Voyage dans le temps des trois Châteaux de Chinon

Il est certain que les trois châteaux n’ont pas été bâtis par les Romains. Ces conquérants se servaient indifféremment de toutes les pierres en moellon qu’ils trouvaient dans les endroits où ils voulaient faire quelques constructions. Ils formaient le parement extérieur de leurs murs avec les pierres les plus régulières qu’ils avaient ; ils les façonnaient avec le marteau, sans jamais employer le ciseau ; ils remplissaient le corps de ces murs par une espèce de ciment nommé béton ; ils plaçaient horizontalement de larges briques pour faire des liaisons et pour avoir des points d’appui sur ces même murs qui, vu l’irrégularité de la taille de ces pierres, ne présentaient à l’œil qu’une surface inégale.

Les murs actuels de ces trois petits forts n’ont aucune espèce de marque de cette bâtisse ; ils portent plutôt l’empreinte d’ouvrages gaulois ou des Français qui s’établirent dans les Gaules.

Les Français continuèrent à construire ainsi leurs forteresses jusqu’au commencement du quatorzième siècle, ou le Frigougeois Bertholde Swartz, cordelier, inventa la poudre à tirer.

 

 

 

Le château proprement dit prend forme entre le VIe et le Xe siècle. Il comporte un logis comtal et une tour. Protégés par une enceinte séparée, ils sont localisés à l’extrémité est de l'actuel château du milieu. Cet ensemble est distinct de la basse-cour située plus à l’ouest. Elle contient les installations économiques et artisanales nécessaires au fonctionnement du château (silos, bâtiments…).

 

Au Xe siècle, la forteresse est tenue par les comtes de Blois, grands vassaux du duc des Francs puis du roi des Francs.

Le premier et le plus puissant d’entre eux, Thibaud Ier dit « le Tricheur » devient comte autour de 942 et le demeure jusqu’en 974. Il fait édifier une tour en pierre en 954.

Pour renforcer la capacité défensive du château contre les Normands (Viking), il l’entoure d’une enceinte propre qui l’isole du vieux castrum. (Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry)

Alors que le château est un enjeu territorial entre les comtes de Blois et d’Anjou, des transformations importantes ont lieu dans la première moitié du XIe siècle. Pour augmenter la superficie, un rempart plus vaste est construit, et un prieuré est fondé à l’intérieur du château.

Au XIe siècle, les comtes d’Anjou menacent fortement la puissance des comtes de Blois. Ils s’emparent de la Touraine en 1044 : la Forteresse de Chinon est cédée à Geoffroy Martel, fils de Foulque III Nerra. (En Mil, Foulques Nerra s'empare de la forteresse du Diable de Saumur)

A la veille de sa mort, Geoffroy Martel fit le partage de ses domaines entre ses deux neveux, Geoffroy-le-Barbu et Foulques-le-Rechin.

Le premier eut l'Anjou et la Touraine, l'autre dut se contenter de la Saintonge et du Gatinais. L'inégalité de ce partage excita la jalousie de Foulques, jalousie qui se trouva momentanément comprimée, par la nécessité où les deux frères furent réduits de s'unir, dans le but de s'opposer aux vues du comte de Poitiers, qui désirait réunir la Saintonge à ses possessions.

Une fois hors d'inquiétude à ce sujet, l'inimitié ne tarda pas à se rallumer entre les deux frères et éclata bientôt ouvertement.

L'abbé de Marmoutiers possédait des fiefs considérables en Touraine. Geoffroy exigea de lui, à titre de souverain de cette contrée, qu'il lui fît hommage pour les terres qui en dépendaient ; mais l'abbé prétendit n'en devoir prendre l'investiture que des mains du roi. Irrité de cette résistance, le comte d'Anjou exerça toutes sortes de ravages sur les terres de l'abbé, qui s'en étant plaint, obtint du pape contre Geoffroy l'excommunication et la privation du comté d'Anjou, qui fut donné à Foulques.

Ce dernier travailla de tout son pouvoir à ébranler la fidélité des vassaux de son frère, et n'y réussit que trop bien. Après s'être emparé de Saumur, il fit Geoffroy prisonnier sous les murs d'Angers et ordonna qu'il fût enfermé au château de Sablé, appartenant à Robert-le-Bourguignon, vassal du comte d'Anjou, et que Foulques était parvenu à séduire.

Cependant Geoffroy, assez heureux pour s'échapper de sa prison, se remet aussitôt à la tête des troupes qui lui restent et marche sur Brochessac.

On était en 1067, et la nuit couvrait d'épaisses ténèbres le château et la ville de Chinon. Il était environ dix heures du soir, lorsqu'une barque conduite par deux vigoureux rameurs et contenant en outre cinq hommes, aborda en silence au pied des murs de Chinon.

