D'Henri II Plantagenêt et Raoul de Fougères à la Chouannerie et Prosper Mérimée, la légende des Celliers de Landéan

Un monument du moyen-âge assez remarquable, et désigné dans le pays sous le nom de Celliers de Landéan, se trouve également dans la forêt de Fougères, à environ 850 mètres au sud-ouest de l'église de la paroisse, et à 45 mètres à l'ouest de la grande route de Fougères à Caen.

Il s'annonce à l'extérieur par les vestiges de deux rampes à moitié comblées, qui formaient entre elles un angle droit, et se réunissaient à un pallier commun, voûté comme elles, d'où l'on descendait dans un souterrain, lequel consistait en un berceau en plein-cintre dont les dimensions étaient celles-ci : longueur, 8 mètres 15 centimètres; largeur, 6 mètres 31 centimètres; hauteur, 4 mètres 22 centimètres, mesurés de la voûte au- dessus du plancher.

Ce plancher, de 54 millimètres d'épaisseur, et qui avait été sans doute construit dans le but de garantir de l'humidité les objets qui pourraient y être déposés, régnait de niveau au -dessus du fond et un peu en pente du souterrain. Il était porté par des sommiers d'inégale épaisseur, posés transversalement de distance en distance sur le sol.

Les madriers qui formaient ce plancher étaient de bois de chêne ou de châtaignier ; les poutres étaient en bois de hêtre; quelques sommiers seulement en bois de chêne.

Une autre précaution que l'on avait prise contre l'humidité consistait en un puisard pratiqué à l'angle sud-ouest du souterrain, et creusé dans le roc sur lequel les fondations sont établies. Ce puisard était de 1 métro 30 centimètres plus bas que le fond du souterrain, à l'endroit où il est le plus bas lui-même.

Les eaux y affluaient de toutes parts; mais il fallait les extraire à bras d'hommes, soit au moyen d'une pompe, soit par quelque autre procédé. La voûte est construite avec des pierres de moellon et des briques ; elle est soutenue par des contreforts qui, se continuant en saillie tout autour, forment des espèces d'arcades qui lui semblent adhérentes, sans être pourtant liées avec elle.

Ces arcades ou contreforts sont en pierres de taille. Dans les intervalles qu'ils laissent entre eux, la voûte a été revêtue d'un enduit qui s'est parfaitement conservé ; et, chose assez remarquable, les racines des arbres, si puissamment attirées par l'eau, ne se font jour nulle part au travers de la maçonnerie, quoique de vieilles souches, que l'on voit immédiatement au -dessus de la voûte, attestent que les arbres n'ont jamais cessé d'y croître.

Un soupirail, pratiqué verticalement dans la partie supérieure de la voûte, était destiné à procurer de l'air plutôt que de la lumière aux personnes qui étaient renfermées dans l'intérieur du souterrain.

Les Celliers de Landéan subsistent encore aujourd'hui, à peu près tels que nous venons de les décrire, sauf les rampes qui y conduisaient, le pallier et les voûtes, qui sont détruits depuis longtemps, mais qui laissent facilement apercevoir la position qu'ils affectaient.

 De vieilles traditions, que d'Argentré lui-même avait accueillies dans son histoire de Bretagne, faisaient communiquer les Celliers de Landéan avec le château de Fougères.

L'eau dont ils étaient remplis jusqu'à la voûte, et qui ne permettait pas de vérifier l'exactitude de ces traditions, était invoquée comme un témoignage à l'appui, et l'on allait même jusqu'à dire qu'un canard lancé dans les Celliers avait reparu quelques heures après sur l'étang de la Couarde.

M. Ballier, désirant s'assurer par lui-même de ce qu'il y avait de vrai ou de faux dans ces assertions populaires, obtint en 1808, de l'administration forestière, l'autorisation de faire tous les travaux nécessaires pour déblayer le souterrain, et épuiser les eaux dont il était rempli.

Les recherches scrupuleuses auxquelles il se livra, en présence d'un grand nombre de personnes qui purent descendre avec lui dans le souterrain, ne laissent plus aucune incertitude à cet égard, et il est bien constant qu'aucune communication n'a jamais existé des Celliers, soit avec le château, de Fougères, soit avec quelque autre point moins éloigné (1). Quant à la construction de ce souterrain, on ne peut pas douter qu'il n'existât en 1173, lorsque Henri II, roi d'Angleterre, fit attaquer Raoul II par une troupe de Brabançons.

