Le Prieuré de Foussais à Foussais-Payré (moines de Bourgueil - Guillaume Fier-à-Bras)

A défaut des témoignages écrits qui certes ne manquent point, la richesse architecturale des restes de sa primitive église suffirait à prouver l'importance ancienne de cette localité. Vraisemblablement construit sur les débris d'une villa gallo-romaine, Foussay (Fusciacum) était naguère le chef-lieu d'un prieuré dépendant de l'abbaye de Bourgueil.

Une charte du Xe siècle, peut-être de 990, nous apprend, en effet, que Guillaume Fier-à-Bras et son épouse Emma avaient cédé l'église Saint-Hilaire de Foussay au monastère de Bourgueil (2).

Il est également fait mention de Foussay dans une charte de  1063 par laquelle Guy Geoffroy remet à l'abbaye de Bourgueil une charge injustement imposée à cette communauté par son frère et prédécesseur Guillaume. Cette charge, qui consistait dans l'obligation de nourrir chaque année et aussi longtemps qu'ils le jugeraient à propos, deux hommes et trois chevaux, était imposée à diverses localités et notamment à Foussay.

Tout ce qui constitue actuellement la commune de Foussay ne relevait pas du prieuré. Sérigné ou Sérigny, Veulx et Maigresouris, par exemple, dépendaient du petit chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers, — ce qui explique les engagements pris par les habitants de Sérigny et de Veulx de payer une redevance annuelle de quarante sous aux chanoines au lieu des repas et du gîte qu'ils leur devaient chaque année, et par ceux de Maigresouris de payer annuellement cinquante sous de cens pour les terres qu'ils possédaient audit lieu. En revanche le fief de la Bernerie, en Saint-Hilaire-de-Voust, relevait du prieuré de Foussay.

 

(1) Bulletin de la Société de statistique des Deux-Sèvres, 4-6, 1889, p. 302 et 3o3.

(2) « Accepimus ab abba'te Gauberto monasterii Sancti Pétri Burguliensis... pro curte nomine Fusciaco cum Ecclesia Sancti Hilarii in ipsa durte sita, argenti Sol MCC, etc. » Aillery, Pouillé de l'évêché de Luçon, p. 1 53, en note.

 

En confirmant ce prieuré aux moines de Bourgueil, un des successeurs de Guillaume Fier-à-Bras leur avait donné le droit d'y établir un préfet ou prévôt pour juger en premier ressort les procès civils survenus entre les sujets du prieuré — les Foussayens.

Le personnage auquel l'abbé de Bourgueil avait conféré ces fonctions les remplit à la satisfaction générale; aussi, après sa mort, furent-elles confiées au mari de sa fille, qui paraissait aussi capable que bien disposé à suivre l'exemple du défunt.

Tout alla pour le mieux pendant plusieurs années; puis Enjobert Chassan, enorgueilli par l'influence qu'il s'était acquise en prenant pour de la faiblesse la bienfaisance des moines, entreprit de convertir son office en bénéfice, c'est-à-dire de faire d'une simple charge, révocable au gré du prieur ou de l'abbé, un fief dont il aurait hérité du chef de sa femme. Indigné de cette prétention, le prieur Benoît Godin fit défendre par son crieur public à tous les Foussayens d'avoir désormais aucun rapport avec Enjobert en qualité de prévôt. Sur ces entrefaites, Guibert, abbé de Bourgueil, et son prédécesseur, le seigneur Baudry, archevêque de Dol, étant venus en Poitou pour y soutenir un procès devant le comte de cette province, Enjobert Chassan alla se plaindre à eux du prieur Benoît. L'abbé et l'archevêque vinrent en personne à Foussay instruire l'affaire, et finalement le prévôt Enjobert et sa femme Ode, dans la crainte d'être déférés à la cour de justice du comte de Poitou, acceptèrent d'aller affirmer par serment public sur l'autel de Saint-Porchaire, à Poitiers, que la prévôté de Foussay n'avait point été transmise à titre héréditaire, — serment que durent, à l'avenir, prononcer tous les prévôts qui se succédèrent au prieuré de Foussay.

