Juillet 1239 Saintes – Donation par Itier, seigneur de Barbezieux de ses droits sur la châtellenie de Merpins à Hugues de Lusignan et Isabelle d’Angoulême, reine d’Angl

Le fils d’Audouin V fut appelé tout d'abord Itier le jeune, par opposition à son oncle, le seigneur de Montausier (XII-XIII).

Nous ne saurions dire quel fut son rôle dans les premières années qui suivirent la prise de possession de la comté d'Angoulême par Isabelle, veuve de Jean-sans-Terre (3).

Quand Isabelle eut épousé Hugues de la Marche, quand, après avoir combattu les Anglais, ils se rapprochèrent du roi Henri, nous voyons Itier leur faire hommage à Angoulême (1226, XII).

Itier rendit un hommage lige, « comme ses prédécesseurs » dit-il, promettant de venir en aide au comte d'Angoulême contre tout homme venant au monde.

 Cet hommage, rendu « en raison de la comté d'Angoulême », ne l'était pas de la part d'Itier « en raison » de la seigneurie de Barbezieux, indépendante de la comté.

 Ce qui rendait Itier homme lige du comte d'Angoulême, c'était, croyons-nous, ses droits sur la châtellenie de Merpins (XIII).

Itier se déclara à nouveau, quelques années plus tard, l'homme lige d'Hugues de Lusignan.

C'était le moment où, après s'être rapproché du roi de France, le comte d'Angoulême préparait secrètement une coalition contre lui (4).

 A Charroux, en août 1229, Audouin se lia, par un pacte tout personnel, conclu avec serment, au comte de la Marche et d'Angoulême. Il promettait de le soutenir lui et les siens, envers et contre tous, en tous lieux (XIV).

Cependant Hugues de Lusignan ne se décida pas à déclarer la guerre à Louis IX. Tout au contraire, le 30 mai 1230, il contractait union étroite avec lui (5).

Dès lors, il pouvait tout craindre du roi d'Angleterre.

Itier profita de ses difficultés pour obtenir le règlement de l'affaire de Merpins.

Il fut conclu, en principe, à Lusignan, le dimanche 23 avril 1234. Itier fit don de tous ses droits sur le château de Merpins au comte d'Angoulême et à ses héritiers. Il recevait, en échange, tous les droits que possédait celui-ci, à raison de Merpins et de Bouteville, à Roissac, Marville et Gensac (XV).

Le règlement était provisoire. Un traité en forme fut conclu à Saintes, cinq années plus tard, qui précisait nettement la situation des seigneurs de Barbezieux vis-à-vis des comtes d'Angoulême (Pièce Justificative).

Jusqu'alors les comtes d'Angoulême et les seigneurs de Barbezieux se partageaient par moitié les revenus des dépendances de la châtellenie de Merpins à Roissac, à Marville, à Gensac, et aussi, sans doute, dans le reste de la châtellenie.

Itier reçut intégralement tout ce qui dépendait de Merpins à Roissac, à Marville, à Gensac il abandonna, en échange, tous ses droits sur le reste de la châtellenie.

Itier recevait en outre tous les droits que possédaient les comtes d'Angoulême sur ces mêmes terres de Roissac, de Marville et de Gensac, et aussi sur celle du « Mas Doreu » à raison de la châtellenie de Bouteville.

 C'était là, dit le traité, un acte de pure libéralité d'Hugues et d'Isabelle envers Itier, en témoignage de reconnaissance pour ses bons services et son amour vis-à-vis d'eux, pour l'abandon qu'il consentait de ses droits sur Merpins.

Tous ces biens Itier devait les tenir du comte d'Angoulême ainsi que Montguyon et les fiefs relevant de lui dans les paroisses de Barret, de la Garde, de la Chaise et de Saint-Vivien, compris jusqu'alors dans la juridiction des châtellenies d'Archiac et de Merpins.

Au cas où, dans l'avenir, le comte d'Angoulême réclamerait au seigneur de Barbezieux ou à ses vassaux des terres ou des fiefs dans ce même « honneur » d'Archiac, le comte d'Angoulême devrait s'en rapporter au serment du seigneur de Barbezieux et de ses vassaux.

L'hommage rendu par les seigneurs de Barbezieux aux comtes serait, comme par le passé, un hommage lige.

