La Tour Mélusine du château de Fougères - Voyage dans le temps de Jeanne de Fougères et Hugues XII de Lusignan

En 1256 la baronnie de Fougères passa par le mariage de Jeanne de Fougères, dernière héritière de la grande famille de nos fondateurs, dans les mains des seigneurs de Lusignan qui en furent possesseurs jusqu'en 1313. Jusqu'à cette époque, notre pays avait eu des seigneurs portant son nom.

Leur ville et leur château étaient le centre de leurs possessions. Leurs autres terres d'Angleterre et de Porhoët, quelque belles et importantes qu'elles fussent, n'étaient que l'accessoire c'était la patrie, le berceau, la demeure favorite de ses premiers seigneurs Il n'en serait plus tout à fait de même. La baronnie allait perdre à tout jamais son caractère de domaine principal et n'était plus qu'au second plan pour les seigneurs de Lusignan, dont tous les glorieux souvenirs se rattachaient au pays de la Marche et d'Angoulême. Fougères serait encore un des plus riches joyaux de leur couronne, mais elle n'en serait plus le diamant le plus précieux et le plus cher.

Cependant tant que Jeanne de Fougères vécut, elle se plut à embellir et fortifier la place qui portait le nom de ses pères, et les magnifiques travaux qu'elle y fit exécuter et que nous avons encore presque tout entiers sous les yeux, nous prouvent combien elle aimait son pays et combien le souvenir de ses aïeux était resté cher et vivant dans son âme. C'est une belle et grande figure que celle de la fille et héritière de Raoul III de Fougères, et d'Isabelle de Craon, et l'histoire a été injuste envers elle en la laissant dans l'ombre.

Mélusine, la fée bâtisseuse

(Exposition Mélusine les secrets d'une Fée Historial de la Vendée)

Notre ville, notre château surtout sont là pour l'attester. Jeanne fut une grande bâtisseuse nous le savions déjà par le souvenir des travaux grandioses qu'elle fit exécuter à Angoulême, qui, moins oublieuse que Fougères, a gardé mémoire des oeuvres qu'elle y fit élever et qui portent encore son nom. « Elle fit, nous dit Dupas, construire, après la mort de son mari (1283), la grande muraille de la ville d'Angoulême qui renferme le bourg Saint-Martial du côté des champs, prenant depuis la tour Landon jusqu'à la porte de Chandos, fit réparer le vieux château et commença l'oeuvre magnifique de la grande salle qui s'y voit encore. »

Hugues XII de Lusignan, comte de La Marche et comte d'Angoulême avait épousé, le 29 janvier 1253 à l'abbaye de Savigny, Jeanne de Fougères. Jeanne fit son testament le 20 mai 1269, donnant 20 livres à trois hommes qui devaient aller à Saint-Jacques de Compostelle pour ses enfants.
Elle mourut à une date inconnue après 1273. Elle est enterrée à Sauvigny, en Normandie.  Hugues décéda en 1282.

Château de Fougères Restes de la Tour Donjon - Tour Mélusine - Tour du Gobelin

(Plan Château de Fougères Restes de la Tour Donjon - Tour Mélusine - Tour du Gobelin)

Chose singulière Dupas, qui s'est fait l'historien de la maison de Fougères, dans une note manuscrite, nous parle des travaux exécutés par la fille de Raoul III, à Angoulême, et il ne nous dit rien de ceux qu'elle fit faire dans son pays.

Son nom est presque inconnu chez nous, et ses œuvres ont fait et font encore le plus bel ornement de notre vieille cité, et l'admiration de tous ceux qui visitent son antique château. Si Raoul II commença la restauration de la forteresse détruite par les Anglais, il dut le faire un peu à la hâte et ses travaux se ressentent de la circonstance dans laquelle ils furent exécutés.

De là, le caractère un peu abrupt des constructions du héros fougerais. Au temps de Jeanne de Fougères, les choses avaient bien changé de face. La dernière représentante de la maison de Fougères était devenue une puissante dame. Elle disposait d'immenses richesses et elle voulut en employer une grande partie à fortifier et embellir la ville fondée par ses ancêtres.

La vieille et grande maison de Fougères semblait vouloir, en s'éteignant, donner cette dernière preuve d'attachement à la cité qui garderait son nom à travers les siècles. Aussi, cette fois l'oeuvre joignit à la solidité et à la force, l'élégance des formes et de l'architecture, et c'est certainement de cette époque que datent les constructions les plus remarquables.

Malheureusement, nous ne pourrons décrire la plus grandiose de ses oeuvres, le magnifique donjon que fit entièrement détruire le cardinal de Richelieu, et dont il ne reste plus que les informes fondements. Nous avons même eu le regret de ne pouvoir, malgré nos efforts, retrouver aucune description de cette forteresse. Nous en dirons plus tard le peu de choses que nous en savons. Les autres œuvres de la dame de Lusignan nous feront du moins présumer ce que pouvait être celle qui les dépassait toutes de beaucoup en force et en beauté. Parlons donc de la tour Mélusine.

