Bataille_d'Auray_(29_septembre_1364)_[La fortune qui avait favorisé Duguesclin à Cocherel devait l’abandonner peu après.

Par le traité de Calais de 1360 les rois de France et d’Angleterre s’étaient engagés à ne plus intervenir dans le différend qui mettait aux prises depuis vingt ans les maisons de Montfort et de Blois touchant la possession de la Bretagne et ruinait le duché.

Mais Édouard III donnait l’hospitalité au jeune fils de Jean IV de Montfort, mort en 1345, ou, pour mieux dire, le surveillait et l’assujettissait à ses volontés (3).

 Aussi, à sa majorité, Jean de Montfort résolut d’aller soutenir ses droits en Bretagne et passa la mer. Peut-être un traité de partage serait-il intervenu entre lui et son rival Charles de Blois, mais ce dernier n’était que le représentant des prétentions de sa femme, héritière du duché ou prétendue telle, et Jeanne de Penthièvre fut inflexible.

La guerre se ralluma.

Des deux côtés on se chercha de l’aide Duguesclin, en sa qualité de Breton et de partisan de Charles de Blois, s’engagea à son service.

Mais c’était aller contre les stipulations du traité de Calais.

Charles V sauva les apparences : il retira tout pouvoir officiel à Duguesclin qu’il avait fait capitaine général en Normandie et « cassa » (licencia) sa compagnie (4 ).

Le Prince de Galles, en Guyenne, et Édouard III furent moins corrects.

Le premier laissa partir ; Chandos en Bretagne, le second ferma les yeux sur la participation j d’hommes d’armes anglais au conflit.

 En juillet 1364 Charles de Blois apprit que Montfort assiégeait Auray, le seul lieu du sud de la presqu’île par où il pût communiquer avec la mer.

Il leva des troupes, les concentra à Josselin et les mit  en mouvement le 27 septembre.

Entre temps Montfort s’était emparé d’Auray, mais non du château.

Conseillé par John Chandos, il se porta à la rencontre de son rival, sur un plateau, à peu de distance de la gare actuelle, et attendit l’attaque. Il tenait ainsi la rive droite du Loch que l’adversaire devrait passer et dominait le pays (5).

Conformément à l’usage, son armée fut divisée en trois corps ou « batailles », plus une réserve, qui devait décider de la journée (6).

 L’ensemble constituait une bien petite armée : 1.600 cavaliers (chevaliers et écuyers) et 8 à 900 archers. Mais elle comptait comme chefs de valeureux capitaines :

John Chandos, le meilleur homme de guerre du temps, Robert Knolles, Hugh Calverly, Eustache d’Auberchicourt, Olivier de Clisson, d’autres encore.

La bataille s’engagea le 29 septembre (7).

L’armée de Charles de Blois se présentait dans un ordre parfait et qui impressionna Mont- fort : chaque homme d’armes s’avançait tenant devant lui sa lance coupée à la longueur de 5 pieds (1 mètre 60), la hache d’armes suspendue au col ou au côté, marchant au pas, en conservant bien les distances.

Ce qui n’affligea pas moins Montfort ce fut de reconnaître dans le camp adverse les bannières de la fleur de la chevalerie bretonne, rangée au parti de son rival.

L’armée de Charles de Blois, elle aussi, était divisée en trois batailles, plus une réserve et chacun de ces corps aurait compté mille hommes, soit en tout 4.000 combattants, chiffres suspects par leur « rondeur » même. Le combat s’engagea très rude, bataille contre bataille.

Les archers anglais tirèrent, mais leurs traits s’émoussèrent sur les armures de plate de la chevalerie française démontée. Alors ces vaillantes gens se seraient jetés sur les hommes d’armes adverses et leur auraient arraché leurs haches pour les frapper.

La mêlée devint telle que les « batailles » se confondirent. De part et d’autre l’acharnement était égal et les chefs ne faisaient pas de moins belles apertises d’armes que leurs hommes.

Le succès fut décidé en faveur des Anglo-Bretons par la réserve. En se portant alternativement d’un point à l’autre du champ de bataille Hugh de Calverly, qui s’était d’abord indigné d’être placé à l’arrière par Chandos, gagna la journée.

Duguesclin fut fait prisonnier et Charles de Blois fut tué, après une défense non moins magnifique que celle du roi Jean à Maupertuis. La fleur de la chevalerie franco-bretonne périt avec lui.

 

Tel est très sommairement le récit de Froissart (8).

Celui de Cuvelier en diffère sur nombre de points ; par exemple, il ne parle pas de l’exploit des archers enlevant leurs haches aux hommes d’armes français et il attribue le succès anglo-breton à un mouvement tournant de Calverly et non à la rescousse qu’il apporta, selon Froissart, aux divers corps en péril (9). Ces divergences n’importent guère pour l’histoire de l’art militaire.

Ce qui est intéressant c’est de voir les Français adopter résolument le combat à pied en ordre serré et les Anglais continuer leur tactique de la défensive-offensive. Cependant l’archerie ne joua pas de rôle décisif, pas plus qu’à Cocherel.

