Construction de la citadelle d’Oléron sur l’emplacement de l’ancien château féodal (Devis du Cardinal de Richelieu) Virtual Tour

La prise de la Rochelle ayant mis fin aux guerres de religion, et, postérieurement, la révocation de l'édit de Nantes ayant fait cesser l'exercice public du culte réformé, la majeure partie de la population revint à la foi catholique.

Les églises furent les principaux points de défense et de retraite pendant les temps du moyen-âge. Il paraît toutefois, par des chartes et titres de 1076,1096 et du XIIe siècle qu'il existait, dans l'île d'Oléron, une tour et un château ou forteresse, dans l'emplacement qu'occupe la citadelle actuelle qui a été commencée en 1630, et terminée en 1695.

L'ancien château fort, nommé le Château d'Oléron, était placé sur la côte du N.-E., attenant au bourg, qui sans doute en a tiré son nom. Il était surtout mémorable, parce que c'est dans son enceinte qu'Aliénor, duchesse de Guyenne, fit rédiger sous ses yeux les lois et ordonnances de la marine, appelées les Lois ou Jugements d'Oléron. La citadelle qui existe aujourd'hui n'est pas tout à fait sous les ruines de cette ancienne forteresse, mais un peu plus à l'est.

Elle fut construite en 1630, sous le règne de Louis XIII et par les ordres du cardinal de Richelieu Grand Maître, Chef et Surintendant de la Navigation et Commerce de France, gouverneur général pour Sa Majesté en ladite ville de Brouage et isle d'Oleron,

 

Construction de la citadelle d’Oléron sur l’emplacement de l’ancien château féodal (Devis du Cardinal de Richelieu) (4)

L'exécution des travaux fut confiée aux soins de M. d'Argencourt, fameux ingénieur, qui n'épargna rien pour rendre cet ouvrage aussi solide que magnifique.

En 1673, M. le chevalier de Clairville, gouverneur de l'île, fit travailler à une seconde enveloppe, construite irrégulièrement, mal flanquée de redans et de petites courtines. Cette enceinte, dans la suite, fut conduite avec plus d'entente, et continuée jusqu'en 1688.

L'année d'après, M. Ferry, ingénieur directeur des fortifications de l'Aunis, en fit raser une partie pour établir de meilleurs dehors, lesquels consistaient en un ouvrage à corne du côté du bourg et une demi-lune placée dans la gorge de cet ouvrage. On construisit encore, vers le marais, un autre ouvrage à corne, qui fut élevé avec tant de précipitation et durant un hiver si rude qu'il s'écroula bientôt. On redoutait alors la descente du prince d'Orange, couronné depuis roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume III, et l'on avait commandé, pour activer les travaux, les paysans de plus de 30 lieues à la ronde, des provinces du Poitou, de l'Aunis et de la Saintonge et les maçons du Limousin Les prévôts conduisaient les travailleurs par force, comme des criminels ; il en mourut un grand nombre de chagrin et de fatigues.

 

 (Vauban et Begon vue 360 de la citadelle d’Oléron)

En1689, l’intendant Michel Bégon doit à la fois fortifier le littoral charentais contre les entreprises ennemies mais encore développer la ville de Rochefort.

A la gorge de cet ouvrage à corne ruiné, ou bâtit en 1690, une demi-lune revêtue de maçonnerie, et entourée de bons fossés. Les chemins couverts et les glacis ne furent finis qu'en 1695. Quelque temps après on forma une enceinte où fut comprise la partie conservée de l'ancien bourg, et l'on traça les rues d'une nouvelle ville.

 

PLAN DU CHATEAU D’OLERON du 18 octobre 1685 et 2020

 (PLAN DU CHATEAU D’OLERON du 18 octobre 1685 et 2020)

Devis pour les fortifications de la citadelle de Brouage et d’Oléron

2 Janvier 1628 massonnerie cy-dessus mentionnés tant de Brouage que d'Oléron, Armand Cardinal de Richelieu, Grand Maistre, Chef et Surintendant de la Navigation et Commerce de France

 

Devis et conditions-suivant lesquelles il faut bastir de neuf aux fortifications de la ville de Brouage, sçavoir les trois bastions et deux courtines du costé de la mer et d'un autre bastion qu'on doibt faire au lieu dict la Bresche, comme aussi en la citadelle d'Oléron ; le tout suivant les plans et desseings qui seront arrestés par Sa Majesté ou par son commandement et suivant les longueurs, aulteurs, espesseurs et alignements qui seront donnés par le sieur Dargencourt.