Le seigneur de Barbezieux n'acquérait pas cependant la haute justice pleine et entière à Roissac, Marville et Gensac. Si lui ou ses officiers se trouvaient dans le cas de prononcer une sentence qui comportât la pendaison, la mutilation, ou « toute autre peine corporelle », le bailli de Merpins ou celui de Bouteville devait être invité à s'associer à la sentence. Que les baillis acceptassent ou non, l'exécution ne pouvait se faire ailleurs qu'aux fourches de Merpins ou à celles de Bouteville (XVI).

On comprend de quelle importance fut pour les Barbezieux l'acquisition de leurs droits sur la châtellenie de Merpins. Ils la firent à un moment où leur seigneurie formant, pour ainsi dire, tampon entre les Anglais et les comtes d'Angoulême, les deux partis recherchaient leur alliance ils possédaient la moitié de la châtellenie, alors que les comtes du Poitou, puis les rois d'Angleterre, puis les comtes d'Angoulême possédaient l'autre moitié Merpins était une place forte considérée comme une des clefs de la ligne de la Charente.

 Les Barbezieux surent habilement profiter de ces circonstances favorables, et, en fin de compte, réalisèrent leurs droits à un moment où ils allaient perdre de leur valeur.

Deux ans plus tard, en effet, Hugues de Lusignan et Isabelle s'alliaient au roi Henri d'Angleterre contre le roi Louis IX.

Louis remportait rapidement une série de succès. Après la perte des batailles de Taillebourg et de Saintes, Henri passa par Barbezicux, puis s'enfuit à Bordeaux (fin juillet 1242).

Hugues dut subir une garnison française à Merpins (6).

Itier avait pris part à la campagne du côté Anglais. Le roi Henri, dès le 25 mai 1242, lui mandait, « puisqu'il l'aimait comme lui-même », de se trouver armé et équipé à Pons le 12 juin suivant.

Il adressait le même jour une autre convocation, conçue dans les mêmes termes, au frère d'Audouin, Itier, pour lui et quatre chevaliers (7).

Mais à peine Henri fut il réfugié à Bordeaux que les seigneurs saintongeais s'empressèrent de se soumettre à Louis IX (8).

Dans les trêves conclues entre les deux souverains, le 7 avril, Itier est nommément compté au nombre des fidèles du roi de France, qu'il prend sous sa protection (9).

Itier mourut une dizaine d'années plus tard.

Elie Vinet, après avoir déclaré qu'il n'a pu découvrir de documents sur les seigneurs de sa ville de Barbezieux, ajoute « Quant à moi, je n'en ai encores peu rien veoir que ce peu, qui est pint et escript, je ne sai combien devant que je naquisse, en la muralhe du chœur de l'église des Cordeliers, à main droite, ainsi qu'on i entre, et assés près du grand autel.

« En la pincture i a une image de sainte Catharine, et une de saint François qui présentent à l'image de Jésu-Christ petit enfant, estant entre les bras de sa mère, trois images d'hommes pints comme l'on a accoustumé de pindre les chevaliers en tel cas, et d'une femme et en l'escripture, qui est au dessous de la dicte pinture, ce qui s'ensuit

« Ci devant le grand autel gizent nobles et puissans seigneurs et dame, monseigneur Itier de Barbezieus, en son vivant seigneur dudit lieu, qui trespassa le second d'octobre, l'an mil deux cens cinquante trois…. » (10).

Nous ne saurions mieux faire que de laisser encore la parole à Vinet pour dire tout ce que l'on sait de la fondation des Cordeliers.

« Saint François, l'aucteur de l'ordre des Cordeliers autrement appelés Frères mineurs, mourut en son pais d'Italie le quatriesme jour du mois d'octobre, l'an mil deux cens vingt et sept. Ainsi auroint esté d'un temps ce premier Cordelier et le susdit Itier de Barbezieus, et ainsi pourroit estre vrai ce qu'en mes premiers ans me comptoint des plus aagés cordeliers de Barbezieus : que leur moustier estait des plus antiens de Saintonge que ce fut cet Itier qui recueillit les premiers frères mineurs, qui là vinsrent d'Italie, ou leur maistre encore vivant, ou bientost après sa mort, il ne me souvient lequel des deus ils me disoint, et leur bailla place et argent pour la se loger et hors la ville (11)….. Et me disaient davantage ces frères qu'ils avaient oui dire que cet Itier avait eu père Audouin de Barbezieux, seigneur dudit lieu, et fils Vivien » (12).

C'est le seul témoignage que nous possédions pour attester la filiation directe d'Itier III à Vivien I, qui suit. Elle paraitrait, même sans cela, vraisemblable.

Nos chartes nous fournissent quelques renseignements sur les parents d'Itier III.

