Barfleur, La voie de Rois d'Angleterre

Geoffroy de Monmouth, dans le neuvième livre de son Historia regum Britanniae, fait partir le roi Arthur de Barfleur (1) pour combattre les Romains chez les Allobroges, peut-être a-t-il disposé de sources anciennes de la légende mentionnant le nom originel de Barfleur, sinon il aura donné cette localisation car ce port était à son époque le principal lien maritime entre le duché de Normandie et la Grande-Bretagne.

Autrefois, Barfleur vit parader dans ses rues des cortèges somptueux de princes et de rois. Durant plusieurs siècles du Moyen-Age, ce fut une place forte, une grande ville de 1.800 maisons, c'est-à-dire d'environ 9.000 habitants, et l'un des ports les plus fréquentés de la Manche.

Comment s'explique une telle importance ? Barfleur la devait d'abord à sa situation géographique, puisque sur toute la côte normande c'est le point le plus rapproché de l'Angleterre. Puis, souvenons-nous que le port de Cherbourg n'existant pas à cette époque, celui de Barfleur offrait à la navigation des ressources que la mer lui a enlevées en s'avançant peu à peu dans les terres : elle a dénudé les roches énormes qui aujourd'hui en obstruent l'entrée et qui en formaient alors la ceinture intérieure. (2)

 

XIe, XII et XIIIe siècles.

En 1066, la bataille de Hastings marque le début de la conquête de l'Angleterre par les Normands parmi lesquels figurent de nombreux Cotentinais et Avranchinais.

Lorsque le César normand du XIe siècle, au début de cette mémorable année 1066, annonça qu'il avait l'intention de conquérir la grande île et qu'il faisait appel à tous les hommes de bonne volonté, son projet fut accueilli avec joie, même avec enthousiasme, par un nombre respectable de seigneurs du Cotentin et de l'Avranchin. On ne leur demandait point un service obligatoire, mais une coopération bien digne de les séduire. Et le sang des ancêtres, des Vikings intrépides, fermenta de nouveau dans leurs veines.

La question de savoir si la cause était juste n'émouvait guère, j'imagine — quoi qu'en dise Guillaume de Poitiers — l'esprit de ces batailleurs innés. Ils en croyaient leur chef affirmant haut et clair que son cousin, le roi défunt, lui avait légué sa couronne (3). Mais ils envisageaient surtout, Normands pratiques, les chances et les risques de l'entreprise.

Et la nouvelle se répandit bientôt — propre, tout de même, à entraîner l'adhésion des hésitants — que Guillaume avait porté sa cause à Rome et que le pape se prononçait en sa faveur : il lui envoyait un gonfanon, ainsi qu'un anneau contenant un cheveu de saint Pierre (4). Puis, la comète de Halley s'en mêla au mois d'avril et resplendit deux semaines durant : cette messagère céleste, de l'avis des meilleurs astrologues, annonçait l'avènement prochain du nouveau roi ! (5).

Pour commencer les préparatifs, on n'attendit pas la fin du printemps. Du Val de Saire aux vaux de la Sélune, des roches de la Hague à celles de Mortain, on rivalisa de zèle, on apprêta tout ce qu'il fallait, navires, hommes, chevaux, munitions, afin de courir sus au Saxon parjure, et usurpateur...

La première chose étant de construire une flotte, « févres » et charpentiers furent mandés dans tous les chantiers de nos rivages. Car les seigneurs qui en avaient les moyens s'inscrivaient pour quelques navires (6).

Richard d'Avranches en offrait 60, et Robert de Mortain 120 (7). Wace décrit d'une façon charmante l'animation qui régna dans tous les ports normands, et ses dires peuvent s'appliquer spécialement aux chantiers navals de la Manche qui a plus de littoral que tout le reste de la Normandie :

« Il fallait voir comme on s'empressait à abattre des chênes, à les traîner vers les ports voisins. Là, on faisait des chevilles, on dolait des planches, on assemblait les pièces. Et cela prenait forme de nefs ou d'esquifs. Ensuite, on tendait des voiles et on dressait des mâts avec beaucoup d'habileté — sans regarder à la dépense ! » (8).

