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21 décembre 2023

Le secret de Saint-Grégoire de Poitiers et la Sainte Ampoule des rois d'Angleterre par Georges THOUVENIN

Le secret de Saint-Grégoire de Poitiers et la Sainte Ampoule des rois d'Angleterre par Georges THOUVENIN

Le travail que nous publions avait été lu par notre regretté confrère, Georges Thouvenin, à la séance du 18 mars 1937.

 

Sa curiosité avait été attirée, au moment du sacre des souverains anglais, par un passage de notre vieux chroniqueur poitevin, Jean Bouchet, en même temps que par la similitude des légendes qui entouraient en France et en Angleterre l'origine des Saintes Ampoules contenant les chrêmes destinés aux onctions royales.

 

Cette lecture avait fait sensation et la Société des Antiquaires souhaita publier une recherche aussi originale, pleine d'intérêt pour les milieux érudits et même la grande histoire. Par un scrupule dû à sa délicatesse et à son extrême sensibilité, l'auteur suspendit cette impression. En démontrant que le miracle de la Sainte Ampoule britannique n'était qu'une légende inventée tardivement, il craignait de froisser les âmes simples et diverses susceptibilités. Un jour où personnellement nous exprimions tout notre désir de voir rendue publique cette belle étude, l'auteur nous exposa son intention :

 

« Plus tard, ces notes iront aux Antiquaires de l'Ouest qui en feront ce qu'ils voudront ».

 

 C'est ainsi que, grâce à l'aimable compréhension des héritiers de notre confrère, nous sommes aujourd'hui amenés à donner cette œuvre posthume. Les travaux des Bollandistes, ceux de Mgr Duchesne, ont appris qu'il, était, en bien des cas, utile de vérifier l'authenticité des faits merveilleux contés par les chroniqueurs du Moyen Age et de remettre au point ceux qui furent inventés de toutes pièces à des fins intéressées.

 

Le texte autographe de cet article n'ayant pas été préparé en vue de l'impression, nous avons dû le vérifier de très près, revoir certaines références incomplètes, en ajouter d'autres laissées en blanc, supprimer quelques redites et ménager des transitions. A cela près, nous avons respecté scrupuleusement le manuscrit.

 

La Société des Antiquaires a déjà publié des articles de G. Thouvenin (1), mais elle ne fut pas la seule bénéficiaire des travaux de cet esprit pénétrant. Il s'était d'abord consacré aux études juridiques à une époque de sa vie où il avait compté suivre une carrière en ce sens. Il présenta même en 1922 une thèse de doctorat sur les budgets extraordinaires sous le Second Empire (Poitiers, 1921, in-8), mais ses goûts l'attiraient plutôt vers l'histoire littéraire et les sources d'inspiration surtout orientales des auteurs du XIXe siècle.

 

Une santé assez précaire, en lui interdisant de prendre une situation régulière, lui permit de poursuivre ses recherches dans la direction qui lui plaisait davantage. Il a donc pu donner à la Revue d'histoire littéraire de la France des articles très fouillés (2), principalement sur les sources de Victor Hugo.

 

En même temps, il publiait dans Romania d'excellents travaux du même ordre sur la littérature du Moyen Age Le fabliau de l'oue au chapelein et une légende orientale (1923, p. 419-422). — Le légende d'Hatim Tai dans le Décaméron (1933, p. 246-269). — Note sur le Sidrach, 1934, p. 242-249. Quelques autres articles sont épars dans des revues très diverses (3).

 

Cette production, assez restreinte, est consacrée à des points d'histoire curieux ou piquants, ainsi qu'il définissait lui-même son ordre de recherches. Elle est caractérisée par une information scrupuleuse. Celui qui parcourt ses notes est frappé de l'énorme documentation accumulée autour d'un sujet destiné à être exposé en peu de pages. Ces modèles d'érudition dénotent un esprit dont la curiosité enthousiaste est tempérée par une culture profonde et une critique aiguë.

 

Malgré la prudence que nécessitait sa constitution fragile, notre confrère avait beaucoup voyagé. Il avait senti au bord de la Méditerranée cet appel de l'Orient qui hante les esprits cultivés venus au contact de cette mer autour de laquelle se développa la civilisation. En compagnie de son frère, il jouissait infiniment de ce moyen d'évasion et de celui aussi que leur procurait la musique. Mais son dilettantisme ne lui laissait pas oublier les heures critiques qu'a vécues notre pays depuis un quart de siècle et il avait tenu, pendant cette dernière guerre, à se mettre à la disposition des organisations de secours aux blessés. Sa santé, éprouvée à la suite de la mort tragique du compagnon très cher qu'était pour lui son frère, déclina enfin rapidement et lui ôta même le goût de terminer nombre de travaux dont certains restent très avancés.

 

Les notes amassées par notre confrère ont été données à la Société des Antiquaires de l'Ouest par ses héritiers. Nous tenons à leur exprimer la reconnaissance de la Société. Sur Victor Hugo, Balzac, Flaubert, Théophile Gautier, sur quelques points curieux de littérature médiévale, les îles mystérieuses, les animaux fantastiques, les sources orientales des fabliaux, il reste des ébauches précieuses qu'on aura profit à consulter.

F. EYGUN.

 

 

En 1688, un religieux de l'Ordre des Capucins, le Père Placide, après un séjour à Poitiers, transmit ses impressions à un de ses amis, dans une lettre qui fut publiée dans les Bulletins de la Société des Antiquaires de l'Ouest en 1927.

 

Elle contenait au milieu d'un certain nombre de remarques, d'intérêt fort inégal, le passage suivant : « On tient qu'il y a une antiquité considérable dans une des murailles du couvent des Capucins. On doit y trouver une petite fiole, semblable à une ampoule dans laquelle il y a de l'huile qui doit servir un jour pour sacrer le roi d'Angleterre (4). »

 

Cette note, dont la singularité n'était point alors passée inaperçue, est incompréhensible si on ne se rappelle les conditions dans lesquelles était le Père Placide pendant sa visite à Poitiers. 

 

Il avait été logé au couvent des Capucins qui existait depuis un peu plus de soixante-dix ans.

 

C'est tout à fait au début du dix-septième siècle, après une demande du Corps de Ville de 1607 et une lettre de Henri IV, en leur faveur, de 1609, que les Capucins étaient venus à Poitiers en 1610 (5).

 

L'évêque Geoffroy de Saint-Belin leur assigna, à l'extrémité sud-ouest de la ville, un terrain comprenant le cimetière de Saint-Grégoire et lieux circonvoisins, en avant des Gilliers, orienté vers la vallée du Clain, dominant les coteaux de Tison (6).

 

C'était, à cette époque, un endroit fort isolé et assez sauvage.

 

Jacques de Hillerin, d'une famille d'Anjou, étudiant poitevin en 1590, nous a laissé une impression qu'il semble intéressant de rappeler : « Je m'en retournai, dit-il, de Saint-Hilaire, prenant à main gauche, à la porte Pont-Joubert, passant en un grand vaste, comme un petit désert, assez près d'une petite église nommée Saint-Grégoire, et tout près d'une grande fortification appelée la plate-forme de Tison, où l'on tient quelques pièces d'artillerie, et me rendis à une belle église, aussi canoniale, de Sainte-Radegonde, l'une de nos reines de France, en la première race de nos rois (7). »

 

Les bâtiments que les Capucins allaient construire devaient contribuer à civiliser ce quartier assez excentrique par rapport à ce qui formait alors la ville de Poitiers proprement dite.

 

L'église Saint-Grégoire, qui s'élevait à côté, ou peut-être au milieu du cimetière, datait probablement du XIe siècle, et avait été placée sous la dépendance de l'abbaye de la Trinité avant 1119 (8).

 

En 1334, par une transaction, les religieuses de la Trinité abandonnaient au Chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier le patronage des curés de Notre-Dame-l'Ancienne et de Saint-Grégoire.

 

C'était cette église Saint-Grégoire, dont la paroisse fut alors supprimée et réunie à Saint-Porchaire, qui était donnée aux Capucins en pleine propriété (9).

 

Dans quel étal se trouvait-elle en 1610 ? Sans doute peu brillant, car, outre qu'elle était fort ancienne, une grande tempête en avait fait tomber le clocher, le 9 juillet 1598 (10). Soit qu'elle fût trop dégradée, soit que les Capucins n'aient pas jugé pouvoir l'accommoder à leurs besoins, il résulte d'un acte conservé dans les minutes de M. Jahan, notaire à Poitiers, qu'ils passèrent le 8 juin 1610 un marché avec Giraudeau et Rivière, tailleurs de pierres, pour la démolir (11).

 

Les travaux furent poussés avec activité et, alors que la première pierre avait été posée en 1610, le 1er janvier 1614 Mgr de la Roche-Posay consacra la nouvelle église (12).

 

Quoique les Capucins se fussent ainsi débarrassés des murs branlants de l'église Saint-Grégoire, ils avaient cependant recueilli les traditions qui s'attachaient à cette antique construction, et ce furent les légendes de l'église Saint-Grégoire que le Père Placide entendit conter un jour de l'année 1688.

 

Ce jour, donc, devant l'hôtel de l'Ecu-de-France, proche la place du Marché Vieux (13), le P. Placide, capucin, descendit de la diligence qui l'avait amené de La Rochelle, par Fontenay-le-Comte, Niort, Saint-Maixent et Lusignan. Il alla aussitôt demander l'hospitalité au couvent de son ordre.

 

Outre qu'il était, pour les moines de Poitiers, un de leurs frères en Saint-François, il se joignait aussi le prestige de la mission dont il avait été chargé et qui lui avait fait visiter, de 1684 à 1687, Constantinople, Smyrne, l'Archipel et, d'une manière générale, les établissements religieux de l'Orient. Un pareil voyageur était une bonne aubaine, qui rompait de façon agréable la monotonie de la vie conventuelle, et on dut certainement faire au P. Placide un accueil aussi chaleureux qu'au R. P. Innocent de Calatayrone, général des P. P. Capucins; quand il avait déjeuné à Poitiers du 23 au 30 décembre 1647 (14).

 

Que l'on se soit ingénié à lui montrer les curiosités de la ville, les églises et même les autres couvents, n'avait rien que de très naturel, et les impressions qu'il en rapporta, et qu'il a consignées dans sa lettre, ont été analysées avec trop de soin (15) pour qu'il soit utile d'y insister davantage.

 

Toutefois, deux points de sa relation sont restés obscurs et nécessitent des explications supplémentaires.

 

Les Capucins, certainement très fiers de leur monastère, avaient dû, tout particulièrement, en faire les honneurs au P. Placide. De cette visite, on relève une trace tellement intéressante dans un passage de la lettre à son ami, qu'elle confère à sa relation une valeur très supérieure à toutes celles qui peuvent être écrites par les autres voyageurs : « On tient qu'il y a une antiquité considérable dans une des murailles du couvent des Capucins. On doit y trouver une petite fiole semblable à une ampoule dans laquelle il y a de l'huile qui doit servir un jour pour sacrer un roi d'Angleterre, ce qui a été prédit par la servante de la- femme de Constantin (16). »

 

Le P. Placide, peut- être un peu distrait, a consigné, à la suite l'une de l'autre et en les unissant, alors qu'elles sont totalement distinctes et séparées dans le temps par un grand nombre d'années, deux légendes poitevines qu'on lui avait contées durant son séjour et qui présentent ce seul trait commun d'avoir été toutes les deux localisées à l'église Saint-Grégoire.

 

Avant d'entrer dans le détail de ces légendes, on voit combien elles justifient ce que j'ai avancé plus haut : les Capucins qui, d'après la lettre du P. Placide, avaient conservé des souvenirs très antérieurs à leur arrivée en Poitou, recueillis sur les lieux mêmes par tradition, et se plaisaient à les évoquer devant leurs visiteurs, avaient certainement dû se garder d'anéantir le monument auquel ceux-ci se rattachaient sous peine de les ruiner en même temps.

 

Les deux légendes poitevines sont inégales en intérêt. L'une d'elles, la moins importante, avait pourtant joui, pendant longtemps, d'un si grand crédit qu'elle a pu éviter de tomber dans un oubli irrémédiable; l'autre, la plus curieuse, et qui eut des répercussions extraordinaires, ne semble pas avoir eu à Poitiers la réputation qu'elle méritait ; peut-être faut-il penser qu'elle ne dépassa guère les milieux ecclésiastiques, qui, pour certaines raisons qu'on devine, ne tenaient pas à la propager, ce qui explique comment les Poitevins ignorèrent tout de sa naissance et de son incroyable fortune.

 

L'exposé complet se trouve dans un ouvrage imprimé depuis le XVIe siècle, très connu, d'une grande réputation, et que, à part les vingt premières pages, personne, de nos jours, n'a jamais eu le courage de lire en entier. On devine aisément, à cette description, qu'il s'agit des Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet.

 

Voici donc ce qu'on lit dans la troisième partie des Annales d'Aquitaine à l'année 1167, et ce, dès l'édition princeps de 1524 ou 1523 :

 

« Or, en ce temps (1167), Thomas, Archevesque de Canturbiëre en Angleterre, estoit fugitif de son païs : parce que les Princes Anglais l'avaient voulu occire et mettre à mort, au moyen de ce qu'il n'avait voulu adhérer à certaines constitutions, status et ordonnances, que le roy Henry et les Princes d'Angleterre avaient faites, contre les libertez et privilèges de l'Eglise et les saints Canons. Car ils voulaient conférer les dignitez et autres bénéfices, et en prendre partie des fruits, en prophanisant le sanctuaire de Dieu. Et fut ledit Archevesque sept ans environ en France, qui est le refuge des Papes et des sainctes personnes : et eutgrand communication et familiarité avec ledit Pape Alexandre, luy estant en la ville de Sens où il se tint une partie du temps en l'abbaye de Pontigny, et l'autre partie, au monastère de Saincte Columbe. Et comme j'ay leu par une ancienne pancarte de l'abbaye St- Cyprien de Poictiers, qui fust autresfois, et dès ledit temps apportée par un Religieux de ladite Abbaye, nommé Babilonius. Ledit Babilonius pour quelque inimitié que son Abbé eut contre luy, le chassa de ladite Abbaye ; dont il s'en alla plaindre audit Pape Alexandre, en ladite ville de Sens, cependant que le bon Archevesque Thomas y estoit : ledit Archevesque bailla audit Babilonius une ampoule, pour mettre en l'église Saint-Grégoire dudit Poictiers, où repose le corps de sainte Loubette, comme nous avons dit cy dessus, avec ladite carte commençant en latin : Quando ego Thomas, Archiepiscopus, etc., laquelle j'ay cy après traduite de latin en vulgaire, parce qu'elle contient aucunes choses curieuses.

