Le mont des Alouettes

Des jours de bonheur viennent de luire pour la Vendée. S. A. R. MADAME, duchesse d'Angoulême, avait promis d'honorer de sa présence le sol classique de la fidélité, et cet espoir s'est réalisé.

 Ce n'est que bien peu de jours à l'avance qu'on a été prévenu de cet heureux événement. Aussitôt la Garde d’honneur, qui s'était déjà réunie ici pour célébrer la Saint-Louis, est arrivée de tous les points du département.

Les anciens chefs vendéens, les fonctionnaires publics et les habitants des campagnes sont accourus à Bourbon, et sur les autres lieux que devait parcourir l'Ange tutélaire de la France. L'enthousiasme était au comble, et L'HÉROINE DE BORDEAUX, en quittant sa ville chérie, a pu se convaincre que ceux qui entreprirent de défendre l'autel et le trône contre des forces centuples des leurs, ne le cèdent à aucuns non plus, en sensations, lorsque le jour du triomphe est arrivé.

Partie de la Rochelle, le 17 septembre au matin, MADAME est arrivée à Bourbon vers midi. A quelque distance de la ville, elle avait été reçue par le Corps municipal, le Préfet, le lieutenant-général d'Espinoy, commandant la 12éme division, et le maréchal-de-camp du Pérat, commandant le département. Immédiatement après son arrivée, les autorités lui ont été présentées, et les chefs de corps ont été admis à la complimenter.

Après quelques moments de repos, elle est sortie pour voir les édifices publics et placer la première pierre d'une colonne qui, bâtie sur la principale place du chef-lieu du département, indiquera aux étrangers l'époque où la Fille de nos Rois visita le peuple qui mérita, de la part d'un homme extraordinaire, le nom de Peuple de Géants, et dont le dévouement pour ses maîtres sera redit aux générations futures.

Ensuite Son Altesse Royale a admis à sa table Mme de Curzay, MM, de Curzay et de Vérigny, préfets de la Vendée et de la Loire Inférieure; M.gr l'évêque de Luçon; MM. les généraux de Sapinaud, comte d'Espinoy, de Lanjamet, de la Houssaye et du Pérat; les députés Joffrion et de Vassé; MM. Auvynet et Bernard , sous-préfets des Sables-d'Olonne et de Fontenay-le-Comte , MM. Duchesne de Denant et Dautrive, maire et premier adjoint de la ville de Bourbon; les colonels vendéens de Chantreau et Caillaud ; MM. de Lezardière et Voyneau, et M. de la Bastière, commandant de la Garde d'houneur. Le soir les dames ont été présentées.

Le 18 à six heures du matin, MADAME, duchesse d'Augoulême, accompagnée de M.me la comtesse de Béarn, et de MM. marquis de Vibraye et le vicomte d'Agoult, est partie pour se rendre au-delà des Herbiers, sur la montagne des Alouettes, point d'où l'on découvre une grande partie de la Vendée militaire. De distance en distance, sur toute la route, les anciens soldats vendéens étaient réunis en corps pour la saluer. Aux Essarts, M. de Puytesson et sa brave division étaient sous les armes. A l'entrée de tous les bourgs, se trouvaient des arcs de triomphe. On doit mentionner particulièrement celui des Quatre Chemins, non seulement à cause de son élégance, mais encore parce qu'il était élevé sur un lieu illustré par les succès des vendéens, toutes les fois qu'ils y ont combattu : quatre victoires complètes y ont été remportées.

Après avoir été visitée l'église des Herbiers, MADAME a monté à cheval pour aller à la montagne des Alouettes. Là était la véritable fête de la journée, et le caractère vendéen s'est déployé tout entier aux yeux de Son Altesse Royale. Une masse de population d'environ 12,000 ames, dont plus de 5 à 6 mille hommes sous les armes, a fait retentir l'air de ses acclamations. Sur ce magnifique plateau, une tente élégante était dressée, et la moderne Antigone y a joui d'un point de vue digne d'un aussi beau jour.

