Pendant les dernières années de la guerre de Cent Ans, PIERRE DE BEAUVAU reconstruit ses châteaux (Bessière – Rivau)

L'expédition de la garnison anglaise de Mayenne faite en 1441 du côté de l'Anjou avec l'aide de celles de Fresnay et du Mans et qui s'était terminée pour elles par la désastreuse bataille de Saint-Denis-d'Anjou, avait été pour les conquérants du Maine leur dernière grande expédition.

A partir de cette époque, comme dans tout le reste de la France occupée par les Anglais, la fortune de la guerre avait cessé de sourire à ces derniers.

En ces années-là, Mayenne et le Bas-Maine septentrional appartenaient à Charles d'Anjou, frère cadet du Roi René qui les lui avait cédés en partage en 1440 avec le comté du Maine, Sablé et la Ferté Bernard.

Quelques années après, en 1444, à l'occasion du mariage de Henri VI, roi d'Angleterre, avec Marguerite d'Anjou, fille de René et nièce de Charles, il fut convenu que Henri rendrait à Charles, oncle de sa nouvelle épouse, la ville du Mans et toutes les autres places qu'il avait en la province du Maine. Mais le roi d'Angleterre différa pendant trois ans l'exécution de sa promesse, non pas qu'il ne fit, en apparence du moins, son possible pour se montrer fidèle à cette promesse c'étaient ses représentants, entr'autres Richard Frogenhall, alors capitaine de Mayenne, qui trouvaient le moyen de rester sourds aux ordres reçus par eux de leur souverain.

Il fallut, pour les forcer à s'exécuter, que dans les premiers mois de l'année 1448 (nouv. style) Charles VII assemblât devant la ville du Mans, sous les ordres de Dunois, une armée qui ne tarda pas à en faire le siège.

Enfin, le 15 mars, Adam Moleyns et Robert Roos, commissaires du Roi d'Angleterre, signèrent, en même temps qu'une prolongation de trêve jusqu'au mois de janvier suivant, l'engagement de remettre le plus tôt possible le Mans et les autres places du Maine entre les mains de l'oncle d'Henri VI.

Voici, dans ses principales dispositions, et dans une grande partie de sa teneur, ce document si intéressant pour nous :

 I. S'ensuivent les appoinctements qui ont esté faiz entre monsieur le Comte de Dunois, monsieur le Seneschal du Poictou, et monsieur de Précigny (Bertrand de Beauvau gouverneur d'Anjou) d'une part, et Matthieu Gothe d'autre touchant le fait de la délivrance de la cité, ville et chastel du Mans, Maine la Juhez et des autres villes, places, chasteaux, forteresses estans en l'obéissance du Roy d'Angleterre ou comté du Maine.

II. Premièrement touchant les terres d'Anjou, etc. III. Il est question du faict des provisions.

IV. Item quant au dellay de 15 jours requis par led. Mathieu Gothe pour faire délivrance. led. Mathieu Gothe a promis et promet faire la délivrance dedans le 15e jour de janvier de la cité ville et chastel du Mans, Maine la Juhez et autres places dessus dictes.

V. Item. si tost que la délivrance desd. cite ville et chastel du Mans sera faicte et ou en ait la seurté dess. d. de faire la délivrance de Mayenne la Juhez et autres places dessus dictes. XI. Nous Adam, par la permission divine évesque de Chichester, garde du privé seel, et Robert Roos, chr, conseillers et commissaires en ceste partie du Roy nostre Souverain Seigneur, promettons par la foy et serment de nos corps et sur nos honneurs, faire bailler réaament et de faict la possession et saisine du chastel et forteresse du Maine la Juhez pour l'oncle de France du Roy nostre Seigneur à Mre Pierre de Brezé conte d'Evreux, à Mre Bertrand de Beauvau, Seigneur de Préssigny, à Mre Pierre de Beauvau, seigneur de la Bessière, ou à l'un d’ eulx. le Mercredy d'après Pasques prochainement venant, qui sera le 25e jour de ce précédent mois.

Tesmoings noy seings manuelz cy mis le XVe jour de mars l'an 1447 (1448).

Signé: Adam episcopus Cicestiensi's. Roos (1).

