.

Toute la rue et les environs de sa maison étaient remplis de mousquetaires.

— Monsieur, dit-il à Brienne, on vient de m'apprendre que Chavigny, capitaine des gardes, et toute sa compagnie sont montés sur deux grands bateaux pour aller se saisir de Belle-lsle. Gourville me presse de me sauver par l'aqueduc; malgré tous les mousquetaires du monde, et la surveillance que d'Artagnan fait exercer autour de mon logis, je pourrais encore gagner la rivière, où un petit bateau m'attend.

A un geste que ne put réprimer le comte de Brienne, il se hâta d'ajouter :

— Oh ! rassurez-vous ; votre amitié pour moi et votre fidélité à Sa Majesté n'auront aucun combat à se livrer; je n'en veux rien faire, et suis décidé à courir tous les risques. Le roi m'a donné à Fontainebleau, lors de l'affaire de ma charge de procureur général, de telles marques de sa bonté, que je suis résolu à m'abandonner entièrement à lui.

A sept heures précises, le lendemain, Fouquet était au château.

Il avait vu, sur la place, les mousquetaires rangés en bataille, et il s'était contenté de dire, à un gentilhomme qui l'accompagnait :

— Il paraît que le roi a l'intention d'aller aujourd'hui à la chasse.

Le conseil dura plus que d'ordinaire.  Fouquet y prit part avec une grande liberté d'esprit, donnant au roi toutes les explications qu'il lui demandait sur les affaires de son service. Louis XIV lui fit signer une ordonnance de caisse, pour quatre-vingt-dix mille livres destinées aux officiers de marine.

Le Tellier sortit le premier du conseil, et glissa dans la main du maître des requêtes Boucherat, qu'il trouva dans l'antichambre, un petit billet, en lui disant à l'oreille :

— Lisez vite et exécutez !

Boucherat, tout en descendant l'escalier, ouvrit son billet et se mit à le lire, pendant que Fouquet, qui descendait aussi, passait devant lui en lui donnant le bonjour.

Le billet ne contenait que ces mots :

« Le roi vous ordonne d'aller mettre tout de suite les scellés chez M. le surintendant. »

Cependant, d'Artagnan, qui se tenait au bas de l'escalier, ayant vu descendre Le Tellier, le suivit jusqu'au bout de la cour, pour lui demander s'il n'y avait rien de changé aux ordres du roi.

— Il n'y a rien de changé, lui répondit Le Tellier, mais retournez vite à votre poste, car M. Fouquet doit me suivre de près.

D'Artagnan revint à la hâte sur ses pas : Fouquet venait de sortir et de disparaître du côté de la place.

Le sous-lieutenant des mousquetaires, malgré sa présence d'esprit habituelle, perdit un peu la tête et envoya aussitôt Maupertuis dire au roi que quelqu'un avait dû prévenir le surintendant et qu'il venait de se sauver.

Il courut toutefois vers la place de la grande église et aperçut de loin Fouquet qui montait dans sa chaise.

En quelques secondes il l'eut rejoint, et sans perdre de temps :

— Monsieur, lui dit-il, je vous arrête au nom du roi !

Fouquet ne laissa paraître aucune émotion et se contenta de lui répondre:

— Mais, monsieur d'Artagnan, est-ce bien à moi quo vous en voulez?

— Oui, monsieur, j'ai l'ordre du roi d'arrêter le surintendant des finances.

Et, sans ajouter un seul mot, il le fit monter dans un carrosse entouré de cent mousquetaires, qui le conduisirent sur-le-champ au château d'Angers.

 

 

 

 

 

 

Dès que le roi, que la première communication de Maupertuis avait, alarmé, apprit que Fouquet était en mains sûres, il sortit de son cabinet, et s'adressant à la foule des courtisans réunis dans l'antichambre :

— Messieurs, dit-il, j'ai fait arrêter le surintendant. Il est temps que je fasse moi-même mes affaires.

Le même jour il écrivit à la reine-mère, qui se trouvait à Paris :

« Madame ma mère, je vous ai déjà écrit ce matin l'exécution des ordres que j'avais donnés pour faire arrêter le surintendant ; mais je suis bien aise de vous mander les détails de cette affaire.

Vous savez qu'il y a longtemps que je l'avais sur le coeur, mais il m'a été impossible de la faire plus tôt, parce que je voulais qu'il fit payer auparavant trente mille écus pour la marine, et que d'ailleurs il fallait ajuster mille choses qui ne se pouvaient faire en un jour.

