L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(Château de Taillebourg)

La Saintonge est une ancienne province française dont les limites ont plusieurs fois varié avec le temps, ses habitants sont les Saintongeais. Partie intégrante de la province romaine d'Aquitaine durant l'antiquité (Saintes devenant la première capitale de ce vaste ensemble), elle est ensuite placée selon les époques dans la mouvance des rois et ducs d'Aquitaine, des comtes d'Anjou puis des comtes de Poitiers, avant d'être de nouveau intégrée au duché d'Aquitaine pour plusieurs siècles. 

Le dernier comte que nous trouvons en Saintonge sous les Carolingiens est Landri, qui s’était emparé par surprise du château de Bouteville, précédemment occupé par Turpion, comte d’Angoulême, et que lui disputait, les armes à la main, Emmenon, frère et successeur de Turpion, Landri fut tué dans le combat, et Emmenon fut ramené blessé au château de la Roche (la Roche Andri, pensons-nous), où il mourut lui-même huit jours après, au mois de juin 863, le comte Turpion avait aussi péri de mort violente dans un combat contre les Normands, livré au-delà de Saintes par rapport à Angoulême, c’est-à-dire entre Saintes et la mer.

VIKINGS BOURG-CHARENTE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(BOURG-CHARENTE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille)

C’est Charles le Chauve qui avait nommé Turpion d’abord, puis Emmenon, comte d’Angoulême, en même temps qu’il fit Ramnufle comte de Poitiers ; car, en abandonnant l’Aquitaine à son neveu Pépin II, il avait retenu pour lui le Poitou, la Saintonge et l’Angoumois, d’où l’on peut admettre que Landri avait été déjà placé à la tête de ce comté par un de ses prédécesseurs au royaume d’Aquitaine. Quoi qu’il en soit, en apprenant la mort des comtes Emmenon et Landri, Charles le Chauve envoya de suite en Aquitaine un sien parent, Wulgrin, frère d’Alduin, abbé de Saint-Denis, qu’il fit comte d’Angoulême et de Périgord (1).

Quand à Landri, il n’est question nulle part de son successeur, et il est fort probable qu’il ne fut pas remplacé. Ce pays de Saintonge, soumis aux continuelles attaques des Normands, ne comptait presque plus au point de vue administratif, de même que le pays d’Herbauges, sur les côtes du Poitou, et que le Bordelais, exposés aux même déprédations et dont les comtes particuliers disparaissent également de l’histoire précisément à cette même époque.

Il n’est dit nulle part que Wulgrin, comte d’Angoulême, ait eu aussi la Saintonge ; mais nous savons qu’il étendit sa domination sur certaines parties de ce pays, pendant le cours de son gouvernement, qui dura vingt ans, de 866 à 886.

VIKINGS BOURG-CHARENTE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mil

(VIKINGS BOURG-CHARENTE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mil)

Il construisit notamment, dès son arrivée, le château de Matha, dont il voulait faire un rempart contre les Normands ; et, après lui, cette vaste châtellenie, située tout entière en Saintonge, resta pendant plus de trois siècles dans la possession directe des comtes d’Angoulême, ses successeurs, qui la donnaient en apanage aux cadets de la famille. Comme Wulgrin fut en lutte continuelle avec les Normands, et que la Saintonge, par sa position géographique, devint pour lui un véritable champ de bataille, il est difficile d’admettre que selon les nécessités de la guerre, il n’y commanda pas souverainement. Il dut garder tout au moins sous sa main la châtellenie Bouteville, déjà tenue par son prédécesseur Turpion. Nous voyons, en effet, son petit-fils Guillaume Taillefer, qui fut comte de 916 à 962, donner à l’abbaye de Saint-Cybard (2) et à la cathédrale d’Angoulême (3) de grands biens sis en Saintonge, tant dans la châtellenie de Bouteville que celle d’Archiac, ce qui suppose de sa part une autorité directe dans cette région de la Grande et de la Petite Champagne ; et on comprend dès lors que le chroniqueur Adémar de Chabannes ait pu dire plus tard que les châtellenies de Bouteville et d4Archaic étaient des dépendances inaliénables du comté d’Angoulême (4). Cela doit s’entendre évidemment d’un état de subordination fort ancien, datant de la constitution même du comté d’Angoulême ou de sa dynastie régnante, c’est-à-dire du temps de Wulgrin.