La « Tapisserie de Bayeux » offre une vision très nette de ces navires. C'étaient des drakkars, comme ceux des anciens Vikings, avec des proues et même des poupes qui s'élevaient en cous de cygnes, se terminant par des têtes d'animaux fabuleux. Un détail à remarquer, c'est le gouvernail fixé sur le côté droit : espèce de rame courte et large, dessinée comme une crosse de cricket.

Le vaisseau qui devait transporter en Angleterre Guillaume le Conquérant lui fut offert par la duchesse Mathilde et se nommait « Mora » (9).

Observons-le quelques instants, puisqu'il fut, dit-on, construit à Barfleur, l'un des ports les plus importants de toute la province, et sans doute le plus fréquenté dès cette époque.

 

Le vaisseau qui devait transporter en Angleterre Guillaume le Conquérant lui fut offert par la duchesse Mathilde et se nommait « Mora »

 

 LE « MORA »

Une tradition constante veut, en effet, que le navire ducal soit sorti des chantiers de Barfleur. Orderic Vital, sans l'affirmer positivement, le laisse entendre, et un ensemble de circonstances favorise cette opinion jusqu'à en faire une certitude morale.

Reportons-nous au naufrage de la Blanche-Nef conté par le moine de Saint-Evroul. En ce soir tragique, tandis qu'une flotte imposante se préparait à quitter le port de Barfleur, avec Henri Ier et toute la noblesse anglo-normande, un riche personnage nommé Thomas se présenta devant le roi et lui dit :

« Etienne fils d'Airard fut mon père. Toute sa vie, il servit le vôtre sur la mer. C'est lui, notamment, qui conduisit son vaisseau voguant vers la conquête de l'Angleterre. Je vous demande, seigneur roi, de m'accorder le même honneur ; car j'ai un navire, la « Blanche-Nef », admirablement équipé pour ce service royal » (10).

Le récit d'Orderic Vital est irrécusable, écrit peu de temps après le terrible événement dont tout le monde con naissait les moindres détails. Il nous livre donc sans conteste le nom et le pays de l'homme qui avait piloté le Mora (11). N'est-il pas tout naturel de penser que le navire sortait de Barfleur aussi bien que son pilote ?

D'ailleurs, l'importance du port de Barfleur à partir du XIe siècle n'est plus contestée par personne, depuis les preuves apportées par Gerville et renforcées encore par celles de L. Delisle (12).

Et la duchesse Malthilde ne manquait pas de raisons pour le choisir de préférence à tout autre, afin d'y faire construire le navire offert à son vaillant époux. Séjournant à Valognes durant les premières années de son mariage, n'avait-elle pas chevauché avec joie dans l'agréable région du Val de Saire, qui faisait partie du domaine ducal, — et du douaire constitué précédemment pour sa propre mère, Adèle de France, fiancée d'abord à Richard III (13) ?

Elle ne devait pas ignorer qu'en 1036 (14), le roi Edouard, dont Guillaume entendait recueillir l'héritage, était parti précisément de Barfleur pour Southampton avec 40 nefs, désirant faire valoir ses droits à la couronne, et qu'à la vue des difficultés il était revenu à Barfleur (15), Elle savait aussi que les bons « esturmenz », ou mariniers, du Cotentin étaient les meilleurs du monde, n'ayant pas leurs pareils pour « sigler e vagier » sur les mers, comme dit Wace...

Le drakkar du Conquérant n'allait pas démentir cette réputation. Il fut le plus rapide de toute la flotte et arriva bon premier en vue des côtes anglaises.

Sur la « Tapisserie de Bayeux », on le distingue des autres par le gonfanon pontifical marqué d'une croix qui domine son mât, et par la statue qui orne sa poupe. Cette statue représente quelque chose comme le Génie de la conquête, tenant un petit drapeau d'une main et, de l'autre, portant une trompette à sa bouche (16).

Dans le Roman de Rou, le Génie se trouve décrit un peu différemment. Il est en cuivre et placé à la proue, ce qui paraît plus vraisemblable. C'est un enfant armé d'un arc et d'une flèche, faisant semblant de tirer, le visage tourné vers l'Angleterre (17).