Puis sautant légèrement, les cinq passagers se mirent à gravir la colline au front de laquelle est construit le château. Trois d'entre eux étaient enveloppés d'une espèce de tunique foncée, sous laquelle s'apercevait une épée ; leurs pieds étaient ornés d'éperons d'or. Les deux autres portaient des armures qui résonnaient au milieu du silence de la nuit et brillaient aux rayons de la lune. Ces derniers se tenaient à une petite distance des trois autres, la main sur la garde de leur miséricorde.

La petite troupe arriva bientôt aux bords des douves du château, et l'un de ceux qu'à ses éperons d'or on pouvait reconnaître pour un chevalier, tira de sa poche un petit instrument assez ressemblant à une trompette, et se préparait à en tirer des sons, lorsque son camarade l'arrêta :

— « Y pensez-vous, Reynaud, ce serait donner l'alarme, en peu d'instants la ville entière serait sur pied ; et alors, vous le sentez, notre projet pourrait fort bien échouer, et notre prisonnier nous échapper. »

----« Sans doute, chevalier Robert, mais que faire? Appeler la sentinelle, elle ne saurait nous entendre d'ici ; traverser les douves à la nage, nous sommes cinq, et d'ailleurs on nous entendrait et ce serait encore donner l'alarme. D Pendant ce temps, le troisième personnage, dont les mouvements paraissaient gênés par le poids des chaînes d'acier poli qui entouraient ses poignets, gardait le plus profond silence.

— «  Voyez, reprit enfin Reynaud de Chateaugontier, le ciel vient à notre secours : j'aperçois d'ici une barque qu'on aura sans doute laissée par mégarde : entrons-y et que Dieu nous conduise! »

Les deux gentilshommes se rangent aussitôt et s'inclinant respectueusement, font signe à celui qui les accompagne de descendre dans la nacelle.

Celui-ci obéit ; écartant d'un geste impérieux les chevaliers qui s'étaient rapprochés, il s'y élance, puis après lui ses deux compagnons et les gardes qui les suivaient. Ces derniers saisissent chacun une rame, et penchés en avant ils glissent légèrement sur la surface de l'eau. En quelques instants ils sont tous de l'autre côté des douves. Robert le-Bourguignon, ou l'Allobroge, car c'était lui appelle alors la sentinelle et lui dit quelques mots.

Aussitôt celui-ci leur lance une échelle qui leur sert à sortir du bateau et à franchir le parapet de la douve. Puis tous les cinq continuent leur chemin jusqu'à la porte du château ; une cloche se fait entendre, la porte s'ouvre et se referme après avoir introduit nos cinq voyageurs.

— « Seigneur Aimery, dit alors Robert au gouverneur, en lui montrant du doigt son silencieux compagnon, cet homme est votre prisonnier et vous en répondez sur la vie. Préparez votre cachot le plus obscur et surtout que pas un mot ne transpire qui donne à penser que vous le gardiez ici.

 — « Ce prisonnier, quel est-il ?

— « Geoffroy, comte d'Anjou, dit alors le prisonnier en écartant son manteau ; oui, seigneur Aymery, Geoffroy, comte d'Anjou et de Touraine, qu'un frère dénaturé, sujet rebelle, prive de la liberté en attendant l'heure favorable pour le priver aussi de la vie ! »

Quelques heures après, l'infortuné gémissait dans le cachot obscur et malsain où il passa vingt- huit années de sa vie, c'est-à-dire, jusqu'en 1095, époque à laquelle le pape Urbain II, tenant un concile à Tours, apprit la détention de Geoffroy, et exigea de Foulques-le-Rechin la mise en liberté de son frère. C’est à Foulques IV que l’on doit l’achèvement de la nouvelle enceinte de la Forteresse. Il lève notamment des impôts à cette fin, entre 1087 et 1105.

Après avoir vu le château de Chinon au pouvoir des comtes d'Anjou, nous le retrouverons sous la domination de Henri II, roi d'Angleterre.

Henri II, né au Mans le 5 mars 1133, petit-fils, par sa mère Mathilde, de Guillaume le Conquérant, fils de Geoffroy Plantagenêt.

Geoffroi Plantagenet, qui avait été aussi comte d’Anjou, avait ordonné en 1109, par son testament, qu’Henri son fils aîné aurait, pendant la vie de sa mère, ces deux comtés avec celui du Maine ; que Guillaume posséderait le comté de Mortagne ; que Geoffroy VI aurait les villes de Loudun, de Chinon et de Mirebeau, et que Mathilde l'Emperesse  son épouse jouirait de la Normandie.

Cette illustre veuve n’eut pas plutôt cédé cette province à Henri II, que Geoffroi VI se mit en possession du comté d’Anjou.

