Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum, l'origine de Saumur. plan du Château de Saumur 1733 b

On lit dans un titre de l'abbaye de Bourgueil, qui est de l'année  1004, et imprimé dans les Mélanges curieux de Labbe, page 554, qu'un Huchetus exerça un service militaire à Saumur, Miles de castro Salmuro (a).

Dans la collection des titres imprimés de l'abbaye de Fontevrault, pages 506 et 602, des preuves de la vie de Robert d'Arbrissel , on en trouve un en date de l'année 1116 , où il est fait mention d'un Borelus, commandant à Saumur, Salmuro (a).

La légende de St-Florent présente ce passage remarquable: « Castrum illud quod, vocatur Salmurus , nondum ibi erat, sed postea  ob munimentum monasterii  propter vicinos hostes à comite Theobaldo œdificatum est (b).

Dans un titre de Geofroy Martel, comte d'Anjou , écrit en 1036, et qui est dans le cartulaire de Saint-Maur, on trouve Salmurus ( b).

Si l'on parcourt les plus anciennes chroniques, on reconnaît que Saumur a toujours été désigné sous le nom de Salmurus ou  Castrum Salmurum.

Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum de l' origine de Saumur (3)

Quel indice a donc pu faire naitre l'opinion que cette ville avait porté autrefois le nom de Murus?

Cette opinion a été lancée, pour la première fois, par Adrien  Valois.  Lorsque cet écrivain composa sa Notice sur les Gaules, il consulta l'histoire de Saint-Florent; il y lut que le pieux ermite du Mont-Glonne, allant visiter Saint Martin, à Tours, fit un miracle fameux en chassant un serpent énorme qui portait le ravage dans un lieu nommé Murus, sur Loire.  « Florentius  venit  ad locum qui vulgo vocatur Murus, super fluvium Ligeris situm;  iter autem agens venit ad flumen Vigennam ad locum qui dicitur Gondata. »

(a)    Voyez Ménage, Histoire de Sablé, page 227

(b)   Voyez Ménage, Histoire de Sablé, page 236.

Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum de l' origine de Saumur (2)

Partant de ce texte, il en conclut que le lieu nommé Murus n'était autre que Saumur; et, se livrant à son imagination, il ajoute que Saumur a pris son nom de salvus murus, parce que,  par ses fortifications, il rend les habitants saufs de toute attaque. « Quod munitionibus suis salvus à vi et imsidii incolas reddit (a).  

Cette opinion fit autorité et fut adoptée, sans beaucoup d'examen, par plusieurs auteurs contemporains.  Jean Haines, qui vivait dans le même temps, l'ayant admise, la transmit à M. Bodin qui a beaucoup puisé dans cet auteur.

Le texte même qu'invoque Adrien Valois pour fournir une base à son opinion, suffit pour la renverser. Ce texte porte que « Murus était sur la Loire. « Florentius venit ad locum qui vulgo vocatur Murus super Fluvium Ligeris Situm. » Saint Florent vivait au IVe siècle; or, nous voyons par l'histoire même du monastère de Saint-Florent, d'où le passage est tiré, que le château de Saumur, Truncus , était sur la Vienne quand le moine Absalon y aborda, vers l'année 948, s'enfuyant de la Bourgogne avec les reliques de son patron : on en doit conclure que si la Vienne passait , à cette époque , au pied du coteau sur lequel cette ville a été bâtie, Murus, situé sur la Loire au IVe siècle, ne pouvait être Saumur.

Quel est donc ce lien nommé Murus ? Il paraît évident que  c'est le village de Murs, situé près des Ponts-de-Cé.

Ce lieu a  toujours été sur la Loire, et est bien dans la direction que devait « suivre Saint Florent, lorsque ses pèlerinages, partant du Mont-Glonne, le dirigeaient sur Candes pour aller à Tours visiter Saint Martin.

