CARTE POSSESSION DE THIBAUD LE TRICHEUR

Thibaut Ier de Blois, mieux connu sous le nom de Thibaud le Tricheur (surnommé ainsi pour sa fourberie), né vers 910 et mort un 16 janvier entre 975 et 977, fut le premier comte héréditaire de Blois. Fils de Thibault le Vieux, vicomte de Tours et de Blois et de Regilindis ou Richilde dite «de Blois» (ou «de Bourges») de GOTHIE de POITIERS, fille du comte Hugues de Bourges.

 

 

Les quatre Comtés :

Quelles qu'aient été les origines de Thibaud le Tricheur et la manière dont il a pu acquérir ses vastes possessions, l'étendue de celles-ci n'est pas douteuse. « L'extraordinaire fortune de Thibaud le Tricheur, disait très justement J. Depoin (1), a toujours été, pour les historiens, un sujet de s'émerveiller.

A sa mort, dix ans avant l'avènement d'Hugues Capet, il laisse à son héritier les comtés de Tours, de Blois, de Chartres et de Châteaudun, c'est-à-dire la portion la plus grande et la plus riche de la France occidentale qu'un grand vassal, à l'exception du futur roi, ait réunie en ses mains ».

Sa possession des comtés de Tours, de Chartres et de Blois est incontestable. Elle est établie tout d'abord par les noms que lui donnent les chroniqueurs et même certains textes diplomatiques. Flodoard, son contemporain, l'appelle Thibaud de Tours, Tetbaldus Turonensis (2), Richer Tetbaldus Turonicus (3), et une notice de 957 Tetbaldus cornes Turonis (4). Les chroniqueurs du XIe siècle, comme Guillaume de Jumièges (5), ainsi que la Chronique de Sainte-Bénigne de Dijon (6) et la Chronique de Verdun (7) le désignent généralement sous le nom de Thibaud de Chartres, Tetbaldus Carnotensis (ou Carnotensium) cornes, la Chronique de Nantes (8) et l'Histoire du Monastère de Saint-Florent de Saumur (9) sous celui de Thibaud de Blois, Theobaldus Blesii, Theobaldus Blesensis, Theobaldus cornes Blesii (ou Blesis). Il est vrai que Flodoard l'appelle aussi Thibaud de Montaigu, de Monteacuto, et Thibaud de Laon, de Lauduno (10), mais il s'agit là, comme nous le verrons, de places fortes dont il s'était emparé ou dont il eut la garde temporaire, mais non de domaines propres ; et, si Adémar de Chabannes le nomme Thibaud de Champagne, Tetbaldus Campanensis (11), c'est à cause de sa femme, ou plutôt par anticipation sur le titre que porteront ses descendants.  

Il n'est pas douteux qu'à ces trois comtés il faille joindre aussi celui de Châteaudun, qui paraît bien avoir été uni à celui de Blois dès le siècle précédent. La Chronique de Saint-Florent de Saumur nous apprend, en effet, que Thibaud y fit établir, « non sans crime », une puissante forteresse (12). Il y avait d'ailleurs un vicomte nommé Geoffroi, dont le nom, ainsi que celui de sa femme Hermengarde, nous est connu par la Petite chronique de Bonneval et par diverses chartes qu'il souscrivit, soit avant, soit après la mort de Thibaud(13).

Ce Geoffroi, peut-être différent du Geoffroi vicomte d'Orléans et du Geoffroi vicomte de Chartres qui, en 936, avaient souscrit avec le vicomte Thibaud une charte d'Hugues le Grand datée de Fontaines, devait être lui-même la souche d'une puissante famille féodale, qui allait au siècle suivant, donner deux archevêques à l'église de Tours et de qui devaient descendre (parfois, il est vrai, par les femmes), non seulement ses successeurs, qui détinrent la vicomté de Châteaudun jusqu'au XVe siècle, mais aussi les comtes du Perche et les seigneurs de Bellême (14).

Ce serait une singulière erreur de s'imaginer que ces comtés avaient encore les limites traditionnelles des diocèses et des pagi, qu'elles conservaient antérieurement depuis l'époque gallo-romaine ou tout au moins mérovingienne. Les concessions faites par le roi à ses fidèles au cours de ses luttes contre les princes révoltés ou contre les pirates normands, le passage des grandes seigneuries ou de moindres domaines d'une famille à l'autre par suite de successions ou de mariages, avaient déjà transformé de la façon la plus arbitraire et la plus illogique la carte territoriale du royaume. Nous allons en voir divers exemples.

Chinon, Saumur, Bourgueil :

Au sud-ouest du diocèse de Tours, Thibaud possédait Chinon, et nous savons même — précision fort intéressante — qu'avant lui Chinon appartenait à son père, sans doute le vicomte de Tours. Il y avait, en effet, aux portes de Chinon, un petit monastère (locellus), où était conservé le corps de saint Louand ( Lupance ou Lupantius..ermite près de Chinon VIIe siècle)

 En 973, Thibaud le Tricheur en fit don, nous l'avons déjà noté, à la grande abbaye de Saint-Florent de Saumur, et cette donation fut approuvée par l'archevêque de Tours Hardouin, au siège duquel appartenait ce prieuré (15). Or la charte d'Hardouin (comme celle de Thibaud et celle d'Amalbert, abbé de Saint-Florent) nous fait savoir que Saint-Louand était déjà autrefois tenu en bénéfice des évêques ses prédécesseurs tant par Thibaud lui-même que par son père.

D'ailleurs le fait que Chinon ait pu, comme nous le verrons, être concédé à sa fille Emma, lors de son mariage en 968 avec le comte de Poitiers, montre bien qu'il s'agissait là d'un domaine héréditaire (16).

