1268, Chevauchée de Girard Chabot, sire de Rays sur la terre de Maurice, seigneur de Belleville

Un grave procès éclata, vers l'an 1257, entre Maurice, seigneur de Belleville, Montaigu et la Garnache, et Girard Chabot, sire de Rays, au sujet des chateaux, ville et seigneurie de Machecoul, dont chacun se prétendait héritier.

Au bout de treize années, une transaction en assura la jouissance viagère à M. de Belleville.

Alors les habitants du pays purent vivre en paix, sans redouter les fréquentes expéditions que chaque seigneur, suivi d'une bande de gens d'armes, faisait sur les terres de son ennemi.

Les domaines et les sujets de Maurice avaient surtout souffert de ces véritables razzias, Girard Chabot étant plus jeune, plus violent et mieux pourvu d'alliés qui lui prêtaient leur impitoyable concours.

Au nombre des plus actifs était Geoffroy de Chateaubriant, seigneur de la Chaise-le-Vicomte, par son mariage avec Marguerite de Lusignan, veuve du vicomte de Thouars; mais la chevauchée qu'il fit, en 1268, sur la terre de Belleville, ne resta pas impunie.

Par suite de la plainte portée devant le comte de Poitou, Alphonse, fils du roi de France Louis VIII, il fut condamné à une forte amende au profit du comte, et probablement aussi à des dommages et intérêts envers celui dont il avait envahi et ravagé les domaines.

La bourse de Geoffroy n'était pas assez bien garnie pour payer cette amende et le rachat; ou droit de mutation, de terres dont il venait d'hériter en Talmondais.

Sur les 2800 livres dues au comte de Poitou, il lui en manquait 2500. Il obtint un délai pour payer cette somme, à la charge toutefois de fournir bonne caution.

Girard Chabot fut son piège, mais sans qu'on puisse voir dans sa garantie le témoignage d'une vive gratitude pour l'assistance reçue du sire de Chateaubriant.

 

La charte suivante (1) montre de combien de précautions fut entouré l'engagement qu'il a contracté au nom de son allié :

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, Geffroy, seigneur de Chasteaubrient et de la Chese, chevalier en icelui temps, salut en nostre seigneur.

 Sachent tous que j'ay mis et posé Girart Chabot, seigneur de Rays, en plege pour moy envers noble homme Enphons, conte de Poictiers et de Thelouse, filz Loys noble roy de France, de deux mil et huit cens livres- les quelles je doy à celui davant dit conte, par raison du rachat de ma terre de Thalemondeys et par raison d'une chevauchée que je avoye faict en Poitou, en la terre du sire de Belleville a paier XII cens et cinquante livres à ceste feste de Toussains prouchain avenir, et doze cens et cinquante livres à la feste de la Chandeleur prouchain ensuivant.

Et si ledit Girart avoit domage ou faisoit coustz ou missions (2) pour ladicte pleverie (3), pour faulte de moy, je suis tenu, sus tous mes biens et sus toutes mes choses meubles et non meubles, presens et avenir, et sus toute ma terre en quelque lieu que elle soit, à garantir et deffendre ledit Girart de tous coustz et de tous domages, de toutes missions que il feroit et que il auroit en ladicte pleverie ; et lui ay

Obligé et oblige dès jà tous mes biens et toute ma terre dessus dicte à t'en garantir et à lui enteriner cestes choses davant dictes.

Et si je défailloye a lui garentir et deffendre en cestes choses dessus dictes ou en aucunes de celles, je pry et supply à monseigneur le conte de Poictiers dessusdit, et à monseigneur le conte de Bretaigne, et à leurs alouez, que ilz baillegent tant audit Girart de mes biens ou de ma terre que plainière satisfacion soit faicte audit Girart ou aux siens des coustz et des maulx et des domages que il y auroit faiz et miz, et des despens et des missions que il auroit faiz en ladicte plevine, à son plain, dit (4), sans y amener autre prove.

Et ay renoncié sus ce à tout droit escript et non escript, et à tout privilege de croix donné et à donner et à tous usages et à toutes coustumes et à tous establissemens et à toute grace de quaucunque sede (5) que ce soit, donnée et a donner, et espiciaument et expressément à toutes raisons, à toutes allegacions et à toutes choses, comment que elles soient nommées, et à cbascune par soy, qui contre ceste presente lettre pourroient estre obicées (6) et oposées et qui me pourroient aider en cestes choses dessusdictes et en venir encontre cestes lettres et nuyre audit Girart.

En tesmoing de laquelle chose, j'ay donné audit Girart cestes lettres séellées de mon séel.

Ce fut fait au jour de dimanche que l'en chante Occuli mei, en l'an de grace mil CCLX et huit. (7)

 

 

 

  Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )<==...

 

 


 

(1)   Archives du château de Serrant, Cartulaire original des Sires de Rayx, p 239.

 (2) Mises ou dépenses.

(3) Cautionnement.

(4) Affirmation.

(5) Siège, et surtout de la cour de Rome.

(6) Objectées.

(7) Le 24 février 1269, nouveau style.