LES FORTIFICATIONS DE CHARTRES - ESSAI HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE

La ville de Chartres n'a pas toujours été la cité calme et paisible que nous voyons aujourd'hui, et peu de villes de l'intérieur de la France ont eu dans le passé une existence aussi mouvementée.

Par sa situation géographique, qui en faisait un des boulevards avancés de Paris, et par son importance économique comme centre d'approvisionnement en céréales, Chartres se sentait toujours sous le coup de la menace directe lorsque des armées faisaient campagne dans son voisinage.

Aussi l'entretien de ses murailles et les soins apportés aux fortifications qui assuraient sa sécurité furent-ils toujours au premier rang des préoccupations de ses habitants.

C'est l'historique de nos vieux remparts que j'ai essayé de résumer dans ce travail, évocation, pour notre ville, d'un passé militaire qui ne fut pas sans gloire, et dont elle peut être fière à juste titre.

Avant d'entreprendre cet exposé, il est intéressant de rappeler brièvement les nombreux sièges que nos remparts ont eu à subir, afin de faire saisir l'importance de leur rôle dans l'histoire générale de la cité.

Je passe sous silence un prétendu siège par César, siège auquel le vieux chroniqueur qui y fait allusion assigne même une durée de dix années (1).

La première attaque de la ville sur laquelle nous sommes renseignés plus sérieusement par quelques lignes d'un analyste est un siège mis par Clovis vers 495.

Le souvenir en a été transmis par le disciple de saint Laumer qui écrivit la vie de cet abbé, et qui rapporte que Laumer naquit vers le temps où l'armée des Francs assiégeait la cité chartraine : « Beatus Laumomarus, tempore quo Francorum exercitus Carnutensium vallabat civitatem, exortus est (2). »

En 600 ou 603, la ville assiégée par Thierry II fut obligée de se rendre, par suite de la rupture, par les assiégeants, des aqueducs qui l'approvisionnaient d'eau potable (3).

C'est certainement à ces attaques que fait allusion le moine Paul, lorsque, parlant des invasions normandes, il nous dit que les murailles avaient été affaiblies par les sièges antérieurs : « Moenia ab hostibus persaepe diruta (4)... »

En 858, les Normands d'Hastings conduisirent contre la ville une première attaque, qui semble avoir entraîné la mort de l'évêque et de nombreux habitants, ainsi que la ruine à peu près complète d'une partie de l'enceinte murée.

Nouveau siège en 911 par les Normands de Rollon, qui vaincus sous les murs de la ville par une armée de secours combinant ses efforts avec ceux des assiégés, furent obligés de battre en retraite après avoir perdu beaucoup d'hommes sur le champ de bataille et dans la rivière d'Eure  (5).

Vers 962, au cours de la longue lutte entre le comte Thibault le Tricheur et le duc de Normandie Richard, Chartres fut assiégé, pris et incendié par les Normands unis aux Danois, tandis que Thibault se faisait battre sous les murs de Rouen.

Les Fortifications de Chartres – Essai Historique et Archéologique

Au cours de la guerre de Cent Ans, Chartres se rendit sans lutte au capitaine bourguignon Hélion de Jacqueville, vers le mois d'août 1417.

En 1421 (1422 d'après Souchet) le Dauphin, à la tête de 6.000 à 7.000 harnais de jambes, 4.000 arbalétriers et 6.000 archers, vint mettre le siège devant la ville, défendue par le Bâtard de Thian; mais l'approche du roi d'Angleterre Henri V, à la tête d'une armée de secours, l'obligea à lever le siège après trois semaines d'efforts inutiles (6).

Dans la nuit du 15 août 1423, quelques Armagnacs déterminés tentèrent de reprendre la ville par un hardi coup de main. Repoussés au moment où ils escaladaient les murs, ils laissèrent entre les mains des Anglo-Bourguignons vingt des leurs, « qui furent décolez et escartelez parce qu'ils confessèrent qu'ils avaient tous conclud de mettre à l'espée femmes et enffans sans nully déporter (7) ».

Neuf ans après seulement, le 12 avril 1432, Chartres fut définitivement enlevé aux Anglais.

Deux marchands chartrains, Bouffineau et Lesueur, accompagnés de soldats déguisés en charretiers, s'emparèrent par surprise de la porte Saint-Michel, l'ouvrirent à deux forts détachements commandés par le Bâtard d'Orléans, Florent d'Illiers et La Hire, qui avaient passé la nuit en embuscade à courte distance des murailles.

C'est pendant la période des guerres religieuses, en la deuxième moitié du XVIe siècle, que Chartres a eu à subir ses deux derniers sièges.

Le premier, dirigé par le prince de Condé, dura du 28 février au 15 mars 1568.

L'ennemi, après avoir tâté les défenseurs de la porte Drouaise et de la porte Saint-Michel, lança sa principale attaque du côté de la basse ville. L'artillerie protestante pratiqua une large brèche dans la muraille entre la porte Drouaise et la rivière, mais tous les assauts dirigés de ce côté échouèrent contre la ténacité des défenseurs, et l'annonce de la trêve par suite des préliminaires de Long-jumeaux amena la retraite des assiégeants.

Vingt-trois ans après, Henri IV vint mettre le siège devant Chartres, qui avait embrassé avec ardeur le parti de la Ligue.

 Les opérations, commencées le 11 février 1591, furent d'abord dirigées contre la porte des Épars et les remparts avoisinants. Vers la fin du siège, l'objectif des assiégeants changea et prit pour but les murailles de la ville basse, du côté du Massacre.

L'artillerie royale se montra très active au cours du siège; mais, cette fois encore, toutes les tentatives pour enlever la ville d'assaut restèrent infructueuses.

Cependant l'épuisement des munitions et l'absence des secours annoncés par Mayenne obligèrent la ville à capituler.

Le 19 avril, après plus de deux mois de siège, les portes furent ouvertes aux troupes du roi, qui fit son entrée dans Chartres le lendemain.

Ces événements marquèrent la fin du rôle militaire de notre ville, qui fut définitivement déclassée comme place forte en 1804.

 

L'ENCEINTE GALLO-ROMAINE

Le plateau sur lequel s'élève la partie haute de la ville de Chartres offrait un site tout à fait favorable pour l'organisation défensive d'une agglomération.

Du côté de l'est, le terrain s'abaisse en pente rapide vers la rivière d'Eure : 157 mètres à la Cathédrale, 126 mètres au bord de la rivière. Vers le sud et le sud-est, le terrain descend dans la direction de Saint-Brice et des Bas-Bourgs. A l'ouest se creuse le vallon des Vauroux, en grande partie remblayée aujourd'hui par les travaux du chemin de fer, vallon au fond duquel coule le Couasnon, ruisseau qui vient confluer à l'Eure au pied des hauteurs de Saint-Maurice.

Ainsi protégé par des pentes sur trois de ses côtés, le plateau ne pouvait être abordé de plain-pied que par le front, qui s'étend entre le plissement des Vauroux et le sommet des pentes descendant vers Saint-Brice, c'est-à-dire, avec la topographie actuelle, entre le Marché-aux-Chevaux et la place Saint-Michel.

Le sommet de cette sorte de cap formait une excellente position défensive, et c'est là que s'élevèrent les premières fortifications chartraines. Plus tard, l'extension de la ville et l'utilisation industrielle de l'Eure amenèrent l'agrandissement de l'enceinte primitive. Il fallut protéger les industries dites « du métier de la rivière », et les murailles descendirent dans la vallée pour englober les groupements nouveaux qui formèrent la ville basse. Cette dernière partie des défenses de la ville, dominées à courte distance par les hauteurs de Saint-Barthélemy, du Clos-l'Évêque, des Filles-Dieu et de Saint-Maurice, perdit de plus en plus de sa valeur défensive, à mesure que les progrès réalisés par les armes à feu augmentèrent la portée des pièces d'artillerie et des armes portatives, et dès le XVIIIe siècle les remparts de Chartres ne présentaient plus aucun intérêt au point de vue militaire.

Un oppidum gaulois s'éleva-t-il sur la crête du terrain dont nous venons d'esquisser la physionomie générale? Nous l'ignorons. Aucune trace apparente n'en a jusqu'à présent révélé l'existence. Le nom de la cité Carnute n'apparaît nulle part comme associé à des opérations militaires pendant les campagnes de César, et l'antique Autricum semble avoir été un centre religieux bien plutôt qu'une ville guerrière.

Il n'en fut certainement pas de même de la ville gallo-romaine qui lui succéda, et qui, .si elle ne fut pas fortifiée à son origine, dût, comme tant d'autres villes de la Gaule, s'entourer d'une ceinture de murailles lors des invasions barbares de la fin du Ille et du IVe siècle. En effet, bien que nous ne possédions pas de vestiges matériels absolument certains de l'enceinte gallo-romaine, le fait de son existence ne peut faire aucun doute.

Paulin, dans la Vie de Saint Martin (L, iv-v. 255), parle des « Carnutena mœnia ».

Un religieux de l'abbaye de Saint-Père, le moine Paul, qui écrivait vers 1030-1050, et avait certainement encore sous les yeux de notables fragments de la vieille enceinte, nous décrit la ville célèbre par la grandeur de ses murs, construite en larges pierres carrées et munie de tours, description qui s'applique trait pour trait aux enceintes défensives élevées sur certains points de la Gaule à l'époque des invasions barbares(8).

Ajoutons que la ville fut l'objet de sièges aux Ve, VIIe, VIIIe siècles et qu'il est peu vraisemblable qu'elle ait pu opposer alors à ses divers agresseurs d'autres défenses que les fortifications élevées par les Gallo-Romains.

La question ne semble d'ailleurs même pas soulever de discussion, et l'Histoire de France (9) publiée sous la direction de M. Lavisse mentionne Chartres parmi les villes dont Charles-le Chauve fit restaurer les murailles romaines, afin de résister aux incursions des Normands.

Mais si l'existence d'une enceinte gallo-romaine autour de Chartres ne paraît pas douteuse, le tracé de celle-ci, à défaut de restes tangibles certains, n'est établi, jusqu'à présent, que d'une façon conjecturale.

Il est à remarquer qu'aucun historien de Chartres n'a même fait allusion à une enceinte de cette époque. Souchet indique un périmètre ancien, mais san-s lui fixer aucune date. Même vague dans Challine. Doyen et Chevard font remonter au IXe siècle (840 et 850) l'état ancien qu'ils décrivent. Silence complet dans Ozeray. Lépinois, étudiant la topographie de Chartres au XIe siècle, se borne à dire qu'avant la deuxième moitié du IXe siècle l'enceinte était très étendue.

Le Tableau de la Ville de Chartres en 1750, de MM. Buisson et Bellier de la Chavignerie, garde le même silence.

Seul M. de Boisvillette, dans l'unique volume de la Statistique archéologique d'Eure-et-Loir publié en 1864, se préoccupa de rechercher les limites de la ville murée gallo-romaine, et, guidé par des considérations générales d'ordre militaire ainsi que par l'étude particulière de la topographie chartraine, esquissa ainsi ce qu'il appelait le « diagramme romain » : « Un côté ou base passant par les absides de Saint-Aignan et de Notre-Dame, prolongé jusqu'à Saint-Jacques ; un retour à peu près perpendiculaire de Saint-Jacques aux environs de la porte Saint-Jean: une parallèle à la première ligne de Saint-Jean un peu au- delà des Halles, et une seconda perpendiculaire des Halles à l'Étape-au-Vin, formant ainsi un parallélogramme de près de 600 mètres de base, sur 300 mètres de hauteur, incliné N.-O. et accompagné E. et O. d'agglomérations urbaines (10). »

L'auteur ne donnait, du reste, cette indication que comme une hypothèse et il ajoutait cette prudente restriction : « Cette restriction théorique satisfait, en somme, à la solution générale, sans trop engager les points particuliers, la plupart incertains ou inconnus; elle encadre l'oppidum romain de côtés simplement possibles, et c'est tout ce que l'état des lieux ait permis de lui attribuer. »

Ce tracé est également adopté par M. René Merlet, dans le Guide du Congrès archéologique tenu à Chartres en 1900. « La cité, close de murailles, aurait eu la forme d'un rectangle, mesurant environ 800 mètres de longueur sur 250 mètres de largeur. Partant de la place de l'Étape-au-Vin, l'enceinte suivait la crête de la colline jusqu'à la rencontre de la vallée des Vaux-Roux, passant sous l'abside de l'église Saint-Aignan, sous le chœur de la Cathédrale, et longeant probablement le haut de la rue Muret, d'où elle retournait vers l'ouest à angle droit, contournant la butte actuelle des Charbonniers et le rempart Châtelet. Elle se poursuivait ensuite parallèlement aux rues Sainte-Même et Percheronne, traversant sans doute la place Marceau et de là aurait été gagner la place des Halles pour revenir à l'Étape-au-Vin ».

Il est certain que cette esquisse, qui donne à la ville un périmètre de 2.100 mètres environ, est très vraisemblable. Elle est bien d'accord avec les conditions topographiques dont s'inspiraient généralement les ingénieurs gallo-romains pour établir l'assiette de leurs constructions militaires, et elle semble conforme à ce principe du resserrement du périmètre des villes fortifiées qui a présidé à l'établissement de la plupart des enceintes des IIIe et IVe siècles. M. Blanchet la reproduit dans un ouvrage sur les Enceintes romaines de la Gaule mais en indiquant qu'on ne peut l'accepter que comme un essai provisoire.

Cependant, comme nous l'avons déjà dit, aucun reste absolument certain, aucun vestige incontestablement authentique ne permet de jalonner tout au moins quelques points du tracé proposé.

On a voulu voir des restes de l'ancienne enceinte gallo-romaine dans une muraille à redan, construite en maçonnerie revêtue de pierres de petit appareil avec chaînages de briques, qui existe encore dans une des parties les plus anciennes de la crypte de la cathédrale, dite le caveau de Saint-Lubin. Cette attribution se heurte à de très sérieuses objections, qui ont encore été fortifiées par la découverte assez récente, un peu en arrière du premier, d'un second mur dont l'existence se comprendrait difficilement dans l'hypothèse d'une construction militaire (11).

M. Mayeux serait plutôt tenté de chercher dans cette partie du périmètre fortifié la trace de l'enceinte gallo-romaine sous les murailles qui soutiennent la terrasse de l'évêché (12).

La fouille exécutée dans le talus de la Butte des Charbonniers, au pied de l'ancienne muraille, en vue de l'érection du monument aux morts de la Grande Guerre, a mis à jour un vieux parapet de mur, épais de 0 m. 80, construit en moellons hourdés au mortier de chaux. On a constaté l'existence d'un chemin de ronde pavé de gros carreaux. Ce mur, construit sur la marne, suivait le terrain naturel dans sa pente ascendante (13).

Si, comme on a tout lieu de le supposer, par suite du voisinage de restes gallo-romains certains (tête d'égout en briques), ce fragment de mur faisait partie de l'enceinte gallo-romaine, le tracé de Boisvillette et Merlet serait confirmé pour cette partie de son parcours.

D'autre part, certaines découvertes opérées sur d'autres points de la ville, ainsi que d'anciennes traditions locales, ne laissent pas que d'être assez troublantes et de faire naître des hésitations sérieuses sur l'étendue et la disposition des défenses antiques de Chartres.

C'est ainsi que Lecocq signalait en 1870, lors de la démolition du pâté de maisons situé entre l'église Saint-André et le pont des Minimès, la présence sur le plateau situé à la base du tertre Saint-Nicolas et sous quelques maisons voisines d'énormes substructions gallo-romaines : murailles de 3 ou 4 mètres d'épaisseur dans leurs fondations, surmontées de murs en moellons d'appareil de 10 centimètres de hauteur sur 15 centimètres de longueur, le tout lié par un mortier de sable et de chaux indestructible. De là, deux longues lignes de murailles se dirigeaient diagonalement vers la terrasse de l'évêché, et au milieu de l'espace laissé entre elles, qui mesurait 3 m. 40, se trouvaient les fragments d'un aqueduc, ayant un radier pavé de briques carrées de 60 centimètres de côté sur 6 centimètres d'épaisseur (14).

Faut-il voir dans ces anciennes substructions les restes d'une sorte de chemin couvert, qui aurait établi une communication entre le corps de la place, sur le sommet du plateau, et un ouvrage situé au bord de la rivière? Rien ne permet de l'affirmer, mais l'hypothèse peut être considérée comme d'autant plus vraisemblable qu'une voie romaine aboutissait à la rivière sur ce point.

Nous savons également que le bras de l'Eure qui va de la Courtille au Vieux Trou a porté de temps immémorial le nom de « Vieux Fossés » et passe pour avoir constitué l'ancienne défense de la ville, à une époque où celle-ci était bien plus étendue du côté de la vallée. « Ce canal, dans les anciens titres, dit Challine, s'appelle les Vieux Fossés, et il y a apparence que c'étaient les anciens fossés de la ville, parce que le long de son cours, de part et d'autre, on y trouve, en fouillant la terre, quantité de masures et de vieux fondements de grosses murailles, qui font croire que cet endroit a été rempli de quantité de beaux bâtiments (15). »

Enfin, d'importants vestiges de murailles, qui ne semblent pas avoir fait partie de constructions privées, ont été découverts dans la région de Saint-Brice. D'après Souchet, l'abondance des fondements anciens mis à jour permettait de croire à une extension de la ville antique de ce côté (16).

Même opinion chez Challine, qui indique l'existence dans le clos du prieuré de Saint-Martin-au-Val d'une muraille de pierres fort épaisse, dont le commencement regarde le midi, qui fait un coude dans le même clos et se continue le long des Bas-Bourgs, vers la ville (17). »

De même dans Chevard : « On trouve dans presque toute la longueur du faubourg Saint-Brice, à travers les jardins, les fondements d'un mur très épais, qu'on ne peut guère envisager que comme les vestiges d'une ancienne clôture de la ville (18). »

Ces murailles ont été signalées de nouveau du côté de l'abattoir sous la forme de murs doubles, avec barrage de terre et de pierrailles, paraissant se diriger vers Saint-Pierre (19).

Dans les prés dépendant de l'hospice, des travaux ont mis à jour un mur très large, où l'on a cru reconnaître des parties circulaires, semblables à des tours.