Son oncle Itier, seigneur de Montausier, fit hommage lige au comte d'Angoulême de ses châteaux et châtellenie de Montausier, le 18 octobre 1229 (XIII).

Le frère d'Itier III, Audouin, joua aussi un rôle important.

Il fit don de beaux domaines à l'abbaye de la Ferenade (13); pour l'âme de son père, il fit encore don de deux setiers de froment sur la dîme de Saint-Séverin à Notre-Dame de Barbezieux pour l'âme de sa femme, Agnès, d'un setier d'orge sur la même dîme pour son salut personnel, de deux setiers de froment sur la dîme et de cinquante sous à prendre sur les bancs, le jour de la Circoncision. Audouin laissa aux moines Clunisiens une bonne mémoire (LXV, LXVI, LXVII).

Apprécié pour sa libéralité, il l'était non moins pour sa vaillance.

Après Taillebourg et Saintes Henri III d'Angleterre fit ce qu'il put pour le ramener à son service. Au milieu de novembre, il envoyait à Audouin un sauf-conduit pour lui permettre de venir à Bordeaux s'entretenir avec lui (14). Audouin exposa la crainte où il était de perdre sa terre s'il abandonnait le parti français.

 Henri, le 13 décembre, lui fit savoir qu'il était prêt à lui assigner une terre équivalente et sous la forme qui lui agréerait le mieux, et lui demanda de venir le rejoindre avec quatre chevaliers (15).

La réponse d Audouin fut encore négative car, le 12 janvier 1243, le roi envoyait vers lui, de Bordeaux, Boson de Matha, comte de Bigorre, porteur de lettres à son adresse (16).

En 1246 Audouin acquit d'Hélie Poitevin, chevalier de Villebois, tout ce que possédait celui-ci dans le mas de Baud, les paroisses de Condéon et de Berneuil, moyennant 30 livres tournois (XVII).

Nous ne savons si Audouin eut une postérité.

 

 

 

 

Pièce justificative

21 juillet 1239, Saintes. – Donation par Itier, seigneur de Barbezieux, à Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d'Angoulême, et à Isabelle, reine d'Angleterre, comtesse de la Marche et d'Angoulême, de ses droits dans la châtellenie de Merpins, en échange de biens divers et traité réglant les conditions des hommages que devront rendre les seigneurs de Barbezieux aux comtes d'Angoulême.

Bibliothèque nationale, fonds latin  17089, fol. 544.

 

Sequitur de compositions domini de Berbezillo et de homagio.

Iterius, dominus de Berbezillo, universis présentes litteras inspectuiris, salutem et pacem.

Noveritis nos dedisse, remisisse, et liberaliter concecisse in perpetuum, pro nobis et heredibus nostris natis et nascituris, nobili viro Hugoni de Leziniaco, comiti Marchiae et Engolismensis, et diominae Ysabellae, reginae Angliae, dictorum locorum comitissae, uxori ejusdem, et eorum heredibus, quidquid juris habebamus vel habere poteramua in castro de Merpisio et in pertinenciis ejusdem castri, pro qua quiptatione seu donatione dederunt et concesserunt nobis et heredibus nostris seu successoribus quidquid juris habebant vel habere poterant apud Roysac, apud Maravillain, apud Gencac, et in pertinenciis dictorum locorum quantum ad dominium de Meipisio pertinebat, in quo dictus comes et regina nobiscum portionarii erant.

 Postmodum vero, gratanter, de mera liberalitate sua, dederunt et concesserunt nobis et heredibus nostris, pro bono servicio et fideli nostro amore eisdem a nobis fideliter praemissis, quidqnid juris habebant vel habere poterant tunc temporis nomine dominii de Botavilla apud Roysac, apud Maravillam, et apud Massum Doreu, et in pertinenciis dictorum locorum, et haec et alia praedicta dederunt nobis et heredibus nostris in augmentum feodorum quae ab eisdem tenemus, et pro quiptatione nostrae demandae et nostrorum castri Merpisii.

Insuper nos cepimus a dictis comite et regina castrum de Monte Guidonis cum pertinentiis, et quidquid ante istam compositionem tenebamus apud Roysac, apud Maravillam, et apud Gencac, vel alibi racione dominii de Merpisio.

