Plan vestiges de fortification du vieux Nantes et du château des Ducs de Bretagne 2

Si Gérard Mellier, qui fut maire de Nantes au commencement du XVIIIe siècle, revenait en ce monde, il n’est pas bien sûr qu'il reconnaîtrait aujourd'hui la cité bretonne à laquelle il avait consacré sa rare intelligence et son dévouement inépuisable. A cette époque, (le roi Louis XIV venait de mourir), ce n'était pas un bien long voyage que de faire le tour de la ville, corsetée de bastions et de remparts, comme l'est resté encore le Saint-Malo d'à présent.

Nantes, à l'ouest, commençait à la place du Commerce, qui s’appelait le Port-au-Vin, parce que ce n'était pas une place, mais un port, où venaient aborder les chalands chargés de barriques de muscadet et de gros-plant. Là où les négociants se tiennent le samedi, entre l'aubette des tramways et la place Royale, s'étendaient des douves, qui reliaient, par la rue de l'Arche-Sèche, la Loire à l'Erdre, tandis qu'au-dessus, les dominant, courait la contrescarpe des fossés. La porte de Saint-Nicolas, qui joignait la vieille église de ce nom, s'ouvrait sur le faubourg du Bignon-Lestard (rue Rubens), fortifiée de deux tours jointes en plate-forme, avec entre-portes, ponts-levis, herses, fossés à fond de cuve et défendant la courtine de la muraille jusqu'à la tour du Connétable (maison Corgnet, place du Commerce) à gauche, à droite jusqu'à la porte de Sauvetour qui protégeait la ville contre l'ennemi venant du nord-ouest.

 

 (Vue 360 Tour du Pied de Biche et de la Tour d'Enfer - Château des ducs de Bretagne)

 

 

L'Erdre, au pied de l'abreuvoir, continuait une ligne de défense naturelle de Nantes, jusqu'à la motte Saint-André, avec un point de débarquement des denrées venant par bateaux de la Bretagne, au lieu- dit : port Commune-Eau. Naturellement, des murs de moindre importance, des petits-murs couraient le long de l'Erdre jusqu'à la poterne voisine de la Chambre des Comptes (préfecture) et jusqu'à la vieille tour qui faisait à cet endroit l'angle septentrional du mur de ville. Il remontait ensuite le long de la motte Saint-André (rue Tournefort), jusqu'à la porte Saint-Pierre, dont les vestiges, heureusement conservés, donnent une idée bien nette de ce qu'était, il y a deux siècles, l'entrée de Nantes du côté de Paris. Qu'on y ajoute seulement par la pensée un portail, composé de deux grosses tours rondes, jointes en plate-forme, revêtues de casemates, et entre-portes, couvertes d'un fort ravelin en ovale, défendues de deux ponts-levis, herse, barrière et fossés à fond de cuve.

De la porte Saint-Pierre (B), la muraille courait jusqu'à la poterne du château (rue Prémion), entre la vieille tour des Espagnols et celle du Fer-à-Cheval ; puis on arrivait jusqu'au bastion de Lorraine, avec une poterne sur la Loire ; enfin, en contournant les douves, constamment baignées par le fleuve, jusqu'à la porte principale, restée intacte et qui fait encore aujourd'hui l'admiration de tous, autant que le donjon de Jean IV.

 (Visite 360 Anne de Bretagne, le château des ducs de Bretagne atteste de six siècles d’histoire)

 

De la poterne Briant-Maillard à la tour du Connétable, c’est la Loire qui fait la limite naturelle de Nantes ; mais combien l'accès en était difficile ! C'était, d'abord, la tour des Jacobins, la porte et le bastion Maillard, la tour de la Monnaie, dont la rue de l'Ancienne-Monnaie rappelle l'emplacement, la tour Saint-Jacques (quai de la Tremperie), le fleuve Poissonnière, à l'entrée du pont actuel d'Aiguillon, puis la tour de la Prévôté, la tour du Râteau, la tour Sainte-Catherine, la tour de Barbacane, qui s'élevait à peu près là où se trouvent les Postes et les Télégraphes ; enfin, la tour du Connétable, déjà nommée.

Voilà ce qu'était la vieille ville, enserrée dans une ceinture de fortications qui lui étaient propres et défendue à l'est par le château, avec ses tours et ses bastions. Elle s'étendait du Château à la place du Commerce, de la place du Commerce à la place du Port-Communeau par la rue de l'Arche-Sèche, le quai Duquesne et le quai du Marais ; du quai Ceineray au Château par les cours Saint-André et Saint-Pierre, étant bien compris que ces places, ces rues, ces quais n'existaient pas encore et que nous n'en parlons que pour indiquer le tour de la ville.