Mais dans cette direction le domaine de Thibaud était loin d'être limité aux frontières du diocèse de Tours. Il débordait largement sur celui d'Angers et comprenait certainement la ville de Saumur et le Saumurois. Lorsque les moines de Saint-Florent, chassés par les Normands de leur antique monastère du Mont Glone, vinrent, après bien des tribulations, que les auteurs de l'Historia Sancti Florentii n'hésitèrent pas à agrémenter de maints récits légendaires, chercher asile à Saumur, c'est la protection du comte Thibaud qu'ils sollicitèrent. C'est Thibaud qui leur concéda l'emplacement de leur nouveau monastère, c'est lui qui fit construire leur église et leur abbaye, c'est lui qui, pour la peupler, fit venir des moines de Fleury (Saint-Benoît sur-Loire), et c'est lui, nous l'avons vu, qui lui donna le prieuré de Saint-Louand (17 ). Plus tard, à sa mort, les moines devaient, dans un curieux poème, lui témoigner, à leur manière et non sans réticence, leur reconnaissance (18), et, en 1004, une bulle du pape Jean XVII ne manqua pas de rappeler les circonstances de cette fondation (19).

Son fils Eudes et ses petits-fils Thibaud II et Eudes II devaient d'ailleurs rester encore de longues années protecteurs du monastère et possesseurs de la ville, dont Eudes II confia la garde à son fidèle Geudoin pour résister aux entreprises de Foulques Nerra, et c'est seulement lorsque celui-ci réussit à s'en emparer en 1025 que cette position avancée cessa définitivement de faire partie du domaine des comtes de Blois et de Tours (20).

 

 

Sur la rive opposée de la Loire, toujours au diocèse d'Angers, Thibaud possédait certainement Bourgueil, qui devait faire partie de la dotation de sa fille Emma et où elle devait elle-même fonder en 996 un puissant monastère (21). « C'est parmi les vassaux fixés sur cet antique patrimoine de leur famille, observait très justement Emile Mabille (22), que les premiers comtes de Blois furent chercher les fidèles et les hommes d'armes, qui, s’associant à leur fortune, les aidèrent à acquérir le degré de puissance auquel ils sont parvenus dans la suite. Ainsi se trouve expliquée l'origine angevine ou tourangelle de plusieurs familles dont d'histoire se confond avec celle du Blésois et du pays chartrain... : Gelduin de Saumur..., Gautier de Chouzé, père de Ganelon de Montigny, les Geoffroi, vicomtes de Châteaudun, originaires de Bourgueil... ». C'est de cette région située aux confins de la Touraine et de l'Anjou que seraient issus à la fois la famille comtale et celle de quelques-uns de leurs plus grands vassaux.

Loches et Amboise lui échappent :

Toute la région située vers l'est et le sud-est de la Touraine par contre n'appartenait pas au comte de Blois, mais au comte d'Anjou, formant une vaste enclave, qui s'étendait au nord jusqu'à la Loire et à l'est assez loin dans le diocèse de Bourges, en suivant la vallée de l'Indre. Dès le siècle précédent, en effet, si l'on en croit le Liber de compositione castri Ambasiae, Charles le Chauve aurait attribué le castrum de Loches et deux parties de l'oppidum d'Amboise à un certain Adelaud appartenant à une famille noble du pagus d'Orléans et aurait en même temps donné Buzançais, la motte de Châtillon et la troisième partie d'Amboise à un personnage de sa cour nommé Haimon (23).

En ce qui concerne Amboise, cette attribution n'était que temporaire : c'était, en effet, nous apprend la Chronique des comtes d'Anjou, l'alleu héréditaire de deux frères, alors en bas âge, Adalaud et Rainon, à qui il fut rendu à leur majorité. Plus tard, sous Louis le Bègue, Adalaud et Rainon, étant devenus de puissants prélats, l'un archevêque de Tours et l'autre évêque d'Angers, ils accordèrent à Ingelger, qui avait défendu Tours contre les Normands, la main de leur nièce Aelindis, avec les ruines de l'antique forteresse d'Amboise, alors détruite par les envahisseurs, mais que le roi Louis fit réédifier et fortifier à son intention. Or le roi lui ayant également confié vers le même temps le commandement de l'Anjou oriental, Amboise (qu'il remit d'ailleurs au fils d'Haimon, Robert, son homme lige) fit dès cette époque partie du domaine angevin (24).

Quant à Loches, il fallut un nouveau mariage pour le rattacher aux possessions des comtes d'Anjou. Au début du Xe siècle, il appartenait (ainsi peut-être que Châtillon et Buzançais) à un seigneur nommé Garnier, fils de cet Adelaud, à qui il avait été remis par Charles le Chauve. Or Garnier, qui possédait aussi les châteaux de Villentrois et de La Haye, donna sa fille en mariage au fils d'Ingelger, Foulques le Roux (25), à qui Hugues le Grand confia le commandement de tout l'Anjou, avec le titre de vicomte, puis celui de comte, et de qui devait descendre toute la dynastie angevine. Il ne semble pas que, dès le temps de Thibaud le Tricheur, cette enclave angevine ait présenté un bien grand danger pour le comte de Blois, puisque les deux comtes étaient l'un et l'autre vassaux d'Hugues le Grand. Mais lorsqu'ils auront conquis une indépendance plus complète, qu'ils se jalouseront l'un l'autre et qu'une guerre sans merci les mettra aux prises, Amboise, Loches et les forteresses de la vallée de l'Indre, auxquels viendront se joindre les nouvelles places fortes élevées par Foulques Nerra, à Montbazon, à Montrésor, à Montrichard, seront une terrible menace pour les possessions des comtes de Blois, et en particulier pour Tours.