 

« Lors que je Thomas Archevesque de Canturbière, exilé d'Angleterre, m'estois retiré au Pape Alexandre, estant aussi fugitif en la ville de Sens, pour luy remonstrer les mauvaises coutumes et abus, que le Roy d'Angleterre introduisait en l'Eglise. Une nuit comme j'estois en l'église sainte Columbe en oraison, et priais la Reine des Vierges, à ce qu'elle impetrast au Roy d'Angleterre et à ses successeurs, propos et volonté d'estre obédiens à l'Eglise, comme enfans d'icelle ; et que nostre seigneur Jésus-Christ, par sa miséricorde, leur fist aimer de plus ample dilection icelle Eglise ; tantost s'apparut à moy la benoiste vierge Marie, ayant sur sa poictrine une goutte d'eaüe, resplendissant plus que fin or (17), et tenant en sa main une petite ampoule de pierre. Et après qu'elle eut prins ceste goutte d'eaüe et icelle mise en l'ampoule qu'elle me bailla, me dist par ordre les parolles qui s'ensuivent :

« Cecy est l'onction de laquelle les Roys d'Angleterre doivent estre oincts, non ceux qui maintenant régnent, mais ceux qui régneront. Car les à présent régnants sont mauvais, et leurs successeurs le seront, et par leurs iniquitéz perdront plusieurs choses : toutefois aucuns Roys d'Angleterre viendront, lesquels seront oingts de cette onction, et seront bénings et obéissans à l'Eglise, et ne recouvreront leurs terres et seigneuries jusqu'à ce qu'ils ayent cette onction.

 

Le premier desquels recouvrera en paix et sans violence les terres de Normandie et d'Aquitaine, que ses prédécesseurs auront perdues : Ce Roy sera très grand entre les Roys, et est celuy qui édifiera maintes Eglises en la terre Sainte, et chassera tous les Payens de Babylone, où il érigera plusieurs beaux Monastères, et mettra en fuitte tous ses ennemis. Et si et quand il portera au col ceste goutte dorée, sera victorieux et augmentateur de son Royaume. Au regard de toy, tu mourras martyr pour soutenir les droits de l'Eglise. » Alors, je priay la saincte et sacrée Dame qu'elle m'enseignât en quel lieu je pourrais garder ce précieux sanctuaire. Et elle me dist qu'il y avait en ceste ville un Religieux du Monastère S. Cyprien de Poitiers, nommé Babilonius, qui avait injustement esté mis hors de son Monastère par son Abbé, où il demandait estre remis par autorité Apostolique, et que je luy baillasse cette ampoule pour la porter en ladite ville et cité de Poictiers, et la mettre en l'Eglise S. Grégoire, qui est près de l'église S. Hilaire, au chef de ladite Eglise vers Orient, sous une grande pierre où elle serait trouvée en temps opportun pour l'onction des Roys d'Angleterre, et que le chef des Payens serait cause de ladite invention de ladite eaüe dorée. » Toutes lesquelles choses je baillay renclous en un vaisseau de plomb, à ce bon Religieux Babilonius, pour les mettre en ladite Eglise S. Grégoire, ainsi qu'il estoit commandé » (18).

 

On comprend-maintenant, après la lecture de ces pages de Jean Bouchet, à quoi le P. Placide faisait allusion dans sa lettre, quand il parlait d'une antiquité considérable cachée dans le couvent des capucins.

(La Collégiale Saint-André de Chartres - Thomas Becket - Guillaume aux Blanches Mains - Jean de Salisbury)

Il s'agissait de cette ampoule sacrée remise à Thomas Becket par la Vierge Marie, au cours d'une miraculeuse vision, et qui, selon les termes mêmes de la charte, devait, depuis la fin du XIIle siècle, être enfouie sous une pierre au chevet de l'église Saint-Grégoire.

 

On peut en tirer cette déduction que, malgré les termes de la minute de maître Jahan, les entrepreneurs n'avaient point dû démolir en entier la vieille chapelle, et que tout ou partie du chevet devait avoir été englobé dans les nouvelles constructions.

 

Ce souvenir évoqué en 1688 ne se serait guère compris si l'église des Capucins avait été bâtie à neuf de 1610 à 1614.

 

 En second lieu, si cet extrait des Annales d'Aquitaine apporte la justification complète des dires du P. Placide, il confère aussi à sa lettre une importance de premier ordre, puisque c'est lui seul qui, parmi beaucoup d'autres voyageurs, a eu connaissance de cette légende et a permis de la tirer de l'oubli. On aurait d'ailleurs tort de reprocher à ses prédécesseurs ou à ses successeurs leur ignorance sur ce point, car ce qu'ils n'ont point su, ils ne pouvaient pas le savoir.

 

A toute époque, il eût fallu entrer en relation avec un couvent de Poitiers, que ce fût le monastère de Saint-Cyprien ou celui des Capucins, ou, à tout le moins, si la cédule de Thomas Becket y était déposée, visiter avec un guide l'église Saint Grégoire, petite chapelle perdue à une extrémité de la ville, et qui ne se recommandait très probablement à l'attention par aucun caractère architectural.

 

Les excursionnistes se contentaient de voir les grandes paroisses, la cathédrale, et c'était là certainement tout ce qu'ils admiraient de Poitiers, sans jamais avoir eu l'occasion de pénétrer dans un couvent et de s'informer auprès des religieux des antiquités ou des souvenirs qui étaient confiés à leur garde.

 

Il en fut tout autrement pour le Père Placide, puisque, grâce à son caractère religieux, les circonstances le firent séjourner au couvent des Capucins où l'on s'ingénia à montrer à ce pèlerin d'Orient toutes les curiosités de l'endroit.

 

Cette condition spéciale l'a mis à même de rapporter cette sensationnelle légende, et quoique ce soit un peu à son insu, il faut cependant lui en conserver le mérite. Il convient maintenant d'étudier en détail le document que Jean Bouchet nous a conservé.

 

Toute la première partie est de la plus grande histoire.

 Les démêlés de Thomas Becket avec Henri II, qui voulait donner une nouvelle constitution à l'Eglise d'Angleterre et établir la suprématie du pouvoir royal, sont assez connus pour qu'il soit inutile d'y insister (19).

 

La lutte entre le roi et Becket, archevêque de Cantorbéry, primat d'Angleterre et représentant du Saint-Siège, durait depuis deux ans quand, craignant pour sa vie, en raison des violents accès de colère de Henri II, Becket se décida à prendre la fuite le 13 octobre 1161 (20). Il venait en France se réfugier auprès du pape Alexandre III qui, après la nomination d'Octavien comme antipape, y avait déjà trouvé un asile en 1162, et s'était retiré dans la ville de Sens (21).

 

C'est là que Thomas Becket se jeta aux pieds du Saint-Père en novembre 1164, pour obtenir sa protection. Le Pape le reçut avec bonté et lui assigna comme logement l'abbaye de Pontigny (22). Becket devait y rester deux ans.

 

Au bout de ce temps, les rapports entre les deux antagonistes ne s'étant point améliorés, comme l'Ordre de Cîteaux, dont relevait l'abbaye de Pontigny, avait de nombreux monastères en Angleterre, Henri II enjoignit aux moines de cette abbaye de France de chasser son redoutable contradicteur sous peine de voir fermer et peut-être détruire tous les établissements qu'il possédait sur son royaume (23). Becket comprit et, ne voulant pas exposer l'Ordre de Cîteaux à une pareille catastrophe, au début de novembre 1166, il se résigna à quitter Pontigny pour l'abbaye bénédictine de Sainte-Columbe, aux portes de Sens (24).

 

Ce serait donc dans cette abbaye de Sainte-Columbe, où il résida jusqu'à son retour en Angleterre, le 1er novembre 1170, qu’aurait eu lieu cette vision de la Sainte Vierge au cours de laquelle Becket reçut de la Mère du Sauveur l'ampoule sacrée (25).

Si l'on veut passer au crible de la critique les termes du récit de la vision, d'après la relation de Jean Bouchet, on s'aperçoit que, pour peu que, avec le scepticisme de notre temps, on écarte les conditions spéciales d'état de profonde oraison de Becket et qu'on rejette toute croyance aux miracles, la pancarte de Saint-Cyprien résiste difficilement à l'analyse.

 

La cédule de Thomas Becket pose des questions d'une extrême complexité.

 

Au début, la Vierge Marie annonce que « des rois d'Angleterre' viendront dans des temps éloignés (puisqu'elle écarte ceux qui règnent actuellement et leurs successeurs évidemment les plus proches) qui seront obéissants à l'Eglise ».

 

 Cela peut bien passer pour une allusion aux luttes que Henri II soutenait justement contre Thomas Becket pour imposer au clergé d'Angleterre les constitutions de Clarendon qui tendaient non seulement à restreindre, mais à ruiner son autorité spirituelle et temporelle, et cette partie ne s'éloigne pas de la date qui lui est assignée.

 

II n'en est pas de même dans les deux arguments suivants qui indiquent les bénéfices que les rois d'Angleterre tireront de l'ampoule sacrée : Le premier roi qui devait être oint de ce saint chrême recouvrera en paix et sans violence les terres de Normandie et d'Aquitaine que ses prédécesseurs auront perdues.

 

La science de l'avenir que la Sainte Vierge pouvait posséder une fois mise à part, on peut dire qu'il semble extraordinaire que quelqu'un ait pu écrire ces lignes en 1167. Henri II était alors le possesseur de ces provinces et rien ne faisait prévoir qu'un jour lui ou l'un de ses successeurs pût en être privé. Cela arriva pourtant, mais bien longtemps après, quand, en 1204, Philippe Auguste enleva la Normandie par la force des armes à Jean Sans Terre. Au moment où Henri Il était duc de Normandie, il est invraisemblable que cette éventualité ait pu être envisagée.

 

 Pour l'Aquitaine, amputée du Poitou et du Périgord que Louis VIII devait conquérir en 1224, elle ne se composait plus que du duché de Guyenne, c'est-à-dire en totalité des diocèses de Bordeaux, de Bazas, d'Oloron, de Lescar et d'Aire, l'île d'Oléron étant du diocèse de Poitiers (26).

 

La Guyenne elle-même fut prise par la conquête et confisquée par arrêt en 1294 par Philippe le Bel sur Edouard Ier, pour la première fois et pour peu de temps, seulement jusqu'au traité du 20 mai 1303 (27).

 

On voit donc combien il est difficile de placer à la fin du sue siècle la rédaction de la charte de Saint-Cyprien, qui présente une aussi complète méconnaissance de la chronologie historique.

 

En second lieu : Ce roi sera très grand entre les Roys et est celui qui édifiera maintes églises en Terre Sainte, et chassera tous les Pagens de Babylone où il érigera plusieurs beaux Monastères et mettra en fuite tous ses ennemis.

 

Il y a là un anachronisme frappant. Lors de la première croisade qui avait eu lieu à la fin du XIe siècle et avait abouti à la prise de Jérusalem en 1099, l'Angleterre, où régnait alors Guillaume II le Roux, en lutte contre les seigneurs féodaux et le clergé (1087 -1100), n'y avait pris aucune part.

 

 La seconde croisade de 1147 avait été entreprise exclusivement par Louis VII le Jeune, roi de France, et l'empereur d'Allemagne, Conrad III.

Ce n'est qu'à la troisième croisade, celle de 1190, que le souverain d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, qui venait de succéder à son père Henri II en 1189, se joignit à Philippe Auguste et à l'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, avec ses troupes levées tant en Angleterre que sur les provinces qu'il possédait sur le continent.

 

Or, Becket était mort depuis plus de vingt ans.

 

Près d'un siècle plus tard, Edouard 1er partit pour la Terre Sainte, à l'époque de la croisade de saint Louis, en 1270, et il en revint en 1272, après la mort de son père Henri III, survenue le 16 novembre 1272 (28), n'ayant abouti à aucun résultat.

 

Ainsi, avant et pendant la vie de Thomas Becket, l'Angleterre s'était tenue à l'écart des croisades, et cette préoccupation ne lui vint que très tardivement. Thomas Becket lui-même était resté trop étranger à tout souci de ce genre pour avoir jamais songé qu'une prédiction semblable pût présenter quelque attrait pour un souverain quelconque.

 

 

Quant à la désignation de la ville de Babylone, elle remonte nettement à la troisième croisade faite par Richard Cœur de Lion contre Saladin qui était considéré comme roi de Babylone (29).

 

Ainsi, en étudiant méthodiquement chacune des prédictions historiques que la Sainte Vierge aurait faites à Thomas Becket en 1169, on est conduit à une époque très postérieure à celle qui a été assignée à la vision de l'archevêque.

 

Il y a aussi un autre argument non moins certain que les précédents.

 

Sur l'injonction de la Sainte Vierge, Thomas Becket remit à un moine de Saint-Cyprien l'ampoule pour qu'il la portât à Saint-Grégoire.

Il est dit qu'il y avait en cette cité un religieux du Monastère de Saint-Cyprien de Poitiers, nomme Babilonius, qui avait injustement esté mis hors de son Monastère par son abbé, où il demandait estre remis par authorité apostolique.

 

Ceci montre combien la transmission de l'ampoule à Poitiers avait été faite dans les conditions les plus singulières. On ne comprend guère comment Thomas Becket aurait eu recours à ce moine chassé de son couvent, ce qui ne semblait pas devoir être une recommandation, alors qu'il avait à cette époque, sur le siège épiscopal de Poitiers, un de ses amis intimes, Jean de Salisbury, dit Jean aux Belles-Mains, avec lequel il était en correspondance (30).

 

Le moine chassé était venu à Sens pour demander au Pape Alexandre III de le réintégrer dans son couvent. Or, si, en effet, le Pape Alexandre III avait bien séjourné à Sens, il y avait déjà longtemps, à cette époque, qu'il avait quitté la capitale du Sénonais pour regagner la Ville Eternelle. Becket eut même le chagrin de rester peu de temps auprès de lui, puisque arrivé à Pontigny le 30 novembre 1161, il vit le Saint-Père, dès l'annonce de la mort d'Octavien (31), abandonner Sens en mai 1165 pour aller s'embarquer à Montpellier (32) en août, en direction du port italien d’Ostie (33).

 

Quand Becket gagna Sainte-Columbe, il y avait plus d'un an que le Saint-Père était rentré à Rome. Il semble donc difficile de croire que Babilonius eût pu venir lui demander sa grâce à la date encore plus éloignée de 1167.

 

On relève donc dans cette pièce des erreurs chronologiques indéniables qui attestent une connaissance vague d'événements anciens, mal localisés et mal datés, peut-être mêlés à d'autres plus récents, qui permettent de la taxer d'apocryphe.

