VUE DE LA VILLE ET DU CHATEAU DE CHINON - le vieux Chinon Fortifications d'aprés une gravure de 1763

Comme beaucoup de villes de fondation ancienne, Chinon s'est trouvé constitué par la réunion de deux agglomérations d'origine différente : une ville féodale au pied du château, auquel elle était directement rattachée par une enceinte fortifiée, c'était la ville proprement dite, communément appelée la ville-fort ;

plus à l'est, une autre agglomération d'origine religieuse s'était développée autour des reliques de saint Mexme et de son sanctuaire, ce fut le faubourg de Saint-Mexme, parfois désigné au XVIIIe siècle sous le nom de « cloître » ; c'était là, en effet, que les chanoines sécularisés de la Collégiale avaient leurs habitations. Entre ces deux agglomérations primitives, le faubourg Saint-Etienne était surtout peuplé de marchands et d'artisans qui y avaient établi leurs échoppes et leurs boutiques.

Cette distinction entre ces divers quartiers de la ville subsista jusqu'à la Révolution et dans tous les actes officiels s'adressant à la population chinonaise, on ne manquait jamais de spécifier « la ville et les faubourgs ».

Si les faubourgs Saint-Etienne et Saint-Mexme attendirent jusqu'au XVe siècle pour avoir leur enceinte fortifiée (1), les fortifications de la ville-fort sont beaucoup plus anciennes.

Dès le début du XIIIe siècle, le poète-chroniqueur Guillaume le Breton relatant dans sa Philippide la prise du château de Chinon par Philippe Auguste (1205) écrit : « Remplie de richesses et entourée de fortes murailles, la ville de Chinon est en outre embellie par un site charmant entre la rivière et la montagne.., la citadelle est très forte tant par sa position naturelle que par ses remparts élevés. »

Faute de documents plus précis, nous ne savons en quoi consistaient ces fortes murailles que vante ainsi le chapelain de Philippe Auguste, pas plus que la date de leur construction. Mais il est très vraisemblable que ce sont les mêmes, renforcées et complétées à plusieurs reprises, notamment en 1350, qui subsistèrent jusqu'au XVIIIe siècle.

Charles VII à qui l'on a attribué à tort l'édification, s'est contenté de les faire réparer et d'en accroître la puissance.

Soigneusement entretenues tant que durèrent les troubles civils, et remises en état de défense dès que le danger se faisait menaçant, elles furent laissées à l'abandon quand la paix fut enfin rétablie dans le royaume. C'est seulement le début du xix" siècle qui vit leur complète disparition.

S'il ne reste que bien peu de vestiges de cette ancienne enceinte fortifiée, on peut en déterminer le tracé avec suffisamment de précision, et situer l'emplacement des tours qui la renforçaient.

A l'est, côté le plus facilement accessible pour un assaillant éventuel, la ville-fort était protégée par une grande muraille qui partait du fort Saint-Georges — son point d'attache y est encore visible — descendait du coteau jusqu'à sa base, longeait ensuite la place des Halles pour aboutir à une tour d'angle située sur le bord de la Vienne : la grosse tour.

Ce mur, d'une hauteur de quatre toises (huit mètres) et de six pieds d'épaisseur (deux mètres), était crénelé, garni de mâchicoulis et percé de canonnières et de meurtrières. On en retrouverait les soubassements sous la plupart des immeubles qui bordent à l'ouest la place de l'Hôtel-de-Ville, à une distance de dix à douze mètres de leurs façades.

En 1350, à la suite d'une incursion des bandes anglaises qui venaient de ravager le faubourg Saint-Jacques, alors dépourvu de toute fortification, on creusa tout au long de ce rempart un long et large fossé : la grande Douve. Pour ce faire, on démolit quelques maisons, qui étaient anciennement adossées au mur de ville.

Par la suite, cette grande douve, ayant perdu tout intérêt défensif, servit longtemps de décharge publique, vaste foyer permanent d'infection, au centre de la ville (2). Elle fut ensuite louée à des particuliers pour y installer leurs jardins, ou leurs « fileries de cordes ». Elle ne fut définitivement comblée qu'au début du XVIIIe siècle pour faire place à une promenade publique : le mail de la Halle ».

 

PORTE DE VERDUN

Pour communiquer avec la Ville-Fort, deux portes avaient été ménagées dans ce mur d'enceinte : la porte de Verdun et la porte Neuve. La plus ancienne, la porte de Verdun se trouvait à l'entrée de la rue haute Saint-Maurice (actuellement rue Voltaire) sur la voie antique, peut-être gallo-romaine, qui traversait la ville d'est en ouest.