Matha et Archiac étaient-ils en Saintonge des sortes d’avancées, des possessions isolées de l’Angoumois ? Loin de là. Entre les châtellenie de Matha et Archiac, s’étendait sur les deux rives de la Charente, la châtellenie de Cognac, qui dépassait dans la direction de Saintes le confluent du Né. En 1003, c’est devant le comte d’Angoulême, Guillaume II, assisté de Grimoard, son évêque, qu’est porté un différend relatif au domaine de Coulonge (commune de Saint-Sulpice de Cognac), situé dans la viguerie de Migron, et qui dépendait alors, comme depuis , de la châtellenie de Cognac (5).

Dès cette époque, et probablement auparavant, Cognac relevait donc d’Angoulême, comme il en relevait vingt-cinq ans plus tard, lorsque Geoffroy, fils du comte Guillaume II, était seigneur dominant à Merpins (6). En amont de Cognac, et à cheval aussi sur la Charente, était la châtellenie de Jarnac. A la fin du Xe siècle, nous trouvons celle-ci aux mains d’une puissante famille de seigneurs, dit complarios, qui relèvent des comtes d’Angoulême  et dont un membre, Hugues, fut évêque d’Angoulême de 973 à 990.

Au sud-ouest et en voisinage d’Archiac, on trouve, dès les IXe et Xe siècles, le grand territoire de Jonzac, importante viguerie d’abord, puissante châtellenie ensuite, dont l’histoire est fort curieuse. Selon une tradition, Charlemagne aurait donné Jonzac et ses dépendances à l’abbaye de Saint-Germain des Prés, du temps de l’abbé Irminon, mort vers 817. Par la suite, un successeur de cet abbé, dont on ignore le nom, en aurait disposé en faveur d’un de ses neveux, moyennant une redevance annuelle de pure forme, treize couteaux de table et une peau de cerf, plus l’hommage féodal (7). Toujours est-il que les seigneurs de Jonzac, dès le XIIe siècle, ont fait hommage de leur châtellenie à cette abbaye (8), et qu’on retrouve les traces indéniables de celle-ci dans de nombreuses paroisses environnantes. L’église de Saint-Germain de Luzignan, la principale paroisse de la région, dont Saint-Martin de Clam a été un démembrement, aurait été construite par un abbé de Saint-Germain et est dédiée au saint patron de l’abbaye. L’église de Saint-Georges de Cubillac est dédiée au martyr de Cordoue, dont les reliques furent apportées en France, vers 838, par deux moines de l’abbaye de Saint-Germain. L’église de Saint-Germain de Vibrac, et l’ancienne abbaye de Saint-Ource, située dans cette commune, rappellent aussi Saint-Germain d’Auxerre et saint Ursul, évêque avant lui. Quant à l’église même de Jonzac, dédiée à saint Gervais, rappelons que c’était un des saints dont l’abbaye de Saint-Germain possédait les reliques.

PONS SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(PONS - SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille)

Le fait d’un don de Jonzac à Saint-Germain des Prés peut donc  être  tenu pour exact. Remonte-t-il à Charlemagne ? c’est douteux. D’abord le Polyptique d’Irminon, qui énumère avec tant de détails les biens de l’abbaye de Saint-Germain vers cette époque, ne parle pas de Jonzac (8). Ensuite, on a mis au comte de Charlemagne bien des actes de ses successeurs, comme en témoigne la fameuse charte de Saint-Cybard d’Angoulême (9). Mais ce don peut bien remonter à Charles le Chauve. Quel est, dans la région, le personnage, neveu d’un abbé de Saint-Germain, qui aurait reçu Jonzac ? Peut -être un des fils ou un des gendres de Wulgrin, comte d’Angoulême, dont le frère Alduin, abbé de Saint-Denis, fut aussi abbé de Saint-Germain ; puisque nous voyons Guillaume Taillefer disposer, en 910, du village de ( ?) Tugéras ou ( ?) Tauriac ( Tilaurica rilla), viguerie de Jonzac, en faveur de l’église d’Angoulême (10) ; puisque nous voyons également Hildegaire, vicomte de Limoges, et sa femme Tetberge donner vers la même époque l’église de Saint-Pierre de Neuillac à l’abbaye de Saint-Cybard d’Angoulême (11). Des seigneurs du nom de Foucher, d’Alduin, d’Eble et d’Emma, noms habituels dans la famille des vicomtes de Limoges, sont encore en possession de cette châtellenie vers 1075. A cette époque leur succèdent, sans doute par alliance, des Guillaume de La Roche ou La Rochandri, qui la gardent pendant deux siècles (12) .