Enfin, des murailles de trois mètres de largeur aux fondations ont été reconnues sur plusieurs points près du bureau d'octroi et dans plusieurs jardins avoisinants (20).

Il est évident qu'on ne saurait tirer de ces traditions, non plus que de ces découvertes, des indications offrant une précision quelconque au point de vue de l'assiette et de l'étendue du périmètre fortifié de Chartres antique.

Ce que nous savons des nécessités qui ont présidé au remparement des villes gallo-romaines donne tout à fait créance à l'hypothèse du resserrement de la cité sur le plateau, admise par Boisvillette et Merlet, et ne permet guère de croire à une extension aussi considérable de la ville, soit du côté des Vieux Fossés, soit du côté de Saint-Brice.

Mais, s'il est difficile de chercher dans les substructions de Saint-Brice des vestiges de la clôture urbaine antique, peut-être n'est-il pas téméraire d'y voir les restes d'une construction indépendante, ayant, elle aussi, un caractère militaire.

Nous savons, par la Notitia dignitatum, que Chartres était le siège d'une garnison de Lètes Teutons, ayant à leur tête un Praefectus.

Je serais assez tenté de considérer les murailles dont nous venons de parler (qui n'appartiennent pas, selon toute vraisemblance, à des constructions privées) comme ayant fait partie d'un camp à caractère permanent, d'une sorte de castellum destiné au casernement des troupes de la garnison, et peut-être aussi à la défense de la ville du côté de la rivière, traversée à cet endroit par une voie romaine de Chartres à Blois, la regia strata.

En somme, si l'on veut faire, en pareille matière, une part un peu large à l'hypothèse, on peut, en tenant compte des traces relevées sur les lieux, se représenter ainsi le Chartres militaire à l'époque gallo-romaine : sur le plateau et bordant les crêtes au-dessus de l'Eure et du ruisseau du Vauroux, une enceinte continue, de forme à peu près rectangulaire; un chemin couvert entre deux murs parallèles, partant de cette enceinte en un point voisin de l'angle de la terrasse de l'Évêché, pour aboutir à un ouvrage avancé, sorte de tête de pont, situé sur la rivière, vers le site actuel de l'église Saint-André; enfin, au bord de l'Eure, sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui l'hospice Saint-Brice, un castellum occupé par la garnison permanente d'auxiliaires germains.

Ce n'est là, encore une fois, qu'une restitution tout à fait hypothétique, mais qui se tient, malgré cela, dans les limites de la vraisemblance, en tenant compte des vestiges matériels en même temps que de certaines données traditionnelles.

 

L'ENCEINTE DITE DU IXe SIÈCLE

Il ne semble pas douteux que, lors des différentes attaques que Chartres eut à soutenir jusqu'à sa mise à sac par les Normands en 858, l'enceinte urbaine était constituée par les anciennes murailles gallo-romaines.

Il faut rejeter sans hésiter l'hypothèse d'une enceinte du VIIIe siècle, esquissée par Buisson et Boisvillette dans le Tableau de la ville de Chartres en 1750, où ils décrivent (p. 4) : « l'état des fortifications de la ville de Chartres avant leur destruction par Hunald, duc d'Aquitaine, en 743 », fortifications qui, d'après les auteurs, auraient été reconstruites et détruites à nouveau par le Normand Hastings, en 858.

Ces indications figuraient déjà dans un travail de quelques pages de Lejeune : Notice historique sur les anciennes fortifications de Chartres. Empruntées à la Vieille Chronique, qui sert de préambule au Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, elles n'ont aucunement trait à la détermination d'une enceinte fortifiée, mais sont simplement l'énumération d'anciennes forteresses ou maisons de la ville, auxquelles on donnait souvent le nom de « tours », avec la mention des fiefs, dont elles relevaient (21).

Il paraît non moins certain qu'après leur destruction partielle, en 858, les remparts furent l'objet d'un remaniement considérable, qui aboutit à la construction de l'enceinte connue à Chartres sous le nom d'enceinte du IXe siècle, dont le souvenir apparaît à plusieurs reprises dans les Archives chartraines (22) et se retrouve fréquemment lié à des découvertes de tronçons de murailles anciennes, dont quelques restes plus ou moins authentiques sont indiqués sur certains plans de la ville.

La détermination et le tracé de cette enceinte ne vont cependant pas sans soulever quelques difficultés. En effet, un texte fameux et souvent bien cité du moine Paul indique en ces termes les modifications apportées par les Chartrains à l'enceinte de leur ville, après le siège de 858 : « Qui totam urbis subversionem, reedificare minime valentes, civitatis angulum adhuc muro circumdatum ad abitandum eligunt, et ex murorum ruderibus, ad instar muri, sine cemento posito inibi lapide super lapidem, sicut usque apparet, se munire satagunt (23). »

Il semble résulter de ce texte que la partie protégée fut plutôt restreinte et la muraille nouvelle élevée en pierres juxtaposées à sec, sans être reliées par du ciment. Bois-villette, suivant fidèlement la leçon du chroniqueur, donne à la nouvelle enceinte une superficie moindre que celle qu'il avait attribuée à la cité gallo-romaine, et la détermine ainsi : « Ligne tangente, ou environ, au chevet des églises Saint-Aignan et Notre-Dame, tenant de plus ou moins près la crête naturelle du coteau de l'est, par les portes Cendreuse et Evière, retournée nord-ouest vers la porte Neuve, avec l'enceinte du cloître qui longe l'ancien Marché à la Filasse et la rue du Cheval-Blanc, jusqu'à la rue du Bœuf-Couronné; puis revenant d'équerre dirigée sur la grande boucherie du For Boyau, parallèle à la rue Sainte-Même, et de là s'engageant au sud-est dans les rues de la Boucherie, du Vieux-Marché et de la Poële-Percée, pour refermer le périmètre à l'Étape-au-Vin et la poterne Nivelon, au haut du tertre Saint- François (24). »

M. Lefèvre-Pontalis pense que lorsque les Chartrains réduisirent ainsi le périmètre de leur ville, l'évêque Gislebert repoussa l'enceinte d'une cinquantaine de mètres vers l'orient, afin de pouvoir agrandir la Cathédrale (25).

Dans une savante étude sur le Siège de Chartres par les Normands, M. Lair adopte le tracé indiqué par de Boisvillette comme représentant la clôture de la ville lors du siège de 911, notamment sur le front restreint de l'angulus du côté du sud. C'est sur ce front que l'auteur place la Porte-Neuve, au sommet de laquelle l'évêque Gancelme serait apparu, montrant aux combattants engagés dans la rude mêlée l'insigne relique de la Chemise de la Vierge.

M. Lair ajoute même « qu'une étude attentive des lieux a permis de retrouver les traces du mur de fortune rue du Marché-à-la-Filasse et rue du Cheval-Blanc ». (26)

 

M. René Merlet est moins affirmatif et dit seulement : « Avec les matériaux subsistants, ils (les Chartrains) élevèrent un autre mur qui, longeant les rues actuelles du Marché- à-la-Filasse et du Cheval-Blanc, venait se souder au reste de l'enceinte, d'une part près des bâtiments de l'évêché, et d'autre part à l'entrée de la rue Percheronne (27). »

L'auteur ne donne cela que comme une hypothèse et n'indique nullement qu'il ait été trouvé aucune trace de ce mur.

Il me semble que la détermination dont parle M. Lair ne pourra être faite avec certitude que lorsqu'on aura trouvé en place, conformément au texte du moine Paul, des murs construits en pierre sèche, sans ciment, et je ne sache pas qu'il ait été fait, jusqu'à présent, aucune découverte de ce genre. J'inclinerais plutôt à penser que la restriction de la place à l'angulus ne fut que momentanée. L'établissement du mur en pierres sèches n'a dû constituer qu'un remparement de fortune, purement temporaire, dont il restait probablement encore quelques traces au temps du moine Paul, ce qu'il exprime par ces mots : « sicut usque nunc apparet », mais ne formait pas un des éléments constitutifs de l'enceinte, dite du ixe siècle, sur laquelle portèrent vraisemblablement les efforts des Normands lors du siège de 911.

Les vestiges nombreux d'une enceinte très ancienne beaucoup plus étendue ne permettent guère d'envisager une restriction permanente du périmètre. Je crois, au contraire, que, dans la période comprise entre les deux sièges de 858 et de 911, l'enceinte fut reprise en utilisant pour la majeure partie le travail gallo-romain, et quelque peu agrandie, principalement du côté de Saint-Michel. C'est ainsi que se serait constituée cette clôture, dite du IXe siècle, décrite par la plupart de nos historiens locaux qui lui donnent une étendue supérieure à celle que Boisvillette attribue à son périmètre diminué.

Je me borne à reproduire le tracé esquissé par Souchet, dont les indications données par Doyen et Chevard ne sont, en somme, que l'amplification :

« Côté de la porte Saint-Michel, d'où elle (l'enceinte) continuait le long du heurt, qui est dans l'enclos des Cordeliers au-dessus de la garenne de Saint-Père, près le cimetière Saint-Anian, par Saint-Vincent, qui était contre la Porte Cendreuse, à la Tour, où il y avait une poterne, par Saint-Eman à Saint-Étienne, en la rue du Chinche, à Mure-en-Muret (à présent rue Chantault), d'où rebroussant par derrière la Prescherie, elle allait gagner le bourg du Châtelet, qui estoit hors la ville, et brisant par la rue du Bœuf-Couronné, s'en allait, par la Boucherie et les Halles, rejoindre la porte Saint-Michel (28). »

Pour Challine, qui, comme nous l'avons dit plus haut, étendait la ville ancienne jusqu'aux Vieux Fossés, la clôture de la cité, du côté de l'orient, aurait été élevée entièrement après le siège de 856 : « Alors, dit-il, les Chartrains furent obligés de se clore du côté de la vallée et contraints de diminuer leur ville presque de moitié et se contentèrent de faire une muraille fort légère depuis la porte Saint-Michel jusques à la rue du Muret, qui demeura hors la ville et ne lui servit que de faubourg (29). »

C'est également l'hypothèse admise par Lépinois : « Les habitants chassés de la basse ville lors du sac de 856 se réfugièrent sur la colline et bâtirent du côté de l'orient une grande muraille, qui dominait toute la vallée, depuis Saint-Michel jusqu'au Muret (30). »

En résumé, le tracé indiqué par Souchet me semble d'autant plus probable qu'il est corroboré par de nombreux fragments de murs, qui ont permis de suivre pas à, pas l'ancienne enceinte de la ville haute.

 Si nous nous en référons à ce sujet au Tableau de la Ville de Chartres en 1750, nous voyons que des vestiges, appartenant plus ou moins authentique -ment à la clôture du IXe siècle, ont été mis à jour sur tout un périmètre : à la garenne de Saint-Père, le long de la terrasse du jardin des Cordeliers; à travers le tertre Saint-François, où était la porte Nivelon; le long de la terrasse du jardin du presbytère Saint-Aignan (31) derrière l'abside de l'église et au tertre Saint-Aignan (32); au bas de la chapelle Saint-Vincent, où était la Porte Cendreuse; au pied du château des Comtes; au-dessus de l'escalier de la Reine-Berthe, au tertre Saint-Eman, où était la porte Evière; dans l'ancien couvent de Saint-Jean; au bas de la terrasse de l'évêché; aux rues Chantault et Muret; à la rue de la Prescherie, aujourd'hui supprimée; aux Jacobins, aujourd'hui couvent de Saint-Paul; près la porte Châtelet; aux anciennes rues du Bœuf-Couronné et du For-Boyau; à la place des Halles; près de l'emplacement de l'ancienne église Saint-Michel, vis-à-vis de l'ancienne auberge du Grand-Sauvage, et au cul-de-sac Saint-Michel, absorbés aujourd'hui dans les bâtiments du Lycée (33).

En outre, M. l'abbé Hénault a signalé la découverte de tronçons d'anciens murs de ville, les uns dans le haut de la rue Saint-Eman, se dirigeant vers le couvent de la Providence, les autres entre les rues du Soleil-d'Or et du Cygne, à l'angle des rues du Cygne et Marceau (34).

Plan_de_la_ville_de Chartres Société_archéologique

Ces murs, d'une épaisseur d'environ 2 mètres, sont construits en pierres et cailloutage noyés dans du mortier. Une partie encore visible entre les rues du Soleil-d'Or et du Cygne présente une hauteur de 9 mètres au-dessus du sol, mais les substructions reconnues dans la cave d'une boucherie et plongeant à plus de 4 mètres donneraient à la muraille une hauteur d'au moins 13 mètres. Le mode de construction de ces murs ne permet pas de leur assigner une date déterminée, mais la direction générale de leurs tronçons reconnus est tout à fait d'accord avec les tracés indiqués par les anciens auteurs.

Il est bon de signaler également que M. Blanchet, faisant allusion à ces murs, déclare qu'ils n'ont pas, selon lui, les caractères d'un mur d'enceinte de l'époque romaine (35).

L'enceinte, telle que nous pouvons nous la représenter ainsi, était percée de plusieurs portes. Sur la face qui regardait la vallée s'ouvraient la Porte Nivelon ou Nouvelon, dans le tertre Saint-François, à hauteur de l'abside de l'église Saint-Aignan ; la Porte Cendreuse au bas de la rue du même nom; à côté de la chapelle Saint-Vincent, la Porte Evière à la hauteur du tertre Saint-Eman.

Dans le haut de la rue Muret devait exister une porte défendue par une bretèche, signalée par certains auteurs comme tête des fortifications du IXe siècle, dominant le Muret.

L'existence d'une porte du côté de Saint-Jean est également tout à fait probable. Venait ensuite la Porte Neuve, dont nous ignorons l'emplacement exact, mais qui, selon toutes probabilités, devait être située à hauteur de la rue du Cheval-Blanc, qui porta longtemps le nom de la rue Porte-Neuve. Puis la Porte Percheronne, voisine de l'extrémité de la rue de ce nom, mentionnée en ces noms par l'Aganon Vêtus « Via publica qui pergit ad portam Perticam ». Enfin, la porte Saint-Michel, qui s'ouvrait à peu près au point où se trouve aujourd'hui le grand portail du Lycée.

La partie basse de la ville restait ainsi sans défense continue; mais il semble bien, d'après la tradition locale, que la rue et le pont du Bourg (pont Bouju actuel) qui constituaient la voie d'accès principale de Chartres du côté de la vallée, étaient protégés par une tour isolée, qui s'élevait, soit au bord même de la rivière, soit un peu en avant, à l'endroit où fut construite par la suite la porte Guillaume.

Cette clôture du IXe siècle devint sans valeur militaire et sans utilité lorsque, la ville prenant plus d'étendue, les fortifications furent poussées au bas de la colline jusqu'au- delà la rivière et avancées sur le plateau du côté de la plaine. Complètement englobée dans la nouvelle enceinte, la vieille muraille ne s'effondra pas certainement d'un seul coup, mais disparut vraisemblablement peu à peu, par suite de démolitions partielles ou absorbée dans des constructions nouvelles.

Nous sommes également peu renseignés sur le sort des portes dont nous venons de parler. L'existence des Portes du Muret et de Saint-Jean ne repose que sur des hypothèses.

Nous ignorons tout de la Porte Neuve et de son emplacement exact (36). La Porte Saint-Michel fut vraisemblablement englobée dans la porte nouvelle du même nom, lors des remaniements que subit l'enceinte de ce côté de la ville.

La destruction des portes Nivelon et Evière doit être assez ancienne, mais nous n'avons aucune précision à cet égard. Toutefois Chevard, en parlant de cette dernière porte, indique que, de son temps, il en restait encore des masses vis-à-vis de la pointe des bâtiments de Saint-Jean, autrefois Saint-Étienne (37). D'après le Tableau de la ville de Chartres en 1750, les infirmeries de Saint-Jean auraient été construites sur l'emplacement de la Porte Evière.

La démolition de la Porte Cendreuse commença en 1504. Elle était achevée en 1566, mais Roulliard nous dit qu'il restait encore alors (en 1609) quelques jambages de pierre de cette antique entrée de la ville (38), et Challine confirme l'existence de « vestiges qui paraissoient avoir été les jambages de cette porte (39). »

Quant à la Porte Percheronne, nous savons, d'après un texte du Cartulaire de Notre-Dame de Chartres daté de 1300 qu'elle existait encore au commencement du XIVe siècle et qu'elle était voisine de l'enceinte du cloître, mais distincte de la porte de cette enceinte qui portait le même nom (40).

 

Cette porte du cloître, donnant sur le carrefour de la Pelleterie, vers le point de jonction actuel des rues Percheronne et du Soleil-d'Or, ne disparut qu'au mois d'octobre 1789, sous condition expresse que les gonds seraient remis aux encoignures, comme marque tangible du droit de clôture appartenant au Chapitre (41).

 

LES FORTIFICATIONS DU Xe AU XVIe SIÈCLE

Le calme relatif qui suivit les invasions normandes permit aux Chartrains de sortir de leur refuge muré et de descendre de nouveau dans la vallée vers la rivière, dont ils occupèrent les deux rives.

Le monastère de Saint-Père, fondé vers le milieu du VIIe siècle et détruit de fond en comble par les pirates du Nord, lors de deux attaques, se relevait rapidement de ses ruines sous l'épiscopat d'Aganon (vers 946), qui fit édifier un vaste monastère et une grande basilique. En même temps, plusieurs agglomérations se constituaient à l'est et au nord de la ville : le bourg Saint-Père dans le voisinage immédiat de l'abbaye, le bourg proprement dit, le bourg Saint-André et le bourg Muret.

Abbaye et bourgs avaient besoin de protection, et nous voyons dès la fin du Xe siècle s'esquisser sur les pentes du coteau et dans la vallée une ligne de défense, qui se complète peu à peu au cours des XIe et XIIe siècles.

Vers 987, Eudes, comte de Chartres, à la sollicitation de Gilbert, abbé de Saint-Père, avait obtenu de Hugues Capet, son cousin, la permission de construire des murs depuis la Porte Saint-Michel jusqu'à la Porte Morard (42).

Il semble bien que cette clôture eut surtout pour but la protection du monastère; mais elle n'en constitua pas moins, pour ce côté de la cité, une défense, qui devint encore plus efficace deux siècles plus tard, lorsque l'îlot fortifié que représentait Saint-Père fut réuni complètement à la ville.