Extension du comté de Blois :

Le comté de Blois n'était pas, lui non plus, limité aux frontières de l'ancien pagus (26) et du diocèse de Chartres. Il le débordait même très largement au sud et atteignait la vallée du (Cher, au diocèse de Bourges. Nous avons vu, en effet, qu'une charte, à la vérité assez suspecte, mentionnait que le comte Thibaud de Chartres avait dû intervenir, en 926, pour autoriser l'installation des moines de l'abbaye de Dèvre à Vierzon (27). Même si l'on suppose que ce document a été fabriqué après coup, même si la date en est erronée, il est difficile de ne pas admettre que cette ville était alors soumise à ce Thibaud, dont on sollicitait, ou était censé solliciter l'autorisation. Une quinzaine d'années après la mort de Thibaud, en 991, l'abbaye de Vierzon concédait d'ailleurs, pour y construire une maison forte, un important emplacement à un certain Humbaud (Humbaud le Tortu), qui était récemment venu de Bellême et avait vaillamment combattu pour défendre les droits des religieux (28), et jusqu'au XIIe siècle ses successeurs devaient rester dans la mouvance des comtes de Blois (29). Il est bien probable d'autre part que Saint-Aignan, où son fils Eudes 1er créera une puissante forteresse destinée à s'opposer aux entreprises de Foulques Nerra (30), faisait également partie des domaines de Thibaud.

En était-il de même de Selles-sur-Cher, l'antique abbaye fondée par Saint-Eusice et alors occupée par des chanoines ? En était-il de même de toute la région située entre le Cher et la Loire, et en particulier de Romorantin et de cette lointaine avancée du diocèse d'Orléans qui devait former plus tard l'archidiaconé de Sologne ? Un document provenant du chartrier de l'abbaye de La Vernuce et cité par l'historien du Berry Thaumas de La Thaumassière permettrait peut-être d'en douter. Au début du XIe siècle, en effet, le seigneur, on disait « le prince », d'Issoudun était Ebrard du Four, qui mourut en 1018. Mais longtemps avant sa mort, il avait décidé de se faire moine à l'abbaye de la Vernuce et avait rédigé un testament pour partager ses biens entre sa femme et ses enfants, dans le cas où ils ne pourraient, comme il le souhaitait les garder indivis. Sa femme devait avoir Romorantin et Selles, Eudes, son fils aîné, Issoudun, et Foulques, le cadet, Vatan. Après sa mort Eudes hériterait d'Issoudun et de Vatan et Foulques de Selles et de Romorantin (31). Loin d'appartenir à Thibaud, vassal du duc de France, Selles et Romorantin auraient donc fait partie de la seigneurie d'Issoudun, démembrement de celle de Déols et dépendant comme elle du duc d'Aquitaine.

Ajoutons que les comtes d'Anjou avaient aussi des possessions dans cette région, puisqu'on verra, au début du siècle suivant, Foulques Nerra donner en fief à Léon de Meung, en même temps que le « Domicile » d'Amboise, certains droits (commendatitiæ) qui lui appartenaient dans la Silva Longa (lire peutêtre Segalonia, Sologne) usque Romorantino, jusqu'à Romorantin (32). En tout cas Romorantin, qui eut des seigneurs particuliers jusqu'au XIIe siècle, ne tarda pas, ainsi que Selles, à être englobé dans les possessions des comtes de Blois et fut compris par la suite dans les divers partages du comté qui eurent lieu au cours des âges (33).

C'est aussi à une date un peu postérieure à celle qui nous occupe qu'il faut placer l'établissement en Sologne de quatre places fortes, quatre « fertés » (firmitates) : la Ferté-Imbault, la Ferté-Avrain (actuellement La Ferté-Beauharnais), La Ferté-Hubert (actuellement La Ferté-Saint-Cyr) et La Ferté-Nabert (actuellement La Ferté-Saint-Aubin). La création de la première est certainement due à cet Humbaud (ou Imbault) le Tortu, que nous avons vu s'établir à Vierzon en 991 (34). D'autre part un document du milieu du XIe siècle (35) mentionne un certain « Hervé, fils d'Avrain », celui-ci étant sans doute le fondateur de la Ferté qui porte son nom, et « Hubert de la Ferté » figure dans un texte que nous attribuons aux années 1025-1030 (36). Ce serait donc aux environs de l'an mille, peut-être un peu avant, qu'auraient été élevées ces forteresses, établies vraisemblablement sur un plan concerté par le comte lui-même, ou tout au moins avec l'assentiment du comte.

S'il est certain que le comté de Blois s'est alors étendu vers le sud, on a pu se demander s'il n'avait pas été quelque peu rétréci vers l'est. En effet, Suèvres et plusieurs paroisses voisines appartenaient à Saint-Martin de Tours. Cette possession était fort ancienne, déjà constatée au temps de Charlemagne (37) et entrainait certains droits, droit de justice notamment, qui normalement auraient du appartenir au comte. L'abbé de Saint-Martin étant alors Hugues le Grand, puis Hugues Capet, il en résulta que Suèvres dût suivre la coutûme d'Orléans, ville restée, contrairement au comté de Blois, du domaine propre des Capétiens. Mais il ne faut pas en conclure qu'il ait pour cela cessé d'appartenir au comté de Blois. La donation, dont nous avons parlé précédemment, faite, en 895, par le vicomte de Blois Garnegaud, qui spécifie que Suèvres est situé in pago Blesense et qui mentionne l'approbation du comte Robert, agissant, semble-t-il, comme comte de Blois et non comme abbé de Saint-Martin, en est la preuve (38).