Elle n’était efficace que si elle était nombreuse, car, ainsi que le remarquera Commynes, un siècle plus tard, les archers en petit nombre ne valent rien.

Or à Auray l’archerie ne comptait même pas un millier d’hommes. Évidemment seul le roi d’Angleterre pouvait lever le nombre nécessaire d’archers pour décider du sort d’une journée.

Le succès fut dû à la réserve des 200 hommes d’armes confiée par Chandos à Calverly, alors que la réserve franco-bretonne ne donna pas ou plutôt ne joua pas son rôle et se mêla aux batailles.

 On a fait observer aussi que la chevalerie française démontée était trop lourdement armée et se fatiguait vite. Calverly le comprit et il enleva à ses hommes leurs cuissards pour les alléger (10).

La journée d’Auray fut décisive. Elle amena l’effondrement du parti de Penthièvre.

Charles de Blois, en dépit de la sainteté que lui reconnaissait l’époque — il écoutait force messes et portait un cilice — fut peu regretté.

Pour soutenir les droits, fort contestables, de Jeanne de Penthièvre, sa femme, il avait désolé la Bretagne, causé la mort ou la ruine de milliers d’hommes. Personne, pas même Jeanne de Penthièvre, ne se fit d’illusion et Charles V moins que tout autre.

Il entama avec le jeune vainqueur des pourparlers qui aboutirent à un traité reconnaissant Montfort comme duc de Bretagne, sous condition d’hommage-lige. Jean V vint le prêter à Paris en décembre 1366 (11).

 

 

 

 

1365 Acte de réméré du comté de Longueville.

A touz ceulz qui ces présentes lettres verront, Bertran du Guerclin, chevalier, conte de Longueville, chambellan du roy de France, mon très re- doubté et souverain seigneur, salut: savoir faisons que comme à notre supplicacion et requeste le dit roy mon souverain seigneur se soit obligiez envers noble homme monseigneur Jehan de Champdos, viconte de Saint-Sauveur et connestable d'Acquittaine, duquel monseigneur Jehan nous sommes vray prisonnier, en la somme de quarante mille florins d'or frans, de bon or et de bon pois, du coing du roy Jehan que Dieu absoille, ou autre or monnoyé à la value d'iceulx; et les ait promis rendre et paier senz mal engin au dit monseigneur Jehan de Champdos, ou à son certain mandement en la ville de Poitiers dedens le jour de la feste de Pâques prochain à venir, et de ce ait baillé à ycellui monseigneur Jehan de Champdos ses lettres obligatoires pour partie de nostre reançon par nous promise et accordée à ycellui monseigneur Jehan de Champdos.

Nous, au dit roy mon souverain seigneur, avons promis et promettons, par la te- neur de ces présentes, paier pour lui au dit monseigneur Jehan de Champdos les diz quarante mille florins d'or frans du dit coing du roy Jehan que Dieu absoille ou autre or monnoyé à la value, et l'en délivrer, acquittier et descharger du tout et li rendre ses dites lettres obligatoires dedens le dit jour de Pasques prochain à venir.

Et ou cas que en ces choses ou en aucunes d'icelles auroit aucun deffaut, nous voulons, consentons et accordons par la teneur de ces lettres que tantost passé le dit jour de Pasques prochain à venir, le dit roy mon souverain seigneur, par lui ou par ses gens ou députez, praingne de sa propre auctorité, senz nous ou autre pour nous à ce appeller, et puisse pranre et applicquer à son domaine comme son propre héritaige nostre conté de Longueville, ensemble les forteresses d'icelle , la terre et toutes autres choses qui y appartiennent en quelque manière que ce soit.

Et en ce cas dès maintenant pour lors les li baillons et transportons en héritaige perpétuel pour lui et pour ses héritiers et successeurs, et nous desmettons des foy et hommaige es quielx il nous a pour ce receuz.

Si donnons en mandement aux capitaines et chastellains de Longueville et de noz autres forteresses en nostre dit conté, et aussi à noz bailli, séneschal et autres officiers et subgiez en ycellui conté, que tantost, après le dit jour de Pasques prochain venant, il, ou cas que nous n'aurions acquittié et délivré le dit roy mon souverain seigneur des diz quarante mille frans et de la promesse et obligacion dessus dites, et li rendu les dites lettres obligatoires par lui pour ce baillées au dit messire Jehan de Champdos, comme dit est, rendent, baillent et délivrent à ycellui roy mon souverain seigneur ou à son certain mandement, nostre dit chastel de Longueville et toutes nos autres forteresses ou dit conté; et à lui comme à vray seigneur de nostre dit conté et son dit mandement rendent et baillent toute obéissance. Car en ce cas nous les quittons dès maintenant pour lors et chascun d'eul x de toutes promesses, féautéz et seremens qu'il nous ont fait et donnent à cause de nostre dit conté.

