Ruine du Château de Mélusine à Lusignan Côme Ruggieri astrologue et conseiller florentin de Catherine de Médicis

La demeure de prédilection de la Melusine, était, disait-on, le château de Lusignan dont-on lui attribuait la fondation; dans la suite, ses apparitions qu'on disait fréquentes en firent un lieu redouté, et souvent le voyageur en retard hâtait le pas en silence, et se détournait même de son chemin, dès qu'il apercevait les hautes tours de Lusignan.

Au seizième siècle, cette croyance était encore dans toute sa force. Lorsque Catherine de Médicis, après avoir fait, à Jazeneuil, la paix entre le roi Henri III et son frère le duc d'Alençon, retournait à Poitiers, elle passa par Lusignan, dont le château avait été détruit peu de temps auparavant, après la prise de la ville le 27 septembre 1574, durant la cinquième guerre de religion par le duc de Montpensier, lieutenant du roi en Poitou.

Cette reine, à la tête si forte, partageait plus que personne, les idées superstitieuses de son époque. Oubliant un instant la politique et les préoccupations de ces guerres sanglantes qu'elle s'était chargée de diriger bien plus que d'apaiser, on la voyait, échappant à la foule des courtisans, aller rejoindre au haut de la tour de son hôtel de Soissons, son astrologue Ruggiéri.

Interrogeant avec lui les astres, elle leur demandait d'heureux présages, ou la sanction de quelques-uns de ses actes.

 A Lusignan, elle se souvint de la Melusine, et interrogea sur elle les laveuses de la fontaine. La reine écouta avec attention le récit de ces femmes. Selon les unes, avant la destruction du château on l'apercevait souvent le samedi, à l'heure des vêpres, tantôt sous la forme d'une très belle femme et sous les habits d'une veuve, se promenant sur les remparts; tantôt sous la forme d'une syrène, se baignant dans la fontaine; chaque fois qu'il devait arriver au royaume ou à la famille de Lusignan, quelques événements heureux ou malheureux, on l'entendait trois jours avant, jeter trois cris perçants et lorsque le roi Henri III, ajoutèrent ces femmes, cédant aux pressantes sollicitations du duc de Montpensier irrité de la longue résistance qu'on lui avait opposée, envoya de Paris l'ordre d'abattre le château, on l'aperçut alors en longs habits de deuil, se promener sur la haute tour après avoir poussé trois cris effrayants, elle disparut et personne ne l'a revue.

On ne sait rien de certain sur les circonstances qui ont pu donner lieu à la croyance si accréditée dans le vieux Poitou, de l'existence de la Mellusine.

Peut-être quelque dame chatelaine de Melle (d'où lui serait venu le nom de Mellusine) appartenant à la famille de Lusignan a-t-elle, soit par des connaissances extraordinaires pour son époque, soit par de grands travaux, soit enfin par quelques essais en magie, frappé l'imagination publique qui, crédule et toujours prompte à tout exagérer, en aura fait cette fée merveilleuse, le bon génie de la famille de Lusignan.

Il parut, je ne sais au juste à quelle époque, un roman de chevalerie, racontant la vie de Mellusine et de Raymondin son époux, seigneur du pays de Forest, et les hauts faits et prouesses de leurs huit fils, dont les plus renommés furent Geoffroy surnommé la Grande-Dent, et Guyon ou Guy.

 Partis tous deux pour guerroyer les infidèles après maints exploits ils conquirent sur eux plusieurs royaumes. D'autres portèrent leurs armes dans le Midi de la France, et s'établirent dans le Languedoc et le Dauphiné.

De là vient sans doute cette croyance de la famille de Sassenage une des plus anciennes du Dauphiné, qui, comme les Lusignan, prétend descendre de la Mellusine.

Ce roman où le merveilleux domine à, peut-être, plus que toute autre chose, contribué à répandre et à accréditer cette fabuleuse tradition. L'époque de la mutation de l'abbaye de Vouvant en prieuré et de la destruction du château est tout-à-fait incertaine.

De l'église primitive, il ne reste aujourd’hui que l'enceinte du chœur et le portail dont la décoration et l'architecture sont peu près intactes, Les maisons qui se sont successivement élevées autour de l'église, occupent probablement l'emplacement du monastère, et en ont fait disparaître jusqu'aux dernières traces.

Il y a quelques années, plusieurs tours du château existaient encore. Livrées au public, elles servaient de retraite à quelques pauvres habitants de la ville qui, sur une partie du champ de foire, avaient planté des jardins peu à peu, par une trop grande tolérance de l'administration, une partie de ces tours a été démolie, pour servir à la construction de maisons voisines.

Des trois portes de de la ville, deux ont été détruites il y a peu d'années il en existe encore une en forme de poterne, qui par sa construction massive et ses abords difficiles annonce qu'elle était en état d'opposer une forte résistance.

La rue qui y aboutit, étroite et tortueuse, prouve qu'à ces époques les habitants des villes, au lieu de la largeur et de la direction uniforme données aux rues des villes modernes, disposaient les leurs de manière à pouvoir au besoin s'en faire un moyen de défense contre les ennemis du dedans et du dehors.

L. R

 

 

Le mythe de la Mère Lusine (mélusine) , Mère Vent la source du géant Pantagruel de Rabelais <==.... ....==> NOTICE SUR TROIS BOULETS DE CANON TROUVÉS A LUSIGNAN ; Le château de Lusignan a subi deux sièges sous l’usage de l'artillerie