Chartres :

L'établissement de Thibaud ou des Thibaud dans le pays chartrain est-il antérieur au déploiement de leur activité et à l'extension de leurs domaines en Touraine et en Blésois ? C'est une question qui a été très contreversée. Le point de départ de la discussion est un récit de Guillaume de Jumièges (39), qui date de la fin du XIe siècle et a été repris et popularisé au XIII" par Aubry de Trois-Fontaines (40). Guillaume rapporte, en effet, que le célèbre chef normand Hasting, voulant faire la paix avec « Charles, roi des Francs », reçut, la ville de Chartres comme prix de ce traité et que, plus tard, au moment opportun, ayant été circonvenu par de fallacieux discours, il la vendit au « comte Thibaud » et prit la fuite.

 

Admise par plusieurs historiens modernes (41), l'exactitude de ces faits a été vivement contestée par Jules Lair (42), qui conclut qu' « il faut rejeter, comme absolument controuvé, le séjour d'Hasting à Chartres ». et par René Merlet (43 ), qui déclare « le marché conclu entre Thibaud et Hasting fabuleux et invraisemblable ». L'authenticité du récit de Guillaume de Jumièges a par contre trouvé un défenseur en Jacques Flach (44), qui pense que ces événements, qu'il faudrait situer, non vers 882, comme on le fait généralement, mais sous le règne de Charles le Simple, après 898, ne sont nullement invraisemblables, qu'Hasting a bien pu recevoir à titre de tribut, tout au moins des droits pécuniaires sur Chartres et les céder ensuite à « un Franc du nom de Thibaud ».

Sans doute il n'est pas a priori inadmissible qu'un Thibaud, qui ne saurait en tout cas être le Tricheur, mais peut-être un de ses ancêtres, vraisemblablement le vicomte de Tours, ait été employé dans des tractations avec le chef normand à propos de Chartres. Mais, si l'on veut voir là l'origine de la puissance comtale de cette famille sur le pays chartrain, la thèse n'est pas sans soulever d'assez sérieuses objections. Et tout d'abord il faut noter que l'épisode Hasting-Thibaud relaté à la fin du XIe siècle par Guillaume de Jumièges ne figure pas dans le De moribus et actis primorum Normannie ducum de Dudon de Saint-Quentin (45), d'un demi-siècle antérieur et qui a été sa principale source d'inspiration, et cet épisode parait précisément avoir été placé là après coup pour expliquer par le caractère de Thibaud, ou supposé à Thibaud, son accession au comté de Chartres.

D'autre part, les récits chartrains, comme ceux de Normandie, bien loin de parler de tractations, nous montrent, en 911, les Normands sous la conduite de Rollon venant en force assiéger Chartres et repoussés par l'énergique résistance de l'évêque Gousseaume (Gualtelmus) et l'arrivée en temps voulu du comte Robert (le futur roi), du duc de Bourgogne Richard le Justicier et du comte de Poitiers (46), sans qu'il soit aucunement question du comte Thibaud, qui aurait dû être cependant le premier intéressé. Un quart de siècle plus tard, lorsque quelques -uns des fidèles d'Hugues le Grand souscrivent en 939 à Fontaines une charte, dont nous avons déjà parlé (47), en faveur de Saint-Julien de Tours, Thibaud ne prend encore que le titre de vicomte de Tours et souscrit à côté d'un Geoffroi, qui est vicomte de Chartres. Enfin René Merlet (48) a fait très justement observer que la Petite chronique de l'abbaye de Bonneval, presque contemporaine des événements, qualifie le Tricheur de « cornes Thetbaldus primus », ce qui exclut la possibilité de supposer qu'un autre Thibaud ait exercé avant lui l'autorité comtale dans le pays chartrain.

Si d'aucuns ont tenté de vieillir plus qu'il ne fallait l'établissement de la domination de Thibaud dans cette province, d'autres ont peut-être voulu la rajeunir outre mesure. Nous pensons notamment à cette « Vieille chronique » de Chartres, qui en fait ne date que de 1389 et a pendant longtemps fait autorité (49). Ce document rapporte que l'évêque Hardouin, dont l'épiscopat doit se placer entre 960 et 965, voulant se livrer à la vie contemplative et s'adonner uniquement aux choses divines, décida de nommer un comte pour s'occuper de ce qui concernait la guerre et la défense de la cité, en choisit un, nommé Eudes, appartenant, dit-on, à sa famille, lui délaissa à perpétuité l'abbaye de Saint-Martin-au-Val, antérieurement entre les mains des évêques, et en attendant lui abandonna une partie des biens, possessions et revenus de l'évêché.

Il est à peine besoin de souligner les flagrants anachronismes que renferme ce document, de noter qu'Eudes 1er n'est devenu comte de Chartres qu'à la mort de Thibaud, près de vingt ans après l'épiscopat d'Hardouin, et que Thibaud lui-même occupait ce comté bien avant l'intronisation de ce prélat. Sans parler de la charte de Dèvre (qui nous reporterait en 926, mais dont le caractère frauduleux ne nous permet pas de faire état), nous savons, en effet, comme nous le verrons par la suite, que Thibaud fit construire une tour à Chartres peu après la mort d'Alain Barbetorte en 952 (50), ce qui prouve qu'il possédait certainement le comté à cette époque. Il l'occupait d'ailleurs déjà en 950, date à laquelle une donation de l'évêque Rainfroi à l'abbaye de Saint-Père porte la souscription : « Signum Theobaldi nobilissimi comitis », à côté de celle de sa femme Ledgarde et de celle de ses fils (51), et même dès 946, époque où il souscrit, vraisemblablement en la même qualité, la donation du domaine (plus tard prévôté) d'Ingré faite par Hugues le Grand à la cathédrale (52).