En outre, l'existence d'une clôture le long de la rivière est nettement déterminée par les noms des portes Morard, Tireveau, Imbout et Drouaise, dont il est question dans des titres antérieurs au XIIe siècle.

La Porte Guillaume devait également faire partie de l'enceinte, car plusieurs auteurs signalent quelques substructions datant du XIe siècle, « qui seraient encore visibles bien loin de l'entrée du côté de la ville ».

Comment était constituée cette clôture primitive de la ville basse?

 Nous l'ignorons complètement, car rien ne nous permet d'affirmer que nous ayons encore sous les yeux un reste quelconque de la construction première. Il est très possible que, jusqu'aux grands travaux de la fin du XIIe siècle, auxquels nous allons arriver dans un instant, cette clôture ait consisté simplement en un retranchement de terre, muni de palissades, dans lequel étaient pratiquées des ouvertures correspondant aux portes que nous connaissons.

A une certaine distance en avant de cette enceinte le bras de rivière, connu sous le nom de Vieux-Fossés, offrait déjà une première ligne de défense d'une certaine efficacité.

Du côté du plateau, la ville n'était protégée que par des fossés, entourant les faubourgs de Beauvoir, du Châtelet et de Saint-Michel, restés en dehors de la clôture du IXe siècle. Il est question de cette défense dans le Livre des Miracles de Notre-Dame de Chartres (43), à propos des Bretons établis à Chartres, descendants d'ancêtres venus autrefois y chercher un refuge contre les envahisseurs normands :

Si sont il gent de grant proesce,

A Chartres ont leur forteresce

Clouse des fosez sainte Foi.

(Miracle 17, p. 102).

Ces fossés, pour assurer une protection efficace et ne pas présenter d'hiatus dangereux, devaient vraisemblablement entourer le bourg Sainte-Foi, situé hors des murs de l'enceinte du IXe siècle et s'appuyer à ces murs par leurs extrémités. Je ne partage pas sur ce point l'opinion de M. Jusselin, qui, suivant en cela l'opinion de M. René Merlet, place les Fossés Sainte-Foy, qui limitaient la forteresse des Bretons, sur l'emplacement actuel de la rue Sainte-Même (44).

A mon avis, la vieille muraille n'avait pas encore disparu et elle suivait de trop près le tracé actuel de la rue Sainte-Même pour qu'une agglomération quelconque ait pu trouver place entre elle et l'emplacement de cette rue.

La fin du XIIe siècle vit s'exécuter de très importants travaux de fortification. C'est alors que l'enceinte, remaniée et complétée, reçut son développement définitif, auquel ne vinrent s'ajouter par la suite que les fossés de la ville basse et quelques défenses accessoires, ainsi que les ouvrages avancés destinés à couvrir les portes principales.

L'entretien des fossés de la ville haute était alors à la charge des sujets de l'église.

En 1181, à la suite d'accords intervenus entre l'évêque Pierre de Celles et le comte Thibaud, ce dernier déchargea les sujets ou serfs du chapitre de cette obligation, moyennant le paiement de mille livres, destinées à élever une muraille « à la réfection de laquelle ils ne seraient tenus en cas qu'elle vînt à tomber, ni à curer les fossez s'ils venaient à se combler (45) ».

En exécution de cette convention, le comte fit construire un mur d'enceinte le long du clos Notre-Dame, depuis la porte Saint-Michel jusqu'à la porte des Épars. De son côté, l'évêque fit continuer à ses frais les murailles de la Porte des Épars à la Porte Châtelet, et élever, dans cette partie de l'enceinte, la belle tour Courtepinte, réputée la plus forte de la ville.

 Souchet décrivait ainsi cette tour, qui, au dire de l'huissier Duparc (1568), avait trente-six pieds de hauteurs : « Cette tour descend jusqu'au bas du fossé et a une belle casematte au pied, qui a 12 ou 13 pieds d'épaisseur par bas et 9 ou 10 par le hault. On disait qu'elle pourrait soutenir plus de 600 coups de canon, joinct qu'on ne peut l'abattre par le pied, et, si au lieu de ravelin, on eust fait une douzaine de semblables tours, on eust rendu la ville imprenable (46) ».

Légende LES FORTIFICATIONS DE CHARTRES - ESSAI HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE

Le nom de Courtepinte donné à cette tour proviendrait, d'après nos historiens chartrains anciens et modernes, de ce qu'il avait été convenu, d'accord entre l'évêque et le comte, que pour subvenir aux frais de cette construction il serait perçu un droit de trois sols par poinçon sur le vin vendu au détail. Aussi les buvetiers se seraient-ils empressés, tout en maintenant leurs prix, de diminuer la contenance de leurs pintes et mesures de vin. Mlle Geneviève Aclocque semble avoir mis à néant cette légende, en faisant remarquer que, tout au contraire, sous l'épiscopat de Pierre de Celles, les droits de banvin furent diminués et non augmentés. La quotité était arbitraire. Elle fut fixée à 3 sous par muid par l'évêque, qui présente cette réforme comme une réduction : « Bannum vini, quod erat voluntarium, ad tres solidos pro modio reduci procuravit (47) ».

Les historiens chartrains auraient confondu cette réforme avec « rapetissement des mesures à vin », qui date seulement de 1403 et dont il est question plus loin (48).

Dans la partie comprise entre les Portes Morard et Drouaise où, comme nous l'avons dit plus haut, existait certainement une ligne défensive antérieurement au XIIe siècle et peut-être dès la fin du Xe siècle, la construction des murs semble bien avoir été entreprise en 1185 (49). C'est alors probablement ainsi que les portes de cette partie de la ville, ébauchées jusque-là, durent recevoir leur forme définitive.

Le tracé d'une partie de la muraille, alors édifiée, traversait l'extrémité du cimetière Halé, situé sur la rive droite de l'Eure, derrière l'église Saint-André, dont l'abside ne débordait pas encore sur la rivière.

Il y avait rencontré les tombeaux vénérés des Trois Pucelles, Donde, Monde et Ermenonde, sœurs de Saint-Agnan, tombeaux en forme de cercueils, qu'on avait respectés et recouverts d'une arcade engagée dans le mur (50).

Le monument, fouillé en 1733, lorsqu'une partie du cimetière fut englobée dans le quartier de cavalerie, est indiqué sous le nom de Tombeau des Trois Maries, sur la feuille 17 du plan des fortifications dressé par Oury en 1778. Il existait encore en 1781, comme le constate le passage suivant d'un rapport de l'échevin Boilleau, qui, lui aussi, transforme l'ancien nom des Trois Pucelles en celui des Trois Maries : « Il y a encore remarqué que le cimetière Havre était composé de temps immémorial de ces neuf pieds de terrasse pour partie par le tombeau des Trois Maries, qui était sur les dits neuf pieds, avec une arcade au-dessus, tenant aux murs de la ville, et qui paraît faire corps avec les dits murs ».

Je serais tenté également de rapporter à la même période voisine de cette date de 1185 le rattachement à la cité de l'abbaye de Saint-Père, qui avait formé jusque-là un ensemble fortifié ayant son existence propre. La clôture du monastère, commencée, ainsi que nous venons de le voir, à la fin du Xe siècle, avait reçu son achèvement vers le milieu du XIe, sur les ordres de l'abbé Landry (50).

L'un de ses éléments de défense était constitué par la grosse tour de l'église encore debout aujourd'hui, construction du XIe siècle aux murs épais, flanqués de hauts contreforts, percés de rares ouvertures, ayant tout à fait l'allure d'un véritable donjon disposé pour la défense (51).

Toutefois, la date de réunion du monastère à la ville présente une certaine incertitude. Dom Bernard Aubert, dans son Histoire de l'Abbaye de Saint-Père, la fixe à 1165 ou environ. Cette date est reculée à la fin du XIIIe siècle par l'éditeur du Cartulaire de Saint-Père (Prolégomènes, n° 224, p. 309). D'après la Gallia Christiana, la fusion n'aurait même eu lieu qu'entre les années 1356 et 1368 (t. VIII, col. 1214).

La date de 1185 ou environ me semble tout à fait admissible, car elle fait coïncider l'entrée du monastère dans la ville avec l'époque où les travaux de fortification furent poursuivis sur presque tout le périmètre chartrain. Ce rattachement eut probablement pour résultat de faire disparaître les lacunes qui pouvaient exister encore entre l'enclos fortifié de l'abbaye et les défenses de la cité, et de constituer autour de celle-ci une chaîne ininterrompue de murailles. « Lorsqu'on voulut comprendre le monastère et le bourg Saint-Père dans l'enceinte de Chartres (fin du XIIe siècle), dit E. de Lépinois, la muraille de l'abbé Landry flanquée de tourelles fut rattachée à la porte Saint-Michel et continua la ligne de fortifications du côté du Midi (52) ».

Après l'achèvement de tous ces travaux, c'est-à-dire dans les premières années du XIIIe siècle, la ville était entourée d'une enceinte continue en maçonnerie percée de douze portes ou poternes (53) et défendue par des fossés dans la partie supérieure de la ville, les murs de la ville basse manquant encore de cet élément de protection. En outre, dans l'intérieur de la ville, la vieille clôture du IXe siècle développait encore tout au moins une notable partie de ses antiques murailles.

Pendant le XIIIe siècle et la première moitié du XIVe, Chartres connut une longue période de tranquillité, au cours de laquelle elle n'eut pas à songer à augmenter son système défensif et à le rendre plus puissant. Dès le milieu du XIVe siècle, la situation changea du tout au tout. L'état d'anarchie dans lequel se trouvait alors la France, les ravages continuels auxquels les villes étaient exposées de la part des soldats et des brigands à la solde des différentes factions qui déchiraient le pays, les obligèrent sérieusement à songer à leur sécurité, en même temps que l'épuisement des finances royales contraignait leurs habitants à créer eux-mêmes les ressources nécessaires pour l'exécution des travaux de défense.

En 1358, les habitants de la ville et de la banlieue de Chartres votèrent un subside ou aide, dont le produit devait être destiné à « enforcer la forteresse de la dite ville et des pais d'environ, et où toutes gens pour eulx et leurs biens peuvent avoir refuge, soient encore à faire plusieurs réparations nécessaires pour la dicte forteresse mectre en bonne seureté et défence ».

Cette taxe levée « sur toutes les personnes demorans et habitans en ladite ville et banlieue, soict gens d'Église, nobles, bourgeois et aultres » comprenait deux droits distincts : l'un sur la circulation des marchandises, l'autre sur l'échange.

Le premier droit, assis sur le blé et le vin, s'élevait à 2 sols par muid de blé et à 3 sols par tonneau de vin. Le droit d'échange était proportionnel à la valeur des objets négociés et s'élevait à 6 deniers par livre (54).

Le compte des recettes et dépenses des sommes provenant de cette imposition est conservé aux archives municipales. Il nous fournit des renseignements intéressants sur les travaux considérables qui furent exécutés à cette époque pour la défense de la ville, et qui consistèrent notamment dans l'établissement de fossés le long des murailles de la ville basse (55).

D'après les indications de ce compte, on travailla de 1358 à 1359 aux fossés derrière les Jacobins; d'outre la rivière et la Porte Saint-Michel; derrière Saint-Père; du Barbou; de la Porte Saint-Michel; d'entre la Porte Saint-Michel et la Porte du Barbou; de la Porte de Launay; d'entre la Porte Guillaume et la Porte Morard; d'entre la Porte Guillaume et la Porte aux Cornus ; de la Porte aux Cornus : de la Porte Imbout; de la Porte Drouaise; des Portes de Vallée, du Châtelet, de Sainte-Foy et des Épars, ainsi qu'aux versoirs ou retenues d'eau des Portes Guillaume et Imbout, destinés à maintenir le niveau d'eau dans les fossés; travaux qui, on le voit, embrassèrent à peu près tout le périmètre de l'enceinte fortifiée.

Outre ces ouvrages intéressant les fossés, on travailla au pont de Léthinière et aux différentes Portes de la ville, au talus de la Porte de Vallée, à la herse de la Porte Drouaise, aux chaussées d'accès de Launay et de la Porte Imbout.

Les travaux portèrent également sur les murailles d'entre la Porte Saint-Michel et la Porte des Épars. On refit les créneaux d'entre la porte de Vallée et les Jacobins. On appareilla des bretèches sur plusieurs points, notamment devant l'église Sainte-Foy et à la Porte du Barbou, et des guérites entre la Porte Drouaise et Imbout, entre les Jacobins et la Porte Drouaise et à la Porte aux Cornus. Enfin on travailla aux lices devant les Portes Guillaume, Morard et Drouaise.

Outre les travaux dons nous venons de parler, la ville bénéficiait pour ses travaux aux remparts du sixième de la recette, soit 2 deniers par livre, du montant d'une des aides royales exigées depuis 1360, et qui consistait en une perception de 12 deniers par livre sur le prix des marchandises vendues. Cette part, suivant les lettres de Charles V, du 21 janvier 1377, confirmant le don et le continuant pour une nouvelle année, devait être employée « en la fortification et non ailleurs (56) ».

Les indications, qui nous sont fournies par ces comptes, jointes à ce que nous savons d'autre part, de la situation antérieure nous permettent de nous rendre un compte assez exact de l'état de nos fortifications chartraines à la fin du XIVe siècle.

Les murailles de la ville, renforcées de distance en distance par des tours rondes ou demi-circulaires, avaient une hauteur d'environ 8 mètres sur 2 mètres à 2 m. 50 d'épaisseur. Les fondations étaient généralement formées de gros blocs de ladères, dont on a trouvé de nombreux échantillons entre les Portes Morard et Guillaume.

Les travaux exécutés en 1921, lors de la construction du monument aux morts de la Guerre, au pied de la muraille dominant la butte des Charbonniers, ont permis de constater que cette partie de la muraille, bâtie sur remblai, reposait sur une maçonnerie de fondation, en blocage de pierres hourdées en mauvais mortier, de 1 m. 72 de hauteur sur une épaisseur de 2 m. 80 (57).

Les murs eux-mêmes, ainsi que les tours qui les flanquaient, étaient construits en maçonnerie de silex noyés dans du mortier. Sur certains points, on avait employé dans la construction des blocs de roche brute, d'assez gros volume, en remplissant les interstices de pierres plus petites, de vieilles briques et autres matériaux de qualité médiocre, le tout empâté dans un solide ciment jaune (58).

Dans le secteur compris entre la tourelle Saint-Michel et la Porte des Épars, il semble qu'une partie de la muraille se composait de deux murs parallèles, dont l'un dit mur de contrefort, renfermant un remplissage de terres et reliés de distance en distance par des murs perpendiculaires. Cette disposition se trouve nettement indiquée sur un plan de propriété, figurant à un livre terrier des concessions de terrains dépendant des fortifications, ainsi que sur un plan dressé par Oury en 1778, conservés le premier aux archives municipales, le second à la bibliothèque de la ville.

Au sommet des murailles régnait un chemin de ronde, défendu par un parapet exhaussé à l'intérieur, et qui devait être crénelé tout au moins sur certaines parties, car les états de dépenses mentionnent différents travaux faits aux créneaux.

Dans l'intérieur de la ville, un chemin de 9 pieds de large était réservé pour le service des fortifications, entre les murailles et les maisons ou jardins des habitants.

Les portes pratiquées dans les murailles étaient constituées par des massifs de forme carrée, dans lesquels s'ouvraient les baies en tiers point. On peut reconnaître cette disposition, malgré les transformations qui l'ont défigurée, dans la porte de Launay, encore existante, ainsi que dans deux aquarelles de Gallot représentant la Porte Morard, au Musée municipal (n°o 229 et 230). Quelques-unes de ces portes étaient épaulées par des tourelles. La tourelle qui flanquait la porte Tireveau subsista longtemps.

De distance en distance, le mur était couronné de guérites ou échauguettes, logettes destinées aux sentinelles et quelquefois même à des petits postes d'observation de quelques hommes. Certains points, notamment dans le voisinage des portes, avaient été renforcés par des bretèches, ouvrages en maçonnerie ou en charpente, établis en saillie pour permettre de battre plus facilement le pied des défenses et couvrir l'approche des portes.

Devant celles-ci, ou tout au moins devant certaines d'entre elles, des barrières palissadées ou lices constituaient une première défense, englobant une sorte de place d'armes en avant des entrées.

Le périmètre entier des murailles était protégé par des fossés, remplis d'eau dans la partie basse de la ville. Le fossé de la vallée avait son origine en aval du bras de la rivière, dit les Vieux Fossés ou le Petit-Bouillon, en face de la Porte de Launay, et était alimenté d'eau de la rivière par un vannage, auquel on donnait le nom d' « écluse des fossés ». Il rejoignait les Vieux Fossés, à peu près en face de la Porte Imbout, au lieu- dit « le Vieux Trou » et confluait avec le bras principal de l'Eure au point où celle-ci sortait de la ville, devant les arches de Léthinière.

Pour maintenir d'une façon constante une certaine hauteur d'eau dans le fossé, on avait établi de petites digues transversales, retenues ou versoirs, devant les Portes Guillaume et Imbout. Ces versoirs furent, à plusieurs reprises, l'objet de réparations, dont on trouve la mention dans les comptes de la ville et le registre des échevins.

Tout cet ensemble de défenses fut vérifié et remis en état en 1382 sur l'ordre du capitaine de la ville, Philippe de Chartres, à la suite d'une visite complète qu'il avait faite des remparts, tant dehors que dedans, en compagnie des principaux bourgeois et de plusieurs charpentiers et maçons.

Philippe de Chartres fut même assez habile pour obtenir, malgré la pénurie du trésor royal, une somme assez importante pour payer les ouvriers chartrains.

Mais ce n'était là qu'un faible secours et les travaux nécessaires pour l'entretien de ce vaste périmètre exigeaient des sommes considérables.

 En 1388 on travaillait encore aux réparations de l'enceinte. C'est alors qu'on pava les basses cours des Portes Guillaume et Morard.