 Le général de Sapinaud, ancien généralissime vendéen, qui présidait à la fête, à reçu MADAME et lui a présenté une réunion de demoiselles. L'hommage d'une corbeille de fleurs lui a été offert, en leur nom, par M.lle d'Hillerin. Son Altesse Royale a ensuite accepté le déjeuner qui lui était offert, au nom de la Vendée, et elle a admis à l'honneur de ce banquet champêtre les Préfets de la Vendée et de Maine-et-Loire, les généraux de Sapinaud, de la Houssaye, du Pérat et comte de la Roche-Saint-André; M.me de Suzannet, veuve de l'illustre vendéen mort en défendant la monarchie, le marquis et la marquise de la Bretesche, le comte et mademoiselle de Chabot, Mme la baronne de Rascas, M.me des Touches, M.me de Buor, née de Sapinaud, le comte et la comtesse de Bessay et plusieurs autres personnes.

 Pendant le repas, la foule circulait librement autour de la tente. Aussitôt après, MADAME a bien voulu combler les voeux des vendéens impatiens, qui jusqu'alors s'étaient tenus derrière l'enceinte qui leur avait été tracée, elle a parcouru toutes les lignes du carré, accompagnée des principaux personnages de la réunion, et elle a eu l'extrême bonté d'adresser la parole à un grand nombre de soldats, de considérer les drapeaux des différentes paroisses et de remarquer les diverses armures vendéennes , joignant à toutes ses remarques une bienveillance qui a fait oublier à tous les vétérans de la fidélité leurs blessures, leurs peines et leurs travaux passés : l'émotion gagnait tous les coeurs. Il est impossible de se faire une idée de l'effet que produisait à chaque instant le louchant intérêt des questions et la naïveté des réponses. On surprenait dans tous les yeux des larmes de joie et d'attendrissement. Cette revue a duré plus d'une heure, et il fallait pour que MADAME n'en fut pas excédée, toute la sollicitude qu'elle a témoignée aux vendéens. La réunion eut été encore plus nombreuse si les Angevins accourus déjà aux Herbiers, n'étaient retournés en toute hôte dans leurs pays, dans l'espoir d'y posséder aussi l'objet de leur vénération.

 Plusieurs fois on a voulu fixer l'attention de MADAME, sur le coup d'oeil enchanteur qu'offre le point le plus élevé du pays; mais elle s'y est toujours refusée en rappelant que ce qui la touchait uniquement était la vue des braves réunis autour d'elle. Elle a bien voulu consacrer son passage sur ce mont granitique, par une fondation, qui sera éminemment précieuse pour un peuple aussi religieux qu'il est royaliste. Une chapelle sera construite sur ce point élevé, pour consacrer une époque qui ne s'oubliera jamais. S.A.R. a daigné affecter 5000 francs pour la construction de ce monument. Que de prières seront faites au pied de cet autel de si illustre origine! Combien de vendéens s'y rendront les jours anniversaires de ceux où MADAME rendit heureuse, par sa présence, la terre de la fidélité! Que de vœux seront faits à l'éternel pour la conservation d'une famille qui illustra la France et assura son bonheur pendant tant de siècles! Que d'aumônes y seront distribuées en souvenir de l'auguste fondatrice, dont le nom n'est jamais invoqué en vain !

A midi, MADAME est montée à cheval, accompagnée du Préfet, du général du Pérat, du colonel de Penhoët et du marquis de la Bretesche, et est allée visiter Mortagne, petite ville fameuse dans les guerres vendéennes. Elle a fait ce trajet sur un cheval appartenant à M. Baudry d'Asson, neveu du premier chef vendéen, du commandant de l'insurrection de Bressuire. Remontée en voiture, la Princesse est retournée à Bouleon, où elle admit à sa table M. le Préfet, M.me de Curzay, M.me la comtesse de Belau,

 

(?) M.gr l'Evêque de Luçon , le général du Pérat, M. de la Fontenelle de Vaudoré , président de la cour d'Assises, MM. des Abbayes, Constant de la Bastière, Robert de Chateigner, le vicomte de Chabot, Maynard et Grelier du Fougeroux, anciens officiers supérieurs vendéens; MM. Brisson, Maynard de la Claye, le marquis de Lespinay, de Montsorbier et de Mauclere, membres du conseil général; et M. de Vallière, receveur général.