 

Néanmoins, parmi ce tissu d'inexactitudes, il n'est peut-être pas impossible de trouver une part de vérité. En l'absence des ducs de France appelés à jouer un autre rôle, malgré la présence d'un vicomte, dont les fonctions semblent avoir été surtout administratives, il n'est pas douteux que pendant de longues années l'évêque dût remplir en fait, peut-être même en droit, les fonctions du comte, même les fonctions militaires.

Le rôle de l'évêque Gousseaume pendant le siège de 911, dirigeant lui-même la défense de la ville et appelant à son secours les plus puissants princes du royaume, en est une preuve certaine. Ses successeurs ont-ils volontairement eu recours à Thibaud pour assumer cette tâche, qui n'était pas la leur ? Lui ont-ils abandonné de leur plein gré leurs fonctions temporelles pour ne conserver que les spirituelles ? Ou Thibaud s'est-il imposé ? Il est difficile de le dire. Mais de toute façon il dût y avoir des conventions passées et certains biens ou revenus attribués au nouveau comte, et ij n'est nullement surprenant que parmi eux se soit trouvée l'abbaye de Saint-Martin-au-Val, qui au XIIe siècle appartenait encore aux descendants de Thibaud et dont la comtesse Adèle et son fils le comte Thibaud IV faisaient hommage en 1128 à l'abbaye de Marmoutier (53).

Au début du XIe siècle l'évêque Fulbert n'avait d'ailleurs pas renoncé à toute prétention féodale et réclamait, comme nous le verrons, sans aménité au comte de Vendôme et à ses vassaux les services féodaux qui lui étaient dus.

Cette manière de voir parait bien être confirmée par un autre document : une mention d'un nécrologe de Chartres rédigé en 1029, qui concerne l'évêque Haganus, mort le 24 décembre 941, et qui lui donne le titre d' « évêque et comte » (54). Ce serait donc vraisemblablement entre 942 et 946 (date de la donation d'Ingré) que devrait se placer la prise de possession du comté chartrain par Thibaud, c'est-à-dire à une époque très voisine de celle à laquelle nous allons le voir se marier et commencer de prendre une part très active à la vie politique du royaume.

Possessions extérieures :

En dehors du grand domaine plus ou moins homogène formé par les quatre comtés de Tours, de Blois, de Châteaudun et de Chartres, on a attribué à Thibaud le Tricheur de nombreuses possessions lointaines. Parmi elles il faut tout d'abord citer le comté de Beauvais et la seigneurie de Sancerre.

Il est certain, en effet, que son petit-fils Eudes II fut comte de Beauvais avant 1015. Un chroniqueur du XIIe siècle, le continuateur de Sigebert de Gembloux, suivi au siècle suivant par Aubry de Trois-Fontaines, nous apprend qu'Eudes II avait échangé le comté de Beauvais avec Roger, évêque de cette ville, contre la place forte de Sancerre en Berry, que Roger possédait par droit héréditaire (55). L'évêque fit alors don à sa cathédrale des biens qu'il tenait ainsi en bénéfice d'Eudes, et, en 1015, fit approuver solennellement cette donation par un diplôme de Robert le Pieux, qui nous est parvenu (56 ). Sancerre ne devait d'ailleurs cesser à partir de cette date d'appartenir aux comtes de Blois : Eudes II lui-même et la comtesse Ermengarde assistent en 1034 à la restauration de l'abbaye de Saint-Satur (57), et, lors du partage du comté après la mort de Thibaud IV, en 1152, l'un de ses fils aura pour sa part Sancerre (58).

La question est de savoir comment le comté de Beauvais est entré dans la maison de Blois. Le plus ancien comte de Beauvais connu est un certain Bernard, mentionné en 936 (59). Certains historiens ont supposé que le comté avait pu passer ensuite à Herbert de Vermandois, puis, par son mariage avec Ledgarde de Vermandois, à Thibaud le Tricheur (60). Mais cette thèse est dénuée de tout fondement positif. Auguste Longnon pensait au contraire que le comté de Beauvais avait été remis seulement à Eudes II lui-même par Robert le Pieux, après l'assassinat en 1008 de son favori Hugues de Beauvais. Mais c'est encore là une pure hypothèse, et il n'est même pas bien certain que le comte palatin Hugues de Beauvais ait été effectivement comte de Beauvais (61).

 

On s'est demandé aussi quels sentiments avaient pu motiver cet échange et certains ont admis qu'Eudes et Roger étaient frères, auquel cas il se serait agi d'un simple arrangement de famille et Sancerre aurait pu appartenir également au patrimoine de Thibaud le Tricheur. Mais Labande, l'érudit historien de Beauvais, a justement montré combien il était peu vraisemblable que Thibaud II et Eudes II, qui étaient encore enfants, parvuli, à la mort de leur père en 995, puissent avoir eu pour frère cadet Roger, qui était évêque en 998 et qui souscrivait, en qualité de chancelier ou de notaire royal, une charte de 995, voire de 988 (62). Aucun fait, aucun document ne permettent d'affirmer avec certitude que la possession du comté de Beauvais, et à plus forte raison celle de Sancerre, par les comtes de Blois puisse remonter au temps de Thibaud le Tricheur.

