LANGEAIS (INDRE-ET-LOIRE) - Fouilles au donjon féodal de Foulques Nerra un des premiers de France

Vers 900, Foulques Nerra, qui était duc d’Anjou et avait des prétentions sur la Touraine, établit sur la colline de Langeais un château fort dont le donjon carré, aujourd’hui en ruine, se dresse dans le parc. Ce fut sous Louis XI que le château actuel fut construit. C’était un château royal, et le roi en attribuait la jouissance à certains de ses favoris. C’est dans sa chapelle qu’eut lieu en 1491 le mariage de Charles VIII et d’Anne de Bretagne.

Après avoir passé entre les mains du duc de Somme (1547), de la dame de Belleville, de Marguerite de Lorraine, du maréchal d’Effiat, de Denis de la Rue de Can, enfin, le château appartenait sous la Révolution au duc de Louynes et lui servit de retraite pendant la Terreur. Pour acheter sa tranquillité, il fit deux concessions : il fit disparaitre les armoiries et abattre la chapelle. Mais la fortune du duc s’étant considérablement diminuée en 1798, il fut obligé de vendre le château à une famille Moisant. La charge étant trop dispendieuse pour elle, cette famille l’abandonna ; le village de Langeais s’en empara alors et en fit un entrepôt de bois. En 1833, M. Baron, avocat à Paris, l’acheta et le conserva jusqu’en 1839. Depuis il passa à ses héritiers jusqu’en 1886, ou M. Jacques Siegfried l’acheta et le fit restaurer complétement dans le style du XVe siècle.

On sait qu'en face du château de Langeais, construit en 1462, s'élèvent les ruines encore majestueuses d'une construction connue sous le nom de donjon de Foulques Nerra, et qui, en effet, paraît bien répondre, dans l'ensemble, à la partie la plus importante du système fortifié que le quatrième ou cinquième comte d'Anjou, Foulques III le Noir, avait élevé, à une date qu'on peut déterminer avec une précision très suffisante.

Il est inutile de reprendre et discuter les textes relatifs à cet événement, puisque le travail a été fait, et en dernier lieu, définitivement sans doute, par M. Halphen (1). Cet auteur admet que Foulques construisit cette forteresse en 994-995, qu'Eudes Ier, comte de Blois, vint l'y assiéger en 995-996, mais qu'il n'y eut qu'un seul siège (2), et non deux comme on l'a quelquefois supposé.

Une chronique d'Amboise prétend qu'Eudes II, fils d'Eudes Ier, aurait possédé Langeais, et que c'est après la défaite et la mort de ce seigneur, en 1037, que Foulques reprit la forteresse. Mais le fait est contestable (3).

En tout cas, il est certain que le premier château fort de Langeais a joué un rôle important et que la construction peut en être placée en 994, à une année près (4) ; et il résulte de ceci que c'est un des premiers donjons de France, sinon le premier. Il ne faut donc pas être étonné si, en 1847, on posait, dans un Congrès, la question suivante :

« Quelle influence Foulques Nerra, comte d'Anjou, grand constructeur de châteaux, a-t-il exercé sur le développement et le progrès de l'architecture militaire du moyen âge (5)? »

 

Assurément, le premier château fort de Langeais mérite encore de retenir notre attention, car il est certainement plus caractéristique, du point de vue de la technique de construction, que le beau donjon de Beaugency (Loiret), qui n'est pas daté avec précision, mais qui a l'avantage d'avoir conservé ses quatre faces, alors que celui de Foulques Nerra a perdu ses façades de l'ouest et du sud (6). Sans prétendre donner une description complète des restes de l'édifice de Langeais, travail qui ne sera possible que si, pour des réparations devenues utiles (7), on établit un échafaudage volant, je tiens cependant à noter quelques remarques que j'ai faites récemment, en examinant la construction.

Il y a longtemps que Caumont appelait l'attention sur une particularité de plusieurs fenêtres du vieux donjon : ces ouvertures en plein cintre ont des claveaux formés de pierres cunéiformes, alternant avec des lits de larges tuiles plates (8). C'est un système de construction qui a été constaté dans le plein cintre d'une fenêtre de la tour Magdeleine, appartenant à l'enceinte romaine du Mans, et l'on trouve des exemples analogues dans la muraille antique de Dax et ailleurs encore, par exemple dans les aqueducs de Luynes et de Lyon.