Centre commercial d'une importance considérable, Foussay comptait naguère parmi ses habitants un grand nombre de petits manufacturiers : tisserands, sergetiers, filtoupiers, tondeurs de drap, écardeurs de laine, corroyeurs, etc.

 

Reconstruit au XVe siècle, en même temps que l'église, il fut très endommagé par les Guerres de religion. Il a été fortifié dans la seconde moitié du XVIe siècle, en témoignent encore la bretèche et les meurtrières pratiquées dans les murs, puis agrandi et embelli intérieurement au XVIIe.

Le prieuré a abrité des moines jusqu'à la Révolution avant de devenir propriété privée jusqu'en 1980. Le prieuré a été racheté et rénové par la commune pour devenir l'Hôtel de Ville.

 

 

 

Prétention d’un juge à rendre son office héréditaire.

L’abbaye de Bourgeuil-en-Vallée, diocèse d’Angers, fondée en 990 par Emma de Blois, comtesse de Poitou, et enrichie par elle d’une partie des biens qu’elle avait reçus en dot de son mari Guillaume II, surnommé Fier-à-bras, contenait dans son chartrier un grand nombre de pièces relatives à notre province. Quelques-unes ont été imprimées à la suite des Comtes de Poitou de Jean Besly ; d’autres, encore inédites, offrent des détails intéressants sur les prieurés qu’a possédés Bourgueil dans le diocèse de Maillezais. Nous traduisons une charte concernant Foussay, dont le texte a été retrouvé par notre regrettable ami et excellent collaborateur feu André Salmon, de Tours.

En confirmant aux moines de Bourgueil le prieuré de Saint Hilaire de Foussay, un des successeurs de Guillaume Fier-à-bras leur avait donné le droit d’y établir un prefet ou prévot, pour juger en premier ressort les procés civils survenus entre les sujets du prieuré, c’est –à-dire les Foussayens, Fusciacences, comme les nomme notre chartre. Le personnage auquel l’abbé de Bourgueil avait conféré ces fonctions les remplit à la satisfaction générale ; aussi, après sa mort, furent-elles confiées au mari de sa fille, qui paraissait aussi capable que bien disposé à suivre l’exemple du défunt. Tout alla pour le mieux pendant plusieurs années ; puis Enjobert Chassan, énorgueilli par l’influence qu’il s’était acquise et prenant pour de la faiblesse la bienveillance des moines, entreprit de convertir son office en bénéfice, c’est-à-dire de faire d’une simple charge, révocable au gré du prieur ou de l’abbé, un fief dont il aurait hérité du chef de sa femme.

La charte raconte comment cette prétention fut renversée, par le prieur de Foussay d’abord, puis par l’ancien et par le nouvel abbé de Bourgueil. Elle ne dit pas si la destitution d’Enjobert fut maintenue ou s’il renta en grâce ; mais elle indique les précautions prises pour empêcher alors un abus qui plus tard finit par l’emporter, à Foussay et partout ailleurs.

Comme pour notre première charte, le seul moyen de dater approximativement cette pièce est de rechercher quand a vécu l’abbé sous les yeux du quel fut rédigée. Baudry, encore plus célèbre comme poète que comme prélat, a été nommé à l’archevêque de Dol, en Bretagne, en l’année 1108 ; et l’élection de Guibert à l’abbaye de Bourgueil suivit de très-près.

Leur voyage en Poitou, mentionné par la charte, ne peut avoir lieu longtemps après cette élection, Baudry ayant sans doute accompagné son successeur non-seulement pour le mettre au courant d’affaires nouvelles pour lui, mais encore pour le présenter au souverain d’une province ou Bourgueil, comme nous l’avons déjç dit, avait de nombreuses et riches dépendances.

Afin que tous présents et avenir le sachent, nous constatons pourquoi la prévôté de Foussay ne se transmet pas à titre héréditaire.