Conclusion : Jonzac et ses dépendances gravitaient aussi, avant l’an 1000, dans l’orbite des comtes d’Angoulême ou de leurs alliés.

Au midi d’Archiac et de Jonzac, la Saintonge s’étendait fort loin, jusqu’aux rivières de la Tude et de la Dronne, qui formaient ses limites avec le Périgord ; jusqu’aux landes de Bussac, qui la séparaient du Blayais, possession conquise ou reconquise vers l’an 1000 par Guillaume d’Aquitaine, qui lui en confirma la jouissance (13) ; et jusqu’à la Gironde, qui lui formait une limite naturelle. Là, nous trouvons diverse châtellenies, Barbezieux, Coiron, Chalais, Montausier, Montlieu, Montguyon, Montendre et Mirambeau, qui paraissent n’avoir été établies que fort tard après l’an 1000 et dans la seconde moitié du XIe siècle. En effet, ces noms n’apparaissent pas dans l’histoire avant cette époque.

 

JARNAC L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(JARNAC L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille)

 Ils sont eux—mêmes pour la plupart de formation moderne, car le radical mons qui entre dans leur composition indique plutôt une motte féodale ou fortifiée qu’une véritable hauteur. Ces localités ont été édifiées après l’établissement des paroisses dans lesquelles elles se trouvent, dont le chef-lieu est resté un village voisin, quand on n’en a pas distrait une faible partie de territoire pour leur constituer une paroisse distincte : Coiron est de la paroisse de Barlenac, Montausier de celle de Sainte-Radegonde, Montlieu de celle de Saint-Laurent du Roc, Montguyon de celle de Vassiac, Montendre de celle de Chardes (15), Miranbeau de celle de Niort, Chalais a été surement une dépendance de la paroisse de Sainte-Marie de Déou, dont il formait l’angle méridional, au confluent de la Tude et de la Viveronne. Quant à Barbezieux, il parait avoir dépendu d’abord de Saint-Séverin, hameau actuel de la commune, primitivement paroisse. Ce sont d’abord de purs châteaux défensifs, de véritables postes militaires, autour desquels persistent jusque vers la fin du XIe siècle les anciennes vigueries administratives, établies dans des localités différentes, plus anciennes, et dont la circonscription est beaucoup plus étendue. Ces vigueries étaient : la vivaria Pedriacensis ou Petacensis, comprise entre le Né, le Trèfle et la rivière de Lamérac, et s’avançant jusqu’auprès de Barbezieux ; le chef-lieu, difficile à fixer, parait avoir été Pérignac (canton de Pons) ; la Vicaria Condeacensis (16), chef-lieu Condéon, comprenant, semble-t-il, la plus grande partie des châtellenies de Barbezieux et de Coiron ; la vicaria Rocimageneis (17), chef-lieu ? Rioux-Martin, correspondant à peu près à l’ancienne châtellenie de Chalais ; la vicaria Cathmeriensis (18), sans doute nom de région, peut-être du pays de Chaux, correspondant aux châtellenies de Montauzier, de Montlieu, de Montguyon et à la grande partie de celle de Montendre ; enfin, la vicaria Cosnacensis ou de Conac, correspondant aux châtellenies de Conac et de Mirambeau, qui s’étendait jusqu’au village de Jean-Vérat (Genuerac), commune de Coux, sous le château de Montendre (19).