A cette date, ni les cours dont nous venons d'écrire les noms et que séparait la place des Lices, ni les terrains d'alluvion de la Saulsaie, devenue aujourd'hui l'île Feydeau, ni les quartiers de la Bourse, de la place Graslin, de la rue du Calvaire, de la place Bretagne, ni Saint-Similien et le Marchix, ni les Ponts ne faisaient partie de Nantes ; ce n'en étaient flue les faubourgs, appelés, au fur et à mesure de la démolition des remparts, à s'annexer à la vieille cité, ou, pour parler plus exactement, à se l'annexer.

Les vestiges de fortification du vieux Nantes

C'est en effet vers l'occident, en suivant le cours du fleuve, que, conformément à une loi générale, dit-on, Nantes s'est Peu à peu développé depuis deux siècles. Si le faubourg Saint-Clément, si Richebourg l'ont agrandi à l'est, de même que les Ponts vers le sud, si le coteau du Bourg-Neuf s'est sans peine relié à Saint-Nicolas, l'accroissement de la ville s'est en réalité fait tout entier sur le coteau qui domine le quai de la Fosse, de la Loire jusqu'à la route de Vannes. Là où il n'y avait que d'immenses tenues en nature de prairies et de bois, — bois de Launay, bois de la Touche, — là où, sous l'action de la brise de mer, que ne gênait aucune construction, tournaient des moulins à vent, se sont ouvertes des voies nouvelles, qui ont créé, à côté du vieux Nantes du moyen âge, aux rues étroites, obscures, tortueuses, un Nantes moderne, aux allures plus larges, plus lumineuses, plus droites.

L'idéal n'est pas encore atteint et peut-être ne le sera-t-il jamais ; d'aucuns prétendent que, pour faire de Nantes une ville parfaite, où ni l'hygiène, ni la salubrité ne laisseraient rien à désirer, où tout se ferait d'après un plan d'ensemble intelligemment et même artistiquement conçu, il faudrait commencer par le raser et se mettre ensuite à le reconstruire.

Ce serait une solution par trop radicale ; mais si tout n'est pas à l'abri de tout reproche, s'il reste beaucoup à faire (et il restera toujours quelque chose à faire), ce n'est peut-être pas une raison pour méconnaître les mérites d'une ville qui a le droit de se proclamer la véritable capitale de la Bretagne.

Nous allons tâcher de les mettre en relief dans cette rapide esquisse.

En 1595, le duc de Mercoeur voulant fortifier le château fit élever trois Bastions : le demi Bastion Saint-Pierre, le grand Bastion Est et le Bastion du Port-Maillard. Lorsqu’en 1854 on élargit le Quai en vue de la ligne de chemin de fer de Saint-Nazaire, la démolition de ce dernier Bastion remit au jour la Tour du Port (1510) qu’il contenait dans ses flancs.

PLAN DE LA VILLE ET CHATEAU DE NANTES EN BRETAGNE

Faut-il redire, après un écrivain qui le constatait en 1646, il y a deux cent cinquante ans, que ce qui assure à Nantes un des premiers rangs parmi les villes du territoire, c'est sa situation unique, non loin de l'Océan, sur le bord de la rivière de Loire. « De l'aveu de tous, c'est le plus beau « fleuve de la France, c'est le plus large en son lit, le plus long en son cours, étendu en plus de provinces, fortifié du  plus grand nombre de ruisseaux et rivières et sur lequel on peut aller à la voile plus de cent soixante lieues.

 La Loire est dans la France, comme la veine cave au corps humain, qui, contenant beaucoup de sang dans sa capacité, ayant beaucoup de rameaux attachés à son tronc, porte et distribue dans toutes les parties du corps humain le sang et la vie. »

Et le carme Mathias de Saint-Jean, homme remarquable pour son temps et qui ne le serait pas moins aujourd'hui, n'exprimait qu'un vœu, dans son Commerce, honorable, pour assurer à la ville de Nantes tous les avantages de la navigation maritime : « c'est que le canal de la rivière fût assez profond depuis l'embouchure de la mer jusques dans sa Fosse pour y amener les grands vaisseaux. »

Ce vœu vient de s'accomplir, grâce à la création du canal maritime ; mais, par un singulier retour des choses d'ici-bas, c’est une Loire navigable en amont qu'il nous faut maintenant et que nous finirons bien par obtenir. Nous l'avions déjà au XVIIe siècle. Pourquoi la science moderne ne nous la redonnerait-elle pas au XXe siècle ?