Vous ne sauriez- vous imaginer la peine que j'ai eue seulement à trouver le moyen de parler à Artagnan, car je suis accablé tout le jour par une infinité de gens fort alertes, et qui, à la moindre apparence, auraient pu pénétrer bien avant.

Néanmoins, il y avait deux jours que je lui avais commandé de se tenir prêt et de se servir de Duclavaut et de Maupertuis, au défaut des maréchaux des logis et des brigadiers des mousquetaires dont la plupart sont malades.

J’avais la plus grande impatience du monde que tout cela fût achevé, n'y ayant plus autre chose qui me retînt en ce pays.

Enfin, ce matin, le surintendant étant venu travailler avec moi à l'accoutumée, je l'ai entretenu tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, et fait semblant, de chercher des papiers, jusqu'à ce que j'aie aperçu, par la fenêtre de mon cabinet, Artagnan dans la cour du château, et alors j'ai laissé aller le surintendant qui, après avoir causé un peu au bas du degré avec La Feuillade, a disparu ; de sorte que le pauvre Artagnan croyait l'avoir manqué, et m'a envoyé dire par Maupertuis qu'il soupçonnait que quelqu'un lui avait dit de se sauver; mais il le rattrapa sur la place de la grande église, et l'a arrêté de ma part sur le midi.

Il lui a demandé les papiers qu'il avait sur lui. Incontinent donc l'affaire a été faite. L'on a mis le surintendant dans un de mes carrosses, suivi de mes mousquetaires qui le mènent au château d'Angers, et m'y attendront en relais, tandis que sa femme, par mon ordre, s'en va à Limoges.

J'ai discouru sur cet accident avec des messieurs qui sont ici avec moi ; je leur ai dit franchement qu'il y avait quatre mois que j'avais formé mon projet.

J'ai oublié de vous dire que j'ai dépêché de mes mousquetaires partout sur les grands chemins et jusqu'à Saumur, afin d'arrêter tous les courriers qu'ils rencontreront allant à Paris, et qu'il n'en arrive aucun devant celui que je vous ai envoyé.

Ils me servent avec tant de zèle et de ponctualité, que j'ai tous les jours plus de sujet de m'en louer ; et en cette dernière occasion, quoique j'eusse donné plusieurs ordres, ils les ont si bien exécutés, que tout s'est fait en un même temps, sans que personne ait pu rien pénétrer.

Huit jours plus tard, la surintendance était supprimée et remplacée par un conseil des finances, une Chambre de Justice était établie le 15 novembre avec mission de poursuivre les abus et malversations commises dans les finances depuis 1635. Elle devait rechercher et punir aussi tous les crimes et délits commis à l’occasion d'icelles par quelques personnes et de quelque qualité qu'elles soient. Denis Talon était désigné pour y remplir les fonctions de procureur général et le chancelier Seguier celles de président. Des magistrats, triés sur le volet dans les divers parlements et dans d'autres juridictions, étaient choisis pour la composer.

 

Du château d'Angers, où d'Artagnan l'avait d'abord conduit, Fouquet fut transféré, sur de nouveaux ordres du roi, au château d'Amboise, puis du château d'Amboise à Vincennes. Enfin, lorsque les commissaires chargés de le juger se furent réunis à l'Arsenal, on l'amena à la Bastille, toujours sous la surveillance de d'Artagnan et de ses mousquetaires.

Ce métier de geôlier ne convenait ni au caractère ni au tempérament de notre héros, et la détention préventive de Fouquet se prolongeant, il supplia Louis XIV de le relever de son poste ; mais le roi lui déclara qu'il ne voulait pas confier à d'autres que lui la garde d'un prisonnier de cette importance, et lui fit espérer que le procès serait bientôt terminé.

La chambre de justice qui siégeait à l'Arsenal ne rendit son arrêt qu'au mois de décembre 1664, c'est-à-dire plus de trois ans après l'arrestation de l'accusé.

