1887 Une visite au Puy du Fou

La découverte, que faisait naguère M. O. de Rochebrune, de la chapelle funéraire d’une demoiselle Marie du Puy-du-Fou dans l’église de Bourneau (2), et l’étonnement que notre savant compatriote manifestait, à ce propos, de n’avoir jamais rencontré que de rares documents sur cette famille (3), m’ont suggéré l’idée d’aller interroger, sur les lieux mêmes, les vestiges du somptueux berceau de cette puissante lignée, une des plus illustres et des plus anciennes du Poitou.

Et voilà pourquoi, par une des rares journées d’automne que le soleil ait consenti à saluer de ses sourires, je mis le cap sur les Epesses.

 

A deux kilomètres de là, au centre d’un ravissant paysage qu’eussent souhaité les pinceaux du Poussin, s’élevait naguère le Puy-du-Fou.

Ce château, encore majestueux dans sa détresse, est un édifice du XVIe siècle, bâti dans le style d’architecture élégant et noble, dont nos architectes avaient puisé en Italie les principes et qu’ils surent bientôt se rendre propre en le modifiant par d’heureuses hardiesses et d’appréciables perfectionnements.

Au Puy-du-Fou, du reste, on ne rencontre point ces ingénieux caprices de sculptures, ces délicates arabesques, dont la Renaissance se montrait si prodigue.

Les matériaux employés pour sa construction — la brique et le granit — s’y opposaient. Mais la beauté des proportions, la grandeur et la régularité des lignes, la majesté des portiques compensent amplement ce qui peut manquer à ce château, sous le rapport du fini des détails.

 Aussi bien, ce n’est pas le lieu d’en décrire par le menu les richesses architecturales. Je laisse ce soin à la plume autrement autorisée de M. Léon Palustre, l’érudit auteur de la Renaissance en France.

 

Ce que je tiens à constater, c’est qu’il exista au Puy-de-Fou, deux autres châteaux, antérieurement à la construction du XVI e siècle.

A une faible distance de cette dernière, en effet, on aperçoit encore au milieu d’un taillis de hêtres, un amas considérable de pierres, recouvert de lierres et d’arbrisseaux, laissant à peine deviner la ceinture d’anciennes fortifications et la base de quelques tourelles.

Ce sont les seuls restes qui subsistent du premier château féodal.

 

Le second château, construit sans doute à l’aide des matériaux du précédent, a laissé de plus importants vestiges. Les deux tours octogones, qui se trouvent à l’entrée de la cour à gauche, en faisaient partie.

Un aveu du 15 février 1706, rendu à Pierre de Gondy, seigneur de Mortagne, par Gabriel du Puy-du-Fou, mentionnait, ainsi qu’il suit, les anciennes constructions dont je viens de rappeler l’existence :

« Sachent tous que de vous.... je tiens et advoue tenir… premièrement, l’emplacement dudit ancien château du Puy- du-Fou, les vestiges des anciennes tours, murailles et fortifications d’y-celui, entourez de doubles fossez, scis et situez dans mon parc du Puy-du-Fou, paroisse des Epesses, au-dedans duquel est aussy situé et assis mon autre château du Puy-du-Fou, tenu à foy et hommage et à rachapt, abonné à vingt-cinq livres de la chastellenie de Rochetremer, et en arrière-chef de votre baronnie de Mortaigne, y celui chasteau  basty et construit depuis les démolitions du sus-dit et sont des appartenances d’y-celui ancien chasteun du Puy-de-Fou, les bois-taillis prés et terres sises au-dedans des confrontations ci-après sur lesquelles terres et proche lesdits vestiges et fortifications est encore l’ancienne chapelle dudit lieu, couverte de de thuile, appelée la CHAPELLE DE LA MAGDELAINE, le tout se joignant et contigu l’un à l’autre…. »

 

Le Puy du Fou, dont le nom vient vraisemblablement de Podium Fagi (la butte du hêtre) a été le berceau d’une noble famille, dont le plus ancien seigneur connu est Renaud du Puy- du-Fou, vivant en 1251, et qui épousa Eustache de Montbail.

Plusieurs membres de cette famille se distinguèrent depuis le XIVe siècle. Jean du Puy-du-Fou suivit en Italie Louis Ier , duc d’Anjou, qui avait des prétentions au royaume de Naples, et lui rendit des services signalés, que le prince récompensa en lui donnant le duché de Dix-Mille, par lettres patentes de 1381.

François II du Puy-du-Fou, chambellan du roi, chevalier de l’Ordre, fut gouverneur de la ville et du château de Nantes en 1544, et commanda le ban et l’arrière-ban d’une partie du Bas- Poitou et de la Bretagne.

Il avait épousé Catherine de Montmorency-Laval.

L’écusson si connu de cette dernière (4) accolé dans le château à celui des Puy-du-Fou (5) porte à attribuer la fondation de ce château à François II.

La tradition veut toujours bien qu'il ait eu l’honneur d’y recevoir le roi, ramenant d’Espagne sa seconde femme Eléonore. Mais la tradition est si « bonne fille » qu’il faut parfois se défier de ses affirmations.

Ce François du Puy-du-Fou mourut en 1536 et fut inhumé à Vigean, arrondissement de Montmorillon (Vienne).

 

A la séance de la Société des Antiquaires le l’Ouest du 17 août 1854, M. Pressac présenta la copie de l’épitaphe de son tombeau (6).

 René I er du Puy-du-Fou servit sous François I er, Henri II et Charles IX, tant en France qu’en Italie. Il obtint en récompense de ses services le gouvernement de la Rochelle, le titre de marquis, le collier de l’Ordre, et en 1568, un brevet de Maréchal de France, pour le premier emploi qui viendrait à vaquer ; mais il décéda la même année.

Un autre Puy-du-Fou, Jean, fut doyen de Notre-Dame de Fontenay, en 1498.

 

Outre ces illustrations, un grand nombre d’alliances contractées avec les meilleures maisons du royaume

— les Chateaubriand, les la Rochefoucauld, les Gouffier, les Durfort, les Belleville, les Beauveau, les Maillé, les Châtillon, les Lévis-Mirepoix, etc.  rehaussent singulièrement l’éclat, jeté en Poitou par la famille du Puy-du-Fou, pendant les XV e , XVI e et XVII e siècles.

Non satisfaits cependant de leur brillante position, les seigneurs du Puy-du-Fou entreprirent par un artifice indigne d’eux de se donner un plus haut relief en se créant — chose «à peine croyable — une généalogie presque royale. Ne les accablons pas toutefois outre mesure ; notre siècle n’a sous ce rapport rien à envier aux précédents, et les fabricants d’ancêtres illustres et de parchemins armoriés ne sont pas près de fermer boutique.

 

La terre du Puy-du-Fou était immense. Elle ne comprenait pas moins de quatre-vingt-dix-neuf métairies, assure-t-on ; et l’on ajoute que ce nombre ne pouvait être dépassé, sous peine de voir le surplus confisqué par la couronne.

Tout cela sent bien un peu la légende ; mais ce qui est certain — les aveux sont là pour en témoigner — c’est que de la baronnie du Puy-du-Fou dépendait, avec la châtellenie de Saint-Malo et de Mallièvre, un nombre considérable de fiefs dans les paroisses d’Ardelay, de Treize- Vents, des Epesses, de la Verrie, d’Evrunes, des Herbiers, du Petit-Bourg-des-Herbiers, de Chambretaud, de la Gaubretière, etc...

Vendu en 1659, par Gabriel du Puy-du-Fou à Glaude de Boislève, ce superbe domaine fut successivemet possédé depuis par les familles d’Armaillé et de Marconnay.

 Peu avant la Révolution, il fut acheté par M. de Laverdy, ministre d’Etat, dont le propriétaire actuel, M. de Quénetain, est un descendant.

 Encore quelques années, et de ces ruines resplendissant d’une grâce inattendue, et unique dans nos contrées, il ne restera peut- être bientôt plus que le souvenir. Etiam periere ruinae!

 

René Vallette.

Revue poitevine et saintongeaise : histoire, archéologie, beaux-arts et littérature... / rédacteur en chef Jos. Berthelé 1887

 

 

 

 

François Ier et le Puy du Fou (1494 – 1547) <==.... ....==> Bourneau ; Sur les pas de saint Louis-Marie Grignion de Montfort – découverte de la Chapelle funéraire des Puy du Fou

 

 

 


 

(1) . Les frais de reconstruction s’élevèrent à près de 80,000 fr.

 (2) . Cf. la Revue poitevine, tome III, n° 28-29, p.143 et 159.

(3) . Feuilleton de la Vendée, numéro du 29 septembre 1886.

 

(4) . D’or à la croix de gueules, chargée de cinq coquilles d’argent, accompagnée de seize altérions d’azur.

(5) . De gueules aux trois mascles d’argent.

(6) . Deux lettres de lui figurent aux Archives historiques de Fontenay .