 

Les vestiges du vieux Nantes mis au jour lors des fouilles menées par le chanoine Durville, entre 1910 et 1913.

Les vestiges de fortification du vieux Nantes et du château des Ducs de Bretagne

Tout ce qui porte en soi un grain d’amour pour le vieux Nantes est à la joie. Il y a de quoi d’ailleurs. Des travaux se poursuivent en ce moment du côté ouest du cours St-Pierre, devant la Psalette, qui ont pour but de dégager la base de l’antique mur de ville et d’une des tours qui la flanquait. Chaque coup de pioche fait tressaillir le cœur des archéologues qui viennent contempler les vielles  pierres, enfouies depuis bientôt deux siècles et qui évoquent tout le passé de la cité.

Quand on a démoli l’ancien presbytère de St-Pierre, qui était autrefois la trésorerie et qui s’élevait entre la Psalette, la sacristie de la cathédrale et le cours St-pierre, on a été amené, en aplanissant l’ancien jardin de la cure qui surplombait le cours en terrasse, à mettre à jour, ce qui restait à cet endroit de l’enceinte fortifiée de Nantes.

Plan ville de Nantes, Loire-inférieure, 1888 collection du musée du château des ducs de Bretagne

La muraille qui se poursuit encore jusqu’aux deux tiers du cours Saint-Pierre, côté ouest et sert de clôture à des propriétés particulières est  un des vestiges les plus anciens de la cité gallo-romaine et moyenâgeuse. Sur un point on distingue parfaitement le parement en petit appareil gallo-romain, le même qui est visible dans la portion du mur entre la cathédrale et la porte St-Pierre. C’est dire que le rempart que l’on est en train de dégager remonte, dans ses parties les plus anciennes, au cinquième siècle. L’enceinte avait alors 1.600 mètres de tour.

Dans la blocaille, noyée dans le mortier, on aperçoit des fragments de briques romaines et du ciment rose, dit ciment romain. Sans doute, et en particulier sur ce front de la ville, la muraille a été plus d’une fois endommagée au cours des siècles : elle était plus qu’ailleurs exposée aux coups de l’ennemi. Ainsi il est infiniment probable que les Normands le démantelèrent soit en 843, soit en 919.

Lorsque en 1200, le comte de Nantes Guy de Thouars, qui quelques années plus tard devait devenir duc de Bretagne, après la mort tragique d’Arthur, entreprit de faire de Nantes une place imprenable, il fit naturellement servir de base à ses nouvelles murailles une partie de l’enceinte gallo-romaine.

En remontant du château- qui ne devait être fondé que sept ans plus tard- vers la cathédrale, Guy de Thouars fit élever quatre tours, celle dite du Duc, dont on voit les fondations dans la douve du château, celle du Doyenné, celle de St-Laurent ou du Murier, enfin celle de la Trésorerie.

 

Les vestiges des fortifications du vieux Nantes

C’est cette dernière tour que l’on est en train d’exhumer. La découverte constitue un cas assez curieux. L’honneur en revient exclusivement au savant et distingué conservateur du Musée Dobrée, M. le chanoine Durville.

Au premier examen, rien ne pouvait déceler l’emplacement d’une tour à cet endroit. M. le chanoine Durville, pour qui, comme pour tout archéologue qui se respecte, aucun détail n’est négligeable, a procédé par induction.

Il remarqua que le mur de ville, qui, généralement, mesure quatre mètres d’épaisseur n’avait au plus, devant la Psalette, qu’une largeur de 2m 10. Cette anomalie ne se comprenait que si un ouvrage avancé plus solide venait protéger le mur. Mieux : dans la muraille mise à jour existaient deux portes qui devaient être surmontées d’un cintre ou d’une ogive. Or, les trous, dans lesquels devaient entrer les verrous, se trouvent à l’extérieur, les portes s’ouvraient donc en dehors. Comme il est évident qu’elles n’étaient pas à l’usage des assiégeants, elles devaient permettre la communication d’un bastion ou d’une tour quelconque avec l’intérieur de la ville.

D’autres indices, non moins concluants, joints à ceux-là, permirent au savant chanoine de tracer en imagination le plan de la tour de la Trésorerie.

