Les Fortifications de Chartres – La Porte Guillaume (Time Travel)

Ce fut ici, de tous temps, l’arrivée de Paris à Chartres. Selon les auteurs locaux, il aurait existé en ces lieux, une grosse et haute tour, formant donjon, à l’instar du château féodal, protégeant les habitants de la ville basse, ainsi que les métiers de la rivière. Cette construction serait-elle à l’origine de la puissante basse-cour qui précédait la porte ou à la place de celle-ci ?

Avant l’année 1181, la ville de Chartres n’avait pour fortifications que des remparts en terre. Pierre de Lorraine, successeur de l’évêque Thomas de salisbury, abbé de Celles et de Saint-Remy, obtint du comte de Chartres l’autorisation de clore de murs une partie de la ville. Les premiers travaux ne s’étendirent que sur l’espace compris entre la porte du Châtelet et la porte Saint-Michel ; ils durèrent deux ans. Pierre de Lorraine mourut en 1182 ; son successeur, Regnault de Mousson, continua son œuvre.

PORTE GUILLAUME CHARTRES OCTAVE DE ROCHEBRUNE

(Porte Guillaume à Chartres : [estampe] ([2e état, eau-forte, roulette et pointe sèche]) / O. de Rochebrune fec. janv 1881 Colorisation Equinoxe)

Vers 1185, les habitants de la ville basse commencèrent à creuser des fossés et à bâtir de nouveaux remparts qui, se joignant aux anciens, fermèrent complétement la cité. Ces travaux firent entrer dans l’enceinte de chartres l’église de Saint-André et l’abbaye de Saint-Père, qui étaient précédemment comprises dans le Bas-Bourg. Le comte de Chartres, pour ne pas perdre les bénéfices qu’il prélevait autrefois sur les impôts d’entretien des fossés, établit un droit de trois sous par poinçon sur le vin vendu en détail dans l’intérieur de la ville ; mais les aubergistes de chartres, afin de se soustraire à cet impôt, et n’osant augmenter leur  prix de vente, demandèrent et obtinrent l’autorisation de diminuer la capacité de la pinte, tout en maintenant l’ancien prix. Par dérision ou par rancune, le peuple donna le nom de Courte-Pinte à une grosse tour élevée vers cette époque près de la porte du Châtelet.

 Au XIIe siècle, Guillaume de Ferrières, Vidame de  Chartres, c’est-à-dire laïc chargé de défendre le temporel de l’évêque, aurait fait édifier une porte de ville flanquée de deux tours carrées, comme il était d’usage d’en établir à cette époque. De ce fondateur, la porte prend le nom de Guillaume.

Les fortifications étaient percées de sept portes : les portes Drouaise, de Saint-Jean, du Châtelet, des Epars, de Saint-Michel, Morand, et Guillaume. Cette dernière est était la mieux conservée et la plus remarquable de toute. Sa masse est imposante ; elle est flanquée de deux tours rondes unies par une coursive couronnée d’une galerie en saillie, à créneaux et mâchicoulis ; sous l’ogive de la voûte on voit la coulisse de la herse.

Au premier étage de la porte Guillaume, existait la chapelle Saint-Fiacre et Saint-Pantaléon, établi en 1250.

 En 1356, la France vaincue à Poitiers se trouve avilie par les Anglais. L’Utilisation de la poudre et de nouveaux engins de guerre obligent nos villes à trouver des moyens de défense plus adaptées pour suppléer à l’insuffisance des Vieux-fossés comme celui qui s’appelait le bras de rivière du Moulin-à-tan. Les Echevins de la ville aidés par les subsides fournis par les octrois royaux, reconstruisent presque entièrement la porte Guillaume et font creuser à une plus grande profondeur les fossés qui enserrent les portes Morard et Guillaume. Le niveau d’eau est maintenu à une hauteur d’un mètre trente, au moyen de deux déversoirs : l’un à la porte Iboust, et l’autre sous le pont de la porte Guillaume ou l’on peut encore voir le radier. A chacune des portes sont créés des ravelins ou barbacane formant éperon.

Les Fortifications de Chartres – La Porte Guillaume (Time Travel) (2)

En 1357 et 1358, en prévision d’une attaque anglaise, la ville avait déjà renforcé ses défenses dans toute cette zone basse en créant, au pied du rempart du XIIe siècle, un fossé rempli d’eau.

