DSC_0033

Saintes porte, dans les écrits de Grégoire de Tours, les noms de Santonas, civitas Santonas, urbs Santonica; son territoire y est nommé urbs Santonica ou territorium Santonicum, et l'adjectif Santonicus est le seul employé.

La situation de la cité de Saintes entre celle de Poitiers, d'Angoulême et de Bordeaux, ne permet pas de douter que cette ville ait fait partie du royaume d'Alaric avant la bataille de Vouillé (507), A la suite de cet événement, Saintes se soumit aux Francs, et son évêque, Pierre, figura en 511 au concile réuni par Clovis à Orléans. (==> Archéologie : Sur les traces de Clovis et le fondement des pierres du Premier Royaume)

 

CIVITAS SANTONUM

 

Les documents ne disent pas auquel des fils de Clovis Saintes fut attribué lors du premier partage de la monarchie franque en 511 ; mais si l'on tient compte de l'histoire de ce démoniaque saintongeais qui, au dire du biographe de saint Cybar, annonçait l'intention de se rendre auprès du roi de Paris, Childebert, on croira sans doute que Saintes obéissait alors à ce prince, car il est probable que le malade ne se préoccupait point d'un souverain dont il n'aurait pas été le sujet. Nous remarquerons, à ce propos, que la civitas Santonum était contiguë à la cité de Bordeaux dont la possession par Childebert est suffisamment prouvée.

CIVITAS SANTONUM

Le second partage de l'empire franc (561) rattacha la civitas Santonum au nouveau royaume de Paris, c'est-à-dire aux États de Charibert, qui rendit le siège épiscopal de Saintes à l'évêque Emerius, qu'une décision d'un synode provincial en avait chassé 1.

A la mort de Charibert (567), Saintes échut à Gontran, et son prélat, Palladius, assista en 573 au concile parisien, composé d'évêques soumis au roi de Bourgogne.

En 576, elle était enlevée à ce souverain par Clovis, fils de Chilperic 2, et semble être restée unie au royaume de Soissons jusqu'en 584, date de la mort de Chilperic, puisque, à ce moment, un ancien comte de Saintes, Waddon, remplissait auprès de l'époux de Frédegonde les fonctions de maire du palais 3.

 L'extrême jeunesse du fils de Chilperic, dont la tutelle fut confiée à Gontran, permit à celui-ci de replacer Saintes sous son autorité : aussi le voit-on pourvoir en 585 à la vacance du siège épiscopal, tandis que cette même année 4, comme plus tard en 589, les Santonici participaient à l'expédition que le roi de Bourgogne dirigea contre la Septimanie 5.

Un passage du chapitre consacré par Grégoire à Trojanus, évêque de Saintes, suffirait à prouver qu'au temps de ce prélat, c'est-à-dire au commencement du VIe siècle, il y avait déjà à Saintes plusieurs « lieux saints » (loca sancta) 6. Le nombre de ces sanctuaires s'accrut encore au cours du VIe siècle, et notre auteur désigne nominalement cinq d'entre eux : la basilique de Saint-Eutrope, le tombeau de saint Vivien, celui de deux saints époux, un oratoire dédié à saint Martin de Tours, et l'édifice consacré à Trojanus lui-même.

CIVITAS SANTONUM

La basilique de Saint-Eutrope avait été construite vers le dernier quart du VIe siècle par l'évêque Palladius (573-600), qui y transféra en grande pompe les restes du martyr saintongeais 7.

Cette basilique occupe le même emplacement que l'église actuelle de Saint-Eutrope, au faubourg occidental de Saintes, où l'on retrouva, en 1843, un sarcophage monolithe dont le couvercle présentait l'inscription EVTROPIVS 8

Le tombeau de l'évêque Bibianus, situé, au dire de Grégoire, dans le faubourg de la ville, était sans doute, dès le VIe siècle, renfermé dans une basilique représentée aujourd'hui par l'église actuelle de Saint-Vivien, au nord de Saintes.