En 1402, à la suite d'une nouvelle visite des défenses urbaines par Henri de Marie, premier président au Parlement, celles-ci furent trouvées « en telle désolation que les réparations en pouvaient monter à 30 ou 40.000 livres ». Pour se procurer les ressources nécessaires, les Chartrains obtinrent du roi, en avril 1403, l'autorisation de percevoir pendant trois ans un droit de 10 sols par tonnel pour le vin détaillé à 12 deniers le pot ou pinte, et de 8 sols 4 deniers pour celui vendu 10 deniers. Pour l'application de cette mesure « on diminua la capacité du pot, unité de mesure au détail, sans changer celle du tonnel, unité de mesure du gros, et sans augmenter le prix du débit. Le pot fut amoindri d'un dixième, d'où le nom d'apetissement d'un dixième des mesures du vin donné à l'impôt (59)l.

Ce droit fut ensuite prorogé pour trois années encore avec adjonction au principal de la vente du grenier à sel à partir de janvier 1407.

La perception de ce droit, ainsi que le droit de barrage qui frappait les marchandises et bestiaux entrant dans la ville, et leur application réservée aux travaux des fortifications furent accordées à nouveau en 1444 et 1498. Pendant l'occupation anglaise, le roi Henri d'Angleterre, par lettres patentes du 17 février 1428, avait accordé une autorisation semblable et y avait même ajouté, pour être appliqué à l'œuvre des fortifications, un subside de 4 deniers sur chaque charette chargée traversant Chartres ou faubourgs, 2 deniers sur chaque cheval, et sur chaque habitant ayant chevaux à louage ou voiture, 3 sous par cheval et 10 sous par voiture, par an, le tout pour trois ans.

Ces deux impôts du dixième du vin et du barrage restèrent toujours les ressources principales pour subvenir aux dépenses des travaux des fortifications. Certaines recettes accessoires venaient s'y ajouter.

 C'est ainsi que, par lettres patentes du 14 décembre 1467, Louis XI accorda aux habitants la pêche des fossés et l'émondage des arbres plantés sur leurs rives, comme indemnité des dépenses faites par la ville pour l'entretien des remparts. D'autre part, la ville tirait parti de certaines parties de ses ouvrages de défense, en les louant en temps de paix à des particuliers (60).

Des échoppes s'élevaient dans les basses-cours des portes (61), des tanneurs lavaient leurs peaux dans les fossés ; les portes elles-mêmes se transformaient en magasins. Mais ces concessions étaient réglementées : les locataires des portes devaient les fermer et les ouvrir aux heures fixées; les concessionnaires de places dans les fossés et les basses-cours étaient tenus de jeter par terre leurs constructions à première réquisition (62).

Toutes ces concessions et locations devenaient caduques en cas de guerre, et c'est ainsi que la location d'une des tourelles de la Porte Guillaume, datée de 1606, était faite « à la charge que, où il arriverait guerre ou trouble, de se retirer et départir des dites choses concédées, pendant ledit temps, sans dédommagement ».

Lorsque des travaux urgents de fortifications étaient nécessaires, on avait recours à des moyens extraordinaires : corvée personnelle ou impositions, auxquelles personne, pas même les membres du clergé, ne pouvait se soustraire.

Enfin des générosités de particuliers venaient quelquefois en aide à l'œuvre des fortifications et permettaient même d'exécuter des ouvrages de grande envergure. C'est ainsi que les travaux de réfection de l'une des tours de la Porte Guillaume, qui ont donné à ce monument l'aspect que nous lui voyons aujourd'hui, furent exécutés à l'aide d'un don de 200 écus d'or, légués pour ce faire à la ville par Me Regnault du Moulin, chancelier et chanoine de Chartres.

La mention de ce don figure sur un registre des contrats du chapitre de Notre-Dame de Chartres pour les années 1414-1415, resté longtemps inconnu et retrouvé il y a quelques années par M. Jusselin, archiviste d'Eure-et-Loir (63).

Cette intéressante découverte permet de fixer exactement la date de l'exécution de ces travaux, qui étaient généralement attribués jusqu'alors à la période s'étendant de 1358 à 1378 (64).

La réfection, confiée à Jehan Garbe et André Béliart, maçons à Chartres, fut certainement totale, car il n'est pas douteux, lorsqu'on examine le monument, que les deux tours furent reconstruites à la même époque, probablement aux frais de la ville pour celle des tours, à laquelle ne s'applique pas la générosité du chanoine Regnault du Moulin.

 

Il est vraisemblable que, à l'origine, la porte Guillaume, comme toutes ses voisines, était carrée, flanquée de tours de même forme et défendue par une herse et un assommoir, dont les traces sont encore visibles. Lors de la reconstruction au XVe siècle, le massif principal dut être conservé, avec toute la voûte et la partie de l'ouvrage comprenant l'ancienne porte en plein cintre du côté de la ville.

La face antérieure fut reprise en entier depuis la base en talus des tours, auxquelles on donna la forme demi-circulaire, jusqu'au couronnement de l'édifice, tel que nous le voyons aujourd'hui, avec sa galerie de mâchicoulis sur consoles et son crénelage à merlons taillés en biseau à leur partie supérieure. Ce couronnement fut continué à droite et à gauche sur les deux côtés de l'ouvrage.

Entre les deux tours ainsi transformées on ouvrit la porte en tiers point et la petite poterne pour les piétons, munies toutes deux de ponts-levis, dont les rainures sont encore apparentes, et on pratiqua les percements nécessaires pour l'emploi des armes à feu.

Sur la porte s'élevait un oratoire consacré à saint Fiacre et saint Pantaléon, édifié probablement vers le milieu du XIIIe siècle, et qui fut longtemps l'objet d'un pèlerinage assez fréquenté, surtout au cours du XVIe siècle. D'après Challine, le lieu où était cette chapelle servait, en temps de guerre, de corps de garde aux soldats, qui y étaient logés pendant la nuit.

Dans la basse-cour intérieure, on construisit par la suite un large escalier en forme de perron, disparu seulement vers le milieu duXIXe siècle, et qui conduisait au premier étage de la porte.

Je serais disposé à attribuer à la même époque (commencement du XVe siècle) la construction de l'ouvrage avancé, entouré de fossés, dont la base et quelques pans de murailles existent encore aujourd'hui.

D'après Lecocq, cet ouvrage comprenait une grosse tour « peut-être même la première érigée avant le XIIe siècle » dans laquelle était percée la porte d'entrée, et sous laquelle il fallait passer, ainsi que sur le terre-plein pour arriver à la porte d'enceinte!. Dans le terre-plein étaient disposés deux caveaux avec meurtrières, permettant de battre les fossés au ras de l'eau, ainsi qu'une ouverture étroite et basse (1 m. 32 de haut sur 0,42 de large, à laquelle on descendait par un petit escalier, sorte de poterne par laquelle un homme pouvait, à la rigueur, se glisser dans le fossé.

Je ne crois pas que cet ouvrage puisse remonter à l'année 1358, au moment des grands travaux entrepris sur tout le périmètre de l'enceinte, car il est question, à cette époque, de travaux exécutés aux lices de la porte Guillaume, travaux qui auraient été sans utilité si la porte avait déjà possédé une défense avancée.

 

LES FORTIFICATIONS AU XVIe SIÈCLE

La fréquence et l'importance des subsides demandés pour les fortifications au cours du XVe siècle nous montrent que s'il n'y eut pas alors, sauf en ce qui concerne la Porte Guillaume, de constructions nouvelles, l'entretien de ce qui existait ne fut jamais négligé. Les besoins devinrent encore plus pressants pendant le XVIe siècle, qui fut pour les Chartrains une époque d'alertes presque continuelles, les obligeant à une vigilance soutenue et exigeant des travaux incessants.

 

Dès 1492, il avait fallu procéder à la réfection des fossés entre les Portes Saint-Jean et Drouaise.

En 1504 et 1505, on dut consacrer la somme considérable de 3.500 livres tournois à la réparation des murailles, dont un pan avait été renversé par des ouragans près de la tour Courtepinte.

Trois ans après (1508) la tour des Herses de Léthinière, qui dominait le cours de la rivière à sa sortie de la ville, avait été refaite pour faciliter la navigation sur cette partie de l'Eure, toute voisine du port.

En 1522, de nouvelles ressources avaient permis d'entreprendre les travaux nécessaires, par suite de l'octroi par le roi de 2 sols sur chaque minot de 5 livres, sur chaque muid de sel vendu au grenier, pour réparation des fortifications, tours, ponteaux et murailles de la ville.

Deux ans auparavant, en 1520, on avait travaillé à donner plus de hauteur à la Porte Châtelet, et en 1523 on reprenait à neuf la courtine voisine de la tour du Fer-à-Cheval.

Nouveaux travaux du même côté en 1557 : une brèche est ouverte dans la muraille entre les Portes Châtelet et Saint-Jean et il faut avoir recours pour la boucher à des maçons d'Orléans, ceux de Chartres n'étant pas assez habiles.

Les murailles continuaient à être l'objet de visites assez fréquentes. Leurs abords avaient été nettoyés (1523) et l'on tenait la main à ce que le chemin de ronde, réservé le long des murailles pour le service du guet à pied et à cheval, fût maintenu praticable. Cependant des empiétements de divers genres ne tardèrent pas à se produire, en ce qui concernait ce chemin. Il était devenu le repaire et le séjour habituel de la pire canaille de la ville. Aussi les Jacobins, dont le couvent touchait les murailles entre les portes Saint-Jean et Drouaise, et dont le jardin était longé dans toute sa longueur par le chemin de ronde, obtinrent du corps de ville, en 1531, pour échapper à ce dangereux voisinage, la permission de se clore à chaque extrémité par un mur percé d'une porte.

En outre des concessions gracieuses de ce genre, la ville cherchait à tirer parti des abords immédiats de ce chemin, comme elle le faisait pour les portes et les fossés, et nous savons que, quelques années avant 1556, on imagina de concéder partie des places et terrains appartenant à la ville à ceux des habitants qui avaient des maisons et des jardins voisins, aboutissant sur les neuf pieds de terrain réservés au chemin de ronde (66).

Dès le début des guerres de religion qui ensanglantèrent la deuxième moitié du xvie siècle, les Chartrains se sentirent exposés à subir les contre-coups des luttes, qui prenaient pour théâtre l'Orléanais, la Normandie et les environs de Paris, et comprirent la nécessité de renforcer encore leurs fortifications.

 En 1568, les habitants furent taxés à 5.000 livres pour la garde et les réparations de la ville. L'évêque Guillart, le même qui devait fuir sa ville en danger et se retirer en son château de Pontgouin pendant le siège de 1568, fut imposé pour 600 livres, mais il s'en fit dégréver par le roi, « attendu, disent les lettres patentes, qu'il a d'autres charges à supporter (67) ».

Ce fut une obligation générale, et après la bataille de Dreux (19 décembre 1562), alors que les Chartrains avaient senti la menace si proche, tous les habitants valides, évêque, prêtres, religieux, chanoines, étrangers, furent contraints d'aller ou d'envoyer « besoigner » aux remparts une journée par semaine (68).

Les conditions de défense des villes s'étaient singulièrement modifiées depuis le XVe siècle. Le rôle de jour en jour plus important joué par l'artillerie dans l'attaque des places nécessitait des transformations considérables dans les anciens systèmes de défense. Les murailles de maçonnerie, malgré leur épaisseur de deux à trois mètres, ne pouvaient pas résister au tir prolongé des batteries de brèche. Il fallut les renforcer en arrière par d'épais terrassements. Des travaux de ce genre furent exécutés sur plusieurs points des remparts.  

Les portes, points faibles de la défense, durent être munies de ravelins (69), ouvrages avancés destinés à empêcher l'ennemi de battre directement les portes avec son canon et de mener une attaque brusquée, lui permettant de prendre pied dans la ville.

 Lors du siège de 1568, les portes Drouaise et Saint-Michel étaient déjà couvertes par des ouvrages de ce genre, tous deux de forme circulaire. D'après Lépinois, des logements pour les gens de guerre étaient pratiqués dans le ravelin de la porte Drouaise, qui était de dimensions considérables.

Celui de Saint-Michel devait remonter à une époque assez ancienne, car nous voyons figurer au registre des Échevins, à la date du 31 mars 1505, une dépense de 39 livres tournois pour poteaux et garde-fous à la Porte Saint-Michel et hors la basse-cour d'icelle porte.

Certaines portes furent même complètement bouchées avec de la terre; les unes d'une façon définitive, comme les portes Imbout, aux Corneurs et Saint-Jean; d'autres temporairement, au moment où une attaque semblait imminente.

C'est ainsi qu'à la suite de diverses alertes furent bouchées, au mois de novembre 1567, la Porte Saint-Michel, et, au mois de juin 1569, les Portes Morard, Drouaise et Châtelet.

On eut également recours à l'édification de cavaliers ou plates-formes, sorte de buttes de terre élevées derrière les murailles, afin de créer des emplacements suffisants pour établir les pièces d'artillerie et d'assurer à celles-ci un commandement plus étendu. D'après le rapport du gouverneur La Bourdaisière, dont il sera question plus loin, il n'existait encore que trois de ces cavaliers lors du siège de 1591. On en éleva d'autres au cours du siège, et par la suite, et d'après les indications fournies par les textes et les plans, voici ceux que l'on rencontrait dans l'intérieur des murs au XVIIe siècle : un cavalier, dit du Barbou ou de Saint-Père, appuyé sur l'ancienne porte du Barbou, commandant le mur de clôture de l'abbaye de Saint-Père; un autre à côté de l'ancienne porte aux Cornus, au bout de la ruelle du Coin-aux-Cornus; un autre, dit cavalier du Massacre ou du Vieux-Château, derrière la tour du Massacre, la plus voisine de la rivière ; le cavalier de la Prêcherie, élevé en 1568, non loin de la tourelle du même nom, vers le point où le rempart commençait à descendre dans la direction de la porte Drouaise; un cavalier appuyé à la muraille entre l'église Sainte-Foy et la porte des Épars; un autre voisin de la tourelle Saint-Michel, lequel, en 1776, était planté d'arbres et de cerisiers; un autre enfin élevé au-dessus de la Courtille lors de la construction de la citadelle, et qui fut ensuite enfermé dans la ville.

On put avoir un instant l'espoir que tous les préparatifs militaires des Chartrains demeureraient sans utilité. En vertu de l'édit de pacification qui suivit le traité d'Amboise, en 1563, une ordonnance du 28 octobre avait prescrit la démolition de toutes les fortifications, sauf un simple mur d'enceinte contre les voleurs et gens ramassés.

A leur grand regret, les échevins se virent obligés d'envisager la destruction de tous les ouvrages qui étaient venus s'ajouter à l'enceinte primitive, mais ces velléités pacifiques ne furent pas de longue durée et l'ordonnance royale ne reçut même pas de commencement d'exécution.

En effet, l'horizon politique s'était obscurci de nouveau, et, devant l'éventualité de plus en plus menaçante d'une attaque de l'armée protestante, les Chartrains avaient renforcé leurs murailles par plusieurs ouvrages annexes.

Dès l'année 1562, ils avaient élevé entre les Portes Châtelet et des Épars un fortin en terre garni d'épaulements, que nous trouvons souvent mentionné par la suite sous le nom de Fort d'Hercule.

 En 1567, on avait aplani une montée qui se trouvait à l'entrée du faubourg Saint-Brice, et les terres de déblai, amoncelées le long des remparts intérieurs, avaient servi à boucher la Porte Saint-Michel. A la même époque, Adrien de Gallot, seigneur de Fontaine-Guyon, commandant intérimaire de la ville, préoccupé des « alarmes sur la ville », fit réparer et gabionner les murailles et construire une plate-forme ou terrasse devant Sainte-Foy (70).

L'année suivante, au moment ou le prince de Condé vint mettre le siège devant la ville, la tourelle de la Prêcherie fut appuyée d'un cavalier, sur lequel on plaça une pièce de canon, dite la Huguenote, que les Chartrains avaient trouvée et ramenée à Chartres après la bataille de Dreux.

Un retranchement, muni de cavaliers, fut élevé du couvent de Saint-Père à la porte Morard, et la muraille du côté du Massacre reçut un épaulement de terre de quinze à seize pieds d'épaisseur  (7l).

Les Chartrains durent également avoir recours à un rem-parement de fortune au cours du siège, lorsque le canon de Condé eut pratiqué une large brèche dans la muraille, entre la Porte Drouaise et la rivière. On éleva alors un retranchement de terre, revêtu de balles de laine, qui traversait la rivière par le pont du Massacre et par un bâtardeau établi en arrière des herses de Léthinière.

Il fallut, aussitôt après la levée du siège de 1568, s'occuper de la réparation des dommages causés aux murailles, et surtout à la grande brèche voisine de la Porte Drouaise, dont le Registre de la Ville nous fait connaître l'état exact :

 « Item la grande brèche faite par le canon contient 12 toises de long à la hauteur de l'avant-mur, et 15 pieds de bas dans le gros mur rompu. La tourelle près la brèche en partie tombée et preste à cheoir dans la rivière de la hauteur de 15 pieds, avec la charpente de la dite tourelle, qui est suspendue et portée à faux, preste à tomber (72) ».

Dans l'avant-mur, où était placée la grosse pièce d'artillerie appelée la Huguenote, le canon ennemi avait pratiqué une autre brèche de 11 toises de long et 6 pieds de hauteur.

Les travaux de réfection commencés furent bientôt interrompus et ne furent repris qu'en 1576. Bien qu'on eût employé pour les travaux des matériaux, provenant des démolitions « qui avaient été faites des lieulx de Saint-Julien et de Saint-Maurice », la ville eut à débourser 1.878 livres (73).

Deux emprunts successifs, le premier de 1.000 livres, le second de 3.000 livres tournois, furent faits « pour être employés aux fortifications » et tous, évêque, abbés et prieurs des couvents, chapitres et communautés, furent tenus de fournir chaque jour un certain nombre d'hommes pour travailler aux remparts et fortifications de la ville (74).

On reconnaît facilement à la différence de la maçonnerie l'immense échancrure de la brèche. Cette partie du mur d'enceinte est faite avec plus de soin; des pilastres de soutènement en pierres de taille encastrés dans la maçonnerie accentuent la différence avec la partie du rempart restée intacte; une terrasse de plus de dix mètres à l'intérieur de l'enceinte rend encore le mur inébranlable (75).

Dès le mois d'août 1568, l'inscription souvent citée, en vers latins, œuvre de M. Grenet, conseiller au Présidial, célébrant la belle résistance de la ville, avait été gravée sur deux pierres scellées dans la partie du mur demeurée intacte du côté de la rivière (76).