 

Ainsi, en vertu de la convention que nous venons de voir, Pierre de Beauvau, seigr de la Bessière, était un des trois personnages à qui le château et la ville de Mayenne devaient être remis par l'autorité anglaise. De fait, ce fut ce dernier qui en prit possession le 27 mars, et la nouvelle de cette reddition fut aussitôt portée aux « gens du Conseil du Roi de Sicile estant à Angiers » par un nommé Travail, « poursuivant de Monseigneur le Séneschal du Poitou », qui reçut à cet effet une « somme de six écus d'or » (2).

Ce Pierre de Beauvau, seigneur de la Bessière, que nous allons voir remplir la charge de capitaine de Mayenne de 1446 à 1453, était le parent assez proche du fameux Bertrand de Beauvau, alors un des ministres les plus influents et les plus connus de Charles VII.

Fils de Mathieu, vulgairement appelé Macé de Beauvau, qui fut capitaine d'Angers sous la Reine Yolande d'Aragon en 1417, il avait eu pour mère Jeanne Bessonneau, qui lui avait apporté en mariage la terre de la Bessière (ou Beschère) relevant de Mayenne et située dans la paroisse de Deux-Evailles à quelques lieues au sud de cette ville (3).

Le nouveau capitaine de Mayenne n'était donc pas un étranger pour les habitants de Bas-Maine septentrional.

Il avait d'ailleurs épousé en 1438 Anne de Fontenay, dame des terres et fiefs du Rivau, du Coudray et de Baugé en Touraine.

Quelques années après son mariage, en 1442, Pierre de Beauvau avait obtenu du roi Charles VII, en récompense de ses bons et patriotiques services, la permission de fortifier un de ces derniers châteaux, celui de Rivau, situé près de Chinon.

1) Stevenson, Lettres and papers illustrative of the wars of the English in France ducing the reign of Henry the gixte.

(2) Extrait des comptes de la cloison d'Angers aux arch. mun. de cette ville, d'après M. Planchenault.

(3) Voir le Cartulaire de la Beschère, publié M. LAURIN dans le Bulletin de la Comm. hist. et urch. de la Mayenne, 1910 et suiv.

 

 (Voyage Virtuel dans le temps - Château du Rivau - Guerre de Cent Ans et ses Chevaliers)

 

Assez en faveur dès cette époque auprès de Charles d'Anjou qui possédait le château de Mesle en Poitou, il avait reçu en 1443 la charge de capitaine de cette place, et il ne tarda pas à être nommé chambellan du Comte du Maine.

Enfin, par lettres données à Montbazon, en 1448, Charles d'Anjou devait le commettre et ordonner en son lieu » pour recevoir « le serment de fidélité des gens d'église, nobles, bourgeois et autres, de quelqu'estat et condition qu'ils fussent, qui voudraient demeurer en l'obéissance du Roy au pays du Maine, et jouir du contenu des lettres d'abolition octroyées par sa Majesté.

Comme capitaine de Mayenne, Pierre de Beauvau avait pris en qualité de lieutenant, pour le remplacer, pendant ses absences, dans cette fonction Jehan de Chauvigné. Issu d'une très ancienne famille noble du Craonnais, ce dernier se rattachait à notre région par son récent mariage avec Jehannne de Boisfroust, héritière de la terre de ce nom située près de Lassay, en la paroisse de Niort. Le lieutenant du seigneur de la Bessière n'était donc pas, lui non plus, étranger à la ville où allait le retenir son nouvel emploi.

Aidé par lui, Pierre de Beauvau ne tarda pas à s'occuper de remettre en état de défense l'importante forteresse dont la garde lui était confiée.

La guerre en effet entre la France et l'Angleterre n'était alors que suspendue par une trêve jusqu'en 1450; il ne fallait pas oublier que, si le Maine tout entier était désormais au pouvoir des Français, il n'en était pas de même de la Normandie, et, il était à craindre que dans le cas, malheureusement trop probable, où les hostilités recommenceraient deux ans après entre les deux nations, la garnison anglaise de Domfront pourrait très bien apparaître tout d'un coup sous les murs de Mayenne.

Il fallait donc que la capitale du Bas-Maine septentrional fût le plus tôt possible mise à l'abri d'un retour offensif de l'ennemi.

Dans cet ordre d'idées, une des premières préoccupations du nouveau capitaine avait été d'établir une « ordonnance », c'est-à-dire un règlement sérieux pour la garde du château. Ce document, qui nous a été conservé (1) et qui est digne assurément d'être reproduit ici dans son entier, nous offre un double intérêt en même temps qu'il nous montre toutes les précautions dont un chef de guerre du XVe siècle était obligé d'user pour préserver la place confiée à sa vigilance d'une surprise toujours possible de la part de l'ennemi, il nous laisse entrevoir, au moyen d'allusions plus ou moins significatives, les différentes parties qui composaient alors la forteresse de Mayenne c'est ainsi qu'il y sera successivement question du guichet, de la porte, des palissades, des poternes, d'un boulevard de bois, du grand château avec toutes ses tours, dont quelques-unes nous sont connues par leurs noms respectifs, et enfin du petit château et de sa grosse tour ou donjon. Qu'on en juge plutôt d'après le document lui-même.

 

Voici en premier lieu les prescriptions établies par Pierre de Beauvau pour la garde du guichet

« Quant on ouvrera la porte au matin, et quant on asserra le guet au soir, aura quatre compaignons au guischet desça qui le tendront ferme, et pour tout le jour y aura ung compaignon qui tendra le verroul du guischet de la barrière, et n'y laissera entrer homme s'il ne le cognoist. »

Voyons maintenant ce qui concerne la garde de la porte ici les précautions prises sont encore plus sévères on ne se fie plus à de simples « compaignons » la présence « d'un ou deux gentilshommes » est nécessaire. »

« Item fault pour la garde de lad. porte touz les matins deux gentilshommes ou ung du moins à l'ouverture de lad. porte, et auront chascun un archer o eulx, et seront à la veoir ouvrir, et tant que tout soit descouvert, et pareillement à la ouvrir après disner et à la fermer au soir, et ne se actendront à nulluy de veoir si elle sera bien fermée, et y aura, en oultre lesd. gentilshommes, leurs varlets et les portiers, jusques à IIII de mes archers, et auront touz leurs abillements à lad. porte et y disneront si bon leur semble. »

 

(1) Il a été transcrit, chose curieuse, ainsi que les antres documents du même genre dont nous allons également parler, à la fin d'un registre de remenbrances de 1448 et années suivantes qui fait partie du fonds du Boisfroust aux archives du château de Lassay.

 

L'ordonnance en question s'occupe ensuite de la mise en état de défense des guichets tant principal qu'accessoires, ainsi que des palissades qui, paraît-il, avaient plus d'une brèche. « Item au guischet sera faict troys grosses bendes de fer, bonnes et fortes, et seront enchaignées l'une à l'autre o bonnes chaignes fortes, et pareillement sera faict aux huiz qui vont entre les palitz.

« Item seront estoupez touz les trouz desd. palitz esquels on n'y entrera plus sinon par les guischets par où on entrera qui seront fermez o clef et clavière ».

Ce qui suit a rapport aux poternes, soit pour leur mise en état de défense, soit pour les précautions devant accompagner leur ouverture

« Item pareillement seront bendes faictes à touz les huys des poternes comme aud. guischet, et ne les ouvrera leu point qu'il n'y ait au dedans de lad. poterne ung gentilhomme ou deux qui demeureront à l'huys tant qu'elle soit reclose, et seront changées toutes les gardes et clavières, tant des pons que des poternes, et trémuées les clavières et fait clefs neufves. « Item sera faict abiller le trou de la poterne du grant chastel où est le boulvert de boys et y sera faict des chaignes pareillement comme aux aultres. »

Remarquons ce « boulvert de boys» situé, semble-t-il, devant ce « trou de la poterne du grant chastel », boulevard construit probablement par les Anglais lorsqu'ils furent devenus maîtres du château de Mayenne, en octobre 1425.

Enfin toute la dernière partie de l'ordonnance du capitaine de Mayenne a trait au guet, et c'est là surtout qu'on voit les précautions extrêmes qu'il fallait prendre à cette époque pour déjouer les ruses de l'ennemi, ou empêcher la complicité avec lui des soldats de la garnison.