Cette particularité a porté certains architectes à considérer l'appareil des murs du donjon de Foulques Nerra comme identique à l'appareil cubique antique. Mais déjà, en 1856, M. de Galembert disait que ce petit appareil de Langeais ne ressemblait ni à celui de l'amphithéâtre ni à celui de l'enceinte antique de Tours. Il ajoutait que les moellons n'avaient pas « l'aspect symétrique, que les dimensions et la forme variaient, que l'ouvrier, en les dégrossissant, n'avait pas tenu à en respecter les angles droits ».

 J'ai voulu vérifier ces observations et j'en ai reconnu l'exactitude. La construction des murs est plutôt irrégulière. A la base, il y a des assises de pierres barlongues, de 0 m. 20 à 0 m. 25, et, au-dessus, des moellons irréguliers et à peine dégrossis. Ce n'est pas le petit appareil antique et, dans le mortier, au moins pour les parties que j'ai pu examiner, il n'y a aucune parcelle de brique, mais un sable mêlé de petits cailloux dont quelques-uns donnent au mortier un aspect rougeâtre (9).

  Il n'y a pas davantage de chaînage de briques ou tuiles, comme on en trouve à Saint-Philbert-de-Grandlieu (Loire-Inférieure), dont les parties basses sont sans doute du IXe ou du Xe siècle (10).

Et quant aux claveaux de tuiles, on les trouve aussi à Saint - Philbert et dans cet important sanctuaire de Saint-Martin d'Angers où Foulques Nerra a dû faire exécuter des travaux et où des tablettes de cire, récemment découvertes, ont conservé son nom (11).

Ainsi, dans les parties en élévation du donjon de Langeais, il n'y a pas de restes antiques, mais simplement la preuve de la persistance de certaines traditions romaines, plus ou moins bien conservées.

J'ai naturellement voulu m'assurer que les fondations du donjon ne reposaient pas sur des substructions beaucoup plus anciennes et j'ai fait faire des sondages, dont un, de 1 m. 60 de longueur, à 2 m. 70 environ de l'angle sud-est.

Cette fouille, poussée jusqu'à plus d'un mètre de profondeur, n'a rien fourni d'intéressant ; les fondations, qui ne se distinguent guère du reste de la construction, paraissaient s'arrêter sur un roc plus ou moins friable, à une profondeur médiocre pour une telle masse de maçonnerie (12). Un second sondage d'un mètre carré, poussé à plus d'un mètre de profondeur, sur un point qui aurait dû correspondre à l'angle sud-ouest de la construction, n'a rien donné, et paraît prouver que les matériaux de cette façade, anciennement tombée, ont été complètement enlevés.

Si nous reprenons l'examen des murs en élévation, surtout sur la face intérieure à l'est, nous remarquerons, qu'au-dessus du blocage, plus ou moins régulier, à environ 7 mètres de hauteur, court une assise de pierres barlongues, taillées assez régulièrement, de 0 m. 30 à 0 m. 40 de longueur et 0 m. 25 de hauteur environ (13). Cette assise est coupée au milieu du parement, par une large ouverture à pieds-droits, qui a été bouchée ultérieurement (14).

La fenêtre la plus voisine de l'angle sud-est a été certainement beaucoup remaniée. Je crois même qu'elle a été refaite, probablement dans le cours du XIIIe siècle (?), car les claveaux de briques manquent et à la base se montrent encore, vers l'intérieur, deux corbeaux profilés, mais simples, qui devaient supporter une sorte de balcon.

D'ailleurs, sur la façade extérieure opposée, dont le parement fait face au château du XVe siècle, on remarque de nombreuses reprises et la baie de la fenêtre dont je viens de parler a été élargie irrégulièrement par l'éboulement d'une partie refaite et sans doute mal soudée à la partie plus ancienne. C'est aussi dans le mur subsistant de la façade méridionale, à l'angle même formé avec la face orientale, que l'on se rend compte des transformations subies par la construction sur ce point, vers le XIIIe siècle aussi, sans doute. On y voit, en effet, à environ 2 m. 50 du sol, un départ de voussure au-dessus d'un pied-droit. Il en reste peu, mais assez cependant pour qu'on y reconnaisse une porte, pratiquée peut-être à une époque où l'on avait élevé un bâtiment sur le flanc méridional du donjon. Il est vraisemblable que cette nouvelle construction, dressée sur le versant de la butte, a dû contribuer à l'éboulement de la vieille construction, sur cette face regardant la Loire. Je ne saurais dire si la façade méridionale a été prolongée vers l'est. Galembert, qui a pu mieux voir cette partie, moins ombragée en 1856, l'a pensé.