Cette tour était ainsi appelée, au moins dès 1660, car un inventaire du mobilier du château fait à cette époque, au temps du gouvernement de M. de Saint-Hilaire, la désigne sous cette appellation, alors que la plupart des autres tours n'y sont pas désignées par leur nom actuel. Il est supposable que la tour Mélusine était ainsi appelée depuis une époque bien antérieure et probablement depuis sa fondation. Du reste, le caractère d'architecture de la tour la rattache tout à fait à la fin du XIIIe siècle.

M. le Vicomte de Calan, pendant la session de l'Association Bretonne, tenue à Fougères en 1908, a fait une curieuse et charmante conférence sur l'origine de la fameuse légende de Mélusine. Si notre mémoire est fidèle, il nous a dit comme quoi cette légende parait avoir pris naissance dans les brouillards de l'Ecosse, pour se répandre sur divers points de l'Europe, notamment dans le Poitou.

 Mélusine était une sorte de sirène, une fée mystérieuse, fille d'Elenas, roi d'Albanie, auquel elle aurait ôté la vie. Pour punition de son crime, elle avait été condamnée à être tous les samedis transformée en serpent.

De nombreux romans de chevalerie ont été écrits sur son compte. Sans doute, quelques flatteurs voulant donner à la maison de Lusignan une origine merveilleuse, avaient changé le nom de la fée en celui de Merlusine et avaient là-dessus bâti de nouveaux romans. Merlusine était la mère des de Lusignan et c'est d'elle que cette illustre famille aurait tiré son origine et, comme les familles de Luxembourg et de Bohême avaient émis des prétentions analogues, on les avait fait descendre aussi du mariage de Mélusine avec Raymondin, comte de Poitou.

La sorcière, pour cacher la métamorphose hideuse qu'elle était obligée de subir chaque semaine en punition de son crime, avait demandé et obtenu de son mari la promesse de pas chercher à découvrir ce qu'elle devenait le samedi, et grâce à cette précaution tout alla d'abord à merveille.

Mélusine allait de pays en pays, construisant partout des châteaux merveilleux et courant toutes sortes d'aventures. Mais un jour son mari voulut connaître pourquoi elle disparaissait un jour de chaque semaine, et, oubliant sa promesse, il pénétra chez elle au moment où elle avait sa forme de serpent. Saisi d'horreur à cette vue, il la fit enfermer dans un des souterrains du château de Lusignan où elle vit encore, disent les vieux conteurs du pays.

On la représente sous la forme d'une sirène, moitié femme, moitié serpent, tenant d'une main un miroir et de l'autre un peigne avec lequel elle relève sa longue chevelure. Les de Lusignan l'ont toujours prise pour emblème de leur maison.

On comprend donc fort bien que Jeanne de Fougères ait donné le nom de Mélusine à la tour construite par elle, et la grande bâtisseuse de châteaux et de forteresses devait se sentir quelque sympathie pour cette fée mystérieuse, protectrice de la race des Lusignan et que la tradition représentait aussi comme élevant partout de fantastiques et merveilleux châteaux. Jeanne voulut qu'une des tours du château de Fougères rappelât celle du château de Lusignan, au fond de laquelle avait été enfermée la fée infortunée.

Je me souviens qu'on me racontait encore dans mon enfance, et l'on m'a dit qu'on raconte toujours, des légendes où figurait un immense serpent caché dans les soubassements de la tour. Ce mystérieux reptile devait avoir quelque rapport avec l'histoire de l'enchanteresse.

 (Le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt à la conquête de la Bretagne, il s’empare du château de Fougères en 1166.)

 Voici la description que donne M. Maupillé de la tour Mélusine :

« Cette tour est sans contredit l'une des plus remarquables du château, soit que l'on considère la régularité de ses lignes, l'harmonie de ses proportions, l'ordonnance de ses dispositions, ou soit qu'on ne fasse allusion qu'au bon état de conservation dans lequel elle se trouve. Elle est saillante sur le rempart d'un tiers environ de sa circonférence. Son diamètre à la hauteur du premier étage est de 13 mètres, de 15 environ à sa base. Sa hauteur à partir de la première assise sur le rocher au sommet du parapet, est de 33 mètres (1). La base de cette tour qui est légèrement conique, est revêtue de pierres de grand appareil jusqu'à la moitié de la salle d'en bas. La partie supérieure qui présente un cylindre parfait, est construite en moellons divisés à intervalles égaux par 7 cordons de pierres de taille, dont les second, troisième et quatrièmes, sont formés d'une double assise. Les murs ont une épaisseur moyenne de 3m 20.

« Cette tour ne porte point de machicoulis. Un simple mur sert de parapet à une terrasse formée par la partie supérieure de la muraille, autour du toit conique qui l'abrite. « On y accède par le rempart qui la sépare de la tour Surienne et à ce rempart par un escalier qui est auprès de cette dernière.

« La porte est placée à la hauteur du second étage (2). On y arrive aujourd'hui du rempart au moyen d'un escalier de 16 degrés mais il n'en était pas de même autrefois. Cette porte n'avait aucune communication directe avec ce rempart; elle n'était abordable qu'au moyen d'une échelle ou d'un eschiffre, escalier volant, que l'on appliquait et retirait à volonté. Les rainures que l'on remarque dans le mur, au-dessus de la porte, ne permettent pas de douter qu'outre les battants en bois, qui en formaient l'entrée, elle ne fût encore défendue par une herse ou par un pont-levis qui venait s'abaisser sur l'eschiffre pour donner passage (3).