— Notre bon trouvère ajoute même un détail typique : celui de la « wire-wire dorée » au haut du mât. Il n'a pas dû inventer cette girouette, mais en entendre parler par des vieillards qui l'avaient vue. Est-ce qu'elle n'évoque pas un tableau digne d'Homère ? Chaque soir et chaque matin, sur les plages de Cabourg et de Saint-Valéry, elle attirait les regards des guerriers, impatients d'obtenir du ciel un vent favorable....

 

Au bout de la jetée du port de Barfleur, scellé sur un rocher, un médaillon de bronze rappelle que Guillaume le Conquérant fit sur le Mora (piloté par un jeune Barfleurais, Étienne), la traversée depuis Barfleur, débarquant à Pevensey dans le Sussex de l'Est, le 28 septembre 1066.

Ce monument commémoratif, œuvre du sculpteur Josette Hébert-Coeffin, a été élevé en 1966 pour le 900e anniversaire de cette bataille, à l'emplacement où aurait été construit le bateau selon la tradition locale.

Barfleur est alors aux mains du duc de Normandie qui est aussi roi d'Angleterre, jouant un rôle capital dans la transfretatio regis (service de transport royal de la cour anglaise entre les deux rives de la Manche) aux XIe et XIIe siècles.

En 1105, le roi d'Angleterre Henri I Beauclerc, fils du Conquérant, débarqua à Barfleur pour aller battre à Tinchebray son frère Robert Courte-Heuse, le déposséder du duché de Normandie et le retenir prisonnier jusqu'à sa mort dans le donjon de Cardiff.

En 1120, ce fut comme une revanche du Destin. Tout le monde connaît cette histoire. Le même Henri I avait vaincu tous ses ennemis, conclu avec le roi de France une paix glorieuse, et marié son fils-héritier Guillaume Adelin à la fille du comte d'Anjou.

Par une claire soirée, le 25 novembre, il reprenait la mer à Barfleur et gagnait heureusement l'Angleterre. Un beau navire quittait le port peu de temps après lui : c'était la Blanche-Nef, conduite par Thomas, fils d'Etienne sus-nommé. Elle emportait dans ses flancs les deux fils du roi et toute la noblesse en fleur de la Normandie. Mais on avait bu du vin à satiété : l'équipage était ivre, y compris le pilote. Et, à l'entrée du raz de Gatteville, le beau voilier blanc s'éventra sur le récif de Quillebeuf. Le prince héritier avec trois cents passagers furent engloutis dans les flots. (18)

Henri I ne revint jamais à Barfleur qui lui rappelait un souvenir si douloureux. Mais le puissant Henri II en fit son port favori.

 

Barfleur et l’Héritage d’Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine

 

Pour aller se faire couronner roi d'Angleterre, c'est à Barfleur qu'il se rendit, en novembre 1154. Il y convoqua sa mère, ses 2 frères, les évêques et les barons de Normandie. Ils devaient passer la mer avec lui, pour donner plus de pompe à son couronnement. On attendit à Barfleur, durant un long mois, des vents favorables.

En 1161, Henri II vint encore à Barfleur pour se rendre en Angleterre, mais, les vents étant contraires, il alla passer les fêtes de Noël à Cherbourg avec la reine Aliénor.

Au mois de mars 1170, il s’embarque à Barfleur et arriva à Portsmouth après une traversée très pénible ; les navires qui l’accompagnaient avaient été brisés par la tempête. Il revint à Barfleur à la Saint-Jean de la même année.

On l'y revit également avec toute sa cour en 1172 : il venait demander au pape la levée de l'excommunication qu'il avait encourue après le meurtre de saint Thomas Becquet.

 

En 1174, il partit de Barfleur pour Southampton avec la reine Eléonore, quelques cavaliers et une troupe de Brahançons. Il trouva, rassemblés dans le port de Barfleur, un grand nombre de navires qui attendaient son arrivée : Venit ad Barbefles ubi naves mutae congregatae erant in adcentu ejus, dit Roger de Houeden.