L'ouverture inférieure, qui existe à environ 1 m. 50 du sol actuel, dans la façade au nord de l'édifice, présente un aspect assez différent de celui des fenêtres à claveaux de tuiles. Large de 1 m. 35 et haute de 1 m. 70 environ, avec une embrasure de 1 m. 13, cette ouverture présente à l'intérieur deux larges alvéoles qui indiquent, à mon avis, un système de fermeture dont deux madriers constituaient la partie essentielle (15) ; vers l'intérieur du donjon, les parois laissent voir des glissières en biseau à droite et à gauche, qui indiquent l'existence d'une autre clôture doublant la première.

 Il me paraît évident que cette ouverture n'était pas une fenêtre, mais une porte qui donnait accès vers l'extérieur, sans doute par un pont volant (16). Je crois que cette issue appartient bien à la construction primitive. S'il en est ainsi, le fait est important, puisque l'on admettait jusqu'ici que les premiers donjons romans, construits en pierre, n'avaient pas d'ouvertures basses.

Je reviens à l'étude des parements intérieurs encore debout. On y remarque de nombreux trous de 0 m. 15 environ de côté, dont beaucoup sont certainement des trous de boulins, pour l’échafaud de la construction (17).

D'autres trous peuvent répondre à l'encastrement de poutrelles soutenant les planchers des étages supérieurs. Précisément, sous l'assise de pierres barlongues que j'ai signalée plus haut, il paraît bien y avoir, le long de la maçonnerie, une ligne très marquée, qui indique la soudure du plancher avec la muraille. Or, en suivant cette ligne, on remarque, à la même hauteur, dans le parement de la face intérieure du côté septentrional, au-dessus de la porte dont je viens de parler, une large ouverture, à peu près carrée, qui peut avoir 0m. 35 de côté environ et qui, par conséquent, ne peut être un trou de boulin. Mais c'est presque sûrement la place de l'encastrement d'une maîtresse poutre, qui devait soutenir le plancher ou du moins les poutrelles transversales, dans le sens de la longueur de la salle. Or, cette salle, orientée approximativement du nord au midi, devait avoir, à l'intérieur, quand le mur méridional était debout, une longueur d'environ 17 m. 50. On ne peut supposer qu'une seule maîtresse poutre, quelle que fût sa force, ait pu servir utilement, sans fléchir, sur une seule portée, en admettant qu'on soit arrivé, avec les moyens dont on disposait à cette époque, à la hisser à 7 mètres au-dessus du sol et à l'encastrer dans les murailles opposées. Cette technique est inadmissible.

Partant de cette idée, j'ai admis d'abord qu'il devait y avoir plusieurs piliers, deux par exemple, sur lesquels devaient s'appuyer les grosses poutres dans le sens de la longueur de l'édifice. A un point que j'avais déterminé, j'ai fait creuser le sol sur un mètre carré d'abord. A 0 m. 80 de profondeur, on a rencontré un reste de maçonnerie, qui peu à peu s'est affirmé circulaire. Dégagé complètement jusqu'à 1 mètre de profondeur, c'est un massif de blocage plein, avec mortier de sable fin (18) qui, peu régulier, a 1 m. 70 de diamètre de l'est à l'ouest et 1 m. 60 du nord au sud. Il est à environ 5 m. 50 de la façade méridionale, et à 2 m. 75 environ de la façade orientale.

Encouragé par ce résultat et croyant d'abord avoir trouvé la base d'un des piliers, je fis creuser, à une distance correspondante, à l'autre extrémité. Une ouverture de plus de deux mètres carrés, poussée à plus d'un mètre de profondeur, ne donna rien. Je fis alors pratiquer, en partant de cette fosse, une petite tranchée, dans la direction de la base circulaire, déjà découverte.