 Et promettons par noz foy et serment, pour nous et noz héritiers successeurs et de ceulz qui de nous auront cause, non venir encontre les consentement, accort, bail et transport dessus diz, en renonçant par yceulz foy et serement à tout ce que nous ou noz diz héritiers successeurs ou aians cause pourrions dire ou proposer ou temps à venir au contraire; et est assavoir que le dit roy mon souverain seigneur nous a promis de sa grâce que ou cas que nostre dit conté venra à sa main pour deffaut des choses dessus dites et dedens Pasques qui seront l'an mil.ccc. soixante et sept, nous li rendons les diz quarante mille frans, il nous rendra et délivrera après ce nostre dit conté, ensemble les appartenances, ou à nostre certain mandement, en la forme et manière que nous les tenons à présent. En tesmoing de ce nous avons mis notre seel à ces lettres.

Donné à la Roche-Tesson, le XXVII.e jour d'aoust, l'an de grâce mil trois cens soixante et cinq, et avec ce, à plus grant séurté, messire Olivier du Guesclin, nostre frère, y a mis son seel à nostre requeste. Donné comme dessus.

 

1366 Lettre de Chandos au roi de France.

Mon très honoré et très redoubté seigneur, vous savez s'il vous plaist come derrièrement vous me deviez et estoiez tenus faire paiement de vint mille francs, demoranz de plus grant some pour cause de monseigneur Bertram, de laquelle somme et reste dessus ditz je n'ay heu ny receu que douse mille et cincq cens francs.

Sur quoi, monseigneur, s'il vous plaist, il vous plaira ordener que je auray le reste et demorant de la dite somme.

Et pour ce que je doy paier pour mon amé compeignon monseigneur Mychel d'Agworth, à Aubert Jehan, un de voz bourgeois de Paris, mil francs qu'il li doit, vous pri très affectueusement, monseigneur, qu'il vous plaise faire bailler et paier au dit Aubert les diz mil francs de la somme du dit reste que vous me devez.

Et ce ainsi faisez, monseigneur, je vuil que ces lettres vous vaillant quiptance en déducion et descharge du dit reste que vous me devez de la dite somme.

Nostre Seigneur vous ait en sa sainte garde et vous doint bonne vie et longue.

Escript à Belin, le 8e jour du mois de janvier .MCCCLXVI.

CHANDOS, Viscomte de Saint-Sauveur et Connestable d'Aquytaine.

Au dos ; Au roy de France, mon très honoré et très redoubté seigneur.

 

 

 

 

L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient.  Ferdinand Lot,...

Chronique de Bertrand Du Guesclin. Tome 2 par Cuvelier

 

La bataille s'est déroulée le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, où se trouvent actuellement la Chartreuse et le champ des Martyrs implanté dans les marais de kerzo.

 

 

Traité de Brétigny Conclu le 8 MAI 1360, Ratifié à Calais par Jean II et Edouard III le 24 Octobre 1360 <== .... ....==> 21 janvier 1365 château de Niort, Bertrand Duguesclin prisonnier de Jehan Chandos

John Chandos <==

Bertrand Duguesclin <==

 

 

 


 

(1) Froissart, t. VI, p. 131. Voir aussi Delachenal, p. 37 et 62.

(2) Justes réflexions de Delachenal, p. 63. Cependant j'avoue éprouver quelque ahurissement quand je lis dans le Bertrand Duguesclin de Simécn Luce, 1 2 e éd., p. 409 : « La victoire remportée par du Guesclin à Cocherel, le sacre de (Charles V, marquent une heure solennelle dans l'histoire générale de la civilisation aussi bien que dans les annales particulières de notre pays ». C'est le cas de se rappeler l'adage antique : ne quid nimis !

(3) Delachenal, t. III, p. 149-151.

(4) Froissart se trompe donc entièrement, ou est l'écho d'un bruit tendancieux j. des Anglo-Bretons, en prétendant que Charles V envoya mille lances à Charles de Blois, Voir Dedachenal, p. 155-156.

(5) Delachenal, p. 156-158.

(6) Froissart (t. VI, p. 156) assigne à chacune des trois batailles 500 hommes d'armes et 300 archers et 500 combattants à la » route de messire Hue » (Hugh de Calverly).

(7) Sur la bataille d'Auray voir Dom Plaine, La journée d’Auray dans Mem. de l’association bretonne, t. XVII, 1874, p. 83-102 ; — A. de la Bouderie, Histoire de Bretagne, t. III, 582-593 ; — La Chauvelaye, Guerres des Anglais et des Français, t. I, p. 375-392 ; — Général Koehler, op. cit., t. Il, p. 464-474. Delachenal (p. 158) se refuse à donner un récit de la bataille, Delbruck ne daigne pas en parler.

 (8) Sommaire de Siméon Luce au t. VI, p. LXVII-LXXV de son édition, avec des notes utiles.

 (9) La Chauvelaye relève ces divergences. Il pense que les Franco-Bretons avaient des archers ou arbalétriers bien qu'on ne les voie pas figurer dans l'action.

(10) Voir les intéressantes remarques de Ch. Oman, Art of war, p. 685-686,

 (11) Lire les pages suggestives de Delachenal, (p, 159-176)