Premièrement l'entrepreneur sera obligé de foullier les terres des fondations de trois à quatre pieds de bas, suivant ce qui sera trouvé à propos, sans que pour cela il luy en soit rien compté ; et pour continuer les fondations jusques au vif fonds fauldra pilotter selon l'ordre qui suit :

Il faudra poser deux sablières ou ventrières à la distance de treize pieds, leur longueur telle que le bois le permettra et leur grosseur de douze à quatorze poulces en quarré ; après s'apliqueront les traverses, par-dessoubs entaillées avec les dites ventrières par mortaises en queue d'aronde, et seront entaillées sur l'espesseur de cinq à six poulces. Leur longueur sera de quinze pieds sur sept et huit poulces en carré, et seront spacées de toise en toise ; et sur le milieu, suivant la longueur du mur, s'y en apliquera une en parallèle avec les ventrières affin que les espaces des chassis soient à plus près quarrés ; dans lequel vuide se planteront trente six pieulx de la longueur qui sera trouvée nécessaire pour bien et seurement establir ledit mur, ayant sept, huit et neuf poulces de couronne. Iceulx seront plantés cy avant que leur teste soit à niveau des traverses. Après sera faicte une aire de chaulx vive, sable et caillou pour remplir l'entredeux des pieulx et raser le tout, et ce en bain (?) de mortier sur l'espesseur d'un pied.

Construction de la citadelle d’Oléron sur l’emplacement de l’ancien château féodal (Devis du Cardinal de Richelieu) (3)

Après il faudra apliquer des plattes formes ou daulles de trois poulces d'espesseur et de la longueur des dits murs, qui seront attachées avec des clouds de fer, de quatre piedz en quatre piedz, à la couronne des pieulx. La longueur desdits clouds sera de huit et dix poulces.

Après seront mis par-dessus toute la platte forme des liens de bois spacés de douze en douze pieds qui seront entaillés avec les ventrières par mortaises en queue d'aronde et chevillées de fer, et ' là-dessus se posera la première assise de pierre de taille..

Tous lesquels bois pour pillotis et platteformes, clouds et chevilles de fer, Sa Majesté fournira sur les lieux à ses despens. Et l'entrepreneur sera obligé le couper et mettre en oeuvre, planter pillotis, construire et parfaire la dite platteforme de tout poinct, moiénnant la somme de huict mille livres.

Plus il convient poser trois assises de pierre de taille de grands quartiers sur les dites platteformes, prises aux quarrières de taille, bourg de Sainte-Mesmes, lesquelles assises seront [en] retraite chacune de six poulces l'une sur l'autre, qui fera le rés-dechaussée des terres du costé de la mer, où sera commencé le tallu, sur la dite troisiesme assise, qui sera massonné de grands quartiers de pierre de taille de trois et quatre pieds de longueur en boutisse, entre deux un, jusqu'à la haulteur de trois pieds plus hault que la plus haulte marée. Et le reste de la dite massonnerie sera continué de quartiers quarreaulx de pierre de taille et avec boutisse, comme dessus, jusqu'à la haulteur du cordon, le tout des pierres sus dites ; le reste de l'espesseur du mur sera basti avec bon moeslon le plus gros qu'il se pourra.

Construction de la citadelle d’Oléron sur l’emplacement de l’ancien château féodal (Devis du Cardinal de Richelieu) (2)

Le mortier sera composé de bonne chaulx et de sable, à sçavoir deux tiers de sable et un tiers de chaulx.

Après sera posé le cordon, à la haulteur qui sera ordonnée. Il sera coupé en rond sur l'espesseur de quatorze et quinze poulces et de saillie dix.