Nous pensons être dans le vrai, en disant que tous ces châteaux-forts ont été édifiés ou autorisés par les comtes d’Angoulême, qui les ont confiés du reste, dès le début, à des membres de leur famille on des chevaliers dévoués à leur cause. Le premier ou le second seigneur de Barbezieux est Alduin, fils d’autre Alduin, marié à Gerberge, fille de Geoffroy, comte d’Angoulême, et c’est ainsi que son fils Itier, qui succède, se trouve indiqué comme le propre neveu du comte Foulques dans une charte de 1073 (20). Le premier seigneur de Montauzier est Arnaud, fils de ce même comte Geoffroy, et frère de ce même  comte Foulques ; il a pour successeur un neveu ou arrière-neveu, Foulques (21). Est aussi leur frère, Guillaume Rudel, seigneur de Blaye, qui recueillit cette châtellenie dans le partage de la famille. Les premiers seigneurs de Chalais sont des Hélies, apparentés soit aux seigneurs de Jonzac, soit à ceux de Villebois. Les premiers seigneurs de Montendre et de Montlieu sont, vers 1000, des Guillaume de la même famille, qui semblent provenir des Guillaume de Blaye  (22). Les premiers seigneurs connus de Miranbeau qui le sont aussi de Conac, sont, vers le milieu du XIe siècle, des Josbert, des Artaud, ou des Arnaud, alliés, semble-t-il, aux seigneurs d’Archiac et de Cognac (23).

Ajoutons que l’abbaye de Baignes, réorganisée sinon fondée vers 1035, dans un recoin détaché d’une paroisse voisine, peut-être celle de Mathelon aujourd’hui disparue, est sous la dépendance du comte Geoffroy d’Angoulême, qui confirme la nomination de son premier abbé connu Itier de Barret, frère d’un chevalier de sa cour (24).

Tonnay-Charente L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(Tonnay-Charente L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille)

Donc, avant et autour de l’an 1000, tout l’est et tout le sud de la Saintonge, entre la Charente, la Dronne et la Gironde, relève directement ou indirectement des comtes d’Angoulême, héritiers de Wulgrin, de même que  l’Aunis relève du Poitou.  En veut-on d’autres preuves d’ordre général ? Lorsque l’évêché de Saintes est pourvu d’un nouveau titulaire, vers l’an 1000 ; qui choisit-on pour ce poste ?. un seigneur périgourdin de l’entourage des comtes d’Angoulême, Iston, frère cadet de Grimoard de Mucidan, déjà lui-même évêque d’Angoulême et abbé de Saint-Cybard. Lorsqu’un peuple en courroux brûle la cathédrale et une partie de la ville de Saintes, à la fin de l’été de 1027, qui songe à punir les coupables de ce sacrilège ? Guillaume II, comte d’Angoulême, qui, tout édifié par son récent pèlerinage à Jérusalem, se prépare à venger cette injure à Dieu (25). La charte de fondation de Notre-Dame de Saintes, en 1017, est signée par une foule de grands seigneurs, rangés par catégories, les angevins d’un côté, les poitevins d’un autre, et les saintongeais en deux ou trois séries. Dans celle qui comprend le comte d’Angoulême et ses fils se trouvent, en autre, Hélie de Chalais, Hélie de Jarnac et Foucaud de la Roche (26). Aucune trace d’autres châtelains du sud de la Saintonge au bas de cet acte solennel.

Il est d’autres châtellenies saintongeaises plus éloignées de l’Angoumois dont nous ne connaissons pas l’état antérieur à l’an 1000. Ce sont, le long de la Gironde, avec Conac, les châtellenies de Mortagne, de Didonne et de Mornac (27), qui occupent le pays jusqu’à la Seudre et même au-delà ; puis, au nord de Saintes, les châtellenies de Taillebourg, de Tonnay-Charente et de Soubise, dans la région comprise entre Boutonne et la Charente, jusqu’à la limite de l’Aunis et des territoires d’Aulnay, de Matha et de Cognac ; et dans le grand angle formé entre la basse Charente et la côte, jusqu’au chenal de Brouage et au trajet actuel du canal de même nom. Mais dès le premier tiers du XIe siècle, ces châtellenies  ont de puissants seigneurs particuliers, les princes (principes) du pays, comme on les appelle dans les chartes de l’époque, ce qui suppose l’établissement déjà ancien et de ces châtellenies et des familles qui les détiennent. Exception seule pourrait être faite pour la châtellenie de Soubise, que nous trouvons pour la première fois un peu après 1100 seulement, entre les mains d’un de Thouars.