Outre le passage de l'histoire du monastère de Saint-Florent,  qui décrit le miracle opéré par l'ermite du Mont-Glonne, à Murs-sur-Loire, le même fait était représenté sur une tapisserie qui a orné le chœur de l'église de l'abbaye de Saint-Florent jusqu'au moment de sa suppression, au commencement de la Révolution. 

(a) Voyez la Notice sur les Gaules, par Adrien Valois, au mot. Salmumus page .197.

Des vers brodés sur cette tapisserie en expliquaient le sujet. On y lisait :

 

Près de Murs-sur-Loire vivait un gros serpent

Qui vomissait le venin serpentin,

 Et au retour, conseil de Saint Martin,

Préserva tous du mal qui en dépend. »

Ces vers furent composés par l'abbé Jacques Leroy en 1524 ;  ils sont rapportés par dom Jean Huines, ils rappellent que Murs « était près de la Loire au IVe siècle.

Cependant il est démontré que la Vienne coulait devant Saumur au XIIe siècle. Les moines,  ce corps savant, ne pouvaient ignorer ce fait quand l'inscription  ci-dessus fut composée. S'ils ont admis qu'elle énonçât que Murs  était sur la Loire lorsque leur patron combattit le fameux serpent, c'est qu'ils savaient que Murs n'était pas synonyme de « Saumur (a).  (Extrait des Mémoires de la Société d'agriculture, science et arts d’Angers.)

M. Godard paraît pencher pour l'opinion de M. Bodin, et croire que Saumur s'appela d'abord Mur. Il parle d'une donation faite par Berlay (Giraud Bellay)de Montreuil et par Grecia, son épouse, dans laquelle on remarque le passage suivant: Murus super Tourium fluvium, Mur, situé sur le Thouet (b). Évidemment, dit M. Godard, Mur  sur le Thouet ne peut être que Saumur, et non pas Mûrs, près des Ponts-de-Cé.

Ce passage pourrait jeter quelque doute sur l'opinion qu'émet  M. de Beauregard, s'il n'était tiré de Ménage. Mais, comme nous l'avons déjà dit, c'est avec une extrême réserve qu'on doit accepter ses citations, qu'il faisait ordinairement de mémoire.

Voici du reste comment M. de Beauregard, en rectifiant le texte cité par M. Godard, explique le passage de Ménage: P. G.  Cette donation présente le passage suivant : Do ad sacrosanctam ecclesiam, in honorem beati Florentii, constructam propè Murum , in loco qui nuncupatur AD VADUM , super Toarium fluvium ....

(a) Les faits qui établissent que, depuis un temps immémorial, la Loire coulait au pied du coteau de Murs, prouvent aussi que le cours du Thouet ne  s'étendait pas jusqu'à Chalonnes, car les chroniques auraient dit Murs prés du Thouet et non près de la Loire.

(b) Histoire de Sablé, page 236, premier alinéa.

Ménage traduit prope Murum par près de la ville de Saumur.  Il est vraisemblable que propre Murum signifie simplement près d'un mur; peut-être ce mur était-il la digne des moulins à eau de Saint-Florent qui existaient alors.

 Il faut remarquer en outre que Gracia, qui était mère de Geldoin, vivait au temps de Geofroy-Martel, fils de Foulques-Nerra, et il est constant qu’à cette époque Saumur est distingué par tous  les auteurs sons le nom de Salmurus ou Castum-Salmurum. »

Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum de l' origine de Saumur (5)

Mais à qui doit-on attribuer la fondation de cette ville ? A quelle époque doit-on la fixer ? Je crois qu'il serait bien difficile de répondre d'une manière satisfaisante à ces questions.

Autrefois les historiens de nos villes, en feuilletant les livres de Moyse, d'Homère et de Virgile, croyaient toujours trouver les origines qu'ils cherchaient. C'est ainsi que les anciennes chroniques de cette province font descendre les Angevins d'Ajax, lequel, suivant leurs auteurs, vint, après le siège de Troye, bâtir Angers.