Pourquoi ce nom de Porte de Verdun ?

L'historien Dusmoustier écrit qu'elle aurait été construite « avec les deniers confisqués sur un capitaine de ce nom pour crime de trahison » (3). Sans doute se fait-il l'écho d'une lointaine tradition chinonaise, sur laquelle l'on n'a aucun autre renseignement.

L'emplacement de cette ancienne porte de ville peut être déterminé avec exactitude d'après les vestiges de la muraille dans laquelle elle s'ouvrait. Son soubassement en est encore visible dans la cave de l'immeuble de l'ancien palais de justice, et le mur de clôture qui le sépare du n° 1 de la rue Voltaire qui lui est contiguë est assis sur le parement ouest de l'ancienne muraille. On peut d'ailleurs l'apercevoir à la base du mur de séparation à gauche du couloir conduisant au jardin de cette maison n° 1 de la rue Voltaire.

Le mur de ville aboutissait donc à la rue Voltaire actuelle, entre le porche du n° 1 et la fenêtre qui éclaire le local dépendant de l'ancien palais de justice, occupé aujourd'hui par les services des Contributions directes.

 C'est là que se dressait la Porte de Ville, comme l'indique la plaque commémorative posée le 8 mars 1929 lors des fêtes du cinquantième centenaire du passage de Jeanne d'Arc.

Cette entrée de ville était constituée par un passage voûté surmonté d'un étage que recouvrait un toit élevé de forme quadrangulaire, si l'on s'en rapporte à la vue de Chinon vers 1760.

Une partie des substructions de cette voûte existe encore sous la chaussée, et des assises de pierre mises au jour en 1929 au cours de travaux de terrassement permettent de délimiter exactement la paroi intérieure de ce passage à 1,60 m de la façade de l'immeuble bordant la rue au sud.

Un pont-levis, qui ne fut supprimé qu'en 1671, prolongé par un pont-dormant large de six pieds (environ deux mètres) et long de vingt et un pieds (environ sept mètres) permettait de franchir la douve creusée en 1350.

Pour en défendre l'accès de l'extérieur, on avait établi, à cette même date, une « barrière » démolie par la suite. Un corps de garde était adjoint à cette porte de ville.

A la fin du XVIe siècle on lui attribua une petite cloche fournie par Pierre Payen, Maître fondeur à Chinon «pour appeler aux soirs ceux qui voulaient entrer en ville». Comme les autres portes de ville, elle était en effet ouverte et fermée à des heures déterminées par un portier spécialement chargé de cette fonction. Deux petites boutiques étaient aménagées de chaque côté de la porte, ayant leurs entrées sous la voûte. Elles étaient louées par bail à rente, quand toutefois, lors des troubles civils, la défense de la ville ne nécessitait pas leur occupation par les habitants désignés pour en renforcer la protection.

Quel était l'aspect extérieur et les dispositions architecturales de cette Porte de Verdun ? Faute de dessins ou d'autres documents de l'époque, il nous est impossible de le préciser. Nous savons seulement qu'elle était munie de canonnières (4).

Chinon, enceinte et fortifications de la Ville-Fort Fig 1

La ville disposait en effet pour sa défense d'un certain nombre de pièces d'artillerie dont six étaient placées au début du XVIIe siècle sur la Porte de Verdun. C'était de là qu'étaient tirées les salves d'honneur lors de l'arrivée des grands personnages que l'on voulait honorer.

En 1736, sur l'ordre du duc de Richelieu, alors seigneur de Chinon, on les transféra sur la grosse tour bordant la Vienne (5). Parmi elles se trouvaient, sans doute, la couleuvrine du XVe siècle conservée dans notre musée.

A une date qu'on ne saurait déterminer mais antérieure au XVIe siècle avaient été édifiés aux abords même de la Porte de Verdun les locaux destinés à recevoir les prisonniers. Ces prisons qui subsistèrent jusqu'à la Révolution comprenaient deux bâtiments se faisant face de chaque côté de la rue et réunis par les locaux formant étage au-dessus de la porte de ville, qui leur étaient également affectés (fig. 1) (6). La construction de ces prisons avaient « intercepté » une rue qui primitivement devait longer le mur de ville.