Sur le cordon Se posera le parapet à angle droict, revestu, en son parement, de brique rouge avec chaisnes de pierre de taille de douze en douze pieds.

La première assise de brique sera de trois briques revenant à une brique et demy à la quatriesme assise ; la haulteur d'iceluy parapet telle qu'elle sera ordonnée, et sera recouvert par-dessus de pierre de taille, avec joingts d'un poulce et demy, ou deux, l'un sur l'autre, avec glacis.

Puis il faut couler et ficher toutes les assises de pierre de taille avec mortier de chaulx et ciment jusques à la haulteur de la plus haulte mer.

Plus il y aura trois guérites à chaque bastion, leur cul-de-lampe prendra saillie en-dessus du cordon, elles auront six faces, et six pieds de diamètre en-dedans d'oeuvre, et de haulteur autant. Sur chaque angle il y aura une chaisne de pierre de taille et les faces seront basties de brique rouge.

Il y aura hault et bas une plaincte de pierre de taille et le dessus sera couvert en cul de four aussi de pierre de taille, sur lequel se posera un vase ou fleur de lys avec girouette.

Construction de la citadelle d’Oléron sur l’emplacement de l’ancien château féodal (Devis du Cardinal de Richelieu) (1)

Au dessoubs du cordon se poseront les armés du Roy, sur la pointe de chaque bastion, si grandes qu'elles puissent estre distinguées de loing facilement.

Et touchant le bastiment de la citadelle d'Oléron, du costé de la mer elle sera revestue de gros quartiers de pierre de taille, jusques à trois pieds plus hault que la plus haulte mer suivant le tallu et espesseur qui en seront donnés.

Et là-dessus se posera un larmier ; le reste du mur jusques au cordon, ensemble le costé qui regarde la terre ou bourg; sera eslevé et basti avec bon moislon et chaisnes de pierre de taille jusques au cordon. Les chaisnes seront de douze en douze pieds de bonne pierre de taille avec boutisse et en liaison, qui porteront face de deux pieds de large, et les boutisses auront trois pieds de long, le moindre, et quinze poulces de largeur, et ce depuis le dessus des fondations du rés de chaussée des terres jusques au cordon, sur lequel sera assis le parapet à plomb, avec parement de brique et avec chaisnes et recouvert le tout avec pierre de taille semblable à celuy de Brouage cy-dessus descript. Et aura trois guérites à chaque bastion, semblables à celles de Brouage.

Pour lesquels ouvrages de massonnerie cy-dessus mentionnés tant de Brouage que d'Oléron, seront bien deubement faicts comme il appartient au dire de gents à ce cognoissants, l'entrepreneur estant tenu de fournir toutes sortes de matériaulx, pierre de taille, quartiers, quarreaulx, taille d'iceulx, moislons, chaulx, sable, ciment et toutes peines d'ouvriers, outils en plus et bois d'eschafaudage, moiennant le prix de quarante livrés la toise cube de muraille à Brouage, tant de celle qui sera au-dessus que au-dessoubs du rés de chaussée.

Et pour celle d'Oléron le prix de vingt-cinq livres la toise cube, à la charge que toutes les démolitions, pierres de taille, moislons et calloutages, sables et autres matériaulx qui se trouveront sur les lieux, tant en Brouage que en Oléron, et le moislon qui se trouvera à la vuidange des fossés des fortifications qui se font en Oleron seront à l'entrepreneur.

Plus l'entrepreneur sera obligé, après la réception de l'ouvrage, de l'entretenir un an à ses propres cousts et despens.

Je Jehan Tiriot Me Masson à Paris, recognois et confesse avoir promis et m'oblige de faire tous les ouvrages cy-dessus déclaré tant de massonnerie que pillotis et platteformes plus particulièrement spécifiés parle devis cy-devant transcript, bien et deubment au dire des gens à ce cognoissant, et d'y commencer à travailler dans le premier jour d'apvril prochain et continuer incessament jusques à la perfection dudit ouvrage, à bon temps propre à bastir et non en temps de gelée.