« Une galerie pratiquée obliquement dans le mur, conduit de cette porte dans l'intérieur de la tour, qui se divise en quatre étages, non compris le souterrain, qui est dans la partie inférieure. Ces divers étages communiquaient entre eux au moyen d'un escalier en spirale, pratiqué du côté sud dans l'épaisseur de la muraille.

« La disposition de cet escalier qui a deux mètres d'ouverture (4) et se compose de cent marches en pierres de granit, est fort remarquable. L'extrémité des marches inférieures est taillée de façon à former la base d'une colonne, avec des filets et des nervures prismatiques régulières et uniformes, et peut s'adapter dans le sens de l'axe sur celle qui la précède. La réunion de toutes ces marches forme une colonne centrale autour de laquelle se déroule l'escalier.

Il est éclairé par cinq fenêtres, ayant 0m 95 de hauteur, sur 0m 20 de largeur. La direction oblique des jours inférieurs avait sans doute pour objet de préserver les personnes qui seraient dans l'escalier de l'atteinte des projectiles. Il n'est éclairé par des jours directs que dans sa partie supérieure, et se termine par une voûte qui, vue de l'extérieur, fait l'effet d'une petite guérite revêtue d'un toit.

 Chaque étage comprend une salle octogone (hexagone) ayant environ 5m'80 de diagonale avec une grande cheminée, »

 M. Maupillé croit à tort que ces cheminées pourraient être moins anciennes que le reste de la tour. Pour nous, il ne saurait y avoir de doute qu'elles ne soient contemporaines. « Le rez-de-chaussée, ou plutôt l'étage qui est situé au-dessous de celui dans lequel est l'entrée, est séparé d'un caveau qui se trouve encore au-dessous, par une voûte en pierre de granit. Celui-ci consiste en une pièce souterraine (5) construite en partie dans le soubassement de la tour.

On ne pénétrait dans cette pièce qu'au moyen d'une échelle ou d'une corde, et en passant à travers une ouverture d'environ 0m 5 pratiquée au sommet de la voûte et qui se fermait hermétiquement à l'aide d'une grosse pierre qui s'adaptait à ses parois. Cette pièce ne reçoit le jour que par une meurtrière de 0m 25 à 0m 30 de haut, sur 0m 06 à 0m 07 de largeur. Elle est placée sur la face antérieure de la tour (face ouest) à la hauteur du soubassement.

«. Ce n'est que depuis quelques années qu'on a pu prendre connaissance de cette pièce dont on ignorait complètement l'entrée. Ce furent des enfants qui, en jouant dans la pièce supérieure, en amenèrent la découverte.

Elle était presque entièrement pleine de pierres et de décombres. En la déblayant, on trouva quelques pièces de monnaie d'un médiocre intérêt, l'une en argent à l'effigie de Charles VIII, un certain nombre de boulets de canon en granit, de différents calibres, un tronçon de fût de canon et une grande quantité d'ossements.

 Eglise Saint-Léonard le 3 Novembre 1793, la Virée de Galerne ==> La Virée de Galerne le 3 Novembre 1793 – La Bataille de Fougères (synthèse)

« L'opinion publique se préoccupa un instant de cette dernière découverte, en raison des anciennes traditions partout répandues d'anciennes oubliettes, et peut-être plus encore en raison des récents souvenirs qui se rattachaient à cette tour, transformée en lieu de détention pour les victimes de la persécution révolutionnaire, à l'époque de la terreur; mais elle ne tarda pas à se calmer, lorsque l'on eût constaté qu'aucun de ces ossements n'avait appartenu à un corps humain et qu'ils venaient tous de petits animaux dont les oiseaux de nuit qui avaient établi là leur demeure, faisaient leurs repas habituels (6).

 

Le cachot de la tour Mélusine est voûté en forme de cloche. On remarque dans la muraille une niche creusée pour y déposer la nourriture du prisonnier, et un siège de latrines, preuve que l'on gardait encore quelques sentiments d'humanité envers le malheureux enfermé dans ce sombre souterrain, et qu'il n'y était pas descendu pour y être oublié, et mourir dans un bref délai. »

Que penser de ces cachots, de ces oubliettes que l'on rencontre fréquemment dans les forteresses du moyen-âge Faut-il croire aux sombres histoires que leur aspect a fait éclore dans les imaginations des visiteurs ? Nous savons combien les seigneurs tenaient à leurs droits de hauts justiciers faut-il en conclure qu'ils étaient des bourreaux et des tyrans ? On se tromperait étrangement en le pensant.

Un seigneur se faisait gloire au moyen-âge d'avoir ce haut privilège d'être le maître de disposer par jugement de la vie de ses sujets coupables, comme aujourd'hui une ville se fait honneur d'être le siège d'une cour d'assises, parce que cela prouve son importance. Le seigneur du moyen-âge abusait-il de ce droit? Le fait est possible. Il est même probable que, dans quelques autres parties de la France, dans ces temps où les guerres et les luttes continuelles rendaient les âmes un peu rudes, il y eut des actes d'injustice et de cruauté; mais nous sommes convaincus qu'ils étaient rares, et ce que nous savons du caractère et de l'histoire de nos premiers seigneurs en serait une preuve suffisante.