 

PORTE NEUVE

A partir de la Porte de Verdun le rempart se dirigeait vers le Sud jusqu'à la Porte Neuve située à l'entrée de la rue du Commerce actuelle.

Son emplacement peut être déterminé avec assez de précision. Un rapport d'expert de 1817 nous apprend, en effet, que l'ancien hôtel de ville, édifié en 1774 à l'angle sud-ouest de la place de l'Hôtel-de-Ville actuelle, avait sa façade méridionale établie en partie sur « les fondations très solides d'une ancienne porte de ville ». D'après les devis des travaux exécutés à cette date il apparaît qu'elle était située à une dizaine de mètres de la place et très vraisemblablement à la hauteur de la petite construction intercalée entre les numéros 5 et 7 de la rue du Commerce, côté sud (7).

Si son appellation de Porte Neuve semble indiquer qu'elle était postérieure à la Porte de Verdun, elle n'en existait pas moins dès le XVe siècle et sans doute auparavant.

Comme la Porte de Verdun, elle comportait un passage voûté surmonté d'un étage comprenant deux chambres avec grenier dessus. « Deux culs-de-lampe régnaient jusque sur la couverture » (8). Elle était garnie de mâchicoulis et de cannonières.

Au commencement du XVIIe siècle, on y adjoignit un corps de garde (9). En l'année 1672, ce local étant « ruiné et prêt à tomber » on le reconstruisit en l'accroissant de trois pieds d'espace dans la douve du côté de la boucherie et de deux pieds du côté de la Porte Neuve ». Il était situé sur le bord de la douve et près de la poissonnerie (10). Sous la voûte de la porte étaient aménagées de chaque côté deux petites boutiques ; elles étaient louées à de petits marchands qui en payaient « rente » à la ville.

Un pont dormant de 22 pieds de longueur permettait de franchir la grande douve. Il était précédé d'un pont-levis, construit au cours de la seconde moitié du xvi° siècle, après avoir été vainement réclamé par les habitants de la ville.

C'est sur ce pont que « le 22 janvier 1651, le nommé Le Ruau, homme de peine demeurant à Launay, paroisse de La Roche-Clermault, passant sur le pont de la Porte Neuve fut tué tout froid d'un coup de fusil dans la teste, qui lui fut donné sans y penser par quelqu'un de proche de là, lequel visait sur des moineaux » (11).

 

TOUR CARREE

Deux tours flanquaient cette entrée de ville. Elles existaient encore au début du xix° siècle. L'une d'entre elles, à cause de sa forme, portait le nom de Tour Carrée et au XVIIIe siècle, Tour Carrée du Mail. S'il est difficile de préciser laquelle des deux tours portait cette appellation, la proximité du Mail de la place de la Halle, aménagé au début du XVIIIe siècle sur la grande douve, récemment comblée, indiquerait qu'il s'agit de celle du Nord. Comme les autres tours, lorsqu'elles ne présentèrent plus un grand intérêt au point de vue défensif elles furent louées à rente à divers particuliers. C'est ainsi que d'après un bail du 15 juin 1614, Jacques Couzon payait 15 livres 15 sols pour trois années de location, et en 1629, Sébastien Hubert, tonnelier, 30 sols pour une année de louage de la Tour Carrée.

 

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TOUR DE LA NOUE

Après avoir franchi la Porte Neuve, le mur de ville se prolongeait vers la Vienne en suivant approximativement la petite construction intercalée entre les numéros 5 et 7 de la rue du Commerce et le couloir qui lui fait suite. A peu de distance de là, une nouvelle tour venait renforcer le système défensif : la Tour de la Noue. Si l'on manque de renseignements sur cette tour, son emplacement et son aspect architectural, il semble bien toutefois que ce sont ses substructions qui furent mises au jour au mois de février 1931 lors de l'établissement de la fosse à essence du garage numéro 36, quai Jeanne-d'Arc, au bout de l'étroit couloir qui sépare les maisons numéros 34 et 38 (fig. 2).

Au cours des travaux les ouvriers rencontrèrent les restes d'un gros mur épais de 60 cm, contre lequel était appuyée la base cylindrique d'une grosse tour qui même s'y encastrait. C'étaient là sans aucun doute les vestiges du mur de ville et de la Tour de Lanoue, dont l'emplacement se trouve ainsi déterminé à 18 m environ de la façade des maisons du quai (12).

