Chinon 8 avril 1429, après Pâques - Traité d'alliance entre Gilles de Rais et Georges de La Trémoille

 « Gilles, seigneur de Rays et de Pousauges, certifiions à tous que, en recongnoissance des grans biens, honneurs et courtoisies que nous a faiz... notre très honnoré et puissant seigneur, monseigneur George, seigneur de La Trémoille, de Sully et de Craon, et a espérance de faire ou temps advenir, et pour la bonne et ancienne amour et confiance que de sa courtoisie il a eue et a envers nous et pour plusieurs autres considérations, par lesquelles nous nous sentons raisonnablement tenu à luy, tant par lignage que autrement, nous luy avons promis, juré et enconvenancé, sur la foy et serement de notre corps et sur le reproiche de notre honneur, et de rechief luy promectons par ces présentes que, à toutes ses affaires et besoings et toutes les foiz qu'il nous requerra... nous le servirons de toute notre puissance, jusques à mort et à vie, envers tous et contre tous seigneurs et autres, sans nul excepté,... en la bonne grâce et amour du roy, et en son service, en l'estat qu'il est à présent ou plus grant...

« Nous, à greigneur confirmacion, avons signé ces présentes de notre main et seellées du propre seel de noz armes.

« Donné à Chinon, le VIII me jour d'avril, l'an mil CCCC vingt et neuf, après Pasques.

« GILLES DE RAYS. »

Chartrier de Thouars. Orig. parch. ; sceau perdu.

 

 Lorsque Jeanne d'Arc arriva à Chinon, Georges de la Trémoïlle avait réussi à évincer du pouvoir, le connétable de Richemont, frère du duc de Bretagne et à l’exaspérer au point de lui faire prendre les armes contre son Roi. Perfide, souple, cauteleux et au besoin despote, comme tout bon courtisan, la Trémoïlle excellait surtout à monnayer son crédit tout puissant et prêtait souvent à Charles VII de fortes sommes à un taux draconien qui dépassait cent pour cent.

Il ne tolérait autour du Roi nulle autre influence que la sienne et conduisait les funérailles de la monarchie française avec une désinvolture très dégagée, persuadé, d’ailleurs avec raison, qu’au jour des catastrophes suprêmes, il saurait tirer parti des intrigues qu’il poursuivait avec les ennemis du Roi, et grâce auxquelles ses biens particuliers avaient toujours été respectés par les Anglais et les Bourguignons.

 Ce politicien sans scrupule, était doublé dans l’exercice du pouvoir, par Régnault de Chartres, archevêque titulaire de Reims, où il ne résidait d’ailleurs jamais, suppléé dans ses fonctions épiscopales par des auxiliaires qu’il nommait et révoquait selon son bon plaisir.

C’était un diplomate plutôt qu’un prélat, ministre des affaires étrangères de Charles VII et négociateur consommé. Mêlé à toutes les intrigues politiques de son temps, il avait le fétichisme de la diplomatie sans scrupules, ce qui lui avait mal réussi, à voir le triste état des affaires de France.

Tout faisait prévoir que ce sceptique endurci favoriserait peu la Mission de Jeanne d’Arc.

Au-dessous de ces deux grands seigneurs, tout puissants par leur crédit auprès du Roi, trois autres conseillers donnaient leur avis dans les circonstances graves. L’un, Robert le Masson, le meilleur ami de Charles VII à qui il avait sauvé la vie à la surprise de Paris par les Bourguignons en 1418, l’homme de la conscience et du devoir, insensible à toute considération qui leur serait étrangère.

Un autre, Raoul de Gaucourt, jusque-là vaillant capitaine, renommé pour ses exploits, mais depuis un mois, il avait fui Orléans, sans motiver suffisamment cette défaillance. Il arrive, d’ailleurs souvent, que le courage civique chez les meilleurs hommes de guerre, est loin d’égaler leur intrépidité devant l’ennemi. Raoul de Gaucourt donna plus d’une preuve de cette infériorité de caractère et ne fut que trop écouté par le Roi, en plusieurs circonstances où l’avis de Jeanne différait du sien.

Enfin Gérard Machet, vénérable et savant théologien et confesseur de Charles VII, qu’il n’avait pas quitté depuis de longues années. Telles étaient les divergences qui allaient se combattre dans le Conseil du Roi, sur la question soulevée par l’arrivée de Jeanne et les lettres du sire de Baudricourt.

 La Trémoïlle et Régnault de Chartres marcheraient certainement de concert pour une fin de non recevoir absolue. L’avis des autres s’en tiendrait à une prudente réserve, mais il y avait auprès de Charles VII une influence de famille, aussi discrète qu’intelligente et dévouée et à laquelle le Roi avait dû les meilleures inspirations.

Dès l’âge de dix ans, Charles VII, alors comte de Ponthieu et séparé du trône par deux frères qui moururent prématurément, avait été fiancé à Marie d’Anjou, sa cousine, plus jeune que lui. Il passa alors sous la direction de sa future belle-mère Yolande d’Aragon, reine de Sicile, la princesse la plus vertueuse et la plus accomplie de cette époque et qui remplaça avantageusement, dans l’éducation de son futur gendre, une mère dénaturée, Isabeau de Bavière.

Lorsque le comte de Ponthieu, devenu Dauphin, dut prendre en main la défense des intérêts du royaume, compromis par la démence de Charles VI, la reine Yolande fut son conseiller le plus prudent, le plus éclairé et souvent aussi le mieux écouté. Jeanne n'eut pas de meilleur auxiliaire dans le Conseil du Roi où, dès le premier jour, Georges de la Trémoïlle et Régnault de Chartres prirent, comme par instinct, une attitude dont la sourde malveillance ne devait jamais se démentir.

En 1433, alors que Georges de La Trémoille tramait un complot à Chinon, la reine assuma des charges nouvelles, la garde du dauphin Louis, la lieutenance générale du royaume en l’absence du roi et la présidence du conseil : il fallait « avoir l’ayde de la royne » pour atteindre son frère, Charles du Maine, « qui a grant gouvernement autour du roy » et la « royne de Naples sa mère».

 

 

==> Du 28 au 31 aout 1459 le roi Charles VII au château du Rivau lez Chinon, Catherine de l'Ile-Bouchard veuve de Georges de La Trémoïlle