La Virée de Galerne – Octobre 1793, La Bataille de Fougères

Qu'on lise seulement les actes de leur temps et ils sont nombreux. Rien ne ressemble moins à des âmes nobles et généreuses, charitables et sensibles envers les malheureux, comme celle des Raoul et des Henri de Fougères, si paternels pour leurs hommes, leurs paysans et leurs bourgeois, avec lesquels on les voit vivre familièrement, que ces actes odieux de barbarie. Au temps où se bâtissait la tour Mélusine, on avait déjà passé

 

l'époque de saint Louis qui honorait d'une particulière amitié Raoul III de Fougères, père de Jeanne comment ses proches successeurs se fussent-ils rendus coupables de pareils abus en présence des exemples du feu roi ?

 Lisons seulement le testament de Jeanne de Fougères, qui fit élever notre tour. Il nous a été conservé à travers les siècles. Nous y voyons beaucoup moins la grande dame jalouse de ses droits et de sa puissance, que la douce mère de famille occupée de ses chers enfants et même de la nourrice à laquelle elle les confie en présence de la mort qui peut l'atteindre, ou que la pieuse chrétienne qui pense humblement à faire prier pour le repos de son âme, dans la chapelle Notre-Dame du Château (Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e vol. XVI vol. de sa collection).

Et si nous consultons les actes contemporains, nous serons encore confirmé dans notre manière de voir.

En 1286, un arrangement intervient entre l'abbé de Rillé et le seigneur, au sujet des droits de haute justice du premier. Le meurtre d'un moine de Rillé par un habitant du bourg, a soulevé cette question. S'il y avait eu des cas précédents, on n'aurait pas manqué de les invoquer dans la minutieuse enquête qui fut faite à ce sujet. On n'en parle nulle part et la discussion est toute théorique. Evidemment les abbés de Rillé, comme les seigneurs de Fougères, tiennent à leurs droits de haute justice, non pas pour l'exercer et abuser de la peine de mort, mais parce que ce pouvoir de juridiction marque leur puissance.

 (Vue 360 extérieur Château de Fougères - Tour Mélusine - Eglise Saint Léonard)

Nous avons constaté dans nos études sur le Boisfévrier, grande sergentise exerçant sa juridiction de haute justice sur les paroisses de FIeurigné, Beaucé, le Loroux, Laignelet, la plus grande partie de la paroisse Saint-Léonard et quelques fiefs en Lecousse, des faits prouvant de même que cette haute justice n'avait été dans le cours des siècles exercée qu'une fois, dans un cas d'infanticide.

Concluons donc, sans entrer dans de plus longues considérations, ce qui nous serait aisé, que ces cachots n'étaient guère que des marques de puissance et d'autorité dont les seigneurs étaient jaloux, mais dont ils usaient peu, du moins dans nos contrées. Du reste, à partir de cette époque, nos archives nous présentent des documents nombreux. Nous en avons parcouru beaucoup et nous n'avons jamais trouvé de traces de faits de ce genre.

Il est malheureusement trop vrai ! cette tour Mélusine nous raconte de lugubres histoires et nous remet en mémoire les tortures d'une multitude de malheureux paysans, qui ont eu à y subir les plus atroces souffrances mais ces faits ne se passaient pas au moyen-âge. C'était à la fin du siècle dernier, pendant les jours néfastes de la révolution.

C'était alors que la tour Mélusine et la tour des Gobelins regorgeaient de prisonniers entassés sans pitié derrière leurs épaisses murailles, mourant de faim et de misère, dans ces cachots dont ils ne sortaient que pour monter sur l'échafaud. C'était alors que les salles basses et obscures de la tour du Hallay, aussi terribles que le cachot de Mélusine, servaient de prison aux habitants de nos campagnes, que les malheureux qui devaient comparaître devant l'affreux tribunal révolutionnaire siégeant dans la salle voisine de la tour de Guémadeuc (7), attendaient l'heure de leur condamnation, parqués dans les tristes casemates de la tour la Haie Saint-Hilaire.

Eglise Saint Léonard - La Virée de Galerne – Octobre 1793, La Bataille de Fougères

(Antoine-Philippe de la Trémoille, prince de Talmont, mort guillotiné le 27 Janvier 1794 à Laval. )

Nous n'avons pas à raconter ici cette lamentable histoire nous l'avons fait ailleurs. Si les murs que nous visitons pouvaient nous renvoyer l'écho des tristes plaintes qu'ils ont entendues, ils nous raconteraient de lugubres histoires et accuseraient plus les bourreaux de 1793, que les seigneurs du temps passé.

Ne nous laissons donc pas épouvanter par la vue de ces prisons. Elles ont pu servir parfois, ont même dû servir de lieu de punition temporaire, comme ces retraites tout aussi terribles où l'on enferme encore aujourd'hui nos marins à fond de cale, ou comme les silos qui sont encore employés dans le même but en Algérie, dans notre temps de civilisation. Non, répétons-le encore, le temps où l'on bâtissait la tour Mélusine n'était pas un temps de barbarie il était entre le siècle de Saint Louis et celui de du Guesclin.