La haine que Louis XIV avait vouée au fastueux surintendant n'avait pas uniquement sa source dans l'intérêt public. Les dénonciations de Colbert avaient eu lieu à l'époque où commençait la grande faveur de mademoiselle de La Vallière, et il paraît certain que Fouquet, « insatiable sur le chapitre des dames, » et persuadé que le mérite soutenu de l'argent vient à bout de tout, avait osé lever les yeux jusque sur la royale maîtresse : c'est du moins ce que nous apprend l'abbé de Choisy :

«Il s'aperçut, dit-il, que la place était prise, et, voulant se justifier auprès d'elle et de son amant secret, il se donna la mission de confident ; et l'ayant mise à un coin, dans la chambre de Madame, il lui voulut dire que le roi était le plus grand prince du monde, le mieux fait, et autres mêmes propos ; mais la demoiselle, fière du secret de son coeur, coupa court, et dès le soir s'en plaignit au prince, qui n'en fit pas semblant, et ne l'oublia pas. Madame du Plessis-Bellière, amie de Fouquet, l'avait aussi attaquée, en lui disant que le surintendant avait vingt mille pistoles à son service ; et, sans se fâcher, elle lui avait répondu que vingt millions ne lui feraient pas faire un faux, pas : ce qui avait fort étonné la bonne confidente, peu accoutumée à de pareilles réponses. »

On avait trouvé d'ailleurs dans les papiers de Fouquet une grande quantité de billets galants, qui prouvaient surabondamment que toutes les femmes de la cour n'avaient pas eu les mêmes scrupules que mademoiselle de La Vallière, et l'on peut juger des sentiments du roi à son égard, quand cette correspondance amoureuse lui fut livrée, par la lecture d'un billet adressé à mademoiselle de Montalais. Fouquet lui écrivait :

« Puisque je fais mon unique plaisir de vous aimer, vous ne devez pas douter que je ne me fasse une joie de vous satisfaire. J'aurais pourtant souhaité que l'affaire que vous avez tant désirée fût venue de moi ; je vois bien qu'il faut qu'il y ait toujours quelque chose qui trouble ma félicité. Et j'avoue, ma chère demoiselle, qu'elle serait trop grande, si la fortune ne l'accompagnait quelquefois de quelque traverse. Vous m'avez causé aujourd'hui mille distractions, en parlant au roi ; mais je me soucie fort peu de ses affaires, pourvu que les vôtres aillent bien. »

Malgré les efforts du roi et de Colbert, qui voulaient faire peser sur Fouquet une accusation de lèse-majesté, de conspiration contre l'Etat et de haute trahison, la chambre de justice n'admit que les faits de dilapidation des finances, et le condamna au bannissement.

Mais, Louis XIV, sous prétexte de commutation, aggrava la peine, en remplaçant le bannissement par une prison perpétuelle.

VOLTAIRE a même dit "Le 17 août à six heures du soir, Fouquet était roi de France ; à deux heures du matin, il n'était plus rien"

L’impression que cause la lecture de l'écrit de Fouquet a été parfaitement appréciée par M. Pierre Clément

« Les réflexions viennent en foule, dit-il, et l'on ne sait ce qui doit le plus étonner, ou de la légèreté excessive de celui qui l'a écrit et de la naïveté avec laquelle il comptait sur le dévouement des hommes qu'il avait gorgés d'argent pendant sa prospérité, ou des folles idées qu'il se faisait sur son importance politique dans l'État.

Voici maintenant quelle fut la réponse de Fouquet à l'accusation de crime d'État que tirait contre lui le ministère public de la rédaction de cette pièce :

«  Ce n'était là, disait-il, que le résultat d'un moment d'irritation occasionné chez lui par des avis qui lui étaient parvenus touchant les dispositions du cardinal à son égard. Cet écrit n'avait jamais eu ni d'autre caractère ni d'autre portée. »

Pour qui avait bien connu le cardinal, il était évident qu'il y avait toujours eu peu de fond à faire sur sa reconnaissance pour les services rendus, et il était hors de doute que Fouquet lui en avait rendu de fort importants. Il avait dû songer à se mettre à l'abri des versatilités de son humeur, et mû par des avis qui lui parvenaient de tous les côtés et dans lesquels on le prévenait des complots ourdis par ses ennemis, et qui, d'un jour à l'autre, pouvaient aboutir à un résultat funeste, il se mit sur ses gardes.

C'est dans un de ces moments d'exaspération qu'il s'était ainsi épanché sur le papier. S'il a conservé cet écrit dressé en 1657, s'il l'a, un an après, raturé et modifié, c'est qu'après avoir repoussé une première fois ces excitations, les avis se sont renouvelés l'année suivante, et qu'un nouveau sujet d'irritation est venu le surexciter. Plus tard, cependant, il a repoussé cet écrit, et il croyait même l'avoir détruit depuis longtemps tout au moins, il l'avait jeté aux papiers de rebut, et c'est là, et non, comme on le prétend, dans un cabinet secret, qu'il a dû être trouvé.