Sous Charles VI, il était devenu nécessaire de renforcer la porte pour l’adapter aux progrès de l’artillerie, d’autant plus qu’elle était particulièrement vulnérable vu sa position en contrebas par rapport au  coteau qui, à faible distance, domine la rive droite de l’Eure. Cette porte participe beaucoup à la vie locale. Un oratoire est établi au XIIIe siècle pour l’usage des hommes d’armes de l’évêque qui tiennent garnison en ce lieu.

C’est alors que fut reconstruite, en 1414 et 1415, la partie avancée de la porte : deux tours demi-rondes encadrèrent le corps central ou s’ouvraient la poterne aux charrois et la petite porte piétonne. On doubla le fossé, qui cerna un ilot artificiel entièrement fortifié, sorte de barbacane avancée protégeant la porte. L’entrée se fit désormais par l’est, dans l’axe de la porte Guillaume, par l’intermédiaire d’un pont fixe. Dans ce contexte, deux maisons d’habitation avec caves et atelier de tanneur furent édifiées dans la barbacane dès le XVIIe siècle.

Les Fortifications de Chartres – La Porte Guillaume (Time Travel) (3)

Vers 1520, un cordier, ayant établi ses rouets sur les murailles, y déposait ses filasses, et permettait à ses domestiques d’aller boire et manger sur l’autel. Maitre Jumeau, prêtre chapelain, s’en plaignit à la chambre de la ville, et obtint, le 21 juin 1524, de faire bâtir, à côté de la chapelle, une petite chambre pour lui servir de demeure, moyennant une rente annuelle de 27 sous 6 deniers tournois.

Nombreux  sont les pèlerins qui viennent faire oblation à Saint-Fiacre et Saint- Pantaléon. Une anecdote mentionne une plainte émanant du chapelain contre un cordier qui travaillait sur le chemin de ronde de la muraille et souillait le saint lieu de sa filasse : ses ouvriers buvaient et mangeaient sur l’autel !

On voit par un acte de la chambre de Chartres qu’en 1550 il y avait aussi, sur la porte Drouaise, une petite statue de la Vierge.

Après le siège de 1591 par Henri IV, il importait de réparer et d’augmenter les fortifications. Le gouverneur et les capitaines émettent alors l’idée d’établir une échauguette sur le haut de la porte Guillaume dans l’oratoire Saint-Fiacre. Cette approbation nuit au service divin et aux pèlerinages qui s’y maintiennent néanmoins jusqu’à la destruction de la chapelle par l’incendie de 1856.

Les Fortifications de Chartres – La Porte Guillaume (Time Travel) (1)

Au XVIIe et XVIIIe siècles, on délaissa les fortifications. La municipalité souhaitait embellir le lieu et fit détruire le vieux pont. Le pont-levis de la porte Guillaume fut remplacé par un pont de pierre. L’atelier de plamage (du tanneur) disparut. Des promenades arborées furent implantées sur les glacis qui longeaient les murailles et les riverains obtinrent le droit d’occuper les chemins de ronde.

Quand, au cours du XIXe siècle, on détruisit la plupart des portes de la ville et une grande partie des remparts, on conserva la porte Guillaume, qui était la plus spectaculaire : elle fut classé monument historique en 1852 (encore que certains habitants du quartier aient signé une pétition, en 1890, demandant qu’elle fut détruite !).

En 1856, un incendie se déclara sur la plate-forme de la porte, dans une partie de bâtiments loués à des commerçants, notamment un boulanger. Les dommages causés ne conduisirent à une restauration définitive qu’en 1893.

Ces travaux assurèrent la conservation du monument et rendirent disponible au 1er étage un espace assez vaste pour y établir une salle avec une bibliothèque pour la Société Archéologique d’Eure-et-Loir.

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La porte Guillaume après avoir servi la cité, devient, par ses qualités architecturales et sa beauté, le symbole de la puissance protectrice. Hélas, elle est anéantie, dans un moment de folie, par l’ennemi en fuite. Les Allemands minèrent la porte Guillaume, qui sauta dans la nuit du 15 au 16 aout 1944, entrainant la destruction des maisons voisines.

En 1903, la Bibliothèque populaire fondée par André Blondel s’y installa mais ferma définitivement en 1919.

 

La porte Guillaume de Chartres sera reconstruite d'ici 2024

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Les Fortifications de Chartres – Essai Historique et Archéologique<==.... ....==> Chartres le bombardement du vendredi 26 mai 1944