On n'a conservé à Saintes aucun souvenir d'un oratoire, voisin de l'église dédiée à saint Trojan, où reposaient dans un grand sarcophage deux corps, l'époux et l'épouse, qui étaient morts encore revêtus de la robe blanche du baptême 9

Il n'est pas non plus possible de déterminer l'emplacement de l'oratoire consacré à saint Martin dans la maison de Cardegisil, citoyen de la ville de Saintes (civis Santonicae urbis) dont Grégoire accepta l'hospitalité 10.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

La basilique dédiée à l'évêque Trojanus, mort en 532, n'est également connue que par le témoignage de notre auteur 11 ; elle était, semble-t-il, située au faubourg septentrional de Saintes et près de l'église de Saint-Vivien, puisque, selon Grégoire, « Trojanus, réuni à Bibianus dans le ciel, fut son voisin dans le tombeau 12 ».

NAJOGIALUM, villa, in territorio Santonico. — Suivant une tradition que Grégoire recueillit lors de son passage en Saintonge, les habitants de la villa Najogialum étaient obligés, avant le IVe siècle, d'aller tirer de l'eau à un puits situé dans la vallée à mille pas environ de la villa ; mais, grâce aux prières de saint Martin de Tours, qui cheminait dans ces parages, une source immense (fons immensus) jaillit non loin de Najogialum, qu'elle fournissait d'eau au temps de notre historien. 13

 Bien que l'on compte aujourd'hui dans l'ancien diocèse de Saintes quatre localités dont le nom soit le dérivé naturel de celui de Najogialum, - Nieul-le-Virouil, Nieul-lès-Saintes, Nieul-sur mer et Nieulle-sur-Seudre, — l'attention du commentateur des Miracula beati Martini doit cependant s'arrêter sur un seul d'entre eux, Nieul-lès-Saintes (Charente-Inférieure, arrondissement et canton de Saintes), village situé à 8 kilomètres à l'ouest de la ville épiscopale.

En effet, non-seulement ce village est bâti sur un coteau et à une lieue environ d'un cours d'eau quelconque, ce qui satisfait pleinement au texte de Grégoire, mais son église est placée sous l'invocation de saint Martin, que l'on considérait, au vie siècle, comme le bienfaiteur de la villa Najogialum. Disons aussi que, « dans le flanc même du coteau parallèle à celui sur lequel est bâtie l'église, s'ouvre un bassin profond et fort large encore, bien qu'il ait été resserré par les murs que l'on a construits pour empêcher les éboulements de terre ou autres accidents d'obstruer la source et d'en altérer la pureté. » Ce bassin représenterait le fons immensus de Grégoire 14.

 

Des fouilles archéologiques à saintes

 

La municipalité  de Saintes vient de commander des fouilles archéologiques au pied de la Basilique Saint-Eutrope de Saintes pour réhabiliter cette église inscrite au patrimoine mondiale de l'Unesco. La basilique Saint-Eutrope conserve une des cryptes les plus vastes d'Europe !

Un petit bijou d'art roman du XIe s, qui abrite les reliques d'Eutrope, premier évêque de Saintes.

Le saint patron de l'église primitive Au IVe s., c'est vraisemblablement pour honorer la mémoire du martyr Eutrope que les chrétiens édifièrent une basilique sur la colline renfermant sa sépulture.

Christ Mort pour la Foi, le martyr participe plus que tout autre fidèle à la passion du Christ. Pour cette raison, l'église primitive le considère comme un saint digne d'être vénéré. Le culte des martyrs et des saints se développe particulièrement au IVe s.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

Chaque église se place, dès lors, sous l'invocation d'un saint. Par la suite, le culte rendu au corps saint s'étend aux fragments de ce corps, aux reliques. Le désir d'en posséder conduit aux pires excès, tels ces moines de Figeac (Lot) qui volèrent le corps saint de l'évêque Vivien au IXe s. L'évêque local, Pallais, comprit l'intérêt des reliques qui attirent une foule considérable, principalement pour les guérissons qui leur sont attribuées. Aussi s'adressa-t-il respectivement au pape et à l'évêque de Tours, pour obtenir des reliques de saint Pierre et de saint Martin et promouvoir le culte du premier dans la cathédrale et celui du second dans la basilique édifiée sans doute sur la rive droite.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

La restauration de la basilique de saint Eutrope incluait sa dédicace : elle devait être sous le patronat de saint Etienne. Confirmé par Fortunat, le projet était justifié par la disparition de la sépulture de saint Eutrope et l'oubli de son martyre.