Et ce pour et moiennant la somme de quarante livres pour la toise cube, en Brouage, et vingt-cinq livres, en Oleron, et huict mille livres pour la façon des pillotis et de platteformes dudit Brouage, que Nous Armand Cardinal de Richelieu, Grand Maistre, Chef et Surintendant de la Navigation et Commerce de France, avons promis et promettons faire paier audit sieur Tiriot au fur et à mesure qu'il y travaillera et que lesdits ouvrages se feront, et de luy faire bailler présentement la somme de dix huict mil livres, paradvance, laquelle sera la première desduicte et précontée sur lesdits ouvraiges; ce que nous promettons respectivement entretenir, sçavoir moy Tiriot comme pour les propres affaires de Sa Majesté, et Nous Cardinal de Richelieu soubs l'hipotèque de tous et chacuns nos biens, pour asseurance de quoy nous avons signé les présentes doubles au Sault de la pierre [Pont de la Pierre] devant La Rochelle, le deuxième jour de janvier mil six cens vingt-huict.

LE CARD. DE RICHELIEU.            JEAN THIRIOT.

 

Le premier jour de aoust mil six cens vingt-huit, Nous Armand Cardinal de Richelieu, grand Me Chef et Surintendant de la Navigation et Commerce de France, avons accordé- à Jehan Tiriot, entrepreneur susdit, en considération de ce qu'il n'abat point les vieilles fortifications de Brouage dont les démolitions luy apartenoient, et à cause qu'il a grand peine à faire battre les pillotis des dites fortifications, la somme de dix livres d'augmentation par chacune toise de maçonnerie qui se fera à Brouage, revenant l'a dite toise à cinquante livres, et huict milles livres pour la façon du pilotage et platteforme d'iceluy, oultre et par-dessus la somme de huict mille livres portée par le contract cy dessus, moiennant quoy Je Jehan Tiriot promets et m'oblige de bien et deuement exécuter le contenu du contract sus dit et de ne demander pour quelque cause ou prétexte que ce soit autre chose que le paiement de ma besoigne selon qu'il est porté par le contract, comme aussi de ne rien demander pour les matériaulx et desmolitions qui me pouvaient apartenir, et en outre promets de faire porter les terres et vuidanges dés fondations dudit Brouage et les gravois du taillage de la pierre derrière les murailles de ladite ville pour y servir de rempart, à mes frais et despens.

Faict au camp devant La Rochelle, le 1er jour d'aoust Mbi vingt huict. »

ARMAND CARD, DE RICHELIEU.         JEAN THIRIOT.

 

Ces contrats furent ratifiés aussitôt après la reddition de La Rochelle. Les troupes royales avaient pris possession de la ville le 30 octobre 1628; le 1er novembre Louis XIII y fit son entrée et c'est le lendemain que le conseil du roi ratifiait les deux contrats dans les termes suivants :

I . « Veu au Conseil du Roy le devis des ouvrages à faire, tant à Oleron que en Brouage par le sieur Dargencourt et le marché des dits ouvrages fait le 6. [15] novembre 1627 par le sieur archevesque de Bordeaux sous le bon plaisir de Sa Majesté, lequel le dit sieur archevesque s'est obligé faire ratiffier par le Roy ; Sa Majesté en son dit Conseil a ratiffié et agréé ledit marché faict par ledit sieur archevesque de Bordeaux avec Anthoine Chezier . dict Taraon entrepreneur, ordonné que les dits ouvrages seront veus et visitez et receus par celluy qui sera député par Sa dite Majesté et ledit Taraon payé à raison de cent solz par toise, suivant le susdit marché.

DE MARILLAC (1).     DEFFIAT (2).       DE LAUBESPINE (3).

du IIe jour de novembre Mbi xxbnIII au camp devant (4) La Rochelle.