PUYRAVAULT - L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(PUYRAVAULT - L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille)

Que reste-t-il après cela de la Saintonge proprement dite qui n’ai pas de maîtres directs, à la fin du Xe siècle, au moment ou Guillaume le Grand devint comte de Poitiers et duc d’Aquitaine ?

Il reste Saintes et sa banlieue, qui parait assez étendue vers l’ouest et le nord-ouest, Pons, Broue et la presqu’Ile de Marennes, plus l’Ile d’Oléron. C’est cela seul, à n’en pas douter, qui fut donné, pour le tout ou partie, en jouissance viagère ou réversible, à Foulques Nerra ; car c’est là seulement que nous voyons plus tard son successeur, Geoffroy Martel, faire des générosités aux abbayes de la Trinité de Vendôme et de Notre-Dame de Saintes.

Il est donc difficile d’après examen détaillé que nous venons de faire, de trouver, dans tout le cours du Xe siècle, de quoi justifier que « la région situé au sud de la Charente était devenue un champ de compétition entre les comtes voisins de Bordeaux, de Périgueux et d’Angoulême », et que « les évêques de Saintes, à l’exemple de nombreux prélats de cette époque cherchaient à se constituer un grand domaine féodal. » Cela ne se voit nulle part, et il y a même de réelles impossibilités à ce que cela soit. D’abord, il faut mettre hors de cause les évêques de Saintes, pour cette bonne raison qu’il n’y en avait pas alors. Les invasions normandes, parmi leurs plus tristes conséquences, eurent celle de laisser le siège épiscopal de Saintes vacant pendant près d’un siècle et demi. Le dernier évêque de Saintes connu au IX e siècle est Fricou ou Froult (Freculphus), qui assista au concile de Soissons, en 802, et au concile de Pistes, en 864. On ne lui trouve ensuite comme successeur qu’Abbon, qui assiste, en 989, au concile de Charroux et, en 990, au sacre d’Alduin, évêque de Limoges. Pendant ce long intervalle de temps, on ne voit aucune trace d’évêque de Saintes, bien que les chroniqueurs régionaux aient noté avec soin la succession des évêques de Poitiers, d’Angoulême et de Périgueux.

Le même fait s’est produit à Bordeaux, ce qui est encore plus significatif en raison du siège métropolitain ; car nous savons que Frotier, son titulaire, abandonna son siège, vers 875, par suite de la désolation du pays, pour aller prendre d’abord l’évêché de Poitiers, puis l’archevêché de Bourges, et qu’il n’eût, lui aussi, de successeur certain qu’à la fin du Xe siècle, en la personne de Gombaud. Il faut en conclure que ces sièges ont vaqué aussi bien l’un que l’autre. Par conséquent, ce ne sont point les évêques qui ont cherché à accaparer l’administration civile de Saintonge.

Il faut également mettre hors de cause, et pour la même raison, les comtes de Bordeaux. Après Seguin, comte de Bordeaux et de Saintes, pris et tué par les Normands en 815 (28), les comtes de Bordeaux disparaissent comme les archevêques et avant eux, en 901, on ne trouve plus qu’un duc de Gascogne, Sanche-Garcie, dont le pouvoir s’étend jusqu’à la mer, par suite jusqu’à Bordeaux (29), et ce n’est que vers 980 qu’un comte authentique de Bordeaux, Bernard-Guillaume, apparait de nouveau, en même temps que l’archevêque Gombaud, qui aurait été son frère. Encore tout cela repose-t-il sur des chartes discutées, auxquelles on ne peut se fier qu’à demi. Pendant tout le Xe siècle et avant l’an 1000, les comtes de Bordeaux ne font figure nulle part, en Saintonge moins que partout ailleurs, et leur existence même reste problématique. En tout cas, le Blayais, passé de bonne heure aux mains des comtes d’Angoulême, leur aurait fermé l’accès de la Saintonge, si c’eut été nécessaire.

En ce qui concerne les comtes de Périgord, ils sont les mêmes que les comtes d’Angoulême, depuis Wulgrin jusqu’à la fin du Xe siècle. Nous avons déjà noté, en effet, que Charles le Chauve avait donné à Wulgrin à la fois les comtés d’Angoulême et de Périgueux, auxquels celui-ci adjoignit même le comté d’Agen, dont il avait hérité par sa femme, fille de Bernard, comte de Toulouse. Ses deux fils furent bien, l’un Alduin, comte d’Angoulême, et l’autre Guillaume, comte de Périgord et d’Agen ; mais ses petits-fils, Guillaume Taillefer, fils d’Alduin, et Bernard, fils de Guillaume, administraient en commun les deux comtés d’Angoulême et de Périgueux (30), à tel point qu’a la mort de Guillaume Taillefer, en 962 (lequel ne laissa que des bâtards), ce fut Bernard lui-même, puis Arnaud Bouration, le fils de Bernard, et leur descendants, qui, pendant trente ans, jusque vers 992 ou 993, possédèrent les comtés d’Angoulême et de Périgueux (31).

TALMOND SUR GIRONDE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille

(TALMOND SUR GIRONDE L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille)

A la mort du dernier seulement, Arnaud Manzer ou Avultron, bâtard de Guillaume Taillefer, reprit malgré son âge avancé le comté d’Angoulême, qu’il laissa peu après (vers 1001 ou 1002) à son fils, le comte Guillaume II ; et Aldebert de la Marche, fils de Boson le Vieux, puis ses frères, issus d’une sœur de Bernard, recueillirent avec l’aide du duc d’Aquitaine le comté de Périgord ; notamment Boson le jeune, mort empoisonné par sa femme, en 1000. si donc des comtes périgourdins sont intervenus en Saintonge, ce ne peuvent être que les comtes périgourdins d’Angoulême, Bernard et ses descendants directs, mais à titre de possesseurs de l’Angoumois, auquel est intimement liée la Saintonge méridionale, dès le début du Xe siècle. Ajoutons que le monnayage de Saintes est à cette époque au type angoumoisin, ce qui suppose la suzeraineté directe sur tout le comté de Saintonge de la part des comtes d’Angoulême. Ils étaient pour le sud de l’évêché ou comté de Saintes ce que les comtes de Poitou étaient pour le nord, c’est-à-dire l’Aunis, des maitres de fait et indiscutés.

 

 

LA SAINTONGE DANS LE PASSE (Xaintonge avec le pays d'Aulnis, le Brovageais, terre d'Arvert)<.... ... ==> La domination au Moyen-Age des comtes d’Anjou en Saintonge. (Geoffroy Grisegonelle, Foulques Nerra, Geoffroy Martel)

 

  Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou  <==.... ....==> AUNIS (Pays d' Pagus Alnisus, Alienensis, Alniensis).


 

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L'Histoire des Comtes de Poitou d'Alfred Richard - ancien archiviste de la Creuse, puis de la Vienne. - Archiviste paléographe (promotion 1864)

Chargé, en 1887, de conférences sur l'histoire du Poitou à la Faculté des lettres de Poitiers, pendant neuf années, M. Richard s'est attaché à faire profiter ses auditeurs des connaissances spéciales qu'il avait acquises. Il put ainsi, dans cette exposition de faits nouveaux et inédits, examiner avec grande attention chaque problème que soulevait le passé de cette province. Mais cet examen séparé de chaque fait ne permettait souvent pas de le placer dans le milieu où il s'était produit. Aussi, pour les relier entre eux et les mieux éclairer, M. Richard dut aborder l'histoire générale du Poitou. Il ne faut pas, cependant, s'attendre à trouver dans ce travail une histoire analogue à celle que les Bénédictins consacrèrent à quelques-unes de nos grandes provinces. Rétrécissant beaucoup le cadre qu'ils s'étaient tracé, il s'est contenté de donner dans ces deux volumes l'histoire des comtes de Poitou.

Editée pop la première fois en 1903, est fondamentale pour la connaissance de l'histoire d Poitou et de l'Aquitaine des Xe, Xle, e Xlle siècles. Et pour mieux comprendre l'épopée de ces comtes qui devinrent les plus puissants seigneurs du royaume de Francs - ducs d'Aquitaine, ducs de Gascogne, et même, comtes de Toulouse - avant d'être sacrés, au Xlle siècle, reine! et rois d'Angleterre. Cent ans après cette première et aujourd'hui - introuvable - édition, voici une troisième édition en quatre tomes de ce grand œuvre de l'Histoire "régionale" qui réjouira tous les amateurs et tous les chercheurs. Les trois " Guillaume " (VIII, IX, X suivant la terminologie "ducale " d'Aquitaine), en moins de cent ans, donne un éclat brillantissime au Poitou et à l'Aquitaine, à la fois politique et militaire mais aussi littéraire avec le premier troubadour (Guillaume IX).