A la sortie du dîner, et après s'être entretenue avec les personnes qui y avaient pris part, MADAME est descendue avec elles, sur la terrasse du jardin de la préfecture, dont la position peut être comparée à celle dite du bord de l'eau, aux Tuileries. Une population immense, particulièrement formée de soldats vendéens, était sur la place publique, au bas de la terrasse, d'où elle apercevait parfaitement la Princesse, à l'aide de l'illumination des bosquets de la préfecture; de bruyants cris de joie n'ont cessé d'accompagner MADAME pendant toute sa promenade, et l'ivresse était à son comble. Peu de temps après S. A. R., fatiguée par une course de près de trente lieues, est rentrée dans ses appartements. Un bal donné par la Garde d'honneur, pareil à celui qui avait déjà eu lieu la veille, a terminé cette heureuse journée. Une foule de pièces de vers analogues à la circonstance, ont aussi exprimé les sentiments de la joie publique.

Avant de se retirer, l'auguste orpheline du temple a songé à consoler des infortunes. Une somme de 20,000 francs a été remise à M. le Préfet. Elle est destinée aux hôpitaux, aux vendéens blessés, aux veuves et aux orphelins, mais uniquement pour satisfaire les plus pressants besoins. La Princesse, dans sa bienveillance n'a oublié aucune partie du département. Elle a témoigné au Sous-Préfet de Fontenay-le-Comte, combien elle aurait désiré voir cette ville et même sou arrondissement, qui viennent de donner récemment une preuve si marquante de l'excellent qui y règne.

 

MADAME s'est mise en route pour Nantes, aujourd'hui 19 septembre à sept heures du matin, emportant les vœux et les regrets de toute une population dont les sentiments, indépendamment d'une manifestation qui n'est pas équivoque, sont garantis par plusieurs années d'une lutte tellement héroïque qu'elle est unique dans les fastes de l'histoire.

Outre le monument dont la Princesse a posé la première pierre à Bourbon, et celui dont sa munificence et sa piété ont doté la Vendée; il a été arrêté qu'une médaille en bronze serait frappée en souvenir des jours mémorables qui viennent de s'écouler. Enfin un tableau destiné à devenir l'ornement du palais illustré par le séjour de MADAME, rappellera encore ses traits, dans un lieu où elle ne donna que des instants trop fugitifs.

MADAME doit aussi visiter Sainte-Anne d'Auray, mais il est encore une nouvelle marque d'intérêt qu'elle veut bien donner à la Vendée. C'est une de ces attentions tellement délicates, que les expressions manquent pour la qualifier, un Bourbon seul peut en concevoir l'idée. S. A. R., rendue à Varades, doit y passer la Loire, aller à Saint-Florent, et retourner sur la rive droite du fleuve, pour le traverser deux fois, sur un point où un peuple entier de preux et de fidèles abandonna son pays et ses biens pour combattre l'irréligion et l'anarchie.

— Le passage de Son Altesse Royale MADAME, duchesse d'Angoulême, dans la Vendée, est une époque à jamais mémorable dans les fastes historiques, et l'on conservera religieusement dans le pays, le souvenir d'une foule d'anecdotes auxquelles ce voyage a donné lieu.

Quand S. A. R., en habit d'amazone, parcourait les lignes des vendéens, l'un de ces vieux serviteurs auxquels elle avait adressé la parole, disait : Pourquoi notre bonne Princesse ne m'a-t-elle pas présenté sa main à baiser ou mille écus ; elle aurait vu , malgré que je sois bien pauvre, que ce n'est point l'intérêt qui nous a fait marcher.

Qui pourrait rendre la naïve sensibilité d'un bon paysan, qui, les yeux pleins de larmes, entendant S. A. R. dire avec émotion: « Ah! mes amis, que je suis aise de me trouver au milieu de vous, » et nous donc, ma bonne dame!

Les enfants remplaçaient leurs pères: S. A. R. ayant dit à un jeune homme: « Vous êtes trop jeune pour avoir fait la guerre? » Oui, mais c'est la carabine de mon père, mort de ses blessures, que je vous présente.