Chinon, enceinte et fortifications de la Ville-Fort Fig 3

GROSSE TOUR

Les murailles se continuaient ensuite jusqu'à la Vienne où elles aboutissaient à une tour d'angle de vastes dimensions qu'on appelait communément la grosse Tour, ou la Tour Ronde. Construite directement sur le bord de la Vienne, elle dominait le port de la Halle dont elle bornait l'extrémité ouest.

Rien que la disposition des lieux se soit trouvée profondément modifiée par la construction des quais entre 1822 et 1830 (fig. 3), il est possible d'en localiser l'emplacement. Elle s'élevait sur le quai actuel, dont son pourtour extérieur méridional atteignait approximativement la bordure du trottoir dominant la Vienne, à la hauteur des immeubles numéros 40 (pharmacie Pion), 38 et 36 (couloir du garage central). De forme circulaire, elle ne mesurait pas moins de 14 m de diamètre et comportait trois étages, justifiant ainsi ses noms de grosse Tour et Tour ronde. Sans doute était-elle munie de créneaux, mâchicoulis, canonnières, etc., comme les autres fortifications de la ville.

C'est sur cette tour, qu'en 1736, sur l'ordre du duc de Richelieu, seigneur de Chinon, furent transportées les pièces d'artillerie, placées jusqu'alors sur la tour de la Porte de Verdun. Et c'est de là que furent désormais tirées les salves d'honneur en hommage aux personnages illustres faisant leur entrée solennelle dans la cité.

Elle est figurée sur la vue de Chinon de 1760 (B.A.V.C, I, 1, 1905-1906, p. 16).

Quand les progrès de l'artillerie eurent rendu bien illusoire la protection de ces fortifications, la grosse tour fut louée par la municipalité à des particuliers, parfois des voisins, pour en faire leur habitation. Elle prit désormais le nom de ses occupants. FIG. 4.

— La Porte du Pont, détail du « Plan de Chinon en cinq divisions » par le géomètre Herpin, 20 décembre 1820 (Chinon, Archives mun.. Hôtel de Ville).

Après avoir été désignée sous le nom de tour de Siane dans la première moitié du XVIIIe siècle, elle portait le nom de tour Bruneau quand elle fut démolie en 1791 pour faire place à la nouvelle maison d'arrêt.

Chinon, enceinte et fortifications de la Ville-Fort Fig 4

PORTE DU PONT

A partir de la grosse tour, le mur d'enceinte se continuait parallèlement à la rivière qui, par temps de crue, venait en baigner la base, jusqu'à la porte du Pont. La rue du Grenier-à-Sel n'ayant été prolongée jusqu'au quai qu'en 1862, aucune ouverture n'était pratiquée dans cette partie des murailles (13).

La porte du pont de Vienne (fig. 4), était l'une des plus importantes de la cité. Elle commandait, en effet, le seul passage à destination du Poitou et du sud de la Vienne.

Aussi n'avait-on rien négligé pour assurer sa défense. Un pont-levis, qui existait encore au début du XVIIIe siècle, la reliait à la première arche du pont lui-même (cette arche a été enfouie sous la chaussée du quai, lors de sa construction vers 1827).

Deux belles tours en défendaient l'entrée. Comme on peut le voir sur la gravure de Chinon, vers 1760, leur façade sur la Vienne était de forme circulaire. Elles étaient couronnées de créneaux et de mâchicoulis, et percées de meurtrières. Elles encadraient un passage voûté aboutissant à la rue du Grand-Carroi et à la rue Basse (rue du Commerce actuelle). La porte proprement dite était à deux vantaux mesurant 13 pieds 6 pouces de hauteur sur 11 pieds de largeur (14). Quant à l'emplacement de l'ensemble de cette porte de ville, il peut être déterminé avec assez d'exactitude. Elle se trouvait dans l'axe du pont sur la Vienne ; les deux tours, qui l'encadraient, celle de l'ouest se trouvait en avant et au sud-est de l'angle à pan coupé de l'immeuble n° 48 du quai Charles-VII et celle de l'est de l'autre côté de la rue Carnot, vers le nord-ouest de l'arêtier de la maison n" 2 du quai Jeanne-d'Arc (imprimerie Moron).

Un corps de garde était construit sur le pilier sur lequel était également appuyé le pont-levis.

Le minage ou dépôt de blé destiné à l'approvisionnement de la ville ayant été jusqu'au mois d'août 1630 dans une maison contiguë aux murs de la Porte du Pont. Celle-ci fut désignée sous le nom de porte ou « portai du Minage » puis, après le transfert de celui-ci dans la rue du Grand-Carroi, « portai du Vieil-Minage » (15).