Henri exécuta fidèlement la promesse qu'il avait faite à son père, puis il vint rendre hommage à Louis-le-Jeune, pour la Normandie, la Touraine, l'Aquitaine, le Maine et l'Anjou.

Le roi de France sentit aussitôt combien était redoutable un vassal aussi puissant et qui l'environnait de tous côtés ; il le pressa donc, plus encore dans son intérêt propre que dans celui de Geoffroy, de remplir ses serments.

Henri promit tout et résigna effectivement à son frère l'Anjou et la Touraine; mais il ne se vit pas plutôt affermi sur le trône d'Angleterre, qu'il envoya des ambassadeurs au pape, pour lui demander de le relever de son serment, ce qui lui fut accordé.

 Lorsqu’Henri alla occuper le trône d’Angleterre, parés la mort d’Etienne son cousin, fils d’Etienne comte de Blois, et de la sœur d’Henri I, qui avait usurpé ce royaume sur lui, mais ce roi étant repassé en France marcha vers le Poitou.

 Après avoir assiégé et pris Chinon, il se rendit maitre de ce que Geoffroi lui avait enlevé pendant son absence. Le vaincu abandonna cette ville et ses droits de succession pour une pension annuelle de deux milles livres monnaie d’Anjou, et mille livres monnaie d’Angleterre, et se rendit au vœu des Nantais, qui le choisirent pour leur comte à la place d’Hoël.

Chinon était depuis bien des siècles une place forte et importante ; c’était le Siège du premier Tribunal de la Province ; plusieurs Princes, plusieurs Rois l’avaient habitée.

 

Chinon ayant passé sous la domination d'Henri , ce roi créa dans cette ville, suivant la chronique manuscrite déjà citée dans ces Essais , une châtellenie royale d'où ressortirent plusieurs villes des environs , et la plus grande partie des communes qui aujourd'hui forment la juridiction du tribunal. Il fit bâtir dans le château les églises de S. Melène et de S. Macaire, détruites par ses successeurs, qui ne voulurent pas, avec raison, que les étrangers, sous le prétexte d'y aller en dévotion, prissent connaissance des fortifications.

L'église de Saint Georges qu'il avait également fait construire dans le fort de ce nom, ne fut démolie qu'en 1763. Il fit également bâtir une grande partie de l'église paroissiale de Saint Maurice de cette ville, dont l'autre partie fut achevée longtemps après avec les deniers de la fabrique, comme l'attestait une inscription placée sur le mur, qui en a été ôtée il y a plusieurs années.

 

vue de la ville et du château de Chinon 1859

(vue de la ville et du château de Chinon 1859)

 

CHINON AU XVe SIÈCLE

 

Il existait alors une importante muraille qui défendait la ville d'une attaque par la Vienne; on pénétrait dans la ville à l'est d'abord par la porte de Bessé, puis par la porte de Verdun, à l'ouest par la porte du Vieux-Marché, et au sud par la porte du Pont.

La ville proprement dite ne comprenait que la paroisse Saint-Maurice; celle de Saint-Etienne n'était alors qu'un faubourg.

Quant à l'aspect intérieur de Chinon au XVe siècle, on peut s'en faire une idée très exacte, grâce aux vieilles demeures, si remarquablement conservées, que tous les étrangers ne se lassent pas d'admirer; spécialement celles de la rue du Grenier-à-Sel, du Grand-Carroi, de la rue Saint-Etienne et de cette curieuse vieille rue Saint-Maurice, si admirablement décrite par René Boilève dans son roman de la jeune Fille bien élevée, description qui serait digne de figurer dans toutes les anthologies de la Touraine.

 

Quant au château, dont les tours au XVe siècle dominaient si fièrement la ville, il était divisé en trois parties à l'est, le « Fort Saint-Georges », au centre « le château du milieu et les Logis royaux »; à l'ouest « le fort du Coudray avec la Tour de Boissy et le donjon ».

Bien que les documents de la vie économique à Chinon au XVe siècle soient peu nombreux, il est établi cependant que la présence de la Cour, si modeste fut-elle, avait attiré un grand nombre d'artisans, et, à cette époque de misère générale, toute la vie du royaume se trouvait en fait concentrée à Chinon.

 

 

http://www.forteressechinon.fr/fr/component/content/article?id=21:l-histoire-de-la-forteresse

 

Essais sur l'histoire de la ville de Chinon (2e éd.) / par M. Dumoustier,

 

 VOYAGE DANS LE TEMPS DE CHINON ET DE NOTRE HISTOIRE <==.... ....==> Chinon, enceinte et fortifications de la Ville-Fort

 

 

Architecture : le style Plantagenêt - Recherches pour servir à l'histoire des arts en Poitou par Jos. Berthelé

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou