le Cimetière des Rois d'Angleterre à l’abbaye de Fontevraud

C’est parce qu’il était arrière-petit-fils de Guillaume le Conquérant, le normand qui avait conquis l’Angleterre, que Henri II Plantagenêt, Comte d’Anjou, devint roi d’Angleterre.

La dépouille d'Henri II inaugura à l'abbaye de Fontevrault la sépulture qu'on a nommée improprement le Cimetière des Rois d'Angleterre et où furent enterrés après lui les corps de cinq princes de la maison des Plantagenets : ==> HENRI II PLANTAGENÊT (portrait)

==> LES DISPOSITIONS TESTAMENTAIRES D'HENRI II PLANTAGENET

1° Richard Coeur de Lion, fils et successeur d'Henri II, mort en 1199 ;

Ses dernières volontés furent : son corps à Fontevraud, pour, en reposant aux pieds de son père, réparer sa trahison envers lui ; son cœur aux Rouen nais pour les remercier de leur infrangible fidélité ; ses entrailles, « réceptable de ses excréments », dit-il, aux Poitevins comme prix de leur trahison. Mort le 6 avril, il fut inhumé à Fontevraud le dimanche des Rameaux, 11 avril suivant. ==> Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.

2° Jeanne d'Angleterre, soeur du précédent et femme de Raymond VI, comte de Toulouse, morte en 1199;

Aliénor d'Aquitaine, successivement reine de France et d'Angleterre, veuve de Henri II, mère des deux précédents ;

Aliénor finit par s'éteindre à Poitiers, le 31 mars 1204, âgée d'environ quatre-vingt-deux ans.

La tombe qui a recouvert les restes d'Aliénor existe encore dans l'ancienne église de Fontevrault, seulement les sculpteurs du XIIIe siècle, tout en donnant à la reine le costume du temps, n'ont pas reproduit sa physionomie.

La statue représente une femme de quarante ans au plus, tandis qu'Aliénor en comptait plus de quatre-vingts. C'est une figure de convention, aussi bien que celles qui surmontent les sépultures d'Henri II, de Richard Coeur-de-Lion, de Jeanne de Toulouse et d'Isabelle d'Angleterre, qui font un funèbre cortège à la vieille reine. (Voy. Courajod. Les sépultures des Plantagenets, à Fontevrault. Histoire des comtes du Poitou, par Alfred Richard, t. II, p. 439 et note.) ==> La vie d’Aliénor d’Aquitaine

4e Isabelle d'Angoulême, morte en 1246, veuve de Jean sans Terre ; en 1254, le corps d'Isabelle d'Angleterre fut exhumé et transporté au Cimetière des Rois.

5° Raymond VII, de Toulouse, fils de Jeanne d'Angleterre et de Raymond VI, mort en 1245, avait par testament choisi Fontevraud comme sépulture : il fut placé aux pieds de Jeanne d'Angleterre, sa mère.

Les vicissitudes de ces sépultures royales furent très nombreuses.

Pour les comprendre il faut distinguer avec soin les lombes proprement dites ou fosses dans chacune desquelles fut déposé un cercueil, les tombeaux, ou cénotaphes élevés primitivement sur chacune des tombes, et enfin les effigies ou statues couchées de chacun des illustres morts.

Les tombes ont été bouleversées à diverses reprises et ont été comblées, puis en partie remises à jour par M. Magne. Les cénotaphes ont été brisés et ont disparu. Quatre statues sur six subsistent.

Nous venons de donner les dates d'inhumation. Chaque tombeau et chaque statue furent placés sur chaque tombe très peu de temps après les inhumations.

Le tout resta respecté et entouré de vénération jusqu'au début du XVIe siècle.

Les six Plantagenets avaient chacun leur sépulture distincte et chaque tombe était ornée d'un monument funéraire avec l'effigie du défunt. Tous ces monuments, qui offraient un grand intérêt historique et archéologique, demeurèrent intacts jusqu'en 1504. En cette année, l'abbesse Renée de Bourbon, sous un prétexte de réforme, éleva dans l'église une clôture pour les nonnes et y transporta les effigies en même temps qu'elle troublait la disposition des sépultures cachées sous la pierre.

Renée de Bourbon disposa ces effigies dans l'ordre suivant : « Henri II, Richard, Aliénor, Jeanne d'Angleterre, toutes quatre, a côté l'une de l'autre et à la suite, couchées et étendues sur tombeaux vides et élevés ». Plus près de la grille, furent placées les statues d'Elisabeth et de Raymond. (Cf. Honorat Nicquet, Histoire de Fontevraud, p. 529).