Dès le XVIIe siècle, le Corps de ville afferma le « portai du Pont » ainsi « qu'une basse chambre estant au pied de l'escalier de la tour du minage de cette ville » (16), vraisemblablement le local qui servit au dépôt de blé du minage.

La porte du pont fut rasée vers 1820 lors de l'établissement des quais. On vendit les vantaux, les tours ainsi que le dessus du portail furent démolis pour faciliter l'accès à la nouvelle chaussée (17).

 

GRANDE POTERNE

A quelque distance de la porte du pont, un ancien passage s'ouvrait dans le mur de ville, qui continuait à longer la Vienne en descendant son cours. Ce passage qui permettait de communiquer de la rivière avec l'intérieur de la ville était commandé par la Grande Poterne. Elle se trouvait à l'entrée de la rue actuelle de la Poterne qui lui doit son nom.

Cette issue était d'une importance secondaire et on n'hésitait pas à la clôturer lors des troubles civils quand un danger extérieur se faisait menaçant.

C'est ainsi qu'en 1586, craignant l'occupation de Chinon par les protestants de l'armée du futur Henri IV, le corps de ville décida que la Grande Poterne « serait fermée et close de murailles laissant seulement à la dite Grande Poterne une porte bastarde voultée de pierre, ayant la dite porte 5 pieds et demi de largeur et 7 pieds de hauteur en sorte que deux boeufs avec une trayne y puissent passer... faite par le devant de pierre de taille et par le derrière de bons moyllons » (18).

Le maître maçon François Simonneau toucha 25 écus pour exécuter ces travaux. Le vantail en fer de l'ouverture close fut « charroyé et transporté » par le charpentier Denys Fargeau qui l'adapta au portail du Vieil Marché (19).

Il y reste une quinzaine d'années et c'est en 1602 que le receveur de ville paya au serrurier Viroquin 45 sols « pour avoir replacé la porte de la Grande Poterne (20). Un escalier accolé à la muraille de ville servait à monter sur la dite muraille ». Vers 1610 on dut le « boucher de pierre à chaux et A sable » par ce qu'on y allait ordinairement déposer des immondices qui gâtaient et ruinaient lesdites murailles ».

 

TOUR DE PECQUAIS

A peu de distance de la Grande Poterne, une tour venait renforcer le mur d'enceinte. C'était la Tour de Pecquais ou Pecquet. Cette tour dont les derniers vestiges n'ont été démolis qu'en 1901 s'élevait à l'emplacement de l'immeuble portant le n° 36 du quai Charles VII et non le n° 42 comme l'indique à tort Grimaud (21) (fig. 5).

Chinon, enceinte et fortifications de la Ville-Fort

FIG. 5. — Les fortifications de la Ville-Fort au sud, au bord de la Vienne, d'après G. de Cougny, Chinon et ses monuments, 1874, p. 98. A. Tour Billard ; B. Cour de Liesse ; C. Petite poterne de Liesse ; D. Petite poterne ; E. Tour de Pecquais ; F. Grande poterne ; G. Porte du Pont ; H. Grosse Tour ; I: Tour de la Noue ; K. Tour Carrée ; L. Porte Neuve ; M. Poissonnerie ; N. Douves ; O. Halles ; P. Port des Halles.

De forme ronde son pourtour méridional se trouvait à quelques mètres en retrait de la maison qui l'a remplacée. A sa base étaient scellés de gros anneaux de fer à l'usage des mariniers. Visibles encore sur la partie devenue souterraine par la construction du quai, ils ont été complètement masqués par l'aménagement de caves sous le nouvel immeuble.

Louée par le corps de ville depuis le XVIIe siècle, la Tour de Pecquais était habitée de 1633 à 1641 par le sacristain de l'église Saint-Maurice, dispensé d'en payer la ferme de 6 livres parce qu'il sonnait la cloche de son église « pour les assemblées de ville comme est accoutumé ».

 

PETITE POTERNE

Tout près de la Tour de Pecquais existait, en face de la rue actuelle du Palais, un autre passage faisant communiquer la rue Basse avec le port de la Petite Poterne, qui lui devait son nom. On manque de renseignements sur cette « Petite Poterne ». On sait seulement qu'en 1586 elle fut, elle aussi close « d'un pied et demi de pierres de taille à chaux et sable jusque à trois pieds de hauteur et le reste de bonne terre » et qu'en 1614 on paya 16 sols à des pêcheurs qui avaient « péché dedans la rivière la porte de la Petite Poterne ».