Si toutefois quelque doute peut subsister à ce sujet, il est tout-à-fait certain par contre, quoi qu'on en ait dit, que Thibaud n'a jamais possédé Melun. Les historiens qui ont soutenu l'opinion contraire s'appuyaient sur un passage de Richer relatif à la prise de Melun par le comte de Blois, Eudes. Celui-ci disait, en effet, pour se justifier, que cette place avait été possédée autrefois par son grand-père. Si, comme on le croyait, Melun avait été pris par Eudes II, le grand-père ne pouvait être que Thibaud le Tricheur. Mais F. Lot ayant démontré que c’est Eudes 1er qui s'est emparé de cette ville, le grand-père dont il s'agit est certainement son grand-père maternel Herbert de Vermandois, ce qui est beaucoup plus vraisemblable (63).

Il serait peut-être imprudent de considérer, bien que ce ne soit pas impossible, que plusieurs châteaux du Bourbonnais : Ainay, Epineuil, Huriel, Blet et Hérisson, appartenaient à Thibaud le Tricheur, pour la seule raison que, plus de deux siècles plus tard, le seigneur de Bourbon les tenait en fief du comte de Champagne, descendant de Thibaud (64). Il est vraisemblable, par contre, qu'il ait possédé Evron, au diocèse du Mans, puisque lorsqu'y fut fondée la célèbre abbaye, une dizaine d'années après sa mort, le fondateur, Robert, vicomte de Blois, dit la tenir du bénéfice de son seigneur, le comte Eudes, fils de Thibaud (65). Il semble bien aussi qu'il ait eu en sa possession Bray-sur-Seine, près de Provins. La Chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, rapporte, en effet, que Renard 1er, comte de Sens, ayant en 958 brûlé le château et enlevé les reliques conservées dans le monastère, les rapporta « à la prière du comte Thibaud, sous la domination duquel se trouvait ce lieu » (66). Il en était sans doute de même de Juziers, Fontenay-Saint-Père et Limay, en Vexin, que, après sa mort, sa veuve donna à l'abbaye de Saint-Père de Chartres (67 ). Mais il s'agit là de biens personnels, provenant de la dotation de sa femme et ne dépendant pas directement du domaine comtal.

Conclusion :

Ainsi constitué, l'ensemble des possessions de Thibaud était loin, comme on le voit, de former un tout cohérent et bien ordonné. Il se composait en fait de trois parties disposées en triangle et presque isolées les unes des autres : une partie occidentale, peut-être le berceau de la famille, celle en tout cas où nous la signalent les textes les plus anciens, qui s'étendait sur les rives de la Loire et à ses abords, de Saumur et Chinon jusqu'à Tours ; la seconde, au centre, formée par le comté de Blois, également sur les bords de la Loire en amont de la précédente, mais séparée de celles-ci par les possessions angevines de Loches et d'Amboise et ne communiquant avec elle que par un isthme assez étroit, où s'élèvera plus tard la forteresse de Châteaurenault, envoyant par contre des prolongements au sud-est vers la vallée du Cher, jusqu'à Saint-Aignan, jusqu'à Vierzon, peut-être même (encore que ce soit bien hypothétique à cette date) jusqu'à Sancerre, qui aurait formé un petit ilot isolé rejoignant la vallée supérieure de la Loire en amont d'Orléans et de Gien ; enfin la troisième, au nord, formée par les comtés de Châteaudun et de Chartres et joignant par-là la région parisienne, mais séparées des autres possessions de Thibaud par le comté de Vendôme, sur lequel nous aurons à revenir, et ne communiquant avec elles que par un couloir encore plus étroit que le précédent.

Néanmoins, malgré ce manque de cohésion, qui sera la cause de leur perte, ces vastes territoires s'étendaient, sans complète solution de continuité, depuis Chartres jusqu'à Saumur. C'était là un immense domaine, susceptible de constituer une menace pour la royauté elle-même, mais dont le mariage de Thibaud allait augmenter encore de façon considérable la possibilité de puissance pour l'avenir …….

 

 

 

« Tiebaut fut plain d'engin et plain fu de faintié,

a homme ne a fame ne porta amistié,

de franc ne de chaitif n'out merci ne pitié

ne ne douta a faire mal euvre ne pechié ; »

 

Thibault fut plein de ruse et plein fut de fausseté,

à homme ni à femme ne porta amitié,

de libre ni de captif n'eut merci ni pitié

ni n'hésita à faire méfait ni péché ;

 

(R. Wace, Le Roman de Rou, publié par A.J. Holden, 1970, vers 3698-3701)

 

 

 

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(1) Op. cit., p. 553.

(2) Annales, ann. 945. éd. Lauer. p. 96.

(3) Historiae, lib. II, cap. 43 et 48, lib. ID, cap. 20, éd. Robert Latouche t. I, p. 196 et 206, et t. ll, p. 26.

(4) Mabille, Introduction aux chroniques des comtes d'Anjou, p. CIX.

(5) Dom Bouquet, op. cit., t. IX, p. 267.

(6) Ibid., p. 244:

(7) Ibid., p. 291, 293 et 295.

(8) Ibid., p. 277.

(9) Ed. Marchegay et Mabille, p. 241. Cf. p. 209.

(10) Historia ecclesiae Remensis, IV, 33, éd. Lejeune, t. II, p. 553. Annales, ann. 947, éd. Lauer, p. 106.

(11) Chronicon, lib. III, cap. 30, éd. Chavanon, p. 150.

(12) Marchegay et Mabille. p. 248 : Qui vivens turres altas construxit et aedes,  Unum Carnotum ; sed apud Dunense reatum Non minuit proprium, turritum dans ibi castrum.

(13) Cuissard, Chronologie des vicomtes de Châteaudun, dans Mémoires de la Société dunoise, t. VIII, 1896. La Petite chronique de Bonneval mentionne qu'en 960 « Vicecomes

Vastrodunensis, Caufridus nomine, pro redemptione animae suae et uxoris Hermengardis nomine », donne un alleu à l'abbaye dévastée par Richard de Normandie. Autres documents de 967 à 985.