 

Ce qui appuie cette conclusion sévère, c'est que cette apparition qui, parmi toutes celles que put avoir Thomas Becket, méritait certainement une mention spéciale, est restée inconnue de tous ses biographes.

 

Très peu de temps après la mort du prélat, assassiné le 29 décembre 1170, bien avant la fin du XIIe siècle, plusieurs de ses familiers, qui avaient été intimement mêlés à son existence, rédigèrent des biographies du martyr de Cantorbéry.

 

La plus connue, sinon la plus estimée (34), est certainement celle qui, sous le nom de Quadrilogus ou Histoire quadripartite, fut compilée en 1198 ou 11996, d'après Hubert de Basliam, Guillaume de Cantorbéry, Alain de Tewkesbury, abbé de Déache, et Jean de Salisbury. Guillaume de Cantorbéry, moine à Christ-Church, fut un témoin de la mort du prélat, comme Jean de Salisbury, ami d'enfance et compagnon de Becket pendant une grande partie de sa vie, jusqu'à son dernier jour. Hubert de Basham était également un autre ami intime de Thomas. On a peine à croire que ceux qui avaient été à même de recevoir ses confidences aient ignoré un pareil événement.

 

 Or, l'Histoire quadripartite est absolument muette sur l'apparition de Sainte-Columbe. Garnier de Pont-Sainte-Maxence, auteur d'une vie de Saint Thomas de Cantorbéry en un poème de olus de 6.000 alexandrins, considéré comme très remarquable (36), terminé dans les derniers mois de l’année 1174, n'en fait aucune mention (37). Il en est de même dans une Vie écrite par le frère Benet, moine de l'abbaye de Saint-Alban, en 1184 (28).

 

La dernière biographie la plus complète de saint Thomas Becket, par dom L. Huillier, qui a travaillé sur les sources anglaises, n'y fait pas la moindre allusion. On fouillerait en vain pour la vision de Thomas Becket la Vie de Saint Thomas de Cantorbéry, rédigée au XVIIe siècle par un certain de Beaulieu qui s'appelait Pierre Thomas de Fossi, ou peut-être bien Cambaist de Pontchasteau (39), et également celle qui figure dans la Vie des Saints de Baillet (40) ou la Légende Dorée de Jacques de Voragine (41).

 

Les historiens anglais qui racontent la vie de Becket, intimement liée à l'histoire du royaume pendant le XIIe siècle, ignorèrent aussi bien que tous les auteurs précédents le miracle de Sens.

 

Pas tous, cependant, car il figure à sa date dans l’Euloginm Historiarum sive temporis (42), chronique sans nom d'auteur, comme beaucoup de ce temps-là, et attribuée à un moine de Malmesbury, John de Rupe Alba (43). Mais Franck Scott Hayden, un des Maîtres des Rôles qui publiaient l'Eulogium Historiarum au XIXe siècle, dans la collection des « Rerum Brilannicarum Medii aevi scriptores », n'hésite pas un seul instant à y voir une interpolation (44).

 

Quoique le texte latin de l'Eulogium reproduise assez exactement la teneur du document dont Jean Bouchet a donné la traduction française, il n'en faut pas moins relever deux divergences.

 

Le moine de Saint-Cyprien de Poitiers y est nommé « Wilhelmus », ce qui d'ailleurs est infiniment plus vraisemblable que le nom de Babilonius que nous a transcrit Jean Bouchet. Ensuite, par une erreur de lecture ou tout autrement, l'église dans laquelle devait être enfermée l'ampoule est appelée « ecclesia Sancti Georgii, quae est prope ecclesiam Sancti Hilarii (45) ».

 

Il s'agit donc bien de la même chapelle, mais le nom de Saint-Georges a été substitué à celui de Saint-Grégoire. 

 

L'interpolation certaine empêche d'attribuer une valeur quelconque à l'Eulogium dans ce débat.

 

Ainsi donc, les erreurs historiques déjà signalées, auxquelles s'ajoute le silence de tous les biographes et historiens sur Thomas Becket, tout concourt à faire juger la charte de Saint-Cyprien comme une pièce forgée longtemps après la mort du saint archevêque. Depuis les prophètes d'Israël, ce ne serait pas la première fois que l'on s'apercevrait que bien des prédictions se rapportent en réalité à des événements antérieurs, tellement l'avenir est imprévisible. C'est ce qui permet nettement de douter qu'on puisse placer à la fin du XIIe siècle la vision de Thomas Becket et les propos que lui tint son apparition, même en admettant que ce fût la Vierge Marie.

 

Il faut ici mettre en lumière une autre considération, car elle intéresse particulièrement les Poitevins.

 

En lisant les Annales d'Aquitaine, deux hypothèses se présentent: la première est celle de l'inexactitude absolue, d'un bout à l'autre et la seconde, celle d'une fourberie qui eût été l'œuvre d'un moine de Saint-Cyprien, de Babilonius ou Wilhelmus de quelque nom qu'on le nomme, d'autant plus que la façon dont on le présente le rend très suspect. Or tout démontre qu'elles sont à éviter aussi bien l'une que l'autre. On se heurte, dans les deux cas, à un argument des plus sérieux : l'ignorance absolue qu'on constate, dans toute histoire poitevine, sur cette affaire.

 

Sans doute pourrait-on penser que les moines de Saint-Cyprien avaient jalousement gardé le secret enfermé dans la charte de Thomas Becket parmi leurs archives, et scellé l'ampoule sous une pierre de Saint-Grégoire, sans en parler à personne. Or, c'est justement cela qui est invraisemblable.

 

La nouvelle de l'assassinat de Thomas Becket, s'était répandue avec la rapidité de l'éclair dans tout le continent et y avait causé une grande stupeur (46).

 

 Les miracles qui s'étaient produits à Cantorbéry au lendemain de la mort du prélat (47) suscitèrent un grand mouvement de foi qui entraîna de nombreux pèlerins au tombeau du martyr (48).

 

Tous tenaient à rapporter, et portaient suspendue au cou, l'ampoule de plomb contenant de l'eau mêlée d'une goutte du sang qui avait coulé pour l'Eglise, comme signe distinctif de leur pélerinage. (49) Les chefs de l'Eglise donnaient à leurs peuples l'exemple de la dévotion à ces reliques en les employant pour la consécration des autels.

 

Partout, en Italie, en Belgique, en France, spécialement en Normandie et en Poitou, jusqu'en Irlande et sur les bords de la Baltique, s'élevaient des sanctuaires ou des autels sous le vocable de saint Thomas de Cantorbéry (50).

 

Devant une aussi grande réputation de sainteté que Thomas Becket avait acquise dans toute la chrétienté par son affreuse mort, on comprendrait difficilement que le monastère de Saint-Cyprien, bien loin de cacher l'insigne relique qui lui avait été confiée, ne se soit pas, au contraire, vanté de sa possession.

 

Si, dans divers pays, Angleterre, Italie, Flandre, et en France même, on s'honorait de posséder des vêtements, des ornements, des fragments corporels (51), quelle n'eût pas dû être la gloire du monastère poitevin d'être le dépositaire de l'ampoule miraculeuse de Sainte-Columbe.

 

 A cette époque d'extrême crédulité, les couvents étaient trop fiers de leurs reliques, quel que fût leur degré d'authenticité, pour songer à les dissimuler, et, en ce cas, le silence se fût compris moins que jamais.

 

Il semble donc impossible, si la vision des Annales d'Aquitaine était vraiment exacte, que la présence de l'ampoule à Poitiers n'eût pas été officiellement annoncée, ou que, tout au moins, rien n'en eût été soupçonné.

 

La mention des Annales d'Aquitaine passa complètement inaperçue.

 

Elle n'éveilla donc dans la mémoire des Poitevins qui la lurent, et il y en eut beaucoup, aucun souvenir.

 

En voici quelques preuves : Si le cartalaire de Saint-Cyprien, publié dans les Archives Historiques du Poitou par Rédet (52) ne dépasse pas 1155, l'Historia regalis abbatiae Sancti Cypriani, martyri, ad Clinum, extra Muros Pictavis, composée par René Du Cher (53), ne contient rien sur la charte de Saint-Cyprien, l'église Saint-Grégoire et l'ampoule.

 

 Or, d'après M. de Longuemar, dans un rapport sur les fouilles exécutées dans l'enclos de l'ancienne abbaye Saint-Cyprien (54), René Du Cher avait utilisé pour la chronique de cette abbaye les Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet. Pour qu'un moine de cette abbaye, écrivant son histoire, ait dédaigné un pareil document, cela en dit long sur son caractère nettement apocryphe.

 

Quand, au XVIIe siècle, dom Claude Etiennot de la Fare, bénédictin de Saint-Maur (55), écrivit des annotations aux Annales d'Aquitaine sur l'édition de 1644, arrivé à la vision de Becket et à la transmission de l'ampoule à Poitiers par Babilonius, après avoir, par un court extrait, précisé le passage de Becket, il se contenta de mettre en marge : « fabuleux » (56).

 

Pour Dom Etiennot, c'était visiblement une invention de l'auteur, à moins que celui-ci n'eût été abusé par un faux document. En tout cas, on a bien l'impression que c'était la première fois qu'il en entendait parler et qu'il n'y attachait aucune importance.

 

Lorsque au XVIIIe siècle, Bobinet, curé de Buxerolles, reprit un moment toutes les Annales d'Aquitaine pour les continuer depuis la mort de l'auteur jusqu'à lui, arrivé à la vision de Thomas Becket, il recopia purement et simplement les pages que Jean Bouchet avait écrites deux siècles plus tôt, sans y rien ajouter de nouveau (57). Lui non plus ne savait rien et toute la ville de Poitiers était plongée dans une égale ignorance.

 

Après avoir soumis à une critique aussi serrée que possible le contenu de la charte de Saint-Cyprien, tel qu'il est rapporté dans les Annales d'Aquitaine, on est amené à conclure qu'on se trouve en présence d'un document apocryphe dans toutes ses parties.

 

L'apparition de la Vierge à Thomas Becket n'a jamais eu lieu ; et il n'a jamais reçu une ampoule sacrée de la Mère du Sauveur ; aucun moine de Saint-Cyprien ne se trouvait alors à Sens pour voir le Saint-Père, Alexandre III, qui n'y était plus depuis longtemps ; on ne put donc le charger de rapporter à Poitiers cette sainte relique.

 

Poitiers n'eut jamais connaissance qu'un pareil dépôt lui eût été confié, et quand, pour la première fois, cette révélation fut faite par Jean Bouchet, personne dans la ville ne s'en inquiète, considérant la nouvelle comme invraisemblable.

 

Ce qui fit que, bien loin de susciter la curiosité, on laissa tomber dans l'oubli ce passage des Annales d'Aquitaine qui aurait dû, plus que bien d'autres, retenir l'attention et faire naître des enquêtes dont on aurait retrouvé les traces.

 

On est en présence d'une suite de questions énigmatiques : comment ce document fut-il rédigé, à quelle époque, où, pourquoi et pour qui ?

 

 

* * *

A l'extrême fin du XIVe siècle, en 1399, il se produisit en Angleterre un événement très important : la chute de Richard II et l'avènement de la maison de Lancastre.

 

Ce bouleversement politique eut lieu dans les circonstances suivantes : Edouard III étant mort le 22 juin 1377 (58), après avoir perdu, un an auparavant, son fils aîné Edouard , prince de Galles, connu sous le surnom de Prince Noir (59), ce fut le fils de ce dernier, Richard, qui succéda à son aïeul et qui fut couronné le 12 juillet 1377 (60).

 

Richard II, alors âgé de onze ans, fut soumis jusqu'à sa majorité, à dix-sept ans, en 1383, à la tutelle de ses oncles (61). Mais, à partir du moment où il exerça le pouvoir seul, il se montra faible, ayant une haute opinion de ses mérites, proie désignée pour la flatterie, cédant à des favoris, ne s'attachant qu'à des bagatelles, et pensant uniquement à ses plaisirs. Usant sans discernement, tantôt de la clémence et tantôt d'une extrême sévérité, il eut un règne troublé, et suscita contre lui de bien grandes animosités dans ses efforts pour obtenir son pouvoir absolu (62).

 

En 1396, gêné par la révolte des Lollards, pour se rendre les mains libres, il conclut avec la France une trêve de vingt-huit ans et, après une entrevue avec Charles VI, où les deux rois rivalisèrent de luxe extravagant, il épousa Isabelle de France, alors âgée de huit ans (63).

 

La nation anglaise s'irrita contre la reddition de Brest au duc de Bretagne. Glocester et Arundel s'empressèrent d'exploiter ce mécontentement et demandèrent au Parlement de réduire les dépenses du Roi. Richard déclara que ce serait porter atteinte à sa souveraineté.

 

Un Parlement à sa dévotion révoqua une amnistie de 1386 et condamna à mort comme traîtres le duc de Glocester, le comte d'Arundel, le comte de Warwick, et, au bannissement, Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry. Warwick échappa à la mort, le comte d'Arundel fut décapité, et le duc de Glocester étranglé à Calais (64).

 

L'année suivante, le duc de Norfolk ayant tenu devant le jeune duc de Hereford, fils du duc de Lancastre, des propos désavantageux à l'égard du roi, ce jeune homme, intimidé par le récent exemple de la vengeance royale, n'hésita pas à le dénoncer au souverain. Norfolk niant, un duel judiciaire devait décider entre eux, quand le roi les exila tous les deux.

 

Mais alors que le duc de Hereford n'était d'abord exilé que pour six ans, et avait conservé l'administration de ses biens par procureur, après la mort de son père, le duc de Lancastre, Richard l'exila à vie et confisqua son héritage très important (65).

Sur ces entrefaites, en 1399, l'Irlande soulevée tua le gouverneur Roger Mortimer, comte de March.

 

Richard II, s'abusant dans une trompeuse sécurité, partit aussitôt pour châtier les rebelles (66).

 

Sitôt son départ, les mécontents rappelèrent de France Henri de Lancastre pour le mettre à leur tête.

 

 Débarqué à Ravenspuer, accompagné de l'archevêque Thomas Arundel qu'il avait retrouvé en France, son armée ne cessa de s'accroître, et il fit une entrée triomphale à Londres (67).

 

Richard II repassa en Angleterre en toute hâte, mais incertain de ce qu'il devait faire, abandonné par les siens, il se rendit à son cousin le 19 août. Il fut emmené à Londres, enfermé prisonnier à la Tour où il signa son abdication le 29 septembre (68).

 

Henri de Lancastre, qui venait ainsi de s'emparer du pouvoir par un coup de force, n'avait aucun droit héréditaire à faire valoir pour succéder à Richard.

 

L'héritier présomptif était Edmund Mortimer comte de March, fils de Roger Mortimer, tué quelques mois plus tôt en Irlande; il descendait de Lionel, duc de Clarence, second fils d'Edouard III tandis que, pour Henri de Lancastre, son ascendant était Jean de Gaud, frère cadet de Lionel (69).