 

POTERNE DE LIESSE

Un peu plus loin, en face de l'actuelle rue Parmentier, une troisième poterne, la Poterne de Liesse, s'ouvrait dans le mur d'enceinte. Elle permettait d'accéder à un espace vague que l'on nommait la Cour de Liesse, ainsi nommée, sans doute parce que c'était un lieu de réjouissances où les habitants, étroitement resserrés dans leur enceinte fortifiée, pouvaient se livrer à leurs jeux et fêtes en plein air.

 

TOUR BILLARD

Le mur de ville aboutissait enfin à la tour d'angle qui le reliait au rempart remontant au château. Connue généralement sous le nom de Tour Billard ; c'est la seule dont la base et le premier étage, rasé à la hauteur de la chaussée lors de l'établissement des quais, nous aient été conservés. Elle forme le rond-point dominant la rivière, sur lequel s'élève aujourd'hui le monument aux Morts de la Résistance.

De forme circulaire, elle comportait trois étages (22). Elle était directement baignée à sa base par les eaux et l'on peut encore voir, scellés sur son pourtour les gros anneaux qui servaient à amarrer les bateaux, alors nombreux à sillonner la Vienne.

Au reste c'était là le port du Vieux Marché, le plus important peut-être des ports chinonnais (23).

Comme les autres tours elle fut louée ou « arentée » à des particuliers par le Corps de Ville. Elle prit désormais le nom de ses occupants successifs. Au lieu de Tour de la Cour de Liesse, son appellation primitive, elle devint, ainsi, Tour Billard, Tour d'Ambroise, Tour à Bodin, etc.

Au commencement du XVIIIe siècle elle se trouvait en fort mauvais état « elle n'était plus habitée depuis vingt ans et périe et ruinée, les planchers fondus, plus de couverture, les chevrons, ferrures et soliveaux avaient été emportés » (24). Les bois qui restèrent servirent à réparer l'édifice qui abrite la tour de l'horloge du château. Remise en état, la Tour de Liesse fut de nouveau habitée jusqu'à sa démolition au début du XIXe siècle.

 

PORTE DU VIEUX MARCHE

De la Tour Billard la muraille remontait directement vers le nord, pour se replier par la troisième porte du Vieux Marché, à l'épi saillant en avant de la Tour du Moulin. Des vestiges de cette haute muraille crénelée — ses mâchicoulis en particulier — sont encore visibles au-dessus du mur de clôture occidentale de la maison d'habitation de notre collègue E. Pépin, n° 88 de la rue Voltaire.

A noter que le mur au sud immédiat de la Tour du Moulin est en moyen appareil et doit dater du Xe siècle (voir E. PÉPIN, Chinon, Paris, Laurens, s.d. — vers 1924 — photo, p. 74) sans doute due à Henri II, Plantagenet. Cela corroborerait-il ce que nous avons vu au début de la présente étude : la mention par la Philippide que dès avant 1205 Chinon était « entourée de fortes murailles » ?

Une douve creusée tout le long du rempart pour en renforcer la défense, le séparait d'une éminence qu'on appelait la Butte. C'était là que chaque année au mois de mai les compagnies de l'arquebuse et du papegaut venaient, comme Gargantua, tirer au Papeguais (25).

En 1663 une partie de cette douve fut mise à la disposition des paroissiens de Saint-Maurice pour y transférer leur cimetière antérieurement placé près de leur église mais devenu insuffisant. La même délibération municipale précisait que « les habitations de la paroisse pouvaient faire faire une entrée dans la muraille de ville pour aller de la cour de Liesse dans le dit fossé où sera transporté le dit cimetière ».

Si l'on fait abstraction de cette ouverture pratiquée seulement lorsque les murailles n'eurent plus d'intérêt militaire, la Porte du Vieux Marché était la seule issue permettant d'accéder de ce côté à l'intérieur de la ville. Situé à l'aboutissement de la rue Voltaire, cet axe principal de la cité médiévale, elle en commandait la sortie, comme la Porte de Verdun en commandait l'entrée.

La vue de Chinon en 1603 (27) de l'antiphonaire conservé à la Bibliothèque de Tours nous en a heureusement conservé l'aspect extérieur. Grâce à elle nous pouvons nous représenter comment étaient constituées les diverses portes de la ville.