(14) Cuissard, op. cit.,

(15) Cf. ci-dessus, p. 66, note 4.

(16) Cf. Chalmel, Histoire de Touraine, t. I, p. 303 ; Mabille, Notice sur les divisions territoriales et la topographie de l'ancienne province de Touraine, dans Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1864-65, p. 303.

(17) Marchegay et Mabille, Chroniques des Gglises d'Anjou, p. 230, 232, 240, 246 : « Comitem Theubaudum, cujus ditioni regionum occiduarum. pars non modica parebat, adeundum censent o. « Constituto temporis die, adest ipse princeps serenissimus, cum episcoporum et procerum jrancigenatoTum coetu non minimo ad consecrationem basiticae venerabdlis congregato s>. « Igitur aedificio novi monasterii consummato, et thesauro reverendi corporis intus debito cum, honore repositof venerabilis comes Thebaudus ex Sancti Benedicti Floriace».si.s monasterio religiosos fratres adduxit », Cfl. ibid., p. 209-211, et ci-dessus, p. 75

(18) Marcheg-ay et Maille, op. cit., P. 247-252.

(19) Ibid., p. 254.

(20) Chronique des comtes d'Anjou, éd. Halphen et Poupardin, p. 46 et 53. Halphen, Le comté d'Anjou au XI- siècle, P- 41.

(21) Lot, Recherches sur le règne d'Hugues Capet, p. 423.

(22) Cartulaire de Marmoutier pottr le Dunois, Introduction, p. XX.

(23) Halphen et Poupardin, Chroniques des Comtes d'Anjou et des seigneurs d'Amboise, p. 21.

(24) Ibid., p. 30-31.

(25) Ibid., p. 33. Il est difficile de dire si dès cette époque l'autorité des comtes d'Anjou s'étendait jusqu'à Graçay (près de Vierzon), dont la collégiale fut fondée en 1002 par le seigneur du lieu, Rainaud le Vieux, en présence et du censentement de Foulques Nerra.

(26) Sur la géographie du pagus Blesensis carolingien et sa division en vicariae, cf. notre communication dans Me moires de la Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher, t. XXXn, 1958, p. 40.

(27) Cf. ci-dessus, p. 75 et 77.

(28) Charte de l'abbe AndrS, extr, du Cartulaire de Vierzon, publ. par Toulgoet-TrSanna, Histoire de Vierzon et de l'abbaye Saint-Pierre, 1884, Pièces justif. VI : « de quodam milite nomine Humbaudo, qui nuper ad nos venit de Belesma castro, qui maximis periculis se objecit pro nobis contra inimicos eccZesie nostre... VoncessimJus ei aliquid de rebus ecclesie nostre, hoc est terram adjacentem eccZesie beate Marie, ubi domum construeret et insuper hoc vallo eam munitam redderet... Isdem prenominatus Humbaudus vocabulo Tortua homenatum legitimum fecit nobis con sacramenti fidelitate.., »

(29) Feoda Campanie, manuscrit restitué et publié par A. Longnon, dans Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, p. 90 : « Dominus de Virsun (Vierzon) tenet Virsum a Ludovico comite (Louis, comte de Blois et de Chartres, 1191-1205) ».

(30) Halphen et Poupardin, op. cit., P. 80.

(31) Charte de l'abbaye de La Vernuce, citée par Thaumas de La Thaumassière, Histoire de Berry (XVTIe s.), t. n, p. 158 (et à nouveau, avec moins de précision, t. ID, p. 71),. Raynal, Histoire du Berry, 1845, t. I, p. 341, note 2, n'a pu retrouver ce document. Il existe cependant d'autres chartes parlant d'Ebrard de Vatan et de son fils Eudes (Raynal, op. cit., t. I, p. 472 et g., et 346). C'est cet Ebrard de Vatan, surnommé « De Misera », qui fit, vers 1017, reconstruire l'église de Dèvre, devenu simple prieuré de l'abbaye de Vierzon (Toulgoët-Tréanna, op. ci#., pièces justif., VII et VIII) .

(32) Gesta Ambaziensium dominorum, dans Halphen et Pourpardin, op. cit., p. 90. Cf. Dupré, Recherches historiques sur Romorantin et la Sologne, dans Revue de Loir-et-Cher, 1889, p. 14.

(33) Feoda Campanie, dans A. Longnon, op. cit., p. 90 : « Dominus de Sancto-Aniano (Saint-Aignan) tenet SanctumAnianum, et Celarn, (Selles-sur-Cher), et Romorantin et Vestam (Vatan) a Ludovico comite de honore de Blesio (Blois) ». Cf. Duprg, op. cit.

(34) Cf. ci-dessus, p. 88. Selon le chanoine Hubert (cité par E. du Ranquet, Château et seigneurie de La Ferté-Imbault) Humbaud le Tortu aurait épousé une fille de Thibaud le Tricheur nommée Agnès. Nous n'avons pas trouvé mention de cette fille de Thibaud dans les textes.

(35) Charte de fondation du prieuré de Notre-Dame du, Bourg à La Ferté-Avrain, vers 1033-1035, publ. dans Le Loir-et-Cher historique, 1891, p. 2 et 3 : « Ego Herveus, <irchidiaconus Sanctae Crucis... pro salut e animarum parentum meorum, patris videlicet Havrani.,. ».

(36) Coutumes du comte Bouchard, dans Métais, Cartulaire de la Trinité de Vendôme t. I, p. 6.

(37) Dom Bouquet, t. V, p. 737. Gf. ibid., t. VIII, p. 572 : « JSodobria, cum capellis, scilicet S. Christophori necnon S. Martini ».