D'autres villes qui nous avoisinent n'ont pas des origines moins illustres; Loudun se nomme Juliodunum, forteresse de Jules, et Chinon fait remonter la sienne jusqu'à celle du monde, en prenant le nom de Caïno, ville bâtie par Caïn (8). (Gaule - Cartes Voies Romaines)

Nous n'ouvrirons point ces livres, pour forger à notre ville une antique et noble origine. La beauté de sa situation, la salubrité de l'air qu'on y respire, la fertilité de son terroir, le fleuve et les rivières qui l'environnent, les nombreux monuments Celtiques qui sont à ses portes, tout, en un mot, doit faire présumer qu'elle fut, longtemps avant l'arrivée des Romains, un chef-lieu d'habitation pour les Gaulois.

M. de Beauregard (Statistique 1842, page 22 et suivantes), prétend qu'à la fin du Xe siècle Saumur, qui avait déjà de l’importance devait son accroissement plutôt à son heureuse position qu'a l'ancienneté de son origine. Cette ville, dit-il, ne comptait  pas alors plus d'un siècle d'existence, quoi qu'en aient dit quelques Auteurs  mal informés, et, pour soutenir son opinion, il s'étaye d'un passage d'une chronique (Histoire du monastère de Saint- Florent) recueillie par dom Martenne, dans son Amplissima collectio (vol. V, coll. 1113).

Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum de Saumur (1)

Sans prétendre préciser positivement l'origine de Saumur, il nous semble facile de prouver au moins, contre l'opinion de M. de Beauregard, et en n'employant pas d'autres armes que la chronique même sur laquelle il s'appuie, que Saumur était antérieur au IXe siècle.

Il est vrai que jusqu'alors notre ville ne portait le nom ni de  Mur ni de Saumur, mais celui de Castrum-Truncum.

Voici la traduction littérale de cette chronique : Absalon, ayant cotoyé la Vienne, arriva enfin à une propriété rurale appartenant à Saint-Florent. Ce domaine avait à l'orient la Vienne dont il vient d'être parlé, et à l'occident le camp ou fort nommé Truncus.

C'est au lieu même ou est aujourd'hui SALMURUS, que, DANS DES TEMPS ANCIENS  fut élevé ce fort CASTRUM TRUNCUM,  ainsi appelé à cause de son exiguïté, et de l'étroitesse du lieu sur lequel il était construit.

A cette époque, le fort SALMURUS n'existait pas encore. Ce ne fut que plus tard, pour défendre le monastère contre les ennemis voisins, que le comte Thibault le fit bâtir (a).

Ainsi il y a eu successivement, dans l'emplacement du château  actuel de Saumur, trois camps ou forts ( b) :

- le premier, qui, au Xe siècle avait une haute antiquité, s'appela Castrum Truncum.

(a) «Absalon juxtà Vigennam fluvium secutus , devenit tandem ad quoddam  prœdium Sancti-Florentii. Habebat autem locus lste ab oriente memoratum  Vigennam fluvium, ab occidente vero Castrum Truncum. Fuit in loco ubi  nunc eminet SALMURUS, ab ANTIQUO fabricatum castellum quod à parvitate  sitûsque angustià Truncum vocabulo ferebatur. Castrum illud, quod vocatur  SALMURUS, nondùm ibi erat , sed posteà ob munimentum monasterii propter vicinos hostes à comite Theobaldo œdificatum est. »    

(b) Le mot castrum ne signifie pas seulement forteresse, mais encore agglomération d'un certain nombre d'individus vivant à l'abri et sous la protection du fort, en un mot une ville ou un bourg fortifié. C'est ainsi qu'un grand nombre de villes se désignent en latin par le mot castrum, auquel on ajoute un modificatif qui sert à les distinguer.

 

Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum de l' origine de Saumur (4)

- Le second,  Salmurus, fut élevé, sur les ruines du premier,  par Thibault , comte de Blois et de Touraine , quelque temps après l'établissement, en ce lieu, des moines du Mont-Glonne.

- Le troisième est, à quelque chose près, celui qui existe aujourd'hui.