 A peu près au centre de la salle, les ouvriers rencontrèrent un massif de maçonnerie, de la même nature que le précédent, mais rectangulaire, de 3 mètres de long et 2 m. 45 de largeur, s'enfonçant dans le sol, de 0 m. 35 à 0. m. 38 du côté ouest et seulement de 0 m. 25 environ à l'est. Ce rectangle formait un cadre dont le mur avait 0 m. 42 à 0 m. 45 d'épaisseur (19). Au centre, le sol naturel avait été conservé et on avait élevé au-dessus un massif de blocage dont il reste environ la moitié sur 0 m. 25 environ de hauteur. De cette nouvelle découverte, j'étais obligé de conclure que le massif circulaire, découvert en premier, n'était pas la base d'un pilier. Le massif central seul doit répondre au but nécessaire ; le massif circulaire pourrait être la base d'un escalier, qui fut peut-être de bois.

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Quels que soient les problèmes que posent apparemment les fouilles qui viennent d'être pratiquées dans le sol intérieur du donjon de Foulques Nerra, à Langeais, les résultats n'en présentent pas moins un intérêt réel.

Nous connaissons si peu les premiers donjons romans (20), en petit nombre et très ruinés, que la moindre découverte est la bienvenue. Et je crois que les fouilles de Langeais nous apportent des constatations nouvelles sur la disposition intérieure des premières forteresses solides, élevées sur notre sol, depuis la période romaine. Et même si l'on prétendait que les substructions retrouvées sont les restes de constructions ultérieures, l'intérêt subsisterait encore, quoique moindre. Je ne crois pas d'ailleurs que cette hypothèse soit utile à retenir, car, si on l'admettait, il conviendrait de chercher une autre solution pour expliquer la construction des étages supérieurs du donjon. Je doute qu'on en trouve une meilleure.

Dans ces fouilles pour lesquelles on a remué environ 20 mètres cubes de terre, bien que les déblais aient été ratisses et examinés assez soigneusement, il n'a pas été recueilli de restes très caractéristiques, sauf une sorte de charnière de fer, oxydée, très massive et probablement très ancienne. Parmi les débris retrouvés, je citerai des clous et autres débris de fer, très oxydés ; des fragments de tuiles et briques ; des carreaux de dallage de terre rouge, plus ou moins épais ; des ossements d'animaux, paraissant appartenir surtout à du gibier de petite taille.

Je puis certifier qu'aucun débris gallo-romain n'est sorti des fouilles. Il est vraisemblable certes qu'un poste a dû être établi sur ce coteau bien situé, surveillant la Loire, dans les premiers siècles de notre ère ; mais rien ne prouve qu'il était précisément au même point que le donjon de Foulques Nerra. Et le plateau a plusieurs hectares de superficie ; il serait donc peu sage d'y remuer des terres à l'aventure (21).

Adrien BLANCHET.

 

Aux abords du donjon, on peut également apercevoir les vestiges des remparts et de la chapelle Saint-Sauveur qui abritait les reliques ramenées par Foulques Nerra de ses pèlerinages à Jérusalem.

 

 

 

An Mil - Carte des Châteaux de l' Anjou sous Foulques Nerra <==.... ....==> Carte des plus anciens châteaux de la Touraine

 

 

 


 

Atlas Archéologique de Touraine

Carte 1 Cet inventaire inclut les mottes (probables ou douteuses) ainsi que les enceintes de terre attribuables au Moyen Age.
Cet inventaire inclut les mottes (probables ou douteuses) ainsi que les enceintes de terre attribuables au Moyen Age. Il ne comprend pas, en revanche, les plates-formes entourées de fossés en eau qui peuvent représenter des vestiges de maisons-fortes (ou parfois simplement un jardin entouré d'un vivier) : bien qu'elles subsistent en grand nombre (parfois plusieurs par communes), elles n'ont jamais été répertoriées en Touraine, à l'exception de celles qui supportent des manoirs en élévation et qui ont fait l'objet d'études architecturales (Salamagne 2013).

http://a2t.univ-tours.fr

 

La Loire et les fleuves de la Gaule romaine et des régions voisines

Dès l'époque gauloise, et encore bien plus durant la période romaine, la Loire ( Ligeris Fluvius) et ses bords ont été le siège, le support et le moteur de toute une série d'activités et de transports. Plusieurs villes se sont construites sur ses rives. Le long de son cours passaient des embarcations en grand nombre......

