La Collégiale Saint-André de Chartres - Thomas Becket - Guillaume aux Blanches Mains - Jean de Salisbury

Becket était né à Londres en 1117. Fils de Gilbert Becket de Rouen et de Mathilde de Caen (un seul chroniqueur l'appelle Rose), il était de pur-sang normand, et c'est une légende postérieure qui lui donne une origine à moitié sarrasine.

Il fut d'abord élevé comme un gentilhomme dans la maison de Richard de Laigle à Pevensey; mais son père, riche marchand de la Cité, ayant perdu sa fortune, Thomas se fit clerc et entra dans les bureaux de son parent Osbern Huit-Deniers, puis dans ceux du chancelier Thibaud, archevêque de Cantorbéry.

Il avait alors vingt-deux ans; il était mince et pâle, avec les cheveux noirs, le nez long et les lignes du visage très fermes; sa contenance modeste et sa parole séduisante pouvaient tromper sur sa vraie nature : c'était un passionné. Quoi qu'il fît, il s'y donnait tout entier; il servit plusieurs maîtres, mais un seul à la fois : d'abord son archevêque, puis le roi, puis Dieu.

Thibaud attirait et retenait auprès de lui l'élite du clergé; son secrétaire était le fameux Jean de Salisbury, le futur évêque de Chartres et biographe de Thomas Becket; il avait introduit en Angleterre l'étude du droit canonique, et le fit enseigner à Oxford par Vacarius, le plus ancien professeur connu de la célèbre université. Le jeune clerc s'y appliqua de toute son ardeur; il alla même à Bologne entendre Gratien, qui, à ce moment, publiait son « Décret ».

De cet enseignement, Thomas retint surtout la partie politique, car il ne fut jamais un profond canoniste, non plus qu'un lettré exercé ; il s'arma pour l'action. Ses études achevées, il devint un des favoris du prélat; en 1152, il fut envoyé à Rome pour décider le pape à empêcher Etienne de faire sacrer roi son fils Eustache, et il réussit.

Par là il assurait le trône à Henri Plantagenet et préparait sa propre fortune. Il fut nommé archidiacre de Cantorbéry et prévôt de Beverley; à l'avènement de Henri II, il devint chancelier d'Angleterre. Dans ce poste éminent, il se signala comme juge, comme financier et comme diplomate, défendant les droits du roi, même contre l'Église : quand Henri II leva un écuage sur les terres du clergé (1158), l'archevêque Thibaud protesta, mais le chancelier applaudit.

Comblé des faveurs royales, Becket devint orgueilleux et hautain, « mordant comme le loup quand il a pris l'agneau » ; il vécut dans le faste, entouré d'un brillant cortège de chevaliers qu'il entretenait dans sa maison des revenus fournis par ses nombreux bénéfices. Il aimait la chasse et la guerre; un de ses biographes, le poète Gautier, le vit plusieurs fois en Normandie « chevaucher sur les Français ».

Thomas Becket était donc vraiment un ministre selon le coeur de Henri II; c'est pourquoi le roi voulut le mettre à la tête du clergé, de ce corps qui donnait à l'administration les agents les plus instruits, les plus honnêtes et les moins dangereux, puisqu'ils ne pouvaient ni porter les armes, ni rendre leurs charges héréditaires.

Il espérait trouver en lui un autre Lanfranc ; mais les temps avaient changé. Parmi les membres les plus austères du clergé, l'opinion avait prévalu que l'Église, pour vivre honnêtement, devait s'abstenir des affaires laïques, cesser de fournir à l'Etat ses ministres et ses juges. Ces idées, Thomas avait appris à les connaître auprès de ses maîtres, à Bologne et à Cantorbéry; il y avait jusqu'ici prêté peu d'attention parce qu'il n'appartenait guère au clergé que par ses grands biens ; mais le poste de primat, que Henri lui offrait, lui enseignait d'autres devoirs.

Il prévit que leur amitié y périrait : « Il faut, dit-il, que l'archevêque de Cantorbéry offense Dieu ou le roi. » Henri II n'en voulut rien croire; malgré les conseils de sa mère, les protestations des grands, les plaintes de l'Eglise, il imposa son candidat au choix des électeurs. Thomas, qui n'avait encore reçu que les ordres mineurs, fut ordonné prêtre le 2 juin 1162, consacré archevêque le lendemain, revêtu deux mois après du pallium. A voir le roi presser avec une telle instance l'élévation de son ministre et Becket se résigner si vite à la subir, qui eût pu croire qu'une irréconciliable inimitié allait tout à l'heure les séparer?