 

 « Item au faict du guect sera bien regardé qu'il n'y viengne nuls compaignons de guerre desguisez, et outre seront mis les guets d'entre les palitz deux et deux et fermé les traverses après eulx en faczon qu'ilz ne pourront aller de l'ung à l'autre. « Item ne sera mis des guets au grant chastel sinon en toutes les tours en chascune ung, excepté en la tour qui est sur le bardeau devers les jardins où on en mectra deux qui seront de deux paroisses.

« Item au petit chasteau, en aura ung en chascun coing et en la grosse tour deux qui pareillement seront de deux paroisses. « Item au faict des recoguets sera advisé combien il y en a, et seront despartiz, et il y aura ung gentilhomme, ou deux du moings, à conduire les archiers qui le feront, et seront tremuez de deux mois en deux mois, c'est asçavoir que ceulx qui le faisoient au matin le feront au soir, et leur changera l'en leurs compaignons ».

Telle est cette ordonnance faite pour le château de Mayenne par Pierre de Beauvau, comme capitaine de cette place, très probablement au moment où il venait d'en prendre le commandement, au commencement de l'année 1448; document des plus curieux à tous points de vue, comme on a pu en juger.

 

Cependant, en ces dernières années de la guerre de Cent ans, et tel qu'il avait été laissé par les Anglais aux Français, le château où commandait Pierre de Beauvau devait être en assez mauvais état et avoir besoin de réparations importantes.

On sait en effet que cette première moitié du XVe siècle avait vu l'artillerie, nouvellement inventée, appliquée par les envahisseurs d'outre-Manche aux sièges de nos places-fortes. C'est en foudroyant à coups de canons et de bombardes les villes du Mans et de Sainte-Suzanne en 1425, que le comte de Salisbury était parvenu à les prendre, et quand, en septembre de la même année, le général anglais était venu mettre le siège devant le château de Mayenne, c'est en faisant jouer plusieurs mines qui enlevèrent quelques tours et bastions, c'est en faisant faire par les canons une brèche par laquelle furent donnés plusieurs assauts, qu'il réussit à faire tomber la résistance, pourtant acharnée, des vaillants défenseurs.

Depuis cette époque, et pendant toute la durée de l'occupation de notre château par les Anglais, ceux-ci n'avaient guère dû songer à en réparer, sinon d'une façon tout à fait provisoire, les parties endommagées par le dernier siège. C'est ainsi sans doute qu'ils avaient construit, mais en bois seulement, comme nous l'avons vu plus haut, devant « le trou de la poterne du grand chastel », un boulevard pour protéger de ce côté la forteresse.

De là, en 1448, lors de la réoccupation du château par une garnison française, la nécessité de le remettre matériellement dans un état de défense plus sérieux que celui où les ennemis l'avaient laissé. Et c'est là la tâche dont Pierre de Beauvau et son lieutenant, d'accord avec les principaux habitants de Mayenne, vont s'occuper activement et sans retard, comme nous le montrent un certain nombre de marchés passés pendant les années 1448 et 1449 par l'autorité militaire avec différents entrepreneurs, soit de maçonnerie, soit de charpenterie, soit de serrurerie.

Le château fut, sans doute, ruiné, pendant la Guerre de Cent ans, à laquelle le seigneur Pierre de Beauvau prend part. La Béchère n'était pas une forteresse, mais une maison fortifiée, dans une presqu'ile.


La Béchère comprenait en 1618, suivant une déclaration de Louis de Beauvau, « maison forte, terre, fief, seigneurie, maison, grange, greniers, escuiries, estables à bestes, fournil, court, yssues, jardrins, vergers estant devant et alentour, touche de bois de haute futaye derrière la dite maison, estang et champ de Barbalou les Marmotières où sont les plesses à clapiers, meurgers les Hauts-Vesprés où il y a aussi glappiers, meurgers, plesses à connins l'estang de Moitry et l'estang neuf réduits en prés, la métairie de la Borderie, partie du bois de Gerenne, la métairie de Mérolles ».

 

Revue historique et archéologique du Maine

 

Le Rivau History (Maison de Beauvau) <==.... ....==> Visite du Château du RIVAU