 

Tout en le sachant fort bien, comme il devait le reconnaître à son lit de mort en 1412, d'après une anecdote contée par Jehan de Wavrin (70), Henri chercha avec beaucoup d'habileté à s'imposer à la foule, en se gardant d'évoquer le seul argument valable, mais à double tranchant, qui était le consentement de la nation. Il fit publier une proclamation dans laquelle il déclarait qu'il montait sur le trône par droit de conquête, par la résignation de Richard en sa faveur et comme le plus proche héritier mâle du dernier roi (71), mensonge insigne pendant la vie d'Edmund Mortimer, dit l'historien Smolett (72).

 

Pour frapper davantage les imaginations il s'appuya sur l'Eglise, en donnant des preuves publiques de dévotion à l'église Saint-Paul de Londres, et enfin il eut recours à un miracle : « Pour continuer, écrit Smolett, à affecter la même manière superstitieuse qu'il jugeait avantageuse à ses intérêts, il résolut d'être oint, à son couronnement, avec une huile dont on disait que la Sainte Vierge avait lait présent à Thomas Becket pendant son exil» (73).

 

Smolett n'ayant raconté cette histoire qu'en résumé, il vaut mieux s'adresser à un moine de Saint-Alban. qu'on croit être Willelmus Wyntershyll, qui l'a rapportée tout au long dans les Annales Ricardi secundi et Henrici Quarti, et dont voici la traduction intégrale :

A ce moment, je ne sais s'il faut davantage admirer ou proclamer la bonté divine ; c'est la puissance de Dieu qui inopinément détrône les puissants, ou exhausse les humbles, tire de la poussière l'indigent et relève le pauvre de son fumier, parce qu'il siège avec les princes et qu'il occupé le trône de la gloire. Par exemple, ce roi Henri, qu'une indicible méchanceté avait relégué, qu'une fausseté totalement manifeste avait privé de tous ses biens, grâce à un évident miracle de Dieu, qu'on ne peut nettement contester, revint de façon étonnante le jour même où finissait l'année dans laquelle il avait été envoyé en exil, et fut élevé à la royauté, de telle sorte qu'il fut couronné roi dans la magnificence, la joie et l'allégresse, le jour anniversaire de celui où il avait été contraint de soi tir du royaume dans la tristesse et l'affliction. Le jour de la Translation de saint Edouard était le terme qui lui avait été fixé, où il lui fallait quitter l'Angleterre ; l'année révolue lui ramena le comble de la grandeur, de l'honneur et de la gloire.

 

Et comme présage du surcroit de grâce qui. lui était réservé, croit-on, il fut oint de cette matière céleste que, jadis, Notre-Dame, Mère du Seigneur, remit à saint Thomas martyr, quand il était en exil, et que celui-ci confia à un saint moine pour la conserver, comme le déclare le chapitre suivant, selon les paroles même de ce saint: « Quand moi, Thomas, archevêque de Cantorbéry, je fuyais, banni d'Angleterre, je vins au Pape Alexandre, qui était alors à Sens, afin de lui faire connaître les coutumes que le roi d'Angleterre introduisait dans l'Eglise. Une nuit que j'étais en prière dans l'église de Sainte-Columbe, je demandai à la Reine des Vierges d'inspirer au Roi d’Angleterre et à ses héritiers le désir et le ferme propos de s'amender envers Dieu, et je la priai d'obtenir de la miséricorde de Jésus-Christ que ce prince traitât l'Eglise avec plus de respect et d'amour. Aussitôt la Sainte Vierge m'apparut ayant en son sein cet aigle d'or, tenant à la main une petite ampoule de lapis ; et prenant l'aigle avec l'ampoule, elle me les posa dans la main, et m’adressa les paroles suivantes : « Voici l'onction dont doivent être sacrés les Rois d'Angleterre, non pas ceux qui règnent maintenant, mais ceux qui régneront ; car ils sont et seront méchants ; ils ont perdu et perdront beaucoup à cause de leurs péchés. Mais les Rois d'Angleterre à qui cette onction est réservée seront débonnaires et se feront les champions de l’Eglise ; car ils recouvreront pacifiquement le pays perdu par leurs parents jusqu’à ce qu'ils aient cet aigle et cette ampoule. Le futur roi des Anglais qui le premier recevra cette onction recouvrera le pays perdu par ses prédécesseurs, c'est-à-dire la Normandie et l'Aquitaine qu'il récupérera sans violence. Ce roi sera le plus grand des rois ; et c'est lui qui bâtira plusieurs églises en Terre Sainte, et chassera tous les païens de Babylone, et construira plusieurs églises dans cette ville. Toutes les fois que le roi portera cet aigle sur son sein, il obtiendra la victoire sur ses ennemis ; son royaume ira toujours s'agrandissant. Pour toi, tu seras martyr. » ,

 

Alors, je priai la Sainte Vierge de m'indiquer où je devais déposer un objet si saint et si précieux. « Il y a dans cette ville, me dit-elle, un moine de Saint-Cyprien de Poitiers, nommé Guillaume, chassé injustement par son abbé de son abbaye, qui demande au Pape qu'il engage son abbé à le laisser rentrer dans son abbaye.

Remets-lui l'aigle avec l'ampoule pour qu'il les cache au chevet de l'église Saint-Grégoire vers l'Orient, sous une grande pierre ; on les y trouvera quand il sera temps et ce sera l'onction des Rois d'Angleterre, qui seront les chefs des Païens. » Et je remis au moine le tout enfermé dans un coffre de plomb.

 

Cet écrit de saint Thomas martyr fut déposé, dit-on, avec l'aigle et l'ampoule de cristal dans le susdit vase de plomb, et caché pendant longtemps en l'église Saint-Grégoire, comme l'avait ordonné la Sainte Vierge.

 

Enfin, par révélation divine, croit-on, tout cela fut annoncé et révélé à un saint homme, a l'époque de noble et illustre Roi Edouard III, depuis la conquête, pendant que Henri, premier duc de Lancastre, chef énergique et belliqueux, faisait d'une manière incomparable la guerre pour le Roi dans ces régions. C'est donc à lui que furent remis cet aigle et cette ampoule.

 

Il les donna au très noble prince Edouard, fils aîné dudit Roi, pour qu'il fût oint de cette onction après la mort de son père. Il espérait, en effet, qu'il était lui-même celui dont l’écrit de saint Thomas avait fait la prophétique mention. Mais cette idée le trompa, ainsi que beaucoup d'autres, puisque ce Prince mourut avant son Père, d'une mort prématurée.

 

Au couronnement du fils de ce Prince, à savoir Richard, qui succéda à Edouard de Windsor, son aïeul, on chercha l'aigle et l'ampoule, mais on ne put les trouver d'aucune façon, car n'était pas encore venu celui à qui un tel présent était destiné.

 

Après plusieurs années du règne de Richard II, comme il cherchait, par curiosité, les objets que lui avaient laissés ses ancêtres, qu'il ouvrait et examinait à la Tour diverses cassettes, il en trouva enfin une fermée par de multiples serrures dont on ne put trouver les clefs. Il ordonna donc de briser la cassette pour savoir ce qu'elle contenait.

 

Il y regarda et y trouva l'aigle contenant l'ampoule et l'écrit de saint Thomas martyr qui y était aussi déposé. Quand il eut appris la vertu d'une telle onction, comme il était de goûts frivoles et avide de gloire, il demanda bien vite à Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry, de le sacrer de nouveau avec ce chrême.

 

 Il pensait ainsi triompher glorieusement et victorieusement de ses ennemis ; il voulait donc anticiper sur la volonté divine et accomplir lui-même ce à quoi il n'était nullement destiné.

 

L'archevêque, homme de profond conseil, le dissuada absolument de demander et même de souhaiter ce qui était défendu par la divine Providence. Il suffisait, lui dit-il, qu'il eût déjà reçu des mains du Métropolitain, lors de son couronnement, l'onction sacrée qui ne devait pas être renouvelée ; peut-être présumera-t-on qu'il apparaissait rejeté par Dieu. Le Roi, voyant qu'il ne pouvait pas rallier l'évêque à son opinion, renonça, quoique malgré lui, à ses prétentions ; toutefois, il porta toujours sur lui l'aigle d'or et l'ampoule toutes les fois qu'il s exposa à quelque péril sur terre, sur mer ou à la guerre.

 

Dans ces conjonctures, à son dernier retour d’Irlande, après sa reddition au duc de Lancastre, en vertu d'engagements formels, à son arrivée au château de Chester, il remit, bien à contre-cœur, l'aigle et l'ampoule à l'archevêque qui le demandait et l'exigeait instamment en disant qu'il voyait clairement que la volonté divine n'était pas qu'il fût oint de cette onction, et qu'un si noble sacrement était destiné à un autre.

 

L'archevêque, conservant sous sa vénérable surveillance les joyaux, les garda jusqu'au moment du couronnement du nouveau roi ; ce fut le premier roi oint d'une si précieuse liqueur envoyée du ciel. C'est pourquoi plusieurs crurent qu'il était le Roi élu de Dieu auquel une telle onction avait été miraculeusement réservée, et qu'une grâce lui avait été promise si grande qu'aucun de ses prédécesseurs n'en avait eue » (74).

 

Le dimanche 12 octobre, une magnifique chevauchée du Roi, brillamment accompagné, se rendit de la Tour de Londres à Westminster où Henri passa la nuit, et le lundi 13 octobre, jour de la fête de saint Edouard le Confesseur, se déroula dans la Cathédrale, sous la présidence de Thomas Arundel, archevêque de Cantorbery, réintégré dans tous ses droits, la fastueuse cérémonie du couronnement (75). Le moine de Saint-Alban, Wyntershyll, l'a décrite en partie dans le plus grand détail d'où il suffira d'extraire ce qui concerne les onctions proprement dites : « Le Roi s'assit sur le siège royal duquel s'approcha l'archevêque qui abaissa de ses propres mains le vêtement du roi jusqu'à l'ombilic, tandis qu'un dais était étendu sur lui. Ensuite, il oignit ses mains de l'huile-sainte, en disant : « Ungantur manus istae., etc. » et pendant ce temps, le chœur chantait : « Unxerunt Salomonum, etc. (76) » Oraison: « Prospice., etc. » Ensuite, furent oints la poitrine, les épaules et les deux articulations des bras de la même huile avec laquelle il fit d'abord une croix sur la tête, puis ensuite avec le chrême, en récitant ces prières : « Deus, Dei filius. etc., » et : « Deus, qui es justorum gloria. » Après, il lui recouvrit la tête d'un voile de lin à cause de l'onction qu'il garda pendant sept jours, jusqu'à ce qu'il fût enlevé, le huitième jour après le couronnement, par les mains des Evêques (77). »

 

Les relations étaient très fréquentes entre la France et l'Angleterre, d'autant plus que celle-ci avait, à cette époque, de grandes possessions territoriales-sur le continent, et le fait que Henri de Lancastre était parti de Bretagne pour s'emparer du pouvoir, tout cela dut faire connaître très rapidement le changement de gouvernement qui s'était produit outre- Manche.

 

Mais Charles VI, qui avait l'excuse d'être tombé en démence sept ans plus tôt en 1392, et qui n’avait que de rares intervalles lucides, mit un an avant de s'en inquiéter, quoiqu'il eût de sérieuses raisons pour cela, puisque Richard II était son gendre, et alors que le malheureux prince avait vraisemblablement été assassiné au mois de février 1400 (78).

 

Le 1 er octobre 1400, donc, le roi de France, touché de l'infortune de Richard, envoya vers Henri de Lancastre Jean de Hangest, seigneur d'Hagueville, capitaine de Boulogne, et Pierre Blanchet, tous deux membres du Conseil du Roi, pour avoir des nouvelles de la reine, sa fille, et savoir ce que les Anglais avaient l'intention de faire au milieu de ces étranges bouleversements.

 

Le roi Henri de Lancastre fit un gracieux accueil aux ambassadeurs : « Il s'informa avec intérêt de la santé du roi, de la reine et de ses seigneurs les ducs de France ».

 

 Le jour de la Toussaint il les conduisit dans les appartements secrets du palais. En découvrant à leurs yeux, « avec un empressement affectueux, ses trésors et tout ce qu'il avait de plus précieux, il leur montra humblement et à genoux, comme un présent envoyé du Ciel, l'aigle, et leur raconta, selon la teneur de la cédule de saint Thomas, comment on l'avait découvert ».

 

Les ambassadeurs rapportèrent que « le roi, qui était superstitieux comme le sont tous les Anglais, avait une merveilleuse confiance dans cet aigle, et avait résolu de le porter toujours sur lui, dans l'espérance surtout de remporter la victoire sur ses ennemis » (79).

 

C'est ainsi qu'en 1400, les envoyés de Charles VI rapportèrent en France, non seulement la relation orale qui leur avait été faite par le roi du miracle de Thomas Becket, mais aussi certainement une copie de la cédule, qui fut insérée par le Religieux de Saint-Denis dans la Chronique de Charles VI.

 

« Les Anglais assurent, dit-il, que Henri fut le premier de leurs rois qui ait été sacré avec l'huile sainte apportée du Ciel par la Vierge Marie au glorieux martyr Thomas et contenue dans une ampoule de lapis que renfermait un aigle d'or enrichide pierreries. Je ne veux ni soutenir, ni contester cette tradition. Mais, comme on avait, disait-on, remis au Roi, en témoignage de la vérité, une cédule attachée à l'aigle d'or et écrite de la propre main du glorieux martyr, j'ai cru devoir en inscrire ici la teneur, afin que la postérité juge , si le roi pourra réaliser tout ce que cet acte promet de la gloire de son règne (80). »

 

Les termes employés et la date qu'ils expriment montrent bien que cette pièce fut transmise à l'historien tout à fait au début du règne de Henri IV.

 

Il résulte de ces événements, d'une indéniable authenticité, car l'usurpation de Henri IV leur donne date certaine, qu'en 1399, à l'occasion du sacre de Henri de Lancastre, la vision de Thomas Becket à Sainte-Columbe et le don que lui avait fait la Vierge Marie d'une ampoule contenant un chrême pour l'onction sainte des Rois, furent révélés à l'Angleterre.

 

Toute la partie du récit de Wyntershyll qui a trait à l'enlèvement de l'ampoule et de la cédule à Poitiers par le comte de Derby avait été présentée d'une manière très cohérente et d'une façon très plausible.

 

Après la défaite des troupes de Philippe VI à Crécy, le 26 août 1346, le comte de Derby, petit-fils de Henri III et aïeul maternel du futur Henri IV qui commandait alors en Guyenne, jugea le moment favorable pour faire une incursion en Poitou.