Derrière cette triple haie de vendéens armés, les femmes se pressaient pour entrevoir S. A. R.; les, petits enfants s'étaient glissés entre les jambes de leurs pères, ils y étaient à genoux, les mains jointes et es yeux élevés naturellement vers le ciel, pour apercevoir la Princesse. Ce tableau enchanteur ferait un sujet bien digue de la lithographie et même de la peinture.

C'est sous la tente même où déjeunait MADAME, duchesse d’Angoulême, au camp des Alouettes, que M. le Préfet exprima le vœu qu'une chapelle lut fondée par S. A. R. sur ce beau plateau. « Combien cela coûtera-t-il, demanda-t-elle?» cinq mille francs au plus répliqua le Préfet. « Eh bien, je les donnerai l'année prochaine, car cette année j'ai beaucoup dépensé, et cependant je ne puis rien refuser de ce qui dépend de moi dans la Vendée. "

Après la revue, S. A. R. remonta à cheval, et se dirigea sur Morlagne, accompagnée d'une suite nombreuse. Les plus douces émotions remplissaient l'âme de cette bienfaisante Princesse. M. le Préfet était auprès d'elle; elle lui dit : « J'ai beaucoup voyagé; cela m'a rendu bien pauvre; cependant je voudrais soulager quelques infortunes dans la Vendée. Vingt mille francs sera-ce assez ? » Des larmes d'admiration et de reconnaissance furent la seule réponse (10) du Préfet, qui, un instant après lui dit : Ah! MADAME, laites que je ne sorte jamais d'un département où la présence de Votre Altesse Royale me cause tant de bonheur! »

Tour à tour, pendant cette course rapide, faite à cheval, S. A. R. s'entretint avec les généraux de Sapinaud et du Pérat (tous les deux anciens chefs vendéens, et le dernier commandant aujourd'hui le département). C'était sur le sol même où ils avaient fait la guerre, et où se sont passés tant de mémorables événements, qu'elle leur demanda des détails sur les fameux combats de Torfou, de Montaigu, des Quatre-Chemins et autres, où la valeur Vendéenne avait obtenu des victoires si complètes; elle saisit cette occasion de combler de bontés, ces serviteurs dévoués et fidèles.

S. A. R. fit aussi appeler auprès d'elle M. de Penhoêt colonel de gendarmerie, elle lui parla avec intérêt de sa famille et lui prouva qu'elle connaissait ses malheurs comme ses droits aux bontés du Roi. Ce brave colonel sortit tout ému d'un entretien qui l'aidera longtemps à supporter les revers de fortune qu'il vient d'éprouver.

Le lieutenant-général la Houssaye , se trouvant à Mortagne, où il avait suivi depuis Bourbon S. A. R. Elle lui dit avec surprise: « Vous êtes venu jusqu'ici général? »

MADAME, répondit le général, je désirais être témoin de la fête des Vendéens. « Ajoutez M. le général, que c'est aussi la mienne. "

Dans la ville de Bourbon-Vendée, déjà le deuil succède à l'allégresse. Il est sept heures; S. A. R. traverse une haie de Gardes d'honneur et leur témoigne sa satisfaction du service intérieur qu'ils ont fait auprès de sa personne, faveur d'autant plus précieuse qu'elle n'a été accordée qu'aux vendéens pendant tout le voyage de MADAME clans le midi. Elle part et des larmes de tristesse et de regrets, succèdent aux larmes de joie.

MADAME, duchesse d'Angoulême, a bientôt fait trois lieues; elle arrive à Belleville; elle a traversé des arcs de triomphe ; elle est au quartier-général du général Charrette. On voit encore à quelque distance de la paroisse, la chambre où ce célèbre défenseur de la foi et de la monarchie méditait ses attaques et ses défenses, et les prairies où il passait en revue ses compagnons d'armes : plusieurs d'entre eux existent encore ; ils sont là et s'offrent de guider les pas de S. A. R., qui accepte de visiter ces lieux mémorables, et qui le seront bien davantage après cette pieuse visite.