En 1181, il vint à Barfleur et y séjourna de nouveau pendant quelques jours.

 

Ce monarque revint plus d'une fois à Barfleur. Quand il voulait fêter Noël en son duché de Normandie, c'est là qu'il débarquait avec sa femme, la fameuse Aliénor de Guyenne, ancienne reine de France.

C'était une énorme accumulation de terres et de seigneuries, qui s'étendait de l'Ecosse jusqu'à la Gascogne, de l'ouest de l'Irlande jusqu'au Berry et au comté de Toulouse.

Un tel regnum ne pouvait pas être maintenu sans de bonnes communications. Ces dernières auraient été nécessaires même si le roi Henri n'avait pas décidé de suivre la tradition de son père et de gouverner les terres qu'il dominait directement en partageant son temps entre elles et par un mouvement continuel de l'une à l'autre, aussi bien que par la délégation d'une grande partie de l'administration courante à ses officiers et ministres ; plutôt que par de grandes inféodations à ses parents ou à ses barons. Son mouvement continuel était en soi-même un élément essentiel de la technique de son gouvernement. Il n'avait pas la possibilité de se trouver partout à la fois ; mais il pouvait visiter chacune de ses terres assez souvent, et en tout cas chaque fois qu'il en avait besoin. Sur terre il n'y avait pas de grands empêchements au mouvement : pas de montagnes ou de marais en Grande-Bretagne qu'il ne pût éviter : il était plus facile de faire le voyage entre Rouen et Bordeaux qu'entre Paris, par exemple, et Toulouse.

Mais les pays de son ' royaume ' étaient divisés en deux par la Manche, géographiquement aussi bien que par une longue tradition politique qui ne fut rompue qu'en 1066, et encore provisoirement.

A moins que le roi Henri ne pût trouver le moyen de se transporter avec sa familia (militaire aussi bien que domestique), ses ministres et ses émissaires avec tous leurs bagages, son trésor (très important) et, quand cela était indispensable, ses armées, avec quelque régularité et sécurité, à travers cet étroit mais souvent tempétueux bras de la mer, il ne pouvait pas espérer assurer la cohésion de son ' royaume ' pour plus de quelques années.

De fait, ce ' royaume ' dura, substantiellement intact, pendant 50 ans et, sous forme réduite mais sans avoir perdu de continuité, pendant 250 ans de plus.

Prévoir la traversée de la Manche de tout temps était donc un besoin essentiel du gouvernement angevin au temps de Henri II. Les historiens de la marine et de la navigation ont étudié ces sujets en fonction du commerce, de la piraterie et de la guerre, mais non pas comme élément de la gestion pratique du gouvernement.

Que cette étude, si modeste et si provisoire soit-elle, rende hommage à un savant eminent qui a, lui-même, traversé la Manche tant de fois au grand profit de l'érudition dans les pays de chacune de ses rives.

Il s'écoula un peu moins de 35 ans entre la mort du roi Etienne au mois d'octobre 1154, à un moment où Henri se trouvait en Normandie, et la mort de Henri lui-même à Chinon en 1189.

Pendant ce temps Henri traversa la Manche 26 fois certainement, et très probablement deux fois de plus. Ses transfretationes peuvent se représenter sous forme du tableau ci-contre.

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Traversées de la Manche par le Roi Henri II

27 avril 1186 : Après un passage à Alençon, Aliénor retourne en Angleterre depuis Barfleur avec sa fille Mathilde de Saxe.

Le cartulaire normand de Philippe-Auguste, Louis VIII et Louis IX contient ce passage : Civitates et castra que rex habet in domaniis : have sunt castella et forteritie que Philippus, rex franciae tenet, Cesarisburgus, Barbefluvius, etc.

Ses deux fils, Richard Cœur-de-Lion et Jean-sans-terre, choisirent aussi Barfleur comme port d'attache.

Lors de la mort de Henri II, son fils Richard Cœur de Lion, était en Normandie. Après s’être rendu à Rouen pour s’y faire reconnaître comme duc de Normandie, il s’embarqua pour aller se faire couronner roi en Angleterre. C’est de Barfleur qu’il partit, au mois d’aout 1189, emmenant son frère Jean et une suite nombreuse.