Il demanda à l’administration municipale, qui le lui accorda volontiers, de faire exécuter  des fouilles. Et bientôt l’on vit apparaitre le mur semi-circulaire de la tour, épais de 2m50. La ville s’intéressa à la chose et l’on a décidé de continuer à déblayer jusqu’au dégagement total de l’ouvrage.

Souhaitons que l’on aille aussi loin que possible et que l’on dégage la tour Saint-Laurent, ou du Murier, qui doit se trouver à peu de distance de la tour de la Trésorerie. Ce serait, croyons-nous, dans les intentions de la ville. On aménagerait les lieux comme on l’a fait des abords de la porte Saint-Pierre et Nantes compterait un intérêt touristique de plus qui n’est pas à dédaigner.

Plan du château de Nantes

Chaque jour, on peut suivre les progrès des fouilles. On voit maintenant ouverte vers le Nord l’embrasure d’une pièce d’artillerie et qui comme telle n’a pu être ménagée dans l’énorme paroi que bien après la construction de la tour, vers la fin du quatorzième siècle ou au quinzième.

Trouvera-t-on à l’intérieur de la tour ou au pied de la muraille des objets dignes d’intérêt du point de vue archéologique ou historique ? Cela n’est pas probable.

L’enceinte moyenâgeuse devenue inutile a été démolie vers le milieu du 18e siècle. La tour de la Trésorerie fut rasée à un niveau un peu inférieur au sol actuel en 1759. Ce qui restait de l’ouvrage et le fossé qui séparait l’enceinte de la Motte Saint-Pierre furent comblés avec des remblais contemporains.

On n’a trouvé jusqu’à présent qu’un boulet de fer tout mangé de rouille qui ira vraisemblablement rejoindre ses pareils au musée archéologique et des ossements…de cheval

 

Louis Lucas

 

 

 

Les pérégrinations du reliquaire d’Or du Cœur d'Anne de Bretagne.<==.... ....==>

Nantes, une ville qui change. Vues panoramiques depuis la Tour Dobrée.

Cette vidéo est éditée par Grand Patrimoine de Loire-Atlantique. Retrouvez toutes les ressources à destination des enseignants sur http://Grand-patrimoine.loire-atlantique.fr/espace-enseignants...

https://vimeo.com
À visiter, Portes ouvertes : Découvrir le château des ducs de Bretagne | Inrap

Dans une scénographie contemporaine, il présente plus de 800 pièces de collection, témoins de 17 siècles d'histoire, et s'appuie sur de nombreux dispositifs multimédias. Dans le cadre des importants travaux de restauration et de transformation du château de Nantes en musée, des sondages archéologiques et des surveillances de travaux y ont été réalisés.

https://www.inrap.fr
Patrimonia : Porte Saint-Pierre

En 2012, la porte Saint-Pierre et le Jardin Coutan ont fait l'objet de travaux de restauration et remise en valeur. L'intervention préalable des archéologues a permis de préciser et de compléter les données et hypothèses recueillies en 1910 lors de la fouille du chanoine Durville.

https://patrimonia.nantes.fr

 

 

E1    Tour de la Prévoté
E1    Tour Saint Jacques
C    Porte Saint Nicolas
P1    Porte Sauvetout
P2    Porte du Nord
P3    Porte du Change
T1    Tour de la monnaie
T2    
T3    
T4    Tour du Doyenne
T5    Tour Saint Laurent
D1     Porte du Moulin Hamoir
T6     Tour du Murier
T7    
T8    Tour du Trepied
T9    Tour Chauvin
T10   Tour Propagault
T11    Grosse Tour
T12    Tour Saint Léonard
T13    Tour de l'Arbaleterie
T14    Tour de la place du change
T15    Tour Guichard
T16    Tour connetable
T17    Tour de Barbecanne
T18    Tour du Pied de Biche
T19    Tour de la Boulangerie
T20    Tour des Jacobins
T21    Tour du Port
T22    Tour de la Rivière
A    Le Château
B    Porte Saint Pierre
E    Porte de la Poissonneries
F    Port Maillard
G     La chambre des Comptes
H    Saint Léonard
I    Cathédrale Saint Pierre
L    Notre-Dame
M    Les Carmelites
N    Les Pères de l'Oratoires
O    le Calvaire
P    le Saint Nitalle
Q     faubourd du Machy
R    faubourg de Risbourg
S    faubourg du Bigmon
T    faubourg Saint Jacques
V    Rivière de berdre