Certains autres ouvrages avaient également été menés à bonne fin. Entre autres travaux on avait bouché l'entrée de l'ouvrage avancé de la porte Guillaume qui était percée sous la grosse tour, et on l'avait remplacée par une entrée située vers la gauche, à laquelle on accédait par un pont de bois, jeté sur le fossé de dégord, disposition qui subsista jusqu'au milieu du XVIIIe siècle (77).

L'importance des travaux à exécuter pour la remise en état des murailles avait obligé la ville à demander au roi, au mois de septembre 1568, l'autorisation de lever une taxe de 10.000 livres tournois sur l'élection, sans distinction de privilégiés. La levée de cette imposition n'alla pas sans une vive opposition, tout au moins en droit, sinon en fait, de la part du clergé, et l'on dut condamner l'évêque à l'amende pour son défaut d'obéissance à l'ordonnance royale.

Une nouvelle contribution de 3.600 livres fut levée sur les bourgeois en 1576, par ordre du employée en partie à la réparation du ravelin de la Porte Drouaise.

L'ensemble des travaux entrepris autour de la ville semblait en bonne voie, lorsque, le 9 avril 1579, une crue subite de la rivière inonda toute la basse ville et enleva, près de la porte Imbout, un grand pan de muraille dont la chute combla en partie le fossé.

Ce fut à la fin de l'année seulement qu'on put réunir la somme nécessaire pour réparer ce désastre, ce qui obligea à maintenir jusque-là un poste de milice bourgeoise, chargé de garder la brèche contre les tentatives hostiles, toujours à redouter.

L'inquiétude, en effet, ne cessait pas de croître, et le roi lui-même se préoccupait d'assurer la mise en défense de la ville de Chartres, qu'il considérait à juste titre comme un des boulevards de Paris et comme une place de sûreté en cas de danger.

En 1585, Henri III, dans une lettre adressée au gouverneur de Sourdis, prescrivait de faire réparer les murailles de Chartres « avec les vieilles ruines de la maladrerye et léproserye qui se trouvent aux environs de la ville (78) ».

Il ne semble pas que cet ordre, qui visait la maladrerie du Grand Baulieu, ait été exécuté; mais, deux ans plus tard, le roi envoyait à Chartres un ingénieur, le capitaine Rameli, chargé de visiter les fortifications et d'y ordonner ce qui serait nécessaire. Cette visite fut faite aux frais de la ville, qui eut à solder de ce chef une dépense de sept-vingt-dix écus (79).

Il semble que la faiblesse des ouvrages qui couvraient les portes à l'extérieur attira particulièrement l'attention des ingénieurs, et ces défenses furent l'objet de travaux considérables, qui absorbèrent des sommes importantes. A la suite de cette visite, on commença l'édification d'ouvrages avancés, construits en forme d'éperon, devant les Portes Morard et des Épars, ainsi que la transformation du ravelin bastionné de la Porte Saint-Michel, que l'on reconstruisit si grand, dit Souchet, « qu'on jugea dès lors que le roi en voulait faire une citadelle, comme il fut depuis. Il donna deux ou trois mille écus pour le commencer et fut poursuivi chaudement, sur l'avis que donna le chancelier de Cheverni, qu'on se tint sur ses gardes et que c'était pour certain que l'ennemi avait dessein sur Chartres (80). »

La réfection du ravelin de la Porte Drouaise était commencée dès 1585, époque à laquelle la première pierre de l'ouvrage avait été posée par l'évêque de Thou. La forme en éperon avait été adoptée de préférence au plan circulaire de l'ancien ouvrage.

 En 1586, la ville faisait marché avec un maçon pour la sculpture et le scellement de diverses armoiries dans le mur extérieur, mais il paraît cependant que les travaux n'étaient pas terminé au mois d'avril 1589, car à cette date l'évêque offrait à la ville une somme de 2.000 écus, applicable à la réédification de ce ravelin, à la condition d'être déchargé de la garde des murailles, sauf en cas de siège.

Il ne semble pas que la porte Châtelet ait été munie d'un ouvrage avancé. Je n'ai trouvé aucune indication relative à un travail de ce genre, et le rapport du gouverneur La Bourdaisière, dont nous parlerons plus loin, ne mentionne que quatre ouvrages extérieurs de couverture : aux Portes des Épars, Drouaise, Morard et Saint-Michel.

 D'ailleurs la Porte Châtelet était protégée sur son flanc, grâce à sa situation dans un point où le rempart dessinait un angle rentrant très prononcé.

On n'avait pas négligé non plus les moyens de parer aux attaques qui pouvaient se produire par la rivière. L'état des frais de 1587 comprend une dépense de 95 écus pour maçonnerie de pierre de taille liaisonnée de barres de fer attachées à plomb dans la rivière pour empêcher l'ennemi de se retrancher en trois endroits où cela se pouvait. Deux ans plus tard, les herses de la Courtille étaient renforcées à l'aide de pieux et de barres de fer.

Nous pouvons nous placer à une date voisine de 1591pour passer en revue l'ensemble de l'enceinte fortifiée de Chartres.

A cette époque, toute l'ancienne fortification existe encore. Certaines parties sont inutilisées; quelques portes bouchées, mais elles subsistent encore matériellement, si leur rôle actif dans la défense a cessé. D'autre part, tous les ouvrages nouveaux sont exécutés, ou tout au moins en vue d'achèvement, et les travaux défensifs ne s'augmenteront plus par la suite que de la citadelle, construite après le siège de 1591, et qui n'eut d'ailleurs qu'une existence éphémère.

Nous serons utilement guidés dans cette visite par deux vues cavalières de Belleforest et de Georges Braun (81) datant de la fin du XVIe siècle (82) ainsi que par les renseignements que nous possédons sur les travaux exécutés au cours de ce siècle, notamment entre les deux sièges de 1568 et de 1591.

Prenons comme point de départ la Porte des Épars, qui nous est représentée comme une énorme masse carrée surmontée d'une toiture et flanquée de tourelles. Cette porte était couverte par un ouvrage extérieur, qui fut l'objet de vives attaques au cours du siège de 1591, époque à laquelle il n'était pas entièrement terminé. Il n'était alors qu'à demi rempli de terre et le fossé qui le protégeait n'était pas encore maçonné. Un plan de Sergent en indique la configuration, et il figure spécialement sur un plan terrier du Chapitre de la cathédrale, portant la date de 1740, conservé à la Société Archéologique d'Eure-et-Loir.

Entre les Portes des Épars et Châtelet, à la hauteur de l'église Sainte-Foy, un ouvrage à cheval sur le rempart, porte sur l'une des vues le nom de « plate-forme Sainte-Foy ».

Vient ensuite la tour Courtepinte, cylindrique, coiffée d'un toit conique, précédant la Porte Châtelet, de forme carrée terminée en terrasse et non munie d'ouvrage extérieur. Rien que le plan de Sergent indique une sorte de ravelin en éperon devant cette porte, il est probable, comme nous venons de le dire, que cette défense n'a jamais existé.

La muraille est ensuite épaulée par deux tours à toits coniques, dont la seconde, située au tournant de la muraille et la plus rapprochée de la Porte Saint-Jean, portait le nom de tourelle de l'Éperon ou du Fer-à-Cheval.

La Porte Saint-Jean, de forme carrée, est indiquée comme bouchée. Entre cette porte et la Porte Drouaise sont figurées deux tours : la tour Grouin-Pasteau, ainsi nommée du nom de l'échevin qui la fit restaurer au XVIe siècle, et la tour de la Prêcherie, qui tirait son nom du voisinage du couvent des Jacobins ou Frères Prêcheurs. Cette seconde tour est surmontée, sur l'un des plans, d'un petit bâtiment carré, avec la mention « plate-forme de la Prêcherie ».

La Porte Drouaise est représentée sous forme de tour carrée sans toiture, et précédée d'un ouvrage demi-circulaire, appelé sur l'une des vues « Ravellin de la porte Rouaze ». Nous rappelons que, lors de la reconstruction de cet ouvrage, sa forme fut modifiée et transformée en éperon.

La ligne des fortifications traversait l'Eure par deux arches massives, surmontées d'une tour carrée, dite tour de la Léthinière ou des Grandes Herses, d'où l'on manœuvrait des herses de fer, qui, en descendant dans la rivière, fermaient les arches et permettaient d'intercepter le passage. Sur la rive droite de l'Eure, à la pointe du Vieux Château ou du Massacre, se succèdent deux tours cylindriques, dont les sommets, indiqués comme ruinés dans l'une des vues, sont dans l'autre surmontés de toits coniques.

Un peu plus loin, en face du Vieux Trou, la Porte Imbout ou du Château, de forme carrée, est indiquée comme bouchée. Une rue, appelée ruelle du Feuillet, déjà fermée en 1736, conduisait de cette porte à la rue du Massacre. Une échauguette en encorbellement sur le mur est figurée ensuite, précédant la Porte aux Cornus ou aux Corneurs, carrée, indiquée également comme bouchée. Cette porte communiquait avec la ville par une rue, qui devint ensuite l'impasse des Cornus, aujourd'hui impasse du Coin-Cornu.

La Porte Guillaume venait ensuite, flanquée de ses deux demi-tours cylindriques et précédée de son ouvrage avancé en forme de bastion, entouré de fossés. Entre cette porte et la porte Morard s'ouvrait l'ancienne poterne Tireveau, tour carrée, surmontée d'une toiture, à la hauteur actuelle de la rue actuelle du Puits-d'Or, ancienne rue Tireveau, qui se prolongeait autrefois jusqu'à la porte.

La Porte Morard, appelée sur l'une des vues « porte Mozal », présentait une nouvelle masse carrée, précédée d'un ravelin, auquel cette vue donne une forme polygonale.

La portion de courtine qui suit présente cette particularité d'être en partie construite en arcades du côté extérieur de la muraille, disposition qui se distingue nettement sur les vues. Au point, où la muraille touchait la rivière s'ouvrait la porte de Launay, précédée d'un pont de trois arches, dont on voyait encore les vestiges en 1778 et qui donnait sur une rue, devenue depuis le cul-de-sac des Herses.

En ce point, l'Eure était enjambée par les deux arches de la Courtille, avec tour carrée et herses semblables à celles de la Léthinière. Ensuite, sur la rive gauche de la rivière, la muraille, longée par une petite prise d'eau, dite « fossé du Barbou » et dans laquelle s'ouvrait la poterne du Barbou, desservie par une rue, qui devint ensuite le cul-de-sac de Longue-Échelle, était appuyée par une tour cylindrique, la tourelle de Saint-Père, élevée à la hauteur de l'église de l'abbaye, et par une autre tour, dite tour du Guillon, placée sur la terrasse de Saint-Père, au point où venaient aboutir les restes de l'ancienne enceinte.

La porte Saint-Michel se présente dans les vues comme une haute tour carrée avec mâchicoulis et toiture, précédée d'un ravelin demi-circulaire dans son premier état, puis reconstruit en forme de bastion, auquel on donnait le nom de « grand éperon Saint-Michel ». Entre cette porte et la porte des Épars, on rencontrait d'abord la tour ronde du prieuré Saint-Michel, à la hauteur de la porte de l'église de ce nom. La partie inférieure de cette tour, voûtée et ceinturée de murs épais, servait de poudrière et de magasin pour les munitions de guerre. C'est là, notamment, qu'au mois de mars 1791 on transporta, pour les mettre en sûreté, 12.000 cartouches préparées et conservées dans l'armoire de la salle de garde de la Mairie. Venait ensuite une plateforme, surmontée d'un petit bâtiment carré, qui représentait peut-être la batterie du Tripot Régnier, et enfin une dernière tour cylindrique, dite tour Gaillard, à peu de distance de la porte des Épars.

Après cette promenade autour des remparts chartrains, dont le développement atteignait 3.663 mètres, il nous faut revenir maintenant à notre exposé historique. A cette époque, l'orientation politique de l'esprit de la population, jusque-là toujours si dévouée à son roi, avait entièrement changé.

Au mois de février 1589, Chartres, embrassant avec ardeur le parti de la Ligue, avait reçu un gouverneur des mains du duc de Mayenne, venu prendre possession de la ville au nom de l'Union.

Les bourgeois, qui se rendaient compte des conséquences que pouvait entraîner pour leur ville cet acte de rébellion ouverte, avaient jugé prudent de se préparer à une défense énergique et poursuivaient sans relâche les travaux des fortifications.

Comme les ressources ordinaires qu'on y appliquait, devenaient insuffisantes, les chefs du parti ligueur n'hésitèrent pas à procéder révolutionnairement en s'attaquant à des impôts, dont la disposition était réservée à la royauté. Ils demandèrent à Mayenne l'autorisation d'imputer 4.000 écus sur les tailles pour l'entretien des fortifications.

Les recettes du grenier à sel furent également mises à contribution. On sollicita même des dons plus ou moins forcés, notamment de la part de l'évêque, qui dut verser 400 écus à la Commission des fortifications, et des taxes spéciales furent imposées sur le clergé, non sans provoquer certaines résistances de sa part.

C'est ainsi que, le 20 mars 1589, François Chouayne, lieutenant du bailli, rendit, à la requête d'André Anger receveur des « deniers levez sur le clergé de la ville et banlieue de Chartres pour le fait des fortiffications de la ville », une sentence contre les religieux de Saint-Jean -en-Vallée, les condamnant à payer la taxe de quatre écus sols par mois qui leur avait été imposée « durant la levée qui ce faira pour les dites fortiffications ».

Les religieux prétendaient que les habitants enlevant de leur propre autorité les matériaux de l'ancienne église Saint-Jean et « s'accommodant desdites démolitions aux fortiffications de la ville » il y avait lieu de déduire de la somme à laquelle ils avaient été taxés la valeur des dits matériaux (83).

 

La Commission chargée de la surveillance des travaux des remparts avait été d'abord un organisme temporaire, bientôt transformé en un bureau permanent qui siégeait à la Tour-le-Roi, l'ancien château des Comtes, les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine. Ce bureau était composé de MM. Le Prévôt, Trouillard, Pasté, Suireau, Chesnel, Quedarne, capitaines de quartier; Régnier et Brébion, échevins; de deux membres du clergé et de MM. de Bois-bissay, vice-bailli; Cheron, élu; Bonhomme, receveur du domaine; Du temple et le Tunais, procureurs (84).

L'assassinat de Henri III ne calma pas l'ardeur ligueuse des Chartrains. Ce fut alors le roi de Navarre qui devint l'ennemi.

Les opérations qui se déroulaient en Normandie et sous Paris ne permettaient pas aux habitants de douter de l'imminence d'une attaque de leur ville; aussi les préparatifs de défense furent-ils poussés avec une extrême activité.

Les points faibles des remparts furent renforcés et l'on construisit notamment un bastion en bois sur la muraille derrière la garenne Saint-Père, le front défendu par la muraille longeant l'abbaye n'inspirant pas une très grande confiance (85)

Nous possédons un document très intéressant au point de vue de l'état des fortifications chartraines et de leur valeur militaire au moment du fameux siège de 1591 : c'est le rapport sur les opérations du siège, rédigé par le gouverneur La Bourdaisière, qui a été publié par les soins de M. l'abbé Métais dans le Carnet de la Sabretache (2e année, 1894) avec un fac-similé de la vue cavalière de Chartres par Belle-forest, datée de 1575, qui nous a servi de guide dans notre promenade autour de l'enceinte chartraine.

Ce rapport figure dans le manuscrit français n° 5986 de la Bibliothèque nationale, contenant un certain nombre de documents réunis en un volume.

Je lui emprunte les passages suivants, pleins d'indications précieuses sur la topographie de la place et l'état véritable de ses défenses :

« La ville est par dehors commandée de montaignes en beaucoulcoup d'endrois et d'aucunes assez près principalement depuis la porte Saint-Michel jusques à la porte Morard, où les vignes, qui sont jusques sur les bords du fossé découvrent grande partie de la courtine par le dedans. Je y ait faict faire des rempars, des plate-formes et ung retranchement, en ung endroit qui était fort dangereux, qui s'appelle Cul-de-Pouche ; mais, je diray que sy ce n'estait le bastion Saint-Michel, qui commande par le dehors, et empesche les approches par ce costé, lequel serait faible et bien peu gardable depuis la porte Morard jusques la porte aux Cornus, où il y a une grande étendue de courtine, qui n'est pas flanquée; elle est fort commandée de tout le costé de Saint-Cheron et de Saint-Barthélemi et ung grand clos qui est à Monsieur de Chartres. Il est vray que c'est hors de portée du mousquet. Le fossé en cet endroit est assez large, et y a de l'eau depuis la porte aux Cornuz jusqu'à la porte Drouaze. Elle est commandée de plus près et regardée par le dedans de l'église Saint-Maurice à la portée de l'arquebuse; et ni a aucun fossé et si peu d'eau en cet endroict que le gravier et les pierres y apparoissent en beaucoup de lieux; de la porte Drouaze vers Saint-Jehan, elle est veue et commandée,  l'espace de plus de trois cens pas, à la portée du mousquet de Saint-Maurice, et de tout ce constitue au-dessus de l'église de Saint-Jehan en tirant vers la porte Chastelet, il y a une bute appelée le Cimetière de l'Hostel-Dieu, qui est plus haute que le rempart, et pour ce qu'elle est au droict d'ung coing, la muraille estant rompue, l'on veroit le dedans de la courtine, une grande espasse entre la porte du Chastelet et celle des Espars.

Il y a une autre bute, grande et spacieuse, appelée le Marché aux Pourceaulx, qui était jusque sur le bord du fossé et n'est guère moins haulte que le rempart de la ville, qui commandait à plomb dans le ravellin des Espars.

Chartres Portes des Espars

 La plus part des fossez de la ville, où il n'y a point d'eau, sont assez profonds, mais si estrois par au bas avec ce que la ville est ronde en ces endrois là, qu'il est impossible de les flanquer. Les murailles de la ville n'ont que six ou sept pieds d'épaisseur et n'ont pour la plupart qu'une toise de fondement.