Richard Cœur-de-Lion s'y embarqua en 1190 pour aller se faire couronner roi d'Angleterre. Il y descendit en 1194 avec 100 gros vaisseaux, afin de secourir Verneuil assiégé par Philippe-Auguste.

Une charte, qui fait partie des archives d’Indre-et-Loire, est ainsi conçue : Richard, par la grâce de Dieu Roi d’Angleterre, Duc de Normandie, à tous ses Vicomtes, Baillis et autres Justiciers et sujets d’Angleterre et de Normandie, des Port de Barfleurs

Le 9 mai 1194, Richard passa en Normandie et vint débarquer à Barfleur avec cent gros vaisseaux chargés de troupes, pour aller au secours de Verneuil, assiégé par le roi de France : transfretavit rex in Normanniam et applicuit apud Barbeflet cum centum magnis navibus, anustis bellicosis, et equis, et armis (Roger de Houeden).

Ce fait est remarquable, non-seulement par l'importance de la flotte, mais encore par le choix de Barfleur comme lieu de débarquement, malgré l'éloignement de la ville que Richard voulait secourir.

Une Charte, qui fait partie des Archives d'Indre-et-Loire, est ainsi conçue « Richard, par la grâce de Dieu Roi d'Angleterre, Duc de Normandie, à tous ses Vicomtes, Baillis et autres Justiciers et sujets d'Angleterre et de Normandie, des ports de Barfleur, etc., salut Faisons défense aux hommes et moines du grand monastère de rien payer, pour choses et animaux, aux péages, si ce n'est une somme de dix livres pour droit forain. Donne le 4 décembre à Cantorbery, en présence de Guillaume Maréchal. »

Le Cartulaire de l'Abbaye de Cherbourg fait connaître que, le 10 février 1199, Jean-sans-Terre, frère et successeur de Richard Cœur-de-Lion, était à Barfleur et qu'il y confirma aux chanoines réguliers de Cherbourg les patronages de Barfleur et de Gatteville donnés par Henri II.

Jean-sans-Terre séjourna à Barfleur du 5 au 10 février 1200 et du 15 au 17 septembre de la même année.

Ce fut pendant son règne que la Normandie redevint française.

C’'est à Barfleur que, sans éclat et pour la dernière fois, s'embarqua Jean-sans-terre le 5 décembre 1203. Le misérable fuyait ; il abandonnait la province où ses crimes — le plus récent était la suppression de son neveu Arthur de Bretagne — l'avaient rendu antipathique.

En gagnant la haute mer, il put voir disparaître peu à peu la riche plaine du Val de Saire, comme si le flot l'eût submergée ; l'éperon de la Pernelle et les bois de Saint-Pierre-Eglise surnagèrent quelque temps et s'évanouirent aussi à l'horizon. La Normandie n'existait plus pour lui... Elle fit sans tarder sa soumission au roi de France. (19)

Ainsi, pendant la période ducale (jusqu'à 1204, date du rattachement de la Normandie au royaume de France), ce qui fait de lui le plus important port normand jusqu'au Moyen Âge, une place forte et une ville prospère qui acquiert un commerce florissant et atteint une population de 10 000 habitants.

À partir de 1204, le port ducal est laissé à l'abandon et disparaît.

Reste à signaler à Barfleur un fait d'un autre genre: la fondation d'un couvent d'Augustins par Philippe le Bel en 1286. Ce couvent dura jusqu'à la Révolution. Une partie du bâtiment existe encore ; il est occupé par la mairie et l'école des garçons.

 

Du XIVe au XVIe siècle.

Nous assistons, durant cette période, à la décadence d'une cité qui avait été si prospère. Elle commença à perdre de l'importance, du jour où le port de Cherbourg prit de l'accroissement, c'est-à-dire après la réunion de la Normandie à la France. Mais c'est la guerre de Cent ans qui précipita sa ruine.