Histoire des comtes de Poitou. Tome I, n.s., 778-1058: Abbon, Bernard, Émenon, Renoul I, Renoul II, Eble Manzer, Aymar, Guillaume Tête d'Étoupe, Guillaume Fier à Bras, Guillaume le Grand, Guillaume le Gros, Eudes, Guillaume Aigret / Alfred Richard

Histoire des comtes de Poitou. Tome II, n.s., 1058-1137: Guy-Geoffroy-Guillaume, Guillaume le Jeune, Guillaume le Conquérant / Alfred Richard

Histoire des comtes de Poitou. Tome III, n.s., 1137-1189 [Texte imprimé] : Aliénor, Louis le Jeune, Henri, Richard Coeur-de-Lyon / Alfred Richard

Histoire des comtes de Poitou. Tome IV, 1086-1137

Histoire des comtes de Poitou. Tome V, 1152-1189

Histoire des comtes de Poitou. Tome IV, n.s., 1189-1204: Richard Coeur-de-Lion, Othon de Brunswick, Aliénor, Jean-sans-Terre / Alfred Richard

 

(1)    Voir pour tous ces faits : 1@ Chron. D’Adémar. III. chap XVI et XIX , édition Chavanon, p 132 et 136 ; 2] Histoire des pontifes et des comtes d’Angoulême, chap. X et XI, édition Castaigne, p18 et 19.

(2) Chronique d’Adémar, livre III, chap XIV, édition Chavanon, p. 115 et 116.

(3)    Cartulaire de l’église d’Angoulême, par l’abbé Nanglard, charte III, p. 28

(4)    Loc cit, III, chap. LXVII.

(5)    Cartul. De Moissac, in collection Doal, à la  Bibliothèque nationale vol.128, fol 31.

(6)    Cartul. De Savigny, charte 635

(7)    Histoire de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, par dom Bouillart, liv. II, p. 23

(8)    Arch.hist, de la Saintonge et de l’Aunis, t. XX, pièce III, p. 174, n°1.

(9)    Polyptique de l’abbé Irminon, par Guérard, Paris, 1811.

(10)Cartul. De l’église d’Angoulême, par l’abbé Nanglard, charte 136, p. 152

(11)Idem, charte 3, p.33.

(12)Notice sur les manuscrits d’Adémar, par L.Deliste, in Manuscrits de la Bibliothèque nationale, t, XXXXV, 1896,p. 316.

(13)Cartul de Saint Jean d’Angély, par Musset, et Cartul de Raigne, par l’abbé Chollet.

(14)Chronique d’Adémar, lib III, chap XXXXI.

(15)Voir Rainguet, Etudes sur l’arrondissement de Jonzac.

(15)Cartulaire de Baigne, par l’abbé Chollet, charte 159, p. 187.

(16)Idem. Charte 381. P. 161, et L. Deliste, loc, cit p.317.

(17)Cartulaire de Baigne, passim.

(19)Cartul. De Baigne, cahrte 142,p 71.

(20)Idem, passim.

(21)Idem.

(22)Idem.

(23)Cartul. De Savigny, passim.

(24)Cartulaire de Baigne, charte 120,p, 63.

(25)Chronique d’Adémar, liv. III, chap LXVI

(26)Dom Fontenau, t.XXV, p. 335

(27) Leurs quatre seigneurs forment une série distincte dans la charte de fondation de Notre-Dame de Saintes.

(28)Chronique d’Adémar, chap. XVII édition Lair, p 113

(29)Gallia christiania, I, Ins. Eccl.Ausciensis, col 170-171.

(30)Chronique d’Adémar, liv. III, chap XXIII.

(31)Histoire des pontifes et des comtes d’Angoulême, édition Castaigne chap XVIV, p23.