Un pont-levis, refait à neuf en 1672 (28), prolongé jusqu'au coin de la Butte par un pont-dormant permettait de franchir la douve qui longeait le rempart. Ce pont-levis fut lui-même remplacé au début du XVIIIe siècle par un pont dormant qui existait encore dans les premières années du XIXe siècle.

Le portal du Vieil Marché, ainsi qu'on le nommait, généralement, comprenait un passage voûté pratiqué dans une tour quadrangulaire de 24 pieds (environ 8 m) de longueur sur 16 pieds (environ 5 m) de large (29).

Ce passage était surmonté d'un pavillon comportant un petit logis de deux chambres avec son grenier. De chaque côté du passage voûté, des petites boutiques avaient été aménagées qui y avaient leurs ouvertures. Une porte à deux vantaux assurait la fermeture de cette entrée de ville.

Longtemps laissée à l'abandon, cette porte dut être refaite en 1696 (30). Ce serait, dit-on, celle qui se trouve actuellement exposée sur le mur de notre ancien musée, 81, rue Voltaire (31). A cette porte de ville était joint un corps de garde ou « retraits aux portaux » dont l'ouverture bouchée de moellons se distinguait naguère encore sur l'arêtier ouest de l'immeuble n° 78 de la rue Voltaire.

Dès le XVIe siècle, boutiques, chambres du pavillon, corps de garde même, étaient loués à des particuliers par le corps de ville. Les comptes municipaux font régulièrement état des revenus tirés de leur location, et aussi les frais occasionnés par leur entretien.

C'est ainsi que nous relevons à la date du 4 août 1586 cet ordre de paiement, triste conséquence de la peste qui ravageait alors Chinon : « Payé à Gabriel Rousseau, bouzilleur, pour avoir renduit et blanchit les deux chambres de la tour du Portai du Vieil Marché à cause de l'infection des pestes qui étaient en la dite tour pour la mort intervenue de Mesme ? sa femme et enfants morts de la peste suivant le marché fait avec le dit Rousseau... » (32).

La Porte du Vieux Marché devait subsister jusqu'au XIXe siècle et ne fut démolie qu'en 1811.

Tel était l'ensemble des fortifications qui entouraient cette partie de la ville de Chinon. Elle constituait ainsi une défense avancée du château avec lequel elle communiquait seulement par une étroite poterne précédée par une herse dont on distingue encore l'emplacement au haut de la rue Jeanne-d'Arc.

C'est donc à juste titre qu'elle avait reçu le nom de Ville-Fort, appellation qu'elle devait conserver jusqu'à la Révolution.

 

 

 

A. BOUCHER.  Bull. Soc. Amis Vieux Chinon VII, 8, 1974

Société d'histoire de Chinon Vienne & Loire.

 

 

 

 

 

Les Fortifications de Chinon dans le temps, les trois châteaux.<==.... ....==>DECOUVERTES ARCHEOLOGIQUES FAITES A CHINON DE 1824 A 1826

 

 


 

VUE DE LA VILLE ET DU CHATEAU DE CHINON - le vieux Chinon Fortifications d'aprés une gravure de 1763

- A.B..C.D Ancien Château tel qu'il était en 1758 dont la lettre A marque les vestiges de la chambre ou la Pucelle d'Orléans est venue trouver Charles VII; - B Tour de l'Horloge; - b Clocher des Filles de l'union chrétienne fait en 1772; - C chapelle de St George bâtie par les Rois d'Angleterre et démolie cette année 1763; - D Pont de communication des trois châteaux; - E Belveder du Satis Morituro; - F Les Capucins; - G Porte du vieux marché; - H Religieuses du Calvaire; - I Paroisse de ST Maurice; - L Porte du Pont;- M Prison; - N St Martin 1 er Eglise et Paroisse établie par ce St Evêque; - Portail de St Etienne; - O Paroisse de St Etienne; - P Collégiale de St Mesme anciennement Monastère de ce St abbé; - Q Les Augustins; - R Le Mail; - S S. Pêcheries; - T. Portail de St Mesme.

 

Le domaine des Razilly en Indre-et-Loire (région Centre-Val de Loire)

A 5 kilomètres au nord-ouest de Chinon et à 2 kilomètres de la rive droite de la Vienne, tout près de la route départementale de Chinon à la Loire par Beaumont-en-Véron et Avoine, sur une petite bailleur dominant une riante contrée, on peut voir encore aujourd'hui le domaine des Razilly.