Mais jusqu'où doit-on faire remonter l'antiquité de Castrum Trumcum?

 Cent ans expliqueraient- ils l'ab antiquo du chroniqueur ? Nous ne le pensons pas. Une construction d'un siècle d'existence n'a jamais passé pour antique : le pont Cessart, les Casernes ont bientôt atteint cet âge, et personne, dans un siècle pourtant où tout vieillit si vite, n'a encore songé à les classer parmi les monuments anciens. C'est donc dans des temps plus reculés qu'il faut aller chercher cette explication.

Si nous remontons d'un siècle et demi ou de deux siècles, nous rencontrons, parmi les rois francs, Peppin et Charlemagne, qui,  d'un caractère actif et entreprenant, ont pu songer à construire des forteresses. Le premier fit longtemps la guerre en  Aquitaine, mais nous lisons dans Eginhard que, chaque année, après avoir remporté sur Waïfer, son ennemi, des avantages marqués, le Roi vainqueur s'en allait hiverner dans le nord, pour revenir au printemps en Aquitaine; il ne construisait point de citadelles, seulement, à mesure que Waïfer abandonnait ses villes  et démantelait ses forteresses, Peppin s'emparait des unes, réédifiait les autres, et confiait la garde du tout à ses guerriers.

Quant à Charlemagne, il eut aussi une guerre de quelques jours à soutenir contre le père du malheureux Waïfer, hunoald, mais tout se termina à Angoulême par un seul combat : ainsi il ne se montra pas en conquérant dans notre pays.

 Sous les rois de la première race, il ne parait pas qu'aucun évènement ait nécessité de semblables constructions ; Charles-Martel lui-même ne vint point jusqu'ici.

C'est donc au temps de la domination romaine qu'il nous faut fixer la construction du Castrum Truncum.

Tite-Live nous apprend qu'on grand nombre des colonies établies par les Romains dans les pays conquis, étaient désignées par le mot castrum. On sait quel soin le peuple dominateur apportait dans le choix des lieux où devaient être établis des camps, surtout des camps à demeure (stativa castra), et l'on présume bien qu'ils s'attachaient à camper là surtout où ils avaient de véritables intérêts à défendre.

 Le Castrum Truncum satisfaisait entièrement à ces trois conditions.  

D'abord il portait le nom de castrum, et en effet, quel lieu eût été plus propre à l'établissement d'un camp ?

Deux rivières le défendaient au nord, une autre au midi ; le rocher, coupé à pic, rendait inaccessibles, à l’occident,  les abords du fort ; il n’avait donc d'accès facile que vers l'orient, et encore, à l'aide quelques retranchements, un petit nombre de guerriers suffisait pour le défendre et inspirer à la colonie tonte la sécurité désirable.

 Là, plus qu'en aucun lien peut-être, il importait aux vainqueurs de se tenir en état de défense. D'un côté la population gauloise y était nombreuse à cause de la fertilité du pays; les Druide, qui avaient incontestablement des collèges dans nos contrées, exerçaient sur l'esprit des peuples une influence immense.

 Les nombreux monuments druidiques qui couvrent le pays témoignent encore aujourd'hui de toute leur puissance. - D'un autre côté deux colonies romaines venaient d'être fondées, Lezon et Orvanne. Tout, en ces contrées, devait donc fixer l'attention et la surveillance des Romains.

Du Castrum Truncum, le chef  de la légion pouvait, par des signaux, correspondre avec les  deux villes naissantes, leur transmettre des ordres, recevoir  d’elles des avertissements, les appeler à son secours ou voler à leur défense.

 Ce fort, par son heureuse position, était pour les  uns une intimidation, pour les autres une sauvegarde ; et les romains avaient trop l'habitude des combats et des conquêtes pour ne pas prendre ces précautions, si simples, si naturelles.