En 1346, le roi d'Angleterre Edouard III débarquait à Saint-Vaast-la-Hougue pour s'en aller battre les Français à Crécy. Un détachement de sa puissante armée se rendit à Barfleur le 14 juillet, y captura 9 grands navires qui avaient « chastel devant et chastel derrière ». On pilla les maisons : on y trouva de l'or, de l'argent, des joyaux et des draps de prix. Puis on mit le feu à la ville, qu'un document du temps compare comme importance à celle de Sandwich.

La guerre de Cent Ans qui voit la ville pillée et incendiée à plusieurs reprises, précipite son déclin : alors qu'elle compte 1 800 feux avant la guerre, ils ne sont plus qu'au milieu du XVe siècle

Elle fut incendiée de nouveau en 1405 par une flotte anglaise que commandaient les comtes de Lancastre et de Kent.

C'en était fini de Barfleur. ……

 

https://www.persee.fr/doc/annor_0000-0003_1982_hos_1_2_4179

Le Val de Saire illustré : ites, monuments, histoires, grands personnages / Charles Birette

Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg

 

==> La Voie des Plantagenêts - la route historique des Rois d'Angleterre

 

 

 


 

 

(1) Plusieurs expressions citées par Tonstam de Billy et la légende du bréviaire de Mgr de Briroy indiquent la jeunesse relative de la vie de saint Romphaire. Nous ne citerons que le mot de Barfleur « Barofluctus », employé dans les actes primitifs. Cette orthographe de Barfleur n'apparaît qu'à la fin du XVe siècle et surtout au XVI 1 siècle. Au XII siècle, Orderic Vital, dans son Historia Ecclesiastica, 3e partie, livre XII, écrit « Barbaflot ». Wace, dans son Roman de Brut, T. II, vers 1:1,562 « Barbefloc ». Les historiens qui écrivaient en latin l’appellent Barbefluvium, Barbefluctum ou Barofluctum. Le Livre noir de la cathédrale de Coutances, du XIIIe siècle, « Ecclesia de Barbefluctu. » Dans ce même siècle, les chartes de fondation de l'Hôtel-Oieu de Barfleur « Barbefluçtus, Barrofluctus ». Au XIVe et au XV siècles, le Livre blanc de la cathédrale de Coutances « Ecclesia de Barbefluctu ». Froissart écrit : « Barfleus. », et les historiens anglais Howden et Northbury : «Barflet et Barbeflet ». Enfin, dans un acte de 1533, accordé par le roi François Ier, en faveur des Augustins de Barfleur, nous trouvons « Barfleur » orthographié comme nous l'écrivons aujourd'hui.

(2) G. DUPONT, Histoire du Cotentin et de ses îles.

(3) Il est bien difficile de décider qui, de Guillaume ou d'Harold, avait des droits à la couronne d'Angleterre ? M. Prentout a répondu : « Ni l'un, ni l'autre ». (Histoire d'Angleterre).

(4) L'Apostoile li envéia

Un gonfanon et un anel

Mult precios è riche è bel.

Si corne il dit, de soz la pierre

Aveit un des cheveuls saint Pierre.

Roman de Ron.

(5) Guillaume de Jumièges et Orderic Vital.

(6)  « Habuit Dux a quibusdam suis militibus, secundum possibilitatem uniuscujusque, multas naves. ». Manuscrit de Taylor cité par Duncan (The dukes of Normandy from the times of Rollo to the expulsion of King John. London, 1839, p. 105, note 1).

(7) Ibidem.

(8) Roman de Rou, vers 11474 à, 11480.

(9) Mathildis ad honorem Ducis fecit effici navem quae vocabatur Mora, in qua ipse Dux vectus est. » Manuscrit de Taylor.

(10) « Ingenti classe in portu qui Barbeflot dicitur praeparata,... Thomas filius Stephani regem adiit atque marcum auri offerens ait : « Stephanus Airardi filius genitor meus fuit, et ipse in omni vita sua patri tuo in mari servivit. Nam illum in sua puppe vectum in Angliam conduxit quando contra Haraldum pugnaturus perrexit... Hoc feudum, domine rex, a te requiro, et vas quod Candida Navis appellatur, merito ad regalem famulatum optime instructum habeo ». Ed. Le Prévost, t. IV, p. 411.