Un morne et respectueux silence est observé pendant le trajet; des veuves de vendéens de toutes les classes, se trouvent sur son passage, on y remarque M.me de Beauregard. M.me de Mornac , présentant sa nombreuse famille, alors que M. de Mornac , colonel , est en Espagne. Deux anciens chefs de divisions vendéennes, MM. des Abbayes et Gautté accompagnent S. A. R. jusqu'au modeste appartement qu'habitait l'immortel Charrette. Ce sont eux qui donnent à MADAME, toutes les explications qu'elle demande. C'est la qu'elle prend des informations précises sur tout ce qui concerne cette famille illustrés par son dévouement et ses malheurs, et l'émotion de tous les assistants est au comble, lorsqu'on quittant ce modeste toit, on entend la bouche auguste de S. A. R. proférer ces paroles remarquables : " Ah! pourquoi faut-il que tant de dévouement et de gloire n'aient pas eu un meilleur sort! »

S. A. R. toute ému, après s'être promenée quelques instants en silence et presque seule dans le jardin contigu à l'appartement de Charrette, passe à pied au milieu d'une foule de vendéens oui se précipitent à ses pieds, veulent toucher ses vêtements et lui couper le passage, comme s'ils eussent voulu tenter de la retenir au milieu d'eux. S A. R. rejoint avec peine sa voiture, et tous les regards se portent sur la route par où s'éloigne l'auguste Princesse, qui, comme un ange du ciel, est venu sur celle terre sacrée, apporter tous les genres de consolations à la fois.

Quand Belleville était livré aux regrets, l'impatience et la joie la plus vive se manifestaient sur la route à parcourir. A l'Hébergement. M. de Puytesson, ramenant ses paysans, se trouvait encore sur le passage de S. A. R. A Montaigu, M. le Magnan l'attendait, avec sa belle division composée de vendéens et de bretons. C'est là que les derniers hommages des vendéens ont été rendus à MADAME; mais une foule d'entre eux sont allés à Nantes, se fondre dans l'immense population de celte ville, pour jouir encore du bonheur de voir S.A.R.; joindre leurs acclamations à celle des habitants de cette ville, et prolonger de quelques instants, les trop courts moments de bonheur dont ils ont joui dans la Vendée.

Dans ces jours de bonheur chacun a fait son devoir et l'on ne peut omettre de citer le zèle de la gendarmerie et celui de son digne Capitaine, M. Guérin d'Agon qui s'est multiplié et n'a pas quitté les pas de S. A. R. depuis son entrée jusqu'à sa sortie du département.

Parmi les personnes qui ont eu l'honneur d'être invitées à dîner par S. A. R. et qui n'ont pas été nommées se trouvent MM. de Puytesson, de Montreuil, Amédée de Béjarry, Bréchard, Ussault, presque tous anciens chefs vendéens.

Au camp des Alouettes les yeux se portaient avec attendrissement sur la fille de M. de Suzannet, que S. A. R. avait fait placer à table auprès de sa mère, dont la douleur a été suspendue par les témoignages d'intérêts qu'elle a reçus de cette auguste Princesse. 

 

NOMS de Messieurs les Officiers de la Garde d'Honneur Vendéenne.

MM. Morisson de la Bastière, Colonel-Commandant, Chevalier de Saint-Louis.

Le Chevalier de Dion d'Aumont, Capitaine Adjudant-Major, Chevalier de la Légion d'Honneur.

Caillaud, Porte-Etendard, ancien chef de Division Vendéenne, Chevalier de Saint-Louis.

Grelier du Fougeroux, Capitaine, ancien chef de Division Vendéenne, Chevalier de Saint-Louis.

D'Hillerin de Bois-Tissandeau, Lieutenant, ancien chef de Division Vendéenne, Chevalier de St-Louis

De Montsorbier,  Lieutenant, Chevalier de la Légion d'Honneur.

Mercier de l'Epinay, Sous-lieutenant, Chevalier de Saint-Louis.

De la Roche-Saint-André (Benjamin), Sous-lieutenant.

De Béjarry, Sous-lieutenant.

Himen de Fonteveau, Sous-lieutenant.

 

BRAVES VENDÉENS !

Vous venez enfin de jouir du plus grand bonheur auquel vous pussiez aspirer! l'Orpheline du temple, celle pour laquelle vous avez si longtemts combattu, vous a visité.