 Item cepimus ab eisdem quidquid Guillelmus Agerdronis et sui portionarii, tam ex parte patris et matris suae quam ex parte Rigaudi Vigerii, et quidquid habet de Campania, B. et Hugo de Bello Monte, et filiae dominae Guyborgis, et quidquid Eudradus de Ramata, Ulvicus (sic) de Sancto Paulo, Johannes de Rivo Falcone, P. Bremondus, Audeardus Leuthera, vel alii habent ab istis superius nominatis in parrochiis de Barreto et de Garda quae omnia habent et tenent a nobis excepta vigeria de Garda quae de nostro non movet dominio ; item cepimus ab ipso terram quam Rampnulfus de Amblavilla tenet et possidet prope Chesam, et feodum Guillelmi Lambardi, et pledaguim de Pladur, sita (sic) in panochia Sancti Viviani quae omnia movent a nobis ; et omnia supradicta feoda se sunt in honore Archiaci et terrae supradictae, et sic esse juravimus dictis comiti et reginiac, cui juramento crediderunt et adhibuerunt plenam fidem, et si ipsi vel heredes sui vellent petere a nobis vel successoribus nostris, vel a nostris feodariis aliquas possessiones, terras, vel feoda quae nos vel alius nomine meo haberemus et possederemusin honore Archiaci, comes et regina et sucessores eorum juramento nostro et successorum nostrorum sine aliqua vexations et litigio crederent quidquid nos et successores nostri post juramentum nostrum comiti et reginae diceremus et suis successoribus.

Insuper sciendum est quod, pro omnibus bonis et feodis supradictis, et etiam pro alio feodo quod habemus ah ipsis, et nostri predecessores, domini de Berbezillo, habuerunt ab eisdem, et a praedccessoribus suis comitibus Engolismensis, fecimus dicto comiti et reginae homagium ligium prout praedecessores nostri suis praedecessoribus fecerunt, et litigancia et feoda exigunt et adportant.

 Fuit tamen parloqubum quod si, forte, nos heredes vel successores nostri ad quos totum dominium et vindictam de Royssac, de Maravilla, et de Gencac, et de Masso Doreu dinoscitur pertinere, vel alius nomine nostro juidicaremus aliquiem in dictis locis ad suspendendum et ad mutilandum, et ad aliam poenam corporalem per sententiam sustinendam ad furchas de Merpisio et de Botavilla, suspenderetur vel mutilaretur infra castrum et furchas de Merpisio et de Botavilla, et poena praedicta infligeretur ibidem per nos vel successores nostros, vocato ballivo de Merpisio vel de Botavilla, si interesse voluerit ad dictam justitiam exequendam.

 Si vero ballivus de Merpisio vel de Botavilla voluerit vel noluerit interesse, nichilominus nos et successores nostri dictam justitiam statim exequemur, et si ballivus de Botavilla vel de Merpisio vellet infîciari ipsum ad supradictam infligendam justitiam non fuisse vocatum, sacramento ballivi nostri credetur dictum ballivum de Merpisio vel de Botavilla fuisse vocatum.

Quod ut in postenum a nobis et heredibus nostris firmiter observetur, dictis comiti et reginae super hoc dedimus has nostras patentes litteras sigilli nostri munimine roboratas.

 Datum et actum apud Xantonensem, anno Domini millesimo ducentesimo tricesimo nono, mense julii, quarta feria ante festum B. Magdalenae.

 

 

 

Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis

 

 

L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille  <==.... ....==> Sceau d’Hugues X de Lusignan, d’ Isabelle d'Angoulême et famille

==> 1244 Transaction entre Alphonse comte de Poitiers et l'évêque de Saintes concernant les droits du comte de la marche sur le pont 

 


 

(1) S'il s'agissait de son frère, il est probable, en effet, qu'on trouverait mentionné son titre de seigneur de Montausier.

(2) Gallia, t. II, col. 1143 B.

(3) Boissonnade, c., p. 20 et s.

(4) Boissonnade, 1. c., p. 37.

(5) Id., ibid.

(6) Boissonnade, 1. c., p. 43-46, 48-49.

(7) Rôles gascons, transcrits et publiés par Francisque Michel. Collection des Documents inédits, t. I, n° 459.

(8) Boissonnade, c., p. 46.

(9) Layettes du trésor des Charles, t. Il, p. 505-506. Rôles gascons, t. 1, n»1212.

(10) L. c, p. 231.

(11) Elie Vinet, l. c., p. 231.

(12) Elie Vinet, c., 2° édit., dans Cavrois, l. c., p. 99-100.

 (13) Gallia, t. II, col. 1143 B.

(14) Rôles gascons, t. I, n° 663.

(15) Id., n° 1285.

(16)Rôles gascons, t.I, n° 1294.