 

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 En 1562, les Huguenots ravagèrent l'Anjou et saccagèrent l'abbaye ; puis, en 1638, pour un motif de décoration de l'église, les tombes royales furent de nouveau bouleversées ; les effigies subsistantes, au nombre de quatre, furent réunies sous une même arcade et en une sépulture commune.

En 1638, nouvelle et plus considérable transformation. L'abbesse Louise avait « embelli le grand autel d'une riche et magnifique architecture ». La clôture des dames et le cimetière des rois n'étaient pas ornés dans le goût du temps. « Il falloit sur leurs fondements relever quelque somptueuse structure de bastiment, c'est ce qu'entreprit Madame Jean-Baptiste ».

Et Madame Jean-Baptiste résolut de faire deux belles arcades qui côtoieraient la grande grille et serviraient d'appui à deux autels placés dans le chœur des religieuses. « Pour faire les tranchées dés fondements de ces deux belles arcades », les tombes, déjà bouleversées par Renée de Bourbon, le furent à nouveau ; tombeaux et statues furent une fois encore disposés autrement.

Sans tenir compte des places occupées par les cendres royales dans les tombes, Madame Jean-Baptiste fit élever un mausolée commun sur lequel elle plaça quatre figures arrachées aux divers monuments qui les supportaient et les plaça dans cet ordre : Henri, Richard, Aliénor, Elisabeth. Comme son arcade était trop peu large pour contenir six statues, elle en fit disparaître deux ceux de Jeanne d'Angleterre et de Raymond ; elle les remplaça par deux statues de marbre blanc à genoux, qu'elle mit devant. A côté du tout, elle plaça une épitaphe qui, dit Courajod, « prouve combien elle ignorait ce qu'elle voulait enseigner à la postérité ».

« L'arcade, dit encore Courajod, fut resplendissante d'or, de marbres de toutes couleurs, ornée de sujets allégoriques et de festons dans le style le plus pompeux du jour».

Les deux statues refaites étaient dans le même goût. Mais les quatre vieilles statues rigides et froides du XIIe ! On eut beau les peinturlurer, comme elles détonnaient sur ce sarcophage postiche !

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Enfin, en 1793, la populace de la région s'acharna sur ces monuments vénérables comme pour détruire en eux les souvenirs du passé et des misérables fouillèrent les substructions dans l'espoir d'y découvrir des trésors cachés. Malgré les bouleversements opérés aux XVIe et XVIIe siècles, et qui devaient avoir rendu méconnaissables les sépultures, des ossements et autres restes s'y trouvaient encore, et c'est ainsi que dut être découverte et volée l'urne funéraire d'où fut extraite la relique vendue à Cretté.

 Aucune inscription ne décelait, aucun signe ne permettait d'induire qu'elle eût été le coeur de Henri II, mais ce roi avait été, sinon le plus illustre des personnages princiers inhumés à Fontevrault, du moins le créateur de cette sépulture royale et de là à lui attribuer tous les restes qui en provenaient, c'était chose facile.

« Lorsqu'on eut démoli dernièrement un mur de clôture adossé, au dix-septième siècle, au mur du transept, on entrevit, sur la -, muraille nord-ouest du transept, une décoration des plus curieuses.

« Malgré les dégradations dues à l'établissement du mur dé - clôture, on distinguait, par endroits, des croix d'or à branches égales, dessinée sur un fond noir, et, dans l'encadrement d'un arc qui portait encore des traces de peinture, des écussons piqués et des léopards d'or. Dans le bas apparaissait une ligne d'inscriptions: « Un nom effacé terminé par un T (Elisabeth?); puis Richard-Aliénor-Henri.

« En creusant le sol, on ne tardait pas à mettre à découvert quatre sépultures, orientées de l'est à l'ouest, qui touchaient presque au pilier fouillé. Celles de Richard Cœur de Lion et d'Aliénor étaient protégées par une sorte d'arc composé de débris sculptés et peints d'un enfeu du quatorzième siècle formant voûte.

« Détail curieux: l’arc de protection prenant appui sur l'emplacement affecté à la tombe d'Henri II, on ne s'était pas gêné,  au seizième siècle, pour raccourcir le cercueil, en lui donnant plus de largeur sur les côtés, L'ouverture de la tombe permit de constater cette opération singulière : le crâne et le tronc se trouvaient rapportés sur la partie inférieure du squelette »

 

Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais

Bulletin religieux de l'Archidiocèse de Rouen

 

 

Mathilde d’Anjou, abbesse de L’abbaye de Fontevraud- Les Rencontres Imaginaires dans les pas d'Aliénor d’Aquitaine <==.... ....==> Les quatre gisants royaux du Cimetière des rois Plantagenet - abbaye de Fontevraud