 MADAME , duchesse d'Angoulême, a parcouru vos champs mémorables. Vous êtes accourus de toutes parts ! chacun de vous a contemplé ses traits augustes et entendu sortir de sa bouche l'éloge de la fidélité, seul beaume qui convînt à vos vieilles blessures. Chacun de vous aussi a répété qu'il verserait, pour le Roi et pour S. A. R., jusqu'à la dernière goutte de son sang.

Braves Vendéens ! la mémoire d'un si beau jour est à jamais consacrée dans nos coeurs. Elle le sera également dans l'histoire. Vos enfants envieux de votre sort transmettront d'âge en âge le récit merveilleux du voyage de la Protectrice de la Vendée.

On cherchera dans les vieilles chroniques tous les détails de ce prodigieux événement : et quand, à la veillée dans vos chaumières relevées, l'émotion forcera le lecteur de s'interrompre, le chef de famille, trouvant l'occasion de donner une utile leçon, se lèvera solennellement et dira: Vous voyez mes enfants, que tôt ou tard le dévouement et la fidélité sont sûrs d'avoir leur récompense.

Bourbon-Vendée, le 19 septembre 1823.

Le Maître des Requêtes, Préfet de la Vendée Chevalier de la Légion-d'honneur,

DE CURZAY.

 

 

RAPPORT DE LA MAIRIE DE BOURBON-VENDÉE. 

PASSAGE DE SON ALTESSE ROYALE MADAME, DUCHESSE D'ANGOULÊME, DANS LA VENDÉE.

PREMIER RAPPORT, Du 19 septembre 1823.

Déjà sont publiés tous les faits principaux qui se rattachent au passage de S. A. R. MADAME , duchesse d'Angoulême, dans ce département: nous publions alors rapidement ceux qui concernent cette ville; et plus tard nous ferons connaître ce qui aurait pu nous échapper.

Le 17 septembre courant, dans la matinée, une population nombreuse et toujours croissante remplissait les rues, les places publiques et la roule de Bordeaux. Le conseil municipal et toutes les autorités attendaient, près l'arc de triomphe, sur la limite de la commune, S. A. R. qui à une heure du soir a fait son entrée au bruit de l'artillerie, au son des cloches, au milieu d'un concours immense d'acclamations. Dès lors elle a daigné descendre de sa voiture, et accepter une calèche élégante que M. le Préfet a eu l'honneur de lui offrir; puis se montrant aux yeux d'un peuple affamé de contempler ses traits augustes, elle a traversé la ville au pas jusqu'à son palais, par la place Royale, la route des Sables, et la rue de la Préfecture. Chaque maison était pavoisée d'un drapeau blanc, toutes les fenêtres étaient garnies de dames et de spectateurs ; la Vendée semblait réunie dans Bourbon. S. A. R. accueillait, par des salutations affectueuses et le geste expressif de sa satisfaction, les transports de la joie générale, les cris vive le Roi! vive Madame! vive le Pacificateur de l'Espagne ! vivent les Bourbons! qui n'ont pas discontinué pendant son séjour.

A peine entrée dans son palais, cette princesse, si aimante et si digne d'être aimée, a permis qu'on lui présentât les autorités, les fonctionnaires publics, les officiers de toute arme, les demoiselles ayant une corbeille de fleurs, les dames de la halle, et beaucoup d'autres personnes recommandables par leur naissance ou leurs services rendus au gouvernement.

Tous les corps militaires ont concouru à la garde du palais, mais le 22 e de ligne occupait le poste extérieur: la compagnie des canonniers-pompiers gardait l'intérieur du palais; et les gardes d'honneur faisaient le service près la personne de MADAME.

Sur les trois heures et demie, S. A. R. est montée dans sa calèche et a parcouru les rues en témoignant aux habitants et aux magistrats tout l'intérêt que lui inspire une ville portant le nom sublime des Bourbons. Elle a partout versé le baume de la consolation, et recueilli les bénédictions universelles. Elle a reçu avec bonté un grand nombre de pétitions qui seront examinées avec soin ; elle a parlé à plusieurs personnes de tous les rangs; elle a relevé obligeamment les pauvres qui accouraient à leur bienfaitrice; enfin c'était une mère tendre au milieu de ses enfants. Après avoir visité la nouvelle église, l'hospice, le collége et les casernes, elle a daigné poser, sur la place Royale, la première pierre du monument vendéen voté à la mémoire des braves qui ont succombé eu défendant l'autel  et le trône.