Brusquement Becket changea de vie ; le luxe fut banni de sa maison ; il prit l'habit de ses moines et leur donna l'exemple de l'austérité ; il s'entoura de clercs renommés pour leur science, surtout dans le droit, consacra tout son temps à l'étude, à la prière, aux oeuvres pies. Chose plus grave, il donna sa démission de chancelier, après avoir pris soin d'ailleurs de se faire donner par le justicier quittance entière de toutes les sommes dont il avait eu le maniement durant sa charge; sans doute c'était l'usage en Angleterre, mais Henri II n'avait pas comblé d'honneurs un aussi bon serviteur pour le perdre, et il s'irrita de cette démission comme d'une injure personnelle.

Ce fut bien pis quand, à la grande assemblée de Woodstock (1er juillet 1163), le prélat refusa d'autoriser la levée du danegeld sur : les terres du clergé ; c'était la première fois depuis la conquête qu'on refusait l'impôt au roi. On ne sait ce que fit Henri II, mais il est certain que, depuis lors, il ne fut plus question de l'argent pour les Danois.

 

Becket et les articles de Clarendon.

— Trois mois plus tard, à Westminster (1er octobre), le roi se plaignit de l'indulgence des tribunaux ecclésiastiques, de leurs exactions, des facilités qu'ils offraient aux criminels pour échapper au châtiment. Il suffisait en réalité de se dire clerc, et l'on pouvait être clerc sans même avoir pris les ordres mineurs, pour échapper à la justice civile. Henri demanda que les clercs accusés de vol ou de meurtre, après avoir été punis selon les lois de leur ordre, fussent remis aux mains des juges séculiers et punis selon les coutumes du royaume. Thomas s'y refusa : il était injuste, disait-il non sans raison, d'infliger un double châtiment pour un seul crime.

Le roi invoqua en vain les coutumes du royaume; la loi de l'Eglise avait, aux yeux du prélat, plus d'autorité que la loi laïque, et Thomas ne consentait à obéir à celle-ci qu'autant qu'elle ne porterait pas atteinte à celle-là. C'était s'engager dans une impasse. Les coutumes du royaume n'étaient encore ni écrites ni fixées; l'eussent-elles été, l'Eglise ne les eût pas subies volontiers, puisqu'elle invoquait la justice contre le droit; d'ailleurs, il faut se rappeler qu'à cette époque la procédure ecclésiastique était tout de même moins oppressive et les peines moins barbares que devant les tribunaux laïques. En réservant les privilèges de son ordre, Becket défendait donc, jusqu'à un certain point, la cause de la dignité humaine contre Henri II qui, en invoquant le souvenir de son aïeul, déclarait son intention de régner en despote.

 Le roi mit fin brusquement à l'assemblée, et quitta Londres en fureur, suivi de la foule tremblante des prélats qui craignaient pour leurs sièges. Thomas demeura presque seul de son opinion.

Peu après Noël, la cour s'assembla dans un hameau isolé au milieu d'une chasse royale, à Clarendon. Là, circonvenu par les évêques, ébranlé par les menaces de mort qu'on lui prodigua, Thomas céda : il promit de respecter les « coutumes du royaume ».

Aussitôt les conseillers du roi (Thomas prétendit plus tard que c'étaient uniquement le justicier Richard de Lucy et un légiste français, Jocelin de Bailleul) se retirèrent dans une chambre voisine pour consigner par écrit le texte même de ces coutumes. Ce sont les « seize articles de Clarendon » qui furent approuvés, dit l'acte de cette constitution, par les évêques et les grands du royaume (30 janv. 1164).

Ils décidaient que les clercs accusés pour une cause quelconque devaient comparaître et devant la cour du roi et devant le tribunal ecclésiastique; s'ils étaient convaincus ou s'ils avouaient, l'Église les abandonnait au bras séculier (art. 3). En matière ecclésiastique, les appels devaient être portés de l'archidiacre à l'évêque, et de celui-ci à l'archevêque, mais sans pouvoir aller plus loin (art. 8). Les archevêques et les évêques, comme tous les vassaux directs du roi, étaient tenus d'obéir aux fonctionnaires royaux, d'acquitter toutes les obligations de leurs fiefs, d'assister aux jugements de la cour du roi, sauf quand il y avait lieu de prononcer la mutilation ou la peine capitale (art. 11).

Ils ne pouvaient quitter le royaume sans l'autorisation royale, ni sans prêter serment de rien faire qui pût nuire au roi et au royaume (art. 4). Les autres articles se rapportaient au droit de régale, au droit d'avouerie et de présentation aux églises, aux excommuniés, à la procédure, etc.

Si telles étaient les coutumes du royaume au temps de Henri Ier, ce qui n'est pas sûr, il est certain qu'elles précisaient les devoirs de l'Église en matière féodale et politique avec une netteté gênante pour le présent et menaçante pour l'avenir.

Comme au temps du Conquérant, l'Église d'Angleterre était très clairement soumise à l'État; mais depuis Grégoire VII l'idée catholique avait fait de grands progrès. L'Église admettait comme indiscutable la théorie de la monarchie universelle où le pape régnait souverainement sur les âmes de tous les chrétiens et les gouvernait par le clergé. Le pouvoir laïque pouvait-il prétendre à limiter le pouvoir divin?

Thomas, qui avait repris son assurance, ne chercha même pas à discuter. Persuadé qu'avec Henri II tout compromis était impossible, il refusa d'apposer son sceau à l'acte, quitta la cour et se retira à Winchester où, revêtu de l'habit de pénitent, il attendit que le pape l'eût absous d'avoir pendant un moment trahi son devoir.

 

Fuite de Becket.

 — Dès lors Henri II jura de se venger. Becket ayant refusé de comparaître comme défendeur dans un procès que lui intentait Jean le Maréchal, le roi assembla sa cour à Northampton pour juger le prélat inculpé du crime de forfaiture (7 oct.).

Les barons, les grands officiers de la couronne, les évêques, contraints à siéger par la constitution de Clarendon, se réunirent dans la chambre haute du château ; les moindres barons et les fonctionnaires royaux, qui avaient été aussi appelés, se tinrent en bas, dans la grande salle que chauffait un vaste brasier allumé au milieu. On délibéra longtemps ; enfin Henri de Winchester vint, à contre-coeur, déclarer Becket coupable de n'avoir pas obéi à un bref royal.

 Le prélat fut mis à l'amende; puis, malgré la quittance générale qu'il s'était fait donner à sa sortie de charge, on lui demanda un compte rigoureux de certaines sommes qu'il avait reçues ou dépensées étant chancelier. Thomas offrit 2000 marcs; le roi refusa : il voulait pousser à bout son adversaire et le dégrader; on allait jusqu'à dire qu'il méditait la mort du prélat et la ruine de ses partisans.

Quatre jours se passèrent au milieu de ces alarmes; puis Thomas, méprisant les conseils de tous ceux qui l'engageaient à céder, interdit aux évêques de prendre part au jugement et déclara qu'il en appelait à Rome, double violation des articles de Clarendon; enfin, revêtu de ses habits pontificaux, crosse en main, il se rendit au tribunal ; ses plus fidèles serviteurs l'avaient abandonné, mais une foule immense le suivit, en l'accompagnant de ses voeux.

Les évêques n'osaient désobéir ni au roi ni à l'archevêque ; ils sortirent de ce mauvais pas en demandant au roi l'autorisation d'en appeler au pape contre la défense que Becket leur avait intimée de siéger avec les barons, et ils se retirèrent. La cour fut complétée au moyen de fonctionnaires et de moindres barons ; elle déclara l'archevêque coupable de trahison, mais, quand les comtes de Leicester et de Cornouailles vinrent pour prononcer la sentence, Becket se leva et prit la parole, affirmant hautement l'indépendance du clergé : « Comme l'or vaut mieux que le plomb, ainsi l'autorité spirituelle est supérieure au pouvoir temporel. » Puis, après avoir interdit aux comtes de parler, il quitta le château pontificalement.

La nuit suivante, il s'enfuit au milieu d'une horrible tempête qui le protégea, parvint sous un déguisement à la côte flamande et se rendit en France auprès du pape.

 L'exil volontaire de Thomas Becket était un échec personnel pour Henri II plutôt qu'un revers pour sa politique. A l'intérieur, il continua ses réformes. Au retour d'une nouvelle expédition inutile contre les Gallois (1165), il promulgua l' «Assise de Clarendon », sorte de code criminel en 22 articles qui proscrivait les hérétiques, instituait de grands jurys d'enquête dans les comtés et centaines pour déférer aux juges les voleurs, les meurtriers et leurs complices, étendait l'autorité des shériffs en matière de police et de franc-piège au détriment des justices et immunités féodales (1166).

La même année, il leva une aide pour le mariage de sa fille aînée Mathilde avec Henri le Lion, duc de Saxe. Cette union le rapprocha de Frédéric Barberousse, mais il refusa de se laisser entraîner par l'empereur dans sa lutte contre le pape Alexandre III; de son côté Alexandre avait intérêt à ménager le chef du puissant empire angevin, et il soutint mollement la cause de Thomas Becket.