Du reste, n'y avait-il pas dans la construction des soubassements de cette tour, un souvenir des vieux souterrains du château de Lusignan ? Jeanne de Fougères n'avait-elle pas voulu rappeler, en plaçant ce cachot dans cette base de tour qu'il était du reste inutile de faire pleine et massive, ces retraits obscurs où se cachait, suivant la légende, la fée dont la famille de son mari prétendait tirer son origine. Ce nom de Mélusine donné à cette tour, et cette légende de serpent caché dans ce lieu, ne viendraient-ils pas confirmer ces soupçons ?

 N'insistons pas et terminons cette longue digression que nous n'avons pas crue inutile, car Une faut jamais perdre une occasion de rétablir la vérité historique. Revenons à la description de M. Maupillé.

« La salle du premier étage ne reçoit le jour que par deux meurtrières pratiquées à l'ouest et au nord-ouest de la tour, et par une fenêtre au sud-est. Ces meurtrières sont formées par une fente verticale, haute de 1m' 90 et large de 0m 06, présentant dans son milieu une échancrure circulaire destinée à laisser passer la bouche de la couleuvrine ou du canon. Le diamètre de cette échancrure est de 0m 20.

« Les salles des étages supérieurs sont éclairées par des fenêtres rectangulaires de lm 60 de hauteur sur 0m 55 de largeur, et au nombre de trois pour le second étage et de deux seulement pour le troisième et le quatrième étage. « L'ébrasement des murs qui est de près de lm 60 à près de 2 mètres, forme à l'endroit de ces ouvertures une sorte de réduit dans lequel on a disposé un banc de pierre de taille faisant corps avec le mur et destiné sans doute à servir de siège aux soldats de garde ou chargés du guet.

« Ces étages sont séparés les uns des autres par des planchers de bois. L'étage supérieur est terminé par une voûte de forme pyramidale à l'intérieur, et de forme conique à l'extérieur. Elle est construite en moellons et recouverte d'un toit d'ardoise.

.« Le premier et le second étage ont de plus que les autres une galerie pratiquée dans l'épaisseur des murs de la tour et qui règne à peu près dans un quart de sa circonférence. « Celle du premier étage est en face de la poterne elle est armée d'une meurtrière semblable à celles de la salle à laquelle elle appartient, qui enfile la courtine de la tour des Gobelins et la poterne tout entière.

« La galerie du second étage présente une fenêtre rectangulaire haute de 1m 20, et une meurtrière formée d'une longue fente verticale, traversée dans son milieu d'une fente horizontale de même largeur, mais longue seulement de 0m 15 à lm 18.

« Cette galerie renfermait en outre les instruments nécessaires à la manœuvre d'une herse destinée à fermer une porte qui mettait la tour en communication avec le donjon (8). On voit encore les traces de cette porte au bas de l'escalier, au premier étage, comme on voit aussi dans la voûte de séparation les trous servant au passage des chaînes destinées à faire mouvoir la herse extérieure, les feillures destinées à les recevoir, et, comme sur les murs, les rainures dans lesquelles elle s'engageait. Cette porte devait par conséquent mettre la tour en communication en même temps avec la poterne, le donjon et l'enceinte.

« Le tronçon de canon dont j'ai parlé, ainsi que les boulets en pierre trouvés dans la cave souterraine, sont conservés dans la salle du premier étage. Le tronçon de canon, quoique fort court, puisqu'il n'a que 0m 46 de longueur, ne laisse pas d'offrir à la curiosité un certain intérêt, en ce qu'il nous révèle l'existence d'un type entièrement inconnu de nos jours. Il est en fer cannelé à 10 stries le diamètre de l'âme est de 0m 10, et le diamètre total de 0m 30 à 0m 15, il présente un ressaut du métal, qui produit dans son diamètre un amincissement considérable et qui était destiné à favoriser son passage dans les meurtrières, ce qui permettait de leur donner moins d'ouverture (9).

 

«  Les boulets sont de divers calibres. Le plus gros est de 0m 22 de diamètre. »

Reprenons la description des différents étages, pour compléter ce qu'en dit M. Maupillé.

Rien à ajouter à ce qui précède sur le caveau.

Au moment où écrivait M. Maupillé, on ne pouvait pénétrer au premier étage que par la porte située à l'étage supérieur et l'escalier qui en descend. Il n'en était pas ainsi autrefois, et les fouilles faites récemment ont démontré, ce qu'on savait déjà, que l'entrée principale de la tour se faisait au niveau du premier étage par une porte donnant sur la cour intérieure du donjon, porte autrefois ensevelie sous terre, mais maintenant complètement dégagée.

Cette porte était munie d'un pont-levis dont l'existence est prouvée par la rainure qui se voit au-dessus de l'ouverture, rainure dans laquelle entrait le levier qui servait à le faire mouvoir. Le seuil de la porte se trouvait à environ trois mètres au-dessus du sol de la cour, qui, fort basse dans cette partie, formait un fossé naturel au-dessus duquel manœuvrait le pont-levis.