 

Après avoir attaqué Niort sans succès, puis Saint-Maixent, brûlé Lusignan et s'être emparé du château de Montreuil-Bonnin, il s'en vint mettre le siège' devant Poitiers. Quoique démunis de garnison, les habitants cependant défendirent la ville avec énergie.

 

Grâce à une ruse de guerre, une fausse attaque du côté de Pont-Achard, le comte de Derby entra dans la place par le chemin du moulin Cornet, près le Pont-Joubert, le 4 octobre 1346. Poitiers fut pillé pendant douze jours, et quand les Anglais repartirent, ils emportaient un énorme butin de châsses, d'ornements précieux des églises, d'étoffes d'or, d'argent et de soie, en laissant derrière eux quantité de monuments ruinés (81).

 

Prétendre qu'à ce moment, prévenu d'une façon quelconque, le comte de Derby se fût emparé de l'ampoule de l'église Saint-Grégoire, était une chose des plus vraisemblables, au moment de la mise à sac des édifices religieux.

 

Que, par la suite, il l'eût emportée à celui qu'il pensait être un futur souverain, le Prince Noir, qu'après la mort de ce dernier, oubliée dans le trésor royal, elle eût été retrouvée, par hasard, par Richard II et qu'il l'eût remise plus tard, volens nolens, à son vainqueur, on ne saurait élever, de prime abord, aucune objection contre un récit qui semble présenter un grand caractère de vraisemblance.

 

Mais toute cette histoire suppose qu'on admet comme authentique la vision de Thomas Becket, le don de la Sainte Vierge et l'exécution entière de la mission confiée au moine Guillaume.

 

Bien des commentateurs de ces faits exposent une opinion contraire : Buchon (82) écrit au sujet des Chroniques de Froissart :

Je ne sais pas comment Froissart a oublié de dire ici qu'il fut oint avec l'huile donnée par la Vierge à Thomas Becket et qui ne fut découverte que pendant le règne de Richard II avec une inscription portant que celui qui serait oint de cette huile serait le défenseur de l'Eglise. Cette huile, comme celle apportée par le Saint-Esprit pour l'onction de Clovis et de ses successeurs, avait la propriété d'être intarissable et les réformateurs auront sans doute cassé l'ampoule qui la contenait si la Vierge n'est pas venue la remporter. Bouchet, dans ses Annales d'Aquitaine (83), raconte cette aventure de Becket d'après une prétendue lettre de Becket lui-même, écrite en latin et dont il donne la traduction suivante :

« Henri IV fut le premier oint de la goutte contenue dans cette ampoule. Il ne recouvra point l'Aquitaine, parce qu'elle n'était pas perdue ; il ne chassa point les payens de Babylone parce qu'il n'alla point à Babylone et qu'au contraire les payens furent tellement florissants que, peu de temps après, ils prirent Constantinople ; et ses descendants, au lieu d'être des bâtisseurs d'églises et de monastères et d'être obéissants à l'Eglise, rompirent avec elle, et détruisirent tous les couvents. C'est jouer de: malheur que de voir si souvent le hasard donner un démenti à une prophétie. »

 

James Hainilton Wylée qui, vers ta fin du XIXe siècle, écrivit une Histoire d'Angleterre sous Henri IV, a rapporté le fait de la façon suivante : « On répandit une histoire, que l'huile avec laquelle Henri fut oint avait été miraculeusement donnée à l'archevêque Thomas Becket quand il était exilé de son pays à Sens ; celle huile avait été conservée en l'église Saint-Grégoire, à Poitiers l'archevêque ayant déclaré que le roi qui en serait oint serait le vrai roi ; qu'il serait le champion de l'Eglise et le destructeur de l'hérésie ; qu'il bâtirait maintes églises en Terre Sainte ; qu'il chasserait les païens de Babylone et qu'il recouvrerait les provinces perdues de Normandie et d'Aquitaine. Evidemment, le clergé et beaucoup d'autres nourrirent l'espoir d'avoir en Henri un instrument tout prêt sous la main. » (84)

Thomas Riley, dans son Introduction à la Chronica Monasterii Sancti Albani, avait déjà émis un avis semblable.

 

« Cette histoire, dit-il, offre toute l'apparence d'avoir été combinée (probablement non à l'insu de l'archevêque Arundel) dans l'intention de donner, aux yeux du public superstitieux, une haute et solennelle sanction à l'usurpation de Henri, le « comingman » pour lequel, à travers les âges, a été réservé le précieux don de la Vierge au grand saint d'Angleterre. »

 

 On voit très bien qu'il fait ainsi complètement abstraction de toute la partie du récit de Wyntershyll qui, à travers Richard II et le Prince Noir, faisait remonter l'enlèvement de l'ampoule de Becket lors de la prise de Poitiers par le comte de Derby, en assurant ainsi l'authenticité.

 

Et avec la haute autorité qui s'attache aux Maîtres des Rôles, on adopte le point de vue auquel se sont placés successivement Riley et Wylée. Il découle de ce qui précède que, pour eux, la fable aurait été forgée à la fin du xive siècle. Faite ainsi très intentionnellement, il faut étudier si les clauses historiques que renfermait la cédule ont pu être normalement énoncées à cette date.

 

Le cas devant lequel on se trouve est le suivant : une prophétie, semblant remonter au XIIe siècle, et concernant un roi d'Angleterre qui devait régner à une date indéterminée, s'est réalisée à la fin du XIVe siècle, lors de l'avènement de Henri IV

 

 Si tout tend à démontrer que les termes en étaient invraisemblables au XIIe siècle, du temps de Thomas Becket, comme il a été dit plus haut, il est également impossible de l'appliquer à Henri IV, car il n'était nullement dans les conditions requises, comme le disait Buchon dans ses annotations aux Chroniques de Froissart, citant le texte de Bouchet.

 

Ainsi, fausse à l'époque qu'on a voulu lui assigner, la prédiction de la Vierge est également fausse au moment où l'on s'efforça de voir en Henri IV le souverain prédestiné à recevoir cette onction et à accomplir la prophétie, ce qui écarte l'hypothèse assez généralement admise par ceux qui connaissent seulement les événements de l'histoire d'Angleterre en 1399, d'après laquelle la cédule de Thomas Becket aurait été fabriquée à cette date, dans l'intérêt de Henri IV, « non à l'insu », et peut-être même avec la complicité de Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry.

 

Quand on considère la phrase de la cédule :

« Le roi qui sera oint de cette onction recouvrera, en paix et sans violence, les terres de Normandie et d'Aquitaine que ses prédécesseurs auront perdues », on voit que la période qui convient le mieux, celle où il est le plus facile d'en légitimer les termes, est encore celle du règne d'Edouard II.

 

S'il est ainsi prouvé que la prédiction ne datait ni de la fin du XIIe siècle, ni de la fin du XIVe, cela ne veut nullement dire qu'il n'a pas existé une période de l'histoire d' Angleterre où l'on pouvait trouver réunies les circonstances qui permettent d'expliquer les vœux que contenait la cédule.

 

Elle se place à la fin du règne d'Edouard 1er et au début du règne d'Edouard II.

 

Les deux points principaux de la prophétie de la Sainte Vierge étaient :

— 1° Le prince recouvrera en paix et sans violence les terres de Normandie et d'Aquitaine que ses prédécesseurs auront perdues.

— 2° Ce roy sera très grand entre les roys et est celuy qui édifiera maintes églises en Terre Sainte, et chassera tous les payens de Babylone, où il érigera plusieurs beaux\ monastères et mettra ensuitte tous ses ennemis.

 

Et ce point de vue historique, ces préoccupations se comprennent parfaitement si on se reporte au début du XIVe siècle.

Thomas Riley n'a pas cru, lui non plus, à l'authenticité de la prédiction, et il a admis une supercherie faite au temps même de Henri IV.

 

Pour que cette histoire pût être forgée en 1399, cela suppose forcément que les provinces continentales, que l'ampoule devait faire récupérer à Henri IV, eussent cessé d'appartenir à l'Angleterre sous ses prédécesseurs, et que l'on en souhaitait alors vivement la reprise.

 

Buchon écrivait à ce sujet : « Henri IV ne recouvra point l'Aquitaine, parce qu'elle n'était pas perdue. »

 

C'est peut-être trancher un peu vite ce problème historique, car la position de l'Angleterre en France n'était nullement aussi favorable que Buchon le laisse entendre.

Le désastreux traité de Brétigny, conclu en 1360, entre Jean II le Bon et Edouard III, avait reconnu aux Anglais des avantages considérables.

Ils gardaient le duché d'Aquitaine, avec toutes ses annexes (Gascogne, Poitou, Aunis, Périgord, Limousin, Quercy, Rouergue, Angoumois), cédé en souveraineté indépendante, et Calais avec les comtés de Ponthieu et de Guines, et la vicomté de Montreuil (85).

 

Mais depuis, sous Charles V, la situation avait été complètement retournée en faveur de la France.

En 1365, Charles le Mauvais, battu en 1364 par Duguesclin à la bataille de Cocherel, avait abandonné au roi de France ses fiefs de Normandie contre la baronnie de Montpellier (86).

 

Les Anglais rencontrèrent de grosses difficultés en Guyenne dans la levée des impôts que les habitants se refusaient à acquitter.

 

Les seigneurs gascons avaient fait appel au roi de France.

 

Charles V convoqua, le 9 mai 1369, les Etats généraux et leur soumit le débat entre le roi d'Angleterre et lui.

 

La Cour des pairs, consultée à son tour, déclara que le roi Edouard n'ayant point comparu à leur ajournement, le duché d'Aquitaine et les autres terres en France devaient être et étaient confisqués.

 

 Malgré les invasions anglaises en 1369 et 1373, Duguesclin remportait de grands succès.

 

 Il reprit Poitiers et La Rochelle en 1372.

Après une trêve que les Anglais avaient demandée en 1375 et qui dura jusqu'à la mort d'Edouard III en 1377, Charles V, mettant cinq armées sur pied, conquit toute la Guyenne, tandis qu'une flotte castillane ravageait les côtes de Brest, Cherbourg et Calais.

 

On voit donc qu'on pouvait faire assez facilement l'application à Henri IV des prédictions contenues dans la cédule, et que leur fabrication à l'annonce du couronnement n'était non plus nullement invraisemblable.

 

Buchon a raillé également la suite de la prophétie : « Il ne chassa point les payens de Babylone, parce qu'il n'alla point à Babylone. etc. »

 

Cette critique violente, que Buchon poursuit jusqu'au règne de Henri VIII (1509-1547), pour montrer le désaccord entre la prophétie et les événements qu'elle semblait annoncer, n'est pas sensiblement plus exacte da6s sa dernière partie que dans sa première.

 

L'historien anglais Wylée, mieux informé, a dit à ce propos ; « Lorsque Henri était à Paris en 1399, il était à demi enclin à consacrer ses forces à aider le roi Sigismond à défendre ses domaines contre les Turcs. »

 

On était, en effet, au lendemain de la défaite de Nicôpolis (1396) dans laquelle la chrétienté, venue au secours de l'empereur d'Allemagne Sigismond pour défendre les territoires de Hongrie, de Bosnie et de Moldavie contre l'invasion de Bajazet, avait éprouvé un désastre.

 

« Il fut le premier roi d'Angleterre, continue Wylée, qui fut oint de l'huile mystique miraculeusement donnée par la Vierge Marie à Becket pendant son exil, et il fut flatté de cette prophétie qu'il avait été spécialement désigné par la Providence pour récupérer Jérusalem et bâtir des églises en Terre Sainte.

 

Un an après son avènement, il aida autant qu'il put l'empereur dans sa lutte contre Bajazet, et, à la fin de 1403, il est évident que l'idée d'une croisade dominait toute sa pensée. » -

 

Il ne faut donc pas rejeter, de prime abord, comme le fait Buchon, l'idée que la teneur de la cédule ne pouvait s'appliquer en rien à Henri IV.

 

S'il s'agissait des possessions continentales en terre de France, on a vu que les Anglais en avaient été effectivement dépouillés depuis 1380, et, d’autre part, Henri IV était favorable à des expéditions d'outre-mer contre les Turcs.

 

 On pouvait donc lui faire l'application d'un texte ancien, qui aurait vraiment été écrit par Becket au XIIe siècle, et, connaissant ses tendances, avoir rédigé cette pièce pour refléter les projets grandioses qu'il formait au début de son règne.

 

Quoi qu'il en soit, l'apparition de l'ampoule en 1399 et son emploi pour le sacre de Henri IV sont des faits indéniables (87).

 

Et cependant, malgré la foi que Henri IV ajouta à cette légende si flatteuse pour lui, en raison du rôle qu'y avait joué le comte de Derby, on ne saurait se défendre de la considérer avec un certain scepticisme, quand on voit que, comme le disait le baron Kervyn de Lettenhove. dans ses annotations aux Chroniques de Froissart : « Ce n'était pas la première fois qu'on parlait de cette huile miraculeuse (88). »

 

On était alors dans le premier quart du XIVe siècle.

 

Depuis le 7 juillet 1307, date de la mort d'Edouard 1er, Edouard II, son fils, était monté sur le trône d'Angleterre (89). Prince faible, d'un génie très borné plus encore que méchant, il n'était pas celui qui convenait à une époque aussi rude, au milieu des difficultés que le pouvoir royal ressentait pour s'affermir. Livré, au début de son règne, à son favori Gaveston qu'il avait comblé d'honneurs, il suscita contre sa personne l'hostilité des barons qui s'opposaient à des levées de troupes ou à de nouvelles impositions (90).

 

En Ecosse, Robert Bruce défendait, souvent avec succès, l'indépendance de son pays contre les armées royales (91). Ses victoires l'enhardirent à tenter d'arracher l'Irlande à la domination anglaise. Il y réussit et fut reconnu roi par une partie importante de l'île (92).

 

C'est ainsi qu'en 1319, à la suite de nombreux revers, Edouard II implora du pape Jean XI, qui venait, en 1316, de succéder à Clément V, de lui procurer une trêve avec Robert Bruce. Jean XXII envoya, à cet effet, deux légats en Angleterre (93).

 

Au moment où avaient lieu ces tractationt; officielles entre le roi d'Angleterre et le Saint-Père, en 1319, il y eut, entre ces deux mêmes souverains, une négociation qui demeura cachée dans le secret de leurs chancelleries et qui, pour une raison ou pour une autre, peut-être n'ayant pas laissé de traces dans les archives du royaume, est, en tout cas, ignorée par tous les historiographes d'Angleterre.

 

La révélation en fut faite au XVIIe siècle par Oderic Raynaldus dans la suite qu'il donna aux Annales Ecclesiasticae de Baronius (94).

 

 Ce document, étant tiré des archives du Vatican, il est possible que, par hostilité au Papisme, les historiens anglais se soient refusés à en tenir compte.