(11) Notons que ce marin, en récompense de ses services, obtint de grands biens dans le comté de Berk. Car c'est assurément lui qui figure au Domesday, comme tenant en chef, sous le nom de Stephanus Eirardi filius (t. I, verso du feuillet 64).

(12); Voir Ch. DE GERVILLE, Recherches sur l'état des ports de Cherbourg et de Barfleur pendant le Moyen-Age (dans Archives annuelles de la Normandie, publiées par Louis Du Bois, t. II, pp. 97-132) et L. DELISLE, Des revenus publics en Normandie au XII" siècle (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. X, XI, XIII). — Voici comment Delisle classe les ports normands. Ports les plus importants : Barfleur, Caen, Ouistreham, Dieppe et Rouen ;

ports d'un degré inférieur : Cherbourg, embouchure de la Dive et de la Touque, Harflcur, Bonneval, Etretat, Fécamp ; ports non encore sortis de l'obscurité : Régnéville, la Hougue, Veulles; ports appartenant à des particuliers : Genêts, Port-en-Bessin, Honneur, le Tréport.

(13) Remarquons que Mathilde et Guillaume, voulant faire un beau cadeau à leur abbaye de la Trinité de Caen, lui donneront la baronnie de Quettehou située dans le Val de Saire.

(14) Cette date est d'A. Le Prévost (annotations du Roman de Rou, de l'édition Pluquet).

(15) Emart de Barbeflo turna

Od 40 nés

A Barbeflo fist san repaire.

Roman de Rou.

(16) D'après le Manuscrit de Taylor, l'enfant était à la proue; d'une main il portait à sa bouche une corne d'ivoire, de l'autre il se contentait d'indiquer l'Angleterre.

(17) Sor li chief de la nef devant,

Ont de coivre fet un enfant,

Saete et arc tendu portant ;

Verz Engleterre out son viaire,

 Et là faseit semblant de traire.

(18) Orderic Vital.

(19 La plupart de ces renseignements sont indiqués avec leurs sources dans le Mémoire sur les Anciens Châteaux du Département de la Manche, par M. de Gerville.

Les informations en ce qui concerne les traversées du roi lui-même viennent presque exclusivement des chroniques du temps, dont les plus importantes à ce propos sont la Chronique de Robert de Torigni et les Gesta Regis Henrici de Roger de Howden (à partir de 1170). D'autres chroniques, en particulier les œuvres de Gervase de Cantorbéry, de Ralph ' de Diceto ' et de William de Newburgh, offrent quelques détails supplémentaires ; mais ces détails sont souvent contradictoires entre eux, à ce point qu'on ne peut guère avoir confiance en aucune affirmation qui prétende attribuer une date précise à une traversée donnée. C'est une limitation importante, car elle rend impossible le calcul de la force et de la direction des marées au moyen des informations astronomiques rétrospectives, donc de déterminer la route probable. D'autre part, il est encore possible que des documents moins connus fournissent quelques détails significatifs de plus.

Cette étude est fondée sur les chroniques majeures et les comptes des échiquiers (cf. infra). Pour éviter de surcharger les notes, des références précises ne seront pas données, sauf exception ; car les chroniques citées ont été écrites sous forme annalistique, les comptes des échiquiers ont été compilés d'année en année, les éditions sont pourvues d'index, et le passage recherché se trouvera sans beaucoup de difficulté grâce à la date.

Les chroniques ne donnent des informations détaillées au sujet des traversées du roi que quand il arrive quelque chose d'exceptionnel ; mais pour la plupart elles mentionnent les ports d'embarquement et de débarquement, et les dates qu'elles donnent sont acceptables quant au mois sinon au jour précis. D'où l'on peut dire que le roi avait la possibilité de traverser la Manche toutes les fois qu'il avait besoin de le faire. Il fit la traversée au moins huit fois pendant les mois d'hiver (novembre à mars).

En 1154, 1163 et 1182, un retard de quatre semaines à peu près en raison de vents contraires ou de mauvais temps est mentionné ; mais la situation politique, ou d'autres circonstances, pouvaient aussi bien occasionner un retard