On ne doit donc y voir, ajoute-t-il, qu'un résultat de cette pensée que ses services allaient être méconnus et qu'on n'attendait qu'une occasion pour le perdre. Il n'a été rédigé que dans les vues d'une résistance légitime à une oppression imméritée; et ses persécuteurs l'ont si bien reconnu eux-mêmes, que bien qu'il fût connu par eux, tout au moins depuis la levée des scellés à Saint-Mandé, il n'en a jamais été question ni dans l'édit qui institue la chambre de justice, ni dans l'acte d'accusation de M. Talon du 3 mars 1662, ni dans l'arrêt du conseil du 6 juillet suivant. Si on le lui a représenté lors de ses interrogatoires par messieurs Poncet et Regnard, on a eu le soin d'en enlever le premier feuillet, parce qu'il y avait fait constater par une mention toute spéciale que cet écrit n'avait été dressé que dans un but de résistance à l'oppression.

Du reste, il passe assez volontiers condamnation « sur la folie, dit-il lui-même, de cet écrit, et sur sa chimère qui l'a enfanté.» Il ajoute « Je ne veux pas entrer dans le détail des expédiens y énoncés; je les blâme tous, et ce n'est pas d'aujourd'hui puisqu'étant arrêté, je n'ai pas même cherché à y recourir. Je les ai mis par écrit pour les examiner, mais je les ai condamnés Voyez depuis, même avant cet examen. »

 Enfin, si sa pensée dans la rédaction d'un pareil écrit avait été celle qu'on lui suppose, ce n'est pas dans un lieu oublié qu'on l'eût trouvé, mais il eût été soigneusement renfermé et non relégué derrière le miroir où il paraît bien qu'on l'a rencontré.

Le chancelier se montra fort hostile à l'accusé durant tous ses interrogatoires devant la chambre de justice, mais il le fut principalement à l'occasion de ce dernier chef d'accusation. Après avoir fait ressortir toute la criminalité qu'il trouvait dans cet écrit, il apostropha vivement Fouquet en terminant et s'écria avec un grand emportement :

« Certes, vous ne nierez pas que cette pièce constitue jusqu'à l'évidence le crime d'État? Si certainement je le nie », répliqua l'accusé; puis se retournant vers messieurs les conseillers : « On m'accuse de crime d'État, leur dit-il. Voulez-vous, messieurs, que je vous dise ce que c'est que le crime d'État? C'est lorsqu'en vertu de la charge principale qu'on exerce, on a le secret du prince, et que tout d'un coup on se met du côté de ses ennemis, qu'on engage sa famille dans les mêmes intérêts qu'on fait ouvrir les portes des villes dont on est gouverneur à l'armée ennemie, qu'on les ferme à son véritable maître, et qu'on porte dans le parti contraire tous les secrets de l'État. Voilà, monsieur, ajouta-t-il en se tournant plus spécialement vers Le Tellier, voilà ce qui s'appelle le crime d'État…. »

Or, c'était là, mot pour mot, la conduite qu'avait tenue le chancelier Le Tellier durant la Fronde!

Cette longue procédure enfin terminée, il n'y avait plus qu'à prononcer l'arrêt. Cela eut lieu à l'audience du samedi 20 décembre 1664, la dernière de ce mémorable procès. Le procès-verbal de cette séance le libelle ainsi :

« La chambre déclare l'accusé dument atteint et convaincu d'abus et de malversations par lui commises au fait des finances et en la fonction de la commission de surintendant, pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultant du procès, l'a banny à perpétuité hors du royaume, aux injonctions de garder son ban, à peine de la vie, ses biens déclarez acquis et confisquez au roy, sur iceux pris préalablement la somme de cent mille livres applicables moitié au roy et l'autre moitié en œuvres pies. »

 Le jugement fut signifié au condamné dans le fort de la Bastille le lundi 23 en présence de d'Artagnan, après quoi Fouquet fut séparé de son médecin et de son valet de chambre, qui partageaient volontairement sa détention; puis il fut séquestré dans l'une des chambres de la forteresse.

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Enfin, le même jour, 23 décembre 1664, vers onze heures et demie ou midi, Fouquet fut conduit, toujours par d'Artagnan et ses cent mousquetaires, à la citadelle de Pignerol.