II. Veu au conseil du Roy le devis des ouvrages à faire aux fortiffications de la ville de Brouage tant pour les trois bastions et deux courtines du costé de la mer et d'ung autre bastion et courtines à faire au costé dict la Bresche, ensemble le devis d'autres fortiffications à faire en l'isle d'Oleron, les marchés faicts desdits ouvrages par M. le Cardinal de Richelieu Grand Me Chef et Surintendant de la Navigation et Commerce de France, gouverneur général pour Sa Majesté en ladite ville de Brouage et isle d'Oleron, soubz le bon plaisir de Sa Majesté, les deuxiesme janvier et 1er aoust de la présente année avec Me Jehan Tiriot Me Masson de Paris, entrepreneur des dits ouvrages à raison de cinquante livres pour toise des ouvrages de Brouage et vingt-cinq livres de ceulx d'Oleron, et de la somme de seize mil livres pour les pillotis nécessaires. Sa Majesté, en son Conseil, a ratiffié et approuvé les dits contracts et marchés, ordonné que les ouvrages faicts par ledit Tiriot seront veus, visitez, toisés et receus par celluy qui sera commis pour cet effect et ledit Tiriot payé de ce qui se trouvera luy estre deub suivant les dits marchés.

DE MARILLAC.     DEFFIAT.      DE LAUBESPINE.

du IIe novembre Mbi xxbIII à La Rochelle.

 

 

PLAN DU CHATEAU D’OLERON 1688, 1689 et 1712

(PLAN DU CHATEAU D’OLERON 1688, 1689 et 1712. En pointillé, les travaux entrepris en 1689. La partie du bourg, à droite, fut transformée en esplanade faisant disparaitre l’église paroissiale et les Récolets. La corne sur les marais s’effondra dès le premier hiver.)

1689, 27 mars. — Adjudications de travaux de fortification à La Rochelle qui amèneront 4000 ouvriers ; fortification de l'embouchure de la Charente, Rochefort, etc.

 

A la Rochelle, le 27 mars 1689.

Je suis, Monsieur, dans un si grand accablement d'affaires, que je ne sçais par quel bout commmencer pour vous remercier de tous les présens que M. Denis m'a aportés de vostre part, sur chacun desqu'els j'esperois vous faire un remerciement particulier, mais il est desjà passé cinq ou six ordinaires sans que j'aye pu trouver un seul moment pour m'acquitter de ce que je vous doibs.

Je reçois présentement vostre lettre du 22 à laquelle il ne m'est pas possible de faire réponse aujourduy. Je travaille aux adjudications des fortifications de ceste ville : il y aura, demain à la pointe du jour 1500 ouvriers, qu'on augmentera, de 500 par jour jusques à ce qu'il y en aict 4.000.

On prétend en faire une des plus belles places de France, mais quant à présent on le faict que de terre : il y aura huit gros bastions du costé de la campagne ; l'autre costé se deffend de luy-mesme parce que c'est un marais dont l'innondation sera très facile et coustera très peu.

On travaille à mesme temps à fortifier l'embouschure de la Charente, Rochefort, Saint-Martin, Samblanceau, le fort Le Prée, Oléron et Brouage, et je crois que lorsque les atteliers seront garnis comme ils seront dans huit ou dix jours, il y aura près de 25.000 travailleurs dans toutes ces places.

Je crois en vérité, Monsieur, que c'est icy la centième lettre que j'ay escritte aujourd'huy, et c'est tous les jours de mesme. Ces affaires icy ne s'exécutent qu'à force d'ordres réitérés en plusieurs provinces du Royaume.

BÉGON.

 

A Rochefort, le 14 juin 1691.

J'allai hier à Brouage et à Oleron. Je visitai en passant le nouveau fort que sa Majesté fait baslir au Chapus qui rendra le Chasteau d'Oleron imprenable. Je fis aussi le tour de l'enceinte de la nouvelle ville que le Roy fait bastir à Oleron qui sera très belle.

Tous nos vaisseaux, tant de guerre que de charge, partirent enfin mardy à la pointe du jour, et à 9 heures du matin on ne les voioit plus.

Il m'est depuis arrivé deux grands convois, l'un de Bordeaux et l'autre de Nantes, qui me vont mettre en estat d'armer encore qu'elques brûlots et qu'elques flûtes.