A quelque distance, le rocher sur lequel est bâtie la tour, des Gobelins, se relevait assez brusquement, comme le prouvent les fouilles, et pour remédier à la forme irrégulière que présentait son flanc ouest, on avait établi une terrasse au moyen de terres rapportées retenues par un mur que les ouvriers ont mis à jour. Son côté est, qui n'a pas de parement, prouve bien qu'il avait pour but de soutenir les terres.

Cette terrasse se trouvait au niveau du seuil de la porte de la tour Mélusine, et c'est sur elle que s'abattait le pont-levis, qui mettait ainsi la tour en communication avec la partie la plus élevée de la tour du donjon, qui, comme on peut le voir, avait deux niveaux différents. On a trouvé les traces d'un escalier qui montait du pied de la tour à la terrasse et qui dut être construit plus tard. Cette porte donne entrée dans un couloir ou vestibule analogue à celui qui existe au second étage de la tour des Gobelins. Il était comme lui très solidement doublé de parois de granit et avait toutes ses ouvertures garnies de portes solides. Il présentait une particularité assez remarquable. Dans sa voûte s'ouvraient deux trous rectangulaires qui se fermaient au moyen de pierres de même forme, et dont nous avons longtemps cherché l'usage. Ces ouvertures, auxquelles on arrivait à l'étage supérieur par une galerie pratiquée dans l'épaisseur du mur, ne sont pas symétriquement placées par rapport à la porte. M. Maupillé a cru y voir des ouvertures destinées à faire manœuvrer des contrepoids pour faire jouer le pont-levis ou une herse, mais d'une part le pont-levis paraît manœuvrer, comme partout, au moyen d'une bascule pivotant sur deux consoles que l'on voit à l'intérieur, et d'autre part on ne voit aucune trace de coulisses de herse. Enfin, nous ne comprenions pas du tout le maniement de ces prétendus contrepoids.

Après réflexion, nous nous sommes convaincu que ces trous étaient destinés à faire l'office de mâchicoulis et que l'on s'en servait pour jeter des pierres et de l'eau bouillante sur ceux qui seraient parvenus à entrer dans le vestibule, dont les portes solides les empêchaient de pénétrer plus avant. Nous remarquons que précisément l'un d'eux se trouve situé immédiatement au-dessus de la porte qui donne dans l'escalier.

Si nous pénétrons de ce couloir dans la salle à laquelle il donne accès, et si nous en faisons le tour en commençant par la gauche, nous trouvons d'abord une fenêtre donnant sur l'enceinte du château, entre la courtine ouest et celle du donjon. Cette fenêtre assez étroite et dont M. Maupillé nous a donné la description et les mesures, était, comme les ouvertures du même genre, garnie d'une double grille de fer.

 Elle s'ouvre directement sur Saint-Léonard. Son embrasure, large de 3m 50 à son entrée, et dans laquelle on pénètre par une ouverture en anse de panier, est surélevée de trois marches au-dessus du sol elle est tout entière doublée de granit et garnie à gauche d'un banc de pierre.

En continuant, nous trouvons une vaste cheminée en granit, puis deux archières donnant l'une sur le Gast, l'autre vers le rocher coupé. Ces archières sont très soignées. On entre dans leur embrasure par une ouverture semblable à celle de la fenêtre. Après avoir monté trois marches, on suit d'abord un palier séparé du sommet de la voûte par une hauteur d'environ 2m 40. Puis, à 2m 40 de l'entrée, le bas de l'archière se relève à angle droit d'environ 0m 50, tandis que la voûte descend de même à angle droit d'environ Om 30. En même temps les parois se rapprochent, de sorte que l'ouverture de l'archière proprement dite a environ 1m'60 sur 0m 80. Sa paroi inférieure, d'abord horizontale, descend ensuite obliquement, et la voûte s'abaisse de même jusqu'à l'ouverture extérieure qui se présente sous la forme d'une fente terminée à ses deux extrémités en queue d'aronde. Au milieu, on a pratiqué plus tard, pour l'usage de l'artillerie, une ouverture circulaire fort bien travaillée, mais qui ne devait certainement pas exister à l'origine. Enfin, pour que les débris et la poussière ne s'accumulassent pas au fond de l'embrasure, on a pratiqué au-dessous de l'archière une petite ouverture carrée qui se voit parfaitement de l'extérieur. Ce travail est très soigné, comme tous ceux qui ont été exécutés dans cette tour.

Dans l'embrasure de cette seconde archière, s'ouvre à droite un couloir pratiqué dans l'épaisseur de la muraille, qui aboutit à un siège de latrines, avec une archière sur la poterne. Après avoir examiné le trou carré qui occupe le milieu du sol de cette salle, et par lequel on descendait dans le caveau, nous rentrons dans le couloir, et prenant l'escalier que nous a décrit M. Maupillé et qui est éclairé par un jour sur Saint-Sulpice, nous montons au second étage.

Nous remarquons que l'on a eu soin de placer cet escalier, dont la cage devait nécessairement tirer de la solidité au mur, dans la partie où venait s'appliquer à ce mur la courtine qui fermait le donjon. Nous avons vu que cette précaution était généralement prise, lorsque les murailles étaient creuses.