 Delà elle a voulu encore voir le couvent des Ursulines, puis elle est retournée à son palais. A six heures elle a admis à sa table un grand nombre de fonctionnaires et de personnes distinguées; à sept heures elle a reçu quantité de dames qui avaient sollicité et obtenu la faveur d'être admises à la soirée ; elle a constamment dit à chacune les choses les plus obligeantes, et vers dix heures elle s'est retirée dans ses appartements.

Le lendemain à six heures du malin, S. A. R. accompagnée de M. le Préfet, et encore dans la même calèche que la veille, a pris la route des Herbiers pour y faire, jusques sur la montagne des Alouettes, la promenade qui devait être délicieuse pour elle-même, et qui sera à la Vendée militaire une époque historique et précieuse. La ville de Bourbon a été onze heures privée de la présence de cette Princesse chérie; mais elle savait que le centre militaire de la Vendée catholique et royale voulait aussi avoir un instant de bonheur; elle soupirait seulement pour un retour qui n'a eu lieu qu'à 5 heures du soir.

Dans tous le cours de la journée, de nombreuses phalanges vendéennes, accourues du bocage et du marais de l'arrondissement des Sables, avaient grossi la population. On voyait avec attendrissement de vieux guerriers à cheveux blancs, de preux vendéens armés comme autrefois, entourant le drapeau du célèbre Charrete.

Ces braves gens sont allés loin de la limite de cette commune, au- devant de S. A. R. qui en les voyant a été attendrie aux larmes. Elle a aussitôt ralenti sa marche, elle a passé la revue de l'armée fidèle, elle a interrogé un grand nombre de braves; elle les a laissés avec peine derrière elle pour arriver à son palais. Peu après son arrivée elle a encore daigné admettre à sa table beaucoup d'autres fonctionnaires; après son dîner elle a bien voulu permettre aux dames qui lui avaient été présentées, de circuler dans le jardin et de lui offrir de nouveau leurs hommages.

Dans cet instant une fête champêtre était préparée sur le Cours Henri IV adjacent au jardin. S. A. R. s'est montrée au peuple qui se livrait aux danses et à tous les sentiments de la joie. Elle a voulu deux fois lui exprimer sa sensibilité; mais les acclamations générales n'ont pas permis d'entendre les accents de sa voix. Des buffets, dressés sous des tentes, étaient garnis de comestibles et de liquides qu'on distribuait à tous ces bons Vendéens. La fête a duré fort avant dans la nuit; mais on avait eu soin d'interrompre de bonne heure tout plaisir bruyant, pour ne pas troubler le repos de S. A. R. qui avait paru fatiguée.

Ce matin à sept heures, la ville de Bourbon a eu la douleur de voir s'éloigner de ses murs l'Héroïne de Bordeaux à qui nous avons du moins offert nos coeurs. Nous avons la douce persuasion qu'elle a agréé celte offrande, et qu'elle est satisfaite de toute la Vendée. Puisse-t-elle porter bientôt au Roi l'expression de notre amour et l'hommage de notre respect. Puisse-t-elle conserver longtemps le souvenir d'une ville et d'un pays qui n'oublieront jamais son passage sur cette terre classique de la fidélité!

Un rapport subséquent contiendra les détails que le temps ou la mémoire ne nous rappellent pas en ce moment. Il nous suffit de dire aujourd'hui que M. le Préfet est content de tout le monde, des autorités comme des habitants; que tous ont fait leur devoir. Le programme a été ponctuellement exécuté; le feu de joie, le mât de cocagne, l'illumination générale pendant deux jours, le son des cloches et le bruit de l'artillerie dans les circonstances convenables, tout a dépeint l'allégresse; et nous sommes heureux de pouvoir faire ce récit dont la vérité est notoire. C'était une fête de famille, qui a été célébrée dans la joie du coeur; rien n'a troublé l'ordre dans ces deux jours, et cette époque demeure à jamais mémorable.