J'ay demandé à M. de Pontchartrain pour M. de Fricambaut, pour lequel je scai que vous avés de la considération, le commandement d'une frégatte de Sa Majesté nommée L'Oslendoise de 10 canons, de 70 hommes d'équipage ; et je l'ai par provision établi. J'espère qu'il partira dans trois jours au plus tard pour la garde des Pertuis jusques à Noirmoutier. Je fais achever avec diligence les frégattes nommées Le Poly et L'Opiniâtre dont le Roy a donné le commandement à MM. Estienne Jean et du Vignau. J'espère qu'elles seront à la voille dans un mois.

Je pars présentement pour aller coucher à La Rochelle où j'espère trouver le Père Bechefer arrivé. J'yrai de là faire un tour à Saint-Martin-de-Ré avant de revenir icy où je fais estat de me rendre le 19 au soir. Je suis toujours très parfaitement, etc. BÉGON.

 

Les devis que nous avons rapportés ne sont eux-mêmes que des premiers projets dont on retrouve cependant aujourd'hui des témoins d'exécution, avec certaines modifications, notamment en ce qui concerne les échauguettes bâties entièrement en pierre et non en briques avec des chaînes de pierre aux arêtes d'angle. C'est que, dans la suite, le Cardinal de Richelieu s'attacha à perfectionner cette place de prédilection, et certainement de grandes sommes d'argent y furent employées;

Sur les dépenses des premiers travaux, nous avons quelques renseignements,

Dans l'exercice compris entre juin 1628 et février 1630, Jean Hillaireau, sieur de la Traversière, « faisant les affaires de Mgr le Cardinal de Richelieu au pays de Brouage », notait, entre autres, à l'article dépense (6) :

« — À esté payé au sieur Jean Thiriot, architecque et ingénieur des fortifications de France et entrepreneur de celle de la ville de Brouage et Olleron, la somme de 95.624 livres, sur le prix du travail des dictes fortifications ; somme des paiements faicts à Thiriot et à Barthélémy Gille, masson : 351.495 livres.

— Aultre despençe en l'achap du bois de la dame de Saint-Jean Dangle, qui a esté employé aux fondations et pilotis des dictes fortifications dudict Brouage : 18.136 livres.

— Aultre despence et achap d'autre bois pour les dictes fortifications et fondations de la dicte ville de Brouage : 6.636 livres.

— Aultre despence faicte pour le bastiment et construction de l’arcenacq des armes en la ville de Brouage : 2.604 livres.

— Aultre mise et despence pour les fortifications de terre hors ' la ville de Brouage et du costé d'Hiers, qui se faict par ordre de Monseigneur : 23.330 livres.

— Aultre despence pour le fort et citadelle d'Olleron : 12.068 livres. ».

Ces fragments concordent et se complètent assez bien ; et si, comme il a été dit, ils ne s'appliquent qu'à une partie des travaux, leur intérêt de curiosité réside en ce fait que ces travaux furent les premiers que commanda le Cardinal de Richelieu pour la réfection des fortifications de Brouage.

 Dr Jules SOTTAS.

 

 

Le port du Château, situé à l'entrée du coureau d'Oléron, peut recevoir des bâtiments de 100 tonneaux ; la Hauteur de l'eau y est de 3 mètres 60 centimètres, en marée ordinaire, et de 2 mètres 20 centimètres dans les mortes eaux. Ce port est entièrement dans l'enceinte des fortifications ; il sert de fossé à une partie des ouvrages de la citadelle.

La citadelle du Château, forteresse inexpugnable autrefois, a été construite comme il est dit plus haut en 1630. On n'y accède qu'après avoir passé trois 7 ponts-levis et avec l'autorisation du commandant des compagnies de disciplinaires coloniaux dont le dépôt est dans la citadelle.

En 1830 la citadelle était un pentagone irrégulier, couvert du côté de la ville par un ouvrage à corne, et l'enceinte de la ville un camp retranché qui n'était pas achevé.

Le Château à possédé également une vaste construction ayant servi d'hôpital et convertie en caserne, pour la garnison.