 

« Certains religieux avaient persuadé à Edouard Il qu'il réprimerait lui-même, par la grâce divine, le trouble du royaume, et qu'il achèverait heureusement la guerre en Asie, s'il était oint d'un baume qu'il avait reçu, et qui avait été donné par la Sainte Vierge à saint Thomas martyr, et, par son ordre, caché dans la chapelle de Saint-Georges par un moine du monastère poitevin de Saint-Cyprien.

 

A la vérité, on feignait qu'il eût été trouvé, d'après une prédiction du Sultan des derniers Sarrasins, par deux chrétiens orientaux ; d'abord livré à l'Empereur Henri (Henri VII de Luxembourg, empereur d'Allemagne) (95), et ensuite au duc de Brabant, époux de Marguerite 4' Angleterre, fille d'Edouard Ier et sœur d'Edouard II qui avait gratifié Edouard de ce présent, en lui donnant l'espoir, par la vertu de cette onction, de dompter l'Asie. »

 

 Il est à noter que le texte de la cédule, donné en résumé par Oderic Raynaldus, a, en réalité, été énoncé par l'auteur de l'Eulogium Historiarum (96), qui, après avoir commencé par une paraphrase, a continué en copiant la pièce, dont nous avons ainsi au moins les deux tiers intégralement.

 

C'est extrêmement important, car c'est la première rédaction, et quand on la compare avec celle du sacre de Henri IV, on trouve de multiples différences.

 

Le roi consulta au sujet de cette onction le Souverain Pontife en invoquant certains arguments qui semblaient donner confiance à ces dires, et il insista pour qu'il donnât la mission de l'oindre, en son nom, à un' évêque étranger.

 

Comme Jean XXII, la cause entendue, ne la jugea pas prouvée, il répondit en ces termes : « Le frère N., de l'ordre de Saint-Dominique, à qui fut confiée la lettre du Pontife, m'a rapporté que tu considérais sérieusement que tu avais éprouvé plusieurs malheurs peu après ton avènement, et que, d'après certaines informations, tu ne doutais pas que ces choses étaient arrivées à toi et à ton autorité royale en raison de l'omission de l'onction précitée, et que, si tu la recevais, toutes les calamités te seraient épargnées : aussi tu souhaitais, par un désir sincère, de la recevoir, mais nonobstant celui-ci. tu en as différé la réalisation jusqu'à ce que tu eusses reçu notre réponse, pour savoir si nous pensions que ce fût un péché, et s'il était pour toi avantageux et bon d'en être oint. C'est pourquoi le frère N. nous suppliait humblement pour que, pour ta tranquillité, nous daignions t'envoyer notre avis sur ce qui a été exposé, et que, dans le cas où, à notre jugement, recevoir cette onction ne fût pas une faute, nous donnions par nos lettres la mission à l'un de nos chers fils cardinaux présents auprès de toi, ou à un prélat étranger à ton royaume, de te l'imposer.

 

 « Désirant vivement te répondre rapidement sur cette question, nous avons dit au frère susnommé, de nous indiquer l'un des cardinaux dans lequel tu aurais pleine confiance, avec lequel nous puissions conférer.

 

« Il nomma l'évêque des Sabins. En conséquence, une fois celui-ci convoqué en notre présence et après lui avoir recommandé de garder le secret sur tout ce qu'il entendrait, nous avons voulu que, devant cet évêque, le frère exposât tout ce qu’il nous avait dit à nous seul, et qu'il discutât soigneusement avec la partie adverse sur le règlement de cette question,

 

« Ces premiers points réglés à notre gré, et réunion tenue diligemment avec le cardinal, c'est-à-dire l'évêque des Sabins, sur le sujet dont il a été souvent parlé, ainsi qu'il avait été primitivement fixé, il nous apparut, en fin ,de compte, qu'en admettant que toi, mon fils, tu crusses sincèrement, d'après des hypothèses probables et raisonnables, que cette onction a été donnée par la Sainte Vierge, qu'il a été prédit que tu étais le premier qui dusses en être oint, et, en outre, que tu désirais la recevoir en l'Honneur de Dieu et particulièrement pour vaincre les ennemis de la foi outre-mer ; comme il ne résultait, de ce qui nous a été rapporté, ni l'observation d'un jour ou d'une heure, ni quelque autre superstition, la superstition ne pouvait la concerner et ce ne peut être un péché ; également, la première onction que tu as reçue n'est pas un obstacle parce que l'onction royale n'imprime quoi que ce soit à l'âme, et aussi parce que celle-ci est dite d'une autre espèce que celle-là, quant à la matière et à la forme.

 

« Dans ta seconde demande, puisque tu sollicitais notre avis pour savoir si tu devais la recevoir et pour que nous, donnions la mission à un prélat étranger de te la conférer, de même nous dirons en te répondant, que, comme de ce qui nous a été rapporté, il n'apparaît pas que tu dusses en être oint, nous ne voulons pas l'examiner, mais ni la recommander, ni la désapprouver. Nous disons cependant que s'il t'arrivait de la recevoir, que ce fût par un évêque sans publicité et en secret, car, ouvertement, il pourrait en résulter un grand étonnement et un scandale.

 

« Nous refusons aussi entièrement de commettre un prélat quelconque pour qu'il te la conférât. Bien plus, d'après des raisons certaines, nous sommes complètement conduits à repousser ta demande sur ce sujet.

 

« Puisque, vraiment, nous désirons, du fond de notre cœur, tes heureux succès, nous confions à l'instant même à N. par la parole, et nous t'écrivons la même chose dans notre lettre, que, comme l'onction ou quelque autre chose n'appartiennent qu'à Dieu, et que personne ne peut avoir d'avantages, nous t'exhortons, avec une grande affection, ce que nous avons déjà fait plusieurs fois, à t'unir de leur gré, avec vigilance, aux choses divines, en menant une vie vertueuse, en cultivant la justice en toi et pour tes sujets, et en reconnaissant que tu tiens l'Eglise romaine pour ta mère et aussi en conservant intégralement toutes les Eglises du royaume et de ta souveraineté dans leurs libertés et privilèges (97). »

 

Ce paragraphe des Annales de Raynaldus fournit donc dès 1319 la légende complète.

 

 Il s'agit bien déjà de l'ampoule donnée par la Sainte Vierge à Thomas Becket, confiée par celui-ci à un moine de Saint-Cyprien et cachée à Poitiers dans l'église Saint-Georges, nom qu'il faut évidemment corriger par celui de Saint-Grégoire, qui explique l'erreur déjà constatée dans l'Eulogium historiarum et laisse présumer la date de l'interpolation.

 

Bien avant le texte de Wyntershyll, la question change complètement de plan.

 

Selon les Annales d'Aquitaine, la prédiction de la Sainte Vierge ne s'était pas encore réalisée en 1525. Avec les deux ouvrages qui viennent d'être cités, il en va tout autrement.

 

 L'ampoule de Thomas Becket avait été prise à Saint-Grégoire avant 1313, puisque Henri VII de Luxembourg, empereur d'Allemagne, qui l'avait reçue le premier, était mort en Italie le 24 août de cette année (98), et en 1319 elle était parvenue entre les mains d'Edouard II qui demandait au Pape l'autorisation de se faire oindre de ce saint chrême.

 

Plus de deux siècles avant Jean Bouchet, l'ampoule n'était plus à Saint-Grégoire, et la pancarte de Saint-Cyprien n'avait plus qu'un intérêt historique.

 

On voit aussi quelle opposition formelle s'élève entre Wyntershyll et Raynaldus. Comme le disait le baron Kervyn de Lettenhove, après un résumé des Annales Eëclesiasticae, sans références : « C'était cette même huile que le duc de Lancastre avait retrouvée en France, comme si elle n'avait point été portée successivement en Allemagne, en Brabant et en Angleterre (99). »

 

Il tombe sous le sens que le comte de Derby ne put s'emparer à Poitiers en 1346 d'une ampoule que possédait Edouard II, vingt-sept ans auparavant, et qui avait appartenu à l'empereur d'Allemagne.

 

Il y a donc contradiction absolu entre les deux récits de ces faits.

 

Forcément l'un est faux, à moins même qu'ils ne le soient tous les deux. .

 

 En l'espèce, pour l'instant, c'est l'explication fournie à Richard II, vers 1396, avant l'exil d'Arundel, et en 1399, à Henri IV, qu'il faut évincer.

 

C'est la plus harmonieuse, c'est la mieux construite, c'est la plus vraisemblable, mais cela ne la rend pas plus vraie.

 

 Pour Raynaldus, il n'y a eu qu'une ampoule, celle d'Edouard II, que retrouva Richard II, qui la passa plus tard à Henri IV.

 

« Ainsi, dit-il, Richard jeté du pouvoir dans les fers, Henri s'empara du sceptre des Anglais ; pour qu'il s'assurât de la plus grande autorité vis-à-vis du peuple, il voulut être oint, en grande pompe, avec une certaine huile trouvée dans le trésor de Richard et qu'on rapportait avoir été donnée par la Sainte Vierge à saint Thomas de Cantorbéry. En outre, nous voyons dans les lettres données par le pape Jean XXII à Edouard II que la chose ne s'appuie sur aucun argument sérieux : l'huile fut-elle donnée vraiment divinement, ou fût-ce le fait d'un imposteur qui rapporta cette fable à Edouard ; ce qui augmente le soupçon sur la prophétie qui y fut jointe, le roi qui devait être sacré avec cette huile rendrait la Syrie au culte du Christ ; or Henri, qui en fut oint, ne mérita nullement cette louange (100). »

 

Nous avons vu, sur ce dernier point, une raillerie identique dans les annotations de Buchon aux Annales de Froissart (101), de même que chez Kervyn de Lettenhove (102). La rédaction de l'article « Coronation » dans la, quatorzième édition de l'Encyclopoedia Britannica, fait aussi remonter à Edouard II la sainte ampoule d'Angleterre. « Semblablement, écrit Thomas Macall Follow, maître ès arts, le chrême fut introduit pour le couronnement en Angleterre, probablement pour la première fois pour le sacre d'Edouard II. Un autre miracle, rival du miracle français (103), fut conté, d'après lequel la Vierge Marie était apparue à Thomas Becket et lui avait donné une ampoule avec de l'huile sainte, qui, dans les temps futurs, devait être employée pour le sacre du roi d'Angleterre. Un ample récit de ce miracle, en même temps que de la trouvaille de l'ampoule, est contenu dans une lettre écrite en 1318 (104) par le Pape Jean XXII à Edouard II (105) ».

 

 Cet auteur ne donne malheureusement aucune référence aux Annales Ecclesiasticae de Raynaldus.

 

Des auteurs très sérieux (quoique le rédacteur de l'Encyclopoedia Britannica ne cite point ses sources) ont donc situé à l'époque d'Edouard II la véritable apparition de la légende de Thomas Becket, révoquant ainsi la version de la fin du XIVe siècle.

 

 Mais si l'on poussait plus loin la critique, après avoir admis que l'ampoule ne fût plus à Saint-Grégoire en 1319, sinon même avant 1313, une question se pose : Y avait-elle jamais été ? On ne peut y répondre que par la négative.

 

Quoique le problème n'ait jamais été traité à fond, il faut bien dire qu'aucun des historiens ou des éditeurs de mémoires ou de chroniques qui ont eu à s'en occuper à propos du sacre de Henri IV, n'a cru vraiment à la vision de Becket.

 

En 1824, un des membres de la Société des Antiquaires de Londres, le Révérend John Webb, publiait dans Archaeologia le poème français de Creton sur la déposition de Richard II (106), et concluait, d'après l'historien anglais Walsingham, que c'était là une invention motivée par la raison d'Etat (107).

 

C'était, nous l'avons vu, l'opinion de Thomas Riley et de James Hamilton Wylée, sans s'exprimer aussi nettement que Robert Henry, qui disait dans une note de son Histoire d'Angleterre : « Quelque ridicule que cette fable puisse paraître, élit n'en est pas moins racontée par les historiens contemporains comme un fait incontestable (108) ».

 

On comprend que l'intérêt du clergé dans ce prétendu miracle est apparu nettement et a empêché ces auteurs d'y ajouter foi.

 

Peu importe qu'il faille transposer leurs critiques sous Edouard II, cela ne change rien à la valeur qu'il faut attribuer au miracle de Sainte-Columbe, que le pape Jean XXII s'est refusé à admettre, sa réponse à Edouard II ne laisse aucun doute à cet égard, et il n'en reste pas moins apocryphe en lui-même et dans toute l'histoire subséquente, c'est-à-dire le transport à Poitiers et l'enfouissement de l'ampoule dans l'église Saint-Grégoire.

 

Le motif qui fit créer cette légende est connu depuis longtemps et Riley l'a exposé dans cette note : « Cette idée fut empruntée probablement à la légende rattachée au Saint- Chrême de saint Remi, employé pour le couronnement de Clovis (109). »

 

La même idée se rencontre déjà chez Jacob Meyer, dans ses Annales des Flandres de 1561 (110), chez André Duchesne dans son Histoire d'Angleterre du début du XVIIe siècle (111), et dans l'Encyclopoedia Britannica citée plus haut.

 

Les Anglais voulurent avoir eux aussi, comme les Français, leur ampoule miraculeuse, et ils ne pensèrent pas mieux faire que de la mettre sous le patronage de Thomas Becket.

 

Si le miracle de Sainte-Columbe st inconnu, et pour cause, de tous les biographes de l'archevêque de Cantorbéry, il faut dire, cependant, qu'il a été composé d'après de nombreux précédents qui ont été des modèles sûrs, et il témoigne, de la part des faussaires, d'une parfaite connaissance de son mysticisme.

 

Becket avait une grande dévotion envers la Sainte Vierge. Dans son enfance, ne lui était-elle pas apparue, tandis qu'il était atteint d'une fièvre violente, « comme une dame d'une haute stature, et d'une beauté rayonnante », pour lui promettre sa guérison et lui placer dans la main deux clefs d'or, en lui disant : « Thomas, ce sont les clefs du Paradis ; un jour tu en auras la charge (112). »

 

Plus tard, quand il était écolier à Paris, aux approches du Carême, chaque étudiant devait produire quelque chef-d'œuvre dû à l'aiguille de sa maîtresse. Becket invoqua Notre-Dame et, rentrant chez lui, il eut le bonheur de trouver une petite cassette en ivoire finement ciselé, qui renfermait un assortiment complet de vêtements pontificaux pliés avec soin, qui lui assura un grand succès (113).