Quant aux tours, elles ne vallent toutes rien du tout, fors celle de Courtepinte, qui est en bonne matière et de huict ou neuf pieds d'épais au second étage. Quant aux ravelins, il y en a trois faicts en esperon, qui sont celui des Espars, qui est très nécessaire; celuy de la porte Drouaze, qui a été très mal placé et fort mal revestu et mis hors de reigle et de raison en cet endroit là ; celuy de la porte Morard, tout de mesme, car il eut mieux vallu fortifier par le dedans que jeter ses esperons au dehors, desoubz des montaignes qui n'i commandent desjà que trop; puis il y a le bastion de Saint-Michel, qui est beau et grand et bien travaillé par le dedans ; mais de tous les quatre, il n'y en avait ung seul qui feust achevé, ni guères bien en desfence, principallement l'esperon des Espars, qui n'était qu'à demi rempli de terre et la muraille que on avait commandée d'un costé seulement n'estait ellevée qu'à la moitié de sa haulteur, que donna un grand avantage aux ennemis, comme je diray après.

La fosse dudit ravellin n'était point couverte ni dressée, si bien que la courtine de la ville, ni aucuns flancs, pour favorizer les rempars du dedans de la ville, estoient trop estroitz et trop bas, et en beaucoup de lieux, il n'y en avoit poinct du tout, mais bien des maisons tout joignant les murailles. Les dits rempars avaient 1’esté ruinez et affaiblis depuis le premier siège par les propriétaires, qui vouloient accroistre leurs cours et jardins.

 Il n'y avoit autour ny plate forme ni cavalliers que trois, qui n'estoient pas si haultz que le parapet de la muraille et n'y en avoit ung seul assez spacieux pour loger une pièce d'artillerie, avec ses gabions et deffences. »

Malgré la mauvaise assiette et les défectuosités de son enceinte, la place, comme nous le savons, opposa aux attaques du roi Henri une énergique résistance, qui se prolongea pendant plus de deux mois.

 

On avait procédé, au cours du siège, à quelques travaux complémentaires de défense : remplacement de la plateforme du fort d'Hercule par des retranchements couverts par des sacs de terre; construction d'une autre plate-forme, armée de grosses pièces, entre la Porte Châtelet et la tourelle du Fer-à-Cheval. La défense du côté de la rivière n'avait pas non plus été négligée.

Plusieurs chalands et bateaux coulés en travers de l'Eure, le long des herses de la Courtille, avaient permis de loger, à l'abri de l'artillerie des assiégeants, des mousquetaires chargés de « battre de flanc ceux qui voudraient venir à l'assaut, si on le donnait de ce côté-là ».

Enfin lorsque le canon du roi eut fait brèche dans la muraille de la basse ville, entre la porte aux Cornus et la dernière tourelle du Massacre, les assaillants se trouvèrent en présence d'une fortification improvisée qui arrêta leur élan et que Souchet décrit en ces termes :

 « La terrasse, qui était derrière (la muraille) de 15 à 16 pieds d'épaisseur, la renforçait beaucoup. On y fit deux tranchées, pour couvrir les soldats de l'artillerie ennemie qui tirait sans cesse, et aux deux bouts il y avait deux épaules ou terrasses, qui commandaient par-dessus la brèche et le fossé, et derrière la dite terrasse y avait encore une tranchée beaucoup plus creuse que le fossé du dehors, dans laquelle l'eau regorgeait et était plus que de la hauteur d'un homme (86). »

Le siège de 1591 fit infiniment plus de mal aux murailles chartraines que celui de 1568.

Aussi,  immédiatement après la capitulation, il fallut songer à leur remise en état, réparer les courtines, boucher les brèches, reconstruire les parties endommagées des tours.

En 1594 on y travaillait encore. La tour de Sainte-Foy était débarrassée de la terrasse qui la reliait à l'église, les abords des tours Courtepinte et du Fer-à-Cheval dégagés et les corps de garde de la Prêcherie, des Portes Drouaise et Imbout remis en état.

Chartres Porte Guillaume

D'autres postes de surveillance avaient été établis sur les murailles, notamment à la Porte Guillaume où, en août 1593, on avait ordonné « qu'il serait fait une échoquette à l'endroit de la chapelle Saint-Fiacre avec une allée et plancher de carreau, afin d'y dresser et ordonner des sentinelles pour la sûreté de la ville ».

Tout cela n'alla pas sans occasionner pour la ville de grosses dépenses, auxquelles vinrent encore s'ajouter les frais nécessités par l'édification de la citadelle que, dès le lendemain de son entrée à Chartres (20 avril 1591), le roi, avait ordonné de construire autour de l'église Saint-Michel. Les travaux avaient été immédiatement commencés et conduits avec une telle rapidité que l'ouvragé était occupé dès le mois de septembre.

Il englobait dans son périmètre la porte et l'église Saint-Michel, transformée en véritable forteresse. Le culte paroissial avait été transféré dans la crypte de Saint-Aignan et l'on n'avait conservé que la chapelle Sainte-Anne dans l'aile gauche, voisine du rempart, pour les besoins religieux de la garnison. L'aile droite, du côté du cimetière, le chœur et le rond-point avaient été comblés de terre. Vers le bas de la nef, un mur s'élevant jusqu'aux combles renfermait, au rez-de-chaussée, un four et un puits, et au-dessus un logement pour le gouverneur de la citadelle, logement qui communiquait par un escalier, d'une part avec l'église, d'autre part avec le clocher, où une sentinelle veillait nuit et jour. Le milieu de la nef, resté libre, était occupé par un moulin à bras. Un autre escalier, prenant entre la porte et l'église, desservait également le logis du gouverneur.

La face extérieure de l'ouvrage, du côté de la Courtille, avait été renforcée par la construction d'un cavalier à redan.

Un large fossé, entourant tout le front du côté de la ville, prenait à la muraille derrière le clocher de Saint-Michel, tournait autour du cimetière pour gagner le long du jardin des Cordeliers, jusqu'à la garenne Saint-Père, et allait, de là, rejoindre les fossés extérieurs du côté de la Courtille, en passant sous deux grandes arches de pierre, par lesquelles la garnison de la citadelle pouvait descendre à la rivière. La terre extraite du fossé avait servi à faire un éperon couvrant intérieurement la porte, attaché d'un côté à l'église et de l'autre au ravelin qui constituait la défense extérieure. Une allée de 14 à 15 pieds, longeant un des côtés de la citadelle, menait à un pont de bois, par lequel on entrait dans cet éperon, qui, suivant l'expression de Souchet, venait rendre en pointe devant le milieu de la grande rue Saint-Michel.

La construction de la citadelle, d'ailleurs inutile pour la défense de la ville, et uniquement dirigée contre les habitants, constituait pour ceux-ci une gêne continuelle par suite de la fermeture de la porte Saint-Michel, et était pour eux l'occasion de dépenses extraordinaires, car les frais des gens de guerre composant la garnison de cette place d'armes avaient été mis à la charge de la ville. Les Royaux avaient la main lourde, et Souchet mentionne « la grande rumeur où estait Chartres pour six mille escuz que le Roi demandait pour payer la garnison qui estoit dans la citadelle (87) ».

Aussi les bourgeois firent-ils tous leurs efforts pour obtenir la disparition de cet encombrant et dispendieux ouvrage. Plusieurs fois ajournée, la démolition en fut promise enfin par Rosny pour le commencement de 1600, moyennant le paiement au sieur de Vallirant, qui en était gouverneur, d'une somme de 18.000 livres, dont M. de Montescot, trésorier des parties casuelles, consentit à faire l'avance.

Le 9 février, la citadelle fut remise aux mains des habitants, qui hâtèrent autant que possible les travaux de démolition, confiés au sieur de La Borde, sergent-major du régiment de Vallirant, sous la surveillance de six notables.

Le mercredi des Cendres suivant, l'église Saint-Michel, vidée des terres dont on l'avait bourrée, était complètement rendue au culte, et l'ordonnancement des mandats pour le paiement des ouvriers, au mois de juillet suivant, semble bien indiquer que les travaux, s'ils n'étaient pas complètement terminés, devaient tout au moins toucher à leur fin à cette date (88).

 

LES FORTIFICATIONS DU XVIIe SIÈCLE A NOS JOURS

Le siège de 1591 marque la fin du rôle militaire de la ville de Chartres. Cependant, lors des troubles qui suivirent la mort d'Henri IV (1610) on crut devoir mettre la ville en état de défense.

 Les remparts avaient besoin de nombreuses réparations, qu'on estimait à 39.978 livres, et la ville fut autorisée, par un arrêt du Conseil du 18 février 1610, à appliquer chaque année aux travaux de défense une somme de 2.000 livres, à prendre sur la recette d'un impôt qui avait été établi en 1604 et qui permettait la perception, au profit de la Caisse municipale, d'une taxe de 22 sols 6 deniers sur chaque tonneau de vin entrant et de 7 sols 6 deniers sur chaque minot de sel vendu au grenier.

L'ancienne porte Saint-Michel, qui se trouvait à hauteur de l'église du même nom, fut démolie en 1613 et reconstruite un peu en avant, à la hauteur du nouveau front bastionné.

En 1615, on établit des corps de garde supplémentaires sur la Porte Imbout et les tours des Jacobins et Saint-Père; on recreusa les fossés du côté de la Porte Saint-Michel et du bastion regardant la Courtille, et la même année on fortifia les herses de la Courtille à l'aide de grosses chaînes, qui furent payées 72 livres au serrurier Poulain. Ces chaînes avaient été tendues en travers de la rivière, afin d'empêcher les bateaux d'approcher et « d'éviter aux surprises que l'on avait en advis devoir être faictes par les dites herses ».

En 1630, les Jacobins obtinrent le rétablissement des murs et des portes qui fermaient le chemin de ronde le long de leur couvent et qui avaient dû être démolis au cours des sièges du siècle précédent. Dès lors, le chemin fut incorporé dans le jardin des religieux, auxquels on loua la tourelle de la Prêcherie située en face l'infirmerie de leur couvent.

Il est permis de croire que la période plus calme qui suivit fit perdre de vue et négliger un peu les nécessités de la défense, car un voyageur alsacien, Brackenhoffer, passant par Chartres en 1644, apprécie ainsi la valeur militaire de la place : « Chartres est une belle grande ville, toute entourée de murailles et de fossés profonds, mais sans eau.. A la vérité, les murailles ont été ruinées par places à cause des guerres qu'elle a subies. Cependant elles constituent encore une défense efficace. Devant les portes, il y a de grands ravelins, encore en assez bon état, qui ne semblent pas très anciens. Un bras de la rivière d'Eure entre en ville sous une grille ou une herse en fer. »

Avec le XVIIIe siècle, il ne s'agit plus seulement, pour les murailles chartraines, de défaut d'entretien; la destruction va même commencer.

La place, éloignée des frontières, ne présentait plus grand intérêt au point de vue militaire, depuis qu'on pensait en avoir fini avec les guerres intérieures. Des besoins nouveaux se faisaient sentir; la ville s'accroissait, et les demandes de concessions pour bâtir sur des terrains dépendant des fortifications devenaient chaque jour plus nombreuses. En outre, les exigences sans cesse grandissantes de la circulation réclamaient impérieusement l'élargissement des portes et la suppression des ravelins, qui imposaient des détours et occasionnaient une gêne continuelle pour les entrées en ville et les sorties.

Ce fut par ces ouvrages extérieurs que commença la destruction de l'enceinte.

En 1730, on entama la démolition des tourelles de l'ouvrage avancé de la porte Guillaume. L'une d'elles fit place au pont de pierre situé dans l'axe de la porte, destiné à remplacer l'ancien pont-levis, qui était situé sur la gauche.

En 1739, on adjugea les travaux nécessaires pour la construction de ce pont, la démolition de la grosse tour et la transformation de la basse-cour. Quelques années auparavant, en 1734, on avait entrepris la construction en pierres du pont joignant le bastion avancé à la porte Guillaume.

Le cintre de la porte Châtelet, qui menaçait ruine, tombe en 1732. Cinq ans après disparaît le grand ravelin qui couvrait la Porte Saint-Michel à l'extérieur.

Puis c'est le tour de la porte Imbout en 1752, du ravelin de la Porte Morard en 1768.

En 1776, à la suite de plusieurs accidents, on avait fait une seconde ouverture à l'entrée de la basse-cour de la Porte des Épars, en attendant la démolition même de cet ouvrage, qui fut commencée en 1779.

Les murailles ne semblant plus appelées à jouer un rôle défensif sérieux, on commençait également à combler les fossés.

Dès l'année 1732, la contrescarpe des fossés entre les Portes Saint-Jean et Drouaise avait été aplanie pour établir la promenade, dite le Nouveau Cours, aujourd'hui promenade des Charbonniers.

En 1771, les fossés eux-mêmes furent comblés, de la tourelle du Fer-à-Cheval au Jeu de Paume, pour faire une contre-allée à la nouvelle promenade. De l'autre côté de la ville, une notable partie des fossés Saint-Michel disparut en 1741, afin de donner plus de développement à la rampe de la Courtille.

Les six portes qui subsistaient encore (Portes Saint-Michel, des Épars, Châtelet, Drouaise, Guillaume et Morard) continuaient à être fermées toutes les nuits, comme le remarquait un voyageur du XVIIIe siècle, l'abbé Dirmand (89).

Le service en était fait par des gardiens entretenus par la ville, qui recevaient chacun cent livres et, tous les ans, un habit et une veste de drap écarlate, une culotte de drap, une autre en peau, une bandoulière et un chapeau bordé d'or (90).

Certaines concessions étaient accordées à des collectivités ou à des particuliers, qui touchaient même parfois à l'intégrité de l'enceinte.

C'est ainsi qu'en 1738 les Jacobins, qui avaient été autorisés trois ans auparavant à établir une galerie suspendue entre l'infirmerie de leur couvent et la tour de la Prêcherie, obtinrent la permission de faire raser cette tourelle à la hauteur de la muraille.

On trouve d'intéressants détails sur ces concessions dans un livre terrier, conservé aux archives municipales, comprenant les « minutes d'actes portant concessions de jouissance de terrains et murs dépendant des anciennes fortifications du 9 mai 1759 au 19 février 1788 ».

Nous pouvons citer notamment :

Le 6 juin 1776, concession des murailles et tourelle Saint-Michel, ainsi que du terrain, planté d'arbres et de cerisiers, appelé « le Cavalier ».

Le 25 novembre 1779, titre nouvel accompagné d'un plan, contenant concession du terrain « qui forme l'emplacement du ravelin, cavalier et rempart, le long des murailles de la ville, à partir de la porte Saint-Michel jusqu'à la pointe dudit cavalier donnant sur le bord du chemin de la Courtille, et de là, en retour d'équerre, jusqu'à la première encoignure des remparts ».

Le 8 juin 1780, concession à MM. les marguillers-clercs de la portion des murs de ville limitrophes de leur jardin. Ce titre est accompagné d'un petit plan qui indique l'emplacement des portes séparant les propriétés privées limitrophes du rempart.

Le 28 juillet 1784, concession au Bureau du Collège, dans laquelle sont compris la terrasse de 9 pieds le long des murs, depuis la Porte des Jacobins jusqu'au- delà du cavalier, ainsi que le cavalier de 20 toises de longueur sur 8 toises et demie de largeur avec ses deux escaliers.

Indépendamment des concessions de ce genre et des locations régulièrement consenties par la ville de terrains et d'ouvrages faisant partie des fortifications, il s'était produit de tels empiètements, notamment sur les neuf pieds de terrain constituant le chemin de ronde qui devait rester libre entre les murailles et les maisons et les jardins qui les avoisinaient, que la ville dut faire constater officiellement l'étendue de ces emprises.

Il existe à la bibliothèque municipale une série de plans à grande échelle, dressés par Oury en 1778, à l'effet de déterminer les limites du domaine de la ville et des propriétés, limiter afin de constater l'étendue de ces empiètements.

Les murs, tours et portes sont représentés d'une façon plutôt schématique, mais l'examen de ces plans nous donne cependant quelques indications intéressantes :

Entre les Portes des Épars et Saint-Michel, des fragments de murailles sont indiqués à quelque distance en arrière du gros mur comme restes « d'un ancien contre-mur de fortification ».

A côté du mur, séparant l'abbaye de Saint-Père du Bureau des Pauvres, figure une « place représentant un cavalier plus haut que les murs de la ville, enlevé par la ville en 1770, pour former la levée aux abords du pont de la Courtille ».

Derrière l'église Saint-André est figuré un « cavalier, appartenant à la ville, planté d'arbres dont les fruits sont récoltés par différents propriétaires ».

Le cavalier de la Prêcherie est indiqué au point où la muraille forme un angle au-dessus du Jeu-de-Paume, et devant l'église Sainte-Foy. une place triangulaire porte la mention suivante : « Cette place appartient à la ville comme place de service ou espèce de cavalier. Elle est occupée par M. Fournier, médecin. »

A cette époque, la ville tendait à s'agrandir : « La population ne veut plus rester étouffée dans les rues étroites et tortueuses du vieux Chartres fortifié. Des habitants demandent des concessions pour bâtir sur les terrains des fossés de la Porte des Épars; avant de les accorder, il est décidé qu'il sera établi un plan général (91).

Dans le même ordre d'idées, l'architecte voyer de la ville, Laurent Morin, avait établi un vaste plan d'améliorations de tous genres, comportant, entre autres choses, l'élargissement des entrées de la ville et la destruction des portes (92).

Les projets ne reçurent pas d'exécution, mais la question fut reprise avec plus d'ampleur en 1796, époque à laquelle le Conseil général de la commune se préoccupa du démantèlement complet de la ville.

Le citoyen Paris-Mainvilliers, officier municipal, dans son rapport à ce sujet, après avoir établi que la ville, éloignée des frontières et entourée d'une enceinte sans valeur militaire, ne pouvait -être d'aucune utilité pour la défense du pays, constatait « qu'il avait d'ailleurs été porté des atteintes sans nombre à l'enceinte des murailles; l'ouverture de la porte Saint-Jean offre une nouvelle entrée dans la ville; un pan de mur de 200 pieds au moins vient d'être jeté dans les fossés; ces fossés sont comblés et par la brèche, ou entre de plain-pied dans la ville. Cent maisons bordent les murailles, on en construit d'autres en aussi grand nombre, ou on va le faire ».

Et le rapporteur concluait à la démolition totale des remparts au fur et à mesure des circonstances civiles et politiques, à l'exception toutefois de la porte Guillaume : « En déclassant Chartres comme forteresse... les rues s'élargissent; les maisons se dispersent; l'air circule et se purifie.