(38) Cf. Bernier, Histoire de Blois, 1682, p. 263, et Fourré,

Coutumes de Blois, 1777, p. 29-30 (partisan de la nonappartenance au comté).

(39) Historia Normannontm, lib. II, cap. 11, dans Dom Bouquet, t. Vin, p. 255.

(40) Chronicon, ann. 904 dans Dom Bouquet, t. IX, p. 63.

(41) A la suite de L'art de vérifier les dates, t. II, p. 611.

(42) Introduction à la publication de l'ouvrage du Dudon de

Saint-Quentin, dans Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXIII, 1865, p. 46-48.

(43) Op. oit., p. 73. Cf. p. 69-74.

(44) Op. cit., t. m, p. 515-517.

(45) Ed. Lair, citée ci-dessus.

(46) Cf. ci-dessus, chapitre I.

(47) P. 72.

(48) Op. cit., p. 74.

(49) Lépinois et Merlet, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres. p. 13 et 47. Carnotensis Ecclesiae principium, cité par Flach, op. cit., t. n, p. 281, note 1, d'après Ducange.

(50) Chronique de Nantes, éd. Merlet, p. 108.

(51) Lépinois et Merlet, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. I, n, IX, p. 82. B. Guérard, Cartulaire de Saint- Père de Chartres, t. II, n° CXXX, p. 351. Les souscriptions d'Eudes et Hugues pourraient être postérieures.

(52) Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. I, n° VII, p. 74.

(53) Ibid., t. I, n° VT.TTT p. 131.

(54) A,. Longnon, Obituaires de la province de Sens, t. n, p. 4 : « VIIII kal. jan. Anno Domini DCCCCXLI, indictione XlIII, obiit Haganus episcopus et comes... ».

(55) Continuateur de Sigebert de Gembloux, dans Monumenta Germaniae, Scriptores, t. VI, p. 461 : « 1015. Comitatus Belvacensis datur Rogero episcopo. 1024. (mort de l'6v6que Roger) Comitatum ejusdem urbis ab Odone Campaniens1 comite impetravit, dato ei pro commercio castra Syncerrio in Bituricensi territorio sito, quod sibi patrimonii jure competebat:. Aubry de Trois-Fontaines, dans Dom Bouquet, t, X, p. 288.

(56) L. H. Labande, Histoire de Beauvais, Pièce justif. p.259. Ce diplôme ne parle pas de l'échange Beauvais-Sancerre. Mais il n'avait pas à en parler. Sans doute un autre acte a-t-il été fait à ce sujet. Cf. Pfister, Robert le Pieux, p. 205 et 236, et Flach, op. cit., t. II, p. 283, et note 1.

(57) La Thaumassière, Histoire du Berry, t. III, p. 239.

(58) Anselme, op. cit., t. II, p. 840. Cf. Feoda Campanie, dans A. Longnon, op. cit., p. 90.

(59) Diplômes du 25 juillet et 25 décembre 936, dans Dom

Bouquet, t. IX, p. 584 et 585.

(60) Dom Grenier, suivi par L'art de vérifier les dates, t. II, p. 612, et Anselme, op. cit., t. II, p. 835-836.

(61) A. Longnon, La Formation de l'unité française, p. 57. Pfister, Robert le Pieux, p. 66, 136, 232. Labande, op. cit., P. 26.

(62) Anselme, op. cit., t. n, p. 836, et t. VI, p. 246 (cette dernière mention contredisant celle du tome II). Gallia christiana, t. II, p. 377. Pfister, op. cit., p. 47, note 2. Labande, op. cit. p. 28. Le Père Anselme, op. oit., t. n, p. 835, estimait que Thibaud avait été seigneur de Vierzon et de Sancerre en Berry avant d'être comte de Blois, de Chartres et de Tours ; et Raynal, Histoire du Berry, t. I, p. 347, que ce fut Thibaud qui s'empara de Sancerre.

(63) Richer, op. cit., lib. IV, cap. 74, éd. Latouche, t. n, p. 266-268 : « cum illud (la place de Melun) jam ab avo possesswn sit ». D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, t. I, p. 196 et s. Lot, Etudes sur le rèrJne d'Huques-Capet. P. 159. note 2.

(64) Feoda Campanie, dans A. Longnon, op. cit., p. 90 :

« Dominus de Borbun tenet en Berry Ennai, et Epinel, et BUTé, et Blet, et Hericum cum omnibus appendentiblus eis a domino Campanie ». Cf. Raynal, op. cit., t. I, p. 343-344 (pense que Thibaud avait pu déjà s'en assurer la possession).

(65) B. Guérard, Cartulaire de Saint-Père de Chartres, t. I, n° XVIII, p. 77 : « quem ex beneficio senioris mei comitis Odonis ». Une charte-notice de 989, il est vrai très suspecte (Lex, Eudes II..., p. 125), précise même : « beneficio senioris êui Odonis comitis, ad quem hereditario jure pertinebat predictus locus ».

(66) Chronicon S. Petri-Vivi Senonensis, dans Dom Bouquet, t. IX, p. 35. A. Longnon, op. cit., t. II, p. 90, note. Le prieuré de Saint-Sauveur de Bray-sur-Seine, fut ensuite donné par Eudes 1er à l'abbaye de Bonneval, près de Châteaudun (Mabillon, Annales S. Benedicti, t. ni, p. 384 (lib. XLvn, n° 11). Un diplôme de Lothaire de 967 confirmant la fondation du monastère (Dom Bouquet, t. IX, p. 622) est an faux (Lauer, Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, p. 130, note 6).

(67) B. Guérard, Cartulaire de Saint-Père de Chartres, t. I, n° Vin, p. 63.