 

(1) Voir R. MAUNY : « Le tracé de l'enceinte des faubourgs Saint-Etienne et Saint-Mexme de Chinon » (B-A.V.C, VI, 1, 1956,-1957, p. 33-40.

(2) Cf. A. BOUCHER : « La peste à Chinon aux XVIe et XVIIe siècles », B.A.V.C., VII, 6, 1972, p. 569 sq.

(3) DUMOUSTIEH, Essai sur l'histoire de la ville de Chinon, 2° édition, 1809, p. 88.

(4) P. PIQUET : « Chinon d'autrefois. Les Vieilles Prisons », B.A.V.C, tome VI, 3, 1958-1959, p. 142.

(5) Archives municipales - Délibération du 30 décembre 1736.

(6) Cf. P. PIQUET, 1958-1959, p. 142.

(7) Archives municipales, série D - Adjudications 1806-1816 (2e liasse).

(8) Devis de réparations année 1646.

(9) Archives municipales - Délibération, juin 1652.

(10) Au XVIIe siècle, les boucheries et la poissonnerie étaient installées aux abords immédiats de la Porte Neuve. Elles furent démolies en 1789 pour faire place à la nouvelle prison édifiée en partie sur l'emplacement des boucheries. Cette maison d'arrêt occupa jusqu'en 1854 l'emplacement de la rue actuelle de l'hôtel de ville en y comprenant l'immeuble actuel du Crédit Agricole.

(11) Registre paroissial de Saint-Etienne.

(12) Notes de P. PIQUET, Archives de la Société des Amis du Vieux Chinon.

(13) A la hauteur de la rue du Grenier-à-Sel, le mur de ville se trouvait à 3 mètres du sud de la façade des maisons du quai ; il avait une épaisseur de 1,65 m.

(14) P. PIQUET : « Note sur la porte du pont de Chinon », B-A.V.C, T. III, 1, 1928, p. 43-48 ; pour son aspect extérieur, voir la gravure de 1760, B..A.V.C, T.I, 1, 1905-1906, p. 17 et l'aquarelle de 1805, B.A.V.C., T. I, 9, 1915-1916, p. 419.

(15) E. TOURLET : « Mémorial d'un procureur au bailliage de Chinon-Tours, 1899, p. 10.

(16) Archives municipales - Comptes municipaux 1617-1619, cah. 10-11, f. 4e.

(17) Délibération, 7. janvier 1828.

(18) Comptes municipaux, cahier 1, folio 13 verso.

(19) Archives municipales - Comptes municipaux, cah. 1, p. 13 et 15.

(20) Idem, cahier 2, p. 15.

(21) Bull. Soc. Arch. de Touraine, XIII, 1" trimestre 1902, p. 347 ; cf. P. PIQUET Sur une vue de Chinon en 1847 ». Bull. A. Vx Chinon, t. VI, 2, 1957-1958, p. 95.

(22) Archives municipales - Série D - Bt et Adj., 1637. Sur son aspect extérieur, voir la gravure de 1760 (B.A.V.C.. I, 1, 1905-1906, p. 16).

(23) A. BOUCHER : « La navigation sur la Vienne », B.A.V.C., VI, 10, 1966, p. 577.

(24) Délibération du 22 juillet 1721.

(25) A. BOUCHER : « Un exercice sportif de Gargantua : le tir au Papeguais », Bulletin des Amis de Rabelais et de la Devinière, t. II, n" 7, 1968, p. 209 sq.

(26) Délibération du 30 mai 1662.

(27) A. BOUCHER : « Vue de Chinon en 1603 », B.A.V.C., t. V, 9, 1954-1955, p. 352-353.

(28) Archives municipales - Comptes municipaux, cah. 42.

(29) Id. - Bx et Ad). - Devis de 1645.

(30) Id. - Bx et Adj., 1635-1711.

(31) Cette porte provient en réalité de l'hospice, route de Tours ; elle fut récupérée par les Amis du Vieux Chinon lors de la démolition du portail d'entrée de l'immeuble (Couvent des Calvairiennes avant la Révolution).

(32) Comptes du receveur Anthoine Milsonneau 1584-1589, cah. 1, f° 27 v°. Cf. A. BOUCHER : « La peste à Chinon », B.A.V.C., VII, 6, 1972, p. 573.