 

 

(1) Voici les textes réunis, qui mentionnent cette construction militaire de Langeais. : «Unde Fulco in Odonem preceps ejus terram depopulatur et post in ea non procul ab urbe Turonica oppidum exstruit atque munit, copias ponit, militibus implet. » (RICHER, Chron., IV, 90, éd. Waitz, p. 170.) — « Circa hoc tempus Landegavis castrum a Fulcone comité construitur... » (Chron. de Saint-Julien de Tours, éd. Salmon, p. 228). — « In Turonico siquidem pago sedificavit Lingaim. » (Chron. de Foulques le Rechin, éd. Marchegay et Salmon, p. 377.) — « Quod Fulco ut audivit, castrum instituens Lenniacum... » (Chron. de Saint-Florent, éd. Marchegay et Mabille, p. 274).

Voy. Louis HALPHEN, Le Comté d'Anjou au XIe siècle, 1906. p 26, note 2 ; 28, 29, 153, 159.

(2) L. HALPHEN, op. cit., p. 27-28 et 357. Cf. F. LOT, Hugues Capet, 1903, p. 174, 175, 182, 423. — On a aussi cité un passage du Cartulaire de Baugerais, qui mentionne un acte, daté du 2 février 994 (a. s.), où il est question du siège du château de Langeais, par Eudes.

(3) Gesta Ambaziensium dominorum ; L. HALPHEN, op. cit., p. 2, n. 28.

(4) Une notice sur Le château de Langeais, 3e éd., 1923, dit à tort : 984 (p. 1). L'abbé Bosseboeuf avait donné cette date trop ancienne.

(5) Congrès scientif. de France, xve session à Tours, 1er septembre 1847. Arcisse de Caumont prit prétexte de cette question pour donner une note sur Langeais (Bull, monumental, t. XIII, 1847, p. 515 à 522 ; fig. peu exacte pour l'appareil. Comparaison avec le donjon de Loches). La question fut reprise superficiellement dans le même recueil en 1864, t. XXX, p. 160 à 163, avec un dessin donnant une vue de biais qui présente un contrefort (même dessin, B. mon., t. XXXIV, p. 568).

Foulques construisit d'autres châteaux à Montrichard, Montbazon, Mirebeau.

Ce qui a été écrit de meilleur, comme description, sur le «donjon» de Foulques Nerra, est certainement contenu dans les cinq pages d'un article de M. de Galembert, intitulé Excursion archéologique, le lundi 5 mai, à Langeais, St-Michel... et Villandry, et publié dans les Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. VIII, 1856, p. 124 à 129. Mais les conclusions de l'article sont erronées.

Viollet-le-Duc, qui s'est, je crois, beaucoup trompé sur le donjon d'Arqués, ne paraît pas avoir compris l'importance de celui de Langeais, qu'il ne cite pas (Dict. d'Archit., t. V, 1861, p. 50) dans son énumération de forteresses carrées. Il ne connaissait évidemment pas la bibliographia du sujet.

En six lignes, M. Maurice PROU, avait indiqué, vers 1892, l'importance du donjon de Langeais (Grande encyclop., s. v. Donjon, t. XIV, p. 908.)

C. ENLART (Archit. civile et milit., 1904, M. d'Arch fr., II, p. 500, fig. 232) en a aussi compris l'importance, quoiqu'il n'ait sans doute pas connu davantage ce qui avait été écrit avant lui.

Quelques années auparavant, M. l'abbé Bosseboeuf n'avait guère fait état non plus des articles publiés antérieurement. (L.-A. BOSSEBOEUF, Langeais et son château, monuments et souvenirs, Tours, L. Bousrez, s. d., in-8°, 288 p., 1 fig. — La préface est datée du mois d'août 1893.)

Il va sans dire que je ne prétends pas connaître absolument tout ce qui a pu être écrit sur le donjon de Foulques Nerra, soit en France, soit à l'étranger. Ainsi, je ne connais pas le texte d'une conférence qui a été faite à Paris sur Langeais, il y a quelques années. Je présume toutefois qu'elle n'apportait rien d'utile pour la question.

 

(6) Du moins la façade occidentale n'existe plus qu'en plusieurs masses de blocage, couchées sur le sol, et recouvertes par une végétation assez épaisse.