 

 

Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis / [Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis]

De l'Île d'Oléron à Mortagne-sur-Gironde : histoire de Royan et de ses environs, précédée de l'histoire générale de la Saintonge (moeurs, coutumes, langage, religion, etc., etc.) / Gaston Noblet

Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis / [Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis]

  Michel Bégon, intendant de La Rochelle : correspondance et documents inédits

 

 

Le Cardinal de Richelieu et le marquis de Vauban dans le golfe de Brouage. Construction de la citadelle des marais salants <==.......==> La citadelle du Château d’Oléron - L’arbre de Richelieu

....==> Surcoût du chantier de fortifications du mur de l’Atlantique entreprit sous Louis XIV

 

 


 

(1) Michel de Marillac, né le 9 octobre 1563, à Paris; conseiller d’Etat, il avait, le 1er juin 1626, succédé au chancelier d'Alègre comme garde des sceaux; il perdit ce poste au lendemain de la journée des dupes (11 nov. 1630) ; son frère, Louis de Marillac, né en 1573, maréchal de France, en 1630, compromis dans la journée des dupes, fut condamné à mort pour malversations et exécuté ; trois mois après, le 7 août 1632, l'intègre Michel de Marillac mourait en prison, à Châteaudun.

(2) Antoine Coiffier, marquis d'Effiat, né en 1581, mort en Lorraine en 1632, était alors surintendant des finances ; il se distingua dans la diplomatie et conclut le mariage de Charles Ier, roi d'Angleterre, avec Henriette de France, en 1625, puis, comme militaire, au siège de La Rochelle et dans la guerre d'Italie, maréchal de France en 1632; il était aussi écrivain et a laissé des mémoires sur les finances et les guerres de son temps. Il était père de Cinq-Mars exécuté à Lyon le 12 septembre 1642.

(3) Charles de Laubespine, marquis de Châteauneuf-sur-Cher, chancelier des Ordres du Roi, conseiller d'Etat, fut garde des sceaux en 1630, disgracié en 1633. de nouveau garde des sceaux en 1650, remercié une seconde fois le 3 avril 1651 ; il mourut en 1653 « chargé d'années et d'intrigues », écrit Mme de Motteville.

(4) Au camp devant, biffé sur la minute.

(5) Michel Bégon, intendant de la généralité de la Rochelle et de la marine au port de Rochefort, né à Blois le 26 Décembre 1638, d'une famille noble, et des mieux alliée du Royaume a été un des plus grands amateurs des savants et de la belle curiosité qui ait paru pendant le règne de Louis XIV. Dès sa plus tendre jeunesse, il fit son plaisir de l'étude, tout ce qui avait rapport aux sciences faisait ses plus chères délices dans les emplois importants où il a servi le Roi ce qu'il a toujours fait au gré de Sa Majesté, de ses ministres, et des peuples jusques à sa mort.

 En 1688, il fut fait intendant de Rochefort et des fortifications des places d'Aunis et de Saintonge. Bégon veille à la bonne marche de l’arsenal pour construire et armer des bateaux. De 1689 à 1692, 9 vaisseaux et 15 galères sont mis à l’eau. Son épitaphe en l’église Saint-Louis de Rochefort porte : « Hanc nascentem urbem ligeam invenit / Lapideam reliquit » qui signifie « il trouva la ville naissante en bois / Il l’a laissa en pierre ».

(6) Centèze, Documents inédits sur le Cardinal de Richelieu, plaquette de 28 p. ln-8 imprimée à Angers, 1872. Les documents originaux ont été détruits dans l'incendie de l'Hôtel de Ville de Paris, en 1871.

Note. — Dans les précédents devis il est question des armes de France qui devaient être sculptées sur l'angle saillant des bastions, on les y trouve en effet ; mais il en fut apposé en d'autres points et de plus les armes du Cardinal duc de Richelieu avec les attributs de Grand Maître de la navigation. On trouvera ici deux spécimens qui furent relevés en 1910 : l'un reproduit les armes de France sculptées sur le milieu de la face gauche du bastion de Saint-Luc, et l'autre, mieux conservé, les armes de Richelieu sur le milieu de la face droite du bastion de la Brèche.