Arrivé à la hauteur du second étage, nous trouvons sur notre droite un couloir conduisant à un siège de latrines. Nous remarquons qu'il s'y trouve deux ouvertures, une petite fenêtre donnant sur la cour intérieure et une archière dans la direction de la tour des Gobelins. C'est dans ce couloir que sont pratiquées les deux ouvertures dont nous avons précédemment parlé comme servant de machicoulis intérieurs. Les latrines paraissent avoir été fermées par une porte. Près de l'entrée, on voit dans le mur, du côté droit, un jambage qui semble indiquer qu'on a voulu percer une porte extérieure qui eût donné sur le sommet de la courtine reliant la tour à celle des Gobelins.

 Si l'on regarde le mur extérieur à cet endroit, on remarque aussi des arrachements qui semblent prouver la même intention mais ils sont grossièrement pratiqués et on n'a même pas placé de linteau au-dessus de cette ouverture commencée. Elle se trouve juste au-dessous d'un des cordons de granit qui entourent la tour, et les pierres juxtaposées de ce cordon ne sont pas soutenues. Nous sommes donc porté à croire que les travaux projetés à une époque probablement assez récente n'ont pas été continués, et que l'on a abandonné cet essai maladroit. Une pierre de granit assez importante située devant la porte des latrines, eût risqué d'être ébranlée par l'exécution de ce projet, et on s'est peut-être arrêté devant cette difficulté. Nous ne croyons donc pas qu'il y ait jamais eu de communication directe entre les deux tours.

Si maintenant nous faisons le tour de la salle du second étage, en commençant par la gauche, nous remarquerons qu'elle est hexagone, comme les autres salles supérieure et inférieure, que les angles sont marqués par des crochets et lancis de granit, et que le plafond de bois est aussi, comme dans les autres salles, entouré d'une grosse corniche en granit qui supporte les soliveaux. Nous rencontrons d'abord une fenêtre, semblable à celle de l'étage inférieur, située dans la même orientation et garnie comme elle d'un banc de pierre à droite. Nous remarquerons que ces bancs, dans le voisinage de la fenêtre, sont généralement munis d'une excavation carrée peu profonde, qui devait servir à placer et à retenir un coussin. Nous trouvons ensuite une grande et belle cheminée située au-dessus de celle du premier étage puis une fenêtre donnant sur le Gast, et de mêmes dimensions que celles que nous avons signalées.

Dans l'embrasure de gauche de cette fenêtre, s'ouvrait une porte garnie d'un battant de bois, ainsi que l'indiquent des traces de feillures et de verrous. Elle donnait sur un couloir qui, pratiqué de biais dans la muraille, conduisait à une porte donnant accès sur la courtine, dans la direction de la tour Surienne. Elle a été précédemment décrite parM. Maupillé. Elle était munie d'un pont-levis, qu'on relevait au moyen d'une chaîne manœuvrant dans une ouverture carrée, qui se voit au-dessus de la porte. L'enfoncement dans lequel s'appliquait le pont-levis, lorsqu'il était relevé, présente, à une faible hauteur au-dessus du sol, deux excavations prouvant qu'il était muni de deux oreilles auxquelles s'attachaient les engins destinés à le faire jouer, comme celui de la tour des Gobelins.

Rentrons dans la salle et continuons à en faire le tour. Nous trouvons une autre fenêtre dans la direction du rocher coupé et nous revenons à la porte qui nous a donné entrée. Après y avoir remarqué les traces de la forte serrure qui la fermait, nous reprenons l'escalier et nous montons au troisième étage.

Il n'y existe pas de fenêtre au-dessus de celles que nous avons vues s'ouvrir sur la cour intérieure, mais une cheminée se voit au-dessus de celle des étages inférieurs. Puis s'ouvre une fenêtre dans la direction du Gast, au-dessus de celle du second étage et dans les mêmes dimensions. Puis un grand pan de mur nu et une fenêtre donnant dans la direction de Rillé avec un banc de pierre à gauche, et du même côté, un couloir menant à un siège de latrines éclairé par un jour sur Rillé.

L'escalier nous conduit ensuite au quatrième et dernier étage. Celui-ci est éclairé par deux fenêtres, l'une sur le Gast, l'autre dans la direction de Saint-Léonard. Entre elles, se voit une cheminée dont le manteau se termine en pyramide. Le reste du mur est absolument nu. Le sommet de la salle est formé par une voûte hexagone en pierre.

La dernière volée de l'escalier conduit sur une terrasse circulaire protégée par un parapet et entourant le toit. Ce parapet devait être autrefois plus élevé et garni de créneaux comme le sommet des autres tours. Le garde-fou, tel qu'il existe aujourd'hui, était insuffisant pour mettre à l'abri les hommes d'armes.

Ces créneaux devaient empêcher de voir d'en bas le toit, on n'en laissaient apercevoir que la pointe. Il serait possible, probable même, que la tour ait eu aussi une couronne de machicoulis, car au temps des Lusignan ce moyen de défense était généralement employé.

Ajoutons qu'à l'extérieur de la tour, au-dessus du rempart qui l'unissait à la tour des Gobelins, on remarque deux pierres d'attente. Nous ne savons dans quel but elles ont été placées là, à moins que ce ne soit dans la prévision du cas où l'on aurait voulu exhausser la courtine.

La tour Mélusine porte son nom écrit au-dessus de la porte du premier étage. Cette inscription était, jusqu'à ces derniers temps, cachée sous les terres, nouvelle preuve que le nom de la tour est plus ancien que celui des autres.