 

A Pontigny, la Vierge lui apparut pour lui expliquer ses joies éternelles, à la suite de quoi Becket composa un hymne en son honneur (114), Se rapprochant plus spécialement de la version adoptée, un jour qu'il venait de célébrer à Pontigny la messe avec sa ferveur habituelle, et qu'il demeurait en prières devant l'autel de Saint-Etienne, une voix se fit entendre qui l'appelait par son nom : « Thomas ! Thomas !

 

« - Qui êtes-vous, Seigneur, répondit l'archevêque.

 

« — Je suis Jésus-Christ, ton Seigneur et ton Frère. Mon église sera glorifiée dans ton sang et toi-même tu seras glorifié en moi ! (115). »

 

Ne voit-on pas que la charte de Saint-Cyprien contient une habile synthèse de toutes ces visions et apparitions dont le futur martyr de Cantorbéry avait été gratifié au cours de toute son existence ?

 

Cette supercherie eut le tort de laisser planer sur Thomas Becket le soupçon d'imposture. Seul cependant, Jacob Meyer, dans ses Annales des Flandres (116), osa formuler cette accusation ; aucun autre historien ne l'a suivi dans cette voie injurieuse pour le saint archevêque.

 

Personne n'a jamais songé à reprocher quoi que ce soit à saint Remi pour la légende de la colombe de Reims ; il faut montrer la même circonspection à l'égard de Thomas Becket et le tenir pour absolument étranger à l'invention de ce miracle.

 

Lorsque l'abbé de Vertot, selon les méthodes de la critique historique, fit remarquer que la légende de la Sainte Ampoule de Reims figure pour la première fois dans l'Historia Francorum d'Hincmar, quand, en 869, Charles le Chauve fut sacré roi de Lorraine, et que ni Avitus, évêque de Vienne, qui avait écrit à Clovis pour le féliciter de son baptême, ni Grégoire de Tours, si avide de prodiges, ni Niretius, évêque de Trèves, qui avait aussi traité du baptême de Clovis, n'en avaient parlé, il semblait bien résulter de là que cette légende devait avoir été composée au temps d'Hincmar, et peut-être par Hincmar lui-même (117).

 

Si l'on applique les mêmes principes pour la Sainte Ampoule d'Angleterre, on voit que du silence de tous les biographes de Becket qui ont écrit à la fin du XIIe siècle, de l'absence de toute allusion chez les historiens contemporains et, en revanche, de l'apparition de la légende seulement au début du XIVe siècle, sous Edouard II, il est possible de conclure que, malgré le recul qu'on a voulu lui donner dans le temps, elle fut sûrement inventée sous le règne de ce prince.

 

L'ignorance dans laquelle la ville de Poitiers était plongée, en 1524, sur les événements qui s'étaient déroulés en Angleterre 125 ans auparavant, est d'autant plus extraordinaire qu'on lui avait attribué, à cette occasion un rôle de premier plan.

 

Que ce fût en 1319, lors de l'apparition fugitive de l'ampoule de Thomas Becket, ou en 1399, qui marqua son apothéose, la ville de Poitiers ne connut, ni à ce moment, ni à un autre, la renommée sans pareille qu'elle venait d'acquérir en Angleterre.

 

Cela suffit pour prouver que tout s'est passé en dehors d'elle et qu'à aucune époque, ses habitants, moines ou laïcs, n'y ont jamais été mêlés. Jean Bouchet lui-même, qui a parfaitement mentionné à sa date le couronnement de Henri IV, reste muet alors sur cette histoire du sacre.

 

Quand le texte latin de la cédule que traduisit Jean Bouchet vers 1525 est-il venu à Poitiers ?

 

Il est difficile de le dire. Tout ce que l'on peut constater, c'est son identité avec celui de la Chronique du Religieux de Saint Denys qui avait reçu la pièce d'Angleterre par les envoyés de Charles VI, à la fin de l'année 1400.

 

Il faut donc forcément supposer une communication de Saint-Denys à Poitiers dans le courant du XVe siècle, dans laquelle peut-être les circonstances du sacre de Henri IV auraient été omises, à moins que les moines de Saint-Cyprien ne les aient laissées tomber pour ne conserver que le miracle.

 

C'est la seule explication plausible, car il est impossible d'admettre, après tout ce qui précède, que la cédule ait été apportée à Poitiers à la fin du XIIe siècle par le moine Guillaume.

 

Les historiens français de cette partie de l'histoire d'Angleterre ne se sont jamais référés pour cette légende à Jean Bouchet qu'ils semblent avoir ignoré.

 

Le premier qui ait mentionné l'origine miraculeuse de l'ampoule utilisée au sacre de Henri IV est André Duchesne, en 1614, qui en avait eu connaissance par l'édition de l' Historia brevis ab Edwardo primo ad Henricum quinturn ou Historia anglicana de Thomas Walsingham publiée à Londres en 1574, Rapin Thoyras en 1727, Mézeray en 1740, et l'Histoire dite des Anglais en 1788, eurent très probablement la même source. Il en est résulté que, Walsingham ne parlant ni de Poitiers, ni de l'église Saint-Grégoire, aucune indication n'est venue de l'extérieur attirer à Poitiers l'attention sur cette légende qui était rattachée à cette ville depuis plusieurs siècles.

 

Un extraordinaire concours de circonstances s'est donc produit pour empêcher qu'à Poitiers on perçât le mystère qui enveloppait le miracle de Sainte-Columbe.

 

 Jean Bouchet qui l'avait signalé avec les détails complets avait complètement ignoré que l'ampoule et la cédule, avaient reçu leur consécration officielle lors du sacre de Henri IV, pourtant antérieur de plus d'un siècle à l'époque à laquelle il écrivait. Les historiens, s'appuyant sur le texte de Walsingham, avaient pu seulement dire que l'ampoule avait été remise à Thomas Becket pendant son exil en France, sans qu'il leur fût possible de préciser l'endroit où elle avait été cachée.

 

Ce n'est qu'au début du XIXe siècle, en 1824, que le Révérend John Webb, donnant intégralement dans le tome XX d'Archoeologia la copie de la cédule, d'après Jean Bouchet, aurait permis de partir du mythe pour passer nettement dans l'histoire.

 

Mais la Société des Antiquaires de l'Ouest n'existait pas alors et quand la collection d'Archoeologia lui fut remise, personne ne songea à l'explorer.

 

Comme l'écrivait, dans une phrase harmonieuse du Roman de la Momie, Théophile Gautier : « L'énigme que garde le Sphinx n'a pas de mot, et la grande Pyramide ne recouvre que le néant de son énorme mystère ) (118).

 

 On peut dire maintenant, en écho aux paroles du chef des hiéroglyphites : L'énigme du monastère de Saint-Cyprien n'a pas de mot, et la dalle de l'église Saint-Grégoire n'a jamais recouvert que le néant. »

 

Légende apocryphe, dont les Anglais, sans doute par scrupule religieux et le respect de la royauté, se sont refusés à approfondir le caractère analogique et mythique, toutefois légende d'une grande importance, car ses effets, qu’ils se sont manifestés pour la première fois en 1399, se continuent toujours.

 

Lorsque, le 12 mai 1937, eut lieu le sacre du roi George VI, « le doyen de Westminster prit la Sainte Ampoule miraculeuse de saint Thomas Becket et versa dans la cuiller d'or (119) l'huile sacrée avec laquelle l'archevêque de Cantorbéry oignit le monarque, en forme de croix, sur la tête, à la poitrine et à la paume des deux mains (120). »

 

N'oublions pas que, si cette ampoule ne vient pas vraiment de l'église Saint-Grégoire, elle n'en est pas moins censée en venir, pour des raisons mystérieuses connues seulement de ceux qui élaborèrent la légende au début du XIVe siècle, et qu'ainsi la ville de Poitiers, le sacre de George VI en fournit un exemple récent, se trouve associée, à travers les âges, à toutes les cérémonies du couronnement des rois de Grande-Bretagne.

 

 

 Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons. <==

L’origine céleste de la Sainte Ampoule de Saint Remi <==

L'expansion de l'empire Plantagenêt (carte et Donjon de Niort) <==

La troisième croisade (1189-1192) - la croisade des rois Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion <==

Joint coronation of John Lackland and Isabella of Angoulême on October 8, 1200, at Westminster Abbey in London.<==

le Cimetière des Rois d'Angleterre à l’abbaye de Fontevraud <==

Time Travel 1346 - La chevauchée de Lancastre, comte de Derby dans la Saintonge, Aunis et Poitou <==

19 septembre 1356 Bataille Poitiers – Maupertuis, le roi de France Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Noir <==

1388 - Les Anglais de Richard, comte d'Arundel débarquent à Noirmoutier, Marans et attaquent la Rochelle <==

 

 

 

 


(1). Cités pour la plupart dans le Bulletin de la S. A. O., 1942, p. 49.

 (2). La genèse d'un roman de Balzac, « A la recherche de l'Absolu », 1911, p. 865 à 884. — Verset du Coran de Victor Hugo et sa sourde islamique, 1923, p. 200-218. — L'inscription de Victor Hugo et la stèle de Dhiban, 1915, p. 113-131. — Etude sur deux noms dans la Légende des Siècles, 1925, p. 425-429. — Le derviche des Orientales, 1930, p. 347-367. — Note sur le nom de Fouillou dans les « Misérables », 1935, p. 96-104.

(3). Par exemple dans les Archives d'anthropologie criminelle, 1908, p. 622.627: Un curieux cas de bestialité collective [1562], et, dans l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux sous son nom on sous l'initiale T. ; etc.

 (4). Bull. S. A. O., 3e série, t. VIII, 1927 : J. SALVINI, Les impressions du P. Placide., p. 780-781. — Travaux de l'Académie de Reims, 1922-1923, t. CXXXVII : R. P. UBALD D'ALENCON, Les Frères Mineurs Capucins de Reims (1593-1903). p. 231. D'ALENCON, Les Frères. Mineurs Capucins de Reims (1593-1903). p. 231.

(5). THIBAUDEAU, Histoire du Poitou, H. DE SAINTE-HERMINE, Niort, t. III, ch. xx, p. 345, 1840.

(6). CH. DE CHERGÉ, Le guide du Voyageur à Poitiers, Poitiers, 1851, p. 205. BROTHIER DE ROLUÈRE, Nouveau guide du voyageur à Poitiers, Poitiers, 1907, p. 63-64.

(7). Bull. S. A. O., 1re série, t. VI, 1850. Abbé AUBER, Jacques de Hillerin, Poitevin et conseiller au Parlement de Paris, p. 68.

(8). lbid., t. IV, 1859-1851. — Répertoire Archéologique du département de la Vienne, p. 223. 

(9). Ibid , t. II. 1838-1841. REDET, Rapport sur le classement des titres du chapitre de Saint- Pierre-le-Puellier, p. 9 et n. 1.

(10). Mém. S. A. O., 1875, t. XXXIX, L. A. BENONI DROCHON, Château-Larcher, p. 333-334.

(11). Bull. S. A. O., 3e série, t. VII, 1927 E. GINOT, Vieilles Histoires d'hôtelleries à Poitiers, p. 576, n. 3. 

(12) BROTHIER DE ROLLIÈRE, Nouveau guide du Voyageur à Poitiers, Poitiers, l907, in-12, p. 63. 

(13). Bull. S A. O., 1927, p. 592, n. 4.

(14). A H. P., t. XV, Journal d'A. Denesde, p. 134.

(15). Bull. S. A. O., 1927, p. 777 à 782. 

(16). Trav. Ac. Nationale de Reims, 1922-1923, t..137, p. 148-156-190, 230, 231. Bull.S A. O., 1927, p. 780-781.

(17). Ceci est certainement une faute de traduction commise par Jean Bouchet. Le texte était ainsi rédigé Statim apparuit mihi Beata Maria, habens in pectore istam aquilam auream. etc., c'est-à-dire « ayant un aigle d'or sur sa poitrine. » — On voit tout de suite que Jean Bouchet, au lieu de « aquila » aigle, a lu « aquula Il goutte d'eau, d'où on Peut facilement conclure qu'il n'était point paléographe.

(18). JEAN BOUCHET, Les Annales d'Aquitaine, Poitiers, 1644, IIIe partie, ch. IV, p. 146-147.

(19). Dom L. HUILLIER, Saint Thomas de Cantorbérg, Paris, 1891, t. I, ch.XIV p. 233-251 ; ch. xv. p. 253-270 : ch. XVI, p. 271-282.

(20). Ibid., ch. XX, p. 350 351.

(21) Dom L. HUILLIER. op. cit , t. I, ch XIII, p. 211, et xv, p. 260.

(22). Ibidch. XXII;, p 380-390.

(23). Ibid., t. II. ch. II, p. 30.

(24). Ibid., ch. III. p. 39.

(25). Au sujet de l'apparition de la Vierge, Revue des Traditions populaires, 1891, t. VI, Les légendes du Moyen Age dans l'art de la Renaissance, p. 904-915.

(26). Bibl. E. H. Et. Sc. Ph,. n° 125, MICHEL GAVRILOVITCH, Etude sur le traité de Paix de 1899, ch.I, p. 8.

(27). Ibid., p. 109.

(28). GAVRILOVITCH, op. cit., p. 73.

(29). ROGER DE HOVEDEN, Chronica, t. II, p. 255. Rerum britannicarum medii aevi scriptores, London, 1869, n° 51.

(30). V. MIGNE, P. L., t. CXC, Epistolae Johannis Pictaviens is ad Thomam Cantuariensem, No CDLXII à CDLXXII, col. 1022 à 1036. - No CXLIV, col. 620-621. Lettre à Richard de Poitiers n° CDXII, col, 1003. - No CDLXIX, col. 1036 à 1038. — Jean Salisberiensis ad Thomas. n° CDLXX, col. 1038. - V. Histoire littéraire de la France, t. XVI. Jean de Belmeis. évêque de Poitiers, p. 477. — Les relations avec Thomas Becket, p. 478.

(31). DOM L'HUILLIER. op cit., t. 1, ch. XXII, p. 387.

(32). DUCHESNE, Histoire des Papes, Paris, 1653, t.II, p. 146.

(33). Dom L. HUILLIBR, op. cit., t Ir, ch. I, p 1. - DUCHESNE, t. Il, Alexandre III, p. 146.

(34). Sur la valeur du Quadrilogus, voir Dom L’HUILLIER, op. cit.t. I. p.424. Romania, 1915-1917, t XLIV. E. WOLBERG Dates et sources de la Vie de saint Thomas de Cantorbéry par Benêt. moine de Saint Albant, p. 409.

(35). Quadrilogus ou Histoire Quadripartite, publiée à Bruxelles par le P. Lupus (Wolf), 1682, 2 vol. in-4. Vie de saint Thomas, t. 1, 142.

(36). GASTON PARIS, Exposé historique de la littérature française au Moyen Age, ch. IV, 112, p. 140-141. Paris, 1913.