 Les matériaux des épaisses murailles suffiront pour border de maisons solides, agréables, riantes et aérées, toute la circonférence de la ville le long des promenades, à l'instar de Paris.

 En dégothisant Chartres, en l'aérant, il n'entre pas dans les vues de l'Administration de la priver d'un monument justement estimé dans son genre et seul de son espèce, je veux parler de la porte Guillaume.

 Il convient de conserver cet édifice, véritablement curieux par son architecture (93) ».

Cette réserve en faveur du vieux donjon chartrain est intéressante à retenir. Elle prouve un souci des souvenirs du passé, qui n'était pas fréquent à cette époque, et s'écarte assez des idées qu'on professait généralement alors à l'égard des vieux monuments de notre architecture militaire et féodale.

Cependant, malgré quelques lacunes, l'ensemble des remparts existait encore en 1799, et l'on put croire un instant qu'on allait avoir recours à leur protection contre les tentatives des Chouans de la Normandie et du Perche, qui menacèrent Chartres assez sérieusement à la fin de cette année. On dut même, par crainte d'un coup de main, boucher par des palissades des brèches ouvertes dans les murailles à côté de l'église Sainte-Foy.

Mais c'en était fait cependant de Chartres comme place de guerre.

 Le 28 floréal an XI, le Conseil avait accepté la jouissance des terrains nationaux qui avoisinaient le mur de ville. La ville avait la charge des réparations; elle pouvait donner des concessions et s'entendre avec les propriétaires jouissant des remparts pour les charger de l'entretien.

Elle était également autorisée à traiter avec les portiers de ville qui, antérieurement à la loi du 24 août 1793 faisant entrer ces biens sous -main de la République, jouissaient des produits aux conditions fixées par le Corps municipal.

L'année précédente, au mois de pluviôse an X, la ville avait été saisie d'une demande d'achat par un sieur Méray, entrepreneur, des terrains situés à gauche et à droite de la Porte Saint-Michel, à charge par lui de restaurer la porte et de construire des maisons d'aspect décoratif.

L'ingénieur à qui les plans avaient été soumis signala, dans son rapport, que les maisons projetées excédaient de neuf pieds la hauteur des terrains soutenus par le mur de ville devant lequel elles devaient être élevées. Il proposait de renoncer à la forme carrée donnée au premier étage des bâtiments, en construisant des mansardes au-dessus du rez-de-chaussée, sur une hauteur égale à celle des terrains en question. L'entrepreneur Méray demanda lui-même à apporter des modifications semblables à son plan primitif, ce qui fut accepté, en vendémiaire an XI, par le Conseil municipal, notamment parce que le nouveau plan tenait compte de l'intérêt des propriétaires voisins, l'élévation des bâtiments projetés ne devant pas nuire aux propriétés contre lesquelles ils seraient adossés.

La vente fut consentie par le maire au sieur Marey le 15 thermidor an XI, et c'est dans ces conditions que les maisons de la place Saint-Michel, du côté de la ville, reçurent l'aspect architectural que nous lui voyons aujourd'hui.

L'année suivante (1804), Chartres, définitivement déclassé, fut rayé de la liste des places de guerre.

En 1815, cependant, sur l'ordre de Napoléon, la ville était visitée par le général Dejean et un colonel du génie, qui déclarèrent qu'elle ne pouvait être d'aucune utilité comme place forte.

Déjà, en 1806, la démolition de la Porte des Épars avait ouvert une large brèche dans l'enceinte, et depuis 1808 le Domaine avait commencé l'aliénation à son profit des remparts, tourelles et chemins de ronde. Dès lors la chute se précipite, continue et rapide.

En 1816, la Porte Drouaise tombe sous la pioche des démolisseurs.

En 1824, la tour Courtepinte, fameuse dans les annales chartraines, disparaît pour faire place au jardin de la Préfecture, et sa voisine, la Porte Châtelet, tombe une dizaine d'années après.

Démolitions et aliénations n'avaient pas été sans soulever de nombreuses difficultés, que la ville avait eu le désir en chargeant, en 1831 un magistrat, membre du Conseil municipal, M. Hérisson, d'étudier la question des droits respectif de la ville et des particuliers propriétaires ou jouissant de certaines parties des murailles et des tours les avoisinant.

Le rapport de M. Hérisson est conservé aux bibliothèques de la ville de Chartres et de la Société Archéologique d'Eure- et- Loir, sous le titre de Recherches et notice historique sur les murailles de Chartres.

L'auteur proposait les conclusions suivantes adoptées en mai 1831 par le Conseil municipal : sur la bande de terrain de neuf pieds longeant le rempart, cens qui la détenaient en vertu de concessions à cens ou grevées de droits féodaux abolis par la Révolution, ainsi que ceux qui, sans avoir des concessions régulières, l'avaient occupée de bonne foi, sans réclamations de la ville, depuis 1789, en étaient devenus propriétaires incommutables.

Quant aux murs eux-mêmes la ville ne les avait jamais aliénés, et les autorisations ayant toujours été demandées pour leur destruction partielle la ville en était restée propriétaire incontestable.

En 1832, vint le tour de la Porte Saint-Michel, en même temps que la vente des terrains compris entre les places Saint-Michel et des Épars. La démolition des murailles précède la vente, dans laquelle on impose aux acquéreurs l'obligation de border le boulevard nouveau d'une ligne continue de maisons d'habitation, les écuries, magasins ou autres dépendances devant être construits sur les cours intérieures.

Porte Saint Michel

Il avait été question, en 1834, de démolir la tourelle Saint Michel aux frais et pour le compte de la ville; mais cette proposition n'eut pas de suite, après les observations présentées au Conseil municipal par le concessionnaire, M. Durand.

Chartres Porte Saint Michel

Quelques années plus tard, vers 1837, l'ouverture de la rue du Rempart-Châtelet amena la destruction de la ligne de murailles comprise entre la place Châtelet et la porte Saint-Jean, dans laquelle était comprise la tourelle du Fer-à-Cheval.

Cette partie des remparts est figurée sur un plan de Chartres, signé Chaboche, portant la date de 1836, et elle est encore indiquée sur un autre plan de 1850 dressé par le conducteur des Ponts et Chaussées Mitrot.

Chartres Portes Morard

La Porte Morard est jetée par terre en 1847, et de tous côtés les vieux murs croulent par fragments. On les voit s'émietter peu à peu le long du Jeu-de-Paume, et sur le bord du fossé de la basse ville, depuis la tourelle du Massacre jusqu'à la porte Morard.

Du côté de la Courtille, le plan de 1836 montre que les murailles, à cette date, avaient déjà disparu, depuis l'escarpement au-dessus de l'ancienne garenne Saint-Père jusqu'à la hauteur de la rue de l'Ane-Rez. Leur chute avait probablement accompagné la destruction, vers 1825, pour l'aménagement du quartier de cavalerie, des anciens celliers et communs de l'abbaye de Saint-Père, enterrés du côté de la colline à hauteur de l'étage et qui disparurent pour dégager une écurie nouvellement construite et établir une cour le long du coteau (94).

Le reste de la muraille, du côté de la rivière, fut détruit vers 1840, lors des travaux entrepris pour l'agrandissement du quartier, en même temps que le fossé du Barbou était desséché et comblé.

Les restes du front bastionné, entre la place Saint-Michel et la crête du coteau, au-dessus du quartier de cavalerie, disparurent presque en totalité lors de la construction du lycée et de l'ouverture de la rue Jean-Pocquet.

Au milieu de cette destruction générale, la Porte Guillaume restait seule debout comme un témoin de l'ancienne grandeur militaire de la ville. Elle avait traversé la période révolutionnaire sans perdre autre chose que son nom, transformé pendant quelque temps en celui de Guillaume-Tell.

En 1801, le rez-de-chaussée de la tour de droite avait été aménagé en bureau d'octroi, destination qu'il conserva jusqu'en 1838. L'autre tour ainsi que le dessus du portail étaient loués à un boulanger, qui y remisait son bois de chauffage.

Un incendie, qui éclata le 26 juillet 1856, détruisit les couvertures et la partie des murailles où se trouvait la chapelle Saint-Fiacre. A maintes reprises, depuis cette époque, on discuta des projets de restauration, de dégagement et de couverture de la porte, pour se borner finalement à la recouvrir d'une terrasse en béton.

En 1890, l'existence même de la porte fut menacée, à la suite d'une pétition de quelques habitants du quartier demandant sa démolition.

La Société Archéologique d'Eure-et-Loir, désireuse d'éviter le retour d'une proposition aussi imbécile et aussi barbare, avait demandé et obtenu la location de la porte pour une période de dix-huit ans, à partir du 24 juin 1894.

La bibliothèque y fut installée dans la grande salle au-dessus du portail et la Société y tint ses séances d'avril 1895 à juillet 1903, époque à laquelle elle quitta le vieux donjon pour aller s'installer dans son hôtel de la rue Saint-Pierre.

La Porte Guillaume est depuis longtemps classée comme monument historique (listes de 1841, provisoire, et de 1852, définitive). Les restes de l'ouvrage avancé ont été eux-mêmes l'objet d'un classement en 1911.

 

ÉTAT ACTUEL DES FORTIFICATIONS CHARTRAINES

Les étapes de la disparition de notre enceinte que nous venons d'analyser se lisent couramment dans la comparaison des plans successifs de la -allé de Chartres, datés de 1836, 1850, 1866, 1876 et 1889, d'après lesquels on voit le cercle mural se désagréger petit à petit, jusqu'à ne plus présenter aujourd'hui que des vestiges épars, que nous allons passer rapidement en revue, comme dernier élément de notre étude.

Nous n'avons de l'enceinte gallo-romaine que des traces tout à fait hypothétiques. Le mur de petit appareil avec lits de briques, visible dans la crypte de la cathédrale, est très discuté comme ouvrage de fortification, et le fragment de muraille présumée gallo-romaine, mis au jour lors de la construction du Monument aux Morts en 1921, a été recouvert par les architectes de ce monument et est redevenu complètement invisible.

Le tracé de l'enceinte dite duIXe siècle est encore très apparent sur le versant du coteau qui domine la vallée de l'Eure et la basse ville. Des traces en subsistent aux murs de soutènement et de terrasses, souvent remaniées, qui s'étendent du haut de la rue Pétion au tertre Saint-François ; aux murs de terrasse du presbytère et de l'abside de l'église Saint-Aignan ; aux murs de soutènement longeant la rue des Écuyers, au-dessous de la place Billard et vers la place de la Poissonnerie: au travers du tertre Saint-Eman et au pied des murs du couvent de la Providence, aujourd'hui le Séminaire, et peut-être aussi aux murs de terrasse de l'ancien Évêché. Il ne serait peut-être pas téméraire, étant donnée sa direction, de rattacher à cette période le tronçon de mur signalé par M. l'abbé Hénault entre la rue du Soleil-d'Or et l'ancienne rue du Cygne, mur auquel M. Blanchet ne reconnaît pas le caractère d'une muraille d'enceinte gallo-romaine.

L'enceinte édifiée au XIIe siècle et remaniée plusieurs fois par la suite jusqu'au XVIIe siècle a laissé des traces plus considérables, que nous allons examiner, en les suivant pas à pas, la place des Épars étant encore ici notre point de départ.

Un fragment important de rempart, masqué sur toute sa longueur par des habitations, subsiste encore entre la rue Noël-Ballay et l'angle des rues Famin et; Collin-d'Harleville. Dans la cour de la maison Vinsot (95), par exemple, un escalier permet d'accéder au chemin de ronde protégé par un parapet.

De la rue des Lisses à l'ancien Jeu de Paume, la promenade des Charbonniers est longée par l'ancienne muraille, appuyée par deux tours demi-circulaires, pleines, dont le sommet forme terrasse. Ce mur, plusieurs fois réparé, est, comme les tours, en maçonnerie de silex, interrompue de distance en distance par des chaînes de pierres de taille. Le sommet de la muraille forme une large terrasse. A l'extrémité, qui domine la pente rapide descendant vers la place Drouaise, un renflement de terrain forme une terrasse plantée, à laquelle on accède par quelques marches. C'est un reste de l'ancien cavalier de la Prêcherie, position dominante d'où l'artillerie chartraine pouvait protéger efficacement les abords de la porte Drouaise, aujourd'hui complètement disparue.

Chartres Porte Drouaise

Entre la rue de la Porte Drouaise et la rivière d'Eure s'étend un long fragment de courtine, doublée d'une terrasse. C'est dans cette partie de la muraille que fut pratiquée la brèche lors du siège de 1568, et l'inscription commémorative se trouvait encastrée vers le sommet du mur, près de la rivière.

Au fond de celle-ci, lorsque les eaux sont basses, on peut distinguer les fondations du pilier central des arches de Léthinière, qui enjambaient l'Eure en reliant les fortifications des deux rives.

Sur la rive droite de l'Eure, la ligne des anciennes murailles bordant le fossé des fortifications subsiste encore jusqu'aux environs du lieu appelé « le Vieux Trou ». A peu de distance

 

de la rivière, la muraille est flanquée d'une tourelle demi-circulaire, dont le sommet est rasé : l'ancienne tourelle de la Léthinière. Le mur est ensuite appuyé à l'intérieur d'une vaste terrasse, sorte de cavalier élevé à la hauteur du chemin de ronde et soutenu par des murs en maçonnerie, auquel on accède par un escalier de pierre.

Plus loin, l'ancienne tourelle du Massacre demi-circulaire est restée intacte. Encore pourvue de sa toiture, elle a été convertie en habitation. Cette tourelle comprend un rez-de-chaussée et deux étages. Au rez-de-chaussée est une salle voûtée, en maçonnerie de silex, dans laquelle on pénètre par un passage pratiqué dans l'épaisseur du mur. On accède au premier étage par le chemin de ronde, auquel conduit un escalier extérieur. Les deux étages ont des plafonds de charpente et communiquent par un escalier intérieur en bois. La salle basse et les deux étages sont éclairés chacun par deux embrasures rectangulaires avec encadrement de pierre de taille (96).

En cet endroit la muraille se compose de deux parements de maçonnerie de silex, avec remplissage, entre les deux, de terre et de pierraille.

Vient ensuite un pan de mur avec échauguette, puis un renflement de terre, marquant probablement l'emplacement du cavalier du Coin-aux-Cornus ; un autre pan de muraille, et l'on arrive au reste le plus important et le plus monumental de l'enceinte chartraine, à la Porte Guillaume.

L'ouvrage se compose d'un massif rectangulaire, flanqué de deux tours demi-circulaires prolongées à droite et à gauche par une partie droite. Le tout est couronné de créneaux à merlons, taillés en chanfrein et supportés par une série de mâchicoulis, formés de consoles à trois moulures. A l'extérieur s'ouvraient une grande porte en arc en tiers point et une petite poterne pour les piétons, aujourd'hui bouchée. On y accédait par un pont-levis et une passerelle à bascule, dont on voit encore les encastrements destinés à recevoir les bras de leviers. Une porte en plein cintre, précédée d'une herse, s'ouvrait à l'intérieur du côté de la ville.

Les petites constructions avec toitures qui existaient sur le sommet de la porte, et qu'on peut voir sur les anciennes représentations de celle-ci, ont été détruites lors de l'incendie de 1856. Aujourd'hui le sommet de sa porte est recouvert d'une plate-forme en ciment.

Les murs sont percés de longues meurtrières à mires centrales pour armes à feu. A la base de la tour située à gauche en regardant la ville s'ouvre une fenêtre encadrée de briques, percée à l'époque à laquelle cette tour fut convertie en bureau d'octroi.

A l'intérieur, les tours ont à leur base une sorte de caveau voûté. Dans la tour de gauche, un escalier à vis, en pierre, monte au premier étage, composé d'une grande salle, éclairée par un vitrage moderne du côté de la ville, et occupant toute la surface : tours et dessus du passage entre les deux portes extérieure et intérieure. De cette salle, une échelle aboutissant à une trappe permet d'accéder à la plate-forme supérieure.

La porte est précédée d'un terre-plein polygonal, avec murailles maçonnées, entourées de fossés, qui formait la base de l'ouvrage avancé destiné à couvrir la porte.

Au-dessous des deux maisons qui subsistent sur le terre-plein du côté droit en regardant la porte s'étendent des caveaux voûtés, dont l'un communique avec le fossé par la petite poterne qu'on voit encore dans la maçonnerie du talus. Le côté extérieur de ces maisons présente encore de larges pans des anciennes murailles de l'ouvrage. Sur la gauche, un pan de muraille isolé, percé d'une embrasure à mire, est un reste de la tourelle carrée qui couvrait l'entrée du ravelin, dans lequel on pénétrait autrefois par la gauche.

Après la Porte Guillaume, le fossé est bordé par la vieille muraille, environ jusqu'à la hauteur de la rue des Poulies, à l'intérieur de la ville.

Après un nouvel hiatus, la muraille reprend après la rue de la Porte-Morard et l'emplacement de cette ancienne porte.

Une partie de cette muraille, dans la direction de la rivière, forme à l'extérieur une série d'arcades. Devenue aujourd'hui mur de façade d'une maison d'habitation, elle se termine au massif formé par l'ancienne porte de Launay, convertie elle aussi en habitation et dénaturée par des transformations qui lui ont fait perdre tout son caractère.

La porte de Launay touche à la rivière, barrée autrefois à cet endroit par les herses de la Courtille, en avant desquelles s'ouvrait, sur la rive droite, le vannage qui réglait l'admission de l'eau dans les fossés de la ville basse.

Les travaux de la caserne et plus tard ceux du lycée ont fait disparaître toute la ligne des murailles, jusqu'au sommet du boulevard de la Courtille, où l'on peut encore distinguer quelques traces de l'ancien bastion dans le massif qui supporte le réservoir des eaux et dans le groupe de constructions situé entre les rue et place Saint-Michel, la rue Pocquet et le boulevard de la Courtille.

Un dernier pan de muraille subsiste de l'autre côté de la rue Saint-Michel, limitant des jardins de la rue des Ormes et formant terrasse au-dessus des constructions basses de la place. Cette muraille se termine à l'ancienne tour du Prieuré Saint-Michel, dont on aperçoit le sommet à l'angle de la place. Cette tour, découronnée de sa partie supérieure, forme aujourd'hui un massif plein terminé par une terrasse et contient une salle ronde, voûtée, en maçonnerie de silex, qui servit longtemps de poudrière.