Par ailleurs, selon l'abbé Briand, "c'était la coutume de l'Eglise, dans ces temps reculés, d'honorer, dans la personne du premier des martyrs chrétiens (Etienne, diacre de la première communauté chrétienne de Jérusalem), tous ceux que l'on supposait avoir donné leur sang pour la Foi, et dont le martyre néanmoins n'était pas aussi clairement prouvé que leur vie sainte était attestée".

La Providence aidant, Pallais découvrit la sépulture de saint Eutrope dans le roc au cours de la reconstruction de l'église primitive. Après la confirmation du martyre, Pallais, selon Grégoire de Tours, fit transporter les restes du saint dans le lieu qu'il avait fait préparer pour les recevoir. Il s'agissait vraisemblablement d'une crypte située dans l'abside, soit derrière l'autel, là où se trouvait le trône de l'évêque des premières basiliques, soit, plus sûrement, sous la table de l'autel, incorporée ou dans le sol. A la suite de ce transfert, la basilique restaurée fut légitimement sous le vocable de saint Eutrope.

Sous la houlette de l'évêque Pallais, le transfert des restes de saint Eutrope, de la grotte à la basilique restaurée, donna lieu, sans doute, à un grand rassemblement d'ecclésiastiques et de fidèles. Nous pouvons supposer qu'une arrivée en cortège, suivie d'un office solennel, précéda leur relogement dans la crypte.

Selon l'abbé Briand, l'événement fut aussitôt commémoré par une fête religieuse, la saint Eutrope rocade, célébrée jusqu'au Xle s. - rocade, du bas latin rocca, roche et du suffixe de localisation ade - Cette saint Eutrope Rocade serait à l'origine de la Rocade, fête populaire encore en vogue au milieu du XIXe s, mais qui s'est effacée devant la saint Eutrope, tenue sur la place Blair autour du 30 avril.

La fête patronale du 30 avril avait été établie en 1602, pour commémorer la translation du chef de saint Eutrope de Bordeaux à Saintes. Il existait déjà une autre fête patronale. Fixée au 14 octobre, cette saint Eutrope rappelait la translation, en 1096, du tombeau de saint Eutrope, de la crypte de la basilique, à celle de l'église basse récemment construite - cette église basse improprement appelée crypte de nos jours.

CIVITAS SANTONUM. Ecclesia Sti Eutropii – Basilique Saint Eutrope de Saintes

Le corps de saint Eutrope n'a pas échappé à la dispersion de ses reliques.

Différents actes le prouvent : - Une charte, datée du 30 juillet 1385, fait état d'une moitié de côte accordée à Louis II de Bourbon pour la fondation d'une collégiale à Moulins.

- Un inventaire du trésor de la sacristie de l'église Saint-Eutrope, dressé vers 1530, indique la présence dans des reliquaires particuliers, et donc hors du tombeau : "d'une coste de saint Eutrope avecque la mâchoire du dict saint. du bras du même saint", l'un et l'autre enchâssés en argent.

- Un procès-verbal du 22 novembre 1562 atteste qu'à cette date, « le chef et le bras de saint Eutrope estaient au prieuré de Saint Eutrope lez Xainctes ». La persistance des troubles religieux amena leur dépositaire, le prieur du monastère, à se réfugier à Bordeaux. C'est ainsi que le chef de saint Eutrope séjourna dans cette ville de 1571 à 1602, d'abord dans le presbytère de l'église Sainte-Eulalie, puis dans le trésor de la cathédrale Saint-André, Le 9 novembre 1793, le chef de saint Eutrope fut dépossédé de sa châsse en argent, et finalement sauvé. Caché d'abord dans le charnier de l'église basse, puis chez les paroissiens Grout et Doussin, il ne retrouva sa niche, dans l'église haute, que le 6 floréal an XIII (26 avril 1805). Il était doté d'un nouveau reliquaire, "une figure d'argent, dorée en partie à l'or moulu