Enjobert Chassan, prévôt de Foussay, inspiré par son orgeuil, commettait contre son prieur, Benoit Godin, et contre les autres moines, de nombreux excès, à l’occasion des quels un grave débat ayant enfin éclaté entre le prieur et le prévôt, le prieur enjoignit à Enjobert de ne plus exercer désormais aucun acte concernant ladite prévôté. A cette injonction Enjobert répondit que ni le prieur de Foussay ni même l’abbé de Bourgueil n’avaient le droit de dépouiller de son office de prévôt, attendu qu’il lui appartenant à titre héréditaire. Indigné de cette prétention, le prieur Benoit fit alors défendre, par son crieur public, à tous les Foussayens d’avoir désormais aucun rapport avec Enjobert, en qualité de prévôt.

Sur ces entrefaites il advint que Guibert, abbé de Bourgueil, et son prédécesseur le seigneur Boudry, archevêque (de Dol), vinrent en Poitou, pour y soutenir un procès devant le comte de cette province. A leur arriver au Buceau, Enjobert Chassan, destitué de sa charge, se présente devant eux et leur adresse de longue plaintes contre le prieur Benoit, parce qu’il lui avait enlevé sa prévôté. Quand l’abbé et l’archevêque furent arrivés à Foussay, ils demandèrent au prieur pourquoi il avait ôté la prévôté susdite à son serviteur Enjobert ; et Benoit leur répondit simplement : parce qu’il prétendait l’avoir reçue à titre héréditaire (1). Alors l’archevêque Baudry, se tournant vers Enjobert, lui demanda s’il en était ainsi ; et Enjobert ayant répondu affirmativement, l’abbé et l’archevêque, tous les deux irrités, lui enjoignirent de les suivre à Poitiers pour y justifier en la cour du comte, qui par une donation spéciale avait autorisé la création d’une prévôté à Foussay, comment cette prévôté lui appartenait à titre héréditaire. Enjobert et sa femme Ode se mettent donc en route, conduits, d’après l’ordre de l’abbé, par le prieur Benoit et par l’n de ses moines, appelé aussi Enjobert.

Lorsqu’ils furent arrivés à Saint-Porchaire (de Poitiers) (2), l’archevêque et l’abbé enjoignirent au prévôt de se présenter devant le comte de Poitou, siégeant en sa cour de justice ; mais Enjobert, sachant qu’il était coupable et craignant la cour du comte, se décida à donner satisfaction aux moines. La main droite appuyée sur l’autel (de Saint-Porchaire), il affirma par serment que la prévôté de Foussay ne lui avait pas été transmise à titre héréditaire, et Ode sa femme prononça le même serment.

Fait en présence de Arnaud, clerc, neveu de l’archevêque Baudry, Odard son camerier, Raimond son serviteur, Palart Pajachat, Guillaume fils d’André, Thibaut moine de Saint-Porchaire, Martin son serviteur, et beaucoup d’autres.

Dès lors on décida et on exigea que quiconque recevrait l’office de prévôt de Foussay jugerait la main sur l’autel, devant le peuple, de ne pas l’exercer contre le gré de l’abbé et des moines (de Bougueil), et de n’y élever aucune prétention à titre héréditaire (3=

 

(1)   Quoniam jure haereditario illam sibi provenire decebat.

(2)   Prieuré dépendant de Bourgueil.

(3)   Quicumque Fusciaci praefecturae regimem susciperet, manu unposita, coram populo juraret ne eam ultra abbatis et monachorum libitum teneret etc, etc.

 

 

 

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon

 Recherches historiques sur le département de la Vendée (ancien Bas-Poitou) : un document par canton. Prétention d'un juge à rendre son office héréditaire, vers 1110 / éd. Paul Marchegay.

 

==> Du XIe siècle à la restauration du XXIe, 1000 ans d’Histoire - 1225 Geoffroy la Grand Dent incendie l’église de Foussay.