L'état actuel du terrain ne permet pas de dresser un plan exact des ruines du donjon. Des incertitudes subsistent surtout en ce qui concerne la largeur exacte de la construction. Il faudrait en particulier constater comment la muraille occidentale est tombée : en dedans ou en dehors ; ce qui peut produire un écart d'un mètre ou de deux pour la largeur. De toutes manières le donjon était plus long que large. Le croquis de plan donné ici ne saurait donc être que provisoire. Il peut cependant être tenu pour exact en ce qui concerne les fouilles mêmes.

(7) En effet, des plantes et des arbustes commencent à pousser avec vigueur sur la crête plus ou moins régulière des murs ; les racines vont disjoindre peu à peu la maçonnerie, déjà désagrégée dans ses parties supérieures. Il importe de s'occuper promptement de cet état de choses, pour éviter des dégradations nuisibles à ce reste important, qui complète si bien l'ensemble remarquable, donné à l'Institut de France par M. et Mme Jacques Siegfried (donation complétée par Mlle Agnès Siegfried).

(8) Dans le Congrès scientifique de France, XVe session, à Tours, en septembre 1847, t. II (Paris, août 1848), p. 140-141. Caumont a reproduit son texte dans le Bulletin monumental, t. XIII, 1847, p. 516, fig. p. 517..

(9) genre de sable se trouve dans la Loire, à Langeais ou aux environs.

(10) Alors que Brutails et le P. de la Croix plaçaient cette construction à la l’imite des XIe et XIIe siècles, Robert de Lasteyrie pensait que la partie inférieure de ce sanctuaire pouvait remonter au IXe siècle.

(11) A diverses reprises, M. le Chanoine Pinier a fait à Saint-Martin d'Angers des fouilles qui ont donné des résultats très remarquables (Voy. Bull, monumental, t. LXX, 1906, p. 87 et s. et pi. ; Adrien BLANCHET, dans Bull. Soc. des Antiqu. de France, 1924, fig.). Les tablettes de cire, qui portent le nom du comte d'Anjou, pour une date qui doit être voisine de 1016-1020, ont été publiées en 1924 (A. BLANCHET, dans Comptes rendus de l’Acad. des Inscript, et B.-L., p. 163 à 168, fig.). Foulques Nerra et sa femme avaient fondé une collégiale à Saint-Martin d'Angers.

Comme fenêtres, où les claveaux sont formés de pierres alternant avec des briques, on peut encore citer celles de la Basse-Œuvre de Beauvais, rebâtie peut-être entre 987 et 998.

(12) Il m'a paru qu'il était prudent de ne point multiplier les sondages de ce genre, qui auraient pu affaiblir la base de ces grands murs, dont la masse était plus imposante que vraiment puissante.

(13) Je répète que ces mesures ne peuvent être qu'approximatives, car j'ai dû travailler sans échafaudage.

(14) C'est sans doute cette transformation que M. de Galembert signalait ainsi, en 1856 : « Au second étage, au milieu du grand côté, traces d'un manteau de cheminée, bouchée avec soin par une maçonnerie. »

(15) Ce système de fermeture a été employé déjà dans les souterrains refuges (Voy. mon livre, passim). On le retrouve encore dans le haut moyen âge (par exemple, dans les portes de Carcassonne ; voy. J. Poux, La Cité de C, 1922, I, p. 179, etc.).

(16) Il convient de remarquer que cette ouverture est beaucoup plus haute à l'extérieur, du moins dans l'état actuel des lieux. Un fourré épais empêche d'ailleurs d'étudier la base de la construction de ce côté-là.

(17) Voy. VIOLLET-LE-DUC, Dict. d'Archit., t. V, p. 103.

(18) On en trouve dans la Loire, à Langeais.

(19) A l'angle N.-O. de ce massif rectangulaire, il y a une singulière disposition qui n'indique sans doute qu'un remploi de matériaux. En construisant son mur extérieur, l'ouvrier, n'ayant sans doute pas sous la main la pierre nécessaire pour constituer l'angle, s'est servi de deux briques qu'il a placées côte à côte.

(20) l'on en croyait Viollet-le-Duc, l'aîné de ces donjons serait celui d'Arqués, près de Dieppe, construit vers 1040. Mais, bien qu'ayant lui-même fait mention de modifications apportées à cette construction, il a attribué à une haute époque des dispositions compliquées, qui ne sauraient être du milieu du XIIe siècle.

(21) Ces pages ont été écrites en juillet 1930. Cf. Bulletin de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.