Revenons au tombeau. Un extrait du cartulaire de l'abbaye de bénédictines de Saint-Cybar (près d'Angoulême) nous apprend que les restes de saint Eutrope étaient déposés dans l'église intra-muros Saint-Pierre-le-Puellier pendant le conflit qui opposa le comte de Poitiers et le duc d'Aquitaine Guy-Geoffroy entre 1060 et 1062.

Est-ce la cathédrale Saint-Pierre qui est désignée sous le vocable le Puellier ?

Mot à rattacher au latin pue lla, jeune fille. S'agit-il d'un baptistère féminin comme le Sancti Petri Puellarum d'Orléans ? Signalons qu'il existait à Tours une église Saint-Pierre-le-Puellier située près d'un monastère de vierges fondé par la reine Clotilde. Sous le même vocable, Bourges conserve quelques vestiges d'une église issue d'un monastère féminin d'époque mérovingienne.

Quelle que soit la cause de sa disparition : guerre de Cent ans, guerres de Religion, Révolution, on avait perdu la trace du tombeau. Il fut redécouvert le 19 mai 1843 à l'occasion du déblaiement de l'église basse, opération à l'initiative et sous le contrôle de notre Société.

L'identification des ossements trouvés dans le sarcophage portant l'inscription Eutropius, donna lieu à des discussions serrées au terme desquelles il fut admis que le tombeau contenait la majeure partie du corps de saint Eutrope, la tête de sainte Eustelle et les reliques d'un saint Innocent, soit celles d'un enfant naissant. Les restes de saints illustres se trouvent assez fréquemment réunis à ceux de saints Innocents (ou considérés comme tels). La reine franque Radégonde (520-587) avait fait venir, de Jérusalem, des reliques des enfants mis à mort par le roi des Juifs.

 

Bulletin / Société d'archéologie et d'histoire de la Charente-Maritime

Géographie de la Gaule au VIe siècle / par Auguste Longnon,

 https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/charente-maritime/fouilles-archelogiques-saintes-mettre-valeur-joyau-art-roman-1485923.html

 

 

Tombeau de Saint-Eutrope dans la crypte de la Basilique de Saintes (Saintonge) <==.... ....==>

 ==> Patrimoine, Recherches critiques sur Trois Architectes Poitevin de la fin du XIe siècle.

 

 


Saint Trojan en Oléron : Quelques Faits d'Histoire locale avec TOTE l'Histoire de France ou GESTA FRANCORUM

Toute agglomération humaine a son histoire et si son passé se perd dans L'inconnu des siècles, elle raconte toujours avec intérêt - en les dénaturant parfois - les faits dont elle conserve le sou­venir dans sa tradition ou ses archives.

 

 

La municipalité  de Saintes vient de commander des fouilles archéologiques au pied de la Basilique Saint-Eutrope de Saintes pour réhabiliter cette église inscrite au patrimoine mondiale de l'Unesco.

 

1. Historia Francorum, I. IV, C. XXVI.

2. Ibid., I. V, C. XIII.

3. Ibid., I. VI, c. XLV.

4. Ibid., I. VIII, c. xxx.

5. Ibid., 1. IX, c. XXX.

6. De gloria confessorum, c. LIX.

7. De gloria martyrum, c. LVI.

8. Revue archéologique, année 1845,p. 569-585, 718-720. — E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II, p. 362.

9. De gloria confessorum, c. LX.

10. Miracula beati Martini, I. III, c. LI

11. De gloria confessorum, c. LIX.

12. Ibid.

13. Miracula beati Martini, 1. IV, c. XXXI.

14. Ces renseignements ont été fournis en 1872 à la Commission de la topographie des Gaules par M. l'abbé Grasilier, ancien curé de Nieul-lez-Saintes, que la mort a ravi depuis aux études d'histoire saintongeaise.