 Ces présomptions deviennent des preuves, quand on sait que,  le bord du Thouet, à Bagneux, existe un monument évidemment romain, quand on voit des traces de voies romaines qui viennent aboutir aux portes de la ville, quand enfin des milliers de médailles, trouvées sur les lieux mêmes  portent l'effigie des César, des Auguste, des Néron, etc., etc.

Nul doute donc, le Castrum Truncum était l'œuvre des Romains.

Si l'on rejette cette origine, on ne peut rendre compte de l'ab antiquo du chroniqueur. La position topographique, la manière de faire des Romains, et surtout l'intérêt et le besoin qu'ils avaient de se fortifier en cet endroit, font, ce nous semble, de cette opinion, une probabilité si forte qu'elle est presque une démonstration,»    P. G.

 

L'emplacement qu'occupe Saumur faisait autrefois partie de l'Aquitaine, dont les limites, anciennement fixées à la Garonne, furent reculées, par Auguste, jusqu'à la Loire. (Carte France Féodale)

Cette portion de la Gaule resta an pouvoir des Romains, depuis la conquête qu'ils en firent jusqu'à l'an 419 ; elle passa ensuite sons la domination des Visigoths, qui en furent chassés par Clovis l'an 507 ; depuis elle resta à ses successeurs jusqu'à l'an 663. C'est, je crois, entre ces deux époques qu'il faut placer la construction de l'ancien Pont-Fouchard. (Voies romaines via Romana Cœsarodunum (Tours)

Ce pont, bâti sur la petite rivière du Thouet, était absolument nécessaire pour établir la communication entre les villes de Doué et de Mur, qui appartenaient au même souverain. Ce pont existait encore en entier sur la fin du dix-huitième siècle; il n'en reste plus qu'une arche et six piles auprès du faubourg auquel il a donné son nom ; deux sont renversées depuis quelques années (a). (La Loire et les fleuves de la Gaule romaine et des régions voisines)

L'emplacement qu'il occupait se trouve coupé obliquement par la culée méridionale du nouveau Pont, et l'on suit encore sa direction vers l'église de Nantilly, par quelques restes de piles qui paraissent à la surface de la terre, et par une chaussée qui traverse la prairie. Cette chaussée, qui faisait partie de l'ancien pont, a environ deux mètres d'élévation, six de largeur, et trois cents de longueur; elle est percée de six arches, de différentes dimensions, qui servent à l'écoulement des eaux du Thouet dans les grandes crues.

A l'extrémité orientale de ce vieux pont, on voit, en face, le frontispice de l'église de Nantilly (9).

Sa nef mérite de fixer I' attention, comme étant le plus ancien monument d'architecture de cette ville : on ignore le temps de sa construction, mais je crois peut le considérer comme appartenant au cinquième ou au sixième siècle. Cette église a dû être faite à-peu-près dans le  temps que le premier Pont-Fouchard, qui, par la manière dont il était placé, semblait avoir été construit exprès pour elle.

 

(a)    Aujourd'hui, de ce vieux pont, il n'existe plus qu'une seule pile: les propriétaires des terrains voisins ont tout nivelé; c'est à peine même si, en creusant, on trouverait encore les fondations de celles qu'indique M. Bodin. P. G.

 

Son architecture est presque dans le style antique ; les deux murs latéraux sont ornés de colonnes engagées, portant sur leurs chapiteaux des arcs doubleaux qui suivent le contour de la voûte de laquelle est en berceau. La partie supérieure des vitraux est composée d'un double rang de voussoirs en liaison; l'extrados dû premier est dentelé, et reçoit les pointes de l'intrados du second (a).

 

Il ne reste à I' extérieur que deux façades, une latérale, du côté du nord, percée de six vitr(e)aux d'une belle proportion, et, du côté de l'occident, le frontispice où est la porte principale. Cette porte est décorée de deux colonnes, dont les chapiteaux, ainsi  ceux des colonnes de l'intérieur, sont composés de figures d’animaux bizarres qui doivent leur existence plutôt à l'imagination du sculpteur qu'à l'imitation de la nature.