Des vingt-deux juges dont émanait son arrêt, neuf s'étaient prononcés pour la peine de mort, treize pour une peine moins sévère.

Les premiers étaient :  MM. Le Cormier de Sainte-Hélène ; Pussort; Cuissotte de Gisaucourt ;  de Ferriol ; Noguez ; Herault : Voysin ; Poncet et le chancelier Pierre Seguier ; les seconds se composaient d'Olivier Lefebvre d'Ormesson; de Raphelis de Roquesante; de La Toison ;  de du Verdier; de La Beaulme ; de Masseau, qui sut y montrer beaucoup de dévouement et de courage ; de Le Féron; de de Moussy; de Brilhac; de Regnard; de Besnard; de Rézé de Catinat, et enfin, du président Phelippeau de Pontchartrain.

Le premier président de La Moignon avait cessé depuis longtemps de prendre aucune part à ce procès où il avait été plus spécialement remplacé par le chancelier Séguier. Enfin, et, depuis quelques jours seulement, M. le président de Nesmond avait succombé, et le procureur général Denis Talon avait été révoqué entre le jour où il avait déposé ses conclusions et le jour où avait été prononcé l'arrêt de condamnation.

Hâtons-nous de dire qu'entre le jour de l'arrestation de Fouquet au mois de septembre 1661 et celui de sa condamnation, une immense réaction s'était opérée en sa faveur dans l'opinion publique. Il eût été lapidé peut-être au premier moment, alors qu'on était encore sous le coup de l'irritation, mais bientôt tout ce qui transpira dans le public des irrégularités de la procédure suivie contre lui, de la prévention montrée par ses accusateurs, de leur incroyable acharnement, et surtout de l'inqualifiable conduite à son égard de Colbert, qui fut à cette époque cruellement chansonné, déterminèrent un mouvement si vif que Paris, au moment où fut rendu l'arrêt de bannissement, eût accepté volontiers la nouvelle de son acquittement.

« Les ministres, nous dit Anquetil, ne furent pas contents d'un jugement qui n'exterminait pas le coupable qu'ils redoutaient. Ils ne s'en cachèrent pas, et donnèrent lieu à cette réponse de Turenne. On blâmait devant lui l'emportement de Colbert contre Fouquet, et on louait la modération de Le Tellier. Effectivement, dit-il, je crois que M. Colbert a plus d'envie qu'il soit pendu, et que M. Le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas. »

Le roi fit voir de son côté que le souvenir de la fête de Vaux et des offres faites à Mlle de La Vallière vivait toujours dans son cœur. Car loin de modérer la peine, il voulut l'aggraver en commuant le bannissement, qui eût permis au condamné d'aller vivre libre à l'étranger avec sa famille, en une détention perpétuelle, dans le fort de Pignerol, où il fut séquestré de toute société humaine.

Fouquet supporta cette torture depuis le 5 septembre 1661, jour de son arrestation à Nantes, jusqu'au 23 mars 1680, jour où il mourut, après une captivité qui n'avait pas duré moins de 19 ans, 5 mois et 13 jours.

Tous ces courtisans qui l'avaient adulé pendant sa prospérité, toutes ces grandes dames qui, suivant l'énergique expression de Madame de Motteville, « avaient sacrifié au veau d'or, se prirent à fuir le surintendant, dès que l'adversité se fut appesantie sur sa tête.

A peine tombé, le vide se forma autour de lui, quelques nobles coeurs lui demeurèrent fidèles, nonobstant sa disgrâce. Dans ce nombre, on est heureux d'inscrire avec Pelisson, qui mérite la première place, Madame de Sévigné, Mlle de Scudéri, Gourville, le bon La Fontaine, le poëte Loret, Brébeuf, Corneille, Racine (1), qui ne cessèrent de lui donner des preuves sincères du plus vif intérêt. Plusieurs (2) d'entre eux lui consacrèrent des écrits tant avant qu'après sa disgrâce. Une autre personne aussi se montra pour lui une amie toute dévouée ce fut la veuve du marquis du Plessis-Bellière.

On a prétendu, d'après les Mémoires de Gouroille, que, dans les dernières années de sa vie, la détention de Fouquet avait cessé, et qu'il était mort obscur à Paris, dans le sein de sa famille.