Le prélat, encouragé à la résistance par les rares amis qui l'avaient suivi dans l'exil, s'exaltant lui-même par le jeûne, les macérations, l'étude fiévreuse des écrits théologiques, aigri par les persécutions que Henri II dirigeait même contre les personnes de sa famille, continua presque seul le combat.

Il refusa d'instituer les évêques élus depuis son départ; il excommunia les principaux conseillers de Henri II.

 

Quand le roi eut fait couronner son fils aîné, Henri Courtmantel, par l'archevêque d'York au mépris des droits de l'archevêque de Cantorbéry (14 juin 1170), il arracha au pape la promesse d'envoyer des légats pour mettre l'Angleterre en interdit.

 En même temps Louis VII, irrité de ce que sa fille Marguerite n'avait pas été couronnée avec le jeune roi son époux, prit les armes.

Pour détourner l'orage, Henri II vint en Normandie : à Fréteval il se réconcilia avec Louis VII (20 juillet), puis avec le prélat (21 juillet).

Il consentit à ne plus exiger de Becket qu'il reconnût les « coutumes du royaume » ; il promit de le prendre sous sa protection, de lui restituer tous ses biens, de faire sacrer de nouveau le jeune Henri et cette fois avec sa femme.

Le roi et le prélat se séparèrent en se donnant l'accolade, mais non le baiser de paix, et sans avoir au fond rien abdiqué, de leurs ressentiments ou de leurs rancunes.

 

Rappel des dates :

-          Le 7 janvier 1169, Thomas rencontre Henri II, roi d’Angleterre, à Montmirail ;

-          Le 18 novembre 1169, Thomas a une entrevue avec Louis VII, roi de France, à Saint-Denis, suivie d’une autre avec Henri II à Montmartre ;

-          Le 21 juillet 1170 à Fréteval en Touraine, Thomas accompagné de Guillaume de Champagne, l’évêque de Chartres et archevêque de Sens, et Henri II trouvent un accord permettant à Thomas de rentrer en Angleterre.

-          A la toussaint 1170, Thomas quitte Sainte-Colombe-lès-Sens et débarque à Sandwich, accompagné de l’archidiacre de Sens. Ce dernier refuse de prêter serment de fidélité au roi d’Angleterre.

-          Le 2 décembre, Thomas rentre à Canterbury, reçoit un accueil triomphal et célèbre l’office de Noël dans sa cathédrale. …..

 

 

 

 

Jean de Salisbury, moine Anglais né vers 1110 à Salisbury était le conseiller et secrétaire de Thomas Becket. Il étudia à Chartres, de 1137 à 1140 environs et devint l’évêque de cette ville jusqu’à sa mort (1176-1180).

Parmi les hommes de son temps, c’était un de ceux qui connaissaient le mieux l’antiquité. Ses ouvrages étaient célèbres et recherchés au moyen-âge. Les principaux sont : le Polycraticus, sorte d’encyclopédie morale en VIII livres, ou aux frivolités du monde il oppose les enseignements de la philosophie ; le Metalogicus en VI livres, dans lequel il s’attache à défendre la philosophie, ou plutôt les lettres anciennes contre les sceptiques. Il faut ajouter ses lettres, très importantes pour l’histoire contemporaine. Tous les ouvrages de Jean de Salisbury ont été réunis et publiés à Oxford par M. Gile.

Les vestiges recueillant le tombeau de Jean Salisbury, secrétaire de Thomas Becket sont visibles dans L'abbaye Notre-Dame de Josaphat (Beata Maria de Josaphat), fondée en 1117 par Geoffroy de Lèves évêque de Chartres et son frère Goslein, seigneur de Lèves, sur leurs terres ancestrales.

 

 

eglise paroissiale et collégiale de saint André et chapelle de Saint Nicolas de Chartres

La Collégiale Saint-André de Chartres , 2 Rue Saint-André

 

L'église primitive aurait été construite, selon la tradition par saint Aignan, à l'emplacement d'un amphithéâtre gallo-romain dont on retrouve des vestiges dans les murs de l'une des cryptes.

 Un second édifice datant du Xe siècle fut détruit par un incendie en 1134, ne laissant que les cryptes. Reconstruite, l'église Saint-André est terminée dans la seconde moitié du XIIe siècle.

 

 

 

 

Dictionnaire des noms propres, ou Encyclopédie illustrée de biographie, de géographie, d'histoire et de mythologie.... F-M / par B. Dupiney de Vorepierre,...

 

 

 

6 janvier 1169. Paix de Montmirail entre Henri II Plantagenêt et Louis VII roi de France médiateur de Thomas Becket.<==.... ....==>25 décembre 1169 : Henri II Plantagenêt tient sa cour de Noël à Nantes où il célèbre les fiançailles de son fils Geoffroy II