Plusieurs personnes ont cru que ces chapiteaux indiquaient que cette église avait été, dans l'origine, un temple consacré à quelques divinités du paganisme: mais ces sortes d'ornements ne prouvent rien en faveur de  cette opinion ; on trouve, dans la plupart des églises dont la construction est antérieure à la renaissance de l'art, des chapiteaux le genre de ceux qu'on voit à Nantilly.

Le côté droit du frontispice est construit et décoré d'une manière qui annonce son ancienneté. Les pierres sont de figure carrée et posées sur l'angle, de sorte que les joints, au lieu de former lignes, les unes horizontales, les autres verticales, comme les constructions ordinaires, forment des lignes obliques, structure qu'on appelle Maillée, et que les Romains nommaient Reticulatum. Cette manière de bâtir n'est plus en usage depuis longtemps : on ne la retrouve que dans les anciens édifices. Au-dessus de ces réticules sont huit petites colonnes qui portent des arcs et forment trois espèces de niches vides : cette partie du monument est chargée de sculptures de mauvais goût, et ne répond pas à la belle simplicité de l'architecture intérieure de la nef. Par la manière dont sont terminés les contreforts du côté gauche de cette façade, on voit que la partie supérieure est moderne, et qu'elle a été faite en même temps que le clocher. Le chœur et les deux bras de la croisée sont des ouvrages du douzième on treizième siècle, qui n'offrent rien d'intéressant.

Cette église est l'une des plus anciennes de cette contrée, et la première dans laquelle les habitants de la ville de Mur exercèrent le culte catholique : c'est pourquoi on l'appelait autrefois l'église Matrice, comme étant la mère de toutes celles qui l'environnaient.

Cependant sa juridiction ne s'étendait pas au-delà de la Vienne; le quartier des Ponts et le faubourg de la Croix-Verte dépendaient de la paroisse d'Avoine dans le Verron, dont l'église fut bâtie en 461 par Saint Perpète, évêque de Tours (a).

Pour suivre l'ordre chronologique des évènements, nous ne quitterons pas le sixième siècle sans observer que la première inondation de Saumur, dont nous ayons connaissance, est celle qui eut lien l'an 584, sons le règne de Childebert.

La pluie avait tombé par torrents pendant douze jours et douze nuits ; la Loire et toutes les rivières qu'elle reçoit grossirent tellement qu'elles surpassèrent toutes les crues dont on avait conservé la mémoire ; la plupart des habitations, sur les rives du Thouet, de la Vienne et de la Loire, furent détruites, les récoltes submergées : des hommes même et un grand nombre de bestiaux périrent dans cette calamité (6).     

M. Mérimée combat de la manière suivante l'opinion de M.  Bodin, sur 'l'ancienneté de cette église :

«Notre-Dame de Nantilly passe pour la plus ancienne de la ville;  mais je ne puis admettre, avec M. Bodin, qu'elle date du cinquième ou sixième siècle.

(a)    Recherches de M. de la Sauvagère, page 107 .

(b)    Greg. Tur. hist. Franc. lib. V.

A mon sentiment, il a attaché trop d'importance à la nature de l'appareil; car de tous les caractères  architectoniques, c'est le plus vague, le plus incertain. A gauche de la façade, qui paraît avoir été restaurée à plusieurs reprises  (a), on remarque une portion de muraille revêtue d'un parement  de petites pierres taillées en losange.

Que cet appareil réticulé soit une tradition antique, cela n'est pas douteux; mais on ne peut nier qu'il n'ait été en usage depuis l'époque gallo-romaine jusqu'au douzième et même jusqu'au treizième siècle. Tel était « le goût, pour l'ornementation, pendant la durée du style roman  fleuri, qu'on en donnait même aux parties lisses en les couvrant d'un parement  compliqué.

On en voit d'imbriqués, de nattés, de réticulés surtout, comme celui de Nantilly; et les églises de Poitiers vont nous en offrir de fréquents exemples.