Il y a là dedans du vrai et du faux. Atteint d'une maladie grave et qui nécessitait l'action des eaux minérales, Fouquet, dans les derniers instants, avait enfin obtenu l'autorisation de quitter Pignerol pour les aller prendre à Bourbon-l'Archambaud. Sa femme avait obtenu déjà depuis quelque temps de venir partager sa captivité, on lui avait même accordé, paraît-il, la permission de voir le célèbre Puiguillem, plus tard duc de Lauzun, et qui était alors son co-détenu dans le fort de Pignerol; mais cet adoucissement à sa rude captivité vint trop tard.

La famille ne put accomplir le voyage projeté; Nicolas Fouquet n'eut pas la force de quitter sa prison, il mourut à Pignerol (3), au mois de mars 1680, à l'âge de soixante-cinq ans.

Son corps fut transporté à Paris, et enterré, comme nous l'avons déjà dit, dans la petite église du couvent des Filles de la Visitation de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine. C'était

 

 

 

1 Il est à remarquer que ce sont presque exclusivement des hommes et des femmes de lettres, qui conservèrent pour Fouquet un religieux souvenir et qui lui en portèrent le témoignage même après sa disgrâce.

2 En 1659, Pierre Du Ryer, traducteur de l'Histoire de France du président de Thou, lui avait dédié l'édition in-folio qu'il donna de cette histoire.

 3 La foudre tomba au mois de juin 1665, sur le fort de Pignerol et y causa un incendie auquel Nicolas Fouquet échappa comme par miracle, suspendu au-dessus de l'abîme, dans l'embrasure d'une fenêtre dont la muraille resta seule debout; ce fut un hasard s'il ne fut pas broyé. Il fallut le sortir de cette prison qui n'était plus habitable, et il fut provisoirement déposé dans la maison de l'un des employés du gouvernement. Peu de temps après, il fut conduit au château de La Pérouze, où il fut détenu jusqu'au mois d'août 1666, époque à laquelle il fut réintégré au fort de Piguerol qu'on avait restauré.

 

dans ce couvent que ses soeurs étaient religieuses. On lisait sur son tombeau cette épitaphe (1) :

« NICOLAUS FOUCQUET FR. F. EQUES, VICE COMES MELODUNEN.

 Procurator generalis senatus parisien. summus aerario praefectus, status minister, auctor fuit transferendi senatum Parisiis. Pontisaram, unde primo salutis publicae origo; aerarium fide et pecunia exhaustum restituit spe lucri, hinc invidae calumniandi occasio, quae, dum virum virtute electum deprimere nititur, reddidit utrâque fortunâ illustrissimum, eripiente eum Domino.

Maria de Maupeou, Franc. Foucquet uxor, mater Nicolai et Basilii, priscae fidei femina tantaeque pietatis ergà pauperes, ut nihil ei defuerit ad perfectam antiquarum coelestium similitudinem, nisi Petrus ressuscitans; plena enim fuit ejus vita operibus bonis et eleemosynis quas faciebat flentibus, viduis et pauperibus. ….. »

L. Tre JUGE (de Tulle).

 

Revue nobiliaire, héraldique et biographique / publiée par M. Bonneserre de St-Denis

Les véritables mémoires de d'Artagnan le Mousquetaire / par Albert Maurin

Nicolas Foucquet, surintendant des finances : d'après l'ouvrage de M. Jules Lair / par le Cte de Marsy

 

17 et 18 août 1661 - Fêtes au Château de Vaux le Vicomte : Fouquet, Molière et la Fontaine reçoivent le roi de France Louis XIV <==.... ....==>

 

 

 


 

1 « Nicolas Fouquet, fils de François, chevalier, vicomte de Melun, procureur général au Parlement de Paris, surintendant des finances, ministre d'Etat, fit transférer le Parlement de Paris à Pontoise, et sauva ainsi le royaume. Il rétablit par la confiance les finances épuisées et le crédit disparu. L'envie prit de là occasion de le calomnier, mais en cherchant à abattre un homme élevé si haut par son mérite, elle le rendit a jamais illustre par sa conduite dans la bonne et la mauvaise fortune, le jour où Dieu le rappela à lui.

Marie de Maupeou, épouse de François Fouquet, mère de Nicolas et de Basile, femme d'une piété antique, et si charitable pour les pauvres, qu'il ne lui manqua pour égaler les saintes de la primitive église que d'être née au temps de Pierre ressuscitant; car sa vie tout entière fut employée à faire des bonne œuvres et à porter des aumônes aux affligés, aux veuves et aux indigents.