 

Celliers de Landéan

 

On le trouve dans le n° XIII des Mémoires de l'Académie celtique, avec un plan fort exact des Celliers.

L'histoire nous apprend en effet que ce seigneur, dont le château avait été déjà détruit en 1166, avait, dans la crainte d'une nouvelle guerre, fait creuser un souterrain dans la forêt pour suppléer à son château, et y renfermer ses effets les plus précieux; mais que cette prévoyance lui avait été complètement inutile, les trésors qu'il voulait faire renfermer ayant été surpris, dans le trajet du château à la forêt, par les Anglais, qui les pillèrent.

C'est donc dans l'intervalle do 1160 à 1173 que nous devons placer la construction de ce singulier monument.

En 1793, au moment de la Révolution française, les Celliers reviennent sur le devant de la scène. Le combat de Fougères, le 19 mars 1793, se déroule à la suite d’une révolte paysanne contre l’enrôlement de trois cent mille hommes..

Des prêtres fidèles et des chouans réfractaires s'étaient réfugiés dans la forêt de Fougères; et là, pour être plus en sûreté, ils s'étaient cachés dans les Celliers de Landéan. Les Celliers deviennent le terrain de guerre des Chouans.

Une pieuse jeune fille qui habitait la paroisse Saint-Sulpice alla chaque jour, tant que dura la Terreur, leur porter des provisions et leur dire les nouvelles qui se colportaient en ville.

Chose surprenante ! jamais elle ne fut arrêtée, et ne fit même pas une seule mauvaise rencontre.

« Savez-vous ce qui m'a protégée? disait-elle plus tard à ses enfants et petits-enfants : assis autour d'elle; c'est la Sainte Vierge que voilà. » Et elle leur montrait, sur la cheminée, une petite statuette de la Vierge.

Et elle ajoutait :

« Je la cachais tous les matins au fond de mon panier, sous mes provisions. C'est elle qui me conduisait aux Celliers et qui me ramenait ensuite. »

Cette brave chrétienne, mariée plus tard à un M. Lechat, de Fougères, vécut jusqu'à un âge très avancé ; ce qui ne l'empêchait pas d'aller entendre chaque matin la messe à Saint-Sulpice, quoiqu'elle eût 95 ou 96 ans.

La Vierge a toujours été conservée par elle et est restée dans la famille ; elle la donna à sa petite fille aînée, qui la transmit également à sa petite Angèle.

Le, frère de celle-ci, qui habitait Paris et était devenu athée et libre-penseur, au mépris de toutes les traditions de famille, vint dès que sa soeur mourut, et emporta la Sainte Vierge chez lui. Il devait y attacher quelque superstition et la regarder comme un fétiche.

C'est Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques, qui en parle le mieux. Il évoque, dans ses écrits, sa visite des Celliers de Landéan, en 1841.

Nous sommes allés visiter quelque chose qu’on nomme les celliers de Landéan. Au milieu d’un bois, il y a un grand trou, dans ce trou une arcade et un peu de maçonnerie en larges briques, et sous cette arcade un trou noir avec beaucoup d’eau et de grenouilles. Suivant les uns, ce trou est l’ouverture d’un souterrain qui aboutit à Fougères à 10 kilomètres de Landéan, suivant les autres c’est une salle de bains romains, un balnéaire comme dit M. de Gerville.

J’ai cru que le moment était venu de m’exterminer pour les monuments historiques, et j’ai acheté sans hésiter trois chandelles à Landéan pour la somme de 30 centimes, puis je me suis mis nu comme la main, sauf un gilet de flanelle pour la décence, puis j’ai franchi l’arcade, et je me suis trouvé dans trois pieds d’eau à la température de 8°……

 

 

 

Récit de Mme Bigrel. dont le mari était petit-fils de Mme Lechat, 9 juillet 1906. MARIE-EDMÉE VAUGEOIS. 

Notice historique et statistique sur la baronie, la ville et l'arrondissement de Fougères / par MM. Amédée Bertin,... et Léon Maupillé,

 

 Le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt à la conquête de la Bretagne, il s’empare du château de Fougères en 1166. <==.... ....==> La Tour Mélusine du château de Fougères - Voyage dans le temps de Jeanne de Fougères et Hugues XII de Lusignan

 


 

(I) M. Rallier a publié dans le temps un mémoire sur les Celliers, auquel nous avons emprunté une partie de ces détails.