En examinant l'intérieur de Notre - Dame de Nantilly, on y  reconnaît trois époques bien caractérisées. La nef, dans l'origine,  était unique ; au quinzième siècle, on y a joint un collatéral (au sud), presque aussi large que la nef elle-même, et les piliers qui  les séparent ne sont  autres que les contreforts- anciens.

Mais déjà vers la fin du douzième siècle, sans doute, on avait  refait et peut-être augmenté le chœur. Enfin, en même temps qu'on ajoutait un collatéral, on retouchait les transepts, si toutefois on ne les a pas reconstruits entièrement ( b).

Quant à la date de la nef, la fin du onzième siècle ou le commencement du siècle suivant paraît la plus probable. On ne saurait, en effet,  rapporter à une époque plus ancienne ces hautes colonnes engagées, terminées par des chapiteaux historiés, d'un travail précieux, et ces grandes arcades en plein cintre, surmontées de  fenêtres de même forme et assez larges. Les archivoltes de ces dernières sont remarquables par leur bizarrerie. Elles se composent de deux rangées de claveaux l'une au - dessus de l'autre,  taillés en biseau, de manière que les angles saillants des claveaux  de la rangée inférieure entrent dans les angles rentrant de la rangée d'en bas, la ligne de contact représentant ainsi un zigzag semi-circulaire.

(a) « La porte est en plein cintre avec une archivolte à boudins retombant sur des colonnes à chapiteau historiés. Au-dessus une arcature cintrée. La tour qui surmonte le portail est carrée, assez basse; mais sa flèche (en bois moderne) est fort élevée. Tout le côté sud de la façade date du XVe siècle. »

(b) « Le mur oriental des transepts m'a semblé contemporain du chœur. »

 

 J'ai observé la même disposition dans le portail de l'église Saint-Etienne , à Nevers, fondée en 1063 , et cette étrange coupe de pierres, commune aux deux églises , pourrait, à la rigueur, être considérée comme un indice d'une origine contemporaine.

La voûte de la nef de Nantilly est en ogive, sans arêtes, renforcée seulement par des arcs doubleaux de travée en travée. Je présume qu'elle a été refaite à l'époque-où le chœur a été construit, et ce qui me paraît le prouver, c'est la forme de deux chapiteaux (les plus voisins des transepts) ornés de crochets  gothiques, restauration évidente du commencement du treizième siècle, et qui fait supposer celles des arcs doubleaux qui s'y «appuient. D'ailleurs, il faut remarquer la courbe de cette voûte dont l'angle est à peine sensible, et qui peut très-bien avoir été en plein cintre avant d'être retouchée. Dans le chœur, l'ogive est beaucoup plus prononcée, et le style de l'ornementation plus  moderne. Le collatéral S. et les transepts offrent quelques jolis détails, des feuilles frisées, refouillées profondément, des nervures, des moulures saillantes, etc. Là, j'ai observé sur le fût de quelques colonnes une légère saillie prolongée verticalement, et ressemblant à une règle étroite appliquée sur la colonne.

Les murailles de l'église sont en partie couvertes de grandes  tapisseries, .très curieuses, qui m'ont paru du seizième siècle pour la plupart, quelques- unes du quinzième. L'une des dernières, qui représente l'histoire de la Vierge, pourrait fournir des renseignements précieux sur les costumes et l'architecture du temps.  Une autre, dont le sujet est la prise de Jérusalem par Titus, présente une grande variété d'armures et d'accoutrements. On sait que les artistes du moyen-âge ne se piquaient pas d'observer la couleur locale. Aussi il ne faut pas s'étonner de voir sur le premier plan un soldat romain portant une arme à feu. Celle-là peut être regardée comme la représentation des premières bombardes à main dont il est fait mention dès la fin du quatorzième siècle.

BODIN Jean-François

 Recherches historiques sur la ville de Saumur, ses monuments et ceux de son arrondissement

==> Dénomination géographiques : Civitas, parochia, dioccesis, urbs, municipium, castrum, castellum, vicus, villa, burgus, bastida