Des traces d'arrachements se voient à la surface de la tour, dans la direction de celle des Gobelins elles marquent la place du sommet de l'ancienne muraille qui l'y reliait autrefois et qui est aujourd'hui remplacée dans sa partie supérieure par un mur moderne sans épaisseur. Les fouilles ont révélé l'existence, dans cette courtine, d'une fenêtre dont on voit la base des deux côtés de la muraille. Cette fenêtre doit seulement remonter à l'époque où le château cessa d'être en état de défense, ou du moins être postérieure à la construction de la poterne, car elle eût été dangereuse.

 On y montait du pied de la tour Mélusine par un mauvais escalier dont on a retrouvé quelques marches. Le sommet de cette courtine devait être muni de créneaux et de machicoulis, comme les murailles voisines on devait y accéder par la porte à pont-levis de la tour des Gobelins.

Du côté de l'enceinte du donjon, ce n'est plus seulement un arrachement que l'on peut constater, mais c'est l'existence d'un mur très épais, de plus de trois mètres, qui fait corps avec la tour, ainsi que le prouvent les pierres de granit qui soudent l'un à l'autre. Ce mur s'unit assez grossièrement, à environ 1 mètre de distance de la tour, au mur moins épais de l'enceinte actuelle de l'esplanade du donjon. On a remédié à la différence de niveau des deux murailles, au moyen d'une sorte de cul-de-lampe dont les fouilles modernes ont révélé l'existence.

 

Association bretonne et Union régionaliste bretonne

 

 

 

D'Henri II Plantagenêt et Raoul de Fougères à la Chouannerie et Prosper Mérimée, la légende des Celliers de Landéan.<==.... ....==> La Virée de Galerne – Octobre 1793, La Bataille de Fougères.

Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent. <==

 

 


 

 

(1) Vérification faite, on a trouvé 34m60 du roc au sommet de la cheminée, 3lm 20 du roc au sommet du parapet.

(2) Comme M. Maupillé, nous appellerons premier étage l'appartement situé au-dessus du cachot. Il n'y a pas, à vrai dire, de rez-de-chaussée, puisque aucun appartement ne communique directement avec l'extérieur à hauteur du sol.

(3) Il n'y avait pas de herse; on ne voit aucune rainure. Le pont-levis n'était pas à bascule, mais manœuvrait à l'aide d'une chaîne.

(4) Lisez : «  dont la cage a 2 mètres de diamètre. »

(5) L'expression souterraine est inexacte, car le sol du caveau n'est pas au-dessous du niveau du rocher.

(6) Les légendes sont difficiles à détruire, surtout lorsqu'elles se bâtissent sur des sujets dramatiques et mystérieux qui frappent les imaginations populaires. Lors de notre visite au château avec l'Association Bretonne, nous citâmes ce texte de M. Maupillé, qui coupe court à toutes discussions sur la présence de prétendus ossements humains trouvés au fond du cachot. Cela n'empêcha pas quelqu'un de dire un peu plus tard « On a beau dire; il y avait de gros ossements au fond du caveau, car j'en ai vu. et on les retrouverait peut-être encore sous la terre remuée lors des fouilles faites autour du pied de la tour, car ils y ont été déposés. »  Il n'y a qu'un malheur, c'est que j'ai vu, il y a trente ou quarante ans, j'ai vu de mes propres yeux le cachot absolument vide. Il avait été entièrement nettoyé, comme le dit M. Maupillé, et j'affirme qu'il n'y avait là aucune trace d'ossements ou d'autre chose. Si l'on en a vu depuis, c’est donc que l'on en a mis, et ce peut fort bien être le fait de quelque mauvais plaisant qui aura jeté là quelques os de gros animal; mais il ne faut certes en accuser ni les gens du moyen-âge, ni ceux de la Révolution.

(7) Et non dans la petite maison de la place du Marchis où l'on veut, je ne sais pourquoi, placer le lieu de ces réunions. Cette maison était, au temps de la Révolution, une simple justice de paix elle a pu voir se dérouler des scènes comiques, mais n'a jamais servi de théâtre à des épisodes dramatiques. C'est encore une légende à détruire, mais grâce aux photographies, aux gravures et aux cartes postales, elle tend de plus en plus à s'accréditer. Le tribunal révolutionnaire siégeait dans la salle voisine de la tour Guémadeuc, où l'on monte par un escalier extérieur circulaire. La girouette de ce bâtiment a porté longtemps après la Révolution, les mots « tribunal révolutionnaire », inscrits sur sa surface. Lors des réparations faites au plancher, on a encore retrouvé sous les planches une liste de condamnés. Enfin, tous les actes du temps, toutes les archives de l'hôtel-de-ville, etc., ne laissent aucun doute à cet égard.

(8) Cet alinéa n'est qu'un tissu d'erreurs. Il n'y avait pas de herse. Les trous dont il est question, ne servaient pas à l'usage que leur attribue M. Maupillé. On ne voit ni feillures, ni rainures. La porte ne servait pas à tous les usages qu'indique l'auteur.

(9) Ce curieux canon n'est plus au château. Je ne sais ce qu'il est devenu.