 (37). HIPPEAU, Paris, 1859. In-f° (coll. des poètes français du Moyen Age). - E. ETIENNE, La vie de saint Thomas le martyr, poème historique du XIIe siècle, composé par Guénier ou Garnier de Pont Sainte-Maxence, Nancy, 1883. Réédité par M. WOLLEYS, professeur à l'Université de Lund (Suède), en 1922. — C. R. Académie Inscript, et Belles-Lettres, 1923, p. 237. 

(38). FRANCISQUE MICHEL, Chronique des ducs de Normandie, t. III, app. II. BENET, Vie de Saint Thomas, le martyr, p. 461 à 509, et app. V, p. 619-625. — Coll. des Doc. Inédits Hist. de France. — Riemann, 1915-1917, t. XLIV. - E. WOLBBRG, op. cit., p- 425.

(39). DE BEAULIEU, La Vie de Saint Thomas archevêque de Cantorbéry martyr, 1674, in-4.

(40). BAILLET. Vie des Saints, Paris, 1715, in-8°, t. III. XIIe s.29 décembre, Saint Thomas de Cantorbéry, col. 365 à 402.

(41) JACQUES DE VORAGINE, La Légende Dorée, trad. fr. par Teodor de Wyzeva, Paris, 1905. ch. XI. Saint Thomas de Cantorbéry, p. 61-64.

(42) Rerum britannicarum medii aevi scriptores, London, 1858, ne IX, Eulogium Historiarum sive temporis, t. I. liv. III, cap. CXV, p. 406-407.

(43). Ibid., préface par FRANCK SCOTT HAYDEN, B. A., p. XII.

(44). Ibid., préface, p. XXXVII, n° 1, col. 1-2 ; p. 406, note.

(45). Ibid., t. I, p. 407.

(46). L. HUILLIER, op. cit., t. II, ch. XXI, N. 395

(47). Ibid., XX, p. 386-392.

(48). Ibid., XX, p. 392-XXII, p. 424-437 et no 4 ; XXIV, p. 468 et n° 3, 490.

(49). ELISÉE RECLUS, Nouvelle Géographie universelle t. IV ch VI, p. 548, Paris, 1879. Histoire littéraire de la France, t. XXIII, Saint Thomas Becket, p. 379.

(50). L. HUILLIER, op. cit., t. II, ch. XXIV, p. 474-476.

(51). Ibid , t. II, note D, p. 543-549.

(52). A. H. P., t III, 1894.

(53). Bibl. Munie. Poitiers, Ms. n° 417 (96).

(54). Bull. S. A. O.. 1894, P. 69.

(55). Mém. S. A. O., 1855, t. XXII, H. FAYE, Mauzé-en-Aunis, p. 80, n° 2.

(56). D. FONTENEAU t. LVI, Mémoires de Dom Etiennot… de Saint-Jean d'Angély, p. 375.

(57). Les Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet, annotées et augmentées par BOBINET, curé de Buxerolles, 3e partie, ch. 33, p. 294-295 (Ms de la Bibl. Munic. de Poitiers, n° 346 (141), 1730. 

(58). DE RAPIN THOYRAS, Hist. d'Angleterre, 2e éd., La Haye, 1727, t. III, J. X, p. 208.

(59). Ibid., p. 206

(60). Ibid.. n. 227.

(61). Ibid., p 227-228.

(62). Ibid.. p. 277-278.

(63). Ibid., p. 260-261.

(64). Ibid , p. 262-264.

(65). Ibid., p. 267.

(66). DE RAPIN THOYRAS, OP. cit., p. 268-269.

(67). Ibid., p. 270-271.

(68). Ibid., p. 272-273.

(69). Ibid., p. 269-274.

(70). Rerum britannicarum medii sévi scriptores n° XXXIX, Recueil des chroniques et anchiennes Istoires de la Grant Bretaigne, à présent nommée Engleterre, par Jéhan deWawrin sgr du Foustel, edited by WILLIAM HARDY, F. S. A., London, » 1868, t. II, 4° vol., liv. III, ch. XXXI, p. 158.160.

(71). Ibid.,- n° 7, JOHANNIS CAPGRAW. Liber de Illustribus Henricis, 2e partie, ch. 4, de Henrico quarto Rege Angliae, p. 107-108, Londres, 1858.

(72). M. T. SMOLETT, Hist. d'Angleterre, traduite de l'anglais par M. TARGE, Orléans, 1763, t. VII, I. IV, ch. II, par. I, p. 295-296. Hist. Univ. dite des Anglais, Paris, 1792, in-4°, t, XLV, 1. XXXV, sct. IX, p. 240-241.

(73). Smolett,op.cit.,p.294.

(74). Rerum britannicarum medii oevi seriptores, no XXVIII Chronica Monasterii S. Albani Annales Henrici Quarti. Edited by HENRY THOMAS RILEY. London, 1866, p. 296-300 — Cf. Rerum britannicarum. etc ,n° XXVIII. THOMAS WALSINGHAM. Historia anglicana. Ed. by THOMAS RILEY, London, 1864, t. II. p. 239-240. Rerum britannicarum.., etc. n° 1 JOHN CAPGRAW, The Chronicle of England. London, 1858, p. 273-274. Rerum, etc. n° IX. Eu- - logium historiarum sioe temporis, t. III, p. 379. London, 1863. JAMES HAMILTON WYLÉE. History of England under Henry the Fourth. London, 1884-1898, t. 1, ch. 111, p. 44-45, t. IV, ch. xcv, p. 109-110 et notes 3 à 9. — Collection de documents inédits sur l'Histoire de France, Paris, 1840, 3e série, n° 6, Chronique du religieux de Saint-Denis, t. II, 1. XX, ch. XIII, texte latin, p. 726-730. Trad. franç. par M. L. BELLAGUET, p, 727-731. ANDRÉ DUCHESNE, Histoire d'Angleterre, d'Ecosse at d'Irlande, Paris, 1614.1. XVII, ch. 1, p. 973. RAPIN THOYRAS, op. cit., t. III, liv. XI, p. 299. — DE MÉZERAY, Abrégé chronologique de l'Histoire de France, Amsterdam, 1740, t. VI, p. 153-184. —JEAN JUVÉNAL DES URSINS, Histoire de Charles VI, Paris. 1614, p. 176. - FROISSART, éd. Buchon, Paris, 1852. La Chrenique, 1. IV, ch. 78, p. 229, nn 1. Ibid., t. III, 1. IV., ch. 78, p. 357, n° 1, Paris, 1852. - Froissart. Chroniques, Ed. Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, 1872, t. XVI, p. 207, notes, p. 359360.

(75). Rerum britannicarum. op. cit., n° XXVIII. Chronica Monasterii S. Albani.Annales Henrici Quarti. p. 291.

(76). « Unxerunt Salomonum Sadach sacerdos et Nathan propheta regem .., etc.». Cette prière fait également partie du rituel du sacre des Rois de France. — V. HUGO, Odes, I. III, n° 4. Le sacre de Charles X, parag. 3, v. 56-60, et n° XXIV. — CLAUDE VILLETE, Les raisons des cérémonies qui se font à l'Eglise et le sacre des Rois de France (1622)

(77). Rerum.. op. cit., p. 295. — Migne, Dictionnaire des Religions, Paris,1848 (Encyclopédie Théologique, t. XIX, t. I), Couronnement du roi d'Angleterre, objets servant au couronnement épée, ampoule, bâton de Saint-Edouard, etc., col. 115. —. Sur le miracle de la Sainte Ampoule, au sacre de Clovis : « Il fallut pour courber cette tête indomptable qu'une colombe vînt des cieux D. « V. Hugo, op. cit.. paragr. II, vers 29-30, et n° XXIII sur le sauvetage des fragments de l'ampoule, brisée le 6 octobre 1793.

(78). RAPIN THOYRAS, op. cit., p. 261 et 313.

(79) Chronique du Religieux de Saint-Denis, t. II, 1. XX, ch. XIV, p. 731-733, cf. WYLEE, op. cit., t. I, ch. VIII, p. 154.

(80). Chronique du Religieux de Saint-Denis, t. II, 1. XX, ch. XIV, p. 726-727.

(81). JEAN BOUCHET, op. cit., 4° partie, ch. II, p. 195-196. — Thibaudeau, cp. cit., t. 1, ch. XXIII, p. 369. — Rerum britannicarum, op. cit., n' 64, Chronica Angliae, 1328-1388. Auctore monacho quodam sancti Albani, Edited by EDWARD MAUNDE THOMPSON, London, 1894.

(82). FROISSART, Les Chronique., éd. Buchon, 1. IV, ch. 78, p. 229-230 ; t. XIV. p- 229, n. 1, et 230, n, 1 ; t. III, 1. IV. ch. LXXVIII, p. 357, col. 2, note 1. 

(83). JEAN BOUCHET. op. cit., p. 3, c. 4. — FROISSART, Les Chroniques, éd. Buchon, t.X.I V, 1. IV, ch. 78, p. 229-230, n. 1, éd.. t. III, 1. IV, ch. LXXVIII, p. 357, col. 2. n. 1.

(84). WYLEE, t. I, ch. III, p. 44-45.

(85) et (86). V. DURUY, Hist. de France, t. I, p. 395. 401, 404, 407, 411

(87) - A. COLLIN DE PLANCY, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, Paris. 1821. T. I, V° Ampoule, pl. 19.

(88). Chroniques de FROISSART, édi.t. Kervyn de Lettenhove, t. XVI, p. 360.

(89). RAPIN THOYRAS, op. cit., t. III, I. IX. p. 74.

(90). lbid., p. 114.

(91). Ibid., p. 87-88.

(92). Ibid.. p 92 93.

(93). Ibid., 93-94.

(94). Annales Ecclesiasticae ab anno MCXCVIII, auctore ODCRICO RAYNALDO, t. XV, anno 1319, paragr. 20 (Romae 1652).

(95). Henri, comte de Luxembourg depuis 1228, proclamé roi des Romains en 1308 et couronné empereur à Rome en 1312 l'année qui précéda sa mort. — P. Meyer, Alexandre le Grand dans La littérature du M. A., t. II, et XI, p. 264, Paris 1866.

(96). Rerum britannicarum, n° IX, Eulogium Historiarum, etc., op. cit.

(97). Annales Ecclesiasticae ab anno MCXCVIII, auctore ODORICO RAYNALDO, t. XV. Romae, anno 1319, paragraphe 20.  

(98). JULES ZELLER. Histoire d'Allemagne, Paris, 1890. 1. VI, I. XV, ch. I, p. 280.

(99). KERYYN DE LETTENHOVE, Op. cit., p. 361.

(100). ODORIC RAYNALOUS, op. cit , t. XV il, n 20. (Anno 1659).

(101). BUCHON, op. cit., t. XIV, p. 229-230.

(102). KERVYN DE LETTESHOVE, op. cit., t. XVI, p. 361.

(103). THOMAS MACALL FOLLOW, maître ès arts, écrit : En France, une légende obtint créance, d'après laquelle une sainte colombe descendit du ciel, apportant un vase (souvent appelé la sainte ampoule) contenant l'huile sainte qui fut placée sur l'autel pour le couronnement de Clovis. Une goutte de l'huile de la sainte ampoule, mélangée avec le chrême, fut souvent employée pour le sacre du roi de France. Semblablement, etc. — The Encyclopoedia Britannica, t. VI, V° Coronation, p. 458, col. 1, 14e od., 1929-1932. ,

(104). Ou 1319 plutôt. -

(105). Encyclopoedia, op. cit., ibid.

(106). BOCHON, op. cit, t. XIV, appendice, p. 323 466

(107). Archaeologia, t. XX, Rev. JOHN WEBB, Translation of a French Metrical History of the deposition of King Richard the secund, written by a Contemporary. London, 1824, p. 99.

(108).. ROBERT HENRY. Histoire d'Angleterre, Paris, 1792, t. V, I. V, ch I, p. 2, n. 2.

(109). Rerum Britannicarum., n° 25. p. XXXIII, n. 1. Pour tout ce qui concerne la bibliographie sur le sacre des Rois de France, voir : Bibliothèque historique de la France, par JACQUES. LELONG, Nouvelle édition, par M. FEVRET DE FONTETTE, 1769, t. II. ch. IV, Art. II p. 703, col. 2, à 712, col 1, n° 25.943 à 26.109, Sacre du Roi, Ampoule de Reims, etc.  

(110). Commentarii sive Annales rerum Flandricarum, auctore Jacob Meyero Baboleano, lib. XIIII, fol. 217.

(111). ANDRÉ DUCHESNE, op, cit., p. 973.

(112). Dom HUILLIER, op. cit., t. L. ch. I, p. 7-81. — MIGNE, P -L., t. CXC. St Thomas Becket, Vita et Passio auct. Anonymo, col. 350, ch. IV. Paris, 1495, et dernière édition, Paris. 1854.

(113). lbid., p. 16-17. Romania, LXI, 1935. — J. MORANSKI, Mélanges de littérature pieuse. Les Miracles de Notre-Dame en vers français, p. 157, n. 1. La Vierge couturière.

(114). Ibid., ch. XXIII, p. 394, 395, 456.

(115. D. HULLIER, op. cit., ch. XXIII, p 406. — Cf. DE BEAULIEU, Op. cit., I. II, ch. VI. p. 220. — ROMANIA, 1915-1917, t. XLIV, p. 422. — GARNIER DE PONT-SAINTE-MAXENCE, Vie de St Thomas de Cantorbéry, op. cit. Documents inédits de l'Histoire de France. FRANCISQUE MICHEL, Chronique des ducs de Normandie, t. III, BENET, Vie de St Thomas de Cantorbéry, app. V, p. 622, — R. B. Mediii œvi Script. n° 51. Chronica Magistri Roger de Hoveden, t. II, p. 10-11, London, 1869.

(116). Commentarii sive Annales., op. cit.

(117). Mém. Académie, Inscript. et Belles-Lettres, t. II, Abbé DE VERTOT, Dissertation au sujet de la sainte Ampoule de Reims

(118). THÉOPHILE GAUTIER, Le Roman de la Momie, Paris, 1883. ch. XVI, p. 291-292.

(119). Revue des Deux Mondes, 1911, t. IV, n° du 15 juillet, Comte D'HAUSSONVILLE, Le couronnement de George VI, p. 263. — Le Figaro, IIIe année, n° 358 du 23 décembre, 1936. A. M. SÉVERIN, Ce qu'on verra à la cérémonie du couronnement de George VI, p. 2, col. 4.

(120). Voir sur les Regalia l'ampoule et la cuiller d'or, Magasin Pittoresque, 1838, t. VI, La Couronne de saint Edouard, p. 318, col. 2. - 1846, t. XIV, Cuiller en or du douzième siècle, p. 148, gravure.

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