La muraille et la tour sont appuyées d'une épaisse masse de terre, de forme rectangulaire, appelée « le Cavalier », élevée à peu près à la hauteur du chemin de ronde, et à laquelle on accède par une rampe précédée et coupée de marches en pierre.

Louis BONNARD. Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir

 

 

 

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 Armoiries de Chartres
De gueules à trois besants d'argent, deux et un, au chef d'azur accompagné de trois fleurs de lys d'or

 

1. » Urbs quoque, quoque quondam a Julio Cæsaré obsessa decennio persistit expugnabilis. - (Cartulaire de Saint-Père, I, p. 5.)

2. René Merlet. Les Comtes de Chartres, de Châteaudun et de Blois aux IXe et Xe siècles (Mémoires de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. XII).

3. En 1865, on a découvert à la fontaine d'Houdouenne, d'où partait un des deux aqueducs qui alimentaient Chartres, une palissade de pieux de chêne barrant le canal; derrière celle-ci, une masse d'argile pilonnée, emplissant le conduit, et à son extrémité une autre palissade semblable à la première. On a pensé retrouver là les traces de l'ouvrage destiné à couper l'eau, lors du siège du VIIe siècle (Procès-verbaux de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. III, p. 194).

4. Cartulaire de Saint-Père, I, 48.

5. Le lieu où se livra le combat n'est pas déterminé d'une manière certaine, Les uns le placent sur le bord de l'Eure dans les Grands-Prés; les autres dans les Vauroux, petite vallée occupée aujourd'hui par la g are et ses dépendances

6. Il semble bien que Monstrelet est le seul auteur ayant fait allusion à ce siège, qui ne nous est connu que par un passage de sa Chronique,

7. Cf LEFEVRE-PONTALIS, La Guerre de partisans dans la Haute-Normandie (Bibliothèque de l'Ecole de Chartes, vol. 56, p. 434).

8. « Urbs murorum magnitudine... famosissima enim ex quadratis et immanissimis lapidibus constructa celsisque turribus munita » (Cartulaire de Saint-Père, titul. Agan), 1 ch. 3 et 4, p. 5.

9. « Les murailles romaines furent restaurées à Tours, au Mans, à Chartres, à Poitiers, à Orléans, à Paris » (Histoire de France, t. II, lre partie, p. 386).

 

10. DE BOISVILLETTE. Statistique archéologique d'Eure-et-Loir. D. 261. Bulletin monumental, 1899, p. 275-276.

11. L. BONNARD, Ce que nous savons de Chartres gallo-romain (Revue des Etudes anciennes, t. XV n° 1 janvier-mars 1913).

12. Procès-verbaux de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. XI, p. 119.

13. Proc.-verb. Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. XIV, p. 105.

14. Procès-verbaux, Société Archéologique, t. IX, p. 380.

15. CHALLINE, Recherches sur Chartres, p. 19.

16. SOUCHET, Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, t. I, p. 16 et ss.

17. CHALLINE, Recherches sur Chartres, p. 19 et 398.

18. CHEVARD, Histoire de Chartres et de l'ancien Pays chartrain, t. II, p. 29.

19. DE BOISVILLETTE, Stat. Arch. d'E.-et-L., p. 261.

20. Procès-verbaux, Société Archéologique d Eure-et-Loir, t. V11, p. 297 et 298.

21. GUÉRARD, Cartulaire de N.-D. de Chartres, I, p. 51.

22. En 1762, procès entre M. Juteau, propriétaire des jardins au-dessous de la terrasse de Saint-Aignan, et des marguilliers de cette église, en raison des réparations à faire au grand mur de soutènement du cimetière.

Ces derniers demandaient l'intervention de la ville, attendu, disaient-ils, que le mur était un reste de l'enceinte du IXe siècle.

En 1774, les religieux de Saint-Père réclamaient la propriété d'un terrain vague situé au bout de la ruelle Saint-Michel et séparé de leur garenne par les débris de la clôture du IXe siècle.

23. Cartulaire de Saint-Père, I, 5.

24. DE BOISVILLETTE, Stat. Arch. d'E.-et-L., p. 257.

25. LEFÈVRE-PONTALIS, Le Puits des saints-Forts et les Cryptes de la Cathédrale (Bulletin monumental, 1903).

26. LAIR, Le Siège de Chartres par les Normands (Congrès archéologique de France, LXVIIe section, Chartres 1900.)

27. R. MERLET, Bulletin monumental, 1899, p. 276.

28. SOUCHET, loc. cit., t. I, p. 16; DOYEN, Histoire de la Ville de Chartres, dit Pays Chartrain et de la Beauce, t. 1, p. 18: CHEVARD, loc. cit., t. I, p. 19 et ss.

29. CHALLINE, loc. cit., p. 18.

30. DE LEPINOIS, Histoire de Chartres, t. I, p. 308.

31. Ce jardin était autrefois le cimetière. Pendant le siège de 1568, on y avait placé de l'artillerie. Un vitrail de Saint-Aignan portait cette mention : " Au mois de mars 1568, ces vitres ont été mises en pièces du son du canon, qui estoit dans le cimetière » (CLERVAL, Chartres, p. 167).

32. Une rue dont le nom n’est pas connu reliait le tertre Saint-Aignan au tertre Saint-François. Elle était bouchée depuis le XVIe siècle; il en reste la porte d'entrée. Elle servait probablement de chemin de ronde et passait au pied du mur de l'enceinte du IXe siècle, dont les traces existent encore aux terrasses de l'ancien cimetière Saint-Aignan. (Tableau de la Ville de Chartres en 1750).

33. BUISSON et BELLIER DE LA CHAVIGNERIE, Tableau de la Ville de Chartres en 1750, passim ; Archives départementales d'Eure-et-Loir, G. 3636.

34. Abbé HÉNAULT, Découverte d'anciens murs de ville et d'un hypocauste gallo-romain à Chartres (Mém. Société (Archéologique d'Eure-et-Loir), t. IX, p. 35.

35. BLANCHET, Les Enceintes romaines de la Gaule, p. 67.

36. « Nous pensons qu'on peut sans crainte identifier la Porte Neuve, mentionnée au XIe siècle dans le récit du siège par le moine Paul de l'abbaye de Saint-Père, avec la porte de même nom, souvent citée dans la suite, qui occupait, tout près de la cathédrale, l'emplacement de la rue de l'Horloge. Lorsque la ville se fut étendue dans cette direction, elle devint une des portes du cloître de la cathédrale. » (Y. DELAPORTE, Le Voile de Notre-Dame, Chartres, 1927. p. 5).

M. Jusselin, dans une communication faite le 25 avril 1928 à la Société nationale des antiquaires (Bulletin, 2e trimestre 1928, p. 198) signale, d'après le Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, un four, rue de la Porte-Neuve, appellé four de Crot (furnus de Croto) situé à une cinquantaine de mètres de la Porte Neuve, ou de l'Horloge. Crot, dérivé du mot crypte, devenu crota, devait s'appliquer aux nombreuses canalisations gallo-romaines du quartier de Beauvoir. « Ce sont évidemment, dit l'auteur, des restes, beaucoup plus nombreux et apparents autrefois, qui firent donner au terrain qu'ils sillonnaient le nom de Crot, écrit Creolt, vers 1080, par le moine Paul. » [Note de l'auteur postérieure à la rédaction de son travail.]

37. CHEVARD, loc. cit., t. I, p. 20.

38. ROULLIARD, Parthénie ou Histoire de la très auguste et très dévote Eglise de Chartres.

39. CHALLINE, loc. cit., p. 17.

40. » Item in vico, qui ducit ad portant claustri, que apent versus portam Per.ticani et sellariam », Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. II, 2e partie, p. 404.

41. LECOCQ, Historique du Cloître de Notre-Dame de Chartres (Mém. Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. I, p. 125 et ss.

42. DOYEN, toc. cit., t. 1, p. 18, en note.

43. G. DUPLESSIS, Le Livre des Miracles de Notre-Dame de Chartres, Chartres 1855. Poème de Jean Le Marchand, traduction d'un recueil latin composé peu après 1206.

44. JUSSELIN, Vieilles maisons chartraines, p. 22.

45. SOUCHET, loc. cit., t. II, p. 512.

46. ID" Ibid.

47. Mlle G. ACLOQUE, Les Corporations, l'Industrie et le Commerce à Chartres du XIe siècle à la Révolution, Paris, 1917.

48. PINTARD, Ms. 1014, Bibliothèque communale cité par M. MAYEUX (Mém. Société Archéologique d'Eure-et-Loir), t. XIV, p. 175.

49. MAYEUX, l'Eglise Saint-André de Chartres (Mém. Société Archéologique d'Eure-et-Loir), t. XIV, p. 175 ; CHALLINE, loc. cit., p. 350.

50. » Juxta peribolum, quod edifiravit venerabilis Landricus abbas in circuitn coenobii » (Cartulaire de Saint-Père, t. I, p. 109).

51. De l'église, construite à la fin du XIe siècle, il ne reste plus que la grosse tour occidentale. Cette tour, assez semblable à un donjon rectangulaire, paraît avoir été aménagée de façon à servir de refuge en cas de siège. Cf. R. MERLET, Congrès archéologique de France, Chartres, 1900.

 

52. DE LÉPINOIS, op. cit., t. 1, p. 310, en note.

53. Portes des Épars, Châtelet, Saint-Jean, Drouaise, Imboust,aux Corneurs, Guillaume, poterne Tireveau, portes Morard, de Launay, poterne du Barbon, porte Saint-Michel.

 

54. Mlle G. ACLOCQUE, loc. cit., p. 257-258.

55. Ce compte figure en appendice (n° 1) à la fin du 2e volume de l'Histoire de Chartres par E. de Lépinois, p. 555 et ss.

56. Mlle G. ACLOCQUE, op. cit., p. 260.

57. Note de M. Malvos, directeur des travaux de la ville.

58. Communication de M. Lehr à la Société Archéologique, Proc..verb., t, XIII, p. 257,

59. Mlle G. ACLOCQUE, op. cit., p. 264.

60. En août 1505, une partie des fortifications urbaines fut concédée aux cordiers par délibération des échevins. Nous trouvons un bail de la Porte Drouaise en 1529 et des baux de la Porte Saint-Jean en 1547 et 1557. En 1606 et 1614, des baux des deux tours flanquant la Porte Guillaume. En 1630, location aux Jacobins de la tourelle de la Prêcherie, etc.

61. La basse-cour de la Porte Guillaume était garnie de petites constructions concédées à rente. On avait stipulé, pour l'une d'elles, la réserve d'employer, en cas de besoin, certaines pièces pour servir de corps de garde, et ces constructions pouvaient être abattues, sans dédommagement, en cas de besoin.

62. BLONDEL, Essai sur les institutions municipales de Chartres.

63. JUSSELIN, La date de la Porte Guillaume el Chartres (Bulletin monumental, 73° vol., 1909).

64. Je laisse de côté certaines indications de dates données à cette porte, qui ne méritent même pas une discussion, comme par exemple celle contenue dans un article de M. Doublet de Boisthibault (Revue archéologique, 15 août 1856, pour qui la porte, telle qu'elle existait alors, aurait daté des x° et XIe siècles) et celle de M. de Lépinois, qui, dans son Histoire de Chartres (t. I, p. 318), donne la porte Guillaume comme un admirable spécimen de l'architecture militaire de la fin du XIIIe siècle. La plupart de nos auteurs chartrains, comme nous l'avons dit, admettaient comme époque de la reconstruction la période 1358-1378. M. René Merlet avait vu très juste en la datant du XVe siècle, dans le volume des comptes rendus du Congrès archéologique tenu à Chartres en 1900, p. 53.

65. LECOCQ, Notice sur la Porte Guillaume dans les Mémoires de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. I, p. 11 et ss;

Communications sur la Porte Guillaume, dans Procès-verbaux de la Société Archéologique d'Eure-cl-Loir, t. IV, p. 298 et ss;

La Porte Guillaume et ses abords, dans Causeries et Recherches beauceronnes, Chartres, 1882, p. 42-49.

66. HERISSON, Recherches et notice historique sur les murailles de la ville de Chartres, manuscrit de la Bibliothèque municipale.

67. Mém. Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. X, p. 437.

68. Ibid., t. X, p. 440.

69. Les ravelins étaient des ouvrages à deux faces, bas, ouverts à la gorge, établis en avant des courtines, et destinés à battre les dehors.

70. SOUCHET, loc. cit., t. IV, p. 58.

71. Lors du siège de 1568, le service de l'artillerie était assuré par des canonniers répartis dans les postes suivants : cloître Saint-Michel, Porte Morard, Porte Guillaume, Massacre. Prêcherie, Porte Saint-Jean, Porte Châtelet,, plateforme Sainte-Foy, Porte des Épars.

72. Registre des Echevins, I, p. 647.

73. » Pour faire la réparation de la brèche faite aux murailles du quartier de la porte Drouaise... œuvre de grande importance et conséquence... a esté arrêté que la dise brèche serait reffaicte par maçons, artisans et manœuvres, et seroit fourny de toutes matières par les échevins de la ville... à quoy a esté débourcé 1.878 livres » (État des comptes),

roi Henri III; pour être

74. Registre des Échevins, T, 11. C57.

75. S. DE GIVÈS : Brief discours du siège de Chartres de 1568, précédé d'une notice historique et critiQue. Dar l'abbé Métais Chartres. Durand 1895.

76. D'après M. l'abbé Langlois, l'inscription n'aurait pas été mise en place à une date aussi rapprochée du siège. S'appuyant sur les variations du texte dans les différents auteurs antérieurs au XVIIIe siècle, l'érudit chercheur conclut que l'inscription, décidée en principe après le siège, dut, faute de fonds, n'être gravée que vers la fin du XVIIe ou le début du XVIIIe siècle. Proc-.verb" Société Archéologique d'Eure-et-Loir, t. XII, p. 102.

77.  LECOCQ  la Porte Guillaume et ses abords.

78. Mém. de la Société Archéologique d'Ellre-et-Loi,., t. XIV, p. 118.

79. Etat des fraiz faits en la ville de Chartres pour le service du Roy, tuition et défense d'icelle ville durant la présente année 1587. Archives de la Mairie.

80. SOUCHET, loc. cil., t. IV, p. 130,

81. Sur le plan de Belleforest, les Portes Morard et Drouaise sont appelées Mozal et de Rouage. Les deux tourelles du Massacre sont dessinées avec leurs sommets ruinés.

82. Sur le plan de Georges Braun (1581), les Portes Morard et Drouaise sont appelées Mozal et Rouage. Les deux tourelles du Massacre sont dessinées avec des toits coniques. Les Portes Saint-Jean et aux Cornus sont indiquées comme bouchées. Deux tours carrées sont indiquées entre les Portes Saint-Jean et Drouaise.

83 Proc. Verb. Société Archéologique d’Eure et  Loire, t. XI, p. 212, 213.

84. DE LÉPINOIS, op. cil., II, p. 299.

85. On s'était préoccupé également de l'organisation du service de l'artillerie. En 1590, les murailles étaient réparties en 8 commandements 1° batteries de la Porte Morard; 2° pièces du tripot Regnier et de la tour du Prieuré Saint-Michel; 3° pièces du fort des Cordeliers; 4° batterie de la Porte Saint-Jean; 5° pièces de la Porte des Épars; 6° batterie du fort d'Hercule; 7° batteries de la Porte Guillaume et de la Porte aux Cornus; 8° batteries de la Porte Drouaise et du fort de la Prècherie.

 Lors du siège de 1591, le service de l'artillerie comportait des maîtres canonniers aux points suivants terrasse de la tour Saint-Père, Porte Saint-Michel, tripot Regnier, tour Gaillard, Porte des Épars, fort d'Hercule, tour Courtepinte, Porte Châtelet, tour du Fera Cheval, cavalier de la Prêcherie, Porte Drouaise, Porte Imbout, Porte Guillaume, Porte Morard, tour des Herses.

86. SOUCHET, Op. cit., t. IV, p. 236.

87. SOUCHET, Op. cit., t. IV, p. 285.

88. Voici la nomenclature des portes de Chartres dans l'ouvrage de A. du Chesne, Antiquitez et Recherches des villes, chasteaux, et places plus remarquables de toute la France, publié en 1629 :

« Les portes de la ville sont neuf en nombre, toutes titrées de noms particuliers, la porte Mozal, la porte Guillaume, la porte aux Cornuts, bouchée, la porte du Chasteau, dit Imboust, bouchée, la porte de Rouare, la porte de Sainct-Jean, bouchée, la porte Chastelet, la porte des Espars et la porte Sainct-Michel, toutes honorées sur leur pont de l'Image Nostre-Dame, ancienne Patronne de la ville, et entre toutes celle de Rouare, signalée d'une miraculeuse conservation contre les boulets et les foudres du canon pendant le siège des Protestants. "

89. Abbé DIRMAND, Description de plusieurs villes de France (Bibliothèque d'Angers, manuscrit n° 582).

90. BETHOUAUT, Histoire de Chartres

91. Cité par Béthouard, dans son Histoire de Chartres, t. I, p. 12.

92. LECOC Q, Plans topo graphiques et imprimés de la ville de Chartres (Mem. Société Archéologique d’Eure et Loir), t. IV, p. 40 (en note).

93. BÉTHOUART, op. cil., t. 1, p. 167 et 168.

94. Pr96. En amont de la tourelle du Massacre, dans la propriété de l'ancienne école Saint-Benoît, la partie supérieure du mur de ville, en bordure du fossé, a été démolie vers 1893. Mais on a gardé avec soin et scellé dans un massif de maçonnerie destiné à supporter un réservoir : 1° un chapiteau trouvé dans les démolitions, qui avait sans doute été remployé au moment des réparations de la fin du XVe siècle; 2° les armoiries royales, entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel, datant sans doute de la même époque.

Dans la propriété voisine (18, rue du Massacre) il existe une salle voûtée, servant aujourd'hui de cuisine, qui a sans doute fait partie du système de fortifications de la ville. [Cette note n'appartient pas au travail de M. Bonnard.]

oc.-perb, Soc. Arch, d'Eure-et-Loir, t. XIII, p. 274.

95. 44, rue Noël-Ballay.